Dormition de la Toute-Sainte

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Elisabeth
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Message par Elisabeth »

Et son corps, après être resté quelque temps sur la terre, a été lui aussi emporté au ciel
Cette tradition de la résurrection de la Mère de Dieu avant l'avènement du Christ et la résurrection générale se retrouve-t'elle chez tous les Pères de manière unanime?
J'avoue honteusement que ce n'était pas du tout clair dans mon esprit. Malgré les textes de l'office (pas vraiment homogènes sur plusieurs points comme l'a montré Antoine plus haut), je pensais que la Téotokos nous attendais en quelque sorte, puisque nous avons en commun une même nature (contrairement à ce qu'affirme le dogme catholique de l'immaculée conception) et sommes les membres du même corps.
Comme Marie que nous appellons "Toute -pure" est sans péché, elle ne passe pas par le jugement dernier, c'est pourquoi elle a réssuscité après sa mort avant tous je suppose (?).

Antoine
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Message par Antoine »

On ne se prononce pas sur une résurrection éventuelle de la mère de Dieu avant la parousie.
Cabasillas dit:<<Et son corps, après être resté quelque temps sur la terre, a été lui aussi été emporté au ciel.>>
Emporté ne veut pas dire réssuscité (quoique pour lui ça ne fasse pas de doute.)
Mais on voit mal un corps "cadavre" au ciel, alors de là à franchir le pas...
On peut aussi penser que ce corps reste au ciel préservé de toute corruption dans l'attente de la parousie.
Certains Pères parlent de résurrection d'autres non. Et les textes liturgiques sont particulièrement flous et contradictoires.
En tout cas Marie n'est pas réapparue aux apôtres sur terre dans son corps résurrectionnel, comme l'a fait le Christ.
On peut aussi finasser et dire que le nombril du Christ est un morceau du cordon ombélical qui le reliait à Marie et que donc si ce nombril est réssuscité l'autre extrémité du cordon qu'est Marie est aussi ressuscité. Cela peut faire sourire mais il a pris chair de la Vierge Marie. Comment penser que la chair dont il a pris chair n'a pas suivi? Mais alors il faut poursuivre le raisonnement et remonter à Anne et ainsi de suite. ça s'appelle une "réaction en chair"...
Le mieux est de garder le mystère et son point d'interrogation comme le fait normalement l'Eglise Orthodoxe et de s'en tenir au révélé. Sinon nous serions obligé de ratifier aussi le dogme de "l'immaculée conception" d'où découle celui de "l'assomption" en toute rationalisation humaine et là c'est plus grave. Car si Marie n'avait pas le péché originel (je garde la terminologie latine volontairement pour l'incohérence qui suit) alors le Christ n'avait pas besoin de s'incarner et de mourir sur la croix pour nous sauver de ce même "péché originel".
Notons que le mensonge organisé de l'apparition de Lourdes est postérieur de 4 ans au dogme de l'immaculée qui avait bien besoin d'un évènement surnaturel pour s'imposer dans le monde latin.

Invité

Message par Invité »

Bonjour à toutes et à tous,

Même si j'interviens peu sur le forum, je lis quotidiennement tout ce qui s'y écrit et je trouve intéressant les angles sous lesquels certaines questions sont discutées. À l'occasion de la fête de l'Assomption chez nous les catholiques, le 15 août, une question me revient souvent. Je vais tenter de l'exprimer le mieux possible.

Je tiens à préciser que je ne veux absolument pas parler du dogme de l'Assomption en lui-même - que d'ailleurs les Orthodoxes rejettent totalement, celà je le sais - même s'il servira d'exemple pour ma réflexion. Alors voici.

Ce n'est pas d'hier seulement que j'ai lu dans des volumes et sur les sites orthodoxes ce que les textes liturgiques enseignent sur Marie. L'exposé magistral d'Antoine dit en substance ce que je veux exprimer. À travers les différentes formes de prières, le fidèle est instruit des vérités que le Magistère Officiel Orthodoxe lui enseigne. Or sur ce point je m'interroge, comme Antoine - j'espère vous interpréter correctement Antoine - que la liturgie enseigne des vérités qu'elle semble craindre d'affirmer officiellement, et c'est moi qui ajoute, ou qu'elle rejette lorsqu'elles sont énoncées par d'autres chrétiens. J'ai une bonne formation en Liturgie et je ne trouve pas dans notre liturgie des textes qui énoncent des vérités que le Magistère ne peut pas confirmer officiellement.

Les cas Assomption et Dormition ont ceci de particulier qu'ils ne sont pas fondés sur la Bible ! Ils s'appuient sur une lointaine croyance que les chrétiens ont conservée. Mais ce contenu est le même chez les orthodoxes et chez les catholiques. Et la question est la même : «Morte ou pas morte, Marie ?» Bibliquement, personne ne sait. Alors on évite la question et on demande : «Est-ce que Marie est au ciel en son âme et en son corps ?» La réponse est affirmative, qu'elle vienne d'un catholique ou d'un orthodoxe.

D'où voici maintenant ma question : «Si le Saint Esprit est dans le Peuple de Dieu, tant dans les Pasteurs que dans les Fidèles, et que tous croient que Marie est au ciel en son corps et en son âme, tous sont-ils trompés par le Malin ou bien enseignés par Dieu ? Même si l'Église Orthodoxe ne proclame pas officiellement cette croyance comme vraie, il demeure que tous les orthodoxes y croient quand même ! Tous sont-ils hérétiques au su de l'Autorité suprême qui l'enseigne à travers la divine liturgie ?

Ma question ne porte pas sur l'Assomption précisément qui sert d'exemple. Elle s'ouvre au futur. L'interprétation de la Parole de Dieu est-elle close avec les Conciles fondateurs ? Si d'autres questions non fondées sur les Saintes Écritures se présentent, l'assentiment général du Peuple de Dieu et des Évêques peut-il être considéré ?

Antan

Antoine
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Message par Antoine »

Antan a écrit :À travers les différentes formes de prières, le fidèle est instruit des vérités que le Magistère Officiel Orthodoxe lui enseigne.
L'Eglise orthodoxe n'a pas de magistère. elle a les canons de l'Eglise indivise, les conciles, les écrits des Pères , la Tradition, L’Ecriture et «quod ubique, quod semper, quod ab omnibus». « ce qui a été cru partout, toujours et par tous.». Il est vrai que tout ceci n'épuise pas le mystère mais elle ne se fonde pas sur un "révélé" qui aurait été fait à une seule personne, ni sur une rationalisation humaine d’un mystère divin comme l’est le filioque par exemple.

la liturgie enseigne des vérités qu'elle semble craindre d'affirmer officiellement, et c'est moi qui ajoute, ou qu'elle rejette lorsqu'elles sont énoncées par d'autres chrétiens.
La liturgie du 15 août me semble contradictoire, je l’ai montré ci-dessus. « Contradictoire » signifie qu’il y a des éléments qui ne concordent pas, qui sont logiquement antinomique.Olia pense que c'est une manière apophatique de révéler le mystère. Mais pour que vous puissiez énoncer « vérités qu’elle rejette lorsqu’elles sont énoncées par d’autres chrétiens » il aurait fallu que cette liturgie soit un anti-dogme catholique de l’assomption. C’est loin d’être le cas car elle est bien antérieure au dogme de 1854 et de plus, le fait qu’elle soit contradictoire montre bien qu’éventuellement il y avait de la place pour le contenu du dogme comme je l’ai indiqué ci-dessus en analysant les textes. Sinon la liturgie l’aurait combattu vigoureusement. Mais ce que l’orthodoxie reproche au dogme c’est sa rationalisation d’un mystère pour lequel nous n’avons aucun révélé et l’orthodoxie ne dogmatise pas sur un processus de rationalisation. Nous ne savons rien de ce que le corps de Marie est devenu. Nous n’avons que des présupposés qui reposent sur sa sainteté absolue, révélée à l’annonciation, affirmée et chantée par l’Eglise. Toutes nos ecténies se terminent par : « Faisant mémoire de notre très sainte , très pure toute bénie et glorieuse souveraine, la Mère de Dieu et toujours vierge Marie et de tous les saints, confions nous nous-mêmes , les uns aux autres et toute notre vie au Christ notre Dieu. » Cette invocation est un leitmotiv de toutes nos liturgies.
St Jean Damascène dans "Sur la dormition" SC Ed du cerf , écrit qu’à la demande Thomas qui n’était pas là au moment de la dormition, on ouvrit le tombeau afin qu’il vénère le corps. Mais il ne restait plus que les vêtements.
Si l’orthodoxie se refuse à dogmatiser la résurrection de Marie, en revanche elle n’a jamais anathématisé la croyance en cette résurrection de Marie car elle n’a rien non plus dans les textes qui lui permettrait de le faire. Elle pense simplement qu’il n’y a rien à dogmatiser en l’absence de révélé. Mais elle laisse tout un chacun méditer ce mystère en des termes qui ne contredisent en rien l'enseignement de l'Eglise et qui ne sont donc pas hérétiques et elle inclue ce "théologoumène" dans sa liturgie non contraire à la foi mais sans le rendre obligatoire. En revanche en dogmatisant, le catholicisme en fait une obligation de foi absolue et nécessaire. Cf:"Par conséquent, si quelqu’un, ce qu’à Dieu ne plaise, osait volontairement mettre en doute ce qui a été défini par Nous, qu’il sache qu’il a totalement abandonné la foi divine et catholique"

J'ai une bonne formation en Liturgie et je ne trouve pas dans notre liturgie des textes qui énoncent des vérités que le Magistère ne peut pas confirmer officiellement.
Re : nous n’avons pas de magistère mais LA Tradition.
Ensuite votre liturgie est plus récente que la liturgie orthodoxe et elle a effectivement toujours été remaniée et remise en conformité avec ce qu’enseigne le magistère. Ce n’est pas le magistère qui confirme votre liturgie mais la liturgie qui confirme ce qu’enseigne votre magistère. Voilà pourquoi.



Même si l'Église Orthodoxe ne proclame pas officiellement cette croyance comme vraie, il demeure que tous les orthodoxes y croient quand même ! Tous sont-ils hérétiques au su de l'Autorité suprême qui l'enseigne à travers la divine liturgie ?
L’Eglise orthodoxe n’a jamais décrété que la résurrection de Marie était une hérésie. Vous voyez bien qu’elle chante cette résurrection dans sa liturgie.

L'interprétation de la Parole de Dieu est-elle close avec les Conciles fondateurs ? Si d'autres questions non fondées sur les Saintes Écritures se présentent, l'assentiment général du Peuple de Dieu et des Évêques peut-il être considéré ?
Les dogmes ont été prononcé en réponse à des hérésies. C’est pour combattre l’hérésie que l’Eglise a prononcé un dogme. Si de nouvelle hérésies apparaissent l’Eglise prononcera certainement d’autres dogmes comme elle l’a fait tout au long de son histoire. Mais combattre l’hérésie est bien différent de cette finalité papale qui consiste à affirmer sa puissance temporelle. Si de nouveaux dogmes sont prononcés ils ne seront ni contradictoires aux précédents ni à la théologie de l’Eglise et à sa Tradition, ni à « ce qui a été cru partout, toujours et par tous. » comme l’écrit Saint Vincent de Lérins . Ce qui est loin d’être le cas pour l’histoire du Filioque et pour l’Immaculée conception par exemple.

Je concluerai cette réponse avec St Vincent de Lérins :

"Au lieu de se contenter de la règle de foi traditionnelle, admise une fois pour toutes dans l'antiquité, dit-il des novateurs, il leur faut chaque jour du nouveau et encore du nouveau; ils sont toujours impatients d'ajouter quelque chose à la religion, d'y changer, d'en retrancher, comme si ce n'était pas un doge céleste, auquel il suffit d'avoir été une fois révélé, mais une institution purement humaine qui ne peut être conduite à sa perfection que par de continuels amendements ou, plutôt, par de continuelles corrections."

