Du nouveau sur la guerre de Saakachvili
Publié : dim. 04 oct. 2009 14:10
Dans les pays francophones autres que la Suisse, l'information n'a peut-être pas eu le retentissement qu'elle méritait.
Article du Temps, quotidien suisse édité à Genève, jeudi 1er octobre 2009, p. 4
"La Gérogie a déclenché le conflit" en 2008
Caucase. La Suissesse Heidi Tagliavini a remis au Conseil des ministres européens son rapport sur les causes du conflit. Entretien exclusif
(...)
Les faits établis
- La Géorgie a déclenché le conflit avec la Russie en bombardant à l'artillerie lourde la capitale ossète Tskhinvali. L'objectif des responsables militaires était de "restaurer l'ordre constitutionnel dans le territoire d'Ossétie du Sud."
- La Mission d'enquête juge insufisamment étayée l'accusation géorgienne selon laquelle la Russie aurait menéé une vaste incursion militaire avant le 8 août. Mais plusieurs documents attestent que la Russie a fourni des équipements militaires aux forces ossètes et abkhazes et organisé des entraînements avant le conflit. Il semble qu'il y ait eu "un afflux de volontaires et de mercenaires en provence de Russie vers l'Ossétie du Sud par le tunnel de Roki".
- L'agression géorgienne du 7 août n'était pas légale. Pour la Russie, il faut distinguer deux phases. Quand des troupes russes de maintien de la paix ont été tuées, la Russie avait le droit de se défendre. Par la suite, en revanche, en envahissant une bonne partie du territoire géorgien, Moscou est allé "bien au-delà des limites raisonnables d'autodéfense".
- Les forces géorgiennes , russes et ossètes ont toutes commis des violations du droit international humanitaire et des droits de l'homme.
- Il y a de sérieuses indications montrant qu'un nettoyage ethnique s'est déroulé à l'encontre des Géorgiens de souche.
- L'accusation de génocide proférée par Tbilissi contre la Russie et l'Ossétie du Sud n'est pas confirmée.
- Les Etats-Unis disposaient de plusieurs centaines de conseillers militaires en Géorgie quand le conflit éclata et d'un nombre plus important encore de spécialistes."
(résumé des conclusions du rapport par le journaliste Stéphane Bussard)
Mon commentaire:
- Ainsi est bien démontrée la responsabilité du proconsul américain de Tiflis, M. Saakachvili, dans le déclenchement de la brève guerre du Caucase en 2008. On pourrait se demander quelle folie a pu pousser le gouvernement de la petite Géorgie à attaquer un pays 90 fois plus puissant. Au contraire, cela dénote chez le proconsul une parfaite connaissance des mentalités d'un Occident en phase terminale de dégénérescence: il s'agissait pour le régime Saakachvili, comme naguère en Bosnie-Herzégovine le régime Izetbegovic faisant tirer sur ses propres populations pour pouvoir mieux accuser ses adversaires serbes (affaire du marché de Markale), de jouer sur notre perversion profonde qu'est la victimophilie très bien décrite par feu Vladimir Volkoff dans ses écrits sur la désinformation. Le seul but, pour attirer la douteuse compassion de l'Occident (seule compassion qui s'exprime par des bombardements), étant de passer pour la victime, même si l'on est soi-même l'agresseur.
- Pourtant, cette fois-ci, la manoeuvre n'a pas marché. Peut-être faut-il en remercier le président français Sarkozy qui a mené une brillante négociation pour arriver au cessez-le-feu (même si l'on peut déplorer que cette négociation ait été menée sous le torchon euromondialiste plutôt que sous le drapeu tricolore). Peut-être faut-il prendre en considération le fait que, étant (nominalement) chrétien, contrairement à feu Izetbegovic, M. Saakachivili ne pouvait sans doute pas disposer de puissants relais comme le polémiste parisien Bernard-Henri Lévy, dont l'islamophilie s'exerce partout sauf en Palestine. Peut-être faut-il tenir compte du fait que l'administration étasunienne Bush, qui avait mis en place M. Saakachvili et allumé tant de guerres à travers le monde, était à bout de souffle, discréditée par une crise économique de première grandeur dont elle était incontestablement responsable et promise à une défaite évidente face à son opposition. Mais, dans ce cas-là, pourquoi les nombreux "conseillers militaires" anglo-saxons présents dans leur colonie du Caucase (autre fait qui était évoqué depuis des années, et nié jusqu'à la parution du rapport de Mme Tagliavini), n'ont-ils pas mis en garde leur poulain? Hybris du dictateur géorgien, ou erreur d'appréciation de la situation dans leur propre pays de la part des militaires anglo-saxons?
On notera au passage, ce que le rapport ne semble pas souligner, que les Eglises orthodoxes de Russie et de Géorgie ont eu dans l'affaire une attitude exemplaire et éminemment chrétienne, en ne cessant de pousser à l'apaisement, en maintenant un bon esprit de coopération entre elles alors même que leurs deux pays rompaient toutes relations, et en ayant un rôle modérateur. Cet esprit proprement chrétien de paix et de coopération s'est, entre autres, manifesté par l'attitude du patriarcat de Moscou lorsqu'il a déclaré qu'il considérait que l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud, même indépendantes sous quasi-protectorat russe, continuaient à relever du territoire canonique du patriarcat de Géorgie. Il est vrai que cela montre surtout que le patriarcat de Moscou est cohérent avec les positions qu'il a adoptées sur d'autres questions comme l'Estonie, l'Ukraine et la Moldavie. Il n'en reste pas moins que nous avons suffisamment d'occasions de nous plaindre des fautes de nos hiérarchies pour ne pas devoir relever le comportement impeccable qui fut celui du patriarcat de Moscou et du catholicossat de Géorgie dans cette triste affaire.
