Stepinac ou l'Histoire falsifiée

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Claude le Liseur
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Stepinac ou l'Histoire falsifiée

Message par Claude le Liseur » sam. 02 août 2003 1:34

A l'adresse www.abbaye-saint-benoit.ch/hagiographie/s/stepinac.htm ,
vous pourrez trouver l'hagiographie du "bienheureux" Aloïs Stepinac par les moines de l'abbaye catholique romaine Saint-Benoît de Port-Valais en Suisse.

Extraordinaire déformation et violation de la vérité historique, afin de transformer en modèle l'un des responsables directs de l'extermination d'un million d'orthodoxes dans le soi-disant "Etat indépendant de Croatie". Rarement j'ai vu autant de mauvaise foi. Les crimes des oustachis sont imputés à leur inféodation aux nazis, en oubliant toute l'idéologie catholique génocidaire développée en Croatie depuis la fin du XIXème siècle.
On notera aussi que l'article mentionne la persécution des Juifs par les oustachis et parle de conversions forcées, sans mentionner qu'il s'agissait de conversions forcées d'orthodoxes et que les orthodoxes fournirent tout de même quelque 90% des victimes de la folie meurtière du régime de Pavelic, Kvaternik et autres Stepinac, le solde étant constitué par des Juifs, des Tsiganes et des opposants politiques.

A se demander si les rédacteurs d'une pareille notice regrettent qu'il y ait tout de même eu des orthodoxes pour survivre à la croisade de Stepinac et les tuent une deuxième fois en les passant sous silence?

Enfin, je laisse à d'autres le soin de considérer Stepinac comme un modèle de vertus...

Heureusement qu'il y a, entre autres, l'admirable livre de Marco Aurelio Rivelli "Le génocide occulté" pour remettre un peu les pendules à l'heure.

totocapt
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Tiens?

Message par totocapt » dim. 03 août 2003 4:19

Mais quelle est "...l'idéologie catholique génocidaire développée en Croatie depuis la fin du XIXème siècle..."? Pouvez-vous m'en dire plus svp? Je n'ai aucune information à ce niveau... Sinon, avez-vous pu voir ce que j'avais marqué dans "Violence en orthodoxie"? Merci si vous pouviez m'aider à compléter mes connaissances... Sinon bravo pour vos contributions et au plaisir de vous relire à nouveau bientôt... :-)
Gnôthi seauton!

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » dim. 03 août 2003 18:02

Installés dès le XVIème siècle dans les "confins militaires" de l'Empire des Habsbourg pour le protéger contre les Turcs, les Serbes, soldats libres et orthodoxes (donc "schismatiques"), ont d'emblée suscité un sentiment de rejet dans la population croate, asservie au système féodal et catholique fervente excitée par son clergé dans l'idée d'une supériorité dans tous les domaines due à son appartenance religieuse.
Au cours du XIXème siècle, ce sentiment de supériorité cachant mal une profonde jalousie face à des populations vivant depuis longtemps en autonomie s'est cristallisé dans une idéologie génocidaire, celle du Parti du droit croate d'Eugen Kvaternik et Josip Frank. Dès 1870, Ante Starcevic, idéologue de ce parti, énonçait le programme qui allait être celui de la Croatie du XXème siècle: "Le peuple croate ne tolérera pas que cette race d'esclaves (les Serbes, NdL) profane notre sainte terre des Croates." En une phrase, nous voyons exprimées les idées principales du nationalisme croate: supériorité raciale (des publications croates du début des années 1990 iront jusqu'à nier que les Croates soient des Slaves), puisque les autres sont une "race d'esclaves"; haine anti-serbe dont le racines sont en fait la jalousie (appeler "race d'esclaves" ceux qui, contrairement aux Croates, n'ont pas connu le système féodal) ; programme génocidaire ("ne tolérera pas", c'est-à-dire qu'il exterminera); catholicisme exalté (je ne vois pas en quoi la "sainte terre des Croates" est plus sainte que la France ou l'Italie) et définition raciale de la nationalité (il n'écrit pas la "terre de Croatie", mais la "terre des Croates"). Je me demande comment les bons pères de Port-Valais arriveront à trouver une influence du parti nazi (fondé en 1919) sur une idéologie élaborée en 1870...
En 1876, un autre idéologue croate, Franjo Racki, écrivait que "le roi de Croatie a vocation à faire poser une croiy sur l'église Sainte-Sophie de Constantinople", ce qui exprimait des ambitions d'autant plus visionnaires qu'il n'y avait même pas de Croatie indépendante à cette époque...

