Archevêché de la rue Daru, nouvel épisode

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Claude le Liseur
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Archevêché de la rue Daru, nouvel épisode

Message par Claude le Liseur » mer. 28 nov. 2018 16:23

Le site de l'archevêché des paroisses de tradition russe en Europe occidentale, exarchat du patriarcat de Constantinople (dit l'archevêché de la rue Daru) vient de publier le communiqué suivant relatif à une décision prise par le saint Synode du patriarcat de Constantinople le 27 novembre 2018 (source: http://www.exarchat.eu/spip.php?article2258 ):
Le Saint Synode du Patriarcat œcuménique, dans sa session du 27 novembre 2018, a décidé de révoquer le tomos patriarcal de 1999 par lequel il octroyait le soin pastoral et l’administration des paroisses orthodoxes de tradition russe en Europe occidentale à son archevêque-exarque.

Cette décision répond aux besoins pastoraux et spirituels de notre époque, dans le plus grand respect du droit canonique et de la responsabilité spirituelle qui nous incombe.

En effet, les circonstances historiques ayant conduit à sa création d’une telle structure au lendemain de la Révolution russe d’octobre 1917, il y a tout juste une centaine d’années, ont profondément évolué. Nous rendons grâce à Dieu pour l’infatigable courage dont vos communautés ont fait preuve à travers le temps en préservant la riche tradition spirituelle venue de Russie au lendemain des sanglantes persécutions commises par le nouveau régime athée. Nous nous réjouissons spécialement que l’Église mère du Patriarcat œcuménique ait pris la responsabilité d’offrir sa protection canonique à ces communautés et d’ainsi leur permettre de jouir, dans le respect de l’ordre ecclésial, d’une liberté synonyme de vie dans l’Esprit Saint.

La décision d’aujourd’hui a pour but de renforcer encore plus le lien des paroisses de tradition russe avec l’Église mère du Patriarcat de Constantinople. Chacune de ces communautés est détentrice d’un héritage spirituel qui s’est établi dans le sillage d’une histoire dramatique marquée par la persécution et l’exil et ayant participé prophétiquement au renouveau théologique de l’orthodoxie au 20e siècle. C’est en effet à travers des personnalités, théologiens, philosophes, artistes, de premier plan, issus de l’immigration russe que la foi orthodoxe a rayonné en Europe occidentale et par-delà. Nous tenons ici à rassurer les pieux fidèles des paroisses de tradition russe en Europe occidentale et leurs communautés. C’est par sollicitude pastorale que le Patriarcat œcuménique a décidé l’intégration et le rattachement des paroisses aux différentes saintes métropoles du Patriarcat œcuménique dans les pays où elles se trouvent (partie souligné par la rédaction). Notre Église mère continuera à assurer et à garantir la préservation de leur tradition liturgique et spirituelle. Le lien de filiation sera d’autant plus étroit avec le siège de Constantinople que ce dernier est désireux de continuer à manifester sa mansuétude pastorale et sa sollicitude apostolique à l’égard du peuple de Dieu dont il a la responsabilité.

Nous prions avec ferveur le Seigneur, dont nous nous préparons en cette période à accueillir la divine nativité, que vous saurez rester fidèles au Patriarcat œcuménique, comme l’Église mère de Constantinople vous est dévouée. Nous souhaitons de tout cœur que vous continuiez à être des témoins de la foi orthodoxe en Europe occidentale par la pratique des vertus et l’accomplissement des principes de l’Évangile.

Nous remercions aussi son Excellence, l’archevêque Jean de Charioupolis d’avoir conduit avec amour et loyauté ses communautés jusqu’à cette nouvelle étape de leur histoire, confiant dans la grâce de Dieu qui nous appelle à « être renouvelés par la transformation spirituelle de l’intelligence et revêtir l’homme nouveau, créé selon Dieu dans la justice et la sainteté qui viennent de la vérité. » (Eph. 4, 23-24)

Que la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu le Père et la communion du Saint-Esprit soient toujours avec vous, par les prières de la très sainte Mère de Dieu et celles de tous les saints.

Phanar, le 27 novembre 2018
Si l'exposé des motifs correspondait à la réalité ou à une intention véritable du patriarcat de Constantinople,ce serait presque trop beau: cela voudrait dire que le Phanar se serait rendu compte que nous ne sommes plus en 1920, que l'émigration "blanche" a depuis longtemps disparu comme réalité sociologique, que cet exarchat est constitué de paroisses dont les fidèles sont dans leur écrasante majorité des citoyens français, belges, néerlandais, norvégiens, etc. d'origine russe ou pas, et qu'il est peut-être plus constructif d'avoir des diocèses territoriaux, conformément aux canons, que des diocèses basés sur une lointaine origine ethnique, fût-elle rebaptisée "tradition".
Après tout, en Suisse, depuis 1975, c'est bien de la métropole de Suisse, et non de la rue Daru, que dépend l'unique paroisse orthodoxe francophone "de tradition russe".
Bien entendu, je me réjouirais de voir le patriarcat œcuménique de Constantinople privilégier la création, dans toute l'Europe, de diocèses locaux (de France, de Suisse, de Grande-Bretagne, d'Italie, etc.), avec des fidèles de toutes origines (y compris autochtones comme l'actuel archevêque de la rue Daru), qui pourraient coopérer avec d'autres diocèses locaux dépendant des patriarcats d'Antioche, de Moscou, de Roumanie, de Serbie, de Bulgarie, etc., dans le but d'arriver un jour à créer des Eglises autonomes. Ce serait un grand pas pour l'efficacité du témoignage orthodoxe.

