L'hésychasme: la méthode. Peut on prier sans limite?

Échangez vos idées librement ici

Modérateur : Auteurs

theodore
Messages : 84
Inscription : dim. 16 janv. 2005 23:55

L'hésychasme: la méthode. Peut on prier sans limite?

Message par theodore » mar. 19 avr. 2005 22:32

"Prier avec zèle c'est mourir au monde" Saint Isaac le Syrien
in Sentences

Quelle est la meilleure manière de pratiquer l' hésychasme, quels sont les meilleurs textes de la Philocalie et conseils pour pratiquer ce type de prière et enrichir chaque jour sa spiritualité?

Je récite personnellement très souvent le "Seigneur Jésus, Fils de Dieu , prend pitié de nous, (pauvre) pêcheur".

J'ai appris à prier tout le temps , en intériorisant la prière(en tout lieu et à tout moment), je n'en oublie pas cependant les autres prières traditionnelles(à commencer par le "Notre Père") mais aussi à me réciter par coeur les 8 Béatitudes, ou encore le Prologue johannique et d'autres passages de l'Evangile , des sentences de Pères du Désert et d' Isaac le Syrien qui est un peu mon maître- compagnon de prière ...
De rite syriaque(orthodoxe) , marié à une orientale de rite grec- orthodoxe, je récite toutes mes prières en syriaque comme en grec(car j'aime profondément ces langues), l'arabe, le roumain et le russe que je connais un peu, ne sont d'ailleurs pas en reste.

Cela m'apporte un bienfait considérable mais une fois sorti de ma prière, je me demande, parfois, s'il ny a pas un danger à prier tout le temps, je pense aux membres des sectes qui se "saoûlent" parfois eux aussi de prières.
Certes, ma prière est solitaire et je conserve néanmoins toute ma lucidité et mon libre -arbitre, mais je crains toujours ce risque d'un éventuels "surdosage"(je n'oublie pas aussi cette sentence de mon maître qui rappelle l'importance du silence"mystère du siècle futur").


On dit souvent que le mieux est l'ennemi du bien; où est la limite? faut-il se limiter?

Si la découverte de la prière du coeur est, en tout cas, pour moi , une révélation je pense que son usage nécessite une mesure et une méthodologie, mais laquelle ?
Merci pour vos conseils.

Salutations fraternelles.

Théodore
La Croix est la volonté prête à toutes les douleurs.
Saint Isaac de Nisibe dit le Syrien

Antoine
Messages : 1782
Inscription : mer. 18 juin 2003 22:05

Message par Antoine » mar. 19 avr. 2005 23:51

Quelle est la meilleure manière de pratiquer l' hésychasme, quels sont les meilleurs textes de la Philocalie
La meilleure manière de pratiquer l'hésychasme est de se faire moine, de renoncer totalement au monde. C'est bien ce que dit la citation par laquelle vous ouvrez votre message:"Prier avec zèle c'est mourir au monde" Saint Isaac le Syrien
Il est difficile de faire un choix dans la philocalie. Il faut gôuter à tous les auteurs qui la composent et se faire son propre florilège de textes. Une bonne façon de la lire est de la travailler par thème. L'auteur de la philocalie qui me parle le plus est sans conteste Pierre Damascène. Mais cela ne vous sera d'aucune utilité de le savoir. Lisez -le et faites vous votre propre expérience de ce texte . Mais vous serez peut-être plus sensible à un Syméon le nouveau Théologien ou à un Grégoire le Sinaïte qui vous explique comment "Chacun doit prier". C'est le titre de son texte dans la philocalie. Mais ce n'est pas un manuel, c'est une prière sur la prière, ou une prière dans la prière. Ces auteurs prient devant nous. Jusqu'à quel degré sommes nous capables de les suivre? On ne comprend que ce dont on a déjà fait l'expérience. C'est en cela que leurs propos sont universels.
Cela m'apporte un bienfait considérable mais une fois sorti de ma prière, je me demande, parfois, s'il n'y a pas un danger à prier tout le temps, je pense aux membres des sectes qui se "saoûlent" parfois eux aussi de prières.
Celui qui est dans la prière ne se pose pas ce genre de question. La prière n'a rien à voir avec une pratique de secte. Je trouve un peu étrange la façon dont vous liez "prière" et "bienfait considérable" ainsi que cet amalgame entre prière et plaisir de la langue dans laquelle vous la pratiquez. La prière se détache de toute lmagination et toute faculté sensuelle. Il faut enfermer la pensée dans les mots et cela dépasse la langue qui en est le support. Il faut prier pour demander la prière et lorsqu'on est au-delà du concept il faut laisser l'Esprit prier en soi.
Si la découverte de la prière du coeur est, en tout cas, pour moi , une révélation je pense que son usage nécessite une mesure et une méthodologie, mais laquelle ?
Il n'y a aucune méthodologie. Y a-t-il une méthodologie de la vie? La prière du coeur est complètement galvaudée. Il y a même des "groupes de prière du coeur" ce qui est incompatible avec cette prière.
Cette prière n'est pas faite pour les commençants. Elle demande une grande pratique antérieure, s'accompagne d'une ascèse rigoureuse et d'un combat contre les pensées qui ne se fait pas seul. Sinon elle mène vite à l'illusion. La philocalie n'est pas un objet d'étude. Elle est le récit du participable.

Vous trouverez sur le "site" des ouvrages qui peuvent vous intéresser.

Glicherie
Messages : 365
Inscription : ven. 18 juin 2004 14:41

Message par Glicherie » mer. 20 avr. 2005 12:10

Pensez à la mort. Pleurez vos péchés, et soyez dans la crainte de Dieu avant toute chose.

