Dormition de la Toute-Sainte

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Catherine
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Dormition de la Toute-Sainte

Message par Catherine »

En anticipation pour le 15/28 août :
Tropaire de la fête (mode 1)
Dans ton enfantement, tu as gardé la virginité; dans ta dormition, tu n'as pas quitté le monde, ô Enfantrice de Dieu. Tu es allée vers la Vie, toi qui es mère de la Vie, et par tes intercessions tu délivres de la mort nos âmes.

Qu'elle n'a pas quitté le monde, nous l'apprenons de la Vie de saint André le Fol en Christ :
Saint André, en vision, est entraîné à travers les cieux jusque dans le paradis. Il y voit des choses admirables et peu à peu, montant de plus en plus haut, il accède au trône de Dieu. À la suite de ces visions ineffables, une voix lui demande ce qu’il a trouvé et ce qu’il ressent. Mû par une inspiration, il répond que tout en étant ravi, quelque chose lui manque sans qu’il puisse dire quoi… Puis il arrive à formuler ce qui lui manque, à travers toutes les demeures des saints du paradis : il n’a pas vu la Mère de Dieu.
Alors la voix lui répond qu’il ne pouvait pas y trouver la Mère de Dieu, parce qu’elle n’est pas dans les cieux mais qu’elle marche sur les routes terrestres en intercédant pour les hommes et en exerçant envers eux sa pitié maternelle.
Qu'elle l'exerce aussi envers moi, pécheresse.
Bonne fête à tous!
K.

eliazar
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Message par eliazar »

Merci!

Et Bonne Fête aussi pour vous, Katherine.

Éliazar

Antoine
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Message par Antoine »

Le dogme catholique de l’assomption est-il différent de la foi orthodoxe telle que chantée dans l’office de la dormition ?
Vous trouverez ci dessous le dogme décrété par Pie XII le 1er novembre 1950 près d’un siècle après la promulgation du dogme de l’Immaculée Conception.
Pie XII définit l’Assomption de Marie, en corps et en âme, la constitution apostolique, laissant ouverte la question de savoir si Marie mourut ou non. Pourtant le dogme précédent de l’immaculée conception ayant exempté Marie du péché originel par « un don surnaturel reçu en avance des mérites de son Fils » fait que n’ayant pas le péché originel Marie n’est pas soumise à la mort.

Voici l’énoncé du dogme de l’assomption

<<Après avoir très souvent adressé à Dieu nos supplications, invoqué la lumière de l’Esprit de vérité, pour la gloire du Dieu tout-puissant qui a répandu sur la Vierge Marie les largesses d’une bienveillance toute particulière, pour l’honneur de son Fils, roi immortel des siècles et vainqueur du péché et de la mort, pour une plus grande gloire de son auguste mère et pour la joie et l’exultation de toute l’Eglise, par l’autorité de notre Seigneur Jésus-Christ, des bienheureux Apôtres Pierre et Paul et par notre propre autorité, Nous affirmons, Nous déclarons et Nous définissons comme un dogme divinement révélé que : l’immaculée mère de Dieu, Marie toujours vierge, après avoir achevé le cours de sa vie terrestre, a été élevée en corps et en âme à la gloire céleste.
Par conséquent, si quelqu’un, ce qu’à Dieu ne plaise, osait volontairement mettre en doute ce qui a été défini par Nous, qu’il sache qu’il a totalement abandonné la foi divine et catholique.>>


Dans les textes ci-dessous extraits des vigiles orthodoxes de la fête, on affirme que Marie est bien morte et a été mise au tombeau. Cette affirmation repose à la fois sur des données présentées comme historiques et sur une relation théologique avec la mort du Christ.

Le lucernaire : « La Source de la Vie est déposée au sépulcre », et les apostiches du ton 4 nous disent que les apôtres la mettent au tombeau : « étaient présents Jacques, le frère de Dieu et premier évêque, ainsi que Pierre, le vénérable chef des apôtres et premier des théologiens, avec tout le chœur des divins apôtres »
Pour le plan de l’affirmation théologique l’ode 1 clame :« c'est en dépassant la nature que tu te soumets à ses lois »Et l’ode 4, 2ème canon : « Si même le Fils, s'est soumis au tombeau par sa propre volonté, comment l'Inépousée qui L'a enfanté, refuserait-elle le tombeau ? »
Mais ces affirmations semblent contrabalancées par le deuxième canon de l’ode 6 : « De toi la vie a germé sans rompre les scellés de la virginité ; comment donc ton corps pur et vivifiant a-t-il subi l'épreuve de la mort ? »Etonnement des Pères ou interrogation ? Si étonnement cela implique que pour eux elle n’aurait pas dû mourir , si interrogation cela insinue un doute sur cette mort…Car de plus le texte fait un lien très marqué avec la virginité. Car si Marie est morte en revanche son corps ne connut point la corruption comme l’atteste le Tropaire-cathisme qui suit le Polyeleos - « Dans ta maternité, la conception fut sans semence ; dans ta dormition, la mort fut sans corruption : un miracle a confirmé l'autre, ô Mère de Dieu ».
Pourquoi ce parallèle ? Parce que justement un enfantement par accouplement est considéré comme une corruption, du moins c’est ce que nous dit l’ode 7 : « Moïse dans sa colère, brisa les tables façonnées par Dieu et gravées par l'Esprit; mais son Maître, ayant préservé celle qui L'avait enfanté sans corruption, L'établit à présent dans les demeures célestes. »

Bon alors admettons que Marie soit bel et bien morte, qu’est ce qui est transférée au ciel : l’âme ou l’âme et le corps , ou l’âme puis le corps?

Le 2ème canon de l’ode 8 écrit : « Ô Mère de Dieu, Celui qui en s'incarnant fit sa demeure en ton sein immaculé, reçut à son tour ton esprit et le fit reposer auprès de soi »
et l’ode 9 : Les puissances angéliques étaient stupéfaites en voyant dans Sion leur propre Maître portant une âme dans ses bras »
ou encore les laudes : « ton Fils recevait dans ses mains pures ton âme immaculée » Et ces textes corroborent l’icône de la fête.

Concernant le corps par exemple :
L’ode 4 : « Les portes du ciel furent ouvertes, les anges chantèrent et le Christ accueillit le réceptacle de sa naissance virginale »
Et pour qu’il n’y ait aucune confusion sur le terme de« réceptacle » , le 2ème canon –renchérit : « Alors que tu étais transférée vers les cieux, ô Mère de Dieu, dans la crainte et la joie les puissances angéliques couvraient de leurs ailes très saintes ton corps très vaste qui a accueilli Dieu. »
A priori nous avons une « résurrection » en deux mouvements dont la finalité est explicitée dans la litie :« afin qu'ils n'aient pas seulement contemplé l'ascension du Sauveur, mais qu'ils témoignent aussi de l'élévation de celle qui L'a enfanté »


Un autre point important abordé par l’office est celui du rôle de Marie pour notre salut. Se contente t-elle d’intercéder ou bien a-t-elle ce pouvoir de « co-rédemption » que les catholiques romains sont tentés de lui attribuer ?

Notre tropaire semble avoir tranché la question : « Par ton intercession » ainsi que le gloire et maintenant des laudes : «Intercède avec eux auprès de ton Fils et notre Dieu pour qu'Il sauve nos âmes. » C'est bien Dieu qui sauve parce que j'y perdais mon slavon.
Pourtant l’hirmos du 2ème canon de l’ode 5 nous dit : « tu accordes le salut à tous ceux qui te chantent. » On pourra toujours se rassurer et supposer que Marie accorde le salut par l’entremise de l’intercession mais l’ode 7 va plus loin dans son 2ème canon : « la Reine est amenée vers son Fils pour régner toujours avec Lui. » Il y a bien là avec le Fils un partage devant lequel d’ailleurs l’ode 8 s’étonne : « En s'en allant, la Toute-immaculée, élevant les mains qui avaient porté Dieu, disait à son Enfant avec l'audace d'une mère : Garde dans les siècles ceux que Tu m'as acquis» rappelant ainsi la prière sacerdotale du Christ en Jean 17 et plus précisément le verset 24 : « Père ceux que tu m’as donnés, je veux que là où je suis, ceux-là soient aussi avec moi[…] »

Vous trouverez ci-dessous les textes de l’office (dans la succession de l'ordo) d’où sont tirées toutes ces citations.
Sainte fête à tous.

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Lucernaire - ton 1

Ô étrange miracle ! La Source de la Vie est déposée au sépulcre et son tombeau devient une échelle vers le ciel. Exulte, Gethsémani, demeure sainte de la Mère de Dieu. Exclamons-nous, fidèles, avec Gabriel, chef des puissances célestes : Réjouis-toi, pleine de grâce, le Seigneur est avec toi, Lui qui, par toi, accorde au monde la grande miséricorde.


