Des Kurdes chrétiens

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Claude le Liseur
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Des Kurdes chrétiens

Message par Claude le Liseur »

C'est entendu: il y a, encore aujourd'hui, des chrétiens au Kurdistan. De moins en moins au fil des différentes guerres saintes de l'Islam dans cette région. Plus guère de chrétiens du côté turc, quelques paroisses assyriennes du côté iranien dans la région du lac d'Ourmiah lui-même en disparition, des effectifs encore respectables dans la Djezireh syrienne et la région autonome du Kurdistan irakien.

C'est aussi entendu: à l'exception de quelques centaines de Kurdes gagnés au Christ ces vingt dernières années par le travail missionnaire des protestants, il n'y a pas de Kurdes chrétiens. Quand on parle de chrétiens au Kurdistan, on parle de Syriaques, soit "nestoriens" (Eglise assyrienne dite aussi syro-orientale), soit "monophysites" (Eglise syriaque "orthodoxe" dite aussi syro-occidentale), soit uniates ("Syriens catholiques" et "Chaldéens catholiques"). Il n'y a pratiquement plus d'orthodoxes dans ces régions.

Donc, un Kurde est supposé musulman, à la rigueur Ahl-ul-Haqq ou yézidi, voire juif, mais pas chrétien:

En bref, il n'est pas impossible qu'un Kurde se convertisse au christianisme, mais au-delà des difficultés qu'il rencontrerait il ne serait plus considéré aux yeux de la société, même auprès des chrétiens, comme un Kurde.


Boris James et Jordi Tejel Gorgas, Les Kurdes, Tallandier, Paris 2018, page 70.
Les Kurdes ont même une assez fâcheuse réputation suite à leur participation au génocide arménien de 1915.
Toutefois si l'islamisation du Kurdistan n'est pas encore totale puisqu'y subsistent des communautés de langue syriaque, on peut aussi se demander quand s'est achevée l'islamisation des Kurdes eux-mêmes.
Et, comme je l'écrivais hier (ici: http://www.forum-orthodoxe.com/~forum/v ... 1&start=45 ) , il semble bien que, chez les Kurdes comme chez les Touareg, le triomphe final de l'Islam ne soit pas antérieur au XVe siècle. A mon avis, il est même plus tardif chez les Kurdes,
N'oublions pas que, s'agissant des Kurdes comme des Berbères, nous parlons de peuples aux structures tribales qui ont fait que, pendant très longtemps, il était très difficile de faire un choix individuel qui soit différent de celui de la tribu. La tribu change de religion, tout le monde change de religion.

Claude le Liseur
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Re: Des Kurdes chrétiens

Message par Claude le Liseur »

Selon la version officielle, les Kurdes, entrés en contact avec l'Islam vers 640 quand les armées califales ont investi la plaine de Ninive, seraient passés très rapidement du zoroastrisme à l'Islam et la cause aurait été entendue au bout de quelques décennies.

Toutefois, comme dans le cas des Touareg, la découverte de textes liturgiques remet en cause beaucoup d'idées reçues.

En effet:

Le premier texte écrit en kurmandji (langue kurde parlée dans la sphère occidentale du monde kurde) est un texte chrétien de liturgie miaphysite, copié au début du XVe siècle en alphabet arménien. Cette découverte n'a pas manqué de surprendre les chercheurs qui, pour le moment, n'ont pas trouvé d'explication crédible à ce qui semble une anomalie. Entre cette occurrence et les autres textes kurdes retrouvés à la période pré-moderne, il faut attendre près de trois siècles.