Article du Temps, quotidien suisse édité à Genève, jeudi 1er octobre 2009, p. 4
"La Gérogie a déclenché le conflit" en 2008
Caucase. La Suissesse Heidi Tagliavini a remis au Conseil des ministres européens son rapport sur les causes du conflit. Entretien exclusif
(...)
Les faits établis
- La Géorgie a déclenché le conflit avec la Russie en bombardant à l'artillerie lourde la capitale ossète Tskhinvali. L'objectif des responsables militaires était de "restaurer l'ordre constitutionnel dans le territoire d'Ossétie du Sud."
- La Mission d'enquête juge insufisamment étayée l'accusation géorgienne selon laquelle la Russie aurait menéé une vaste incursion militaire avant le 8 août. Mais plusieurs documents attestent que la Russie a fourni des équipements militaires aux forces ossètes et abkhazes et organisé des entraînements avant le conflit. Il semble qu'il y ait eu "un afflux de volontaires et de mercenaires en provence de Russie vers l'Ossétie du Sud par le tunnel de Roki".
- L'agression géorgienne du 7 août n'était pas légale. Pour la Russie, il faut distinguer deux phases. Quand des troupes russes de maintien de la paix ont été tuées, la Russie avait le droit de se défendre. Par la suite, en revanche, en envahissant une bonne partie du territoire géorgien, Moscou est allé "bien au-delà des limites raisonnables d'autodéfense".
- Les forces géorgiennes , russes et ossètes ont toutes commis des violations du droit international humanitaire et des droits de l'homme.
- Il y a de sérieuses indications montrant qu'un nettoyage ethnique s'est déroulé à l'encontre des Géorgiens de souche.
- L'accusation de génocide proférée par Tbilissi contre la Russie et l'Ossétie du Sud n'est pas confirmée.
- Les Etats-Unis disposaient de plusieurs centaines de conseillers militaires en Géorgie quand le conflit éclata et d'un nombre plus important encore de spécialistes."
(résumé des conclusions du rapport par le journaliste Stéphane Bussard)
Mon commentaire:
- Ainsi est bien démontrée la responsabilité du proconsul américain de Tiflis, M. Saakachvili, dans le déclenchement de la brève guerre du Caucase en 2008. On pourrait se demander quelle folie a pu pousser le gouvernement de la petite Géorgie à attaquer un pays 90 fois plus puissant. Au contraire, cela dénote chez le proconsul une parfaite connaissance des mentalités d'un Occident en phase terminale de dégénérescence: il s'agissait pour le régime Saakachvili, comme naguère en Bosnie-Herzégovine le régime Izetbegovic faisant tirer sur ses propres populations pour pouvoir mieux accuser ses adversaires serbes (affaire du marché de Markale), de jouer sur notre perversion profonde qu'est la victimophilie très bien décrite par feu Vladimir Volkoff dans ses écrits sur la désinformation. Le seul but, pour attirer la douteuse compassion de l'Occident (seule compassion qui s'exprime par des bombardements), étant de passer pour la victime, même si l'on est soi-même l'agresseur.
- Pourtant, cette fois-ci, la manoeuvre n'a pas marché. Peut-être faut-il en remercier le président français Sarkozy qui a mené une brillante négociation pour arriver au cessez-le-feu (même si l'on peut déplorer que cette négociation ait été menée sous le torchon euromondialiste plutôt que sous le drapeu tricolore). Peut-être faut-il prendre en considération le fait que, étant (nominalement) chrétien, contrairement à feu Izetbegovic, M. Saakachivili ne pouvait sans doute pas disposer de puissants relais comme le polémiste parisien Bernard-Henri Lévy, dont l'islamophilie s'exerce partout sauf en Palestine. Peut-être faut-il tenir compte du fait que l'administration étasunienne Bush, qui avait mis en place M. Saakachvili et allumé tant de guerres à travers le monde, était à bout de souffle, discréditée par une crise économique de première grandeur dont elle était incontestablement responsable et promise à une défaite évidente face à son opposition. Mais, dans ce cas-là, pourquoi les nombreux "conseillers militaires" anglo-saxons présents dans leur colonie du Caucase (autre fait qui était évoqué depuis des années, et nié jusqu'à la parution du rapport de Mme Tagliavini), n'ont-ils pas mis en garde leur poulain? Hybris du dictateur géorgien, ou erreur d'appréciation de la situation dans leur propre pays de la part des militaires anglo-saxons?
On notera au passage, ce que le rapport ne semble pas souligner, que les Eglises orthodoxes de Russie et de Géorgie ont eu dans l'affaire une attitude exemplaire et éminemment chrétienne, en ne cessant de pousser à l'apaisement, en maintenant un bon esprit de coopération entre elles alors même que leurs deux pays rompaient toutes relations, et en ayant un rôle modérateur. Cet esprit proprement chrétien de paix et de coopération s'est, entre autres, manifesté par l'attitude du patriarcat de Moscou lorsqu'il a déclaré qu'il considérait que l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud, même indépendantes sous quasi-protectorat russe, continuaient à relever du territoire canonique du patriarcat de Géorgie. Il est vrai que cela montre surtout que le patriarcat de Moscou est cohérent avec les positions qu'il a adoptées sur d'autres questions comme l'Estonie, l'Ukraine et la Moldavie. Il n'en reste pas moins que nous avons suffisamment d'occasions de nous plaindre des fautes de nos hiérarchies pour ne pas devoir relever le comportement impeccable qui fut celui du patriarcat de Moscou et du catholicossat de Géorgie dans cette triste affaire.