Sur un ordre divin les apôtres théophores sont venus du monde entier portés sur des nuées. Ils entourent ton corps très pur, source de vie, et l'embrassent avec ferveur. Venus avec leur Maître, les puissances célestes escortent dans la crainte le corps très pur qui porta Dieu ; elles courent en avant et clament aux puissances d'en-haut : Voici que s'avance l'enfant de Dieu, la Reine de l'univers. Levez vos portes, et avec une magnificence sans égal, accueillez la Mère de la Lumière éternelle, car par elle est advenu le salut pour tous les hommes. Sur elle nous ne pouvons poser nos regards ; il nous est impossible de l'honorer comme il convient, car sa grandeur dépasse tout entendement. C'est pourquoi, Mère de Dieu immaculée, toujours vivante avec ton Enfant, le Roi qui porte la vie, ne cesse pas d'intercéder afin que soit gardé et sauvé de toutes les attaques de l'Ennemi ton peuple nouveau, car nous sommes sous ta protection et nous te magnifions à pleine voix dans tous les siècles.


Litie - ton 1

Il convenait aux témoins et serviteurs du Verbe d'être aussi les témoins de la Dormition de sa Mère selon la chair, ultime manifestation de ses mystères ; afin qu'ils n'aient pas seulement contemplé l'ascension du Sauveur, mais qu'ils témoignent aussi de l'élévation de celle qui L'a enfanté. C'est pourquoi ils étaient parvenus à Sion, rassemblés des confins de la terre par la puissance divine. Ils escortaient celle qui se hâtait vers le ciel, celle qui est au-dessus des chérubins. Nous aussi, nous la vénérons avec eux, car elle intercède pour nos âmes.

Apostiches - ton 4


Lorsque Tu es partie, ô Vierge Mère de Dieu, rejoindre Celui qui ineffablement était né de toi, étaient présents Jacques, le frère de Dieu et premier évêque, ainsi que Pierre, le vénérable chef des apôtres et premier des théologiens, avec tout le chœur des divins apôtres. Par leurs chants emplis de la connaissance divine, ils louaient le mystère inouï du dessein du Christ Dieu. Tout en joie, ils mettaient au tombeau ton corps, source de vie et réceptacle de Dieu. Au-dessus d'eux les très saintes et vénérables puissances angéliques, frappées d'étonnement devant cette merveille, s'inclinaient en disant : Levez vos portes et accueillez celle qui a enfanté le Créateur du ciel et de la terre. Glorifions dans nos chants le saint et vénérable corps qui a contenu le Seigneur que nous ne pouvons contempler. Et nous aussi, qui fêtons ta mémoire, nous te clamons, ô Digne-de-toute-louange : Exalte la force des chrétiens et sauve nos âmes.

Tropaire - ton 1

Dans ta maternité tu as gardé la virginité, lors de ta Dormition tu n'as pas abandonné le monde, ô Mère de Dieu. Tu as été transférée à la Vie, toi la Mère de la Vie. Par ton intercession délivre nos âmes de la mort.


Matines


Dis-nous, David, quelle est cette fête ? La Vierge, dit-il, l'enfant de Dieu que j'ai célébrée dans mes Psaumes, a été transférée dans les demeures célestes par le Christ qui est né d'elle sans semence. C'est pourquoi les mères, les filles et les fiancées du Christ se réjouissent et clament : Réjouis-toi, qui as été transférée dans le royaume d'en-haut.

Tropaire-cathisme - ton 1
Le chœur vénérable des sages apôtres fut rassemblé par miracle pour ensevelir glorieusement ton corps immaculé, ô Mère de Dieu, digne de toute louange ; les multitudes des anges chantaient avec eux et célébraient avec respect ton transfert dans les cieux que nous fêtons dans la foi.



Tropaire-cathisme après le Polyeleos - ton 3

Dans ta maternité, la conception fut sans semence ; dans ta dormition, la mort fut sans corruption : un miracle a confirmé l'autre, ô Mère de Dieu. Comment l'Inépousée toute pure peut-elle allaiter un enfant ? Et comment, étant morte, la Mère de Dieu peut-elle embaumer? Aussi te clamons-nous avec l'ange : Réjouis-toi, Pleine de grâce.

Idiomèle ton 6 (de Byzance)
Lorsque se préparait le transfert de ton corps immaculé, les apôtres entourant ta couche te contemplaient avec crainte ; le regard fixé sur ton corps, ils étaient saisis d'étonnement ; mais Pierre tout en larmes s'exclamait : Ô Vierge, je te vois étendue, toi la vie de toutes choses, et je suis frappé de stupeur car en toi demeure Celui qui est la jouissance de la vie future. Mais intercède instamment, ô Toute-pure, auprès de ton Fils et Dieu pour qu'Il sauve ton peuple.



Canon


Deux Canons, le premier de Côme et le second de Jean de Damas :


Ode 1 -



Sur la nature tu as remporté la victoire, ô Très-pure, en enfantant Dieu ; mais à l'imitation de ton Fils et Créateur, c'est en dépassant la nature que tu te soumets à ses lois ; c'est pourquoi tu t'es relevée de la mort pour vivre avec ton Fils éternellement.




Ode 3 -2ème canon -

Née d'une femme mortelle, tu as, Vierge pure, quitté ce monde conformément à la nature ; mais ayant enfanté la Vie véritable, Tu as été transférée vers la Vie divine elle-même.

Ode 4 -

Les portes du ciel furent ouvertes, les anges chantèrent et le Christ accueillit le réceptacle de sa naissance virginale. Les chérubins s'inclinent devant toi dans l'allégresse et les séraphins te glorifient dans la joie.

2ème canon -

Alors que tu étais transférée vers les cieux, ô Mère de Dieu, dans la crainte et la joie les puissances angéliques couvraient de leurs ailes très saintes ton corps très vaste qui a accueilli Dieu.

Si même Celui qui est inconcevable, le Fils qui d'elle fit un ciel, s'est soumis au tombeau par sa propre volonté, comment l'Inépousée qui L'a enfanté, refuserait-elle le tombeau ?

Ode 5 - 2ème canon - Hirmos

L'univers fut stupéfait devant ta divine gloire, ô Vierge qui n'a pas connu le mariage, car transportée de la terre vers les demeures éternelles et vers la vie sans fin, tu accordes le salut à tous ceux qui te chantent.

Ode 6 -

Dieu, Roi de toutes choses, t'accorde ce qui surpasse la nature, car dans ton enfantement Il t'a gardée vierge et de même, au tombeau, Il a préservé ton corps de la corruption. Il t'a glorifiée dans ta divine élévation, t'accordant cet honneur comme un fils à sa mère.

2ème canon -

De toi la vie a germé sans rompre les scellés de la virginité ; comment donc ton corps pur et vivifiant a-t-il subi l'épreuve de la mort ?


Ode 7 -

Moïse dans sa colère, brisa les tables façonnées par Dieu et gravées par l'Esprit; mais son Maître, ayant préservé celle qui L'avait enfanté sans corruption, L'établit à présent dans les demeures célestes. Exultant avec elle, clamons au Christ : Dieu de nos pères et notre Dieu, Toi qui T'es couvert de gloire, Tu es béni.

2ème canon -

Que les hauteurs célestes fassent résonner l'écho de la trompette de l'Esprit, que les montagnes tressaillent d'allégresse et que les divins apôtres dansent de joie: la Reine est amenée vers son Fils pour régner toujours avec Lui.

Ode 8 -

En s'en allant, la Toute-immaculée, élevant les mains qui avaient porté Dieu, disait à son Enfant avec l'audace d'une mère : Garde dans les siècles ceux que Tu m'as acquis et qui Te clament : Louons l'unique Créateur qui nous a rachetés et exaltons-Le dans tous les siècles.


2ème canon -

Ô Mère de Dieu, Celui qui en s'incarnant fit sa demeure en ton sein immaculé, reçut à son tour ton esprit et le fit reposer auprès de soi comme un Fils reconnaissant ; c'est pourquoi, ô Vierge, nous te louons et t'exaltons dans tous les siècles.


Ode 9

Les lois de la nature ont été vaincues en toi, ô Vierge immaculée ; ton enfantement te garde vierge et ta mort préfigure la vie. Toi qui demeures vierge après l'enfantement et vivante après ta mort, ô Mère de Dieu, sauve toujours ton héritage.

Les puissances angéliques étaient stupéfaites en voyant dans Sion leur propre Maître portant une âme dans ses bras ; car à celle qui L'avait virginalement enfanté, comme un fils Il disait : Viens partager la gloire de ton Fils et ton Dieu.

2ème canon


v. Les anges étaient stupéfaits à la vue de la Dormition de la Vierge, admirant qu'elle pût monter de la terre vers les cieux.

Exapostilaire

Apôtres réunis ici des confins de l'univers, ensevelissez mon corps à Gethsémani, et Toi, mon Fils et mon Dieu, reçois mon esprit.

Laudes - ton 4

En ta glorieuse Dormition les cieux se réjouissent, ô Mère de Dieu, et les puissances angéliques exultent de joie ; toute la terre est dans l'allégresse en adressant un chant d'adieu à la Mère du Maître de toutes choses, à toi qui n'as pas connu le mariage, Vierge très sainte qui as délivré le genre humain de la condamnation ancestrale.