Boris James et Jordi Tejel Gorgas, Les Kurdes, Tallandier, Paris 2018, page 95
Ah! Comme les découvertes de manuscrits peuvent tout bouleverser! C'est bien par la découverte d'un manuscrit (en 1937!) qu'on a retrouvé l'alphabet et l'histoire d'un des premiers royaumes chrétiens (converti en 313!), l'Albanie du Caucase ou Aghouanie ou Aghbanie, en grec Ἀλβανία (Alvania), en arménien Աղվանք (Akhvanq ou Ałuank), en géorgien ალვანია (Alvania) en russe Кавка́зская Алба́ния (ici: http://www.forum-orthodoxe.com/~forum/v ... f=1&t=2411 ). Je me demande quelle tête feront les nationalistes albanais les plus idiots lorsque, quelque part, la découverte d'un manuscrit prouvera la véracité des thèses du professeur Schramm et le fait qu'ils descendent des Besses, peuple thrace évangélisé par saint Nicétas de Remesiana (ici: http://www.forum-orthodoxe.com/~forum/v ... 53&p=15016).

Revenons maintenant à nos Kurdes et à "l'anomalie" évoquée ci-dessus.
Certes, aujourd'hui, l'Eglise apostolique arménienne représente tout ce que je redoute, et tout ce que je vois venir, pour l'Eglise orthodoxe: la confusion entre religion, langue et ethnie; le repli nationaliste extrême; l'adogmatisme; la disparition de la vie monastique. Toutefois, il n'est pas exclu que, dans le passé, elle ait été missionnaire, puisque nous savons précisément que ce sont les Arméniens - alors encore orthodoxes - qui ont évangélisé l'Albanie du Caucase. (301: baptême du roi d'Arménie Tiridate IV par saint Grégoire l'Illuminateur; 313: baptême du roi d'Albanie du Caucase Ouraïr par le même saint Grégoire l'Illuminateur.)
Il n'y aurait donc rien d'étonnant à ce que les Arméniens eussent aussi évangélisé les Kurdes. Après tout, on vénérait naguère à Arles-sur-Tech, dans le Roussillon, la tombe des saints Abdon et Sennen, martyrs sous Dèce, qui auraient été Kurdes (ou Perses).

Bien entendu, on ne s'attend pas à ce que l'Eglise apostolique arménienne, totalement séparée de l'Eglise orthodoxe depuis le VIIe siècle, aient encore eu des ouailles kurdes à la fin du Moyen Âge. Et pourquoi pas? Après tout, il y bien eu, jusqu'à une époque relativement récente, des Arméniens orthodoxes, les fameux Dzaïths ( cayt' en translittération scientifique, vraisemblablement ծայթ en arménien, Τζᾱτοι dans les textes grecs médiévaux, et tzaït selon la prononciation française la plus approchante) pour qui l'Eglise orthodoxe célébrait en arménien une liturgie différente de la liturgie byzantine (ici: http://www.forum-orthodoxe.com/~forum/v ... 51&p=21673 et ici: http://www.forum-orthodoxe.com/~forum/v ... 99&p=16862 ). Donc l'équation langue = nation = Eglise a peut-être été posée,chez les Arméniens aussi, plus tard qu'on ne le pense, et peut-être sous l'influence du système ottoman du millet.

Claude le Liseur
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Re: Des Kurdes chrétiens

Message par Claude le Liseur »

En tout cas, ce texte liturgique monophysite en langue kurde et en alphabet arménien du début du XVe siècle ne peut s'expliquer que par l'existence de Kurdes chrétiens, dépendant de l'Eglise apostolique arménienne (et non de l'Eglise syro-occidentale également de foi miaphysite), tout à la fin du Moyen Âge, sept siècles après la date officielle de l'islamisation totale des Kurdes.

Conclusion: chez les Kurdes comme chez les Touareg, le triomphe final de l'Islam est postérieur de plusieurs siècles à la date officielle. Ce qui souligne une fois de plus l'extraordinaire capacité de l'Islam à éradiquer chez les peuples convertis la mémoire du passé préislamique. (Un des exemples les plus frappants est le fait qu'en persan actuel, le nom de Persépolis ne soit plus Parsa, comme en vieux persan, mais تخت جمشید (Takht-e-Jamshid), le trône de Jamshid, du nom d'un roi légendaire de la tradition islamique, la mémoire de Darius et de Xerxès ayant été éradiquée du peuple iranien - cf. aussi Pierre et Christian Pahlavi, Le marécage des ayatollahs, Tempus n° 688, Perrin, Paris 2017, note 1 page 39.)

