Crucifixion: homicide ou déicide?

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Glicherie
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Crucifixion: homicide ou déicide?

Message par Glicherie » lun. 21 juin 2004 13:51

J'ai lu dans un article sur la passion du Christ que celui-ci aurait en quelque sorte "abdiqué" sa nature Divine, et enduré sa Passion que dans sa nature humaine.

Qu'ainsi il ne s'agirait pas d'un déicide, mais d'un simple homicide.

Qu'en pensez-vous, du point du vue de la théologie orthodoxe ?

Antoine
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Message par Antoine » mar. 22 juin 2004 3:24

On nage en plein nestorianisme.

Pour l’Orthodoxie le Christ est une seule hypostase et deux natures, divine et humaine. Cette unité de la personne n’est pas le résultat de l’union des deux natures mais existe dans la personne préexistante du verbe qui assume l’humanité. Le Christ est un, une personne "prosopon". Le "prosopon" du Verbe et le "prosopon" du Christ est le même. Il n’y a pas de "prosopon" différent qui serait celui de l’union.
Le concile de Chalcédoine(451) proclame « un seul et même Christ , Fils, Seigneur, Fils unique, en deux natures, sans mélange, sans transformation, sans division, sans séparation»
Le Christ étant une seule personne et deux natures , Marie est nécessairement Théotokos et non pas seulement Christotokos.
La conséquence de cette doctrine de l'union hypostatique des natures divine et humaine en Christ est que Marie n'a pas donné naissance seulement à l'homme Jésus, mais au Dieu-homme Jésus Christ, et que dès lors on l'appelle à bon droit "Génitrice de Dieu" ou "Deipare" comme le traduit Jean-Louis Palierne. Voilà pourquoi l'Église orthodoxe l’appelle "Mère de Dieu".
Ainsi le concile d’Ephèse (431) énonce : « Conformément à cette idée(l’union sans confusion), nous confessons la sainte Vierge être la Théotokos, qui enfanta Dieu et aussi l’homme de par l’union sans fusion ni séparation, et cela parce que Dieu le verbe s’est fait homme et par sa conception a uni à lui-même le Temple de chair qu’il a assumé d’elle. »

Jean 1, 14 nous dit: « Et le verbe se fit chair »
Le prosopon du verbe reste donc le même. Il assume simplement la nature humaine. L'unité des deux natures c'est la permanence de la personne du verbe qui assume la nature humaine et non pas l'union des deux natures pris comme résultat.

Les vêpres de Samedi, ton 8 chantent:
« Montre ton amour de l'homme, ô Miséricordieux, écoute celle qui T'a enfanté, la Génitrice de Dieu, qui prie pour nous . »

J'ai lu dans un article sur la passion du Christ que celui-ci aurait en quelque sorte "abdiqué" sa nature Divine,
« un seul et même Christ , Fils, Seigneur, Fils unique, en deux natures, sans mélange, sans transformation, sans division, sans séparation »Pour abdiquer sa nature divine il aurait donc fallu
- que le Christ divise , sépare ses deux natures et donc qu’il abdique sa propre personne ce qui n’a aucun sens. Il n’y a pas de nature sans la personne.
- Ou encore qu’il ait deux « prosopon » voire trois, la troisième étant l’addition ou la liaison ("sunapheia") des deux autres, ou leur remplacement par une transformation.

et enduré sa Passion que dans sa nature humaine.

La contradiction vient que dans cette proposition on aboutit à une division alors qu’on ne la présuppose pas au départ. On fait une confusion en attribuant la volonté à la personne au lieu de l’attribuer à la nature. C’est cette confusion qui mènera à la grande crise monothélite.
Saint Maxime fait une distinction entre le "logos" d’une chose (ce qu’elle est dans sa nature) et le "tropos" (la façon dont elle existe concrètement). Chez l’homme la volonté s’oppose à celle de Dieu non en raison de son logos mais en raison de son tropos terni par le péché. « le mal ne consiste en rien d’autre qu’en ceci seulement :la différence entre la volonté divine et notre volonté délibératrice » Le Christ est sans péché. Sa volonté humaine est autre que sa volonté divine par son logos mais ne s’oppose pas à la volonté divine puisque son tropos n’est pas atteint par le péché. Sa volonté humaine est en accord plénier avec sa volonté divine qui est celle des trois personnes de la Trinité.
« Mon Père, que ce calice passe loin de moi ! cependant non pas comme moi je veux mais comme toi tu veux ! »
Le premier mouvement marque l’expression de la volonté humaine devant la mort ; le second l’accord entre sa volonté humaine et sa volonté divine.

Il faut donc dire :
«et enduré sa Passion dans sa nature humaine, sa volonté humaine étant conforme à sa volonté divine et sa nature divine étant hypostatiquement unie à sa nature humaine, sans mélange, sans division, sans séparation »
St Maxime dira ainsi que « la chair divinisée du Christ devint un poison pour Satan. »

Qu'ainsi il ne s'agirait pas d'un déicide, mais d'un simple homicide.
1) « Si le Père m’aime c’est que je livre ma vie pour la reprendre. Personne ne me l’enlève, mais je la livre de moi-même. J’ai pouvoir de la livrer et j’ai pouvoir de la reprendre : tel est l’ordre que j’ai reçu de mon Père. » (Jean 10,17-18)
La croix est un don de Dieu. Le Christ se donne à crucifier.

2) Et Jésus disait : «Mon Père, remets-leur ; ils ne savent pas ce qu’ils font » (Luc 22,34)
On n'a donc pas le droit d' accuser un peuple de ce qui lui a déjà été remis par Dieu.

En crucifiant le Fils de Dieu le sanhédrin est déicide, comme Marie en l'enfantant est Théotokos.
Et cela ne veut dire, comme nous venons de le voir, ni que Dieu est mortel , ni que Marie a créé Dieu .

Glicherie
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Message par Glicherie » mar. 22 juin 2004 12:04

Merci Antoine pour ces explications très claires.

Le même article déclare que "c'est un homicide parfait, image et récapitulation de tous les homicides", que le Christ "est le résumé, le condensé de tous les condamnés, de tous les suppliciés, innocents ou coupables, de tous les temps."

et également cette curieuse phrase, "la force purificatrice du film (La Passion, Mel Gibson) est de montrer que les plaies du Christ par lesquelles la liturgie affirme que tous sont guéris, sont de véritables plaies causées par des supplices terrifiants, que son sang qu'il a versé pour notre salut a coulé à flot, et ne se réduit pas à un peu de vin dans un calice"

Ne trouvez vous pas cela choquant ?

Antoine
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Message par Antoine » mar. 22 juin 2004 14:26

Le même article déclare que
Pourquoi ne donnez vous pas une référence plus exacte. C'est pour suivre la mode européenne d'absence de références?
"c'est un homicide parfait, image et récapitulation de tous les homicides", que le Christ "est le résumé, le condensé de tous les condamnés, de tous les suppliciés, innocents ou coupables, de tous les temps."
Sur "homicide" j'ai déjà répondu. Que le Christ récapitule tous et tout en lui n'est pas une raison pour affirmer que la crucifixion est une récapitulation de tous les homicides. La crucifixfion est un don. Personne ne prend la vie du Christ. Mais s'il n'était pas réellement mort il ne serait pas réellement réssuscité. La mort est la rançon du péché. Si une personne meurt sans péché alors la loi est détruite puisqu'elle n'a plus d'universalité.On peut dire que nos péchés ont été cloués sur la croix, mais à la condition de se greffer au corps du Christ.
"la force purificatrice du film (La Passion, Mel Gibson) est de montrer que les plaies du Christ par lesquelles la liturgie affirme que tous sont guéris,