Toutefois, je suis assailli par un certain nombre de doutes. Je me demande si cette décision n'est pas causée par la quasi-absence de vie monastique au sein de l'exarchat, qui rendra de plus en plus difficile le maintien d'un évêque - sans parler de l'hypothèse d'une mise au pas.
Mais plus encore, je redoute que cette décision ne soit suivie d'aucun effet, le diocèse en question ayant toujours fait preuve d'un particularisme pointilleux au motif qu'il serait le seul à appliquer les décisions du concile de Moscou de 1917-1918.
Déjà, en 1966, le patriarcat de Constantinople avait retiré sa protection à l'archevêché de la rue Daru et lui avait alors demandé de réintégrer l'Eglise orthodoxe de Russie (soit le patriarcat de Moscou). L'archevêché avait alors opté pour un statut jusque-là inconnu dans l'Eglise d' "indépendance" (statut anticanonique qui ne l'a pas empêché, jusqu'à ce jour, de s'arroger le monopole de la canonicité en Europe occidentale) avant d'être réintégré en 1971 au sein du patriarcat de Constantinople.
Je m'attends donc aux mêmes résistances, au nom de la "tradition russe" (comprendre "la tradition des aristocrates et des bourgeois libéraux partis de Saint-Pétersbourg en 1920") et des "canons du concile de Moscou de 1917-1918".

Nikolas
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Re: Archevêché de la rue Daru, nouvel épisode

Message par Nikolas » mar. 22 janv. 2019 18:57

Il y aurait plusieurs chose à dire sur vos commentaires ci-dessus, mais j'ai préféré m'en abstenir jusque là, étant moi-même membre du clergé de cet archevêché.

Je me permet par contre de publier ici les communiqués de l'archevêché qui ont suivit depuis celui du Phanar le 27 novembre.
Les plaçant ici pour archives.
Ceux-ci sont très bien écrit et éclairant, remettant également quelques pendule à l'heure.
Communiqué du Conseil de l’Archevêché du 30 novembre 2018

L’Archevêché des Églises orthodoxes russes en Europe occidentale, qui constitue une des plus anciennes entités ecclésiales orthodoxes de nos régions, a été placé sous la responsabilité pastorale du Métropolite Euloge (Guéorguievski) par saint Tikhon, Patriarche de Moscou, par décret du 8 avril 1921.

Jetés sur les routes de l’exil par la Révolution bolchevique, les émigrés russes ont établi, avec foi et courage, une présence ecclésiale fondée sur les principes majeurs du concile inachevé de Moscou de 1917-1918.

Établi d’abord à Berlin, le siège de l’Archevêché a été transféré à Paris, à la cathédrale Saint-Alexandre-Nevsky, et a pris la forme d’une association de droit français, composée de communautés et paroisses établies en France et dans toute l’Europe occidentale, et le demeure jusqu’à ce jour. Les statuts de cette association, l’Union Directrice Diocésaine des Associations Orthodoxes Russes en Europe Occidentale, ont été déposés en préfecture le 26 février 1924 et sont toujours en vigueur aujourd’hui. En 1931, pour garantir son indépendance et sa pérennité, l’Archevêché a demandé de dépendre du Patriarcat œcuménique de Constantinople, ce qui a été accepté par un Tome patriarcal et synodal du 17 février 1931, qui donnait à l’Archevêché le statut d’Exarchat provisoire du Patriarcat œcuménique.

Le 22 novembre 1965, de manière inopinée, le Patriarcat œcuménique a annoncé à l’Archevêché le retrait du statut d’Exarchat provisoire de 1931. L’Archevêché s’est alors trouvé indépendant de tout patriarcat. Il a été conduit pendant toute cette durée par l’Archevêque Georges (Tarassoff) archevêque dirigeant de 1960 à 1981. Le 22 janvier 1971, par lettre patriarcale et synodale, le Patriarcat œcuménique a de nouveau accepté dans son giron le même archevêché, mais en ne lui accordant pas de statut canonique précis au sein même du Patriarcat.

Dès son élection archiépiscopale, l’Archevêque Serge (Konovalov) a entrepris de négocier avec le Patriarcat œcuménique une révision de son statut canonique au sein du Patriarcat. Cela a abouti à l’octroi du Tome patriarcal et synodal du 19 juin 1999, par lequel le Saint-Synode de Constantinople, à la demande formelle de l’Archevêché, suite à plusieurs années de débats internes à l’Archevêché et de négociations avec le Saint-Synode du Patriarcat œcuménique, a donné un statut d’Exarchat (non provisoire) à l’Archevêché.

C’est ce statut que le Saint-Synode, toutefois sans consultation préalable avec aucun organe officiel de l’Archevêché, vient de révoquer, par une décision du 27 novembre 2018.



De par son caractère inopiné, la décision synodale du Patriarcat de Constantinople de révocation du Tome du 19 juin 1999 appelle une profonde réflexion au sein de l’Archevêché. Néanmoins, il est essentiel de ne pas répondre avec brutalité à cette décision.

En effet, comme l’enseigne l’ecclésiologie orthodoxe de grands théologiens contemporains tels que le Métropolite Jean (Zizioulas) de Pergame ou le Père Nicolas Afanassieff, c’est autour de leur évêque diocésain que les communautés et les fidèles constituent l’Église dans sa catholicité.

« Plusieurs synodes orthodoxes produisent des encycliques et des directives relevant des affaires internes d’un diocèse, comme si les synodes constituaient une autorité "supérieure" dans l’Église. Certains théologiens orthodoxes avancent même que le synode est l’autorité suprême de l’Église, créant ainsi une hiérarchie ayant à sa base le diocèse, au-dessus duquel on trouve le synode régional et le concile œcuménique représentant le niveau suprême. Est-ce qu’un concile ou un synode constitue une structure située au-dessus de l’évêque ? La réponse à cette question ne peut être que négative du point de vue ecclésiologique. Ecclésiologiquement parlant, il n’y a rien de supérieur à l’évêque dans l’Église » [L’évêque selon l’orthodoxie, dans le livre du Métropolite Jean (Zizioulas) de Pergame, L’Église et ses institutions, Paris, 2011, p. 386-387].