On peut même supposer que ces Kurdes fidèles de l'Eglise arménienne ne sont pas forcément passés à l'Islam. Il est aussi possible qu'ils aient perdu leur identité kurde au profit d'une identité arménienne, puisque ceci a été le cas d'une partie des Aghbaniens (Albanais du Caucase).

Ainsi, l'équation actuelle Kurde = musulman pourrait, soit découler de la conversion à l'Islam des derniers Kurdes chrétiens, soit, au contraire, de l'arménisation de ceux-ci qui auraient conservé leur religion et perdu leur langue. En tout cas, elle n'est pas antérieure au XVe siècle, et peut-être au XVIe, et ne remonte pas au VIIIe siècle comme on l'admettait avant la découverte de ce manuscrit.

A l'échelle de l'Histoire, c'est donc récemment que l'identité kurde est devenue exclusivement islamique (sous réserve des Ahl-ul-Haqq et des Yézidis, mais ces derniers sont issus de l'Islam).

A l'heure actuelle, il y a des chrétiens au Kurdistan, mais ils sont syriaques (et d'ailleurs reconnus comme une minorité nationale dans la région autonome kurde du nord de l'Iraq), sous réserve de quelques centaines de Kurdes convertis au protestantisme ces vingt dernières années.

En revanche, quand on parle des Kurdes divisés entre quatre Etats (Turquie, Iraq, Iran et Syrie), on oublie toujours qu'il y avait une présence kurde significative en Union soviétique, et en particulier dans les actuelles républiques d'Arménie et de Géorgie. Or, certains de ces Kurdes ex-soviétiques ont embrassé l'Orthodoxie au cours des dernières décennies, et une jeune fille issue de cette communauté est considérée comme une néo-martyre et pourrait être canonisée. J'espère y venir par la suite.

Claude le Liseur
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Re: Des Kurdes chrétiens

Message par Claude le Liseur »

On le sait, le Croissant fertile présente un certain nombre de minorités religieuses qui n'existent nulle part ailleurs: les mandéens, héritiers des gnostiques des premiers siècles chrétiens (mais y en a-t-il encore ?), les alaouites de Syrie, les alévis de Turquie, les druzes de Syrie, d'Israël et du Liban, etc.
Dans ce contexte, le peuple kurde bat sans doute tous les records, avec ses Ahl-e Haqq ("les gens de la vérité") ou Kakaïs ou Yarsans, qui vénèrent Ali, le gendre de Mahomet, comme une manifestation de la puissance divine, ses Shabak (plus ou moins proches du chiisme duodécimain et qui seraient des "reliquats de groupes militants pro-safavides issus des Qazilbash ayant survécu en contexte ottoman" - Boris James et Jordi Tejel Gorgas, op. cit., p. 71)et surtout ses Yézidis.

Les Yézidis (Ezîdî en kurde) sont accusés depuis des siècles par les musulmans d'être des adorateurs du diable. Ils ont fait leur entrée dans la littérature européenne dès 1824, avec le célèbre roman Hadji Baba de l'Anglais James Morier, dans lequel un médecin de Téhéran possède une esclave kurde d'origine yézidie qui défend précisément les siens contre l'accusation d'adorer le diable (on notera que les autres esclaves du médecin sont une Géorgienne et une Ethiopienne d'origine chrétienne, ce qui souligne bien le caractère non musulman des Yézidis). Ils jouissent désormais en Occident d'une gloire médiatique dont ils se seraient bien passés depuis qu'ils ont fait l'objet d'une offensive sanglante de l'organisation appelée Etat islamique au Levant en 2014. (Les médias occidentaux se sont beaucoup étendus sur le sort des Yézidis et fort peu sur celui des chrétiens de la même région.)