Dès 1895, on enregistrait des pogroms antiserbes à Zagreb, et, dès 1905, le parti frankiste adoptait le slogan "Mort à tous les traîtres serbes et serbisés".

Evidemment, en 1918, les Croates se sont ralliés avec empressement aux Serbes, pour former le "Royaume des Serbes, Croates et Slovènes" rebaptisé Yougoslavie en 1929. Cela leur permettait d'être assimilés aux peuples vainqueurs et de ne pas partager le sort des peuples vaincus - Allemands, Autrichiens, Hongrois et Bulgares...
Mais les nationalistes croates n'oublient pas leurs objectifs, et ils les réaliseront en 1941-45 lorsqu'Hitler leur donnera la Grande Croatie tant désirée: massacre d'un million d'orthodoxes et d'environ 70'000 Juifs et Tsiganes, conversion forcée au catholicisme de 250'000 orthodoxes, avec la bénédiction du "bienheureux" Stepinac. Le ministre de la Justice de Pavelic, Mirko Puk, soulignera le 25 février 1942 la continuité avec l'idéologie antérieure: "Dès la formation du Gouvernement de l'Etat croate, son premier souci a été de s'occuper de cet élément (les Serbes, NdL) qui, à l'encontre de toutes les lois naturelles (lesquelles? NdL) et contre la volonté du peuple croate, habite ces régions, pour le renvoyer d'où il était venu. Le Gouvernement de l'Etat croate s'est acquitté dans ce sens de son devoir croate et oustachi."

Le projet énoncé dès 1869-1870 par les nationalistes cléricaux croates sera parachevé en 1995 par leur lointain successeur Franjo Tudjman, avec la bénédiction de Jean-Paul II (faisant des réflexions très explicites sur "la guerre juste" quelques jours avant l'offensive). La Krajina et la Slavonie seront vidées de toute leur population orthodoxe. Pour rendre encore plus visible sa bénédiction, Jean-Paul II béatifiera de manière spectaculaire en 1998 l'aumônier du régime oustachi, Mgr Stepinac, ne suscitant pratiquement aucune réaction dans un Occident pourtant d'habitude moins complaisant à l'égard des collaborateurs du nazisme.

La proportion d'orthodoxes sur le territoire de l'actuelle Croatie, qui tournait autour de 20% en 1869 et se maintenait encore autour de 11% en 1991 (résultat du génocide de 1941-45), ne serait plus aujourd'hui que de 3%. L'idéologie développée par les nationalistes cléricaux croates un demi-siècle avant la naissance du nazisme à qui certains aimeraient faire porter la paternité du génocide oustachi a ainsi triomphé.

On ne peut donc que constater la constance et l'obstination du cléricalisme catholique romain de Croatie, capable pendant 125 ans d'utiliser tantôt la violence (pogroms, génocide, expulsions en masse) et tantôt la séduction (ralliement de façade à l'idée yougoslave en 1918, oecuménisme dans les années 1960 à 1980) pour parvenir à ses fins.

totocapt
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Hé bé!