Dès lors, pour pouvoir faire éclore la voix authentique de l’Archevêché, il nous faut rester unis autour de l’Archevêque dirigeant, Son Éminence Jean de Charioupolis. Dans la fidélité à l’identité originelle de l’Archevêché, cette concertation autour de l’Archevêque dirigeant aura lieu dans les organes institués par nos statuts qui ont été approuvés par le Saint-Synode : d’abord au sein de chaque paroisse ou communauté, mais aussi dans des assemblées clérico-laïques statutaires.

Toute décision ecclésiale, pour être effective, doit être formellement reçue par l’entité qui est sujette à cette décision, tout particulièrement lorsque la décision n’a pas été sollicitée par ceux qui doivent la mettre en œuvre. Monseigneur Jean, comme Archevêque dirigeant, pourra répondre à la décision synodale, dans le respect de la catholicité de l’Église et des statuts de l’Archevêché, uniquement à l’issue de la procédure délibérative suivante.

L’Archevêque Jean invite les prêtres de l’Archevêché à une assemblée pastorale, le 15 décembre 2018, afin de se concerter avec ceux qui portent, avec lui, la charge spirituelle des paroisses et des fidèles de l’Archevêché.

Dans la foulée de l’assemblée pastorale, le Conseil de l’Archevêché convoquera formellement une assemblée générale de l’Archevêché, à laquelle prendront part tous les clercs et les délégués laïcs élus par les paroisses et communautés, qui sont les associations adhérentes de l’Union diocésaine.

En vertu de son enracinement dans les sociétés d’Europe occidentale, l’Archevêché a assimilé certains éléments de la culture occidentale, notamment un attachement aux valeurs démocratiques, aux droits fondamentaux des personnes et à la liberté de chaque individu, ainsi que le principe du débat contradictoire préalablement à toute décision. Les clercs et les communautés qui voudraient quitter le sein de l’Archevêché pour se joindre à une autre juridiction épiscopale que celle de l’Archevêque Jean devront procéder selon l’ordre canonique et demander leur congé à Mgr Jean de Charioupolis, Archevêque dirigeant. Notre préférence, cependant, va à la concertation et au dialogue en vérité, dans une assemblée délibérative régulière de l’ensemble de l’Union diocésaine.

Il convient de préciser que, au plan canonique, l’Archevêque Jean, comme Archevêque dirigeant, n’a ni demandé l’abrogation du statut d’exarchat, ni sa propre mise à la retraite. Il demeure donc pleinement en charge pastorale des Églises orthodoxes russes en Europe occidentale.

Dans l’attente de la réponse que l’Archevêque Jean de Charioupolis pourra donner à Sa Toute-Sainteté le Patriarche Œcuménique Bartholomée de Constantinople et à Leurs Éminences les Membres du Saint-Synode, comme fruit de la procédure transparente exposée ci-dessus, les clercs de l’Archevêché sont invités à continuer la commémoration liturgique suivante : « Pour Sa Sainteté le Patriarche Œcuménique Bartholomée de Constantinople et Son Éminence l’Archevêque Jean de Charioupolis, Archevêque dirigeant des Églises orthodoxes russes en Europe occidentale ».

Avec confiance dans l’action du Roi céleste, Consolateur, l’Esprit Saint, nous invitons tous les fidèles à la prière pour la prospérité de toutes les Églises de Dieu.
Dernière modification par Nikolas le mar. 22 janv. 2019 19:04, modifié 1 fois.

Nikolas
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Re: Archevêché de la rue Daru, nouvel épisode

Message par Nikolas » mar. 22 janv. 2019 19:02

Communiqué du Conseil de l’Archevêché du 17 janvier 2019

Ces derniers jours, de nombreux prêtres et diacres de l’Archevêché ont reçu un courrier du Métropolite grec du pays où ils résident, leur intimant l’ordre de cesser de commémorer leur propre Archevêque, de rejoindre le clergé des Métropoles grecques, de considérer que, d’ores et déjà, nos paroisses et communautés font partie de ces Métropoles et leur ordonnant enfin de leur remettre tous les documents et registres paroissiaux utiles.

À ce sujet, le Conseil de l’Archevêché renvoie à son communiqué du 30 novembre dernier et apporte ici quelques précisions.

Cette intervention d’évêques extérieurs dans le corps même de notre Archevêché, même s’il s’agit d’évêques du même Patriarcat, est irrégulière au regard de l’ecclésiologie et du droit : en effet, Son Éminence l’Archevêque Jean est le seul évêque dirigeant légitime des paroisses orthodoxes de tradition russe en Europe occidentale. Le 28 mars 2016, il a été élu de manière régulière par l’Assemblée générale extraordinaire de l’Archevêché, composée de tous les clercs et des laïcs délégués des paroisses qui composent notre corps ecclésial ; le 22 avril 2016, le Saint-Synode du Patriarcat œcuménique a entériné cette élection. À partir de ce moment, l’Archevêque Jean a été installé dans ses fonctions de manière définitive. Depuis lors, il n’a ni démissionné ni demandé une quelconque mise à la retraite et demeure, par définition même du ministère épiscopal, l’organe de la catholicité du diocèse et le président de l’Union diocésaine qui est la personne morale de droit français assurant la communion de toutes les paroisses et communautés de l’Archevêché.

Comme tous ses prédécesseurs depuis le Vénérable Métropolite Euloge et dans tous les pays où ses paroisses sont établies, Son Éminence l’Archevêque Jean célèbre l’eucharistie de l’Église dans la catholicité, ainsi que tous les actes sacramentels ; il préside à la consécration des églises et des antimensia, il ordonne à tous les rangs du service ecclésial dans notre Archevêché. En qualité d’évêque en exercice du Patriarcat de Constantinople, il a participé encore récemment à la Synaxe des Hiérarques du Trône œcuménique et, en 2016, au Saint et Grand Concile de l’Église orthodoxe. Sa qualité d’unique évêque diocésain de notre Archevêché est irréfutable, canoniquement et juridiquement, comme le confirment les Statuts officiels de l’Archevêché.