Des confins de l'univers, les apôtres choisis accoururent sur un signe divin pour t'ensevelir et, te voyant élevée de la terre au ciel, ils te clamaient dans la joie la parole de Gabriel : Réjouis-toi, demeure de la divinité toute entière, c'est toi seule qui par ton enfantement as uni la terre au ciel.

Toi qui as enfanté la Vie, tu es passée à la vie immortelle dans ta sainte Dormition ; les anges, les principautés, les puissances, les apôtres, les prophètes et toute la création te faisaient cortège et ton Fils recevait dans ses mains pures ton âme immaculée, Vierge Mère, Épouse de Dieu.

Gloire ... et maintenant ... - ton 6

Pour ton éternelle Dormition, Mère de Dieu et Mère de la Vie, les nuées portèrent les apôtres dans les airs ; eux qui étaient dispersés dans l'univers, elles les rassemblèrent auprès de ton corps immaculé ; en l'ensevelissant avec vénération, ils chantaient mélodieusement la parole de Gabriel : Réjouis-toi, Pleine de grâce, Vierge inépousée, le Seigneur est avec toi ! Intercède avec eux auprès de ton Fils et notre Dieu pour qu'Il sauve nos âmes.

Tropaire - ton 1

Dans ta maternité tu as gardé la virginité, lors de ta Dormition tu n'as pas abandonné le monde, ô Mère de Dieu. Tu as été transférée à la Vie, toi la Mère de la Vie. Par ton intercession délivre nos âmes de la mort.


Kondakion - ton 2

Ni le tombeau, ni la mort n'ont pu retenir la Mère de Dieu, infatigable dans ses intercessions, espérance inébranlable dans sa protection ; elle qui est Mère de la Vie, Il l'a transférée à la vie, Celui qui demeura dans son sein toujours vierge.

Antoine
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Message par Antoine »

Le flou dogmatique qui entoure la dormition vient peut-être pour l'office du fait que les deux Canons sont écrit par deux Pères différents:le premier de Côme et le second de Jean de Damas .
Cette fête n'apparaît que très tardivement dans l'histoire de l'Eglise (6ème siècle en orient et 7ème à Rome) et les opinions concernant Marie ne sont pas unifiées à cette époque.
Le sont -elles aujourd'hui? La liturgie paraît en tout cas bien impécise.

Trembelas dans le 2ème tome de sa dogmatique mentionne que les "indications relatives à l'Assomption ne viennent pas de l'Ecriture". Quelques apocryphes du 4ème siècle tout au plus. Mais , écrit-il , "de telles sources ne peuvent être utilisées comme base solide d'un dogme" qui ne repose sur aucune données historiques mais sur de la théologie théorique.
Cette réfutation du dogme latin me semble un peu vide d'arguments.
Force est de constater cependant qu'entre ce que l'on écrit dans la dogmatique et ce que l'on chante à l'Eglise il y a une différence de taille...

L'Archiprêtre Sémenoff Tian Chansky n'aborde pas le sujet dans son "Catéchisme orthodoxe".

Quand au Père Michel Pomazansky, dans sa "théologie dogmatique orthodoxe" il écrit sur le sujet:

En ce qui concerne la tradition de l’assomption du corps de la Mère de Dieu: la croyance en l’assomption du corps après la sépulture existe bel et bien dans l’Eglise Orthodoxe. Elle est exprimée dans le contenu du service de la fète de la Dormition de la Mère de Dieu, ainsi que dans la Confession du Concile de Jérusalem des Patriarches Orientaux en 1672. St. Jean Damascène dans sa deuxième homélie de la Dormition relate que l’Impératrice Puichérie (Vè siècle), qui avait fait construire une église h Constantinople, demanda au Patriarche de Jérusalem, St. Juvénal, participant au Concile de Chalcédoine, des reliques de la Très Sainte Vierge Marie, afin de les placer dans l’église. St. Juvénal répondit que, selon la tradition ancienne, le corps de la Mère de Dieu avait été emporté au ciel. II joignit h cette réponse le récit célèbre du rassemblement miraculeux des Apôtres lors de la sépulture de la Mère de Dieu, de l’absence de Son corps dans la tombe lorsqu’elle fut ouverte après l’arrivée de l’Apôtre Thomas, ainsi que celui de la révélation faite aux Apôtres que le corps de la Mère de Dieu avait été emporté au ciel. Les témoignages écrits qui en attestent datent en général d’une période relativement tardive (pas avant le 6è siècle), et l’Eglise Orthodoxe, dans tout le respect qu’elle leur doit, ne leur confere pas la signification d’une source dogmatique. L’Eglise, en acceptant la tradition de l’ascension du corps de la Mère de Dieu, n’a pas considéré et ne considère pas cette tradition pieuse comme une des vérités fondamentales ou dogmes de la foi Chrétienne.

Les Homélies sur la dormition de St Jean Damascène sont publiées en collection source. Elle sont très belles mais le résumé s'en trouve dans le canon de l'office.
En revanche je ne connais pas la Confession du Concile de Jérusalem des Patriarches Orientaux de 1672.
Si quelqu'un en avait le texte ou savait où le trouver qu'il nous en avertisse. Mais apparemment cela ne resoudra pas la question que l'Eglise n'a toujours pas tranchée à ce jour.

Ce que je ne comprends pas c'est le pourquoi d'une condamnation d'un dogme latin dont on chante le contenu dans nos offices??? Ou alors il faut spécifier que cet office n'est pas une fête de l'Eglise mais seulement pour ceux qui ont choisi d'y croire...en remplissant le "y" de ce qu'ils veulent bien y mettre.
Dernière modification par Antoine le lun. 01 sept. 2003 10:18, modifié 1 fois.

eliazar
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Dormition

Message par eliazar »

Cher Antoine,
En ce qui me concerne, je comprends assez bien au contraire la condamnation du dogme latin en question. Il n’a été formulé, comme dogme de foi, qu’en plein XXème siècle, et dans des conditions plus que discutables. Ne pas mettre les orthodoxes en garde à son sujet, dans notre temps de syncrétisme, et d’œcuménisme déviant, serait sans doute amener les fidèles à considérer le dogme catholique comme la conséquence de la Foi orthodoxe ancienne, ou notre Office de la Dormition comme la garantie de l’infaillibilité des papes schismatiques.
Pour moi, en tout cas, une chose est de fêter la Dormition avec tout son amour filial, une toute autre chose serait de l’imposer comme étant un des piliers dogmatiques de notre Foi – et une telle prétention de la part de l’église romaine appelle en effet (à mes yeux) une sérieuse mise en garde de nos évêques.

Pourtant, étant Niçois comme tu es Corse, j’ai toujours considéré l’Assomption (lorsque j’étais kto) comme « ma » fête nationale ; du reste, le diocèse latin de Nice est placé depuis ses origines sous le patronage de la Vierge et j’ai tout lieu de penser qu’il en était de même à l’époque du tout premier diocèse, qui était grec. On subodore quelque chose de cet ordre, dans le choix prophétique du nom de « Nikaia » que ses fondateurs phocéens conférèrent à ce « comptoir » de leur établissement marseillais bien avant le Christianisme, en le consacrant vraisemblablement à Athèna Nikaia.
Cette fête de « Ferragosto » (comme on la nomme en italien par glissement des antiques « feriae augustali », qui à l’origine étaient d’ailleurs fixées au 1er août) est indissolublement liée, depuis ma petite enfance, à mon amour pour la Mère de Dieu : comme la plupart des enfants niçois, ou italiens (ce qui est tout un…) j’ai été déposé immédiatement après mon baptême sur l’autel de Marie (le plus souvent tout proche du baptistère) pour lui être consacré. Comme la quasi-totalité des garçons de mon pays (les indifférents compris, du reste) je n’aurais pour rien au monde ôté de mon cou la chaîne d’or portant la médaille de la Bonne Mère.
Cet attachement « viscéral » m’a du reste bienheureusement protégé durant mes années de difficile traversée du désert de toute tentation de me tourner vers des sectes - ni même vers le protestantisme : puisqu’il ne reconnaissait pas la virginité de la Mère de Dieu post partum, rien n’aurait pu m’y faire entrer !
Parallèlement, il n’a pas peu fait pour m’aider à « retourner chez moi » (au sein de l’Église), lorsque je suis enfin arrivé en vue du port de l’Orthodoxie.

Ceci bien établi, il n’empêche que je suis très gêné par deux choses, à ce sujet :

1° Que cette vénération ait été transformée, si tard après les premiers siècles, en Dogme de Foi absolu sans qu’aucun Concile (même purement latin) n’ait été appelé à en débattre. La manière dont Pie XII a justifié cette décision, son lien avec le dogme de l’infaillibilité, son rapport à un miracle dont il aurait été seul témoin et leparallélisme de ce miracle avec les apparitions de Fatima et donc : avec le mystérieux « secret de Lucie », tout cela me gênait déjà bien avant de revenir à l’orthodoxie ancestrale. Psychologiquement, je m’en sens comme diminué, pour ne pas dire manipulé : ainsi mon amour de la Toute Sainte ne serait plus un choix, mais une obligation ! Et pour comble, cette obligation découlerait d'un miracle... Même pour un kto, il y aurait là de quoi être révulsé.
Alors, ma réaction peut sembler une réaction un peu sotte, si l’on veut; mais je ne prétends pas être sage : c’est MA réaction – et il va de soi qu’une réaction n’est pas du domaine de la raison. Je ne puis que la constater.