La liturgie n'affirme pas cela . Nous ne sommes pas guéris par "les plaies", nous sommes guéris par la communion au corps et au sang du Christ ressuscité.
, sont de véritables plaies causées par des supplices terrifiants,
Oui c'est vrai.
que son sang qu'il a versé pour notre salut a coulé à flot,
Pas besoin d'en rajouter en quantité. Avec quelques pains il nourrit une foule...C'est du faux mysticisme mièvre de bas étage qui puise sa source dans la littérature médiévale et le mythe du Graal.
et ne se réduit pas à un peu de vin dans un calice"

On atteint là des sommets d'imbécillité. Il n'y a pas de réduction c'est le calice qui contient la plénitude.
D'abord si on faisait la somme de tous les litres de vins utilisés depuis qu'on célèbre l'Eucharistie ça fait pas mal de litres...
Ensuite, le mot catholique vient du grec Kath olonqui signifie "selon le tout". Le Christ est présent tout entier dans le mystère eucharistique, et l'Eglise qui est son corps est présente toute entière dans chaque Eglise locale. C'est le mystère de la plénitude . La plénitude ne se dénombre pas en kg de pain et en litres de vin. Au lieu de traduire "catholique" par "universel", on devrait dire"partout et toujours présente en plénitude".
La plénitude est insécable. Nous disons à la liturgie lors de la fraction du pain: "L'agneau de Dieu est fractionné et partagé;il est fractionné mais non divisé; il est toujours nourriture et ne s'épuise jamais, mais sanctifie ceux qui y communient."
Puis après avoir rempli le calice il prend la part I-Sigma (je ne sais pas faire les lettres grecques sur le forum) trace avec un signe de croix au-dessus du calice et l'y dépose en disant :" Plénitude du Saint Esprit"

Ne trouvez vous pas cela choquant ?
Choquant non. Crétin oui. En plus c'est bourré d'erreurs théologiques.
Ce qui est curieux c'est que les mêmes qui exhibent un mysticisme de contrefaçon à la noix ou Alacoque (celle du sacré coeur) ont supprimé la communion au sang du Christ pour les fidèles. Puisque les catholiques romains ne le consomment pas on se demande pourquoi ils insistent tant sur ces flots...
Je ne sais pas qui a écrit cet article mais il peut signer Ducon avec ma bénédiction. Vous perdez votre temps à lire ça.

Antoine
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Message par Antoine » dim. 27 juin 2004 23:50

L'article dont je dénonce le nestorianisme sous jacent vient de me parvenir.
Il est paru dans le journal de l'Ecof "Joie" n°188 du mois d'avril et est signé par Jean-François Var, prêtre de cette communauté.
J'aurais pensé qu'il avait été écrit dans "Elle" ou "Jour de France" ou dans canard quelconque par une journaliste débutante encore sous le coup du film de Mel gibson et ignorante de tous les débats christologiques. (Je dis une non pas par machisme mais parce que souvent les journaux confient ce genre de rubrique à des femmes)
Non la catastrophe est bien plus grande: le signataire est bel et bien un prêtre de l'Ecof qui est donc censé avoir une instruction théologique, célébrer la liturgie régulièrement et former les fidèles qui lui sont confiés.
Il y a trois ou quatre ans sous l'ancien forum j'avais déjà eu, au sujet de la création du monde, une controverse avec Claude Guérillot dont je démantelais déjà les positions nestoriennes. Comme lui et Jean-françois Var sont des dignitaires Franc maçons tous les deux je commence à me demander si le nestorianisme n'est pas une hérésie encore bien en vogue dans les loges dites "chrétiennes". Et l'écof et la maçonnerie étant des vases communiquants ce qui passe dans l'un se retrouve dans l'autre.
Je reste quand même naïvement étonné qu'un tel article ait pu être publié et donc officialisé dans leur journal ce qui lui confère l' autorité de l'enseignement "théologique" qui y est propagé. Mais il est vrai que le comité de rédaction du journal "Joie" se compose de trois personnes dont l'auteur de l'article lui- même.
Pas étonnant que cette communauté , après les frasques épiscopales de son "evêque" , soit dans un tel état de déliquescence spirituelle si elle biberonne régulièrement à l'hérésie que lui servent certaines soutanes doublées d'un petit tablier blanc...
Dernière modification par Antoine le mar. 27 juil. 2004 8:05, modifié 1 fois.

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » lun. 28 juin 2004 11:12

Mes félicitations à Antoine pour ce vigoureux cours de christologie parfaitement condensé. Je voudrais dire qu’en acceptant que les Juifs mettent à mort son humanité (ce fut effectivement une mise à mort très sanguinolante) ll a pris la mort et le Diable lui-même à l’hameçon (les Pères faisaient cette comparaison entre l’hameçon et la Croix) et anéanti la mort par sa mort. À l’extrême fin de son agonie il a rendu l’âme volontairement, accordant à l’humanité sa plus grande victoire. Chaque année dans la Basilique de la Résurrection, le Feu sacré jaillit du tombeau du Christ et vient allumer les cierges des fidèles. C’est ce même flash de la Lumière qui avait imprimé sur le Linceul l’image du corps du Christ soudain relevé, mais c’est l’image d’un corps supplicié que nous y voyons. Dans sa mort nous trouvons la vie.

Je vousrais dire aussi que le film de Mel Gibson fait ricaner les orthodoxes, qui estiment à juste titre que les offices de la Semaine sainte sont une façon de revivre la passion et la résurrection mille fois suipérieure à ce film. Sans aucun doute, mais on ne peut passer sous silence le fait que le film de Mel Gibson a été l’occasion d’un puissant choc spirituel pour beaucoup de gens qui jusque là ne considéraient “la religion en général” et l’Évangile en particulier que comme un élan fraternel de tolérance universelle. Ils y ont découvert tout autre chose.
Jean-Louis Palierne
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pascal
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réfutation du nestorianisme

Message par pascal » lun. 28 juin 2004 11:40

Antoine bonjour,
vous n'êtes pas le seul à dénoncer le nestorianisme (même pas sous jacent, vous êtes bien mesuré... ) qui transpire par tous les pores de l'article paru dans "Joie".cela vous intéressera probablement de savoir qu'
il provoque des remous au sein de l'Eglise Catholique Orthodoxe de France, dont je suis vous l'aurez compris...et si l'on considère à tort ou à raison qu'il confère l'autorité de l'enseignement théologique comme vous dites, je me rangerait bien plus volontiers du côté de la réponse parue à cette somme d'hérésies (il y en a bien une par paragraphe si on se penche sur le sujet avec l'attention d'un archimandrite que je connais bien) qui vaut réfutation...la lettre incriminée à juste titre est dénoncée, je le répète, dans le dernier numéro de J.O.I.E.

il me semble effectivement que l'adjonction d'un tablier blanc sur "certaine soutanes", donc pas toutes..., ne soit pas du meilleur effet quant à la qualité de la production, que les fruits produits de ces arbres là provoquent des hauts le coeur à certains enfants qui ne biberonnent pas quotidiennement au jus de l'hérésie.

Antoine
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Message par Antoine » lun. 28 juin 2004 19:54

Pascal, tant mieux que je ne sois pas le seul à dénoncer l'hérésie nestorienne qui fermente dans cet article. Plus il y aura de soulèvements contre cet auteur mieux ce sera. J'ai effectivement lu dans le N° 189 de joie une dénonciation de l'article du prêtre maçon de l'ecof, JF Var, mais ce contre-article de Anne Yvette le Quéré semble bien timide et bien mou dans sa critique à moins qu'il n'ait été édulcoré par Var lui-même qui siège au comité de rédaction.
Yvette le Quéré se réfère à juste titre à Chalcédoine sans le nommer. elle cite St maxime, Ouspensky mais elle appelle malentendus, et confusions ce qui est une véritable hérésie.
Dans sa conclusion elle semble craindre des représailles qui seront certainement camouflées derrière la pseudo objectivité impartiale de JF Var dont la mansuétude sans limite a permis à Yvette le Quéré de voir ses "critiques" publiées au grand jour. J'aimerais avoir le texte original pour voir la différence d'avec la publication finale certainement bien filtrée...