Les Statuts de l’Archevêché sont connus du Patriarcat et ont été approuvés par le Saint-Synode de manière constante depuis 1931 ; dans leur version en vigueur à ce jour, ils disposent notamment :

Article 11
L’Archevêché et les associations adhérentes [les paroisses et monastères] sont placés sous l’autorité administrative et la direction spirituelle, pastorale et morale d’un évêque dirigeant avec le rang et titre d’Archevêque qui relève de l’obédience de Sa Sainteté le patriarche œcuménique de Constantinople. L’Archevêque est le Président de l’Archevêché.

Article 40
L’Archevêque exerce ses fonctions à vie. Il peut toutefois se retirer de la direction de l’Archevêché après avoir consulté le Comité épiscopal et le Conseil de l’Archevêché. Par contre, il ne peut être démis de ses fonctions qu’après jugement du tribunal ecclésiastique supérieur compétent, à savoir le Saint-Synode patriarcal.

Ces dispositions ne permettent aucune autre interprétation des choses : notre clergé diocésain doit continuer le mode de commémoration liturgique tel qu’il l’a toujours pratiqué et il demeure, tout comme les paroisses et les monastères, sous l’obédience immédiate de Son Éminence l’Archevêque Jean. Tous les dossiers diocésains sont à jour à l’Archevêché et ils ne sauraient, pour des raisons juridiques obligatoires, être transférés à une autorité extérieure sans motif fondé.

Le 27 novembre 2018, le Patriarcat œcuménique a décidé le retrait du Tome patriarcal et synodal du 19 juin 1999, qui conférait à l’Archevêché la qualité d’Exarchat patriarcal. Même si le Conseil de l’Archevêché regrette le caractère unilatéral et non concerté de cette décision, nous reconnaissons que le Patriarcat avait le droit de prendre cette décision. Nous ne pouvons néanmoins pas confondre le retrait de la qualité d’Exarchat patriarcal et la « dissolution de l’Archevêché », selon l’expression dépréciative utilisée par certaines sources sur Internet.

La décision du 27 novembre du Patriarcat de Constantinople comporte un volet unilatéral (le retrait du Tome de 1999) et un volet bilatéral voire tri-latéral (l’invitation d’intégrer les paroisses de l’Archevêché dans les Métropoles grecques dont on ignore si elles ont été consultées à ce sujet). Ce qui est multilatéral doit nécessairement faire l’objet d’une délibération par les sujets collectifs (paroisses) et individuels (clercs) concernés. Nul ne peut préjuger de l’acte ecclésiologiquement fondamental que constitue la réception d’une décision de provenance extérieure.

En effet, pour dissoudre l’Archevêché fondé en 1921 (c’est-à-dire avant même sa réception dans le Patriarcat de Constantinople), seule l’Assemblée générale est compétente. Elle a été convoquée valablement pour le 23 février prochain et comporte un seul point à son ordre du jour : la discussion sur cette décision du Patriarcat.

De même que le Patriarcat œcuménique se conforme, pour son fonctionnement local en Turquie, au régime législatif de la République turque, parfois très contraignant, de même a-t-il toujours encouragé notre Archevêché à s’organiser conformément aux législations des pays où ses paroisses sont établies et à les respecter pleinement. Loin d’être une entorse à la bonne organisation de l’Église, le respect des procédures statutaires constitue l’application canonique la plus sûre, directement inspirée par l’éthos orthodoxe.

Notre Archevêché se trouve aujourd’hui, de jure, dans la situation où il se trouvait avant son accueil dans le Patriarcat œcuménique. De facto, néanmoins, nous ne voudrions pas que cette longue et fructueuse période se close sans une rencontre humaine de visu entre les représentants de notre Archevêché et les autorités du Patriarcat.

En effet, nous ne pourrons jamais trouver les mots justes pour exprimer notre gratitude au Patriarcat œcuménique pour sa protection canonique pendant toutes ces années. La Sainte Église de Constantinople a veillé au respect des particularités de notre fonctionnement diocésain inspiré par les décisions et les débats du Concile de Moscou de 1917-1918, et nous lui en sommes profondément reconnaissants. Cela montre combien la vocation ecclésiale du Patriarcat œcuménique est véritablement supra-ethnique.

Si le Patriarcat œcuménique fermait la porte à toute possibilité de l’Archevêché de demeurer dans son sein, l’Assemblée générale aviserait en conséquence. Toutefois, ni les Métropolites grecs d’Europe occidentale, ni le Conseil de l’Archevêché, ni même l’Archevêque ne peuvent se substituer à l’Assemblée ecclésiale qui a été valablement convoquée pour le 23 février prochain.

D’ici là, le Conseil de l’Archevêché appelle toutes les parties en présence à respecter la paix de l’Église et les dispositions juridiques qui garantissent que, dans le Corps du Christ, « tout se fasse convenablement et avec ordre » (1 Co 14,40). « Car, comme l’enseigne toujours l’Apôtre Paul, Dieu n’est pas un Dieu de désordre, mais un Dieu de paix » (1 Co 14,33) ; le contraire du désordre n’est donc pas l’ordre, mais la paix.

Nikolas
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Re: Archevêché de la rue Daru, nouvel épisode

Message par Nikolas » mar. 22 janv. 2019 19:03

Lettre du Conseil de l’Archevêché du 17 janvier 2019 à Sa Toute Sainteté le Patriarche œcuménique, Archevêque de Constantinople, Bartholomée Ier
N° de protocole : 19.002

Paris, le 18 janvier 2019.

Sa Sainteté le Patriarche Œcuménique Bartholomée

Istanbul Rum Patrikligi Sadrazam Ali Pasa Cad. No. 35 Fatih 34220 Istanbul TURQUIE

Votre Toute Sainteté,

Le Conseil de l’Archevêché, réuni ce jour sous la présidence de Son Éminence Jean de Charioupolis, Archevêque dirigeant des Églises orthodoxes de tradition russe en Europe occidentale, a pris connaissance de courriers que plusieurs Métropolites grecs d’Europe occidentale ont envoyés à nos prêtres et diacres ces derniers jours, leur intimant l’ordre de cesser de commémorer leur propre Archevêque, de rejoindre le clergé des Métropoles grecques, de considérer que, d’ores et déjà, nos paroisses et communautés font partie de ces Métropoles et leur ordonnant enfin de leur remettre tous les documents et registres paroissiaux utiles.