2° - (… et là, c'est plus délicat) : l’icône traditionnelle de la Dormition comporte, au pied de la couche où gît la Mère de Dieu, un petit personnage et une sorte de cimeterre que la tradition orthodoxe relie à un sacrilège un peu légendaire dont le coupable aurait eu la main tranchée, et que la Mère de Dieu aurait « guéri » par un miracle.
Je ne saurais dire pourquoi, mais cette tradition m’a toujours fortement gêné. Un peu comme ces évangiles apocryphes faisant mention des sages-femmes qui se seraient permis d’examiner la Mère de Dieu afin de vérifier si Elle était vraiment vierge.

Peut-être quelqu’un pourrait-il m’éclairer à ce sujet ? Ou me remettre dans le droit chemin ?! Après tout… je crois déjà entendre Katherine me traiter de féministe ! Ce que j’attends avec mes coutumières patience et résignation.
Éliazar

Antoine
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Message par Antoine »

Certes Eliazar ce dogme latin est condamnable sur sa forme, sa mise en place.

Mais avouons quand même que nous en chantons le contenu à l'office.
Le texte liturgique de la dormition pose de sérieux problèmes. Car si Marie a été "purifiée du péché originel" comme l'écrivait Katherine conformément à la Tradition, elle n'est donc plus soumise à la mort; et sa mort devient une "mort volontaire" comme celle du Christ. C'est ce que dit l'ode 1: "c'est en dépassant la nature que tu te soumets à ses lois."

Si Marie est réssuscitée cela pose également un probléme eschatologique d'une résurrection avant la parousie. Et dans ce cas pourquoi ne pas le chanter clairement au lieu de laisser supposer que son corps est venu après et repose inerte au royaume.Et si sa mort est volontaire alors sa résurrection devient identique à celle du Christ.

Qu'un cadavre incorrompu puisse faire partie du Royaume, là encore nous avons une bizarrerie qui pose problème, car comment comprendre alors ce tropaire de La mère de la Vie transférée à la Vie?

Je voulais simplement souligner que les textes de la liturgie de la dormition sont incohérents. Mais si vous en avez la clé alors ouvrez moi la serrure...

Pour l'icône je vous réponds dans une semaine environ. Là je suis obligé de me couper de vous pour cause de changement de ligne.
@bientôt.

Olia
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Message par Olia »

Une traduction plutôt littérale d’un commentaire que j’ai trouvé, en russe :
il ne répond peut-être pas à vos interrogations, mais il me suffit en très grande partie -
"Le passage (« prestavlenie » = décès) de la Mère de Dieu est nommé Dormition. Car Elle « s’est endormie de la mort pour peu de temps, comme si c’était d’un sommeil ; comme d’un sommeil, elle s’en est vite (re-)levée et, ayant secoué de ses yeux l’état de mort du tombeau, comme un assoupissement (propre au sommeil), elle aperçut la vie et la gloire, immortelle dans la lumière de la face du Seigneur »

Depuis les temps anciens du christianisme, l’Eglise établit une fête en l’honneur et à la mémoire de la Dormition de la Mère de Dieu. Elle est mentionnée au IV siècle dans les ouvrages de Jérôme et Austin. Selon le témoignage de Jérôme, un temple (= une église) fut construit sur le lieu où se trouvait le tombeau de la Mère de Dieu ; et même s’il ne dit pas qui l’a construit, d’après les traditions des chrétiens de Palestine il a été érigé par l’ impératrice égale-aux-apôtres Hélène. Anatole de Constantinople au V siècle, saint Jean Damascène et Côme de Maoum, ainsi que Théophane de Nicée au IX, ont écrit les canons pour le jour de la Dormition, chantés aujourd’hui par l’Eglise en ce jour.

La fête de la Dormition est une grande fête, une des douze, une fête universelle. Jérôme qualifie la fête de la Dormition de triomphe qui ne peut être comparé avec les festivités (liés à la mémoire) des saints, car « car en celle-ci, dit-il, le Sauveur de tous dans tout Sa gloire accueillit Lui-même Sa Mère avec joie et la fit demeurer avec Lui ».

Après le cinquième Concile Œcuménique qui confessa la nature humaine de Jésus Christ, conformément à la volonté de l’empereur Maurice (582-603), qui remporta une célèbre victoire contre les Perses le 15 août, le jour de la Dormition de la Mère de Dieu devint un jour d’exceptionnelle solennité.

Sources :
« Jours d’offices liturgiques de l’Eglise Catholique Orthodoxe d’Orient ». Prêtre G.S. Devolskiï. Volume I, Saint-Petersbourg, 1901… Reproduit par la maison d’édition « Otchiï Dom », Moscou, 1996.
Pour le reste, nous avons des idées plus ou moins imprécises de ce qu'est la Résurrection de tous ; il est donc également difficile de théologiser avec plus ou moins de "précision" sur le mystère de la Dormition.

"Purifiée du péché originel"? La Tradition insiste plutôt sur sa pureté personnelle et se préoccupe peu de l'"originel". Par ailleurs, nous pourrions dire ou imaginer que d'une certaine façon, en acceptant ainsi la volonté de Dieu par sa vie, le Toute-Sainte en a été "purifiée" (mais cela importe assez peu, d'un point de vue chrétien orthodoxe et donc, "non légaliste", non juridique, étant donné sa pureté personnelle). Cependant, même une telle purification n'impliquerait en rien une non soumission "automatique" par rapport à la mort (c'est un peu une fausse interrogation ou un faux problème, à mon avis).

Même si l'on admettait que, "d'une certaine façon", elle n'est pas soumise à la mort, cela irait peut-être dans le sens des paroles du Christ même, concernant ceux qui ne "goûterons pas à la mort". Il existe même une croyance tirant son origine du texte de l’Evangile, selon laquelle saint Jean, à qui le Christ avait confié Sa Mère, la Toute-Sainte (en le désignant comme son fils et Elle, comme sa mère) « n’aurait pas goûté à la mort » (Est-ce vraiment une coïncidence, le disciple aimé du Christ qui "n'aurait pas goûté pas à la mort" et la Toute-Sainte, endormie dans la mort pour si "peu de temps" ? Ou encore, rien que le fait que le Christ même établit une telle relation mère - fils entre la Toute-Sainte et son disciple ? Je crois qu'il y a quelque chose de plus que les raisons purement "humaines" de la piété filiale du Christ).

christianc
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Message par christianc »

Bonjour ,
Le concept de Dormition me semble intéressant,
Si nous prenons l'histoire biblique , la continuité de la révélation..

La vie de deux personnages a été transmise comme n'ayant pas connu la mort ..
Il s'agit d'Enoch (Gen 5:24 Hénoc marcha avec Dieu; puis il ne fut plus, parce que Dieu le prit.)
Il s'agit d'Elie (2 Rois 2:11)

L'apôtre Paul affirme dans l'épitre aux Corinthiens, que tous ne connaitront pas la mort..
1 Cor 15:51 Voici, je vous dis un mystère: nous ne mourrons pas tous, mais tous nous serons changés,
L'Apotre Jean est lui plus circonspect sur sa propre mort :

Jean 21:20-23[

quote]20 Pierre, s'étant retourné, vit venir après eux le disciple que Jésus aimait, celui qui, pendant le souper, s'était penché sur la poitrine de Jésus, et avait dit: Seigneur, qui est celui qui te livre?
21 En le voyant, Pierre dit à Jésus: Et celui-ci, Seigneur, que lui arrivera-t-il?
22 Jésus lui dit: Si je veux qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne, que t'importe? Toi, suis-moi.
23 Là-dessus, le bruit courut parmi les frères que ce disciple ne mourrait point. Cependant Jésus n'avait pas dit à Pierre qu'il ne mourrait point; mais: Si je veux qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne, que t'importe?[/quote]

L'Eglise du temps vivait dans l'imminence de la Parousie, le retour du Seigneur..

Une possibilité reste ouverte que des personnes , passent de cette vie terrestre à la vie éternelle sans connaitre la mort..

Ce qui pose un vrai problème doctrinal :

Le concept de co-rédemption tel que développé par l'Eglise Romaine , implique clairement qu'il un autre Rédempteur..

Et l'Epitre à Timothée ..
Car il y a un seul Dieu, et aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus Christ homme (1 Tim 2:5)
Il n'est pas possible de retenir la co-rédemption romaine, cela entraine une contradiction doctrinale avec les textes les plus anciens et donc la tradition la plus ancienne..

Cela ressemble à une innovation doctrinale..

Y a t'il une autre définition ? Il me semble qu'Antoine et Eliazar travaillent pour donner une autre définition de la co-rédemption , basée sur l'obéissance et l'acceptation de l'Incarnation ..