Monique
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Message par Monique »

A l’ECOF la Dormition est fêtée la veille aux vêpres avec un rite d’ensevelissement (utilisant une icône de la Vierge orante ) semblable au Vendredi Saint, et le jour du 15 août c’est la fête de l’Assomption qui est fêtée, l’icône de la Vierge orante est élevée, puis chacun va la vénérer. Le tropaire de la fête a été modifié : le terme de dormition a été remplacé par assomption.
Ne retrouvant rien de cela dans les ménées j’ai recherché dans mes livres de théologie et j’ai trouver ceci dans le livre : « La Mère de Dieu dans l’Eglise orthodoxe » d’Alexis Kniazeff :

« La Dormition de la Mère de Dieu

Peut-on affirmer pour finir, que la liturgie mariale byzantine qui, effectivement, place la Mère de Dieu dans une perspective eschatologique, donne également une vision de la possibilité pour elle d’une résurrection corporelle anticipée ? Des textes, comme certains faits liturgiques, peuvent être tenus comme donnant des indices de ce sens.
Le premier fait est particulièrement notoire. On peut même en parler comme d’un fait dogmatique. C’est absence total, constatée de tout temps, de relique corporelles de la Théotokos. Cette absence de vénération des restes corporels de le Mère du Christ est le fait de toutes les liturgies et pas uniquement de la liturgie byzantine. Saint Epiphane de Chypre a déclaré à la fin du IV siècle ne rien connaître ni du fait de la mort de la Vierge Marie , ni du fait qu’elle n’était pas morte, ni de sa sépulture. On sait aussi qu’à l’époque d’Epiphane le culte des saints, en particulier des martyrs, était étroitement lié à l’endroit où ils avaient leur tombeau. Plus tard ce ne fut plus le cas, mais la vénération des reliques corporelles demeura toujours l’un des éléments essentiels du culte des saints dans l’Eglise. Or, si à l ‘époque qui suivit celle d ‘Epiphane, on parla du tombeau, ou même des tombeaux de la Vierge, il n’y eut jamais dans l’Eglise une vénération reconnue de reliques corporelles de la Mère terrestre du Christ. La seule vénération reconnue était celle des parties de vêtements de la Vierge, ce qui a donné lieu, çà et là, à l’apparition de fêtes comme celle de la déposition de la Robe précieuse de la très Sainte Théotokos, qui figure dans le calendrier liturgique byzantin à la date du 2 juillet. De tels faits constituent certainement un argument de poids à l’appui de la doctrine de la résurrection corporelle de la Très Sainte Mère de Dieu. »

Deuxième indice : la liturgie et l’hymnographie et le troisième indice : l’intercession adressée par l’Eglise à la Mère de Dieu. (Je retranscrirai ces 2 indices plus tard si vous le désirez)

« Il faut mentionner, enfin, un quatrième indice offert par la liturgie. Il s’agit de l’office de l’ensevelissement de la Vierge, dit « Glorification de la Très Sainte Théotokos ». Cet office rappelle dans sa composition l’office de l’ensevelissement du Christ célébré le Grand Vendredi. Sa variante hiérosolymitaine, plus ancienne, est célébrée le 14 août à Gethsémani en relation avec la dormition. Le lit de la Vierge, placé au milieu de l’église lors de cet office, y demeure jusqu’au 24 août, jour de la clôture de la fête. Sa variante russe, célébrée d’abord dans les grands monastères, s’est répandue aujourd’hui jusque dans les églises paroissiales. Elle est beaucoup plus expressive que l’office de Getsémani pour ce qui concerne la proclamation de la résurrection de la Mère de Dieu. On la célèbre après le 15 août, car la résurrection de la Théotokos a été connue trois jours après sa mise au tombeau, ainsi que le racontent les apocryphes. Tout comme l’orthros du Grand Samedi, l’office russe comporte des stances avec tropaires intercalés entre les versets du psaume 118. Ces tropaires expriment l’étonnements des croyant devant le mystère de l’ensevelissement et la résurrection de celle qui est la Mère de la Vie. Viennent ensuite des eulogitaria, qui proclame triomphalement la résurrection corporelle de la Théotokos, tout comme le Grand Samedi les eulogitaria proclament la résurrection du Christ. »

Monique
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Message par Monique »

La Mère de Dieu dans l’Eglise orthodoxe de Alexis Kniazeff (édition du Cerf)

Je continue par la conclusion du chapitre sur la dormition de la Mère de Dieu :

« Tels sont les indices liturgiques de l’existence dans l’Eglise bysantine de la doctrine de la Résurrection corporelle de la Mère terrestre de Jésus-Christ. Qu’en dit la théologie orthodoxe ? Les théologiens russes du XXe siècle, tels Boulgakov d’une part, Florovsky et Lossky d’autres part, tiennent la Résurrection de la Mère de Dieu pour dogme révélé. La théologie grecque est réservée. Cette réserve s’explique dans une certaine mesure par la réticence orthodoxe vis-à-vis de l’Immaculée conception proclamée par Pie IX dogme de foi catholique en 1854 et se présentant comme le fondement théologique du dogme de l’Assomption, proclamé par Pie XII en 1950. Il faut rappeler ici que, pour les théologiens orthodoxes qui admettent la Résurrection corporelle de la Théotokos, cette résurrection ne peut être que l’effet de la Résurrection du Christ et une conséquence de sa maternité divine. Une autre raison de l’opposition à cette doctrine dans l’orthodoxie est le défaut pour elle du semper qui doit accompagner, comme l’a montré saint Vincent de Lérins, tout dogme révélé. Et, en effet, cette doctrine semble avoir été totalement ignorée par l’Eglise pendant les quatre ou cinq premiers siècles de son histoire. A cela on pourrait répondre, cependant, que l’absence de reliques corporelles de la Mère du Christ, pendant cette période et après, est un argument a silentio pouvant tenir lieu du semper.

Mais il est temps de revenir au rapprochement que fait l’hymne acathiste entre la Terre Promise et la Mère de terrestre de Jésus-Christ. Sans avoir à se prononcer définitivement sur la question de savoir si la résurrection corporelle de la Théotokos est un dogme révélé (ce qui doit être tranché par voie conciliaire et ce qu’un concile doit faire si, un jour, la vénération de la Mère de Dieu se voit mise en question dans l’Eglise sous une forme ou une autre ), on peut d’ores et déjà affirmer que l’Eglise a effectivement mis en rapport la vision qu’elle a de la Mère de Dieu avec son attente eschatologique. Mariologie et eschatologie sont liées, comme le sont ecclésiologie et eschatologie, tout comme ecclésiologie et mariologie. La Théotokos se trouve être la figure de l’Eglise. Or l’Eglise, étant Corps du Christ et Temple du Saint-Esprit, porte déjà en elle l’ eschatologie réalisée. Donc la Théotokos, vrai Mère de Dieu en qui a pris chair le Logos divin conçu par le, Mère Vierge avant, dans et après la naissance, est la personnification de l’Eglise et dans son mystère et comme Mère des fidèles. Elle est donc bien l’icône eschatologique de l’Eglise, qui la vénère comme telle dans sa prière, voyant en elle un signe du Royaume à venir, signe annonciateur de la terre nouvelle sous les nouveaux cieux."

Antoine
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Message par Antoine »

LA DORMITION DE LA MERE DE DIEU
Commentaire du 1er Canon en suivant st. Nicodème.

Odes 1-3

Quand fut achevée la construction du Temple du Seigneur, dit l'Ecriture, Salomon convoqua les Anciens d'Israël à Jérusalem pour faire monter de la cité de David, qui est Sion, l'Arche de l'Alliance du Seigneur. Les prêtres portèrent l'Arche de l'Alliance et la Tente de réunion avec tous les objets sacrés qui y étaient. Le roi Salomon et tout Israël avec lui sacrifièrent devant l'Arche moutons et bœufs en quantité innombrable. Les prêtres apportèrent l'Arche de l'Alliance du Seigneur à sa place, au Débir du Temple, c'est-à-dire au Saint des Saints, sous les ailes des Chérubins. En effet, les Chérubins étendaient leurs ailes au-dessus de l'emplacement de l'Arche et faisaient un abri au-dessus de l'Arche et de ses barres..." (3 Rois 8,1.)

Si pour transporter l'Arche symbolique et sans âme dans le Saint des Saints du Temple, s'assemblèrent, en grande pompe et en grand cortège, le roi Salomon et son peuple, il était plus que juste qu'aujourd'hui s'assemblassent toutes les multitudes des orthodoxes pour fêter, dans l'allégresse, la vénérable Dormition de la Mère de Dieu, l'Arche vraie et vivante de Dieu, et pour célébrer solennellement sa Métastase sainte et porteuse de vie. Car, aujourd'hui, Celui qui dispense la sagesse, le nouveau Salomon et Roi de la paix, notre Seigneur Jésus-Christ, le Fils de la Toujours Vierge Marie, a voulu prendre sa Mère Toute-Sainte et la transférer dans le Saint des Saints du ciel non fait de main d'homme, afin que là où le Fils règne, règne aussi avec Lui Celle qui l'a enfanté. Et si là où est notre Maître, là aussi est son serviteur, comme lui-même l'a dit, sans mentir : "Si quelqu'un me sert, qu'il me suive et là où je suis là sera aussi mon serviteur". (Jn 12,26.)

Il était donc juste, mille fois juste, que le Christ reçût sa Mère Toute Sainte, dans son royaume pour régner avec Lui éternellement. Comme le Christ n'est pas entré dans un sanctuaire fait de main d'homme mais dans le ciel, pour se présenter devant Dieu, -c'est Paul qui l'a dit aux Hébreux : "Car ce n'est pas dans un sanctuaire fait de main d'homme, image du véritable, que le Christ est entré, mais dans le ciel même, afin de se tenir désormais, pour nous, présent devant la face de Dieu..." (9,24) - de même, sa Mère devait entrer dans le ciel pour demeurer inséparable de son Fils.

Frères, nous aussi, fêtons et célébrons la fête, la solennité brillante et universelle de la Mère de Dieu ; car si pour saint Jean Chrysostome, toutes les fêtes de saints ressemblent aux étoiles, il est certain que la présente fête ressemble à la pleine lune lumineuse et argentée qui dissipe l'obscurité de la nuit et éclaire le cercle de la terre. Tous, sans exception, chantons la Mère de notre Dieu patriarches, évêques, prêtres, rois et princes et tous les juges de la terre, hommes et femmes, jeunes hommes et vierges, vieillards et enfants ; en ce jour, tous les chœurs angéliques entourent la couche sacrée de la Vierge les Trônes supérieurs, Chérubins et Séraphins, l'ordre intermédiaire des Seigneuries, des Puissances et des Dominations et l'ordre dernier, Principautés, Anges, Archanges, les uns précédant, les autres suivant, tous formant le cortège de Celle qui monte au ciel.

Et le Roi Suprême lui-même, le Fils Unique et Verbe de Dieu et Dieu, le Fils selon la chair de la Vierge, est Lui-même invisiblement présent aux funérailles de sa Mère bien-aimée. II reçoit dans ses mains très pures son âme toute lumineuse et, dans trois jours, Il ressuscitera son Corps qui a porté la Vie, afin de la recevoir toute entière dans les cieux.

Et nous, nous suivrons saint Nicodème l'Athonite, nous irons avec lui au Banquet dont parle l'Evangile, Banquet magnifique et royal, où sont servisles mets les plus fins et les plus savoureux de la Théologie Orthodoxe, ce mystère caché, inaccessible aux méthodes académiques quelles qu'elles soient, ce don excellent et parfait qui vient d'En-Haut, du Père des Lumières et que seuls les Pères de l'Église, qui par le jeûne, la veille et la prière... ont reçu la grâce connaissent, et parmi eux, le divin Cosma le Mélode, l'auteur de ce canon de la Dormition et les Pères cités dans le commentaire qui suit. Nous avons donné le commentaire de tous les tropaires du premier Canon et les hirmis des Odes I et IX qui ont trait à la fête.

"Sauveur, fortifie mon esprit, car j'ose célébrer "le rempart du monde, Ta Mère toute-pure. Donne de "la force à mes paroles et du poids à mes pensées, "car tu combles les demandes faites avec foi. "Donne-moi une langue, des expressions, des pensées "dont je n'aie pas à rougir, car tout don "d'illumination vient de Toi, l'Illuminateur qui as "habité le sein toujours vierge". (Ikos de la fête.)

PREMIÈRE ODE

HIRMOS


"PARÉE DE LA GLOIRE DIVINE,
"TA MÉMOIRE ILLUSTRE ET SACRÉE
"0 VIERGE,
"A RÉUNI DANS LA JOIE TOUS LES FIDÈLES.
"AVEC MARIA EN TETE,
"CHŒURS ET TAMBOURINS CHANTENT TON FILS UNIQUE QUI
"S'EST COUVERT DE GLOIRE !


Par cet hirmos, le Mélode s'adresse à la Mère de Dieu et lui dit : "Mère de Dieu toujours Vierge, la mémoire illustre et sacrée de ta Dormition, parée, ornée, resplendit dans la gloire divine. N'est-ce pas toi, en effet, que le prophète Ezéchiel a vue dans la gloire de Dieu ? "Et voici que la gloire du Seigneur emplissait la maison" (Ez. 43,5.)

Cette fête de la Mère de Dieu RÉUNIT en ce jour, DANS LA JOIE, TOUS LES FIDÈLES chrétiens. Si la mémoire de ceux qui furent simplement des Justes est, selon Salomon, célébrée par les peuples dans la joie, "quand les Justes sont célébrés, les peuples sont en liesse", (Prov.29,2), combien plus doivent être en liesse les peuples qui célèbrent la Dormition de la Mère de Dieu plus sainte que tous les saints et pour les siècles des siècles !

Après avoir traversé, à pieds secs, la Mer Rouge, les fils d'Israël se divisèrent en deux chœurs, d'un côté les hommes avec Moïse à leur tête et de l'autre, les femmes avec Mariam. "Mariam la prophétesse, sœur d'Aaron, saisit un tambourin, et toutes les femmes la suivirent, avec des tambourins, formant des chœurs de danse. Et Mariam leur fit reprendre en chœur : chantons le Seigneur qui s'est couvert de gloire" (Ex.15,20.)

De même les chrétiens, réunis aujourd'hui pour célébrer ta mémoire, ô Mère de Dieu, chantent en des hymnes spirituels ton Fils Unique qui s'est couvert de gloire.

Si le Mélode ne mentionne pas ici Moïse le chef du chœur des hommes et ne fait pas allusion au pas-sage de la Mer Rouge, comme l'exige la règle de la composition des Canons, mais parle Mariam, le chef du chœur des femmes, c'est pour montrer que celle qui est célébrée en cette fête est une femme qui s'appelle aussi Mariam, nom qui signifie maîtresse. Mariam, la sœur de Moïse, était la figure de la virginité de Marie la Mère de Dieu, comme l'explique saint Grégoire de Nysse, l'une et l'autre étant restées vierges. En accord avec Cosma notre Mélode, saint Jean Damascène dit "Avec Mariam la prophétesse, ô âmes jeunes et vierges, dansons avec des tambourins, mortifiant nos membres terrestres que symbolisent les tambourins mystiques" Deuxième Homélie sur la Dormition.

Et André de Crète : "Formez un chœur et chantez avec des cymbales, faites retentir vos cantiques comme Mariam, avec vos tambourins, et prenez la tête du chœur des vierges..."

