Signe de la Croix

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Jean-Serge
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Signe de la Croix

Message par Jean-Serge » jeu. 15 juil. 2004 12:00

Bonjour,

J'ai deux questions.

- concernant le signe de la Croix, quelqu'un m'a dit qu'il ne fallait pas toucher sa poitrine mais son abdomen (communément appelé ventre). C'est d'ailleurs ce que j'ai lu dans un livre en anglais. Est-ce bient exact?
Dernière modification par Jean-Serge le ven. 16 juil. 2004 12:46, modifié 1 fois.

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » ven. 16 juil. 2004 9:45

A partir du moment où vous faites le signe de croix avec trois doigts et en touchant l'épaule droite avant l'épaule gauche, vous faites le signe de croix orthodoxe et vous n'avez pas à vous inquiéter du reste. Avez-vous remarqué que les Grecs et les Russes ne font pas le signe de croix de la même façon, les Russes faisant un grand signe de croix accompagné d'une profonde inclinaison du corps, tandis que les Grecs font un triple petit balayage pectoral conclu par un coup sur la poitrine.

Je suppose que la personne qui vous a dit qu'il fallait impérativement toucher son ventre lorsque l'on se signe se sentirait mal à l'asie dans une paroisse grecque!

Invité

Message par Invité » sam. 17 juil. 2004 17:54

«Trois doigts», j'en comprends le symbolisme et je le trouve très beau. Pourquoi «l'épaule» et surtout «la droite» d'abord, je l'ignore. Il me plaira d'avoir réponse à mon interrogation.

Chez les catholiques nous portons la main au front en premier lieu, ensuite à la poitrine, puis à l'épaule gauche et enfin à l'épaule droite.

Ce geste de foi remonte sans doute au début du christianisme. Mais comment le traçait-on ? Y a-t-il quelque écrit qui en fasse mention ?

Merci à vous.

Antan

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » sam. 17 juil. 2004 20:44

Pourquoi dans sens orthodoxe plutôt que dans le sens catholique ? En vérité je ne sais, et je doute même que quelqu’un le sache. Il y a sûrement des gens qui ont cherché à y trouver de profonds symboles, mais à posteriori. Mais la question n’est pas futile. Il est sûr qu’à l’origine tout le monde faisait le sogne de croix dans le bon sens, c’est-à-dire dans le sens orthodoxe (nous en avons des preuves dans des textes écrits). Ce n’est que peu à peu que s’est introduite cette inversion en Occident, peut-être parce que les fidèles, à cette époque de tragique recul de toute civilisation qui a suivi les Grandes Invasions, suivaient par mimétisme le geste que faisait l’évêque qui les bénissait, sans tenir compte de l’effet miroir.

Même si nous ne savons pas pourquoi, nous devons suivre la Tradition non-écrite qui nous vient des Apôtres. N’oublions pas que le signe de Croix est le plus élémentaire de tous les saints Mystères de l’Église (ce que les catholiques appelleraient des sacrements). Il met en fuite les démons, car il est le signe de leur défaite.
Jean-Louis Palierne
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teddy6424
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Signes de Croix

Message par teddy6424 » sam. 17 juil. 2004 23:34

L'épaule droite avant la gauche me paraît évident : le Fils ne siège -t-il pas à la droite du Père(le front), l'épaule gauche étant dédiée à l'Esprit Saint de nature féminine(du moins dans le sens hébreu et araméen d'origine) et donc situé à gauche comme l'épouse.
Nous autres syriaques et orthodoxes du Proche -Orient faisons les signes de croix à la manière des grecs, certains terminant celui -ci par trois légères pressions abdominales avec les trois doigts réunis.Le quatrième et le cinquième doigt restants marquent les deux natures , divine et humaine du Christ.
A Damas ou au Liban certains chrétiens se signent en sortant de chez eux ou en entrant dans les transports collectifs, bénédiction pour le voyage, ils se signent encore aux repas ... ou... lors de l'appel du muezzin(signe de résistance?).
La Croix est la volonté prête à toutes les douleurs.
Isaac le Syrien

Le silence est le mystère des siècles futurs.
Id.

Invité

Message par Invité » dim. 18 juil. 2004 3:13

Comme vous l'écrivez Jean-Louis Palierne, chez les catholiques, le signe de la croix n'est pas «un inversé ... par l'effet miroir» de la bénédiction du prêtre ; il est le même geste mais tracé sur soi-même en l'accompagnant d'une formule trinitaire de louange.