L'oeuvre est méritoire mais n'y a t'il pas un danger à donner deux définitions différentes du meme terme??


On peut très bien retenir et honorer le rôle unique joué par Marie dans l'histoire du salut, l'exemple de foi et de piété..

eliazar
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Dormition

Message par eliazar »

Cher Christian,
C’est bien de l’honneur me faire que d’associer mon nom à celui d’Antoine dans cette discussion. Antoine est un véritable étudiant (en histoire comme en théologie, mais je n’aime pas le mot de « théologien », qui en langage orthodoxe ne recouvre pas du tout les mêmes paramètres que dans la langue usuelle, ou celle des autres religions, p. ex. chez les kto ou les réformés) - - - et moi, je ne suis qu’un orthodoxe du rang, à la fois néophyte (depuis plus de 20 ans, c’est vrai : cela crée des affinités, et des habitudes aussi, mais c’est tout) et - je l’ai dit plusieurs fois ici même – je suis tout le contraire d’un théologien. Ceci, dans les deux acceptions du terme, hélas ! hélas !

Mais puisque Éliazar il y a, allons-y gaiement !

Jamais je ne me permettrais (ou : jamais il ne me viendrait à l’idée !) de « travailler pour donner une autre définition de la co-rédemption » et surtout pas : « …basée sur l'obéissance et l'acceptation de l'Incarnation. .. »

Par contre je ne puis que constater, lisant et relisant mon bien-aimé évangéliste Luc, que par exemple dans le cantique chez Élizabeth (Luc 1, 46-55 : le « Magnificat ») Marie s’exprime comme une Juive pieuse par excellence, presque au paroxysme de cette pieuse expectative ou « acceptation de l'Incarnation » - en effet :

« Il a comblé de biens les affamés et renvoyé les riches les mains vides.
Il a secouru Israël son serviteur, se souvenant de Sa miséricorde, selon qu’Il l’avait annoncé à nos pères – en faveur d’Abraham et de sa descendance à jamais !”

Réformé toi-même, cher Christian, tu es mieux encore placé que moi pour savoir que tout cet admirable cantique d’exultation louangeuse est entière tissé de réminiscences, de citations littérales ou presque des Prophètes et des Psaumes. L’humilité absolue, intrinsèque, de Marie ne cesse de me consterner d’admiration, moi le vantard prétentieux : elle ne parle jamais « ex sese », comme disent les Jésuites du Vatican, mais quand il lui arrive d’ouvrir la bouche, il en sort les Paroles divines qu’elle a mises dans son cœur (qu’elle « co-naît » … « par cœur » !) et rien par contre qui soit de son propre cru. Rien de « personnel ».
Le Verbe sort de sa bouche comme Il devait sortir de son corps. Le Verbe tout pur, et rien que Lui. Elle n’est ni un Moïse, ni même un Élie : elle est un miroir fidèle. Elle reflète, elle répète, elle se replonge dans le silence. Dans le troublant Luc 8, 20-21, elle ne dit pas un mot ; et Luc (qui l’a prise chez lui dans sa vieillesse, et qui a vécu pour ainsi dire dans son ombre, écoutant les rares paroles de sa tendresse maternelle) ne dit même pas si elle s’est retirée ni comment – sans aucun doute sur la pointe des pieds.

Dieu ! si nous pouvions en arriver là, au lieu de « travailler pour », au lieu d’ « avoir » des idées, de « faire » des analyses nouvelles, bien à nous ! Alors, en effet, nous SERIONS DES THÉOLOGIENS – au sens orthodoxe : « Celui qui est théologien est celui qui prie – et celui qui prie est théologien »… [Dieu ! comme c’est aux antipodes de ce qu’on voulait nous apprendre sur les bancs de « la Catho » de la rue d’Assas !].

Alors, si en effet je suis un peu à l’unisson de ce que tu as écrit : « une définition de la co-rédemption basée sur l'obéissance et l'acceptation de l'Incarnation. .. » - c’est tout bêtement parce que je crois que depuis que l’Église a commencé, Marie est en son cœur ; c’est à dire qu’elle est au cœur de l’Église comme Jésus a été au giron de la jeune Vierge qu’elle fut, pendant 9 longs mois : à Se pétrir de l’humanité qu’Il a voulu recevoir d’elle, et en même temps à la pétrir, elle, de Sa Divinité qu’elle a accepté d’héberger dans sa « chambre du fond », celle où on s’enferme et où le Père écoute, dans le secret.

Et donc : parce que je crois que depuis la naissance de l’Église, elle a sans doute été le seul être humain au monde à ne jamais commettre (à ne jamais même imaginer la possibilité pour un être humain de commettre) le péché contre l’Esprit. Comment l’Épouse sans tache, du reste, aurait-elle pu pécher contre son Époux ? N’a jamais douté, de rien. Ne s’est jamais étonnée, encore moins scandalisée, de rien. A tout pris avec soin, avec obéissance amoureuse. Même les larmes, et le glaive. Et jusqu’à la mort de son Fils sur la croix !!!

Alors, dans ce sens-là, oui, des deux mains : Marie me semble avoir parfaitement participé à la Rédemption. Par cette sainteté de silence et d’obéissance : « mystique » = silencieuse, « hésychaste » = accoisée. Parce que c’est tout ce que des « serviteurs inutiles » peuvent (mais doivent) faire pour y participer - car c’est tout ce qu’il leur a été enjoint (tout de même ) de faire. Et que toute « Theotokos » qu’elle était, elle a fait comme les autres « serviteurs inutiles ». Enfin, comme les autres devraient faire.

C’est pour mon cœur (mais aussi pour le peu de tête que j’ai) le sens absolu de « Co-Rédemptrice ». Pas un dogme de foi (Dieu me préserve de cette outrecuidance! …comme aussi je Le prie de me préserver de professer jamais leur définition romaine insensée, d’une soi-disant « Immaculée Conception de Marie … dès le premier instant de sa conception » … cette illustration hyperbolique de la connerie des pseudo-théologiens, ces « savants » à qui le Père a caché le principal, et qui ont réussi à faire pourrir l’Église romaine sur pieds, avec leurs tiares et leurs titres ronflants), mais une constatation silencieusement émerveillée : l’amour qu’a réussi à éveiller dans tous nos cœurs de barbares brutaux, à travers tous les siècles de l’Histoire des chrétiens, l’innocence prophétique et mystique de cette « enfant modèle » d’Israël – un amour de tendresse qui nous a permis de croire enfin « avec le cœur » à l’Incarnation, et donc à la Rédemption. Là, oui, co-rédemptrice. Enfin, dans ce sens-là, sans aucun doute.
Une confidence ? Pendant des décades, après ma conversion, je n’ai pas pu prier directement le Christ. Je ne priais que « par Marie ». Le Christ était Dieu : il me faisait un peu peur. Le Christ s’était fait homme : le XXème siècle m’avait inspiré une immense horreur des hommes. J’étais mal barré, n’est-ce pas ? Il a fallu qu’au bout de ce malaise (en français littéraire, je dirais « enfer » ou « désert ») j’en arrive presque à perdre la foi pour qu’elle vienne me ramener à la ferveur de ma première conversion (kto, à l’époque) et me dirige tout doucettement vers l’orthodoxie – pour que je puisse enfin prier son Fils avec simplicité, à cœur ouvert.
Peut-être cette confidence permet-elle de comprendre mieux ce que j’essaie de dire, à propos de Marie vue comme « la » co-rédemptrice. Certainement pas une « déesse-femme » rajoutée à l’Un-et-Trine, placée pour ainsi dire « dans le sein de la Trinité » comme l’ont suggéré certains faux théologiens (kto, ou anti-kto, du reste).

J’ai plutôt envie de dire que c’est parce qu’il a suffi que Marie apparaisse discrètement au détour d’une page de l’Évangile de Luc pour éveiller dans nos cœurs des torrents de tendresse tels, qu’elle a réussi à ouvrir l’intelligence qui se cachait au fond de notre amour (un amour presque inexistant, tout juste potentiel), et l’ouvrir à la Révélation-Rédemption de Son Fils. Ce Fils « inespéré » pendant des siècles de siècles - et pour nous, encore aujourd’hui, tellement INCROYABLE … que l’écrasante majorité de nos contemporains haussent les épaules quand on parle de Lui !
Au mieux, ils sont gênés, et détournent la conversation, comme si on avait dit une grossièreté, une incongruité.

« Incroyable » à ce point que s’il n’y avait pas le « Magnificat », nous n’oserions sans doute pas croire qu’Il eut jamais été « possible ».
Comme les Juifs, d’ailleurs (je veux naturellement dire : ceux qui n’ont pas accepté la Voie – car autrement, nous le sommes, tous !), qui n’ont pas osé croire qu’Il fût YHWH : « Celui qui « suis ».
Mais à leur décharge, seuls ceux qui se trouvaient aux noces de Cana ont eu l’opportunité (et l’idée) de s’adresser à elle pour lui demander son intercession…
Aux autres, elle n’a pas pu donner le conseil de « Faire ce qu’Il vous dira »…

Alors, est-ce cela, la « Co-Rédemption » ? Un rôle de bienheureux truchement ?