Nicole
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Message par Nicole » mer. 07 juil. 2004 11:14

Bonjour, j'arrive sur le forum en lisant ces messages, je suis choquée de voir que certains clercs sont membres de sociétés secrètes! Le canon 18 de Chalcédoine ne s'appliquerait-il pas à la Franc-Maçonnerie ?



18. Qu'un clerc ne peut prendre part à une conjuration ou à une société secrète.
Le crime de société secrète étant déjà défendu par la loi civile, doit être à plus forte raison prohibé dans l'Eglise de Dieu ; si donc il est prouvé que des clercs ou des moines se sont conjurés ou bien ont formé une société secrète ou bien ont ourdi des machinations contre des évêques ou contre leurs collègues dans la cléricature, ils doivent déchoir de leur grade.

Antoine
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Message par Antoine » lun. 26 juil. 2004 20:02

Message de Yvette le Quéré

Réponse à des critiques anonymes à propos du film de Mel Gibson

La Passion du Christ

A propos de critiques publiées (du 22 au 28 juin) sur ce forum au sujet d'un article du Père Jean François Var sur le film La passion du Christ, de Mel Gibson, paru dans le Journal Orthodoxe d'Informations Ecclésiales de l'Eglise orthodoxe de France (JOIE n° 188, de mai 2004), et de l'article d'Anne-Yvette Le Quéré sur le même sujet, publié dans le numéro suivant (n° 189 de juin), précisons que ces deux articles, signés par leurs auteurs, ont fait l'objet d'un échange de points de vue entre des internautes qui n'indiquent que leurs prénoms. L'un des intervenants, Jean-Louis Palierne, fait exception, et l'on ne peut que souscrire à ses commentaires sur le film lui-même.

Bien résumée par un prénommé Antoine (qui ?), la confession lumineuse de la Foi par les Pères de l'Eglise, fruit de leur ascèse et de leur vie divino-humaine, contraste avec plusieurs réflexions personnelles du commentateur qui écrit : « Plus il y aura de soulèvements contre cet auteur (J.F. Var) mieux ce sera. » Pour rectifier des pensées erronées il n'est pas nécessaire d'ameuter la population pour qu'elle se soulève contre leur auteur. Il est mieux d'aller soi-même vers son frère, comme le conseille l'Apôtre. Et pourquoi employer des termes vulgaires et injurieux, comme on le verra plus loin ? Tout ceci est indigne d'un chrétien orthodoxe qui, de plus, se présente comme un théologien. Un théologien, homme de prière, n'a pas un tel langage. Alors, cet Antoine X qui est-il ? Un prénom ne permet pas d'identifier une personne, et un pamphlet que l'on n'a pas le courage de signer de son nom perd toute crédibilité, mais n'en poursuit pas moins son œuvre souterraine destructrice, comme toute lettre anonyme... Mon article, signé, lui, a permis à Antoine X d'écrire sur ce forum :
« … Ce contre-article de Anne-Yvette Le Quéré semble bien timide et bien mou dans sa critique à moins qu'il n’ait été édulcoré par Var lui-même qui siège au comité de rédaction. Yvette Le Quéré se réfère à juste titre à Chalcédoine sans le nommer, elle cite saint Maxime. Ouspensky, mais elle appelle malentendus et confusions ce qui est une véritable hérésie. Dans sa conclusion, elle semble craindre des représailles qui seront certainement camouflées derrière la pseudo objectivité impartiale de J.F. Var, dont la mansuétude sans limite a permis à Yvette Le Quéré de voir ses « critiques » publiées au grand jour. J'aimerais avoir le texte original pour voir la différence d'avec la publication finale certainement bien filtrée. » Quelle imagination ! Comme l'on juge les autres d'après soi-même, ces remarques et ces soupçons brossent un tableau bien fâcheux de la personnalité de leur auteur.

Je me permets donc d'informer les lecteurs de ce forum que le directeur du journal JOIE a publié I'intégralité de l'article que je lui ai remis. Il n'a apporté aucune modification au texte que j'ai rédigé en toute liberté en essayant de corriger certains propos avec charité, ne me croyant pas autorisée à blesser une personne sous prétexte qu'elle exprime des pensées erronées. Appeler mon texte un « contre-article » laisse entrevoir un esprit agressif, et qu'un va-t'en-guerre le trouve bien timide et bien mou ne m'étonne nullement, pas plus que les remarques de ce critique qui, apparemment, est supérieur au commun des mortels. Cependant, prétendre que j'appelle « malentendus et confusions » ce qui est « une véritable hérésie » est jeter en pâture des mots extraits de leur contexte, et il n'est rien de mieux pour déformer une pensée. Mon article fait une brève mise au point théologique et exprime une opinion différente sur le film, un point c'est tout.

II est consternant que l'on ne puisse pas bouger le petit doigt sans se faire reprendre par des membres de certains milieux de l'orthodoxie (chrétienne ?) qui trônent sur des piédestaux et jugent de toutes choses, tels des potentats. Ainsi, Antoine X, sur le texte du Père Jean-François Var, écrit : « On atteint là des sommets d'imbécillité (…) Je ne sais pas qui a écrit cet article, mais il peut signer Ducon avec ma bénédiction. » Il donne également son opinion sur cette communauté - la mienne - dont il estime les membres dans un tel état de déliquescence spirituelle qu'il s'autorise à ne pas les respecter. Penserait-il que le mépris, l'impolitesse et la vulgarité sont des vertus chrétiennes ?

J'espère que Celui Qui est doux et humble de cœur me pardonnera ces propos dont mon état de déliquescence spirituelle n'a pu freiner la vivacité. Mais, finalement, peut-être est-il préférable de n'avoir rien écrit de bien timide et de bien mou, ce qui n'aurait point été du goût d'Antoine X à qui ces quelques lignes sont destinées.

Que Dieu voit et nous sauve tous !
Anne-Yvette Le Quéré
20 juillet 2004
Sainte Marguerite, vierge martyre à Antioche.
Mémoire du saint prophète Elie.

P. S : Me serait-il possible de connaître le nom de Pascal qui se rangerait plus volontiers du côté de ma réponse (merci) et qui a signalé mon article à Antoine X dont j'aimerais bien également apprendre le

Antoine
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Message par Antoine » lun. 26 juil. 2004 20:03

Message de Claude

J'ai dû déplacer ici ce texte d'Yvette Le Quéré, que l'auteur avait placé dans la rubrique "Informations importantes (à lire avant d'envoyer un message)" où elle n'avait pas sa place. Il aurait dû se trouver dans le fil où avaient été publiés les messages à l'origine de la discussion. Dans l'urgence, j'ai dû ouvrir un nouveau fil.

Nous comptons sur tous les participants à ce forum pour respecter le rubriquage des fils. Autrement il sera impossible de s'y retrouver.

Cela étant, nous rappelons que chacun a le droit de s'inscrire sur le forum sous le nom de son choix, fût-il un pseudonyme.

Antoine
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Message par Antoine » lun. 26 juil. 2004 20:04

Antoine vous fait volontiers ses excuses pour ses écarts de langage, Il retire donc le mot "Ducon" attribué à JF Var dont il ignorait la signature au moment de la rédaction et qu'il a tristement identifié après coup, mais il maintient le fond de son article, la dénonciation des hérésies qu'il contient, ainsi que le terme de "déliquescence spirituelle" concernant les restes de l'Ecof qui suivent encore l'ex-évêque Germain.

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » lun. 26 juil. 2004 20:07

Chère Yvette,

Je suis heureux de trouver cette occasion pour renouer un dialogue déjà assez ancien. Tout d’abord je voudrais dire que ce “Forum” est ouvert à tous les orthodoxes, et mêmes aux autres-en-recherche. C’est je crois le seul lieu dans la francophonie où des orthodoxes peuvent se retrouver pour discuter librement. Il en résulte nécessairement qu’il se dit toutes sortes de choses, personne dans l’Orthodoxie (moi compris) n’étant contraint à l’infaillibilité. Je suis en tout cas loin de tout approuver.

