par Jean-Louis Palierne » Mar 16 Jan 2007 20:58
Voici ma traduction :
COMMUNIQUÉ DE LA SACRÉE COMMUNAUTÉ
DE LA SAINTE MONTAGNE DU MONT ATHOS
Karyès 30 décembre 2006
La récente visite du pape Benoît XVI au Patriarcat œcuménique, en la fête de son trône, fête de saint André (30 novembre 2006) ainsi que la visite que fit ensuite au Vatican sa Béatitude l’archevêque d’Athènes, mgr Christodoulos (le 24 décembre 2006), ont suscité divers commentaires et diverses réactions. Passant sur tous les éléments que la grande presse a pu considérer comme positifs ou négatifs, nous ne nous attarderons que sur ce qui concerne notre salut, qui est la raison pour laquelle nous avons quitté ce monde pour aller sur la Sainte Montagne.
En tant que moines de la Sainte Montagne, nous vénérons le Patriarcat œcuménique, à la juridiction duquel nous sommes soumis. nous honorons et nous respectons sa Sainteté le Patriarche œcuménique, mgr Bartholomée et tout le travail qu’il accomplit avec piété pour l’Église. Nous avons une pensée toute particulière pour sa défense ferme et inébranlable, au milieu de circonstances hostiles, des droits imprescriptibles du Patriarcat œcuménique, le soutien aux Églises locales en difficulté, et le soin qu’il met à ce que le message de l’Église orthodoxe soit répandu dans le monde entier. Et de même, nous les moines de la Sainte Montagne, nous respectons l’Église de Grèce, dont nous sommes pour la plupart issus, et nous vénérons sa Béatitude qui la préside.
Toutefois les circonstances qui ont entouré les visites dont nous parlons, celle du Pape au Phanar et celle de l’Archevêque au Vatican, ont plongé nos cœurs dans une grande tristesse.
Nous voudrions consacrer toute notre vie à préserver tout l’acquis des saints Pères dont avaient hérité les fondateurs de nos saints monastères et les pères de bienheureuse mémoire qui nous ont précédés. Dans toute la mesure de nos possibilités, nous nous efforçons de vivre les saints Mystères de notre Église et la foi orthodoxe inaltérée telle que les saints offices nous les enseignent jour après jour, ainsi que les saintes lectures et d’une manière générale les enseignements des saints Pères qui s’expriment dans leurs écrits et dans les décisions des Conciles œcuméniques. Nous veillons comme sur la prunelle de notre œil sur notre conscience dogmatique, édifiée par notre soutien enthousiaste aux luttes des saints Pères confesseurs de la foi pour la piété et pour la correction des hérésies aux noms variables et tout particulièrement de notre Père parmi les saints Grégoire Palamas, des saints martyrs de la Sainte Montagne et du saint Martyr Côme le Premier, dont nous vénérons les reliques avec le plus grand respect et dont nous honorons constamment la sainte mémoire. Nous craindrions de garder le silence chaque fois que se posent des questions qui concernent l’héritage des saints Pères. Nous ressentons la lourde responsabilité qui est la nôtre envers la piété des saints Pères et de nos frères de l’ensemble de la fraternité de la Sainte Montagne et envers le pieux peuple chrétien de l’Église, qui se tourne vers le monachisme athonite comme vers un gardien inébranlable des saintes Traditions.
Certes la visite du Pape au Phanar, de même que celle de l’archevêque d’Athènes au Vatican ont pu présenter une certaine utilité aux yeux du monde, mais à côté de cette utilité elles ont donné lieu à des manifestations qui sont en désaccord avec les fondements de l’ecclésiologie orthodoxe et elles annoncent un engagement qui n’est d’aucun profit, ni pour l’Église orthodoxe, ni pour les chrétiens hétérodoxes.
