par Claude le Liseur » Lun 09 Juin 2008 19:33
Ce passage se situe après le premier passage que j'ai traduit.
Texte de l'interview
Teologul Radu Preda de la Cluj:
- Am vorbit si eu cu cativa prieteni timisoreni, artisti, oameni ai Bisericii, chiar si teologi, unul dintre ei chiar preot, care au inteles - si inteleg marturia pe care ati depus-o aici, in fata noastra - ca a fost un gest personal, a fost, daca vreti, o “comotie” a unei persoane care in mijlocul unei comunitati rugatoare, practic nu a putut refuza invitatia de a duce pana la ultima consecinta aceasta stare de comuniune. Va inteleg foarte bine, din punct de vedere psihologic, daca vreti. Insa intrebarea este urmatoarea: Dvs erati acolo ca Mitropolit al Banatului. Practic reprezentati Biserica locala. Cum le veti raspunde timisorenilor sau banatenilor si, prin extrapolare, nu fantezista, ci foarte reala, ortodocsilor - nu numai romani (stirea aceasta a facut deja inconjurul lumii panortodoxe) - cum veti raspunde astfel incat sa ia partea buna, daca exista una, din acest gest, astfel incat sa evitam, pe cat posibil, ca acest capitol al dumneavoastra sa ramana de fapt o sminteala. In ce masura aveti la indemana criteriile teologice incat sa faceti distinctia intre un gest personal, constructiv, profetic, il numim cum vreti si, pe de alta parte, o sminteala care, pana la urma urmei, stiti ce ne costa, Inaltpresfintite? Ne costa o polarizare inutila in interiorul Bisericii intre ecumenisti si traditionalisti. Daca presa pana acuma miza pe o polarizare, de obicei miza prosteste, din lipsa de cunostinte, din graba, din superficialitate, iata ca acum eu ca teolog si om al Cetatii, vad ca practic nu mai am raspunsuri. Intr-adevar avem de a face cu o polarizare in Biserica. Deci cum raspundeti la acest tip de nu de lectura negativa, ci realmente de receptare?
- Ca raspuns la aceasta intrebare as vrea sa va relatez ca, fara a fi fost provocat, Duminica urmatoare, in Catedrala noastra Mitropolitana, la sfarsitul Sfintei Liturghii, m-am adresat credinciosilor relatandu-le cele ce s-au intamplat. Nimeni nu mi-a cerut o explicatie, dar pentru ca am aflat eu de comentariile care se faceau, sa zic asa, in afara, m-am adresat credinciosilor, relatandu-le ceea ce s-a intamplat. Si va marturisesc ca reactia crediniciosilor - catedrala a fost plina - a fost o reactie pozitiva, in sensul ca numai ca nu m-au aplaudat. Eu i-am rugat sa nu faca niciun astfel de gest, dar incepusera sa aplaude. Si le-am spus ca ii rog ca in Biserica sa nu faca asa ceva! Dar reactia lor a fost pozitiva. Si daca imi permiteti, exista un sentiment de fratietate - acuma, la ora actuala, i se zice ecumenism, eu ii zic de fratietate, care l-au simtit mereu, tot timpul credinciosii din zona in care imi desfasor eu activitatea, ca sa nu zic din Banat si au fost, permiteti-mi sa spun, incantati de gestul meu. Am primit si reactii in scris, am fost vizitat de credinciosi care toti mi-au adresat cuvinte de apreciere. Asta a fost reactia credinciosilor, pentru ca m-ati intrebat de pozitia lor.