Parallèlement, l’Archevêque Jean a transmis ce jour à la chancellerie diocésaine un courrier de Votre Toute-Sainteté, afin qu’il soit traduit dans les plus brefs délais du grec au français. À première vue, il semblerait que ce courrier aille dans le même sens que celui des métropolites grecs. Son Éminence l’Archevêque Jean se réserve néanmoins de répondre à ce courrier en temps utile, lorsqu’il aura pu en prendre connaissance dans la langue de l’Archevêché, qui est aussi sa langue maternelle.

Au lendemain de la publication par le Patriarcat œcuménique de son communiqué du 29 novembre 2018, annonçant la réorganisation du statut d’Exarchat, qui avait été conféré à notre Archevêché le 19 juin 1999, notre Conseil a publié un communiqué annonçant prendre toutes les dispositions nécessaires afin de répondre de manière légitime à cette décision du patriarcat (voir ci-joint).

En effet, les structures de notre Archevêché ne permettent à aucun autre organe que l’Assemblée générale de répondre à une question d’ordre existentiel concernant le statut de notre corps ecclésial. Ceci reflète à la fois la conscience canonique profonde et l’ordre juridique de l’Archevêché, éléments sur lesquels nous reviendrons plus loin.

Dès le 15 décembre, néanmoins, car aucune prescription statutaire de délai obligatoire ne l’empêchait, nous avons réuni une assemblée pastorale, c’est-à-dire une réunion de tout le clergé diocésain, autour de l’Archevêque dirigeant et du Conseil de l’Archevêché. Au cours de cette assemblée consultative (car non statutaire) à laquelle a participé la quasi-totalité du clergé diocésain de tous les pays où l’Archevêché existe, de nombreuses interventions des pasteurs de nos paroisses ont montré que notre dernier statut au sein du Patriarcat œcuménique avait été une très heureuse et favorable période de l’histoire de l’Archevêché, une période que nous aurions voulu perpétuer. Cependant, dès que l’information de votre décision d’abolir le statut d’exarchat de l’Archevêché a été apprise par d’autres Églises orthodoxes, nous avons été les récipiendaires de propositions d’intégration de notre Archevêché entier au sein d’autres juridictions canoniques.

Notre Conseil a donc pris la décision de convoquer dans les plus brefs délais autorisés, selon l’ordre statutaire qui est à la fois canonique et juridique, une session extraordinaire de l’Assemblée générale, le 23 février 2019, et de constituer une commission spéciale, chargée de préparer cette Assemblée.

La première option que le Conseil a été amené à considérer était celle de demander à Votre Toute-Sainteté que la Commission préparatoire puisse être reçue au siège du Patriarcat œcuménique, afin de mieux comprendre la nature et les raisons de la décision que vous avez prise le 27 novembre dernier et d’explorer les possibilités de résolution de cette situation.

Nous comprenons que notre Archevêché se trouve aujourd’hui, de jure, dans la situation où il se trouvait avant son accueil dans le Patriarcat œcuménique. De facto, néanmoins, nous ne voudrions pas que cette longue et fructueuse période se close sans une rencontre humaine de visu entre les représentants mandatés par nos structures diocésaines. En effet, nous ne pourrons jamais trouver les mots justes pour exprimer notre gratitude au Patriarcat œcuménique pour sa protection canonique pendant toutes ces années. La Sainte Église de Constantinople a veillé au respect des particularités de notre fonctionnement diocésain inspiré par les décisions et les débats du Concile de Moscou de 1917-1918, et nous lui en sommes profondément reconnaissants. Cela montre combien la vocation ecclésiale du Patriarcat œcuménique est véritablement supra-ethnique.

Et cela s’est manifesté très tôt, puisque à peine dix ans après sa fondation en 1921, notre Archevêché, établi dans des circonstances tragiques de l’histoire moderne, a trouvé un refuge canonique au sein du Patriarcat œcuménique de Constantinople. Au moment de l’établissement de notre entité ecclésiale en Occident, le Patriarcat œcuménique n’avait pas encore fondé sa première structure diocésaine sur le même territoire. Lors de l’accueil de notre Église dans le Patriarcat, en 1931, la coexistence de deux structures, l’une grecque et l’autre russe, sur le même territoire, justifiée pour des raisons pastorales, n’a pas empêché le Patriarcat œcuménique de conférer le statut d’exarchat provisoire à notre Archevêché. En 1965, lorsque le Patriarcat œcuménique a décidé, de manière unilatérale et dans l’incompréhension générale, de révoquer son accueil provisoire de 1931, cela n’a pas entraîné la dissolution de l’Archevêché lui-même, mais plutôt sa mutation en « Archevêché orthodoxe de France et d’Europe occidentale », pleinement orthodoxe et indépendant à la fois. Puis, quand le Patriarcat œcuménique, à la demande répétée de feu l’Archevêque Georges (Tarassoff), qui dirigeait alors l’Archevêché, a accepté de reconstruire le lien qui unissait l’Archevêché au Patriarcat œcuménique, votre illustre prédécesseur, le Patriarche œcuménique Athénagore a déclaré que la suppression de l’accueil de 1931 était due à des espoirs d’assurer « la concorde indispensable à la collaboration panorthodoxe et à la convocation du Saint et Grand Concile » (lettre du 22 janvier 1971 du Patriarche Athénagore à l’Archevêque Georges). Ce n’est donc pas l’extinction des raisons pastorales présentes en 1931 qui ont présidé à votre désistement de 1965, mais la volonté de marcher plus résolument vers le Grand Concile attendu et désormais accompli, et auquel notre Archevêque actuel a eu l’honneur de participer, au sein de la délégation du Patriarcat œcuménique. De 1971 à 1999, le statut canonique de l’Archevêché était moins précis : pendant presque trente ans, il a fonctionné de manière auto-administrée, sans être formellement un Exarchat du Trône œcuménique, mais en dépendant tout de même du Patriarcat œcuménique.