Le ton des échanges est parfois un peu vif, et notre ami Antoine a une certaine spécialité dans le langage vigoureux. J’en ai moi-même fait les frais. Néanmoins c’est un brave garçon, et je suis sûr qu’on arrivera à le civiliser.

J’insiste tout de même sur ceci : c’est le seul endroit actuellement où des orthod peuvent échanger des idées et des critiques sans subir l’impératif du “politiquement correct”.

Le film de Mel Gibson posait évidemment des questions aux orthos. En général les orthos (pas uniquement en France) ont réagi négativement, parce que ce n’est pas ainsi qu’on commémore la Passion salvatrice dans l’Église orthodoxe. J’en conviens, mais j’ai voulu faire remarquer que pour un certain nombre de gens ce film a été l’occasion d’un choc spirituel, et que nous ne devons pas le juger uniquement de notre point de vue à nous.

J’avoue que je n’ai pas lu l’article de Jean-François Var, ni l’article que tu as écrit pour répondre, et je sais que tu n’es pas une journaliste débutante. Il me semble que les critiques que tu formules sur l’article de JF Var sont fondées. Sont-elles timides ? Je ne sais.
Jean-Louis Palierne
paliernejl@wanadoo.fr

Philarethe
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Message par Philarethe » jeu. 29 juil. 2004 17:23

A la suite de la lecture des messages précédents, j'ai fait pour vérifier la manoeuvre suivante:
Tapez Jean-François Var+ franc-maçonnerie sous Google.
Parmi les nombreux résultats, j'ai trouvé ce texte:

Fête de la Saint- Michel - 27 septembre 2003

Allocution du Grand Aumônier
des Ordres des Chevaliers Maçons chrétiens de France

Sérénissime Grand Maître,

Révérendissime Grand Maître adjoint,

Très Respectable Député Maître Général,

Très Illustres et Très Respectables Frères visitants,


Nous célébrons aujourd'hui trois événements :

la commémoration, plus symbolique qu’historique, du 275e anniversaire de la naissance de la Franc-maçonnerie en France ;

la commémoration, à la fois symbolique et historique, du 225e anniversaire de la constitution du Régime Ecossais Rectifié au Convent de Lyon ;

enfin une autre commémoration, dont je vous parlerai un peu plus tard.


J'ai qualifié le 275e anniversaire de la Franc-maçonnerie de « symbolique », je pourrais même dire « traditionnel ». C'est en effet la tradition, et non pas l'histoire, qui assigne à 1728 l'installation du premier Grand Maître français (lequel était d'ailleurs un Anglais, ancien Grand Maître de la Grande Loge de Londres, le duc de Wharton ; ce n'est que dix ans plus tard, en 1738, que fut élu le premier Grand Maître véritablement français, le duc d’Antin.)

Pourquoi, alors, cette commémoration ? Parce que les changements qui ont affecté la réalité maçonnique française se sont révélés à la fois tellement rapides et tellement profonds, que ceux qui les avaient initiés et soutenus ont estimé le moment venu de mettre cette réalité nouvelle sur le devant de la scène, de la montrer, avec l'aide de tous les moyens modernes de communication, telle qu'elle est maintenant, en renversant ainsi nombre d'idées reçues.

Telle qu'elle est maintenant - telle qu'elle n'a pas toujours été – et telle qu'il dépend de tous qu'elle demeure : à la fois multiforme et unie ; autrement dit : multiple en ses formes et unique en son fond, lequel est, bien entendu, l'initiation, ou plutôt le processus initiatique.

C'est dans ce panorama d'ensemble que le Régime Ecossais Rectifié prend sa place, toute sa place. Comme aux premiers temps de la Franc-maçonnerie.

Un bref rappel historique, à ce sujet.

Si le Régime Ecossais a bien été constitué au Convent des Gaules de novembre- décembre 1778, lequel adopta les deux Codes qui forment effectivement sa constitution - le Code des Loges Réunies et Rectifiées, et le Code des Règlements généraux de l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte - il existait néanmoins auparavant, depuis 1774-1775, sous la forme des trois Directoires Ecossais d'Auvergne, d’Occitanie, et de Bourgogne. Or, presque tout de suite, dès 1776, ces Directoires Ecossais passèrent avec le Grand Orient de France - fondé, lui, en 1773, trois ans seulement plus tôt, par transformation de l'ancienne Grande Loge de France - un Traité d'alliance et d’union. Ainsi donc, dès leurs naissances respectives, le Grand Orient de France et le Régime Ecossais Rectifié furent amis et alliés.

Ce Traité de 1776 fut renouvelé en 1811, et c'est dans sa lignée que s'inscrit la Convention de reconnaissance mutuelle et de coopération conclue cette année entre le Grand Orient de France et le Grand Prieuré des Gaules et qui a été ratifiée, d'abord en juin, puis ce mois-ci, par les instances délibérantes des deux Obédiences.

Je veux souligner un point. C'est du traité de 1776 que le Grand Orient de France tire son droit légitime à mettre en oeuvre le Régime Rectifié. Quant au Grand Prieuré des Gaules, il tient le sien par héritage des Directoires Ecossais de 1774 -75, à la faveur d'une succession que chacun connaît. De l'une ou l'autre de ces deux sources, et d’elles seules, dérive la pratique du Rectifié dans toutes les Obédiences où elle est en usage.

Certes, depuis lors, le temps a marché. La franc-maçonnerie du XXIe siècle n'est plus celle du XVIIIe siècle. Mais elle n'est plus, non plus, celle du XIXe siècle finissant.

Ce que j'entends par là, c'est ceci. Le Rectifié est un rite chrétien : le dire n'est pas une révélation foudroyante ! Au XVIIIe siècle, cela ne faisait pas tache dans ce qu'on n’appelait pas encore le « paysage maçonnique français », les loges étant alors toutes, sinon chrétiennes en soi, du moins peuplées de chrétiens (et même d'ecclésiastiques). Chacun sait que la Révolution française et ses conséquences politiques, morales et sociales, changèrent les choses du tout au tout, sinon dans l’immédiat, du moins à terme. Un siècle plus tard, en 1889, la franc-maçonnerie et l’Eglise catholique étant devenues chacune une machine de guerre contre l'autre, l'existence d'un rite maçonnique chrétien était une incongruité, un non-sens : on le vit bien à l'occasion de la crise qu’occasionna la création du Centre des amis au sein du Grand Orient de France, en 1910.

Et pourtant ! Un quart de siècle seulement plus tard, en 1935, en même temps qu'était créé le Grand Prieuré des Gaules, le Régime rectifié retrouvait droit de cité au Grand Orient de France.

Les choses ont tellement évolué depuis, notamment sous l'impulsion du Grand Maître Alain Bauer, qu'a été créé le Grand Prieuré Indépendant de France pour gérer l'Ordre Intérieur jusque-là pratiqué au sein du Grand Orient de France - Grand Prieuré Indépendant de France dont des représentants éminents nous ont fait l'amitié et l'honneur de leur présence aujourd'hui.

Parallèlement à cette évolution tout à fait remarquable du Grand Orient de France, la pratique du Rectifié a connu un succès croissant, que nul n'aurait pu imaginer cinquante ans plus tôt. Indépendamment de la Grande Loge Nationale Française (que je mentionnerai uniquement pour mémoire, sans autre appréciation, chacun comprend pourquoi…), je citerai principalement la Loge Nationale Française et les Grands Prieurés Unis qui lui sont liés, avec qui nous avons passé notre tout premier accord, un an avant le Grand Orient de France et qui sont, eux aussi, l’une et les autres, éminemment représentés ici ; et la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra, avec laquelle nous n'avons pas encore de tel accord, mais il faudra bien qu'il vienne…

Le Rectifié n’est donc pas un rite passéiste, tout démontre le contraire : c’est un rite d'avenir. Un rite dont l'avenir n'est pas en marge du paysage maçonnique français, mais en bonne place dans ce paysage, comme je le disais auparavant. Ce qui, historiquement, j'y insiste, n'était pas donné d'avance !