- Si credinciosii care vor continua sa va intrebe cum vedeti pastoral situatia? Pentru ca daca acei credinciosi care vad in asta o sminteala, cum le raspundeti acelora? Nu celor care, sa zicem asa, sunt fani ai intercomuniunii, ci celor care au nelamuriri teologice? Pentru ca inteleg ca Dvs aveti o viziune foarte coerenta, o inteleg, fara sa o pot accepta, bineinteles, integralitatea ei, dar raspundeti acestora, pastoral? Ii puteti sfatui pe credinicosii Dvs. sa mearga la orice biserica, nu conteaza la care, pentru ca oricum Euharistia este peste tot aceeasi? Pastoral, ca pastor, ca Mitropolit al locului…
- …. nici nu le voi interzice, dar exista acest sentiment de comuniune intre credinciosii pe care eu ii pastoresc, sentiment (pe) care l-am imprumutat si eu de la ei, care ni l-am comunicat unii altora de ani de zile si acest sentiment il au si ei. N-am avut, sa zic asa, niciun cuvant de repros din partea nimanui, ci dimpotriva, cand unii dintre cei care au urmarit presa sau care au mai aflat cate ceva din comentariile care s-au facut, au venit la mine sa imi spuna: „Va laudam, va apreciem pentru tot ceea ce ati facut, va admiram!” Am ramas, va marturisesc, foarte emotionat de reactia aceasta a credinciosilor.
Ma traduction:
Radu Preda, théologien, Cluj-Napoca
- J'ai parlé moi aussi avec quelques amis de Timişoara, des artistes, des hommes d'Église, même des théologiens, même un prêtre parmi eux, qui ont compris – et je comprends le témoignage que vous avez donné ici, en face de nous – que cela a été un geste personnel, que cela a été, si vous voulez, une "commotion" d'une personne qui, au milieu d'une communauté en prière, n'a pu refuser en pratique l'invitation de mener jusqu'à son ultime conséquence cet état de communion. Je vous comprends très bien, du point de vue psychologique, si vous voulez. La question est la suivante: Vous étiez là-bas comme métropolite du Banat. En pratique, vous représentez l'Église locale. Comment répondrez-vous aux habitants de Timişoara ou du Banat, et par une extrapolation, non pas fantaisiste, mais très réelle, aux orthodoxes – pas seulement roumains (cette nouvelle a déjà fait le tour du monde panorthodoxe) – comment répondrez-vous comment voir le bon côté, s'il y en a un, de ce geste, de telle sorte que nous évitions, autant que possible, que ce chapitre demeure de fait une erreur. Dans quelle mesure avez-vous saisi des critères théologiques afin de faire la distinction entre d'une part un geste personnel, constructif, prophétique, nommez-le comme vous voulez, et d'autre part, une erreur, dont vous savez ce qu'elle nous coûte à la fin, votre Éminence? Cela nous coûte une polarisation inutile à l'intérieur de l'Église entre œcuménistes et traditionnalistes. Si jusqu'à présent la presse joue sur une polarisation, d'habitude elle joue bêtement, par manque de connaissances, par hâte, par superficialité, voici que maintenant, en tant que théologien et homme de la Cité, je vois qu'en pratique je n'ai plus de réponses. En fait nous avons affaire à une polarisation dans l'Église. Donc, comment répondez-vous à ce genre, non de lecture négative, mais réellement de réception?
- Comme réponse à cette question je voudrais vous rapporter, que, sans que cela ait été provoqué, le dimanche suivant, dans notre cathédrale métropolitaine, à la fin de la sainte Liturgie, je me suis adressé aux fidèles en leur racontant ce qui s'était passé. Personne ne m'a demandé d'explications, mais comme j'étais au courant des commentaires que l'on faisait, disons, à l'extérieur, je me suis adressé aux fidèles, en leur racontant ce qui s'était passé. Et je vous assure que la réaction des fidèles – la cathédrale était pleine – a été une réaction positive, en ce sens qu'ils m'ont applaudi. Et moi je les ai prisé de ne faire aucun geste de la sorte, mais ils avaient commencé à applaudir. Et je leur ai dit de prier à l'église et de ne rien y faire d'autre! Mais leur réaction a été positive. Et, si vous me permettez, il existe un sentiment de fraternité – maintenant, à l'heure actuelle, on dit œcuménisme, moi je parle de fraternité, que j'ai toujours ressenti, tout le temps les fidèles de la zone dans laquelle je déploie mon activité, pour ne pas dire du Banat, ont été aussi, permettez-moi de le dire, enchantés de mon geste. J'ai aussi reçu des réactions par écrit, j'ai été visité par des fidèles qui m'ont tous adressé des paroles d'estime. Telle a été la réaction des fidèles, puisque vous m'avez demandé leur position.