Message par totocapt » dim. 03 août 2003 19:11

Il serait intéressant de savoir si dans la jeunesse d'Hitler, il y a eu une influence des écrits d'Ante Starcevic ou du parti frankiste, et en quoi cela aurait pu être déterminant dans la naissance de l'idéologie nazie... L'Autriche est pratiquement voisine de la Croatie (surtout au niveau de la région de Ratkersburg), et comme le père d'Hitler travaillait aux douanes, la littérature raciste croate a très bien pu passer dans ses mains à travers des traductions colportées via les allemands de croatie... Par la suite, le jeune Hitler s'en serait ressourcé? Il a tellement lu d'horreurs (Gobineau, Chamberlain, Arndt...), que son ouverture aux racismes étrangers est connue des spécialistes... De plus, il y a un élément peu connu: Hitler était un passionné de la revue raciste Ostara; mais il faut savoir que le fondateur de cette revue, Adolf Lanz, avait auparavant été moine au monastère de Heiligenkreuz, près de Vienne, jusqu'en 1893, et que déjà là-bas il avait pu donner libre cours à ses mélanges très personnels de romantisme chevaleresque médiéval et de théories racistes... C'est en quittant l'ordre monacal qu'il pu fonder sa revue, Ostara, et son nouvel ordre de chevalerie, le "Nouvel Ordre des Templiers". Hitler l'avait connu personnellement car voulant un jour avoir avec lui tous les numéros de la revue, il n'avait pas hésité à se rendre chez l'éditeur pour les acheter... A-t-il pu parler longuemment et ouvertement avec l'ancien moine? Sûrement, car en 1932 Lanz écrira à un de ses fidèles: " Sais-tu que Hitler est l’un de nos disciples. Tu le verras vaincre, et nous à travers lui, et nous déclencherons un mouvement qui fera trembler le monde. " En tout cas, qui dit que lorsqu'il était moine, Adof Lanz n'a pas pu rentrer en contact lui aussi avec des écrits croates, légitimant racisme et national-catholicisme? Et mettre à plat une littérature, ou du moins des convictions, dans lesquelles Hitler puiserait allégrement le temps venu?
Gnôthi seauton!

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » dim. 03 août 2003 22:18

Comme Hitler a baigné dans sa jeunesse dans un milieu national-catholique autrichien, il est en effet possible qu'il ait eu accès à de la littérature frankiste traduite en allemand.

On sait aussi que, sous l'influence de l'idéologie de la croisade contre les "schismatiques", l'Empire des Habsbourg est le seul belligérant européen de la première guerre mondiale qui ait systématiquement commis des atrocités contre les civils, lorsque ceux-ci étaient orthodoxes: assassinats de prêtres (comme le père Maxime Sandovitch canonisé en 1995 par l'Eglise orthodoxe de Pologne), déportation de milliers de Lemkos ("Carpatho-Russes") dans des camps de concentration ou massacres de villages serbes.

Pour compléter mon précédent post à propos de l'idéologie du "droit croate" de Frank et ses successeurs jusqu'à aujourd'hui, je ne voudrais pas avoir l'air d'être obsédé par les seuls problèmes propres aux orthodoxes. L'intolérance du national-cléricalisme frappe toutes les minorités religieuses en Croatie, même si les orthodoxes ont été les premiers visés et les plus durement frappés.

J'en veux pour preuve ces quelques lignes que j'extrais de l'Almanach de l'Eglise catholique-chrétienne de la Suisse pour 2001, p. 112. (Précisons que l'Eglise catholique-chrétienne est le nom que porte le diocèse de Suisse des vieux-catholiques de l'Union d'Utrecht.) Sous la plume de M. Ivo Hrsak, visiblement un Croate à en juger par son nom, l'almanach publie des nouvelles des trois paroisses vieilles-catholiques subsistant en Croatie et en Bosnie sous le nom d'"Eglise catholique croate". Vers la fin de l'article se trouvent quelques lignes peu réjouissantes à propos de la liberté religieuse en Croatie:

"In Saptinovici und Dubreve Donje muss man Mut haben, um sich zum Altkatholizismus zu bekennen, da man von einer Mehrheit von nicht immer freundlichen römisch-katholischen (Saptinovici) oder moslemischen (Dubrave Donje) Gläubigen umgeben ist. In Zagreb / Stenjevac sind die Altkatholiken eine so grosse Minderheit, dass man Mut haben muss, um überhaupt zu überleben."

Traduction par nous: "A Saptinovici et à Dubreve Donje, il faut du courage pour se réclamer du vieux-catholicisme, car on est entouré par une majorité de fidèles catholiques-romains (Saptinovici) ou musulmans (Dubrave Donje) pas toujours amicaux. A Zagreb / Stenjevac, les vieux-catholiques sont tellement minoritaires qu'il faut du courage pour simplement survivre."