Dans ce cas, je ne pourrais m’empêcher de me remémorer, en parallèle, la parabole du pauvre Lazare et du mauvais riche : « Va trouver mes frères et dis-leur de ne pas faire comme moi … - Ils ont déjà Moïse et les Prophètes ! Pourquoi devrais-je encore aller leur dire ce qu’ils ont à faire ? ».

A nous, la Liturgie doit le rappeler à chaque fois : nous devons sans cesse répéter au Sauveur : « Tais presviais…Par les intercessions de la Génitrice de Dieu, Sauveur, sauve-nous ! ».

Donc, inexplicablement, si j’arrive un peu à comprendre quelque chose, elle serait donc bien « Co-Rédemptrice » ? !

Bon, j’arrête, cela vaut mieux. Au moins, ma réponse te servira-t’elle à quelque chose : à comprendre que je ne suis vraiment pas théologien du tout !

Bien fraternellement à toi, cher Christian :

Éliazar l’idiot du Forum

Catherine
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Job 38,2

Message par Catherine »

Cher Antoine,
Excusez-moi, mais je ne vois aucune incohérence dans les textes liturgiques de l’Église, ni dans sa doctrine, mais seulement le respect de l’ultime mystère de celle qui est supérieure aux anges, mystère que notre raison d’êtres déchus ne peut appréhender, et qui a rapport à des réalités si hautes, à mon sens, que dogmatiser serait peut-être même impossible.
Il est clair que la Toute-Sainte est passée par la mort, que les apôtres qui l’avaient ensevelie ont trouvé son tombeau vide trois jours plus tard, exactement comme pour le Sauveur.
L’Église CROIT à son passage corporel au ciel. LES CHANTS LITURGIQUES EN PARLENT DE FAÇON QUELQUE PEU VOILÉE (“Alors que tu étais transférée vers les cieux, ô Mère de Dieu, dans la crainte et la joie les puissances angéliques couvraient de leurs ailes très saintes ton corps très vaste qui a accueilli Dieu”), pour préserver le mystère ET C’EST CE QUE FAIT L’ÉGLISE EN ÉVITANT D’EN FAIRE UN DOGME.

PEUT-ON TROUVER UNE COHÉRENCE PLUS PARFAITE ?
De plus, tout orthodoxe sait que le Fils de Dieu est devenu homme pour opérer notre déification. Alors… n’essayons pas de définir, de démontrer, ou d’imaginer — CROYONS.

“LA FOI EST une ferme assurance des choses qu’on espère, UNE DÉMONSTRATION de celles qu’on ne voit pas. “ (He 11,1).

Imitons nos pères dans la foi. Que ce soit saint Jean Damascène ou Nicolas Cabasilas (non, Jean-Louis, le livre n’est pas du tout passé inaperçu, je l’ai acheté il y a longtemps, comme j’essaie d’avoir chez moi tout ce qui chante notre Souveraine, la Mère de Dieu !), leurs homélies sont des hymnes et non des dissertations. Comme nous le chantons à l’office de la Dormition : “C’EST PAR DES PSAUMES, DES HYMNES, DES CANTIQUES SPIRITUELS, QU’AVEC LES INCORPORELS ET LES APÔTRES, LE MONDE LA CÉLÈBRE DANS LA JOIE !”

Et vous, Antoine, vous qui êtes poète, musicien, chantre… faites de même et oubliez, devant ce grand mystère, votre formation académique.

Nous disons à la Toute-Sainte, tous les soirs aux Complies :

Réjouis-toi, qui convaincs de sottise les philosophes,
Réjouis-toi, qui fais taire les hommes de science,
Réjouis-toi, car les chercheurs subtils deviennent hésitants,
Réjouis-toi, car les faiseurs de fables deviennent stériles…

Vous voulez une réponse humaine, rassurante et, partant, réductrice au mystère de celle qui est plus vaste que les cieux, plus glorieuse que les anges ! Ici, plus que jamais, la piété orthodoxe nous demande de nous prosterner en silence, ou, à la rigueur, de prier la Toute-Sainte elle-même, comme dans la 9e ode de Noël, de nous donner la force de la CHANTER, elle, la Toute-Digne-de-nos-louanges.

QUAND L’ÉGLISE ELLE-MÊME SE TAIT (EN ÉVITANT DE DÉFINIR UN DOGME !), AURIONS-NOUS L’IMPUDENCE DE SOUILLER DE NOS PAROLES INEPTES LE MYSTÈRE DE LA DORMITION ?

D’autre part, la purification dont j’avais parlé au sujet de la Toute-Sainte, et qui correspond pour nous au baptême, ne nous exempte pas du tout de la mort : elle nous ouvre la voie du ciel.
Je me répète encore, pour éviter tout malentendu :
Quand l’Église orthodoxe dit que la Toute-Sainte a été purifiée du “péché originel”, elle entend — comme le disent plusieurs pères — qu’elle a été “lavée”, (AU MOMENT DE L’ANNONCIATION, ET PAR LA PAROLE DE L’ANGE !) de la souillure qu’a laissée en tout être humain le péché ancestral.
Cela n’a RIEN, mais RIEN à voir avec le dogme impie et désespérant de l’Immaculée Conception, ineptie odieuse et incohérente des hérétiques de Rome, puisque CETTE PURIFICATION N’EST PAS UN PRIVILÈGE QUI LUI AURAIT CONFÉRÉ, À ELLE SEULE, ET DÈS SA CONCEPTION, UNE NATURE DIFFÉRENTE DE LA NÔTRE,
MAIS CELUI DE TOUT CHRÉTIEN LAVÉ PAR LE SEUL, LE VRAI BAPTÊME ORTHODOXE, EN VUE DE NOUS PERMETTRE L’UNION AVEC DIEU, COMPROMISE PAR LA CHUTE.
ET, ÉVIDEMMENT, ELLE N'EXEMPTE PAS DE LA MORT !!!!
CERTAINS PÈRES DISENT CEPENDANT QUE CHEZ LA TOUTE-SAINTE, CETTE PURIFICATION ÉTAIT UN SURCROÎT DE GRÂCE.

Personnellement, sans avoir jamais eu de démonstration, ni de documents conciliaires, je sens — ma foi me le dit — que vouloir expliciter, analyser ce mystère vaste est d’une impiété mutilante et aussi indiscrète que la démarche des sages-femmes des apocryphes lors de la Naissance du Sauveur. Est-ce cette indiscrétion qui vous gênait, cher Éliazar ? Je n’ai pas bien compris votre allusion au féminisme dont je vous aurais accusé… (???) Expliquez-moi, s.v.p.
Pour la main sacrilège, Éliazar, je suppose qu’en bon connaisseur de l’Ancien Testament que vous êtes, vous vous souvenez de l’Arche de l’Alliance, et vous méditerez son histoire en rapport avec la Toute-Sainte endormie.
Olia s’interroge sur le mystère avec foi, mais sans trancher et sans vouloir raisonner sur ce qui au-dessus de la raison. J’ai aimé son intervention pleine de piété, ici, comme au sujet de Notre Père.
Comme personne n’a assisté à la résurrection du Christ — c’est pour cela que les icônes où on Le voit monter, drapeau à la main, sous le regard terrifié des soldats, NE SONT PAS ORTHODOXES, mais d’influence latine — on ne dépeint pas non plus la montée au ciel de la Toute-Sainte, que personne n’a jamais narrée et pour cause : elle devait rester un mystère unique, immense et fondamental.
JE PENSE QUE LE DOGME KTO DE L’ASSOMPTION DOIT ÊTRE CONDAMNÉ PARCE QU’IL FAIT APPEL À LA RAISON ET À L’IMAGINATION HUMAINES ET PAR LÀ, IL EST RÉDUCTEUR, COMME L’EST OBLIGATOIREMENT TOUTE PENSÉE HUMAINE SUR LA PREMIÈRE CRÉATURE DÉIFIÉE.
Les pères ne disent-ils pas que même dans l’Écriture sainte, il existe des choses que nous ne comprendrons qu’après notre mort ?

Pour la part de la Toute-Sainte dans notre Rédemption, nous demandons bien dans nos prières le long de nombreux offices : TOUTE SAINTE ENFANTRICE DE DIEU, SAUVE-NOUS ! C’est d’elle, de sa disposition, de sa réponse que dépendait notre salut. Sans elle, Dieu n’aurait pu S’incarner. C’est clair.
Là non plus, “on n’a pas besoin de DÉMONSTRATION, mais de FOI”, comme disent les pères, qui, bien sûr, étaient tous des obscurantistes incohérents, qui étouffaient la pensée, n’est-ce pas, Antoine ? :roll: Excusez-moi, je vous embête, mais je ne peux pas oublier ce que vous aviez dit et réitéré plusieurs fois à propos de l’Église.

Quant à moi, je préfère chanter et rechanter les paroles lumineuses et si harmonieuses de l’Église, que d’essayer de dire quoi que ce soit de mon propre cru au sujet de la Toute-Sainte.
Et c’est en cette vue que, fauchée que j'étais, j’ai acheté quand-même le beau volume du THÉOTOKARION de Nicodème l’Hagiorite lors de mon dernier passage dans le quartier de Saint-Sulpice, le lundi 10/23 juin dernier. Quel trésor !