- Et les fidèles qui vont continuer à vous demander comment vous voyez la situation pastorale? Parce que s'il y a ces fidèles qui voient dans cela une faute, comment leur répondez-vous? Pas à ceux qui, pour ainsi dire, sont des fans de l'intercommunion, mais à ceux qui ont des questions théologiques? Parce que je comprends que vous avez une vision très cohérente, je la comprends, sans pouvoir l'accepter, bien entendu, dans son intégralité, mais que répondez-vous à ceux-là, sur le plan pastoral? Pouvez-vous conseiller à vos fidèles d'aller à n'importe quelle église, peu importe laquelle, parce que de toute façon l'Eucharistie est partout la même? D'un point de vue pastoral, comme pasteur, comme métropolite de l'endroit…
- … je ne le leur interdirai pas, car il existe ce sentiment de communion entre les fidèles dont je suis le pasteur, sentiment que je leur ai aussi emprunté, que nous nous sommes communiqué les uns aux autres depuis des années et ce sentiment je l'ai aussi. Je n'ai pas eu, pour ainsi dire, aucun mot de reproche de la part de personne, mais au contraire, quand certains de ceux qui ont suivi la presse et qui ont entendu les commentaires qui ont été faits, sont venus me voir pour me dire: "Nous vous louons, nous vous apprécions beaucoup pour tout ce que vous avez fait, nous vous admirons!" Je suis resté, je vous l'assure, très ému par cette réaction des fidèles.
Mon commentaire:
1)Il est intéressant de constater que le journaliste interroge le métropolite Nicolas Corneanu avec beaucoup de compréhension, voire de complaisance. C'est cette interview que les cornéanistes, jamais à court d'exagérations, ont osé comparer au procès du Christ devant le Sanhédrin. Cela en dit long. Ils ne peuvent même pas tolérer que vous ne soyez qu'à 99% avec eux.
2)Très intéressante, cette idée que lorsqu'on se trouve au milieu d'une communauté en prière, il est pratiquement impossible de ne pas participer. Il est donc pour le moins curieux que les martyrs des premiers siècles chrétiens aient refusé de participer au culte de l'Empereur quand ils se trouvaient au milieu des fidèles offrant les sacrifices à l'Empereur. Je sais que c'est encore un fossé culturel et que c'est sans doute très étranger aux gens du Banat roumain, mais, en Suisse, nous vénérons encore un dénommé saint Maurice et ses compagnons, légionnaires qui ont trouvé le martyre pour avoir refusé de participer aux sacrifices ordonnés avant le départ en campagne de leur unité. Je trouve qu'il est plus facile d'acquérir la gloire médiatique en apostasiant comme le métropolite Nicolas Corneanu que de connaître le martyre en refusant de faire comme tout le monde. Les cornéanistes déduiront sans doute de ma remarque que j'ai comparé le culte uniate au sacrifice du culte impérial; les autres auront compris le sens de la comparaison. J'ai trop de travail et pas assez de temps à perdre pour écrire un dictionnaire français –français à l'usage des cornéanistes.
3)Là encore, à propos des applaudissements dans la cathédrale, je me heurte au fossé culturel. Il existe quatre religions dans ma famille, athéisme inclus. Personne, personne, au grand jamais, quelle que soit sa foi ou son athéisme proclamé, ne se permettrait d'applaudir dans un lieu de culte. Jamais. Cela fait partie de notre éducation. Mais là encore, c'est le fossé culturel. Dans la culture dont je suis issu, applaudir dans un lieu de culte fait vraiment décadent. Une cathédrale comme annexe de l'Olympia, avec l'applaudimètre pour juger de la théologie, ça ne passe pas la rampe dans mon monde. En tout cas, bonne leçon pour les Occidentaux naïfs qui ont trop lu Jean Cuisenier et qui croient trouver dans ces Balkans-là l'authenticité perdue chez nous. Ah non, désolé, le banquier calviniste de chez moi est plus porteur d'authenticité que les gens qui applaudissent dans une cathédrale pour manifester leur approbation aux transgressions de leur évêque. Encore que je n'imagine pas les fidèles applaudir dans une cathédrale russe. Pas encore?