En 1999, lorsque vous avez accordé un nouveau statut d’exarchat, non provisoire, à notre archevêché, c’est bien à notre demande que vous l’avez fait, non de votre propre initiative. À cette époque, les négociations entre les responsables de l’Archevêché, alors dirigé par feu l’Archevêque Serge (Konovalov), et les responsables du Patriarcat ont duré plusieurs années. Même si c’est le Patriarcat seul qui a édicté le tome du 19 juin 1999, l’on peut légitimement considérer qu’il était le fruit de relations bilatérales fécondes.

Aujourd’hui, la révocation du tome de 1999 est unilatérale et non concertée. Aucune consultation n’a eu lieu avec les responsables de l’Archevêché pour ce changement de statut canonique. Les raisons pastorales qui avaient présidé à l’acceptation de notre Archevêché dans le Patriarcat œcuménique, raisons qui justifiaient la création d’un Exarchat patriarcal sur le même territoire que celui des Métropoles grecques d’Europe occidentale, ont-elles disparu, surtout depuis 1999 ? Les temps n’ont pas beaucoup changé depuis lors : dans certaines Métropoles grecques, quelques paroisses en langues autres que le grec ont vu le jour, mais elles ne prévalent pas et n’entament nullement l’identité hellénique foncière de ces entités ecclésiales. Située à quelques centaines de mètres de notre Cathédrale Saint-Alexandre-Nevsky, la Cathédrale Saint-Étienne de la Métropole de France n’est pas à proprement parler française, mais elle est elle-même une propriété immobilière d’un État étranger ; de même, on ne compte pas le nombre de prêtres des Métropoles grecques qui ont été et sont toujours rémunérés par la République hellénique et donc soumis à la loyauté qu’implique ce statut social. L’Archevêché, pour sa part, se compose de paroisses russophones, mais aussi de paroisses en langues locales ; toutes continuent de se définir par la tradition russe quant aux célébrations et à l’administration ecclésiale, en raison de l’histoire de l’Archevêché et en l’honneur de ses fondateurs. Notre entité ecclésiale a accompli un chemin d’inculturation incommensurablement plus important que toutes les autres juridictions orthodoxes d’Europe occidentale. Cela s’est traduit également dans la direction diocésaine, puisque plusieurs de ses archevêques étaient des personnes nées en Europe occidentale, alors que, à ce jour, dans toute l’Europe occidentale, seul un Métropolite grec n’est pas né en Grèce.

Si l’Archevêché pouvait être consulté pour une éventuelle reconfiguration des entités ecclésiales du Patriarcat œcuménique en Europe occidentale, nous pensons que des idées plus créatives et certainement plus consensuelles pourraient émerger de la discussion. Nous continuons d’appeler de nos vœux pareille concertation, mais ne pouvons y forcer personne.

Le Patriarcat œcuménique souhaite voir reconnue l’exclusivité de sa juridiction sur l’ensemble de l’Europe occidentale, alors que de multiples patriarcats et Églises autocéphales n’approuvent pas cette compréhension. Si la position du Patriarcat œcuménique était incontestée dans l’Église orthodoxe, il serait logique que le retrait du tome qui conférait à l’Archevêché la qualité d’Exarchat implique automatiquement son démantèlement et la sujétion de ses paroisses aux uniques diocèses locaux. Cependant, cette position ne fait pas l’unanimité dans le concert des Églises orthodoxes, preuve en est que le Saint et Grand Concile de 2016, dont l’ordre du jour comportait depuis 1976 la résolution de ce problème, n’a rien pu décider à ce propos. À ce jour et jusqu’à une résolution conciliaire qui fera autorité pour tous les orthodoxes, force est de constater qu’il y a place pour plusieurs visions au sujet de l’organisation de la présence de l’Église orthodoxe en Europe occidentale.

Bien entendu, la coexistence en Occident de diocèses grecs, antiochiens, russes du patriarcat de Moscou, russes hors-frontières, ukrainiens, serbes, roumains, bulgares, géorgiens, polonais, américains et autres peut-être encore, est une anomalie ecclésiologique. Les études ecclésiologiques les plus récentes montrent que la résolution de cette situation sera complexe ; ordonner par la force une simplification uniquement locale n’est pas nécessairement un gage de contribution positive à la résolution du problème général et global. Cependant, l’histoire de l’Église a connu tant d’entorses à sa tradition théologique qu’il n’est pas interdit d’espérer que ce problème aussi trouvera une solution. Il n’était pas normal que les Sultans ottomans interviennent dans la nomination et la révocation des patriarches de Constantinople - certains de vos illustres prédécesseurs l’ont payé de leur sang -, mais l’Église a enduré cette entorse, dans la douleur et la prière, car elle visait toujours avec fidélité le cap de l’orthodoxie. Les immenses pressions que le pouvoir turc a mise pendant le vingtième siècle sur le fonctionnement synodal du Patriarcat, notamment en interdisant aux évêques non turcs d’y prendre part, comme le voulait pourtant l’ordre canonique, a été une souffrance pour toute l’Église, même au-delà du Patriarcat de Constantinople, mais il s’agissait d’un accommodement raisonnable pour permettre la survie de la Sainte Église dans son berceau historique. Les exemples sont nombreux, pour toutes les Églises, dans toutes les régions, à toutes les époques de l’histoire.

La décision patriarcale du 27 novembre 2018 abolissant le tome du 19 juin 1999 constitue certes un droit inaliénable du Patriarcat qui était le seul signataire de ce document. En revanche, la seconde décision d’assujettir nos paroisses et communautés aux Métropoles grecques n’est pas du ressort unique de la Sainte Église de Constantinople, mais de toutes les parties en présence, à commencer par l’Archevêché sujet à cette décision. Si les Métropolites grecs d’Europe occidentale acceptent cette décision même s’ils n’y ont pas participé, pour la plupart d’entre eux, l’Archevêque Jean n’a pas cette possibilité, car le fonctionnement de notre Archevêché prévoit nécessairement un dialogue entre l’Archevêque dirigeant et les instances statutaires de l’Archevêché pour toute question importante.