A quoi vise, en effet, l'initiation - pour résumer les choses ? A la réalisation la plus complète possible - et dans un but non égoïste - de l'homme dans toutes ses composantes. Autrement dit, à la redécouverte, puis à la reconquête, par l'homme de son authenticité, libérée des scories qui l’occultent et des déterminations étrangères qui l’aliènent.

Or cette authenticité, pour plusieurs, comporte une dimension essentielle : la religion, ou mieux, la foi. Et, pour certains, cette foi et cette religion sont la foi et la religion chrétiennes. Séparer à toute force cette dimension des autres dans le parcours vers l'authenticité qu’est le processus initiatique, serait un comportement schizophrénique que rien n'autorise ni ne nécessite. Comme le disait le Grand Maître Alain Bauer : quelle est la règle qui interdit qu’il y ait des maçons chrétiens ?

C’est donc le parti que nous avons pris délibérément, au Grand Prieuré des Gaules : nous affirmer publiquement, je dirai même nous afficher, sans ostentation ni bravade, mais sans timidité non plus, comme des Maçons chrétiens et des Chevaliers chrétiens - d'où l'intitulé que nous avons statutairement accolé à celui de Grand Prieuré des Gaules : « Ordres » – au pluriel – « des Chevaliers Maçons chrétiens de France ». Des Chevaliers et Maçons chrétiens acceptés et reconnus comme tels par les autres, en vertu de la règle d'or qui régit la Maçonnerie française dans son nouvel état : le respect sans condition ni restriction des autres dans leur identité propre, donc dans leur différence, donc dans leur liberté ; en d'autres termes le refus de toute uniformisation aliénante.

Qu'il soit bien clair au passage qu’en déclarant notre qualité de Maçons chrétiens, nous n'affirmons pas seulement nos convictions personnelles, mais bien notre façon de travailler maçonniquement, à savoir que nous travaillons avec des rituels chrétiens. J'entends par là les rituels primitifs avant leur déchristianisation partielle ou totale : non seulement les rituels rectifiés mais aussi ceux d'autres rites, français ou anglo-saxons.

À ceux qui seraient enclins à voir là une attitude de fermeture sur soi, une tendance à la ghettoïsation, je répondrai que les événements prouvent le contraire. En premier lieu, nous nous sommes ouverts à d'autres rites que le Rectifié. Le Grand Prieuré des Gaules est passé d'une structure monolithique, celle du Régime Rectifié, à une structure obédientielle multirituelle.

Certes, le Rectifié reste notre rite fondateur et demeurera sans doute prépondérant pour longtemps ; mais les autres rites, dans l'intégralité de leur structure, ont toute leur place, dans une parfaite égalité de droits.

Cela nous a amenés - et c'est le deuxième point - à engager une refonte structurelle et statutaire du Grand Prieuré des Gaules/Ordres des Chevaliers Maçons Chrétiens de France, afin de conférer à sa « classe maçonnique » - pour parler comme Willermoz - un fonctionnement obédientiel, indispensable pour cette coexistence de rites divers et égaux. Cette refonte, décidée dans son principe, n'est pas une mince affaire, mais elle est en bonne voie.

Enfin – dernier point, et peut-être le plus important - tout ce que j'ai dit plus haut vaut pour nous pleinement, mais pour nous exclusivement. J'entends par là que ce que nous nous imposons à nous-mêmes librement, nous ne l'imposons à personne d'autre. C'est la règle d'or que j’invoquais tout à l'heure. D'ailleurs, nous avons trop lutté afin de sauvegarder notre identité et notre liberté, pour chercher à nier et à piétiner celles d'autrui ! Quand bien même nous le pourrions, que nous ne le voudrions pas.

Nous acceptons parfaitement que les autres soient ce qu'ils sont, dès lors qu'eux-mêmes acceptent que nous soyons ce que nous sommes. Et quelle meilleure acceptation réciproque que l'établissement, de préférence formalisée, de relations de coopération et de travail ? Dans ce cadre, nous pratiquons la vertu d'hospitalité, et nos portes sont largement ouvertes.

Je conclurai par la troisième commémoration que j'avais annoncée en commençant. J'ai dit tout à l'heure que le processus initiatique était une redécouverte et une reconquête par l'homme de son authenticité, et j'ai parlé de lutte pour la sauvegarde de l’identité et de la liberté. Ce que j'ai dit de l'homme vaut aussi pour les Ordres, les Systèmes ou Régimes, les rites - dont le Régime et le Rite Rectifiés.

C'est ce labeur qu’accomplit, c'est ce combat que mène depuis un quart de siècle, au service de l'Ordre, d'abord comme Grand Chancelier, puis comme Grand Maître, notre Sérénissime Grand Maître Daniel Fontaine, dont nous allons très bientôt fêter les vingt ans de Grande Maîtrise. C'est à sa détermination, à son opiniâtreté, à son charisme aussi, que le Rectifié doit, au sein du Grand Prieuré des Gaules, d'avoir surmonté les embûches, les chausse-trapes, les attaques sournoises ou violentes, et aussi d'avoir retrouvé son éclat originel. J'ai été - je suis toujours - le témoin de ce travail acharné qui porte maintenant de beaux fruits. Qu'il me soit permis d'exprimer à celui qui est vraiment pour nous un « Grand » Maître toute notre gratitude et toute notre affection !

Oui, cette fête de l'Ordre de la Saint - Michel est vraiment une journée de fête ! Fête du renouveau dans le rassemblement fraternel. Les Ordres des Chevaliers Maçons chrétiens pourraient avoir pour devise : l'amour de Dieu et l'amour de tous les hommes en Dieu. Car, pour nous, tous les hommes, même s'ils ne le savent pas, sont fils de Dieu…

La réalisation initiatique, je le disais tout à l'heure, ne peut pas être égoïste. Elle inclut donc nécessairement la dimension de la charité. « Charité » peut se dire autrement : « amour fraternel ». Mais que les choses soient bien claires : l'amour fraternel n'est pas un égoïsme partagé. C'est-à-dire que cet amour ne s'arrête pas aux limites du Rite, ou de l'Obédience, ou de la Franc-maçonnerie, ou de l'Eglise, ou de quoi que ce soit d'autre : c'est un amour sans limite, puisque tous les hommes sont frères, étant fils d'un même Père.

Tel est sans doute le message que les Francs-maçons - « ceux qui croient au ciel et ceux qui n’y croient pas » - peuvent adresser au monde présent, qui est un monde sans coeur : un message d'amour. Qui ne soit d'ailleurs pas seulement un message, mais qui se traduise en actions concrètes et effectives.

Mes Frères, réjouissons-nous de nous retrouver désormais avec nos Frères dont nous étions depuis si longtemps séparés, pour coopérer ensemble à ce grand oeuvre de la fraternité universelle.

On me pardonnera de terminer par ce qui, pour moi, résume le mieux ce vers quoi nous tendons notre accomplissement :

« Gloire à Dieu au plus haut des cieux,
Paix sur la terre,
Bonne volonté parmi les hommes ! »

Jean-François Var

Philarethe
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Message par Philarethe » mar. 24 août 2004 11:39

Une autre trouvaille sur le même site, du même auteur, la confusion est totale !

Homélie du Grand Aumônier
du Grand Prieuré des Gaules
prononcée en la crypte Saint‑Irénée de Lyon , le 3 novembre 2001
à l'occasion de la Fête du renouvellement de l'Ordre



La ville de Lyon qui nous accueille aujourd'hui pour toute une série d'événements dont l'importance ne vous échappe pas, et qui était au temps d'Auguste, c'est‑à‑dire au temps du Christ, une métropole civile et militaire de l'Empire romain, s'est trouvée devenir la première métropole de l'Église du Christ en Gaule, la première « métropole ecclésiastique » des Gaules. Ce fait historique a valu à l'Église de Lyon une primauté d'honneur et à son évêque, plus tard archevêque, le titre, qu'il porte toujours, de « primat des Gaules ». Ce fait, oui, assurément ; mais aussi, et je dirai même surtout, la gloire de saint Irénée, qui occupa ce siège épiscopal durant le dernier quart du Ile siècle.