Toutefois, il est important de rappeler que, si les Yézidis apparaissent aujourd'hui bien différenciés de l'Islam, ils sont eux-mêmes issus de l'Islam et leur religion n'est en aucun cas la religion d'origine des Kurdes.

Je me permets de renvoyer aux explications limpides de Boris James et Jordi Tejel Gorgas (op. cit., pp. 81 sq.):
Au centre du culte yézidi se trouve Şex Adî, personnage tutélaire dont les paroles et la famille sont révérées. Ce Şex Adî ne serait autre que cheikh 'Adî Ibn Musâfir, un mystique musulman syrien du XIIe siècle réfugié dans les montagnes kurdes au nord de Mossoul ou un de ses proches descendants. Le cheikh et a famille, très vite glorifiés par les populations kurdes locales, s'établirent dans le sanctuaire de Lalesh et furent à l'origine d'une confrérie soufie musulmane prospère, la 'Adawiyya, qui essaima dans tout le Moyen-Orient (Mésopotamie, Syrie-Palestine, Egypte) et accompagna l'installation des Kurdes qui avaient suivi les Ayyoubides dans leur expansion.
En dehors d'une exaltation immodérée de la famille du cheikh et une sorte de fétichisme excessif du texte coranique, la confrérie parfaitement classique s'inscrit aux XIIIe et XIVe siècles dans la mouvance musulmane sunnite proche du pouvoir sultanien, encline à combattre la progression des Mongols et souvent à une certaine intransigeance vis-à-vis des chrétiens et de juifs. La révérence envers le cheikh et sa famille jusqu'à nos jours et la division de la société yézidi en castes, dont les noms ressemblent à ceux des différents degrés d'initiation confrérique musulman (murîd, şex, etc.), nous poussent à croire qu'il s'agit bien là d'une origine plausible du yézidisme.
Ce n'est qu'à la fin du XVIe siècle que les Yézidis furent rejetés dans une totale hétérodoxie parles pouvoirs musulmans environnants et combattus à ce titre. L'idée erronée selon laquelle ils seraient des "adorateurs du diable" vient à la fois de cette confrontation avec l'islam impérial ottoman et de l'organisation interne de la communauté. La nature extrêmement fermée de la société yézidi et de son son contenu cultuel accessible aux seuls initiés a maintenu le mythe d'un groupe porteur d'un secret inavouable, tout en suscitant la fascination des orientalistes européens. Totalement absent des sources du XVIe siècle, un des éléments présents actuellement dans le culte yézidi est l'adoration de l'Ange Paon, Tawusê Melek, au même titre que Şex Adî et sultan Ezî, représentant d'une sorte de trinité yézidi. Pour certains savants musulmans, Iblîs,le diable, prendrait les traits d'un paon dont les attributs manifestes sont ceux de la beauté et donc de la séduction. Le rapprochement avec Lucifer (le porteur de lumière) est aisé.

Je pense qu'il est ainsi utile de rappeler, avant ce qui suivra sur la conversion de certains Kurdes de l'ex-Union Soviétique au christianisme orthodoxe, de rappeler que les Yézidis ne sont pas une religion si ancienne, mais bien une religion fort postérieure à l'Islam et issue de celui-ci. Les médias occidentaux, sans doute par hostilité à l'égard des chrétiens d'Orient, ont fait des Yézidis les victimes archétypales de l'intolérance islamiste, de même d'ailleurs que ces médias valorisent sans cesse ce qui est kurde aux dépens de ce qui est arabe. Or, dans les faits qui seront exposés ici, on verra que les Yézidis ont une tradition d'intolérance qui vaut bien celle de leurs persécuteurs musulmans.

Claude le Liseur
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Re: Des Kurdes chrétiens

Message par Claude le Liseur »

Anna Kaloyan (Анна Калоян) est une néo-martyre kurde, non encore officiellement canonisée, mais qui fait déjà l'objet d'une vénération populaire en Russie et en Ukraine. On peut trouver sur Internet des reproductions d'icônes qui ont été peintes récemment dans l'attente d'une canonisation.