J'apporte une importante correction. Chez nous, les catholiques, le signe de la croix n'est pas «un sacrement» mais un «sacremental», c'est à dire un rite sacré qui, posé dans la foi, produit des effets surtout spirituels. Ainsi l'imposition de la main, le signe de la Croix, l'aspersion d'eau bénite, le rameau bénit, le cierge bénit, etc. sont des sacrementaux.

Merci pour votre apport.

Antan

Invité

Message par Invité » dim. 18 juil. 2004 3:37

À Teddy,

Si la prière que vous récitez en vous signant est «Au nom du Père, et du Fils et du saint Esprit" ... Alors ... Permettez-moi, sans vous offusquer, de douter de ce qui vous «paraît évident». Si l'épaule droite représente «le Fils qui siège à la droite du Père», pourquoi dire à ce moment "Au nom du Père" ? N'y a-t-il pas incohérence ? De même à la suite ?

Et vous précisez que le Père = (le front). C'est ce que font les catholiques lorsqu'ils commencent à tracer sur eux-mêmes le signe de la Croix en disant "Au nom du Père" et en portant la main au front.

Mais si votre prière débute en nommant le Christ, alors oubliez ce que j'ai écrit.

Par ailleurs ce que vous écrivez sur le signe de la Croix est très intéressant.

Merci.

Antan

danilo
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hep

Message par danilo » dim. 18 juil. 2004 9:42

J'ai une question
Avant que l'église ne se sépare (c'est à dire séparation catholique orthodoxe). Comment se faisait le signe de croix??? Comme les orthodoxes ou les catholiques ? Ou n'y avait il pas de signe de croix tout simplement ?
Mr Palierne a répondu mais on doit quand même être en possession de documents écris plus précis. La question que je me pose est de savoir si après que le Christ soit parti rejoindre le Père, donc à peine quelques années voir quelques mois après, faisait on le signe de croix? Le signe de croix n'a t-il pas été introduit bien plus tard?

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » dim. 18 juil. 2004 12:34

Jadis, à une époque où les fidèles de l’Église orthodoxe en Occident étaient retombés, tout au moins pour une bonne partie d’entre eux, dans un état très primitif, voyant le prêtre les bénir face à eux (le clergé restait un élément plus instruit), ils tentaient de faire comme lui, allant à gauche lorsqu’ils voyaient la main du prêtre aller vers leur gauche (mais pour ce prêtre, c’était la droite, le bon côté orthodoxe), sans tenir compte de l’effet miroir qui aurait dû orienter ces fidèles vers leur droite.

C’est du moins la seule explication que l’on puisse trouver à cette curieuse inversion du signe de Croix qui s’est produite sans que personne l’ait voulue ni commandée, aux siècles les plus noirs de l’Occident (qui est alors presque retourné pendant plusieurs siècles à l’Âge des cavernes). C’est aussi à l’issue de cette période noire que l’on constate l’apparition dans l’Église orthodoxe de l’Occident d’un certain nombre de modifications structurelles et culturelles qui ont conduit à la grande rupture spirituelle entre l’Église latine et la Tradition de la Grande Église.

Vous me parlez des “sept sacrements” de l’Église catholique. Ceci est tout à fait étranger à la Tradition. L’Église voudrait ranger ces sept actions dans un statut ontologique d’exception, provoquant une action de la Grâce divine par sept actions humaines. On se demande d’ailleurs pourquoi le mariage s’y trouve inclus, et pas la tonsure monastique, les funérailles chrétiennes, la consécration des églises ou le sacre royal (entre autres). Il sont relégués au rang des “sacramentaux”, c’est-à-dire de simples bénédictions.

Non, c’est l’Église tout entière qui est toute Grâce : elle réalise la présence de la Grâce divine parmi nous, et tous ses actes portent des fruits pour tous ses membres, car elle est toute communion, elle est le corps du Christ dont nous sommes les membres. Le père Justin Popovitch avait coutume de dire et d’écrire fréquemment que même le très humble geste du prêtre qui bénit l’encensoir à chaque fois qu’il l’utilise, est déjà un Mystère, un petit Mystère certes, mais tout de même un Mystère. Le signe de la Croix est probablement le plus élémentaire de tous les Mystères, le signe de la victoire remportée par le Dieu-homme sur la mort, le péché et le Diable.