Tout d’abord le Pape a été reçu comme s’il était l’évêque canonique de Rome. Lors de la Liturgie, le Pape portait l’omophore, et a été salué à son arrivée par le Patriarche œcuménique en ces termes : “Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur”, comme s’il s’agissait du Seigneur Christ ; il a béni l’assemblée ecclésiale et le souhait de “nombreuses années” lui a été adressé en tant que sa Sainteté et sa Béatitude l’évêque de Rome. De plus la présence dans le sanctuaire du Pape portant l’omophore durant la divine Liturgie orthodoxe, la récitation du “Notre Père”, l’accolade liturgique avec le Patriarche, sont des manifestations qui vont bien au-delà de simples prières communes. Tout cela a eu lieu sans que l’institution papale ait cédé quoi que ce soit, ni de ses enseignements hérétiques, ni de sa politique; au contraire, comme les faits le prouvent, elle pousse et renforce l’uniatisme et les dogmes papistes de la primauté et de l’infaillibilité et va encore plus loin dans ses prières interreligieuses qui manifestent l’hégémonie pan-religieuse du Pape de Rome.
En ce qui concerne la visite que le Pape a rendue au Phanar, une chose nous cause une douleur particulière, c’est cette information erronée qui a été diffusée dans les mass média et dans la presse quotidienne selon laquelle les hymnes qui ont été chantées auraient été composées par des moines de la Sainte Montagne. Nous saisissons l’occasion pour faire savoir directement aux pieux chrétiens qu’aucun moine athonite n’a été, ni d’ailleurs n’aurait pu être, le compositeur de ces hymnes.
Sa Béatitude l’archevêque d’Athènes désire nouer des liens avec le Vatican à propos de questions sociales, politiques ou bioéthiques, et puisqu’il propose de prendre en commun la défense des racines chrétiennes de l’Europe (positions que l’on peut également trouver dans la “déclaration commune” du Pape et du patriarche au Phanar), Au niveau des principes ces positions peuvent paraître ne présenter aucun danger et elles peuvent même paraître positives dans la mesure où elles visent à instituer une collaboration entre tous les hommes recherchant la paix. En même temps cependant il est significatif qu’elles ne donnent pas l’impression qu’aujourd’hui encore l’Occident et l’Orthodoxie reposent sur les mêmes bases et qu’elles ne conduisent pas à oublier l’écart qui sépare la Tradition orthodoxe de ce qui est habituellement présenté comme “l’esprit européen”. L’Europe (occidentale) est l’héritière de toute une série d’institutions et d’entreprises antichrétiennes, comme les Croisades, la sainte Inquisition, l’esclavage, la colonisation ; elle porte le poids de la terrible déchirure qui a été le résultat du schisme du Protestantisme, du désastre des guerres mondiales, de l’humanisme anthropocentrique et de son athéisme. Tout cela ne reptésente que les conséquences de la séparation entre Rome et l’Orthodoxie. Tant les hérésies papistes que les hérésies protestantes qui les ont suivies ont éloigné l’Occident de l’humilité du Christ, à la place duquel elles ont voulu ériger l’orgueil humain. Depuis Dachau le saint évêque Nicolas d’Ohrid et de Jitcha écrivait : « L’Europe, qu’est-ce que c’est ? C’est le Pape et c’est Luther… Ontologiquement et historiquement, c’est dans ce foyer que l’Europe trouve son origine. » Et le bienheureux staretz Justin Popovitch ajoute : « Le Concile Vatican II représente la renaissance de tous les humanismes européens… En effet ce Concile ne s’en est tenu qu’à l’infaillibilité du Pape. » et il conclut : “« indiscutablement les principes et les potentialités de la culture et de la civilisation européenne (occidentale) sont des ennemis du Christ. » C’est pour cette raison qu’il est important d’affirmer l’humilité du comportement de l’Orthodoxie et de rappeler les racines réellement chrétiennes de l’Union européenne, qui étaient celles de l’Europe des premiers siècles, à l’époque des catacombes et des sept Conciles œcuméniques. Il faut souhaiter que l’Orthodoxie ne se charge pas des péchés d’autrui et plus encore qu’elle ne donne pas aux Européens qui ont abandonné le christianisme par réaction aux errances du christianisme occidental, l’impression que l’Orthodoxie lui est identique en oubliant de témoigner qu’elle est la seule Foi authentique en Christ et l’espoir des peuples de l’Europe.