On peut trouver des informations sur elle, en russe, par exemple,à l'adresse https://forum.optina.ru/topic/4126-%D0% ... %8F%D0%BD/.

Elle est mentionnée dans un livre sur les plus récents nouveaux-martyrs publiés par le RP Victor Kouznetsov en 2020, Мученики нашего времени (Martyrs de notre temps), que l'on peut commander ici: https://politkniga.ru/mucheniki-nashego ... sbornik-3/ .

Elle est née le 18 décembre 1987 dans l'oblast de Rostov-sur-le-Don, dans une famille de Kurdes yézidis.

Ainsi que je l'ai déjà expliqué, quand on parle des Kurdes répartis entre quatre Etats (Turquie, Iran, Irak et Syrie), on oublie toujours qu'il y avait un peuplement kurde significatif en Union soviétique - essentiellement Arménie, Géorgie et partie russe du Caucase. Du fait de la politique relativement libérale du régime soviétique en matière linguistique, il y avait des écoles qui enseignaient le kurde - chose totalement inimaginable en Turquie, mais possible en Irak.

Le professeur Jacques Leclerc de l'Université Laval de Québec donne les informations suivantes sur la minorité kurde de la république d'Arménie:
Selon les estimations les plus fiables, les Kurdes compteraient actuellement près de 30 000 individus en Arménie. D'après les deux derniers recensements officiels effectués en 1979 et 1989, on dénombrait respectivement 51 000 et 57 000 personnes, dont 55 000 étaient des adeptes de la religion yézidie. À l'origine, le yézidisme remonterait à de très anciens cultes orientaux: il s'agit d’une «religion syncrétiste» englobant des éléments juifs, chrétiens, musulmans et zoroastriens. La diminution de l’effectif kurde serait due au départ de la presque totalité des Kurdes musulmans lors de la crise qui a secoué le pays en 1988 et en 1989, et également à l'émigration de milliers de Kurdes yézidis pour des raisons socio-économiques lors de la décennie quatre-vingt-dix. La plupart ont choisi la Russie comme destination, mais d’autres ont préféré s’établir en Allemagne. La plupart des Kurdes (env. 85 %) parlent leur langue indo-européenne appartenant au groupe indo-iranien, le kurde du Nord appelé kurmanji, et emploient l’alphabet cyrillique. On compterait quelque 25 villages kurdes-yézidis dans les régions administratives d'Aragatz, d'Abaran, de Taline et d'Achtarak (marz d'Aragatsotn), ainsi que dans les régions de Hoktemberian et d'Etch-miadzine (marz d'Ararat). Un petit nombre vit à Erevan, la capitale.
Source: http://www.axl.cefan.ulaval.ca/asie/armenie1-genrl.htm


En Géorgie:
Il y a une quinzaine d'années, les Kurdes formaient une communauté d'environ 33 000 personnes. Ils sont moins de 20 000 aujourd'hui. Ce sont des musulmans de confession yézidie. Le yézidisme est une religion syncrétique qui combine des éléments du zoroastrisme, du judaïsme, du christianisme et de l'islam. Cette religion s'est développée dans le passé chez les Kurdes d'Irak, de Syrie, de Turquie, du Caucase et, du fait de l'immigration récente, dans les pays d'Europe occidentale. Les Kurdes yézidis parlent généralement la variété du kurde dite kurmanji. Ils sont les descendants de réfugiés ayant échappé la répression religieuse sous l'Empire ottoman. Ils vivent principalement à Tbilissi (les trois quarts) et à Roustavi en Karthlie inférieure. Bien que les Kurdes soient urbanisés et bien intégrés socialement, ils ont su préserver leur identité ethnique, leur langue et leurs traditions culturelles.