Nous connaissons la réticence d’une grande proportion du monde clérical actuel à la participation de laïcs au gouvernement de l’Église et, singulièrement, à l’élection des évêques par une assemblée composée de clercs et de laïcs du corps ecclésial local. C’est pourtant la plus authentique norme ecclésiologique d’institution dans l’épiscopat, comme la doctrine constante de l’orthodoxie l’atteste. Nous tenons beaucoup à cet enseignement, hérité du renouveau ecclésial suscité par le Concile de Moscou de 1917-1918, mais cela ne nous mène pas à revendiquer que tous les autres diocèses appliquent cette ancienne et vénérable tradition.

Conformément à l’éthos orthodoxe, dans la ligne du Concile de 1917-1918 et comme le Tome de 1999 du Patriarcat œcuménique nous y invitait d’ailleurs, l’Archevêché est organisé comme une personne morale de droit français, autonome quant à son administration ; et, de même, les paroisses et les communautés qui le composent sont organisées, elles aussi, selon les législations des dix pays dans lesquels elles se trouvent établies. Comme entités ecclésiales, elles dépendent de l’Archevêché dont elles sont juridiquement des associations adhérentes ; comme entités morales jouissant de la personnalité juridique selon les diverses législations nationales, elles disposent de la faculté autonome de s’autodéterminer. Ni nous, ni aucune autorité extérieure ne peut s’immiscer dans leur administration.

Ces statuts de l’Archevêché sont connus du Patriarcat œcuménique depuis 1931. Ils ont même été approuvés par le Patriarcat de manière répétée tout au long du siècle dernier et encore récemment le 31 octobre 2013. L’intervention de certains Métropolites grecs auprès de nos membres du clergé, avant même la tenue de l’Assemblée générale extraordinaire qui délibérera au sujet de votre décision, constitue une démonstration de l’incompréhension qui les caractérise à l’égard des spécificités de notre mode de fonctionnement. La verticale du pouvoir, tellement affirmée dans les schémas hiérarchiques orientaux, est inapplicable aux Églises orthodoxes d’Europe occidentale : parmi nos fidèles, de plus en plus habitués à des fonctionnements participatifs, l’absence de concertation préalablement à une décision n’est pas un témoignage de sollicitude pastorale. Les prêtres et les diacres qui ont reçu les courriers ou les appels de Métropolites grecs, ainsi que les laïcs qui en ont été informés, ont vécu cela comme une violence. Nous ne pouvons pas croire que cela pourrait être la vision de notre Patriarcat œcuménique que nous connaissons, que nous apprécions pour son ouverture et auquel nous sommes reconnaissants d’avoir appartenu, un Patriarcat si attaché à la dignité de chaque personne, à la défense des plus faibles et à la protection de la nature.

Car, de fait, l’intervention d’évêques étrangers à l’Archevêché, même s’ils relèvent du même Patriarcat que nous, directement auprès de nos prêtres et de nos diacres fait fi de la catholicité du ministère épiscopal de notre Archevêque dirigeant, qui n’a jamais demandé à être déchargé de ses fonctions. Élu par notre Assemblée générale clérico-laïque et confirmé dans cette élection par le Saint-Synode du Patriarcat, l’Archevêque Jean reste à ce jour le seul évêque légitime du troupeau ecclésial qui lui a été confié ; même pour s’en défaire de manière volontaire, à Dieu ne plaise ! il devrait consulter autour de lui. Le ministère épiscopal, en effet, n’est pas un ministère de solitude, mais de communion, et cette communion commence dans l’eucharistie que célèbre l’évêque, entouré des presbytres de son diocèse, au milieu du peuple entier.

Nous sommes convaincus que le Patriarcat œcuménique, si attaché à l’authentique tradition canonique de l’Église, n’a pas encouragé les Métropolites grecs d’Europe occidentale à transgresser la définition ecclésiologique même de l’épiscopat. La désarticulation des structures catholiques de l’Église qu’impliquerait cette transgression signifierait une terrible catastrophe historique, bien au-delà du statut de notre Archevêché. Pour conclure, nous voudrions réitérer notre désir que la Commission spéciale désignée pour préparer la prochaine Assemblée générale de l’Archevêché puisse être reçue, dans un délai raisonnable avant l’Assemblée générale du 23 février prochain, au siège du Patriarcat, dans la perspective exposée ci-dessus et dans l’espoir de pouvoir envisager l’avenir au sein du Patriarcat œcuménique que nous reconnaissons pleinement comme la première Église dans l’orthodoxie. Et nous sommes certains que Votre Toute-Sainteté comprendra que notre souhait est et demeure de servir le Christ et de témoigner de son amour dans le monde.

Avec le plus religieux des respects, nous vous assurons, Toute-Sainteté, de notre dévouement et de notre amour.

Pour le Conseil de l’Archevêché, à l’unanimité,

† JEAN de Charioupolis, Archevêque dirigeant des paroisses orthodoxes de tradition russe, Président de l’Union diréctrice diocèsaine des associations orthodoxes russes en Europe occidentale

Nicolas LOPOUKHINE, Secrétaire du Conseil de l’Archevêché

Claude le Liseur
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Re: Archevêché de la rue Daru, nouvel épisode

Message par Claude le Liseur » mer. 23 janv. 2019 13:00

Merci pour ces archives qui sont d'ores et déjà intéressantes et qui se révéleront précieuses dans l'avenir pour comprendre cette nouvelle page d'histoire de ce diocèse.

Nikolas
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Re: Archevêché de la rue Daru, nouvel épisode

Message par Nikolas » jeu. 24 janv. 2019 18:13

Cet acte révoque le Tome patriarcal et synodal de 1999 et il organise la spoliation non juridique des paroisses et de toutes les institutions de l’Archevêché par les Métropoles grecques de l’Europe occidentale.