Et il n'est pas du tout indifférent, il n'est pas sans signification au regard de l'histoire providentielle, que ce soit ici, à Lyon, capitale chrétienne des Gaules, qu'a été conçu, fondé et constitué le Régime Écossais Rectifié, et que s'est tenue son Assemblée constituante à laquelle nos fondateurs ont donné, certes pas par hasard, vous le sentez bien, la dénomination de Convent des Gaules.

Ce sont ces deux points que je vais aborder successivement.

Selon la tradition, les premiers qui apportèrent sur le sol de Gaule la lumière de l' Evangile furent les amis les plus proches de Notre Seigneur, ses familiers, à savoir les saintes femmes que l'on vénère sous le nom des « Saintes Marie de la Mer » : sainte Marie Madeleine, sainte Marthe et leur servante sainte Sarah, ainsi que leur frère saint Lazare, le ressuscité de Béthanie ; on leur attribue d'avoir évangélisé la Provence, de Marseille à Tarascon jusqu'à la Sainte‑Baume.

Libre à chacun d'ajouter foi, ou non, à cette très antique tradition, que l'histoire ne confirme ni n'infirme ce qu'elle nous dit, c'est qu'il y a des traces de communautés chrétiennes (au pluriel) à Marseille dès le ,le siècle. Ce qu'il faut retenir de cela, c'est un caractère que le christianisme gaulois a toujours revendiqué : la familiarité avec la personne même du Christ jésus.

Si maintenant on quitte le terrain de la tradition pour celui de l'histoire, elle nous montre à Lyon, en plein coeur du Ile siècle, non seulement une communauté chrétienne, mais une Église pleinement constituée, avec à sa tête un évêque, saint Pothin, martyrisé en 177 alors qu'il était nonagénaire, en même temps que ceux que l'on appelle les « martyrs de Lyon », parmi lesquels saint Eléazar, saint Minerve, saint Alexandre, saint Epipode, le diacre saint Sanctus et sainte Blandine, qui avait alors 15 ans.

Les épisodes de leur exécution sont connus de source sûre, ils ne relèvent pas de l'hagiographie imaginative, puisqu'ils firent l'objet d'un rapport officiel ‑ le deuxième connu dans l'histoire après celui sur le martyre de saint Polycarpe dont je reparlerai ‑ rapport adressé par l'Église de Lyon à toutes les autres Églises, dont celle de Rome.

Irénée, alors prêtre, n'avait pas été enveloppé dans cette persécution parce qu'il se trouvait justement en mission à Rome, porteur auprès de l'évêque de cette Eglise, la plus glorieuse d'Occident parce que fondée par les apôtres Pierre et Paul, d'un rapport exposant les sentiments de sa propre Eglise sur un mouvement en pleine expansion et qui devait plus tard dégénérer en hérésie, le montanisme ‑ qui était une sorte de prophétisme charismatique enseignant un ascétisme rigoriste hostile à la chair et refusant la hiérarchie ecclésiastique : comme tel, un ancêtre lointain du catharisme.

De retour de Rome, Irénée succéda à saint Pothin comme évêque de Lyon, en 177, et le demeura jusqu'à son propre martyre, dont le jour calendaire est certain : le 28 juin, mais dont l'année oscille entre 202 et 208.

Qui était Irénée ? Un Grec, originaire de Smyrne. Comme lui‑même le rapporte, il a été un disciple intime du grand évêque saint Polycarpe de Smyrne, auprès de qui il a passé son adolescence ‑ saint Polycarpe, illustre figure de l'épiscopat, par son action, par son enseignement (il a écrit de nombreuses épîtres dont la plupart sont, hélas, perdues) et aussi par son martyre, à l'âge de 86 ans, martyre qui est lui aussi connu de source sûre, puisque lui aussi a fait l'objet d'un rapport officiel, celui dont je vous parlais, le premier qui nous reste avant celui des martyrs de Lyon.

Or Polycarpe avait été lui‑même un disciple proche de saint Jean l'Évangéliste qui, comme vous le savez, finit sa longue vie à Ephèse. Ainsi donc, saint Irénée fut le fils spirituel de saint Polycarpe, lui‑même fils spirituel de saint jean ‑ raison pour laquelle, dans les litanies que nous chanterons tout à l'heure en son honneur, il est nommé « petit‑fils spirituel du disciple bien‑aimé ».

Nous touchons ici à une réalité ineffable mais tout à fait consistante, celle de la « filiation spirituelle ». De même qu'il y a, dans l'ordre matériel, des filiations par le sang qui transmettent un certain héritage qu'on appelle le patrimoine génétique, de même il y a, dans l'ordre immatériel, des filiations par l'esprit qui transmettent un héritage spirituel, un patrimoine génétique spirituel. C'est à ce phénomène mystérieux que fait allusion le Christ lorsqu'il dit de Jean Baptiste que « l'esprit d'Elle reposait sur lui. » Ce qui est à l'oeuvre là, c'est ce que saint Paul appelle l' « esprit d'adoption » et qui est un mode d'opération du Saint‑Esprit. Celui qui devient par l'esprit d'adoption fils d'un « ancien », reçoit par làmême une part, ou la totalité, de la capacité de compréhension intérieure, par l'esprit et par le coeur, de son père spirituel. Tout en demeurant lui‑même il devient en esprit ressemblant à son père.

Ce double mouvement de la paternité et de la filiation spirituelles est porteur de ce qu'on appelle dans l'Église la Tradition. Il n'y a pas d'autre moyen de transmettre la tradition vraie que la paternité et la filiation, parce que c'est le rapport que Dieu entretient avec son Fils, le Verbe‑Logos, de même qu'avec l'homme, créé à son image.

On peut donc dire d'Irénée que l'esprit de jean le Bien‑Aimé reposait sur lui, et en effet toute sa théologie est issue en droite ligne de celui que la tradition orthodoxe nomme « jean le Théologien » ‑ c'est‑à‑dire le théologien par excellence, parce que, selon la même tradition, en reposant à la Sainte Cène sur le coeur de son divin Maître, il a été initié, par transmission directe, par l'effet de la filiation spirituelle dont je viens de parler, à la connaissance des mystères les plus sublimes : la Divinité du Logos et son Incarnation, proclamées par lui dans le Prologue de son Evangile ‑ sur le fondement duquel reposent tous nos travaux ; et l'essence divine, ou plus exactement la manifestation de l'essence divine, également proclamée par lui dans ses épîtres, et qui est l'amour : « Dieu est amour ».

L' Eglise de Lyon que dirigea saint Irénée pendant un quart de siècle était donc, très expressément, johannite. Et il est bon de noter que cette caractéristique johannite, en même temps que celle que j'ai signalée au départ, à savoir la familiarité avec le Christ, se retrouvent toutes deux dans le rite ancien des Gaules, qui a été en vigueur dans presque tout l'Occident, de l'Espagne à la Germanie inférieure, jusqu'à la réforme carolingienne ‑et qui a été restauré dans l'Église dont je suis le ministre. Sa liturgie est extrêmement proche dans sa structure de la liturgie jérusalémite, en usage dans la première Église chrétienne, celle de Jérusalem, dont le premier évêque fut « Jacques, frère du Seigneur », c'est‑à‑dire son cousin. En outre, tous les textes de la liturgie des Gaules sont entièrement imprégnés de l'Apocalypse, ils sont tissés de motifs empruntés aux visions de l'Aigle de Patmos ; deux caractéristiques qui ne sont pas du tout partagés par les liturgies orientales : de saint jean Chrysostome, de saint Basile ou de saint Marc. Au demeurant, ces caractéristiques ne se sont jamais vraiment perdues en Occident ‑ indépendamment de la restauration dont Je parlais. En effet, lorsque Charlemagne qui, en tant que militaire, aimait ce qui est uniforme, imposa à tout son Empire le rite romain, en réalité ce qui fut mis en ceuvre, notamment grâce au grand Alcuin, fut un rite gallo‑romain où subsistaient une bonne part des richesses du rite ancien des Gaules, ainsi préservées jusqu'au concile de Vatican Il.