[Pour la tradition ascétique, le tambourin, fait de la peau d'un animal mort, symbolise la mortification des membres du corps terrestre. Après le passage de la mer rouge, « Le choeur des hommes était dirigé par Moïse, dit encore saint Basile le Grand, et celui des femmes, par sa soeur Mariam battant du tambourin; elle avait mortifié ses membres par la continence. Le tambourin fait de peau d’animal mort, symbolisait la mortification de ses membres par la continence. »)]


Tropaire


"LA MILICE DES ANGES IMMATÉRIELS
"PRENAIT SOIN, DANS SION, DE TON CORPS DIVIN,
"QUAND ARRIVA SOUDAIN, DES CONFINS DE LA TERRE,
"LA FOULE DES APÔTRES QUI L'ENTOURA.
"AVEC EUX, O VIERGE TOUTE-PURE,
"NOUS GLORIFIONS TA MÉMOIRE SACRÉE.


Et à nouveau, Coma s'adresse à la Mère de Dieu et lui dit : "0 Vierge Mère de Dieu, la milice céleste des anges immatériels prenait soin et servait ton corps divin, dans la cité de Sion, quand tu remis ton âme plus que sainte entre les mains de ton Fils et Dieu". Dans sa Troisième Homélie sur la Dormition, saint Jean Damascène dit, lui aussi : "Les anges immatériels et invisibles prirent soin du Corps de la Mère de Dieu, Corps qui pour avoir reçu Dieu, devint principe de vie et entourèrent, comme servants, la Mère du Maître. Et la foule des Apôtres, soudainement rassemblée des confins du monde où ils prêchaient l'Évangile, se trouvèrent tous réunis". Dans sa Deuxième Homélie il célèbre cette réunion des Apôtres : "Les Apôtres dispersés par toute la terre, pour prêcher par les langues diverses et harmonieuses de l'Esprit et prendre dans leurs filets les hommes... Sur un ordre divin, la nuée, telle un filet, les amena des confins de la terre à Jérusalem... Et ceux qui avaient vu le Verbe et l'avaient servi, s'occupèrent de sa Mère, comme il se devait, et puisèrent en elle leur part de la riche et précieuse bénédiction. Car qui doutera qu'Elles est la source de la bénédiction, le jaillissement de tous les biens ?" Juvénal, le patriarche de Jérusalem, lors du IV° Concile Œcuménique de Chalcédoine en 451, interrogé par l'impératrice Pulchérie, sur le Corps de la Mère de Dieu, répondit "Tous les saints Apôtres, qui s'étaient partagé l'univers, pour y prêcher le Salut aux Nations, furent rassemblés en un clin d'œil à Jérusalem". Le Mélode termine son tropaire, en associant aux anges et aux apôtres les chrétiens, qui eux aussi glorifient la mémoire vénérable de la Dormition qui dispense la vie, car par l'intercession de la Vierge, nous jouissons de tous les biens divins... Avec eux, ô Vierge toute Pure, nous glorifions ta mémoire sacrée.


Tropaire

"TU AS DÉPASSÉ LA NATURE,
"0 INNOCENTE QUI ENFANTAS DIEU,
"ET TU AS REMPORTE SUR ELLE
"TOUS LES PRIX DE LA VICTOIRE.
"MAINTENANT, A L'IMITATION DE TON FILS ET CRÉATEUR,
"TU TE SOUMETS A LA NATURE,
"TU MEURS ET RESSUSCITES,
"POUR VIVRE, AVEC TON FILS, ÉTERNELLEMENT.



Contemplant, avec son œil spirituel, les prodiges et les merveilles surnaturels de la Mère de Dieu, Cosma lui dit dans ce tropaire "0 Toute-Innocente, d'âme, d'esprit et de corps, toi seule as atteint sur la terre, la cime de l'innocence et de la pureté ; toi seule as conçu et mis au monde le Verbe Dieu ; tu as ainsi remporté bon nombre de grands prix et élevé des trophées de victoire sur la nature commune des hommes. En .effet, tu as vaincu la nature en concevant sans semence ; tu as vaincu la nature, en portant, sans fatigue, dans ton sein, le Verbe pendant neuf mois : l'Enfant et le volume de son Corps, de l'Hypostase de la Personne divine ne t'ont imposé aucune fatigue. Tu as vaincu la nature en mettant au monde le Verbe Dieu, sans douleur, sans accouchement, sans corruption ; le Verbe Dieu, né de toi, qui t'a trouvée Vierge, t'a laissée Vierge à jamais. Tu es la porte fermée, contemplée jadis par le Prophète : "Cette porte sera fermée, elle ne s'ouvrira point et personne n'y passera ; car le Seigneur, le Dieu d'Israël, est entré par là. Elle restera fermée" (Ez. 44,2.)

Par les trophées et les victoires remportés sur la nature, d'abord dans ta vie ensuite dans ta mort, tu as imité ton Créateur et Dieu.
-- Comment ?
-- Comme Lui s'est soumis à la mort, toi aussi Mère de Dieu, tu t'es soumise à la mort. Comme Lui, en mourant volontairement, s'est soumis aux lois de la nature, pour ressusciter après trois jours du tombeau, toi aussi, ô Toute-Sainte, en mourant, tu t'es soumise aux lois de la nature pour ressusciter après trois jours. Après ta mort, ton âme toute-sainte devait s'unir, de nouveau, à ton Corps très pur, être ressuscitée et après ta résurrection, monter avec ton Corps au ciel, où maintenant, tu partages l'éternité avec ton Fils, glorifiée avec Lui à jamais. Morte et ressuscitée surnaturellement, ô Vierge, tu n'as pas été vaincue par la nature, mais à nouveau, tu l'as vaincue, remporté sur elle la victoire et dressé des trophées. Ainsi, ta mort est devenue vie, ta nécrose est devenue résurrection, ta sépulture est devenue cause de vie et de résurrection. Comme ton Fils fut surnaturel dans sa nature, ainsi que l'a fort bien dit Hiérothée "Je dirai que ce qu'il y a de plus nouveau dans le nouveau, c'est Jésus qui a été surnaturel dans les choses de la nature" ; toiaussi, Mère de Dieu, en te soumettant en tant que mortelle, aux lois de la nature, tu as été surnaturelle, en tant que Mère de Dieu. Avec Cosma, beaucoup de saints et des théologiens affirment la Résurrection de la Mère de Dieu.

Saint Jean Damascène, dans la Troisième Homélie sur la Dormition, écrit "Comme l'or se purifie dans le creuset, de même, la Toute-Sainte devait dé-poser, dans le creuset de la mort, la matière terrestre et opaque de la mortalité, pour ressusciter ensuite du tombeau, dans sa chair incorruptible et pure, scintillante dans la splendeur incorruptible. Aujourd'hui, elle reçoit le commencement d'une seconde existence (la résurrection) de Celui qui lui avait donné la première... Entrons dans le tombeau (de la Vierge) et apprenons l'étrange mystère : son Corps s'est levé,. s'est élevé, est monté au ciel et se trouve près de son Fils, au-dessus de tous les ordres angéliques. Rien, en vérité, ne sépare la Mère de son Fils". Et plus loin : "Ainsi le Corps très saint déposé dans le tombeau glorieux et merveilleux, devait être élevé, après trois jours, dans les lieux célestes", et plus loin encore "Comme le Corps saint et pur que le Verbe Dieu a pris d'elle et a uni à son Hypostase est ressuscité le troisième jour du tombeau, de même, elle aussi, devait être transférée du tombeau vers un autre port, près de son Fils..."

Saint Grégoire Palamas, dans son Homélie sur la Dormition, parle avec clarté et netteté de cet événement • "Elle seule se trouve maintenant, avec son corps glorifié par Dieu, près de son Fils dans les cieux... Car si l'âme qui, dès ce monde, possède la grâce de Dieu, monte au ciel quand elle quitte ce monde... comment le Corps qui a reçu en lui le Fils Unique et prééternel de Dieu, la source inépuisable de la grâce et qui l'a mis au monde, ne serait-il monté au ciel... C'est pourquoi le Corps qui a enfanté est glorifié avec son Fruit, d'une gloire toute divine avec le Christ déjà ressuscité après trois jours, est ressuscitée l'Arche de sa Sainteté, selon le Cantique prophétique Ps.131,1. Pour ses disciples, la preuve de sa Résurrection des morts, furent les linceuls et les linges qui seuls restèrent dans le tombeau et furent trouvés par ceux qui étaient venus la chercher : comme pour son Fils et Maître, il ne lui était pas nécessaire de demeurer davantage sur la terre. Aussi est-elle immédiatement montée du tombeau dans les cieux qui sont au-dessus des cieux..."

Le divin Marc d'Ephèse, dans ses Canons sur la Dormition, dans un tropaire de l'Ode IX du ton 7 chante :"Qu'elle soit magnifiée par nos acclamations et nos cantiques, la Toute-Pure. Qu'elle soit dignement proclamée Toute-Bienheureuse, car elle est morte puis ressuscitée comme Mère du Seigneur, confirmant ainsi la résurrection universelle que nous espérons tous" ; et dans un autre tropaire ; "La Mère de la vie accepte la mort. Déposée dans le sépulcre, après trois jours, elle ressuscite en gloire, pour régner avec son Fils et prier pour le pardon de nos fautes".

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Ode III

Tropaire


"TE SACHANT FEMME MORTELLE
"ET SURNATURELLEMENT MERE DE DIEU,
"VOYANT EN TOI LE TABERNACLE DE LA DIVINITE
"RESPLENDISSANT DANS LA GLOIRE,
"LES APOTRES TE TOUCHERENT, O TOUTE-PURE,
"DE LEURS MAINS, EN TREMBLANT.



Matérielle dans sa nature, notre glorieuse Souveraine pouvait, certes,être facilement touchée, mais en tant que Mère de Dieu, ayant dépassé les lois de la nature, elle était difficilement touchable, du moins par le grand nombre. Instruit de cela, notre divin Mélode se tourne encore vers la Mère de Dieu pour lui dire :
"0 Mère de Dieu Toute-Pure, Salomon a dit de toi, dans son Cantique - toute belle est ma bien-aimée, il n'y a pas de défaut en toi". (4,7). Les glorieux Apôtres et disciples de ton Fils, te sachant femme mortelle, selon la nature, tributaire de la mort, s'approchaient avec confiance et assurance de ta couche mortuaire où reposait ton Corps très pur et sacré. Ils savaient aussi que, comme vraie Mère du Fils Unique et Verbe de Dieu par qui tout a été fait, tu étais au-dessus des bornes de la nature, et n'osaient pas pour cela, craintifs, t'approcher. Mais unissant l'audace à la crainte, ils s'approchèrent quand même et touchèrent ton Corps qui reçut Dieu, pour l'ensevelir ; ils firent cela non pas avec des mains profanes mais hésitantes, tremblantes et craintives car ils le voyaient scintiller de toutes parts, de la gloire et de la splendeur divines, tel un autre soleil éclatant.

Quand le soleil se couche et disparaît à l'horizon occidental, il laisse la lueur de ses rayons, pour preuve de sa présence. De même, l'âme de la Vierge toute sainte, plus éclatante et plus brillante que le soleil, bien que sortie du Corps qui a porté la Lumière, a imprégné de son rayonnement ce Corps mort, qui emplissait de joie et de beauté les yeux des bienheureux Apôtres. Cette gloire du Corps de la Vierge, Ezéchiel, le plus voyant des prophètes, l'a contemplée et énigmatiquement annoncée "Et voici que la gloire du Dieu d'Israël arrivait du côté de l'Orient (c'est la Vierge) et la terre (le Corps de la Vierge) resplendissait tout autour de sa gloire".( Ez. 43,2). Procope applique à la Toute-Sainte la prophétie de Job (28,5) : "La terre d'où sort le pain. En-dessous, elle est retournée comme par le feu, elle est le lieu des pierres de saphir". II s'agit, dit Procope, du Corps pur et sans tache de la Vierge qui devait mettre au monde le Dieu qui a donné la Loi.

Si le visage de Moïse a été grandement glorifié au point que les fils d'Israël ne pouvaient le regarder, si le visage d'Etienne l'archidiacre a brillé comme la face d'un ange, si le visage de saint Sisoé a resplendi dans la mort comme le soleil, quelles ont dû être la gloire et la splendeur de la Lumière du Corps de la Mère de Dieu, même après la mort, du Corps qui avait conçu et mis au monde le Soleil de Justice, le Verbe et Dieu suprême du Père ? André de Crète, expliquant les paroles du divin Denys l'Aréopagite, à propos de la Mère de Dieu : "Puis après avoir contemplé ce spectacle (la Mère de Dieu morte), tous les hiérarques crurent bon de la louanger", il dit . "Quelle était cette vision ? Quelle était cette beauté incomparable ? Une vision lumineuse et belle qui s'offrait alors à ces théoleptes. Puisse mon discours être à la mesure du rayonnement de la Lumière divine dans laquelle baignait le Corps principe de vie et tout lumineux de la Mère de Dieu..,"


Tropaire


"LA JUSTICE DE DIEU INTERVINT
"ET COUPA LES MAINS SACRILEGES DU PROFANATEUR.
"ELLE SAUVA L'HONNEUR DU A L'ARCHE VIVANTE,
"LA GLOIRE DE LA DIVINITE
"EN QUI LE VERBE S'EST FAIT CHAIR.



Ce tropaire évoque le miracle qui se fit, quand les Apôtres portaient la couche mortuaire du Corps de la Vierge qui avait reçu Dieu, pour le déposer dans le sépulcre. Ce miracle est rapporté par bon nombre d'écrivains ecclésiastiques, comme Maurice l'auteur des Synaxaires et Diacre de la Grande Eglise de Sainte Sophie de Constantinople ; le Commentateur Anonyme des Canons et saint Jean Damascène dans sa Deuxième Homélie sur la Dormition, racontent que lorsque les Apôtres qui portaient le Corps bien-heureux de la Mère de Dieu, accompagnés de Juifs pieux et reconnaissants, descendaient de la Montagne de Sion, un impie, excité par le Diable contre le Corps de Mère de Dieu, saisit de ses deux mains la couche et tenta de la renverser à terre ; son audace fut punie sur le champ. Le Commentateur Anonyme des Canons dit que les mains coupées de l'impie restèrent accrochées au lit mortuaire. Le miracle le convertit aussitôt. Il demanda aux Apôtres de prier pour lui. Sur l'ordre de Dieu, il plaça ses avant-bras sur ses mains coupées et, ô miracle, elles furent aussitôt réunies.