IL N’Y A, ET IL NE PEUT Y AVOIR AUCUNE INCOHÉRENCE DANS LA FOI ORTHODOXE — FOI DIVINE — AUCUNE CONTRADICTION : C’EST JUSTEMENT CE QUI LA DISTINGUE DES “RELIGIONS” : les contradictions et les incohérences sont toujours créées par l’esprit rationaliste, qui veut, en transformant les mystères en concepts, tout rendre compréhensible à notre pauvre cerveau d’hommes déchus.
C’est ce même esprit rationaliste qui a toujours engendré les hérésies, opinions humaines contraires à la Vérité révélée. Que les hérétiques le gardent pour eux, s’ils le veulent, mais que les orthodoxes s’en gardent !
“Un Dieu compréhensible ne serait pas Dieu” — dit saint Athanase.
En effet, accessible à notre intelligence humaine, Il nous serait forcément égal ou inférieur. Et je dirais la même chose de la Toute-Sainte !
Ou, comme dit Éliazar, avec raison, au sujet de la Vierge obéissante à la foi : “Dieu ! si nous pouvions en arriver là, au lieu de « travailler pour », au lieu d’ « avoir » des idées, de « faire » des analyses nouvelles, bien à nous ! Alors, en effet, nous SERIONS DES THÉOLOGIENS – au sens orthodoxe : « Celui qui est théologien est celui qui prie – et celui qui prie est théologien »…
Merci, Éliazar. Le vrai sens du mot “théologien” n’est pas, en effet, “celui qui parle de Dieu”, mais “qui dialogue avec Dieu”.
Et Saint Diadoque de Photicé, un de mes pères préférés, (il ne se fâche jamais en face du mensonge et de l’erreur, mais se contente de nous bercer avec douceur dans la vérité) :
“L'abîme de la foi bouillonne, si on le scrute; contemplé avec des dispositions simples, il revient au calme. C'est qu'étant une eau d'oubli des maux, la profondeur de la foi ne supporte pas d'être contemplée par d'indiscrets raisonnements. Naviguons donc sur ses eaux avec simplicité de pensée, afin d'arriver ainsi jusqu'au port de la Volonté divine.”

Bonne fête de la Décollation de saint Jean à tous.
Tiens, cette décollation ne symboliserait-elle pas aussi le sacrifice de notre pensée ?
Excusez ces longueurs.
K.

eliazar
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A propos de la Dormition et des néo-dogmes du Vatican

Message par eliazar »

Chère Katherine, vous avez écrit : « Je n’ai pas bien compris votre allusion au féminisme dont je vous aurais accusé… »

Parce que c'était au temps où nous disputions doctement (et moi, c’est vrai, plus follement : avec des réminiscences de mes anciens efforts pour me débarrasser de mon machisme natif) à propos du sacerdoce pour les femmes: il y a si longtemps de cela !

Mais vous avez écrit aussi : « …vouloir expliciter, analyser ce mystère vaste est d’une impiété mutilante et aussi indiscrète que la démarche des sages-femmes des apocryphes lors de la Naissance du Sauveur. Est-ce cette indiscrétion qui vous gênait ? »

Bien sûr ! Quel homme pourrait accepter qu’on traite sa Mère de cette manière ? C’est aussi inadmissible que la soumission (quand ils n’en font pas une exigence !) des hommes d’Islam à l’inepte tradition de l'exposition publique du drap de leur nuit de noces !

Ce n’est pas seulement du "sexuel". C’est bien plus important.

En faisant la femme, le Créateur pouvait parfaitement décider qu’elle porterait son enfant sous forme d’excroissance sur l’épaule. Ou qu’il naîtrait directement de sa tête. Ou de sa cuisse. Comme pour Zeus !

Au contraire, la nécessité où Il nous a mis – d’entrer jusqu’au cœur de la femme pour enfouir le germe d’un autre être humain au lieu le plus secret qui puisse être - a une raison profonde. Pour être indicible, elle n’en est pas moins majeure.
Et la pudeur qui nous empêche d’accomplir cet acte « extra-ordinaire » (non : supra-ordinaire) devant témoins n’est pas le résultat d’une éducation victorienne qui amoindrirait notre liberté. D’autres mammifères, comme les chiens, n’éprouvent pas cette gêne – et à ce sujet, on pourrait regretter que des hommes et des femmes fassent désormais tranquillement leur métier de refaire devant une caméra (et au milieu du petit peuple des machinistes, éclairagistes, habilleuses, maquilleurs, etc. etc.) ce que font les chiens et les chiennes.

Non, cette pudeur est innée. C’est le sens du sacré (dont nous avions aussi discuté, une autre fois). Car bon nombre d’entre nous est incapable de deviner le pourquoi de ce « non-dévoilement public », mais en demeure tout de même secrètement « gêné » - comme vous dites si bien. …Enfin, jusqu’à ce que ses médias préférés lui expliquent qu’en cela, il n’est que ringard, et qu’il serait enfin temps qu’il se débarrassât de « ses préjugés d’un autre âge » !

Par les intercessions de Sainte Modernité, nous finirons bien par oublier qu’à l’origine, la multiplication des humains devait s’accomplir sans cet acte. Comme celle des incorporels, quoique nous fussions corporels, nous.
...Et que ce n’est que lorsque Dieu renvoya Adam du jardin d’ Éden qu’Adam connut Ève, sa femme, qu’elle conçut et enfanta - aussi bien Caïn qu’Abel, du reste.
...Et que tout en nous ramenant par cet acte au rang de l’animal, Il nous élevait d’un autre côté au rang de co-donateurs de la vie, de co-opérateurs de Sa création.

Toutes choses que l’animal, lui, ne comprend pas, mais qu’Il nous a créés, nous, capables de comprendre. Et donc nous créant en même temps capables de rendre grâces.

Il y a longtemps que je pense que les psychologues qui expliquent le « besoin de religiosité », le « désir de retour au Paradis », par la nostalgie de notre bonheur perdu du temps où nous nagions dans le liquide amniotique, au giron maternel, ne font que comme Monsieur Jourdain : de la prose sans le savoir. Ou plutôt, qu'ils font comme ces hommes d’avant la Révélation qui tâtonnaient, avec leur sens encore aveugle du Sacré, à la recherche d’un Étre Suprême « compréhensible », ou au moins qu’on puisse décrire, raconter, toucher - ou même à défaut, peindre sur les murs de la caverne.

Je veux dire qu’ils ne sont pas loin du vrai : si l’acte de la génération s’inscrit dans le secret du corps (et si Dieu nous demande en conséquence de ne pas faire de notre corps les membres d’une prostituée), c’est bien en effet par rapport à cet Éden où Dieu parlait à l’homme comme un Ami parle avec son ami. Et si notre pudeur est née ensuite, c'était la conséquence de notre « renvoi » vers l’animalité.

Je ne puis m’empêcher de voir aussi un lien entre la nature sacrée de l’acte de la génération (ce sacré qui implique le silence et l’obscurité du giron maternel comme d’un sanctuaire ) et la prière inaudible de la première Anne - devant ce prêtre qui s’appelait du reste Éli : « Dieu est élevé » ! Dans les deux cas, c'est un acte d'amour trop intense, trop élevé, pour qu'on ne l'enfouisse pas dans le silence de la "chambre du fond".

Cette première Anne « dont le nom signifie Grâce », préfiguration de la seconde (l’ancêtre du Christ), est complètement liée à la conception, et à la « conception inespérée »; en l’occurrence celle du prophète Samuel – …lui-même étant doublement lié à la génération du Messie, une première fois de manière allégorique (et donc « silencieuse ») par l’épisode de l’enlèvement, de la profanation et du retour de l’Arche sainte (nous savons qu’elle est, notamment ici, une image de Marie) - et une seconde fois ouvertement, par l’onction qu'il confère à David en le substituant à Saül comme lui-même a été substitué aux descendants d'Éli. Et ce, d’autant plus que cette onction aura lieu …à Bethléhem !
La prière en silence devant Dieu pour obtenir d’être mère, les missions divines réservées par Dieu au fils (Samuel) qu’Il lui a donné d’engendrer, l’exil et le retour en Israël de l’Arche (où réside Celui que la terre et le ciel ne peuvent contenir) dont la garde, à Silo, est confiée justement à Éli - et que ses fils, rejetés par Dieu au profit du jeune Samuel, avaient été chargés de garder au cours de la bataille où elle fut enlevée par les Philistins), – autant de signes qui relient mystérieusement la première Anne au Père qui engendre.

Or elles sont trois, si je puis me permettre.