Nos paroisses faisaint partie de l’UNION DIRECTRICE DES ASSOCIATIONS ORTHODOXES RUSSES en Europe occidentale doivent par elle-même à la suite de la réunion de l’Assemblée Générale du 23 février 2019 déterminer statutairement la suite canonique à donner pour l’avenir de l’Archevêché.

Nous publions cet "Acte" afin d’ informer le clergé et les membres de l’Archevêché sur la situation nouvelle créée par cet "Acte" en vue de la préparation de l’Assemblée Génerale du 23 février 2019.
http://www.exarchat.eu/spip.php?article2315
N° Référence 1042

ACTE DE SUJÉTION CANONIQUE DES PAROISSES ORTHODOXES DE TRADITION RUSSE EN EUROPE OCCIDENTALE AUX MÉTROPOLES TERRITORIALES DU TOUT-AUGUSTE PATRIARCAT ŒCUMÉNIQUE

Bartholomée par la miséricorde de Dieu Archevêque de Constantinople, Nouvelle Rome et Patriarche œcuménique.

S’agissant des besoins nécessaires à la fois proches et lointains, l’Église du Christ, en tant que Mère affectueuse et aimante, considère comme relevant de sa préoccupation et de son devoir de ne rien laisser dans le désordre et désorganisé, en répondant aux besoins et aux circonstances en vue de la bonne gouvernance et du salut du Plérôme portant le nom du Christ. De même, elle considère la juste administration et le service pastoral par lesquels le nom des sauvés est assuré et se réalise. Car, notre Sainte et Grande Église du Christ sait que sont nécessaires, selon la période, des aménagements en lien avec les besoins nécessaires du peuple de Dieu et les circonstances historiques, en se fondant constamment sur ses privilèges canoniques.

Ainsi, désormais, au sujet des paroisses orthodoxes se trouvant en Europe occidentale et des autres institutions ecclésiastiques dites « de tradition russe », constituées par économie et condescendance par le Tomos de notre Saint et Sacré Synode, numéro de protocole 616, du 19 juin 1999, par notre Saint Trône Apostolique et Œcuménique, l’Exarchat patriarcal a été institué par la conjugaison de l’acribie canonique et de la philanthropie, et par une sympathie liée à l’amour de Dieu, afin que ni les dérèglements et ni les austérités amères ne viennent troubler le lien d’amour et d’unité des croyants avec l’Église Mère. Cette même Église Mère est allée de l’avant en ce temps, en supervisant avec compassion les problèmes particuliers de l’Exarchat et en recevant en son sein les paroisses des saints hiérarques dudit Exarchat à l’intérieur des limites de ses éparchies. Elle a répondu aux besoins d’une solution canonique stricte, des affaires de son Exarchat afin que l’existence de deux principes ecclésiastiques d’une même juridiction en un même lieu ne soit pas en infraction avec les canons saints et sacrés.

Ainsi, réunis synodalement dans l’Esprit-Saint et ayant étudié en détail les éléments soumis, soucieux et veillant de manière apostolique à la stabilité et à la bienséance canonique, comme de la juste administration dans les limites ecclésiastiques, nous avons pris les décisions suivantes :

Nous révoquons, comme nous en avons le droit exclusif, le Tomos Patriarcal et Synodal publié en 1999 par condescendance et économie, organisant l’Exarchat patriarcal en Europe occidentale.
Toutes les paroisses et les autres institutions ecclésiastiques de l’Exarchat dépendent canoniquement des Exarchats ecclésiastiques du Trône œcuménique, dans les limites géographiques où elles se trouvent, c’est-à-dire dans le Saint Archevêché de Thyateiron et de Grande-Bretagne et dans les Saintes Métropoles de France, d’Allemagne, de Suède et de toute la Scandinavie, de Belgique et d’Italie et de Malte.
Les clercs doivent commémorer à partir de maintenant au cours de la Divine Liturgie et des autres offices sacrés le nom du pasteur local, ayant et reconnaissant ce dernier comme tête et chef.
Les saints frères en Christ et concélébrants Grégoire de Thyateiron et de Grande-Bretagne, Emmanuel de France, Augustin d’Allemagne, Cléopas de Suède et de Scandinavie, Athénagoras de Belgique et Guénadios d’Italie et de Malte, doivent veiller à, aussitôt et sans délai, l’intégration canonique et administrative des paroisses de tradition russe en leur sein, en communicant ce présent Acte patriarcal et synodal, et en faisant le nécessaire en matière ecclésiastique et administrative.
En tout, bénissant le saint clergé, les fraternités monastiques et le peuple ami du Christ, nous appelons la bénédiction de Dieu et de notre Sauveur Jésus-Christ et nous souhaitons la stabilité, la croissance et une bonne collaboration avec les hiérarques locaux pour la gloire de Dieu et le salut du monde.

Le présent Acte patriarcal et synodal est confirmé, intégré et signé dans le Saint Codex de notre Sainte et Grande Église du Christ, et également transmis au Saint Archevêché de Thyateiron et de Grande-Bretagne et aux Saintes Métropoles de France, d’Allemagne, de Suède et de toute la Scandinavie, de Belgique et d’Italie et de Malte, pour être déposé dans leurs Archives et pour s’en souvenir éternellement.

En l’an du salut 2018, mois de novembre, 27e jour

+Bartholomée de Constantinople

+Panteleimon de Bryoula

+Gennadios d’Italie et de Malte

+Augustin d’Allemagne

+Germain de Tranoupolis

+Evangelos de New Jersey

+Cyrille de Rhodes

+Eugène de Rethymnon et Avlopotamos

+Ambroise de Corée

+Constantin de Singapour

+Arsène d’Autriche

+Chrysostome de Symi

+Nathanaël de Chigaco

Pour copie conforme. Au Patriarcat, le 12 janvier 2019, Le secrétaire général du saint et sacré Synode, [signature manuscrite et sceau du Synode : archim. Joachim]

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