Si l’on veut en comprendre le sens, le mieux serait de se reporter au poème latin de saint Venance Fortunat (l'Église de langue latine est alors fidèle à l'Orthodoxie) : Vexilla Regis prodeunt, et Lumen Crucis fulgeat… : Les étendards du Roi s’avancent, que resplendisse la Lumière de la Croix… et un peu plus loin : O Crux ave, Spes unica, in quo pependit Salus mundi… : Salut, ô Croix, ou a été pendu le Salut du monde… Qui pourrait me retrouver le texte complet ?

L’Église orthodoxe a ainsi coutume de parler des Mystères dont elle est porteuse, là où l’Église catholique a “chosifié” le sacré en citant une liste close de sept “sacrements” dont chacun assure automatiquement une fonction bien délimitée par un rite bien défini, et une seule fonction ou comme le dit l’Église latine “ex opere operato”. En réalité il y a une foule de saints Mystères qui nourrissent au quotidien la vie des fidèles orthodoxes, et tous tiennent à faire bénir leur maison, tous emmènent précieusement chez eux l’eau bénite lors de la Bénédiction des Eaux à la Théophanie, et l'utilisent dans toutes sortes de besoins, tous emmènent chez eux les feuilles de lauriers et les palmes de la procession des Rameaux (on peut utiliser d’autres feuillages selon le pays bien sûr), et les reliques des Saints et les saintes icônes sont des sacrements à qui nul ne cherche à attribuer une fonction précise, mais qui jouent un grand rôle et sont extrêmement vénérées dans la vie des Églises orthodoxes.

Maintenant que les Églises de la plupart des pays de tradition orthodoxe sortent d’une longue situation d’infériorisation et de servitude, on les voit se précipiter pour récupérer leurs icônes et leurs reliques, non seulement celles qui étaient sorties de Russie sous le règne du communisme, mais on cherche maintenant à récupérer celle qui avait été ravies lors du sac de Constantinople par les Croisés occidentaux en 1204… Au même titre que les rites qui bénissent les étapes de la vie du Chrétien, icônes et reliques sont des saints Mystères qui manifestent la présence parmi nous de la vie transfigurée du Royaume qui vient.

Il y a deux grands Mystères. Ce sont d’une part le Mystère de l’initiation du chrétien (c’est-à-dire toute la série que forment les exorcismes pré-baptismaux, le Baptême lui-même, l’Onction du saint Chrême qui normalement suit le Baptême) et le Mystère de l’Offrande eucharistique (où Celui qui offre et qui est offert est distribué à la Communion des fidèles) et pour servir l’un et l’autre de ces mystères il y a le mystère du Sacerdoce. L’Église a reçu de la Tradition apostolique des normes de gestion de ces Mystères, qui comportent par exemple des règles visant à exclure pour un certain temps des fidèles qui ont commi certaines fautes, et à les réconcilier à la Communion par étapes progressives de pénitence. Elle a reçu aussi de la Tradition la règle de recevoir ceux qui se sont retranchés de la communion de l’Église pour aller appartenir à divers groupes extérieurs (qui ne peuvent donc conférer le vrai Baptême) par diverses procédures qui peuvent éventuellement conférer la grâce du Baptême non reçu par l’Onction du saint Chrême ou par une réconciliation analogue à celle des pécheurs.

Comme l’Occident a voulu réduire les saints Mystères de l’Église à des “sacrements” automatiques et unifonctionnels, elle interprète cette richesse des nuances dans la gestion des saints Mystères comme une “reconnaissance” des sacrements hétérodoxes. Et comme à l’époque moderne l’influence de l’Occident rationaliste a pesé sur la transmission de la Tradition patristique, les Églises orthodoxes se sont mises elles aussi à raisonner dans les mêmes catégories. Mais elle ont tort de se laisser ainsi impressionner, et il est urgent de revenir à la Tradition des Pères dans la conception de ces saints Mystères qui tissent la vie de l’Église orthodoxe.