Revenons à saint Irénée. Deux choses font sa gloire : ses écrits, et d'avoir rétabli la paix dans l'Église. En effet, un dissentiment sérieux opposait les Eglises entre elles à propos de la date de Pâques. Les Eglises d'Asie mineure, interprétant à la lettre l'évangile de saint jean et s'appuyant en cela sur l'autorité de saint Polycarpe, célébraient la Pâque le 14 du mois hébreu de Nisan. Partout ailleurs, on la célébrait le dimanche suivant. (On sait que, depuis, les chrétiens ont fait beaucoup mieux en matière de désunion et que, si les dates de Pâques selon le calendrier occidental et selon le calendrier oriental peuvent parfois, mais rarement, coïncider, comme ce fut le cas en cette année 2001, l'écart entre elles peut atteindre jusqu'à cinq semaines !). Les papes successifs de Rome ayant échoué à établir par la persuasion l'unité de célébration, le pape Victor décida d'agir par voie d'autorité et menaça d'excommunication les Eglises d'Asie. Bien que saint Irénée fût lui‑même, comme je l'ai dit, originaire d'Asie et disciple de saint Polycarpe, l'Église de Lyon avait adopté l'usage général. Cependant, il se rendit à Rome pour dissuader le pape Victor de briser la paix de l'Église en agissant par la force, surtout contre des Églises aussi anciennes et aussi vénérables, qui avaient été fondées par d'aussi glorieux apôtres que saint jean et saint Paul. Il réussit pleinement. En cela, il se conforma à son nom, qui signifie « pacifique » ou « pacificateur », réalisant ainsi la cinquième béatitude Bienheureux les pacificateurs, car ils seront appelés fils de Dieu ».

Son autre titre de gloire, toujours actuel, ce sont ses écrits. Beaucoup sont perdus, mais peut‑être certains se retrouveront‑ils : c'est ce qui s'est produit avec la Démonstration de la prédication apostolique, découverte en 1904 seulement dans une traduction arménienne au fin fond des archives du patriarcat d'Arménie, à Erevan. Lisez cette Démonstration, c'est un exposé catéchétique simple et lumineux.

Mais lisez surtout le grand traité de saint Irénée en cinq volumes ‑ dont l'original grec ne subsiste qu'en partie mais qui est connu par une traduction latine très fidèle, traité intitulé en latin Contre les Hérésies et, plus explicitement en grec, Dénonciation et réfutation de la gnose au nom menteur, de la fausse gnose. Ces deux ceuvres sont disponibles dans la collection des « Sources chrétiennes » ‑ dont le siège, et ce n'est pas un hasard, se trouve à Lyon.

Si vous lisez ‑ ou parcourez, car c'est assez fastidieux ‑ l'examen détaillé des diverses hérésies à l'oeuvre au temps de saint Irénée, et dont, souvent, nous ne connaissons plus l'économie exacte que par lui, ainsi que par son disciple saint Hippolyte de Rome, qui écrivit une vingtaine d'années plus tard, vous verrez que les mêmes sont toujours à l'oeuvre de nos jours, quoique masquées sous des noms nouveaux et s'exprimant en termes différents. Toutes ces hérésies sans exception reviennent à nier ou à vider de leur substance les trois dogmes de la foi chrétienne, dogmes dont le refus fait que la foi ne peut plus être dite chrétienne :

1) Dieu est à la fois Un et Trine. Comme il est confessé dans le Symbole dit de saint Athanase
« La foi catholique consiste à adorer un seul Dieu en trois Personnes et trois Personnes en un seul Dieu, sans confondre les Personnes ni séparer la Substance. Car autre est la Personne de Dieu, autre est celle du Fils, autre est celle du Saint‑Esprit. Mais la divinité du Père, du Fils et du Saint‑Esprit est une, leur gloire égale, leur majesté coéternelle. »

2) Le Verbe, deuxième Personne de la Divine Trinité, est vrai Dieu et vrai homme. Toujours selon le même Symbole
« La pureté de la foi consiste à croire et à confesser que notre Seigneur Jésus‑Christ, Fils de Dieu, est Dieu et homme. Il est Dieu, étant engendré de la substance du Père avant tous les temps, et il est homme, étant né dans le temps de la substance de sa Mère. Dieu parfait et homme parfait, ayant une âme raisonnable et une chair humaine. Egal au Père selon la divinité, et moindre que le Père selon l'humanité. Et quoiqu' il soit Dieu et homme, Il n'est pas, néanmoins, deux personnes mais un seul Jésus‑Christ. Il est un, non que la divinité ait été changée en humanité, mais parce que Dieu a pris l'humanité et l'a unie à sa divinité. Un enfin, non par confusion de nature, mais par 1 unité de Personne ».

3) Dieu est amour. La caractéristique qui manifeste la vie divine ad intra et ad extra, c'est‑à‑dire les rapports des Personnes divines entre elles et les rapports de Dieu avec sa création, c'est l'amour, l'amour total, sans restriction ni réserve, qui est don et donation.

Les hérésies, toutes sans exception, reviennent à nier tout ou partie de ces dogmes, et tout particulièrement la réalité de l'Incarnation du Verbe, car si le Verbe ne s'est pas incarné, il n'y a plus de i salut possible pour l'homme. Et l'ennemi du genre humain, ne pouvant empêcher que le salut de l'homme s'opère, qu'il s'est déjà opéré, s'efforce au moins ‑ et réussit souvent ‑ de faire que tel ou tel homme pris individuellement n'y croie pas, ce qui empêche en effet le salut de s'opérer pour lui.

Donc elles nient, ou la réalité de l'humanité du Christ, ou la réalité de sa divinité ‑ et donc dans les deux cas la réalité de sa double nature ; ou bien elles nient qu'il y ait un abîme absolu entre Dieu Créateur et sa créature, ce qui ferait par conséquent que cette dernière pourrait par ses propres efforts se diviniser elle‑ même ‑ ce qui est le processus orgueilleux de Babel ; ou bien au contraire elles affirment que cet abîme est infranchissable et que Dieu est un Dieu souverainement indifférent à sa création, un Dieu lointain dénué d'amour ; ce Dieu pouvant même être tellement lointain qu'il sombre dans le néant, qu'il est totalement absent ‑ alors pourtant que cet abîme absolu a été franchi par Dieu qui nous aime et parce qu'Il nous aime.

Cherchez autour de vous, vous reconnaîtrez des silhouettes ô combien familières.

Saint Irénée ne se contente pas de démonter les mécanismes pervers de l'esprit de l'homme déréglé par les insinuations du Malin, il affirme en contrepartie l'axiome lumineux du christianisme, qui est: « Dieu s'est fait homme pour l'homme devienne Dieu ».

La doctrine de saint Irénée est résolument optimiste parce qu'il sait, par cette connaissance intérieure reçue, je l'ai dit, du disciple bien‑aimé, que Dieu est amour, qu'il est mû par ce que les Pères grecs appellent la philanthropie, c'est‑à‑dire l'amour pour l'homme, et qu'Il ne retire jamais ce qu'une fois il a donné.

Cette doctrine est celle‑ci. L'homme a été créé originellement dans un état glorieux, il jouissait de l'immortalité et de la joie parfaite de la familiarité avec la présence de Dieu. Il a donc été créé dans un état de perfection ‑ mais dans un état de perfection relative, car cet état était un état d'enfance ; et le programme prévu pour lui était de devenir adulte à la mesure parfaite de Dieu. En d'autres termes, il a été créé à l'image et selon la ressemblance de Dieu, c'est‑à‑dire qu'il lui fallait compléter la ressemblance de manière à la rendre complète, parfaite, jusqu'à l'identité. Ce qui était proposé à l'homme ‑ et ce qui lui reste toujours proposé ‑ c'est de devenir par grâce ce que Dieu est par nature : divin.