C'est ce miracle que notre Mélode rapporte en disant dans son tropaire LA JUSTICE DE DIEU INTERVINT ET COUPA LES MAINS SACRILEGES DU PROFANATEUR IMPIE. La tradition iconographique a noté ce miracle et on voit, à part quelques rares exceptions, sur les Icônes de la-Dormition, l'Ange coupant avec son glaive les mains de l'impie qui restent accrochées au lit mortuaire. Dieu agit ainsi pour sauver l'honneur et la gloire de sa Divinité et pour que le Corps glorieux de la Mère de Dieu apparût plus vénérable, faisant de tels miracles. Et Jean Damascène le célèbre en disant : "Le Corps est porté par les mains des Apôtres et le Roi des rois le recouvre de l'éclat de sa divinité invisible".

Cette histoire de l'impie rappelle celle de l'Arche de l'Ancien Testament où Dieu fait mourir Uzza qui, étant indigne, tendit la main et toucha l'Arche de l'Alliance "Et la colère du Seigneur s'enflamma contre Uzza et Dieu le frappa sur place à cause de sa faute. Uzza mourut là, près de l'Arche de Dieu..."( 2 Rois 6,7.) L'Arche était portée par un char traîné par des bœufs qui la faisaient pencher mais elle ne tomba pas. "Uzza, dit encore l'Ecriture, marchait à côté de l'Arche de Dieu... Comme on arrivait à l'aire de Nakon, Uzza étendit la main vers l'Arche de Dieu et la retint, car les bœufs la faisaient verser".( 2 Rois 6,6.)

Si Dieu a fait mourir Uzza, pour avoir seulement osé porter la main sur l'Arche, -dans un but louable, pour l'empêcher d'être renversée- combien plus devait être châtié l'impie audacieux et sacrilège qui se jeta contre la couche de la Mère de Dieu, non pour l'empêcher de verser, mais tout au contraire, pour la verser à terre ? C'est donc en toute justice que Dieu a châtié l'audacieux, afin de sauvegarder le respect et l'honneur dus à l'Arche Vivante de la Toute-Pure Mère de Dieu, dans le sein de laquelle son Fils et Verbe s'est fait Homme parfait : "Et le Verbe s'est fait chair". (Jn 1,14.)

Le Mélode a emprunté les paroles de son tropaire à Grégoire le Théologien : "Je connais un certain Uzza qui, pour avoir seulement osé toucher l'Arche que malmenaient les bœufs périt afin que fût sauvegardé l'honneur dû à l'Arche de Dieu". (Discours Théologique I.)

Selon Josèphe l'historien Juif, Dieu fit périr Uzza comme sacrilège pour avoir tendu la main et touché l'Arche sacrée, ce qui était réservé aux prêtres, mais, pour Théodoret, Uzza était prêtre et aurait dû porter lui-même avec les autres prêtres l'Arche, sur les épaules, et non pas en charger des bœufs. Dans le livre des Paralipomènes, il est écrit : "Les fils des Lévites portèrent l'Arche de Dieu sur leurs épaules avec des barres, comme Moïse l'avait ordonné d'après la parole du Seigneur". (Paral. 15,15.) Bien que les prêtres fussent nombreux, seul Uzza périt, parce que, toujours selon Procope, c'est lui qui aurait conseillé de placer l'Arche sur un chariot tiré par des bœufs.
Dernière modification par Antoine le dim. 22 août 2004 15:46, modifié 1 fois.

Antoine
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Message par Antoine »

LA DORMITION DE LA MERE DE DIEU (Suite)
Commentaire du 1er Canon en suivant st. Nicodème.
Odes 4-6



Ode IV

Tropaire

"PEUPLES, VOYEZ ET ADMIREZ !
"LA MONTAGNE SAINTE DE DIEU,
"VISIBLE A TOUS,
"S'ELEVE AU-DESSUS DES COLLINES CELESTES !
"CIEL TERRESTRE, ELLE MONTE
"HABITER LA TERRE INCORRUPTIBLE DU CIEL.


Ce tropaire est composé d'emprunts faits au prophète Isaïe :

"I1 adviendra dans les derniers jours
"que la montagne du Seigneur paraîtra
"et que la maison du Seigneur sera
"fondée sur le sommet des montagnes,
"qu'elle s'élèvera par-dessus les collines
"et que toutes le nations y afflueront". (Is. 2,2 ;)

et au prophète Michée, qui dit à peu près la même chose :

"Il adviendra dans les derniers jours,
"que la montagne du Seigneur paraîtra,
"prête sur le sommet des montagnes,
"qu'elle s'élèvera par-dessus les collines,
"et les peuples s'y rendront".( Mic.4,1).

La montagne c'est, selon la lettre, la ville de Jérusalem et allégoriquement, la Mère de Dieu. Le Mélode s'adresse donc aux fidèles chrétiens réunis pour la fête de la Dormition et les exhorte en disant : Levez les yeux de vos âmes et vous verrez, spirituellement, et vous serez émerveillés par un spectacle étrange. Qui ne serait pas étonné de voir une montagne monter par-dessus une autre montagne? Qui ne s'étonnera pas, aujourd'hui, de voir exaltée la MONTAGNE SAINTE DE DIEU, VISIBLE A TOUS, la Mère de Dieu comparée à la montagne qui est haute, stable, non cultivée et ombragée par des arbres touffus ? Elle s'ELEVE, aujourd'hui AU-DESSUS DE TOUTES LES MONTAGNES, selon Isaïe.
- - Quelles sont ces montagnes ?
- - Ce sont les saintes milices angéliques, selon l'explication anagogique de Grégoire le Théologien qui en parle dans son Homélie sur le Baptême.

Donc, la Mère de Dieu avec son Corps, telle une montagne vivante, monte aujourd'hui au-dessus de toutes les milices, de tous les chœurs angéliques, des Trônes, des Chérubins et des Séraphins eux-mêmes, qui se tiennent dans la proximité de Dieu et devient ainsi incomparablement plus vénérable et plus glorieuse. Comme les montagnes qui dépassent en hauteur les collines, la Mère de Dieu, Montagne spirituelle, apparaît aujourd'hui, dans sa glorieuse résurrection, son transfert et son ascension, supérieure et au-dessus de toutes les collines célestes, que sont les anges incorporels. Dans certains manuscrits de ce Canon, on lit "Demeures" au lieu de "Montagnes". "Demeure" alors a le même sens que "Montagne", parce que la Mère de Dieu est montée au-dessus de toutes les demeures des Justes, seule à être assise à la droite du Fils, comme Mère et Reine. Mais le terme de "Montagne" est plus adéquat, parce que conforme aux prophéties d'Isaie et de Michée.

Le Mélode dit encore "CIEL TERRESTRE" pour avoir enfanté Dieu, la Mère de Dieu est un "CIEL", et "TERRESTRE" à cause de son Corps matériel. "Aujourd'hui, elle HABITE LA TERRE INCORRUPTIBLE ET CELESTE" que foulent les pieds de ceux qui sont "DOUX" selon l'Ecriture : "Bienheureux les doux, car ils hériteront la terre". (Matt. 5,5.)

En accord avec ce tropaire, Jean Damascène célèbre la Dormition, disant dans sa deuxième Homélie sur cette Fête "Aujourd'hui la Vierge qui a été vraiment un CIEL vivant, va habiter les demeures célestes. Et c'est peu dire que l'appeler Ciel, car celui qui possède la connaissance l'élèvera bien au-dessus de tous les cieux".


Tropaire


"0 INNOCENTE, TA MORT A ETE LE PASSAGE
"DANS LA VIE ETERNELLE ET SUPERIEURE.
"D'ICI-BAS, ELLE T'A TRANSPORTEE
"DANS LA VIE VRAIMENT DIVINE ET IMMUABLE
"OU TU CONTEMPLES, DANS LA JOIE,
"TON FILS ET SEIGNEUR.


Une fois de plus, le Mélode s'adresse à la Mère de Dieu : "0 vase de toute innocence, dit-il, ô Mère de Dieu, tu es comme une échelle qui s'élève de bas en haut, un pont qui fait passer d'un lieu à un autre. Ainsi, ta mort a été un passage, une échelle, un pont pour la vie sans fin et supérieure, elle t'a transférée de cette vie éphémère et terrestre à la vie réellement divine et sans fin". Saint Jean Damascène, dans sa Deuxième Homélie sur la Dormition, disait : "Tu es le pont qui mène à la Vie et l'échelle qui fait monter au ciel ; ta mort t'a procuré l'immortalité" ; et dans sa Première Homélie : "Nous n'appellerons pas mort ton transfert sacré mais dormition ou départ ou encore séjour dans un autre pays. Tu as quitté ton corps pour aller vers ce qu'il y a de meilleur".

La mort ne t'a-t-elle pas fait passer de la mer des choses d'ici-bas au ciel, pour y contempler dans la joie et l'allégresse du cœur ton Fils et Dieu, pour y être glorifiée avec Lui dans l'éternité en tant que sa Mère, dans la béatitude douce et indescriptible, dans la Lumière indicible, dans les biens ineffables, les choses "que l'œil n'a point vues, que l'oreille n'a point entendues et qui ne sont pas montées au cœur de l'homme". (I Cor. 2,9)

Et pour David, tu as été, jusqu'à ce jour, quelque peu inférieure aux anges, par la mortalité de ton Corps ; aujourd'hui, par cette mortalité et ta mort, tu es montée au-dessus de tous les ordres angéliques. C'est ainsi que te célèbre Grégoire Palamas - "Aujourd'hui nous fêtons la Dormition ou Métastase de celle qui fut quelque peu inférieure aux anges, mais qui dans sa proximité avec Dieu, a dépassé à un degré incomparablement supérieur les anges, les archanges et toutes les puissances hypercosmiques..." (Hom. 37.)

Que déduire de cela ? Que ta mort ne doit pas être appelée mort mais bien vie immortelle et éternelle. La mémoire de ta mort n'a rien d'affligeant ni de triste, elle est joyeuse et allègre. Le même Grégoire dit encore "Sa mort a été porteuse de la vie, elle l'a transférée dans la vie céleste et éternelle, et la mémoire de cette mort est une fête universelle et pleine de joie". Et Jean Damascène, dans sa troisième Homélie : "La mort ne t'a pas faite bienheureuse, ô Mère de Dieu, c'est toi qui l'as embellie, en détruisant sa tristesse et en la changeant en joie".


Tropaire


"LES PORTES CELESTES S'OUVRIRENT,
"LES ANGES CHANTERENT
"ET LE CHRIST ACCUEILLIT LE TRESOR
"MATERNEL ET VIRGINAL.
"LES CHERUBINS SE SOUMIRENT A TOI DANS
"L'ALLEGRESSE
"ET LES SERAPHINS TE GLORIFIERENT DANS LA JOIE,


Le début de ce tropaire a été emprunté au Ps.( 23,7) de David : "Princes, élevez vos portes, élevez-vous, portes éternelles ! Le Roi de gloire va faire son entrée !" Dans ce psaume, le Roi-Prophète fait allusion à l'Ascension du Seigneur, où les anges inférieurs ordonnent aux supérieurs d'ouvrir les portes des cieux, pour que le Christ, le Roi de gloire, entre. Ici le mélode applique ce psaume à l'Ascension corporelle de la Mère de Dieu ; les portes des cieux s'ouvrent pour laisser passer la Mère de Dieu, la Reine, les anges la louangèrent en la voyant monter corporellement aux cieux.
- - Quel hymne ont-ils chanté ?
- - Ecoutons Jean Damascène nous le dire dans sa Première Homélie "Les puissances des cieux allèrent à sa rencontre avec des hymnes sacrés, des cérémonies saintes en disant : Quelle est celle qui monte vêtue de blanc, qui apparaît comme l'aurore, belle comme la lune, brillante comme le soleil ? 0 combien tu es belle, combien tu es douce ! Tu es la fleur des champs, le lys dans la vallée ; c'est pourquoi les jeunes filles t'aiment... Le Roi t'a amenée dans sa chambre ; tous les Pouvoirs montent la garde, les Principautés te bénissent, les Trônes te chantent, les Chérubins émerveillés, les Séraphins en liesse glorifient la Mère, selon la nature humaine, de leur Seigneur. Le Christ, le Fils Unique, reçut avec joie dans les cieux, sa Mère, le joyau de la virginité, le trésor le plus précieux de tous les trésors". Et il ajoute les paroles pleines de grâce et de douceur adressées par la Mère bien-aimée à son Fils bien-aimé, au moment de lui remettre son esprit "Entre tes mains, mon Enfant, je remets mon esprit. Accueille mon âme que tu as gardée sans tache.. A toi, je remets mon Corps, et non à la terre ; garde-le intact ; il a été ta demeure que tu as laissée vierge en naissant. Prends-moi près de toi, afin que là où tu es, toi l'Enfant de mes entrailles, je sois aussi. Je me hâte d'aller à toi qui vint à moi sans te séparer du Père..."

Le même a noté, dans sa Deuxième Homélie, les paroles du Fils bien-aimé adressées à sa Mère bénie : "Mère bénie, viens à ton lieu de repos. Lève-toi, mon aimée, ma belle parmi les femmes et viens. Car voici, l'hiver est passé. Le temps de chanter est arrivé. Tu es toute belle mon amie et il n'y a point en toi de défaut. Tes parfums ont une odeur suave".

Puis le Mélode termine son tropaire en disant LES CHERUBINS SE SOUMIRENT A TOI DANS L'ALLEGRESSE. Cette soumission n'est pas une résignation, mais une cause d'allégresse ; soumission et humilité étaient pour eux gloire et exaltation.