Il n’est que trop évident que les catholiques romains sont incapables de se débarrasser des décisions de leurs Conciles (qu’ils ont tenus postérieurement et qu’ils considèrent comme œcuméniques), ces Conciles qui ont inventé le Filioque, la Primauté, l’Infaillibilité, la puissance universelle du Pontife romain, la Grâce créée, l’Immaculée Conception de la Mère de Dieu et l’Uniatisme. Mais nous les orthodoxes nous poursuivons cependant nos échanges de visites habituelles en accordant au Pape les honneurs réservés à un évêque orthodoxe, et en négligeant toute une série de saints canons qui interdisent les prières communes, cependant que le dialogue théologique bredouille constamment et sombre à nouveau après chaque sauvetage.
Tous les indices concordent pour conclure que le Vatican, incapable de s’orienter vers un rejet de ses enseignements hérétiques, ne cherche qu’à les réinterpréter afin de les dissimuler.
L’ecclésiologie catholique-romaine se transforme d’une encyclique à l’autre, de ce qu’on a appelé l’ecclésiologie “ouverte” de l’encyclique “Ut unum sint” jusqu’à l’exclusivisme ecclésiologique de l’Encyclique “Dominus Jesus”. Il importe de remarquer que ces deux ecclésiologies catholiques-romaines sont tout autant l’une que l’autre opposées à l’ecclésiologie orthodoxe. La conscience que l’Église orthodoxe a d’elle-même, conscience d’être la seule Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique, ne reconnaît pas les ecclésiologies et les confessions hétérodoxes comme des “Églises-sœurs”. Seules les Églises orthodoxes locales qui partagent la même foi peuvent être qualifiées “d’Églises-sœurs”. Tout rapport d’homonymie entre des Églises-sœurs au-delà de l’Orthodoxie est théologiquement inacceptable.
La partie romaine présente le Filioque comme une expression alternative utilisable pour décrire la procession du Saint Esprit, théologiquement tout aussi valable que l’enseignement orthodoxe sur la procession “du Père seul”, et cette vue, malheureusement, certains de nos théologiens la partagent.
D’ailleurs le pontife conserve le primat papal comme un privilège inébranlable, comme on a pu le constater au prétendu abandon par le Pape Benoît XVI du titre de “Patriarche d’Occident”, ainsi que par la référence qu’il a faite au service universel de l’apôtre Pierre et de ses successeurs dans l’homélie qu’il a prononcée dans l’église du Patriarcat, et également par un récent discours, qui contient les mots suivants: « dans la communion avec les successeurs des Apôtres, dont l’unité visible est confirmée par le successeur de l’apôtre Pierre, la communauté catholique d’Ukraine (il s’agit des Uniates) a réussi a conserver vivante la sainte Tradition dans son intégralité. » (Catholic Newspaper, page N° 3046/18-4-2006)
À bien des reprises et de bien des manières l’Unia est renforcée et confirmée, malgré les déclarations du Pape qui vont parfois dans le sens contraire. Comme témoin de cette absence de toute sincérité, prenons parmi d’autres exemples l’intervention provocatrice du précédent Pape Jean-Paul II qui conduisit au désastre du dialogue entre catholiques et orthoxes à la conférence de Baltimore, de même que la lettre de l’actuel Pape au cardinal Ljubomir Husar, l’archevêque uniate d’Ukraine. Dans cette lettre, l’insistance est mise sur ceci : « Il est impératif d’assurer la présence des deux grands porteurs de l’unique Tradition (le latin et l’oriental)… La mission que l’Eglise gréco-catholique a entreprise, en étant en pleine communion avec le Successeur de l’Apôtre Pierre est double : d’une part, elle doit préserver de façon visible la tradition orientale dans l’Eglise catholique ; d’autre part, elle doit favoriser la fusion des deux traditions, témoignant qu’elles peuvent non seulement se coordonner entre elles, mais qu’elles constituent aussi une union profonde dans leur variété ».