La seconde Anne, elle, se rapporte si évidemment au Fils (puisqu’elle sera sa grand’mère) qu’il n’est guère besoin d’en dire davantage. Là encore, c’est dans le mystère du silence , presque dl'inexprimé – à ce point qu’elle ne figure même pas nommément dans l’Écriture !
...Elle pour qui s’est renouvelé le don d’une conception inespérée, et par qui « le trône du grand Roi est préparé » (Lucernaire du 9 décembre).
...Elle à qui l’ange annonce : « Anne, tu enfantes la Cité de notre Dieu » (Ode 3) et qui peut s’écrier à son tour, au comble de la Joie : « J’ai conçu le nouveau Ciel, d’où bientôt se lèvera l’astre du salut, la source de lumière, Jésus » (Ode 4)
…Elle de qui l’Église nous enseigne : « Anne délivrée de la stérilité, c’est en figure déjà la rédemption du genre humain, stérile en connaissance de Dieu… » (Ode 8).

Quant à la troisième et dernière des trois Anne, celle de Luc 2, 36-38, qui était prophétesse, annonçant « l’Enfant à tous ceux qui attendaient le rachat de Jérusalem » - il est inutile de préciser qu’elle est, dans ce trio, l’Anne « du Saint Esprit ». Comme le Saint Esprit, du reste, elle se garde bien de répandre ses perles devant les cochons - et ne parle de l’Enfant qu’à ceux qui sont dans son attente, et dans son désir.

Mais je bavarde : il y aurait tant à dire des merveilles que nous révèle, jour après jour, la Parole de Dieu ! C’est pour quoi je partage complètement avec vous les belles paroles de Diadoque de Photicé : "L'abîme de la foi bouillonne, si on le scrute; contemplé avec des dispositions simples, il revient au calme. C'est qu'étant une eau d'oubli des maux, la profondeur de la foi ne supporte pas d'être contemplée par d'indiscrets raisonnements. Naviguons donc sur ses eaux avec simplicité de pensée, afin d'arriver ainsi jusqu'au port de la Volonté divine" – et c’est aussi pourquoi je me permettrai d’ajouter aux vôtres (« …le dogme kto de l’Assomption doit être condamné parce qu’il fait appel à la raison et à l’imaginaire humains") la condamnation (qui va sans dire mais encore mieux en le disant) de cet autre insupportable néo-dogme kto : celui de l’Immaculée Conception de la Toute-Sainte.

Il est en effet pour moi l'exact parallèle "juridico-théologique" de la démarche « anatomique » des sages-femmes ; dire qu’ils me "gênent" serait peu. Ils brûlent ma foi orthodoxe au fer rouge, et me feraient rugir.

Éliazar-qui-n’arrive-pas-encore-à-ne-jamais-se-fâcher-devant-le-mensonge-et-l’erreur !

Antoine
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Message par Antoine »

comme disent les pères, qui, bien sûr, étaient tous des obscurantistes incohérents, qui étouffaient la pensée, n’est-ce pas, Antoine
Antoine n'a jamis écrit de telles choses, trop nourri de patristique qu'il est.
J'ai simplement relevé ce qui me semble être des incohérences dans notre liturgie de la Dormition. Tenant les assertions de notre liturgie pour des affirmations dogmatiques même si elles n'ont pas été officiellement rédigées sous forme de dogmes conciliaires, je vous ai livré un certains nombre de citations qui ne sont certainement pas dans leur enchainement contradictoire la meilleure expression d'un mystère.

Katherine, je ne vois pas comment vous pouvez en déduire le propos plus qu'outrancier ci-dessus. Et il ne suffit pas qu'un écrit soit signé d'un Père pour qu'il contienne la vérité absolue. On n'est pas au parti communiste. St Jean Chrysostome lui-même par exemple ne pensait pas que la Théotokos fut sans péchés personnels...

Catherine
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Message par Catherine »

Antoine a écrit :
comme disent les pères, qui, bien sûr, étaient tous des obscurantistes incohérents, qui étouffaient la pensée, n’est-ce pas, Antoine
Antoine n'a jamis écrit de telles choses, trop nourri de patristique qu'il est.
J'ai simplement relevé ce qui me semble être des incohérences dans notre liturgie de la Dormition. Tenant les assertions de notre liturgie pour des affirmations dogmatiques même si elles n'ont pas été officiellement rédigées sous forme de dogmes conciliaires, je vous ai livré un certains nombre de citations qui ne sont certainement pas dans leur enchainement contradictoire la meilleure expression d'un mystère.

Katherine, je ne vois pas comment vous pouvez en déduire le propos plus qu'outrancier ci-dessus. Et il ne suffit pas qu'un écrit soit signé d'un Père pour qu'il contienne la vérité absolue. On n'est pas au parti communiste. St Jean Chrysostome lui-même par exemple ne pensait pas que la Théotokos fut sans péchés personnels...
Cher Antoine,
1. Vous m'aviez bcp attristée, de par le passé, en accusant l'esprit d'une certaine juridiction orthodoxe d'obscurantisme, sans voir que sa démarche ne relevait que de l'esprit orthodoxe de toujours, du même qui guidait les pères.
C'est pourquoi je vous ai fait cette remarque outrancière : pour tâcher de vous faire retirer un jour votre jugement également outrancier. Je vous demande pardon si je vous ai blessé, mais je ne démords pas de l'idée que votre jugement était erroné. Et j'aimerais que vous le reconnaissiez un jour, après avoir examiné un peu mieux l'esprit ascétique des pères.
2. Je ne vois toujours pas d'incohérence, ni de contradiction dans ce qui entoure la Dormition de la Toute-Sainte dans notre sainte foi, et il me semble que vous ne dites pas non plus clairement où elles résident pour vous.
3. Je sais bien que les pères peuvent se tromper aussi, mais il existe quand-même une harmonie générale, qui est moins dans la lettre que dans l'esprit, évidemment. Quant à ce que dit saint Jean Chrysostome de la Toute-Sainte, cela m'a toujours intriguée : je pense qu'il s'agit plutôt de passions que de péchés personnels, mais je ne me souviens plus du texte exact. L'avez-vous ? Je serais étonnée qu'il dise, de son propre chef, des erreurs contraires à l'unanimité de l'Église sur une question aussi importante. Il existe peut-être d'autres pères qui en parlent… (?)
4. Le parti communiste n'est pas inspiré par l'Esprit saint que je sache…
K.

Antoine
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Message par Antoine »

Il existe un beau site de présentation de la cathédrale Notre dame de Paris sur:

http://ndparis.free.fr/notredamedeparis ... cade6.html

Image
Au sujet du portail de la vierge il y est écrit ceci:

La façade ouest et le portail de la Vierge

Le trumeau (partie centrale du portail) présente évidemment une statue (moderne) de la Vierge, portant son enfant dieu. Au dessus et à la base du tympan, trois prophètes et trois rois semblent témoigner des scènes des registres supérieurs: la mise au tombeau de la Vierge, au centre, et son couronnement, tout en haut. Là on entre dans les finesses de la religion catholique: cette mise au tombeau ne veut pas dire que la Vierge était morte, car il n'y a que Jésus qui soit ressuscité des morts. On dira plutôt qu'elle s'était endormie et c'est pourquoi on parle de la "dormition" de Marie. Bon, tout ça n'est pas bien grave et nous rappelle que sa montée au ciel fut une "assomption" et non une "ascension", terme réservé seulement à son fils (et peut-être à Elie, me semble-t-il).
En tout cas, ce portail est magnifique.


Il eût été difficile de modifier les sculptures du portail. Comme quoi il est des témoignages de pierre qui ne coïncident pas forcément avec des témoignages de pape. C'est vrai que ce portail est magnifique
Dernière modification par Antoine le dim. 15 août 2004 14:20, modifié 2 fois.

Antoine
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Message par Antoine »

Nicolas Cabasilas

<< Il fallait que la Vierge soit associée à son Fils en tout ce qui regarde notre salut. De même qu'elle lui a fait partager sa chair et son sang et qu'elle a été gratifiée en retour de ses bienfaits, de même elle a eu part à toutes ses souffrances et à toutes ses peines. Il a été attaché à la croix et a eu le côté percé par la lance ; elle a eu le coeur transpercé par un glaive, comme le divin Syméon l'avait annoncé (Lc 2,35).

La première, elle a été rendue conforme à la mort du Sauveur par une mort semblable à la sienne (Rm 6,5). C'est pourquoi, avant tous les autres, elle a eu part à la résurrection. En effet, après que le Fils a brisé la tyrannie de l'enfer, elle a eu le bonheur de le voir ressuscité et de recevoir sa salutation, et elle l'a accompagné autant qu'elle a pu jusqu'à son départ vers le ciel. Après son ascension, elle a pris la place que le Sauveur avait laissée libre parmi ses apôtres et ses autres disciples, ajoutant ainsi aux bienfaits que Dieu avait dispensés à l'humanité celui de compléter, beaucoup mieux que quiconque, ce qui manquait au Christ (Col 1,24). Cela ne convenait-il pas à sa mère plus qu'à tout autre ?

Mais il fallait que cette âme très sainte se détache de ce corps très sacré. Elle l'a quitté et s'est unie à l'âme du Fils, elle, une lumière créée, unie à la lumière sans commencement. Et son corps, après être resté quelque temps sur la terre, a été lui aussi emporté au ciel.>>

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