Comme les Kurdes (et les Assyriens) n'ont pas d'État voisin ou de patrie abritant leurs frères d'origine, ils se trouvent en Géorgie dans une situation moins favorable que d'autres minorités, ce qui les fragilise davantage. Selon les associations locales, le nombre réel des Yézidis seraient artificiellement gonflés (18 000) et ils seraient moins de 6000. Enfin, l'image des Kurdes dans la société géorgienne semble plutôt négative; ils souffriraient d'un mépris partagé.
Source: http://www.axl.cefan.ulaval.ca/asie/geo ... mo-hst.htm

Pour en revenir à la jeune Anna Kalojan, elle reçut le baptême orthodoxe à l'automne 2012. Elle a alors subi des pressions de sa famille pour renier le Christ et revenir au yézidisme. Le 4 janvier 2013, son père et ses frères lui ont brisé les jambes pour qu'elle ne puisse pas s'enfuir, puis son père e sa mère l'ont battue à mort. Chaque coup était accompagné d'une injonction de renier le Seigneur, ce qu'elle a refusé.

Vous voyez donc que les Yézidis ne sont pas si tolérants et pacifiques que nous le disent les médias occidentaux.

Ici http://www.shahteparh.ru/blagochiniya-i ... muchenits/ (site du diocèse de Chakhty, métropole du Don du patriarcat de Moscou) , vous trouverez les photos d'un service célébré le 10 janvier 2020 par l'archiprêtre Basile (Vassili) Khadykine à la mémoire de la nouvelle-martyre Anna Caloyan.

Claude le Liseur
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Re: Des Kurdes chrétiens

Message par Claude le Liseur »

Le patriarcat de Géorgie, qui fait un gros effort envers les descendants des Assyriens ("nestoriens") réfugiés dans l'Empire russe pendant la première Guerre mondiale, avec notamment des offices célébrés en syriaque à leur intention, semble aussi avoir convaincu certains Kurdes yézidis.

J'ai trouvé ici http://www.pravoslavie.ru/79191.html , sur le site russe pravoslavie.ru, l'extraordinaire interview, en anglais, du moine Madaï (Maamdi), issu de la minorité kurde yézidie de Géorgie, converti à l'Orthodoxie à Moscou en 2007, et désormais moine au monastère Sainte-Sunniva que le patriarcat de Géorgie a établi en Norvège - ce qui semble indiquer que l'Eglise orthodoxe de Géorgie ne se préoccupe pas que des Assyriens et des Kurdes, mais aussi des Norvégiens.

Le texte anglais donne comme nom Madai. J'ai traduit Madaï. Selon l'édition de l'Ancien Testament dans la collection la Pléiade (Ancien Testament, tome 1, édition sous la direction d'Edouard Dhorme, Gallimard, Paris 1956, page 30), la traduction française correcte serait Maday. Il s'agit d'un fils de Japhet, lui-même fils de Noé (Genèse X:2). C'est l'ancêtre éponyme des Mèdes, dont les Kurdes se considèrent comme les descendants. Le seul choix de ce nom comme nom monastique est un hommage à la capacité de l'Orthodoxie à embrasser chaque langue, chaque culture, chaque histoire nationale.

Claude le Liseur
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Re: Des Kurdes chrétiens

Message par Claude le Liseur »

Claude le Liseur a écrit :
mar. 07 juil. 2020 10:31


Le texte anglais donne comme nom Madai. J'ai traduit Madaï. Selon l'édition de l'Ancien Testament dans la collection la Pléiade (Ancien Testament, tome 1, édition sous la direction d'Edouard Dhorme, Gallimard, Paris 1956, page 30), la traduction française correcte serait Maday. Il s'agit d'un fils de Japhet, lui-même fils de Noé (Genèse X:2). C'est l'ancêtre éponyme des Mèdes, dont les Kurdes se considèrent comme les descendants. Le seul choix de ce nom comme nom monastique est un hommage à la capacité de l'Orthodoxie à embrasser chaque langue, chaque culture, chaque histoire nationale.
Et au passage, les Actes des Apôtres nous enseignent qu'au jour de la Pentecôte, les Apôtres ont prêché en mède (Ac II:9).

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