LES SERAPHINS LA GLORIFIERENT , eux aussi, DANS LA JOIE, comme ils le font pour leur Dieu et Créateur. -- Pourquoi ?
Parce qu'ils savent que toi seule, ô Vierge, tu es la frontière entre le Créateur et les créatures, que toi seule as reçu la plénitude de tous les charismes divins que tu distribues aux anges et aux hommes selon la mesure de leur pureté et de leur amour pour toi ; plus ils mettent leur joie à te glorifier, plus ils reçoivent, par toi, les illuminations divines ; plus ils t'aiment, plus ils participent aux charismes de Dieu.

Le divin Grégoire Palamas, la lumière de Thessalonique proclame tout haut : "Elle seule est la frontière entre la nature créée et incréée, nul ne va à Dieu que par elle et par le Médiateur qu'elle a mis au monde ; tout don de Dieu ne vient que par elle aux anges et aux hommes". (Hom. sur l'Entrée de la Vierge au Temple.)

Dans les "Princes qui élèvent leurs portes" du Ps. 23, Grégoire le Théologien voit les puissances angéliques qui reçoivent l'ordre de s'élever, de devenir plus hautes, pour laisser passer le Christ qui monte au ciel. (Hom. sur Pâque). On peut entendre ici, par PORTES, les puissances célestes qui s'élevèrent, s'ouvrirent, pour contenir davantage le Mystère de la Vierge montant au ciel. On retrouve la même explication au doxasticon des vêpres de la fête où les anges inférieurs disent à ceux qui sont au-dessus : "ELLES S'AVANCERENT, INVISIBLES, AU-DESSUS DE LA TERRE ET CRIERENT AUX PUISSANCES SUPERIEURES - VOICI QUE S'APPROCHE LA FILLE DE DIEU, LA REINE DE L'UNIVERS OUVREZ LARGES VOS PORTES ET ACCUEILLEZ LA MERE DE LA LUMIERE..."

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ODE V

Tropaire


"LE PEUPLE DES APOTRES,
"PORTE COMME PAR UNE NUEE,
"SE RASSEMBLA A SION, DES CONFINS DE LA TERRE,
"POUR TE SERVIR, 0 VIERGE.
"TU ES LA NUEE LEGERE D'OU LE DIEU SUPREME,
"LE SOLEIL DE JUSTICE,
"A BRILLE SUR TOUS CEUX QUI ETAIENT DANS LES "TENEBRES
"ET DANS L'OBSCURITE.


Dans ce tropaire, il est question du miracle qui eut lieu lors de la Dormition de la Mère de Dieu où les Apôtres furent amenés par des nuées à Sion.

"0 Marie toujours Vierge, dit notre Mélode, la foule des Apôtres sacrés, assise "COMME" sur une nuée, fut amenée des confins de la terre à Jérusalem. Cosma emploie l'adverbe "COMME" dans le sens de similitude, parce que les nuées qui portèrent les Apôtres ressemblaient à des nuées sans l'être en réalité ; elle n'étaient pas des nuages formés de vapeur et d'évaporations naturelles ; elles étaient surnaturelles, formées sur l'ordre de Dieu, peut-être même étaient-elles les puissances angéliques elles-mêmes. Le Mélode parle d'une NUEE au singulier et non de nuées au pluriel.Dans la Troisième Homélie sur la Dormition, saint Jean Damascène emploie le même terme "Que se prépare la nuée universelle et supra-céleste, et que les ailes des vents amènent des confins de la terre les Apôtres à Sion. Quels sont-ils ceux qui, tels des nuées et tels des aigles, volent vers cette dépouille (le Corps mort de la Mère de Dieu), la cause de la Résurrection de tous, pour servir la Mère de Dieu ?" S'il dit NUEE au singulier, c'est que ces nombreuses nuées étaient unies entre elles et paraissaient n'en former qu'une.

La multitude des Apôtres s'est donc rassemblée à Sion des confins du monde où ils se trouvaient, pour servir et célébrer ton ensevelissement, ô toi la Nuée légère de tout péché car les péchés alourdissent et précipitent vers le bas. Sur cette Nuée, Isaïe a prophétisé : "Voici le Seigneur est assis sur cette NUEE LEGERE" (Is. 19,1.) Et comme le soleil sensible que cache une nuée, sort de cette nuée et apparaît au monde, de même le Fils du Très Haut, caché, couvert dans ton sein très pur, ô Mère de Dieu, a brillé de toi comme d'une nuée légère et lumineuse, SOLEIL DE JUSTICE ; il a éclairé ceux qui étaient dans les TENEBRES, égarés dans l'impiété, assis à l'ombre de la mort et du châtiment, c'est-à-dire dans le péché, qui est une ombre, qui nous cache le soleil.
-- Pourquoi le peuple des Apôtres s'est-il rassemblé à Sion ?
-- Parce que, selon saint Jean Damascène et saint André de Crète, là vivait la Mère de Dieu, là elle a rendu son âme, là elle était couchée sur son lit mortuaire.

"En elle (Sion), dit Jean Damascène, a pris fin la Loi de la lettre et a été proclamé l'avènement de la Loi de l'Esprit ;en elle, le Législateur a mis fin à la figure de la Pâque, le Dieu de l'Ancien et du Nouveau Testament nous a donné la Pâque véritable. en elle, le Christ s'est montré aux Apôtres, ressuscité des morts et a rassuré Thomas et par lui toute la terre, lui montrant clairement qu'il était Dieu et Seigneur, possédant deux natures, même après sa Résurrection, avec chacune ses énergies et sa volonté libre, qui demeureront telles dans les siècles infinis,.. Elle (Sion) est l'acropole des Eglises, le séjour des Apôtres. En elle, s'est répandue en de multiples langues, semblables à du feu, et avec un grand bruit, l'effusion du Saint Esprit sur les Apôtres. En elle, le théologien (Jean) prit chez lui la Mère de Dieu et la servit en tout. Elle (Sion) est la Mère des Eglises de tout l'univers, elle est devenue la maison de la Mère de Dieu, après la Résurrection de son Fils". Deuxième Homélie sur la Dormition.


Tropaire

"LES LANGUES DIVINES DES HOMMES THEOLOGIENS,
"INSPIREES PAR L'ESPRIT,
"FIRENT RETENTIR, COMME DES TROMPETTES,
"L'HYMNE DE L'EXODE DE LA MERE DE DIEU
"REJOUIS-TOI PURE, SOURCE DE L'INCARNATION DE DIEU,
"PRINCIPE DE VIE ET SALUT DE L'UNIVERS !


Les LANGUES DIVINES : c'est-à-dire portées et mues par le Saint-Esprit. DES HOMMES THEOLOGIENS • le Mélode appelle HOMMES THEOLOGIENS les divins et saints Apôtres, théologiens par excellence, directement enseignés par le Verbe Dieu, de qui ils ont appris la vraie et sûre théologie de la Foi et chez lesquels tous les théologiens ont puisé les dogmes de la théologie. Saint Denys l'Aréopagite, dans le III° Chapitre des Noms Divins, appelle les Apôtres théologiens et évoque la Dormition de la Mère de Dieu "Pierre, la cime très vénérable des théologiens..." et dit que Hiérothée, son maître et prédécesseur, gardait avec les théologiens tous les écrits des saints Apôtres, ceux des Prophètes et qu'il les appelle en plusieurs endroits THEOLOGIE.

CES LANGUES DIVINES des Apôtres INSPIREES PAR L'ESPRIT, chantèrent à la Mère de Dieu l'hymne de l'Exode, les chants funèbres qui retentissaient plus fort et plus clairement que le son de la trompette. Il convenait donc- d'appliquer aux Apôtres ce que Dieu avait dit des prêtres de jadis: "Les prêtres sonneront de la trompette". (Nomb.10,8) et Isaïe "Fais éclater ta voix comme la trompette".( Is. 54,1.)

Ensuite le Mélode révèle l'hymne que les Apôtres chantèrent à la Mère de Dieu "Réjouis-toi, Mère de Dieu, devenue incorruptible, tu es la source et la cause de l'Economie de l'Incarnation du Verbe Dieu, qui s'est fait le commencement, le principe de la vie et du salut de tous les hommes !"

Ensuite il appelle la Mère de Dieu SOURCE DE L'INCARNATION DE DIEU, parce que de son sang très pur, comme dans des flots plus que doux et agréables, Dieu le Verbe a puisé la chair, lui a donné consistance par l'action du Saint Esprit, et est sorti d'Elle Dieu Parfait et Homme Parfait.

Tous les admirables éloges, tous les hymnes funèbres que les divins Apôtres chantèrent aux funérailles de la Mère de Dieu, celui qui désire les connaître pourra les trouver dans les Trois Homélies de saint Jean Damascène et dans les Trois Homélies de saint André de Crète sur la Dormition.

Ces éloges sublimes qu'offrirent alors les Apôtres à la Mère de Dieu, l'oiseau du Ciel, l'aréopagite Denys, a commencé à les raconter, puis, pris de vertige, il n'en a pas terminé le récit, mais étonné et émerveillé, il s'écria à Timothée : "Tu n'ignores pas que nous-mêmes jadis, avec lui et d'autres nombreux parmi nos frères en sainteté, nous vînmes ensemble contempler ce Corps (de la Mère de Dieu), qui fut principe de vie et don de Dieu... C'est après cette contemplation qu'on décida que chaque grand prêtre, selon ses forces, célébrerait la bonté infiniment puissante de l'essence théarchique..." et il termine disant "Mais à quoi bon te redire ici tout ce qui, dans cette réunion, fut dit de Dieu ?" (Chapitre III des Noms Divins ;) et plus loin, il ajoute : "Laissons de tels mystères, qu'il ne faut point livrer à la foule et qui te sont familiers".

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ODE VI


"LE DIEU ET ROI DE L'UNIVERS
"T'A COMBLEE DE CHOSES SURNATURELLES.
"DANS TA MATERNITE,
"IL T'A GARDEE VIERGE
"ET DANS LE TOMBEAU,
"IL A PRESERVE TON CORPS DE LA CORRUPTION.
"IL T'A GLORIFIEE PAR UNE ASCENSION DIVINE,
"PRESENT D'UN FILS QUI HONORE SA MERE.


0 Mariam, dit Cosmas, morte et vivante, le Roi de l'univers t'a comblée de toutes les merveilles surnaturelles. Vraiment, tout ce qui te concerne est étrange. André, le proèdre de Crète, jubilant disait de toi : "...Tout ce qui la concerne est, en vérité, ce qu'il y a de vraiment nouveau". Et saint Germain de Constantinople, s'adressant, lui aussi, à la Toute-Sainte, lui dit : "Tout ce qui est tien est étrange, vrai, justifié. 0 désirée par-dessus tout et plus douce que le rayon de miel, nous te servirons en désirant tout ce qui est tien, désir grandement récompensé par toi ; louer ce qui est tien, c'est te louanger ; puissions-nous ne jamais y manquer". Homélie sur la Dormition.

Puis, le Mélode ajoute que Dieu le Verbe Lui-Même, le Fruit de tes entrailles, qui t'a gardée Vierge lors de l'enfantement (tu l'avais conçu sans semence et mis au monde sans corruption, sans briser les sceaux de ta virginité) a préservé ton Corps de la décomposition dans le tombeau. Ce Corps a certes connu la séparation, c'est-à-dire celle de l'âme et du corps, mais pas la décomposition. pendant les trois jours passés dans le tombeau, et de surcroît, il l'a glorifié en le ressuscitant et en le faisant monter au ciel.

Et André de Crète s'écrie à nouveau : "Le miracle est digne de Dieu et de la Foi : dans l'enfantement le sein n'a pas été corrompu et dans la mort, la chair n'a pas connu la décomposition. Quel miracle! Lors de l'accouchement tu as échappé à la corruption et dans le tombeau à la décomposition..."

Jean Damascène, dans la Deuxième Homélie sur la Dormition "Elle devait, dans l'enfantement, garder la virginité intacte et dans la mort, son Corps incorruptible". Et saint Germain de Constantinople, dans l'homélie sur la Dormition "Bien que le tombeau ait reçu un corps humain, ton Corps qui porta Dieu ne devait pas être dévoré par la décomposition de la mort, car tu devais être transférée vivante au ciel, dans le séjour de la vie, et laisser le tombeau vide, sans ta chair : et ton esprit devait rester séparé de la vie des hommes, par la force invisible de Celui qui est né virginalement de Toi, le Christ notre Dieu".

Pour notre Mélode, toutes ces merveilles, cette gloire et ces privilèges, ont été donnés à Toi ô Vierge, par le Verbe Dieu le Bien-aimé à sa Mère Bien-aimée, par le Dieu béni à sa Mère bénie, par le Fils Unique à sa très sainte Mère. Le lien naturel qui unit le Fils à sa Mère, la Maternité à la Filialité, a poussé le Fils à donner à sa Mère l'honneur et les prérogatives qui furent ceux de son propre Corps, du Corps de son hypostase divine reçu de la Vierge. Les privilèges du Corps de l'Hypostase divine qui connut la séparation (âme-corps) et la mort mais non la décomposition dans le tombeau, le Fils les a transmis au Corps qui reçut Dieu, celui de sa Mère Toute-Sainte, sauvegardant ainsi sa relation de Fils avec sa Mère.

-- Qui nous prouve que le Corps de la Mère de Dieu n'a pas été corrompu dans le tombeau ?