Si nous les comprenons dans cette perspective, les manifestations de courtoisie telles que la visite du Pape au Phanar et celle de l’Archevêque d’Athènes au Vatican, ignorant les exigences d’une unité dans la foi, ne peuvent aboutir d’une part qu' à créer des impressions trompeuses d’unité et à qu'à éloigner le monde catholique de la tentation de considérer l’Orthodoxie comme l’Église véritable, et d’autre part qu' à émousser la sensibilité dogmatique de nombreux orthodoxes ; pis encore qu'à écarter de l’Orthodoxie certains fidèles pieux, qui s’inquiètent de voir combien tout ceci se trouve à l’opposé de ce que prescrivent les saints Canons, qu'à les inciter à se séparer du corps de l’Église et qu' à favoriser l’apparition possible de nouveaux schismes.
C’est seulement par amour pour notre Orthodoxie, et pour l’unité de notre Église, ne cherchant qu’à écarter l’éventuelle introduction de toute innovation dans la foi orthodoxe, que nous proclamons dans toutes les directions ce qu’avait déjà proclamé le 9/22 avril 1980 la double Synaxe extraordinaire de notre saintre Communauté du Mont Athos :
« Nous croyons que notre sainte Église orthodoxe est l’Église Une, Sainte, Catholique et Apostolique du Christ, qu’elle possède en elle la plénitude de la Grâce et de la Vérité et détient sans interruption la succession apostolique.
« À l’opposé, les “Églises” et les “Confessions” de l’Occident, qui ont dénaturé sur un certain nombre de points la foi de l’Évangile, des Apôtres et des Pères, sont privées de la Sanctification par la Grâce, des saints Mystères et de la succession apostolique…
« Dans la mesure où il vise à les informer sur la Foi orthodoxe en sorte que lorsqu’ils deviennent capables de recevoir l’illumination divine leurs yeux s’ouvrent pour qu’ils puissent revenir à la foi orthodoxe, le dialogue avec les hétérodoxes n’est pas condamnable.
« Mais il est tout à fait impossible que le dialogue théologique s’accompagne de prières communes, de concélébrations de la Liturgie et de réunions de prières des deux parties et d’autres activités visant à créer l’impression que notre Église orthodoxe reconnaîtrait l’Église catholique comme une Église au plein sens du mot et le Pape comme l’évêque canonique de Rome. De telles activités induisent en erreur tant les fidèles orthodoxes que les catholiques-romains, en leur donnant une fausse impression sur ce que l’Orthodoxie pense d’eux…
« Par la Grâce de Dieu la Sainte Montagne, comme le peupe orthodoxe du Seigneur restent fidèles à la foi des saints Apôtres et des saints Pères, et aussi à l’amour dû aux hétérodoxes qui sont surtout aidés quand les orthodoxes, fermes dans leur position, mettent en exergue l’étendue de leur maladie spirituelle [la maladie des hétérodoxes] et la façon dont ils peuvent en être guéris.
« Les tentatives d’union avortées du passé nous enseignent que pour une union permanente conforme à la volonté de Dieu, dans la Vérité de l’Eglise, il est requis au préalable un type de préparation et de cheminement différent de ceux qui furent suivis dans le passé et sont suivis jusqu’à nos jours »
Par tous les Représentants et Supérieurs de l’Assemblée commune des vingt Monastères Sacrés de la Sainte Montagne de l’Athos.