4)Où était la fraternité vantée par le métropolite Nicolas Corneanu quand l'Église uniate ("gréco-catholique") était interdite, ses évêques emprisonnés, et que le futur métropolite du Banat recevait les félicitations de la Securitate pour avoir dénoncé des prêtres gréco-catholiques clandestins? Est-ce que le but de toutes ces manœuvres, ce n'est pas de dire aux anciens uniates "ne revenez pas vers votre religion d'origine, tout est pareil ici?" Ou, si c'est vraiment sincère, alors qu'attend-il pour franchir le tabou ultime en reconnaissant que, puisque tout se vaut, l'eucharistie des orthodoxes dissidents – à qui il est de bon ton dans un certain clergé de l'Église officielle de ne même pas donner le nom d'"orthodoxes", mais celui de "calendéristes" (stilişti) – vaut bien celle des uniates? Et qu'attend-il pour demander une déclaration de repentance à l'égard de cette jeune femme qui fut exclue d'une école théologique parce qu'elle suivait l'ancien calendrier – que je ne suis pas, moi, au demeurant, comme quoi, la différence entre les cornéanistes et moi, c'est que je ne réclame pas la tolérance que pour ceux de mon camp? Où est-ce que la communion de Slătioara est nulle et son clergé invalide, justifiant qu'orthodoxie.com écrive à propos des vieux-calendéristes roumains "Église" entre guillemets – alors que je n'ai jamais vu l'usage de guillemets pour parler des catholiques romains ou des protestants – parce qu'elle ne compte que 30'000 fidèles et qu'elle n'a naturellement pas derrière elle l'argent des Églises papales d'Allemagne et de Suisse, ni la puissance politique?
5) Mais, pour le reste, ce qui est important, ce qui est capital, c'est que tout, absolument tout, est justifié par le sentiment. Je l'ai déjà écrit, j'ai, contrairement à ces gens-là qui occupent la chaire de Moïse mais ne font pas les œuvres de Moïse, le sens tragique de l'Histoire et je sais que la vie n'est pas une comédie. L'Histoire m'a suffisamment appris à quelles horreurs pouvaient mener le sentimentalisme. Le symbole même du sentimentalisme, n'est-ce pas cet homme responsable de la fin d'un monde -responsable de la mort de quatre membres de ma famille, au demeurant- , et croyant se dédouaner de tout en gravant sur une vitre au Haut-Koenigsbourg "Ich habe es nie gewollt"?
Ah, comme tout cela dégouline d'émotion, comme on est ému, commotionné, rempli de "fraternité"! On croirait lire du Rousseau. Ou du Robespierre, vous savez, encore un homme pétri de sentimentalisme...
On voudra bien m'excuser d'en rester au côté profane des choses, parce que je sais bien que si j'entre dans le côté spirituel, il n'y a même plus de communication possible entre les cornéanistes et moi. Comment voulez-vous, dans un monde où il est pratiquement interdit, dans certaines paroisses, de parler de saint Grégoire Palamas – mais, alors, pourquoi avoir maintenu la commémoration du dimanche de saint Grégoire Palamas? Voilà qui aurait été un exemple du "progressisme" auquel appellent les orthodoxes roumains cornéanistes sur leur blog francophone: on aurait pu remplacer le dimanche de saint Grégoire Palamas par le dimanche du nationalisme -, où l'on vous explique que l'hésychasme relève du "mystico-gazeux", évoquer ne serait-ce qu'un seul instant le combat intérieur, la purification, la lutte contre les pensées, l'idée que toutes nos émotions peuvent venir de nous-mêmes ou même venir du Malin et n'ont pas forcément un caractère "prophétique"? Les mystiques expérimentés nous apprennent à lutter contre ces pensées, que l'on appelle en grec λογισμοί, mais naturellement, pourquoi en parler, le mot étant forcément disqualifié puisqu'il est grec? Disqualifié comme les "Moscovites et les Moldaves", pour citer la propagande cornéaniste?