-- L'Impératrice Pulchérie, qui avait construit à Constantinople une magnifique Eglise en l'honneur de la Mère de Dieu, .pour y déposer, comme trésor, le Corps de la Vierge, interrogea au IV° Concile Œcuménique de 451 à Chalcédoine le Patriarche Juvénal de Jérusalem, sur le Corps de la Vierge. Le Patriarche répondit :
-- L'Ecriture Sainte et inspirée ne dit rien de la mort de Marie la Toute-Sainte Mère de Dieu. C'est par une tradition très ancienne et vraie que nous savons que lors de sa glorieuse Dormition, tous les Apôtres qui parcouraient à l'époque l'univers pour le salut des nations, furent réunis, en un seul instant, à Jérusalem, enlevés et portés au-dessus de la terre. Arrivés près du Corps de la Vierge, ils eurent une vision angélique, entendirent la psalmodie céleste et virent, dans la gloire divine, la Mère de Dieu remettant son âme entre les mains de Dieu. Quant à son Corps qui porta Dieu, il fut emmené, aux chants des anges et des Apôtres, et déposé dans le tombeau à Gethsémani où pendant trois jours les anges psalmodièrent sans relâche.

Après le troisième jour, les chants angéliques cessèrent, les Apôtres qui se trouvaient au tombeau l'ouvrirent, afin que l'un d'eux, absent le jour de l'ensevelissement, pût vénérer le Corps qui reçut Dieu. Mais le tombeau était vide, les linceuls à terre, un parfum suave les enveloppa. Etonnés par ce merveilleux mystère, ils pensèrent que Celui qui avait bien voulu prendre chair, se faire Homme et naître d'Elle selon la chair, le Verbe Dieu et Seigneur de gloire, Celui qui avait gardé intacte sa virginité après l'enfantement, avait enlevé son Corps très pur et exempt de toute souillure, l'avait couvert d'honneur en le rendant incorruptible et en le transférant au ciel avant la résurrection commune et universelle".

Saint Jean Damascène dit, dans la deuxième Homélie sur la Dormition, que Pulchérie, après avoir écouté, demanda à Juvénal de lui envoyer les linceuls qui furent trouvés dans le tombeau, pour les déposer dans l'Eglise des Blachernes qu'elle avait édifiée'.

En vérité, Dieu a comblé la Mère de Dieu de choses surnaturelles...

Tropaire

"0 VIERGE, TU ES EN VERITE LE CHANDELIER LUMINEUX
"DU FEU IMMATERIEL,
"L'ENCENSOIR D'OR AU CHARBON DIVIN,
"LA COUPE, LA VERGE, LA PIERRE GRAVEE PAR DIEU,
"L'ARCHE SAINTE, LA TABLE DU VERBE DE VIE
"PLACEE, PAR TON FILS, DANS LE SAINT DES SAINTS !


L'antique tente ou tabernacle de Moïse était divisée en trois parties : le parvis, le Lieu Saint appelé aussi Sanctuaire Cosmique et le Saint des Saints, tout comme nos églises, qui elles aussi comprennent trois parties le Narthex, le Catholicon et le Sanctuaire. Le Tabernacle de Moïse figurait la création. Le Saint des Saints symbolisait d'après Théodoret, le ciel, le Sanctuaire cosmique symbolisait le monde terrestre; c'est pourquoi il était accessible, en tout temps, aux prêtres, alors que le Saint des Saints ne l'était qu'une fois l'an et pour le Grand-Prêtre seul. Le chandelier d'or à sept branches, dont les sept lampes devaient brûler jour et nuit, était placé dans le Sanctuaire cosmique de même que la table des pains dits de proposition, sur laquelle étaient placés douze pains, renouvelés chaque semaine et symbolisant les douze tribus d'Israël en adoration devant leur Dieu, l'encensoir d'or, qui était en réalité un autel, destiné à recevoir chaque matin et chaque soir l'encens qu'on faisait brûler, symbole des prières d'Israël ; l'Arche où étaient conservées les tables de la Loi écrites par Dieu, l'urne remplie de la manne et la verge d'Aaron, étaient placées dans le Saint des Saints, comme en témoigne Paul : "Un tabernacle fut, en effet, construit. Dans la partie antérieure, appelée le Lieu Saint, étaient le Chandelier, la Table et les pains de proposition. Derrière le second voile se trouvait la partie du tabernacle appelée Saint des Saints, renfermant l'autel d'or pour les parfums et l'Arche de l’'alliance, entièrement recouverte d'or. Il y avait dans l'arche un vase d'or contenant la manne, la verge d'Aaron qui avait fleuri et les tables de l'alliance". (Hebr. 9,2.)

Sachant que tous les objets cultuels ci-dessus figuraient la Mère de Dieu, Cosma réunissant tout ce qui se trouvait en-deçà du voile : la table et le chandelier, de même que tout ce qui se trouvait de l'autre côté du voile l'encensoir d'or, l'arche et son contenu, dit à la Mère de Dieu : O Mariam toujours vierge, ton enfant béni, ton Fils unique, lors de ta mort, ne t'a pas abandonnée à la décomposition du tombeau, mais il t'a placée dans le Saint des Saints non fait de main d'homme, pour l'habiter.

Tu es le chandelier dont les sept lampes symbolisaient les sept dons du Saint-Esprit. Tu es la vraie Table (des pains de proposition) de Vie qui nourrit et rassasie toute âme affamée de Pain Vivant et dont Grégoire le Théologien dit "Le Pain c'est la parole de Dieu dont se nourrissent les âmes affamées de Dieu". Tu es le vrai Encensoir d'or du charbon immatériel et divin, du Seigneur Jésus Christ dans ses deux natures divine et humaine, comme le charbon qui est fait de deux natures : de feu et de terre. Oui, tu es l'Encensoir d'or, car comme l'or qui est supérieur en valeur à tous les autres métaux, de même toi aussi, ô Vierge, tu es en sainteté supérieure et au-dessus de tous les Justes et de tous les Saints, pour avoir enfanté et mis au monde Dieu.

Tu es l'Urne d'or pour avoir contenu la Manne plus que douce, le Christ ; et qui en mange ne mourra pas mais vivra éternellement.

Tu es la vraie Verge d'Aaron qui fleurit et produisit des noix, car tu as produit la noix spirituelle, le fruit de la Vie Jésus-Christ.

Tu es la Table (de la Loi) gravée par Dieu, car sur toi a été gravé le Verbe de Dieu, c'est-à-dire qu'il a pris chair sans semence dans ton sein, gravé par le doigt de Dieu, c'est-à-dire par la puissance et)

Enfin tu es la vraie Arche sainte qui contenait les objets sacrés, c'est-à-dire qu'en toi se sont accomplis les mystères surnaturels et étranges du Verbe Principe de Vie.
Dernière modification par Antoine le dim. 22 août 2004 15:47, modifié 1 fois.

Antoine
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Message par Antoine »

LA DORMITION DE LA MERE DE DIEU (Suite et fin)
Commentaire du 1er Canon en suivant st. Nicodème.
Odes 7-9


ODE VII

Tropaire

"MOÏSE, DANS SA COLERE, BRISA LES TABLES DIVINES
"ECRITES PAR LE SAINT-ESPRIT.
"MAIS SON MAITRE,
"QUI GARDA INTACTE CELLE QUI L'A ENFANTE,
"L'INTRODUIT EN CE JOUR DANS LES DEMEURES CELESTES.
"EXULTANT AVEC ELLE, CRIONS AU CHRIST :
"DIEU DE NOS PERES ET LE NOTRE,
"COUVERT DE GLOIRE, TU ES BENI !


Dans le Livre de l'Exode, il est écrit que pendant que Moïse parlait avec Dieu sur le Mont Sinaï, quarante jours et quarante nuits, le peuple Hébreu au cou raide se révolta contre le frère d'Aaron et demanda à ce dernier de lui donner des dieux et de le ramener en Egypte. Aaron réunit toutes les boucles d'oreilles des femmes, fit un veau en métal fondu et dit : "ISRAEL VOICI TES DIEUX QUI T'ONT FAIT MONTER DU PAYS D'EGYPTE". Il éleva un autel devant le veau et lui offrit des holocaustes et tous s'assirent pour manger et boire et adorèrent le veau comme Dieu. Sur l'ordre de Dieu, Moïse descendit du Sinaï, portant deux tables sur lesquelles était gravée la Loi les Dix Commandements. Voyant le peuple ivre et hurlant, il jeta les tables de la Loi à terre et les brisa. Cette histoire, on peut la lire dans le Livre de l'Exode, (chapitre 32,15.) "Moïse prit le chemin du retour et descendit de la montagne, tenant en mains les deux tables du témoignage, tables écrites des deux côtés, écrites sur l'une et l'autre face. Ces tables étaient l'œuvre de Dieu et l'écriture en était celle de Dieu, gravée sur les tables... Lorsqu'il approcha du camp, il aperçut le veau et les chœurs de danse ; Moïse s'enflamma alors de colère. II jeta les tables qu'il tenait en mains et les mit en pièces au bas de la montagne".

C'est à cette histoire que le Mélode se réfère dans ce tropaire, disant que MOÏSE, DANS SA COLERE, BRISA LES TABLES DIVINES ; elles étaient l'œuvre de Dieu, faites d'une pierre précieuse et non pas ordinaire, selon certains. Ces TABLES étaient ECRITES PAR LE SAINT-ESPRIT. Pourquoi le Mélode dit-il ECRITES PAR LE SAINT-ESPRIT, alors que l'Ecriture dit qu'elles l'étaient par le doigt de Dieu ? "Et Dieu remit à Moïse les deux Tables du Témoignage, tables de pierre, écrites par le DOIGT DE DIEU". (Ex. 31,18.)
-- Nous répondrons que le DOIGT DE DIEU révèle le Saint-Esprit "Si je chasse les démons, dit le Seigneur, par le Doigt de Dieu..." (Lc 21,20,) le DOIGT de Dieu c'est bien le Saint-Esprit de Dieu.

Si Moïse a brisé les tables de pierre, le Seigneur et maître de Moïse, le Christ, Lui, n'a pas brisé dans une colère sa Mère symbolisée par les Tables de la Loi. Loin de nous une telle pensée. Si les tables de pierre l'ont préfigurée, elle n'était pas pour cela une Table insensible et sans âme, comme la pierre des Tables de la Loi, mais la Pierre vivante et animée, sur laquelle le Seigneur n'a pas gravé de simples paroles, mais le Verbe de Dieu vivant et hypostatique, a pris en elle un corps et l'a gardée hors de l'atteinte de la dissolution dans le tombeau ; maintenant il l'a fait habiter dans les demeures célestes et éternelles. Alors nous, exultant avec celle qui monte au ciel, nous crions au Christ : DIEU DE NOS PERES ET LE NOTRE, COUVERT DE GLOIRE, TU ES BENI !


TROPAIRE


"AU SON DES CYMBALES, AVEC NOS LEVRES PURES,
"AVEC LA CITHARE HARMONIEUSE DE NOS CŒURS,
"LA TROMPETTE ECLATANTE : LA PENSEE ELEVEE
"ET NOS MAINS ACTIVES,
"ACCLAMONS EN CE JOUR MEMORABLE ET ILLUSTRE,
"L'ASCENSION DE LA VIERGE PURE.
"DIEU DE NOS PERES ET LE NOTRE,
"COUVERT DE GLOIRE, TU ES BENI !



Il y a trois sortes d'instruments de musique : les uns sont appelés instruments à vent, comme la trompette, la flûte, le chalumeau, les autres à cordes, comme la cithare, la lyre, la harpe, d'autres à percussion, comme le tambourin, la cymbale certains à marteaux, etc...

Connaissant ces instruments, le Mélode les mentionne dans le présent tropaire, leur donne un sens allégorique et les applique aux membres de l'homme, voulant que l'on célèbre avec eux, aujourd'hui, la Dormition de la Mère de Dieu. Ainsi, dit-il, nous les chrétiens, nous applaudissons et nous célébrons en CE JOUR ILLUSTRE ET SACRE, la montée au ciel de la Vierge, la pure Mère de Dieu, avec des cymbales d'ovation c'est-à-dire des lèvres pures de tout mensonge, de tout jugement, de toute médisance, insulte, blasphème. Nous, nous fêtons la METASTASE, le transfert de la Mère de Dieu, avec la cithare qui est notre cœur serein, accordé par la grâce du Saint Esprit et qui module la mélodie divine de la prière du cœur. Nous, aujourd'hui, nous sommes en fête, avec la trompette retentissante, c'est-à-dire la pensée qui saisit les significations élevées, contemple les choses divines et spirituelles qui concernent la Vierge. Aujourd'hui, nous battons des mains, nous applaudissons. -Quelles mains ?- Celles qui pratiquent les commandements spirituels et s'exercent aux vertus ; car la main exprime l'action et l'œuvre. Saint Jean Chrysostome disait: "Par mains et épaules, l'Ecriture entend les actions. Elle dit, en effet, de David : "Il les a conduits avec des mains intelligentes". Et saint Cyrille d'Alexandrie disait, lui aussi "La main n'est pas toujours celle du corps ; par main tu dois comprendre l'action pratique..." Pour être bref, je dirai que le Mélode, dans ce tropaire, nous apprend qu'avec les chants spirituels que nous modulons à la Vierge, nous devons avoir la conduite et les œuvres conformes à ces chants : l'aumône, le secours des pauvres, les bienfaits distribués à tous. Tout cela, c'est un hymne agréable à Dieu ; des offrandes faites à la Vierge, un encens agréé par la Majesté virginale de la Mère de Dieu.

Noter que notre Mélode appelle la fête de la METASTASE de la Mère de Dieu, MEMORABLE ET ILLUSTRE, pour nous montrer que cette fête est la plus grande, la plus glorieuse de toutes les fêtes de la Mère de Dieu, car c'est de ce nom que l'Ecriture désigne les grandes fêtes : "Sonnez en ce jour MEMORABLE de votre fête". (Ps. 80,3). Dieu a dit au sujet des trois grandes fêtes : Pâque, Pentecôte, Tabernacles "Voici les solennités du Seigneur, ILLUSTRES et SACREES que vous publierez à leurs temps fixes". (Lev. 23,4.)