Je vois maintenant le message de Danilo. Il pose la très intéressante question de la Tradition qui fonde l’usage du signe de croix. Sous-jacente à cette question, il y a celle de l’origine d’un certain nombre de pratiques que l’on trouve dans l’Église, et qu’on ne voit pas explicitées dans la sainte Écriture. Mais il ne faut pas croire que c’est la sainte Écriture qui fonde l’Église (depuis la Réforme les protestants se réclament de la "Sola Scriptura) : l’Église a été fondée lorsque le Christ est remonté vers son Père et a fait asseoir notre humanité, dont il est la Tête (“le Fils de l’homme”) à la droite du Père. Puis l’Esprit est venu souffler sur l’Église et sur chacun de ses fidèles, faisant d’eux un peuple royal, doté de tous les charismes.

C’est l’Église qui a écrit la sainte Écriture et qui nous la transmet. Mais elle a aussi transmis aux fidèles, depuis les origines, une Tradition non écrite beaucoup plus riche qu’on le croit à notre époque. Voici en quels termes saint Basile l’évoque (ce texte a été écrit en 375 dans son Du Saint Esprit) : « Parmi les dogmes et les kérygmes que nous conservons dans l’Église, une partie d’entre eux nous sont parvenus par l’intermédiaire de la Tradition écrite, mais pour le reste nous les avons reçus dans le mystère de la Tradition qui nous a été transmise depuis les Apôtres. Pour notre piété elles jouissent, tant l’une que l’autre, d’une force égale. et personne n’osera s’y opposer pour autant qu’il ait un minimum d’expérience des affaires ecclésiastiques.

Si en effet nous entreprenions de rejeter les traditions non-écrites, sous prétexte qu’elles seraient sans valeur, nous porterions atteinte, même si c’était sans nous en apercevoir, à des points essentiels de l’Évangile, et plus même nous viderions de tout contenu le nom même de la prédication catéchétique.

Pour commencer, je n’en citerai qu’un point comme exemple, le premier et le plus commun : qui nous a enseigné par écrit à marquer du signe de la Croix ceux qui ont placé leur espérance dans le nom de notre Seigneur Jésus Christ ? et que nous devions nous tourner vers l’Orient pour prier, quelle écriture nous l’a enseigné ? Les paroles de l’épiclèse de l’Esprit saint lorsque nous désignons le pain de l’action de grâces, quel saint nous les a consignées par écrit ? Nous ne nous contentons pas en effet des mots dont l’Apôtre et l’Évangile nous ont laissé le souvenir, mais nous les faisons précéder d’autre chose et nous les complétons aussi par autre chose, car nous estimons que ces mots possèdent une valeur immense et aussi parce que nous les avons reçus de la Tradition non-écrite. D’après quelles écritures d’autre part bénissons-nous l’eau du Baptême et l’huile de l’Onction ainsi que celui qui est baptisé ? N’est-ce pas d’après la Tradition arcane et secrète ? Quoi encore ? L’onction elle-même de l’huile, quel texte écrit nous a enseigné à la faire ? Et d’où nous vient qu’un homme doive être baptisé par triple immersion ? Et tout ce qui concerne le Baptême, de renoncer trois fois à Satan et à ses anges, de quelle écriture cela nous vient-il ? N’est-ce pas de cet enseignement non-public et secret que nos Pères ont gardé intact à l’abri de toute curiosité et indiscrétion, sachant bien par expérience que le caractère vénérable des saints Mystères doit être bien gardé par la discipline de l’arcane ? Car ce que les non-initiés ne devaient même pas voir, eût-il fallu en divulguer l’enseignement en le consignant par écrit ? »

On voit que pour saint Basile le signe de la Croix faisait partie de cette Tradition non-écrite, dont il donne quelques exemples.
Jean-Louis Palierne
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pascal
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Message par pascal » dim. 18 juil. 2004 20:38

pour Jean Louis Palierne:

le vexilla regis en latin:


VEXILLA Regis prodeunt ;
fulget Crucis mysterium,
quo carne carnis conditor
suspensus est patibulo.

Confixa clavis viscera
tendens manus, vestigia,
redemptionis gratia
hic immolata est hostia.

Quo vulneratus insuper
mucrone diro lanceae,
ut nos lavaret crimine,
manavit unda et sanguine.

Impleta sunt quae concinit
David fideli carmine,
dicendo nationibus :
regnavit a ligno Deus.

Arbor decora et fulgida,
ornata Regis purpura,
electa digno stipite
tam sancta membra tangere.

Beata, cuius brachiis
pretium pependit saeculi :
statera facta corporis,
praedam tulitque tartari.

Fundis aroma cortice,
vincis sapore nectare,
iucunda fructu fertili
plaudis triumpho nobili.