Jean-Mi
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Message par Jean-Mi » mar. 10 juin 2008 11:06

ce livre-ci, en italien, "L'arcivescovo del genocidio: monsignor Stepinac, il Vaticano e la dittatura ustascia in Croazia, 1941-1945", Milan, édition Kaos, 1998, ISBN-10: 8879530798
http://www.amazon.com/Larcivescovo-del- ... 8879530798

Image

a été traduit en 2000 en grec (je suis occupé à traduire un bout de sa préface, écrite par l'archevêque Hieronymos, actuel primat de Grèce, c'est génial!)

je n'ai pas trouvé de traduction anglaise - quelqu'un serait-il au courant d'un travail en cours pour le traduire en français?

merci

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » mar. 10 juin 2008 11:43

Jean-Mi a écrit :ce livre-ci, en italien, "L'arcivescovo del genocidio: monsignor Stepinac, il Vaticano e la dittatura ustascia in Croazia, 1941-1945", Milan, édition Kaos, 1998, ISBN-10: 8879530798
http://www.amazon.com/Larcivescovo-del- ... 8879530798

Image

a été traduit en 2000 en grec (je suis occupé à traduire un bout de sa préface, écrite par l'archevêque Hieronymos, actuel primat de Grèce, c'est génial!)

je n'ai pas trouvé de traduction anglaise - quelqu'un serait-il au courant d'un travail en cours pour le traduire en français?

merci

Mais il a été publié en français avant de l'être en italien!

Explication: il s'agit au départ de la thèse de doctorat de Marco Aurelio Rivelli. Après la soutenance de thèse, le Vatican empêche la publication du livre en Italie. C'est Rivelli lui-même qui me l'a expliqué, au cours de la conférence de présentation du livre en 1998, car j'avais peine à croire que le Vatican pouvait bloquer la parution d'un livre à l'époque où l'Italie était censée être gouvernée par un ex-communiste (Massimo d'Alema). C'est plus tard, en lisant un livre de Sergio Romano, que j'ai compris pourquoi, et j'espère revenir à l'occasion sur ce point.
Par conséquent, Rivelli a fait une version française du livre, publiée à Lausanne par les éditions L'Âge d'Homme en 1998 sous le titre Le génocide occulté. Dès lors que le livre était paru dans une ville située à 300 kilomètres de Milan et dans une langue si proche de l'italien, la bombe avait éclaté et la parution ne pouvait plus être empêchée en Italie.
Voici pourquoi la version française est parue avant la version originale italienne.
Vous trouverez d'autres informations si vous tapez "Rivelli" dans le moteur de recherche du présent forum, car nous avons déjà eu l'occasion de parler de la version française du livre, de la date à laquelle j'ai rencontré le docteur Rivelli, etc.

alix
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Message par alix » jeu. 19 juin 2008 20:09

J'ai découvert les particularismes de la 2nde Guerre dans les Balkans à cause de ma grand-mère, engagée de la CRI pour l'Europe. Elle est restée choquée par la proportion des "exterminés" et les modes d'assassinat particulièrement atroces.

Je n'ai jamais vu de mes yeux pourtant de documents prouvant que le religieux Stepinac approuvait les exactions ou le vaste projet de conversion de ceux qui acceptaient et étaient "utiles à la société" en vue d'un peuple croate parfaitement homogène par la langue, le catholicisme romain etc... Mais il y a quelques mois j'ai lu sur internet qu'il s'était "offert" un couvent joyau orthodoxe (certains diront pour assurer sa protection).

Sa "béatification" porte sur le "martyre" (mort pour Dieu et sa foi)de celui-ci sous le communisme et a priori sur rien d'autre non? et soutient que des Juifs ont demandé (peut-être aujourd'hui obtenu?) l'inscription de celui-ci sur la liste des Justes.

Ses défenseurs produisent des lettres (?) où il explique à des non-catholiques qu'ils devraient pour leur sécurité accepter de se convertir et qu'après la guerre et les oustachis ils seraient libres de repartir à leur vraie foi. Qu'il est pour la liberté de culte et de conscience. Aurait aidé des juifs et des orthodoxes à s'enfuir ou se cacher. Et des homelies où il met en garde ses fidèles contre la violence et l'idéologie croate.