TROPAIRE


"LE PEUPLE SAGE ET DIVIN S'EST RASSEMBLE,
"CAR LA DEMEURE DE LA GLOIRE DE DIEU
"EST PORTEE DE SION DANS LA MAISON CELESTE,
"LA OU RETENTISSENT LES MELODIES PURES,
"LES VOIX JOYEUSES ET INEFFABLES
"DE CEUX QUI TE CELEBRENT ET CRIENT DANS L'ALLEGRESSE :
"DIEU DE NOS PERES ET LE NOTRE,
"COUVERT DE GLOIRE, TU ES BENI !



Le peuple, dit le Mélode, qui pense aux choses divines et célestes, s'est rassemblé aujourd'hui dans les saintes églises du Christ, pour y célébrer la fête. Et il donne la raison de cette solennité. C'est que la DEMEURE, le Tabernacle DE LA GLOIRE DE DIEU, notre Souveraine la Mère de Dieu, dont David a dit : "Le Très-Haut a sanctifié son tabernacle" (Ps. 45,4,) et saint Jean Damascène qui le commente : "CE TABERNACLE, que le Seigneur a dressé et sanctifié, c'est la Vierge ; Il a habité au milieu
d'elle, l'a rendue inébranlable et n'a pas brisé les sceaux de la virginité".

La Vierge, donc, la Demeure de la gloire de Dieu, dis-je, a ETE PORTEE DE SION DANS LA MAISON CELESTE de son Fils, où retentit le chant de ceux qui fêtent et où s'élève la voix de la joie indicible et de la jubilation, dont David a dit - "Je m'avancerai vers le lieu de la demeure merveilleuse, jusqu'à la maison de Dieu, au milieu des cris de joie et des actions de grâce de la multitude en fête" (Ps. 41,5.) "Je pense, dit Grégoire le Théologien, que les cris de ceux qui là-bas sont en fête, sont les voix qui chantent et glorifient Dieu, les voix de ceux qui ont été dignes d'habiter la cité..." Maxime le confesseur voit dans le TABERNACLE le symbole du progrès et par MAISON ou DEMEURE, il entend la perfection : "Le lieu du merveilleux tabernacle, dit-il, c'est l'état non passionné des vertus , où le Verbe de Dieu vient orner l'âme de la beauté variée des vertus, comme un tabernacle ; tandis que la Maison de Dieu, c'est la connaissance faite de nombreuses et diverses contemplations, dont Dieu qui habite l'âme remplit celle-ci, l'emplissant de sagesse comme une coupe. Les cris d'allégresse sont les bonds de l'âme sous l'impulsion de la richesse des vertus. L'action de grâces, c'est celle qui est rendue à la gloire du festin mystique de la Sagesse. Les cris de ceux qui célèbrent, c'est à la fois l'allégresse et l'action de grâces devenues glorification perpétuelle". Et le Mélode termine son tropaire, en invitant le peuple des chrétiens assemblés, à crier au Christ d'un cœur joyeux : Dieu de nos Pères et le nôtre, couvert de gloire, tu es béni !

Unissant sa voix à celle de Cosma, André de Crète crie de la part des Apôtres : "Va en paix, maintenant, ô Souveraine, pars en jubilant dans la joie indicible, va dans la splendeur éternelle, dans la vraie lumière, dans le royaume de la lumière, au lieu du torrent de la félicité éternelle, des prairies incorruptibles, des sources intarissables de la vie, des rayons de la lumière éclatante, des fleuves de l'illumination et de la vie sans fin ; au pays de tous les biens, fin ultime au-delà de laquelle il n'y a absolument rien, au pays où le Père est adoré, le Fils glorifié, l'Esprit Saint célébré, la nature une et unique de la Divinité aux Trois Personnes."

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ODE VIII

TROPAIRE


"LA MULTITUDE DES THEOLOGIENS REUNIS A SION
"RETENAIENT PAR SES PAROLES
"L'ARCHE DIVINE DE LA SAINTETE
"OU VAS-TU TE DRESSER MAINTENANT,
"0 TABERNACLE DU DIEU VIVANT ?
"NE CESSE PAS DE VEILLER
"SUR CEUX QUI, DANS LA FOI,
"MODULENT CE CANTIQUE :
"NOUS, LES DELIVRES, CHANTONS LE SEUL CREATEUR,
"ET EXALTONS-LE DANS TOUS LES SIECLES !



Dans le tropaire ci-dessus, le Mélode rapporte les dernières paroles des Apôtres à la Mère de Dieu. Il appelle les Apôtres théologiens par excellence, parce que directement instruits par le Fils Unique de Dieu Lui-même, qui est dans le sein du Père, qui leur a révélé le mystère de la théologie, comme nous l'a dit Jean l'Evangéliste et Apôtre bien-aimé. Par ces paroles, disais-je, les Apôtres retenaient, tiraient à eux, l'Arche divine de la Sainteté, la Mère de Dieu notre Souveraine, de laquelle David a dit :"Lève-toi Seigneur, viens à ton lieu de repos, toi et l'Arche de ta sainteté". (Ps. 131,8. )"C'est en toute justice, écrit saint Grégoire Palamas, que le Corps qui avait enfanté Dieu fut glorifié d'une gloire digne de Dieu, avec Celui qui avait été enfanté, selon le cantique prophétique, et que fut ressuscitéé l'Arche de sa sanctification avec le Christ déjà ressuscité". Homélie sur la Dormition.

O Tabernacle Vivant du Dieu Vivant ! disaient les Apôtres , où vas-tu maintenant ? C'est très judicieusement que le mélode emploie le terme de TABERNACLE, car comme l'antique tabernacle du témoignage était levé comme une tente et transporté d'un lieu à un autre, de même la Mère de Dieu, le Tabernacle vivant a été enlevé aujourd'hui et transporté de la terre au ciel. Ensuite le mélode rapporte la prière des Apôtres à la Mère de Dieu Ne cesse pas de veiller, ô Vierge, du haut du ciel, sur nous et sur tous ceux qui chantent avec foi à ton Fils. Nous les délivrés de la tyrannie du diable et de l'égarement de l'idolâtrie et du péché, nous chantons ton Fils, le seul créateur de l'univers et nous l'exaltons dans tous les siècles!

En accord avec le divin Cosma, saint Jean Damascène nous transmet les mêmes paroles des Apôtres à la Mère de Dieu :
"Reste avec nous, ô notre consolation, notre unique courage sur la terre ; ne nous laisse pas orphelins O Mère, nous qui sommes en péril pour l'amour de ton Fils. Sois notre soulagement dans les peines et notre fraîcheur dans les sueurs. Si tu veux rester avec nous tu le peux, si tu veux t'en aller, tu n'auras pas d'obstacle. Si tu pars, ô Tabernacle de Dieu, puissions-nous partir avec toi, nous le peuple de ton Fils. II ne nous reste que toi pour nous consoler sur la terre. Heureux si tu vis et que nous vivions avec toi, et si tu meurs, que nous mourrions avec toi. Et que signifie pour toi mourir, puisque la mort est vie pour toi ?..."


TROPAIRE


"LA TOUTE-PURE, EN S'EN ALLANT, ELEVAIT LES MAINS,
"LES MAINS QUI AVAIENT VRAIMENT PORTE DIEU INCARNE,
"ET DANS SA LIBERTE MATERNELLE,
"DISAIT A SON FILS :
"GARDE DANS LES SIECLES CEUX QUE TU M'AS DONNES
"ET QUI TE CRIENT :
"NOUS LES DELIVRES, CHANTONS LE SEUL CREATEUR
"ET EXALTONS-LE DANS TOUS LES SIECLES !



Le Mélode nous donne ici un détail très touchant sur la mort de la Mère de Dieu. II nous apprend que la Toute-Sainte, dont Salomon a dit : "Tu es toute-belle, ô mon amie, et il n'y a point de défaut en toi" (Cant. 4,7,) a élevé les mains au moment de quitter ce monde, les mains saintes qui avaient vraiment tenu Dieu corporellement ! La répétition du mot "main" révèle la passion d'une âme amoureuse de la virginité, un amour ardent et enflammé pour la Mère de Dieu. "En s'en allant, dit-il, la Toute-Pure, élevait ses mains bénies", pour montrer que l'élévation des mains de la Mère de Dieu vers le Seigneur était digne d'admiration, d'une admiration sans mesure.

-- Quelle prière la Mère de Dieu a-t-elle adressée à son Fils en élevant ses mains ?

-- Elle est aussi brève qu'intense : "0 mon Fils et mon Dieu, garde tous les chrétiens de tout mal de l'âme et du corps, les chrétiens que tu as acquis par ton Sang précieux, comme part de ton héritage, pour la joie de ta Mère, afin qu'ils soient nies laudateurs ; garde-les, afin qu'ils chantent pour l'éternité, en actions de grâces, pour tes bienfaits et ta Grâce, l'hymne des trois adolescents Chantons le seul Créateur et exaltons-Le dans tous les siècles !

Saint Jean Damascène rapporte aussi, en d'autres termes, la prière de la Mère de Dieu, adressée à son Fils : Toi mon Fils et mon Dieu, sois après mon départ la consolation des enfants chéris, que tu as bien voulu appeler tes frères. Ajoute-leur bénédiction sur bénédiction, par l'imposition de mes mains. Puis élevant les mains, elle bénit ceux qui l'entouraient..," (Deuxième Homélie.)

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ODE IX

Hirmos


"EN TOI, VIERGE TOUTE-PURE,
"LES LOIS DE LA NATURE SONT DEPASSEES.
"TA MATERNITE DEMEURE VIRGINALE
"ET .TA MORT ANNONCE LA VIE,
"VIERGE APRES L' ENFANTEMENT, VIVANTE APRES LA MORT,
"MERE DE DIEU, SAUVE POUR TOUJOURS
"TON HERITAGE !


Considérant qu'en la Personne de la Vierge Marie bon nombre de lois de la nature ont été vaincues, le Mélode a quelque peu le vertige, et ne pouvant comprendre, il s'émerveille et s'écrie : 0 Vierge grès pure et sans tache ! En toi, les lois de la nature nature ont été dépassées.

La loi veut que la femme qui a enfanté ne soit plus vierge. Toi, tu as conçu sans semence étant Vierge, tu as enfanté et demeures Vierge. MAXIME le théophore et confesseur disait "En enfantant surnaturellement, la Vierge n'a pas altéré la moindre partie de sa virginité. Comme le Verbe s'est fait homme, sans altérer sa nature ni céder sa puissance, de même a-t-il fait avec sa Mère qui l'a enfanté, en la gardant vierge...",(Ch. IX. 3° Cent. Gnost.)

La loi de la nature veut que dans la mort l'âme se sépare du corps, que le corps mis au tombeau se décompose ; mais dans la mort, ô Mère de Dieu, ton corps n'a pas connu la décomposition, mais la vie et l'incorruptibilité, car après trois jours, devaient s'unir à nouveau ton âme et ton corps qui porta Dieu, qui ressuscita du tombeau et s'éleva au ciel. Voilà les lois de la nature qui furent vaincues en la Mère de Dieu. Et si on veut aller plus loin, si on veut approfondir, on trouvera d'autres lois de la nature dépassées et vaincues par la Vierge Sainte.

Une autre loi de la nature veut que l'enfant qui est semé, soit façonné et formé peu à peu dans le ventre de sa mère, mais en toi, ô Vierge, cette loi a été également vaincue, parce que l'enfant de l'hypostase divine a reçu, dès sa conception, sa forme complète et non pas peu à peu:.

Saint Basile le Grand disait-que la nature voulait que l'enfant fat pesant dans le sein de la mère, mais le Seigneur Jésus Christ dans le ventre de sa Mère, ne pesa nullement, et fut porté sans peine et sans fatigue au cours des neuf mois de la gestation.

Bien d'autres lois de la nature, plus subtiles encore, nous l'avons déjà dit, furent vaincues en la Vierge ; nous les laissons de côté car elles sont au-delà de la raison et de l'intelligence ; en la Mère de Dieu "les lois sont bouleversées" disait saint Grégoire le Théologien, et Maxime le Grand :

"Méditons avec foi le mystère de l'incarnation divine et glorifions, avec simplicité, Celui qui pour nous l'a voulu ainsi. Qui pourra, en se fiant à la force de la démonstration rationnelle, expliquer comment s'est faite la gestation du Verbe ? Comment la chair est née sans semence ? Comment la naissance s'est faite sans corruption ? Comment la Mère est restée Vierge après l'enfantement ? Comment Celui qui est parfait a-t-il connu la progression selon l'âge ? Comment Dieu s'est fait homme ? Et ce qui est plus mystérieux encore, comment le Verbe s'est essentiellement incarné selon l'hypostase, alors qu'en son essence il est hypostatiquement dans le Père ? Comment le Même qui est totalement Dieu par nature, s'est-Il fait Homme total selon la nature humaine, sans altérer aucune de ses natures, la divine selon laquelle Il est Dieu et la nôtre selon laquelle II s'est fait Homme? Seule la foi peut pénétrer les mystères ". (ch. XIII, 3° Cent.Gnost.)


Puis le Mélode adresse une prière à la Mère de Dieu et lui dit "Toi qui es restée Vierge après comme avant l'enfantement, Toi qui es vivante après la mort, toi qui es toujours vierge, sauve pour toujours, de toute attaque des ennemis visibles et invisibles, nous les chrétiens, l'héritage de ton Fils, reçu en partage de la part du Père, selon le psalmiste "Je te donnerai les nations pour héritage" (Ps. 2,8.) II va de soi que l'héritage du Fils est aussi celui de la Mère.


TROPAIRE


"LES PUISSANCES ANGELIQUES EMERVEILLEES
"VOIENT LEUR MAITRE DANS SION :
"IL PRESSE DANS SES BRAS UNE AME DE FEMME
"ET DIT FILIALEMENT A CELLE QUI L'.ENFANTA,
"ETANT VIERGE :
"VIENS, TOUTE VENERABLE
"ET SOIS GLORIFIEE
"AVEC TON FILS ET DIEU !