Salve, ara, salve, victima,
de passionis gloria,
qua vita mortem pertulit
et morte vitam reddidit.

O Crux ave, spes unica,
hoc Passionis tempore ! *
piis adauge gratiam,
reisque dele crimina.

Te, fons salutis Trinitas,
collaudet omnis spiritus :
quos per Crucis mysterium
salvas, fove per saecula.

*ou in hac triumphi gloria


Composé par Saint Venance Fortunat, pour l'arrivée en France d'une relique de la Croix offerte à Sainte Radegonde par l'empereur Justin II, relique qu'il est toujours possible de vénérer à l'Abbaye Sainte Croix de Poitiers.

j'ai par contre différentes traductions en français..ça vous intéresse où vous êtes latiniste?

danilo
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hep

Message par danilo » dim. 18 juil. 2004 20:48

Merci.
Votre explication sur la tradition non écrite est nouvelle et interéssante pour moi. Ca pose une autre question qui ne se tiendrait pas seulement au débat catholique orthodoxe mais poserait aussi le rejet des protestants de certaines coutumes car pour eux seul l'écriture compte (Sola Scriptura).
Les évangiles ont été écris et réécris plusieurs fois. Avant la séparation orient-occident il y avait une grande tradition (du moins je pense). Donc les protestants se servent pour leur part de ce qu'a crée cette église unique au départ, mais d'un autre coté ils rejettent ce qui ne les arrangent pas comme "la tradition non écrite".
Etonnant !

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » dim. 18 juil. 2004 21:37

Merci Pascal. Je propose une traduction rapide. Cette admirable concision latine est impossible à traduire mot à mot.

========

Les étendards du Roi s’avancent, et la Lumière de la Croix resplendit, à laquelle pend dans sa chairle Créateur de la chair.

La victime est immolée pour la Grâce de notre Rédemption, ses tripes accrochées au clou, sa dépouille tendant les mains.

Achevé par la funeste pointe d’une lance il laisse couler l’eau et la sang afin de nous laver de notre crime.

Voici qu’est accompli ce que chantait David dans les psaumes de sa foi, disant aux nations : Dieu a régné par le bois.

Choisi comme potence, honoré de la proupre du Roi, cet arbre porte les membres sacrés comme une décoration resplendissante.

Bienheureux arbre dont les branches supporte pendu le salut de ce siècle : en échange de ce corps l’Enfer a été dépouillé.

Comme signe d’un triomphe éclatant tu répands le parfum de ton bois, tu y joins la saveur de ton nectar, nous réjouissant du fruit que tu portes.

Salut, autel, salut victime, pour la gloire de cette passion par qui la vie a supporté la mort pour nous rendre la vie par sa mort.

Salut ô Croix, ô notre unique espoir dans la gloire de ton triomphe ! Offre la grâce aux hommes pieux, et détruis les crimes des méchants.

C’est Toi, Trinité source de notre salut, que loue tout esprit : par le mystère de la Croix tu nous sauves et tu nous guéris.

============

Accessoirement, j'ai entendu dire que la mélodie sur laquelle cet hymne est traditionnellement chanté dans l'Église latine serait probablement l'un des plus anciens témoins de la musique antique, le vieux chant romain (= de la liturgie romaine), antérieur à ce que l'on appelle le chant grégorien.

En tout cas c'est le texte qui importe. C'est tout le sens du signe de croix.
Jean-Louis Palierne
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Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » dim. 18 juil. 2004 22:29

Les Évangiles ont été écrits et réécrits plusieurs fois.
Non. D'abord je voudrais dire qu'aucun texte de l'Antiquité grecque ou romaine ne possède de témoins aussi anciens que ceux du texte du Nouveau Testament. Le vénérable Codex Sinaïticus découvert au monastère du Sinaï au XIXème siécle, acheté par les tsars puis vendu par Lénine au British Museum, (vers l'an 300) est non seulement le plus ancien manuscrit du Nouveau Testament, il est le plus ancien manuscrit grec, suivi par d'autres manuscrits du NT. Plus anciens, nous avons les "Rouleaux de la Mer Morte" et le "Livre d'Isaïe" en hébreu. Et pour le reste, ce sont des rares fragments de divers auteurs, sur parchemin ou sur papyrus.