Peut-être est-ce possible. Après tout le Vatican (pour Eglise catholique romaine) a été fortement divisée durant le règne des nazis en Europe. Certains acceptaient la coopération du Siège avec les maîtres allemands pour assurer la survie.
Dautres acceptaient cette coopération et approuvaient l'action nazie par goût idéologique et pensaient que tout était bon pour combattre le communisme.
D'autres étaient lâches ou timides. Et d'autres étaient révulsés et n'acceptaient rien.

Quoiqu'il en soit, je n'ai jamais vu non plus de papiers officiels ou d'actions concrêtes du Vatican pour dénoncer publiquement ses religieux (donner les noms) qui appelaient à la conversion ou la mort de chrétiens orthodoxes et/ou qui participaient aux tortures, meurtres, viols, camps etc...
Un vague pardon peut-être?

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » jeu. 19 juin 2008 22:19

alix a écrit :J'ai découvert les particularismes de la 2nde Guerre dans les Balkans à cause de ma grand-mère, engagée de la CRI pour l'Europe. Elle est restée choquée par la proportion des "exterminés" et les modes d'assassinat particulièrement atroces.

Je n'ai jamais vu de mes yeux pourtant de documents prouvant que le religieux Stepinac approuvait les exactions ou le vaste projet de conversion de ceux qui acceptaient et étaient "utiles à la société" en vue d'un peuple croate parfaitement homogène par la langue, le catholicisme romain etc... Mais il y a quelques mois j'ai lu sur internet qu'il s'était "offert" un couvent joyau orthodoxe (certains diront pour assurer sa protection).

Sa "béatification" porte sur le "martyre" (mort pour Dieu et sa foi)de celui-ci sous le communisme et a priori sur rien d'autre non? et soutient que des Juifs ont demandé (peut-être aujourd'hui obtenu?) l'inscription de celui-ci sur la liste des Justes.

Ses défenseurs produisent des lettres (?) où il explique à des non-catholiques qu'ils devraient pour leur sécurité accepter de se convertir et qu'après la guerre et les oustachis ils seraient libres de repartir à leur vraie foi. Qu'il est pour la liberté de culte et de conscience. Aurait aidé des juifs et des orthodoxes à s'enfuir ou se cacher. Et des homelies où il met en garde ses fidèles contre la violence et l'idéologie croate.

Peut-être est-ce possible. Après tout le Vatican (pour Eglise catholique romaine) a été fortement divisée durant le règne des nazis en Europe. Certains acceptaient la coopération du Siège avec les maîtres allemands pour assurer la survie.
Dautres acceptaient cette coopération et approuvaient l'action nazie par goût idéologique et pensaient que tout était bon pour combattre le communisme.
D'autres étaient lâches ou timides. Et d'autres étaient révulsés et n'acceptaient rien.

Quoiqu'il en soit, je n'ai jamais vu non plus de papiers officiels ou d'actions concrêtes du Vatican pour dénoncer publiquement ses religieux (donner les noms) qui appelaient à la conversion ou la mort de chrétiens orthodoxes et/ou qui participaient aux tortures, meurtres, viols, camps etc...
Un vague pardon peut-être?

Je me permets de vous renvoyer à deux liens sur le présent forum où vous trouverez certaines informations sur Stepinac:

Histoire de la Yougoslavie et de la Croatie:

viewtopic.php?t=1810

(malheureusement, le fil avait été lancé par un provocateur)


Images de Croatie 1941-1945:

viewtopic.php?t=1821

(qui était en partie ma réponse au provocateur)