Ce pourquoi il était prévu de toute éternité que le Fils de Dieu s'incarnerait afin d'unir en Lui la divinité à l'humanité, pour qu'en retour l'homme unisse en lui l'humanité à la divinité : réversibilité totale !

I' Incarnation du Verbe n'a donc pas été nécessitée par la chute ; ce que la chute a en revanche rendu nécessaire, à cause de son amour totalement gratuit pour l'homme, c'est sa Passion et sa Mort sur la Croix qui devient du même coup l'instrument du triomphe sur la mort, et sur le maître de la mort Satan, puisqu'elle ouvre les portes de la Résurrection.

Ainsi, le plan divin, qui est la déification de l'homme et la transfiguration universelle, en d'autres termes l'avènement des cieux nouveaux et de la terre nouvelle, de la nouvelle Jérusalem venue d'en haut d'auprès du Père, ce plan s'accomplit‑il de nouveau. Et il s'accomplit au sein de l'Église « catholique » au sens propre, c'est‑à‑dire universelle ; car l'Église est le milieu, le creuset, l'athanor, dans lequel, par l'action du Christ et du Saint‑Esprit ‑ « ces deux mains du Père à l'oeuvre », comme les décrit saint Irénée ‑ l'univers entier est en marche vers la transfiguration et l'homme vers la déification. L' Eglise sera accomplie en plénitude lorsque la totalité de la nature créée sera réunie dans la Nouvelle Jérusalem par et dans l' Agneau Emmanuel, « Dieu‑avec‑nous ».

Autre point : ce qui, en l'homme, est porteur de la ressemblance divine, c'est son esprit, cependant que son corps et son âme participent de la nature matérielle créée. Ainsi donc il unit originellement en lui les cieux et la terre. Les cieux nouveaux et la terre nouvelle annoncés par saint Jean dans son Apocalypse, ce sera l'Homme Nouveau à la mesure parfaite du Christ, le Premier Adam renouvelé, redevenu nouveau, par sa similitude et son union avec le Nouvel Adam, Jésus‑Christ.

Telle est la théologie fulgurante de saint Irénée ‑ et pourtant exposée avec une simplicité et une limpidité saisissantes, qui sont la marque de la vérité. La vérité est évidente

Vous aurez assurément reconnu au passage les thèmes fondamentaux de la doctrine du Régime Rectifié, telle que l'ont fixée nos instituteurs, au premier rang desquels Jean‑Baptiste Willermoz. J'emploie Ici le terme d'instituteur dans son acception plénière, celle dans laquelle lui‑même l'employait : l'instituteur, c'est à la fois celui qui institue, le fondateur, et celui qui instruit, l'enseignant. Jean‑Baptiste Willermoz a été les deux.

Ne croyez surtout pas qu'il a tout créé de son chef, lui‑même a toujours affirmé le contraire. Non, il a été le véhicule ‑ véhicule génial, inspiré ‑ d'une tradition. Et cette tradition, dans le domaine religieux, c'est celle qui remonte à saint Irénée. je suis absolument convaincu, car les choses seraient incompréhensibles autrement, qu'il a bénéficié de cette filiation spirituelle dont je parlais au début. Mais il n'en a pas bénéficié passivement. Car une chose que j 1 ai omis de dire, c'est que cette filiation, il faut la mériter : par son travail, par son vrai désir, par une attente, une foi, par ce que, faute de mieux, j'appellerai une « ouverture ». Willermoz a eu tout cela. Ainsi, par exemple, ses notes de lecture, conservées dans le fonds de la Part‑Dieu, prouvent une étude assidue des Pères de l'Église, dont les Pères grecs. Cela m'avait frappé il y a longtemps déjà : l'étonnante similitude entre la description qu'il donne de l'homme paradisiaque dans certaine de ses Instructions secrètes et la même description qu'en donne saint Grégoire de Nysse. La similitude est tellement grande qu'il est impossible qu'elle soit fortuite.

Donc, la doctrine rectifiée, que je m'attache depuis des années à mettre en valeur et à faire comprendre, est issue en droite ligne des Pères de l'Église, à commencer par saint Irénée, apôtre des Gaules, notre père dans la foi.

Quant à la vie de Willermoz, je dirai qu'elle a été tout entière action charitable. D'abord parce que transmettre et propager la vérité et la religion est en soi‑même action charitable. Mais aussi parce que son dévouement dans la vie civique et sociale a été sans bornes durant sa longue existence, se consacrant à l'hôtel‑dieu puis aux hospices civils de Lyon dont il fut l'administrateur bénévole pendant de nombreuses années, appliquant ses capacités d'administrateur à sa paroisse Saint‑Polycarpe (admirez la rencontre) dont il fut membre du conseil de fabrique ( l'ancien nom des conseils paroissiaux), s'occupant d'enseignement primaire, venant en aide aux indigents... bref exerçant tous les « devoirs particuliers » qui sont énoncés à un Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte. Vous savez ‑ J'ai développé cela à la SaintMichel ‑ le prix que Willermoz attachait à la bienfaisance, ce « bras armé de la charité », comme je l'ai dénommée. Il n'a cessé de la pratiquer.

Oui, Willermoz fut, pleinement, complètement, un Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte.

Nous allons donc, dans la suite de cette célébration, rendre un double hommage. D'abord à Jean‑Baptiste Willermoz et à tous les siens, dont j'ai dressé une liste qui englobe tous ses frères et soeurs, sans oublier son épouse et ses trois enfants 2; parmi ses frères, nous aurons une mention spéciale pour Antoine, dont l'arrière ‑ arrière ‑ arrière‑petit‑fils Gabriel nous fait l'amitié et l'honneur de sa présence ici avec son épouse Marie‑Claude et leur fille Blandine. Pour eux tous, nous célébrerons l'office dit de « mémoire éternelle », par lequel nous demanderons à Dieu qu'il garde éternellement en sa mémoire ceux pour qui nous prions ‑autrement dit qu' il leur donne la vie éternelle.

Puis, à l'issue de la liturgie, nous nous rendrons au cimetière de Loyasse, où nous célébrerons pour eux l'office complet des défunts qui, dans la tradition orientale, s'appelle pannychie, parce qu'il durait toute la nuit (c'est le sens de ce terme).

Le second hommage ira à saint Irénée, qui est notre hôte puisque nous avons la joie de prier en présence de ses reliques, ce qui est une grande grâce ‑ raison pour laquelle )'ai choisi de célébrer la liturgie de sa fête, le 28 juin. Tout à l'heure, à la fin de la liturgie, nous chanterons les litanies en l'honneur de celui que ‑ vous le verrez ‑ nous nommons le « maître spirituel qui nous conduit vers le Royaume », le « maître incomparable de la déification du monde ».

A notre Dieu qui nous a aimé d'un tel amour qu'Il nous a donné son propre Fils pour nous communiquer et partager avec nous son amour, et qui nous a donné de tels apôtres pour nous réunir dans le lieu de son amour qui est l'Église, au Dieu Tri ‑Unique, soient honneur, gloire et adoration aux siècles des siècles. (1)

J.F. a Tribus Liliis

( le texte de cette homélie est publié dans l' EPITOME de mars 2002 )

N.B. :

Nul n'ignore que la date officielle de la Fête du renouvellement de l'ordre est fixée par le Code au 6 novembre. Pour d'évidentes raisons pratiques, elle a été anticipée au samedi précédent 3 novembre.

Jean‑Baptiste, son épouse Marie (dite Jeanne), ses enfants Françoise Claudine, Claude Francisque et une fille mort‑née ; ses frères et soeurs : Claudine, Marguerite, Marie, Pierre Jacques, Marie, Louis, Jeanne, Antoine, Madeleine, Françoise, Claude.

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