D'autre part le texte que nous transmet l'Église, depuis le Sinaïticus ne connaît que quelques variantes rares et courtes. S'il y a corrections depuis ou avant, elles ne peuvent avoir été que de très peu d'intérêt. Et pourquoi douter de la fidélité d'une tradition que les premiers chrétiens considéraient comme un devoir sacré ? En fait nous connaissons beaucoup mieux les textes sacrés des premiers temps de l'Église que ceux des auteurs profanes grecs et latins -- que nous n'hésitons cependant pas à étudier.

Quant au sens du signe de Croix, je vais essayer de retrouver les références, mais il y a sur notre Forum des gens qui sont apparemment mieux équipés que moi, et qui pourront répondre. Mais je sais que la question a été étudiée et que tous les témoignages anciens, orientaux et occidentaux, commentent le signe de Croix fait dans le sens qui est maintenant considéré comme orthodoxe.

L'une des méprises que l'on fait le plus habituellement en Occident dans l'approche de la Tradition de l'Église est de croire qu'il s'agit de choses très compliquées, qu'il faut passer par une critique minutieuse des textes qui nous ont été transmis, par une longue étude historique pour y discerner le jeu des courants historiques, des influences. Il y a cependant bien une Tradition orthodoxe, qu'aucun conflit n'a jamais pu occulter ni pervertir/
Jean-Louis Palierne
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pascal
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Message par pascal » dim. 18 juil. 2004 23:04

jean louis,
je vous retranscris ci dessous un commentaire sur la fête de l'exaltation de la croix tiré du livret du enregistré par le choeur de la cathédrale orthodoxe Saint Irénée, on y trouve des éléments historiques et théologiques très intéressants (le vexilla regis a été adapté sur le ton I grégorien et le texte n'est pas repris intégralement, si vous le souhaitez je pourrais vous le retransmettre):

"la Fête de l'Exaltation de la Croix, le 14 septembre, est d'origine palestinienne. Elle fut instituée tout d'abord pour commémorer la double dédicace des basiliques contruites âr l'empereur Constantin sur l'emplacement du Calvaire (Golgotha) et du lieu de la résurrection (Anastasis), ces dédicaces furent célébrées en 335 par les évêques réunis au Concile de Tyr.

Très rapidement cette fête fut associée à la découverte de la Croix par l'impératrice mère Sainte Hélène, dès la fin du IVè siécle, notre compatriote l'abesse Ethérie en parle avec enthousiasme dans ses souvenirs de voyage aux lieux saints, mais ne souffle mot toutefois d'un rite d'exaltation. Au temps du pape Serge Ier (687-701), qui était grec d'origine, cette fête était célébrée à Rome dans la basilique du Sauveur, avec adoration de la Croix (Liber Pontificalis). Avant cette époque, une autre fête était déjà célébrée en Occident, fête bien attestée: l'Invention de la Croix ( 3 mai) (précisons que le terme invention est synonyme de découverte, le terme est toujours utilisé dans ce sens dans le Code civil où l'on parle d'invention pour les trésors ou les vestiges archéologiques); la preuve en est donnée au début du VIIè siècle dans le missel de Wolfenbüttel et dans le manuscrit de Berne du calendrier Hiéronymien. Le sacramentaire Gallican d'Autun (Missale Gothicum), le Missel de Bobbio et les calendriers liturgiques wisigothiques signalent cette fête entre l'octave de Pâques et les Rogations, sans préciser davantage. Tous les manuscrits cités ici sont de la fin du VIè ou du VIIè siècle: on ne trouve pas trace dans ces textes d'une fête le 14 septembre.

On commémorait en Orient le 14 septembre la dédicace des deux basiliques déjà nommées, mais les historiens antérieurs au VIIè ne disent rien d'un rite d'exaltation.

A partir du règne de l'empereur Justinien (vers 550) on commence à citer un rite de l'"hypopsis tou timiou stavrou" (élévation de la vénérable croix). L'objet principal de la fête demeurait cependant l'anniversaire d ela dédicace du Saint Sépulcre et l'hypsosis constituait seulement une des cérémonies particulières, cérémonie bien logique puisq'uon fêtait l'Eglise du Calvaire et de la Résurrection.

La fête s'appelait alors "Dédicace des basiliques du Saint Sépulcre pendant laquelle on fait la stavrophanie". Certains détails de la vie de Sainte Marie l'Egyptienne (en l'an 380) font penser qu'il s'agissait en fait d'une ostention de la Vraie Croix, ostention qui attirait à Jérusalem une foule considérable de pèlerins.