Quand la Mère de Dieu devait quitter ce monde, par sa Dormition porteuse de vie, son Fils et Dieu, pour honorer sa Mère, vint d'une manière ineffable et insaisissable au Mont Sion, où se trouvait étendu sur sa couche le Corps de la Vierge qui porta Dieu, pour recevoir l'âme pure de sa Mère Toute-Sainte. Jean Damascène dit : "Le Roi vint vers celle qui l'avait mis au monde, pour recevoir, entre ses mains divines et sans tache, son âme sacrée, pure et sans souillure. Elle lui parla et lui dit : "Entre tes mains je remets mon esprit". (Deuxième Homélie.)

Informé de cela, Cosma dit en somme : Les puissances angéliques étaient émerveillées de voir venir invisiblement dans la sainte Sion où la Mère de Dieu se trouvait, leur Maître et Seigneur Jésus-Christ, et serrer dans ses bras, filialement, avec douceur, l'âme toute lumineuse d'une femme selon la nature et surnaturellement sa Mère plus que sainte
Le Mélode reprend les paroles du Fils bien-aimé à sa Mère bien-aimée : "Viens au ciel, o ma très douce Mère, pour être glorifiée et régner éternellement avec moi ton Fils et ton Dieu".

Avec Cosma, Jean Damascène a noté le dialogue entre le Fils et la Mère, quand celui-ci reçut entre ses mains son esprit très sacré : "Et toi Seigneur, descends, descends, pour rendre à ta Mère, dont tu es le débiteur, tout ce que tu lui dois pour les soins maternels qu'elle t'a prodigués. Ouvre tes bras et accueille l'âme de la Mère, toi qui sur la Croix remis ton esprit entre les mains du Père, et dis-lui, dans un doux murmure : lève-toi mon amie, ma belle et viens, toi qui dans la beauté de ta virginité rayonne au-dessus du soleil. Tu m'as donné ce qui était à toi, viens maintenant jouir de ce qui est à moi ! Mère, viens chez ton Fils! Viens régner avec moi qui suis humblement sorti de toi et ai vécu humblement avec toi". (Troisième Homélie.) Et Grégoire Palamas le divin "Le Seigneur Sabaoth Lui-même, le Fils de la toujours Vierge, est invisiblement présent. Il rend à la Mère l'honneur de l'exode et elle remet, entre ses mains, son esprit..."( Homélie sur la Dormition.)


Tropaire


"LE CHŒUR DES APOTRES ENSEVELIT TON CORPS "QUI PORTA DIEU.
"IL LE CONTEMPLE ET CHANTE,
"D'UNE VOIX MELODIEUSE ET PLEINE DE CRAINTE "MERE DE DIEU,
"QUI PARS VERS TON FILS
"POUR LES DEMEURES CELESTES,
"SAUVE POUR TOUJOURS TON HERITAGE.


Ce tropaire est le dernier du canon et le Mélode sacré y parle de la dernière œuvre des Apôtres qui est l'ensevelissement du Corps de la Mère de Dieu et pour lequel ils sont venus des confins de la terre. S'adressant à la Mère de Dieu, il dit : "Marie morte mais vivante ! Le chœur des saints Apôtres enveloppa de linceuls et ensevelit à Gethsémani ton Corps très pur qui reçut Dieu le Verbe, à qui tu as prêté une chair vivante et une âme douée de raison, d'esprit, de volonté. Les mains des saints Apôtres .du Christ devaient ensevelir ce Corps de la mère du Christ, comme proches leur proche, comme disciples la Mère du Maître ; l'ensevelissement de celle-ci revenait aux dignes, aux théophores, à ceux qui étaient mus par l'Esprit, aux saints Apôtres. Aussi regardaient-ils ton Corps très pur avec crainte et piété, à cause de la gloire de la divinité qui l'enveloppait, et de la lumière qui jaillissait de toute part. Ils ne le regardaient pas avec crainte seulement, mais ils disaient aussi, d'une voix claire et douce : "0 Mère de Dieu ! Aujourd'hui tu pars vers ton Fils, tu entres dans les demeures célestes, telle une Epouse inépousée et toute belle. Nous te demandons de protéger contre les ennemis visibles et invisibles tous les chrétiens orthodoxes, que tu as reçus en héritage de la part de ton Fils", comme on l'a dit plus haut. Et Jean Damascène la célèbre en disant ; "Toi l vraie Arche du Seigneur-Dieu, le chœur des-Apôtres te porta sur ses épaules, comme jadis les prêtres portèrent l' Arche qui t'a symbolisée, te déposa dans le tombeau et te fit passer comme par un autre Jourdain, sur la vraie terre de la Promesse, la Jérusalem céleste, la Mère de tous les fidèles dont 'Dieu est l'architecte et le constructeur'. Première Homélie. Et Grégoire Palamas la célèbre de même, dans son Homélie sur la Dormition . "Maintenant, par la mort tu passes d'ici-bas à l'immortalité et, en toute justice, tu montes de la terre au ciel, pour habiter à jamais avec Lui (ton Fils) les tabernacles supra-célestes; 'et de là protéger ton héritage et prier sans cesse pour le rendre propice à tous'.

Et nous qui chantons, qui lisons, qui écoutons le présent canon, acclamons la Mère de Dieu, notre Mère à tous par la grâce, avec des chants sacrés et divins. Honorons avec pureté d'âme et de corps, celle qui est vraiment plus que pure et plus qu'innocente. Il est tout naturel que le semblable se réjouisse et soit dans l'allégresse en son semblable dit encore saint Jean Damascène. Servons donc notre Mère selon la grâce, par des aumônes aux pauvres, par la compassion envers les nécessiteux, car Dieu est surtout servi par l'aumône plus que par aucune autre vertu. Et qui doutera que la Mère de Dieu se réjouit de l'aumône faite aux pauvres ?

Faisons de notre mémoire et de notre cœur des cassettes et des demeures des vertus de la Mère de Dieu. - Comment ? -La Mère de Dieu est Vierge, aime la virginité pure et le bien ? Ayons donc, nous aussi, non seulement un corps pur de tout péché charnel, mais aussi notre imagination pure de tout ,pensée impure et souillée et nous obtiendrons la grâce de la Vierge innocente. Elle fuit toute passion honteuse, se détourne des pensées souillées, a horreur de la gloutonnerie, combat l'impudicité, déteste la colère, n'accueille pas la jalousie et les disputes. Haïssons nous aussi toutes ces passions, si nous voulons être les amis et les imitateurs de la Vierge. Par contre la Vierge se plaît au jeûne et à la continence, chérit la charité et l'humilité, aimons, nous aussi, ces vertus, si nous voulons suivre et imiter la Vierge.

Pour être bref, comme la Vierge hait tout mal et aime toute vertu, de même devons-nous faire, afin que la Vierge nous voyant ornés de ces vertus, désire la beauté de nos âmes et vienne, spirituellement, à nous, apportant avec elle toute une suite de grâces et de biens spirituels. Que dis-je ? Non pas elle seule viendra à nous pour nous enrichir de tout bien céleste, mais aussi par ses prières, elle convaincra son Fils Unique d’habiter, par la grâce, nos cœurs avec le Père et le Saint-Esprit, la Sainte Trinité, que nous glorifions dès cette vie et pour les siècles des siècles. Amen !
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Remerciements à la revue "La lumière du Tabor"
Fraternité St Grégoire Palamas .
Texte extrait du N° 11, Troisième trimestre 1986, p1 à 50

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne »

Je voudrais particulièrement remercier Antoine, et à travers lui la Fraternité Grégoire Palamas pour nous avoir fait connaître ces textes admirables (tant les tropaires que les textes de Nicodème). Voilà de la vraie théologie, exprimée à la manière patristique  tant l'hymnographe que le commentateur interprètent prophétiquement l'Écriture sainte pour y lire le Mystère du salut.

Nous sommes ici à l'opposé de la théologie académique et de la lecture herméneutique de l'Écriture.

Il nous faut des traductions des Pères de l'Église. C'est encore plus urgent que les débats ecclésiologiques (qui sont quand même nécessaires).
Jean-Louis Palierne
paliernejl@wanadoo.fr

milano
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Message par milano »

A Iréne,

Bonjour !

Je me permets de préciser qu'il n'y a pas que l'ECOF, loin de là, qui, lors de la Dormition, prévoit une procession rappelant le Grand Vendredi.
Un tel office existe dans l'Eglise byzantine et également au Patriarcat d'Antioche, et d'un usage assez courant, notamment en monastère :
Il s'agit de la procession d'un épitaphion particulier (le tombeau de la Théotokos) avec des textes liturgiques spécifiques, notamment des "stances funèbres" qui ne sont pas sans rappeler, bien entendu, celles du Grand Vendredi.

On en trouve une traduction rimée et rythmée dans les suppléments aux Ménées de P. Denys - travail d'une extrême difficulté . Bravo au traducteur!

Irène
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Message par Irène »

Danilo, juste une précision : peu de femmes sur le forum et deux Irène ! mais une Irène tout court et une Irène Monique. Merci

Monique
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Message par Monique »

Bonjour Milano,

Vous avez dit:
"Je me permets de préciser qu'il n'y a pas que l'ECOF, loin de là, qui, lors de la Dormition, prévoit une procession rappelant le Grand Vendredi."
c'est pour répondre à cette question que j'ai copié une partie du livre "La Mère de Dieu dans l’Eglise orthodoxe de Alexis Kniazeff (édition du Cerf)"
« Il faut mentionner, enfin, un quatrième indice offert par la liturgie. Il s’agit de l’office de l’ensevelissement de la Vierge, dit « Glorification de la Très Sainte Théotokos ».

J'ai été très heureuse d'apprendre que ce rite existait dans beaucoup d'églises.

Antoine
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Message par Antoine »

Il semble que cette tradition soit d'origine slave.
L'office a pratiquement la même structure que celui de l'épitaphion du vendredi saint à ceci près qu'on ne fait pas la prohétie d'Ezechiel bien sûr. La parenté entre les deux ordos est intéressante dogmatiquement et montre quelle est la foi de l'Eglise même si elle se refuse à dogmatiser en l'absence d'appuis scripturaires.

Antoine
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Message par Antoine »

Reclassement d'un Message d'Eliazar
Posté le: Lun 15 Aoû 2005 20:08
Sujet du message: Pour célébrer la Dormition


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Nous arrivons au soir de l'une des toutes plus grandes fêtes de notre année liturgique.

Cette fête est pour ainsi dire la porte par où s'en va l'année liturgique, avant que la couronne des temps recommence une nouvelle spirale d'un an, sur notre route vers le Royaume promis.

Pour moi, humblement, elle est aussi, et en plus si j'ose écrire, LA fête de ma terre natale : la Dormition est la fête "nationale" du Comté de Nice - parce que depuis des siècles et des siècles elle est la fête de son diocèse. Ce n'est pas sans une profonde et mystérieuse raison venue d'en haut que les premiers Grecs qui abordèrent sur ce rivage désert et y jetèrent les fondations d'un port et d'une cité la dédièrent à "Celle qui procure la Victoire" : NIKAIA. Pour eux, c'était la déesse Athèna; cette ville et ce port allaient devenir bientôt le domaine de Celle qui nous a procuré (et nous procure encore mystérieusement tous les jours) LA seule vraie victoire : sur la Mort - par la Résurrection. C'est à dire le Christ, notre Sauveur et notre Dieu - incarné.

Dans mes souvenirs d'enfance, le 15 août est très au-dessus du 14 juillet, du Jour de l'An et de toutes les autres fêtes populaires. Jadis, pour le 15 août, toute la ville était "en pèlerinage", les plus pieux vers l'un des sanctuaires de la Mère de Dieu qui jalonnent nos montagnes, les autres pérégrinant vers l'un des villages de la montagne, celui où ils avaient leurs racines familiales - dans un mouvement d'exode vers le Créé qui était la prolongation de plus en plus inconsciente, mais profondément vivace, de ce pèlerinage d'antan de tout un peuple ... En Italie, c'est à dire dans la partie orientale de la Ligurie - à laquelle appartient le peuple niçois - la Dormition s'appelle populairement "Ferragosto" : ce jour-là, les villes de la côte sont toutes vides, fermés les magasins, même ceux qui fournissent la nourriture terrestre. Tout le peuple est "parti"... l'étranger qui arrive à Gênes ce jour-là pourrait croire qu'ily a eu la guerre, sans qu'il en soit averti. Il ne trouve plus personne, les rues sont vides, les rideaux et les volets baissés; un monde clos - comme la Mère vierge qu'il célèbre... le hortus cocnclusus.

Ce jour-là, entre tous les jours, nous autres orthodoxes lisons un des plus immenses textes de la Parole Divine:
"La Sagesse a bâti sa maison, elle l'a établie sur sept colonnes, elle a immolé ses victimes, elle a mêlé son vin et préparé sa table.

"Elle a envoyé ses serviteurs crier sur les hauteurs de la Cité : Que le simple passe par ici!

"Aux insensés elle dit : "Venez manger de mon Pain et boire du Vin que j'ai mélangé. Quittez la sottise et vous vivrez - marchez droit dans les voies de l'intelligence!"

" Qui reprend le moqueur s'en fait un ennemi, qui censure un méchant s'attire des affronts. Ne reprends pas les méchants, de peur qu'ils ne te haïssent; reprends le sage, et il t'en aimera. Donne au sage l'occasion, et il deviendra plus sage; instruis le juste, il augmentera son savoir.

"Principe de sagesse : la crainte du Seigneur. Et la science des saints : voilà l'intelligence.

"A bonne conscience : la connaissance de la Loi.

"De cette façon tu vivras longtemps, et des années de vie te seront ajoutées..."
Livre de la Sagesse (Proverbes 9, 1-11)

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