Maintenant, je trouve que les apologistes de la cause croate se réfugient un peu facilement derrière le nazisme, la collaboration avec le nazisme, etc., le nazisme étant ainsi instrumentalisé comme paravent de l'oustachisme. C'est quand même oublier que les gouvernements qui ont combattu aux côtés du IIIe Reich, pour des raisons nationales ou autres, n'ont pas tous éprouvé le besoin de sombrer dans les mêmes atrocités que les Oustachis: je me demande bien qu'est-ce qu'on peut reprocher à l'armée de la Finlande démocratique et libérale, qui était pourtant aussi une alliée du Reich. Je suis convaincu que dans ce contexte, le nazisme est utilisé pour empêcher une réflexion sur les origines idéologiques très anciennes du mouvement oustachi, sur l'idéologie du parti croate du droit de Josip Frank, qui a prôné la violence contre la population orthodoxe dès les années 1890, et sur le cocktail infernal du tribalisme et du cléricalisme qui a abouti à ces événements en Croatie.
Ce cocktail de tribalisme et de cléricalisme qu'a connu la Croatie en son temps est maintenant à l'oeuvre dans d'autres pays européens, de confession orthodoxe ou supposée telle, mais là, au lieu de mener au massacre, il aboutit plutôt à des spectacles tantôt follkoriques, tantôt maçonnisants, tantôt hystériques, tantôt d'esthétique "réaliste socialiste", illustrant ainsi la justesse de la remarque de Karl Marx selon laquelle l'Histoire se répète toujours deux fois, une fois en tragédie et une fois en farce. ( Geschichte wiederholt sich immer zweimal: einmal als Tragödie und einmal als Farce. )

En tout cas, quand le prêtre catholique défroqué Viktor Novak a publié à Zagreb, en 1948, un des livres les plus documentés sur le génocide oustachi, il l'a intitulé, moitié en latin, moitié en croate, Magnum Crimen. Pola vijeka klerikalizma u Hrvatskoj (Magnum Crimen. Un demi-siècle de cléricalisme en Croatie), indiquant bien qu'il situait le début de l'idéologie génocidaire vers 1895 (1945 - 50 = 1895). Et en effet, vers 1895, tout ce que Ante Pavelić devait faire à partir de 1941 se trouvait déjà prôné noir sur blanc dans les écrits de Josip Frank et de Ante Starčević (chez celui-ci, la serbophobie confinait au délire). Bref, l'oustachisme a des racines bien catholiques et bien croates, et, sur ce coup, je trouve que Hitler et le nazisme ont bon dos et servent opportunément d'excuse pour ne pas regarder certaines vérités en face.

Claude le Liseur
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Re: Hé bé!

Message par Claude le Liseur » lun. 31 janv. 2011 13:04

totocapt a écrit :Il serait intéressant de savoir si dans la jeunesse d'Hitler, il y a eu une influence des écrits d'Ante Starcevic ou du parti frankiste, et en quoi cela aurait pu être déterminant dans la naissance de l'idéologie nazie... L'Autriche est pratiquement voisine de la Croatie (surtout au niveau de la région de Ratkersburg), et comme le père d'Hitler travaillait aux douanes, la littérature raciste croate a très bien pu passer dans ses mains à travers des traductions colportées via les allemands de croatie... Par la suite, le jeune Hitler s'en serait ressourcé? Il a tellement lu d'horreurs (Gobineau, Chamberlain, Arndt...), que son ouverture aux racismes étrangers est connue des spécialistes...

Ceci étant, relu près de huit ans plus tard (et oui, ce forum n'est plus de première jeunesse), ce message montre surtout que notre ami totocapt n'avait pas lu Gobineau.

Il est toujours risqué de citer des témoignages de deuxième main, de jeter des noms à la cantonade et de parler d'auteurs dont on ne connaît rien.

Au cours du 2e semestre 2010, j'ai lu de la première à la dernière ligne l'Essai sur l'inégalité des races humaines. J'en ai surtout déduit que la plupart des gens qui parlent de ce livre de Gobineau ont arrêté leur lecture au titre. Gobineau eût-il eu la présence d'esprit d'intituler son essai Pourquoi je suis le dernier homme debout ou Le déclin inexorable de l'humanité en conservant exactement le même contenu, il ne se trouverait aucun mouton de Panurge pour faire de Gobineau l'inspirateur d'Hitler. Quelle blague! L'Essai sur l'inégalité des races humaines contient un panégyrique du rôle historique du peuple juif et une dénonciation virulente de toute forme d'étatisme, Gobineau ayant une nostalgie irrépressible des antiques structures tribales. Or, il me semble jusqu'à preuve du contraire, que le national-socialisme hitlérien ne fut ni judéophile ni libéral. Et il y aurait encore beaucoup de remarques du même ordre à faire, mais comment lutter contre la force du préjugé?

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