De Jérusalem, la cérémonie de la Stavrophanie se transporta bientôt à Constantinople, exactement le 14 septembre 614, sous le règne de l'Empereur Héraclius. Par Constantinople l'usage liturgique s'en répandit dans tout l'empire - les sollenités de la métropole ayant tendance à devenir rapidement des solennités universelles.

Tout concourt à augmenter l'importance de la fête du 14 septembre dans la ville de Constantin. La relique de la Vraie Croix, conservée à Apamée en Syrie est transférée à Constantinople en 574; celle de Jérusalem, enlevée par les Perses en 628, y arrive la même année après une marche triomphale à travers l'Arménie et l'Asie Mineure. Le souvenir du retour de cette relique s'ajouta donc aux autres commémorations de la fête du 14 septembre. Finalement les textes ne firent plus du tout la mention de la dédicace des basiliques de Jérusalem et l'accent fut mis sur l'exaltation de la Croix.

(...) L'évolution (ultérieure) en fit une célébration de la théologie de la Croix (...) cette Théologie s'exprime particulièrement bien dans les textes que le rite des Gaules nous propose pour cette fête. (suit un développement que je préfère formuler plus précisément, c'est à dire en retranscivant in extenso les textes )

dans le prelegendum : Pour nous il faut nous glorifier dans la Croix de Notre Seigneur Jésus Christ: c'est en Lui qu'est notre salut, notre vie et notre résurrection; c'est par lui que nous avons été sauvés et délivrés"

dans l'hymne (c'est là qu'on retrouve le vexilla regis)

dans la collecte:"O Dieu qui nous réjouis en ce jour par la solennité annuelle de l'Exaltation de ta croix vivifiante et invincible; par elle Tu as équilibré les mondes en les inscrivant sur les qutre confins; par Elle Tu as sauvé l'homme de l'empire du prince de ce monde blessant à mort la mort et ouvrant les portes du paradis; par Elle Tu protèges ton peuple, le nouvel Israël; par Elle enfin, Tu annonceras ta seconde et glorieuse venue lorsque le signe du Fils de l'Homme paraîtra dans les cieux. Nous t'en supplions, préserve-nous des fausses doctrines, assure-nous l'accès à l'arbre de vie de la Jérusalem céleste, par la connaissance du mystère de ta Croix, ô Toi qui vis, règnes et triomphes avec ton Fils, Notre Seigneur Jésus-Christ et l'Esprit Saint aux siècles des siècles."

dans l'Epître (1 Corinthiens 18-25)

dans le canon de la communion, le choeur chante: le signe de la Croix apparaîtra dans le Ciel lorsque le Seingeur reviendra avec gloire, Alleluia

pardonnez ma longueur, mais il me semblait que cela en valait la peine.

pour le signe de la croix en tant que tel, je ne connais pas de "texte officiel". Mais comme Jean Louis le disait dans un de ses messages en substance...la tradition n'est pas qu'écrite, il y a des usages, des enseignements, un "corpus traditionnel" qui est le fruit d'une transmission orale et plus largement le fruit de la vie de l'Eglise... à certains moments, quelques éléments sont retranscris.. ce qui explique que certains usages comportent des éléments variables..même si on peut dire que le sens théologique reste le même, je pense que c'est ce quà voulu dire Jean Louis.

pour une explication du sens du signe de la croix (de gauche à droite ou de droite à gauche) on m'a souvent dit: on commence par l'épaule droite (l'action dans la justice) pour finir sur l'épaule gauche (l'action de la miséricorde) en prenant une formule que je trouve très belle: la justice et la miséricorde sont les deux ailes de l'Esprit Saint.

on peut donc dire dans une tentative de synthèse:
le signe de croix manifeste visiblement notre adhésion au mystère de la Croix (plus largement peut être encore il manifeste visiblement le christianisme auquel on adhère) tout en étant également un moyen efficace de purification et de protection contre le monde démoniaque et le monde des illusions.

Invité

Message par Invité » lun. 19 juil. 2004 3:27

"À PROPOS DE L'HISTOIRE DU SIGNE DE LA CROIX",
par Hiéromoine NICOLAS (Molinier)

http://www.carcajou.org/racines/signe_croix.htm

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