Le mieux est de trouver un staretz ou geronda, ancien, qui peut donner les conseils sur ce qu'il vous faut dans la prière du coeur qui est l'art des arts.

De préférence, en prolongement de ce qu'écrit Antoine, allez vers un moine.
Il y a en France des fils spirituels de l'Archimandrite Soprony, du Geronda Joseph l'hésychaste, du Parinte Cleopa, par exemple, qui pourraient vous être précieux.

De grace, n'en faite pas une discussion de forum internet, une activité que l'on pratique en "sessions" "stages" ou groupe, ou dont on trouve le mode d'emploi dans des livres.
Sachez que vous vous exposerez dangereusement à l'illusion et son maître, le Prince de ce Monde, qui est tel un lion rugissant guettant qui il pourra dévorer.

Des indices que l'on est sur le chemin de la prière: se sentir pécheur, pleurer, être dans la Paix.

Sur la question des limites, de vos limites, seul votre Père spirituel pourra vous répondre, mais sachez que la prière de Jésus est la prière perpetuelle, répondant à l'injonction de l'Apôtre: "rugati-vä Neîncetat!" (1 Tesal.V,17), priez sans cesse.

Doamne Iisuse Hristoase, miluieste-mä!

theodore
Messages : 84
Inscription : dim. 16 janv. 2005 23:55

Message par theodore » mer. 20 avr. 2005 15:12

Je suis très heureux de vos réponses qui sont des encouragements et vous en remercie beaucoup.
La Croix est la volonté prête à toutes les douleurs.
Saint Isaac de Nisibe dit le Syrien

Monique
Messages : 788
Inscription : mer. 31 mars 2004 10:19

Message par Monique » jeu. 21 avr. 2005 11:15

Glicherie a écrit :
« De grâce, n'en faite pas une discussion de forum internet, une activité que l'on pratique en "sessions" "stages" ou groupe»
Que pensez-vous de cet office qu’on m’a demandé de taper ?
Est-il célébré dans des monastères orthodoxes comme on me l’a affirmé ?


Prière de Jésus

Bénédiction et prières initiales

Venez adorons et prosternons-nous devant Dieu, notre Roi.
Venez adorons et prosternons-nous devant le Christ, notre Roi et notre Dieu
Venez adorons et prosternons-nous devant le Christ lui-même, notre Roi et notre Dieu

Le matin psaume 50/51
Aie pitié de moi, ô Dieu dans ta bonté, selon ta grande miséricorde efface mes transgressions.
Lave-moi complètement de mon iniquité et purifie-moi de mon péché.
Car je reconnais mon iniquité et mon péché est constamment devant moi.
Contre toi seul, j’ai péché et j’ai fais ce qui est mal à tes yeux.
Aussi tu seras trouvé juste en tes paroles, sans reproche dans ton jugement.
Vois, dans l’iniquité j’ai été conçu et ma mère m’a conçu pécheur.
Mais tu aimes la vérité, tu m’as révélé les mystères et les secrets de la Sagesse.
Tu m’aspergeras avec l’hysope et je serais purifié, tu me laveras et je serai plus blanc que la neige.
Tu m’annonceras l’allégresse et la joie et les os que tu as brisés se réjouiront.
Détourne ton regard de mes péchés, efface toutes mes iniquités.
O Dieu, crée en moi un cœur pur, renouvelle ton Esprit Saint dans mes entrailles.
Rends-moi la joie de ton salut, affermis-moi par ton Esprit souverain.
J’enseignerais tes voies aux sans lois et les impies reviendront à toi.
O Dieu, Dieu de mon salut, délivre-moi du sang versé et ma langue glorifiera ta miséricorde.
Seigneur ouvre mes lèvres et ma bouche annoncera ta louange.
Si tu avais voulu des sacrifices je t’en aurais offert, mais tu ne prends point plaisir aux holocaustes.
Le sacrifice qui est agréable à Dieu c’est un esprit brisé.
O Dieu tu ne dédaignes pas le cœur contrit et humilié.
Accorde tes bienfaits à Sion, dans ta bienveillance et que soient relevés les murs de Jérusalem.


Le soir psaume141/142
Seigneur exauce ma prière, prête l’oreille à ma supplication en ta vérité, exauce-moi en ta justice.
Et n’entre pas en jugement en jugement avec ton serviteur, car nul vivant ne sera trouvé juste devant toi.
Car l’ennemi a poursuivi mon âme, il a humilié ma vie jusqu’à terre.
Il m’a fait habiter dans les ténèbres comme les morts des jours anciens et en moi mon esprit a été saisi d’acédie, mon cœur a été troublé au-dedans de moi.
Je me suis souvenu des jours d’autrefois, j’ai médité sur toutes tes œuvres, sur l’ouvrage de tes mains je méditais.
J’ai étendu mes mains vers Toi, mon âme est devant Toi comme une terre déserte et sans eau.
Hâte-toi, Seigneur de m’exaucer, mon esprit défaille.
Ne détourne pas de moi ta face que je ne sois semblable à ceux qui descendent dans la fosse.
Fais-moi entendre au matin ta miséricorde parce que j’ai mis en Toi mon espérance.
Fais moi connaître la voie où je dois marcher car vers Toi j’ai élevé mon âme.
Délivre-moi de mes ennemis, Seigneur : auprès de Toi j’ai cherché refuge ; apprends-moi à faire ta volonté car tu es mon Dieu.
Ton Esprit bon me conduira dans une terre de rectitude ; à cause de ton nom, Seigneur, tu me feras vivre.
En ta justice, tu tireras mon âme de la tribulation, et ta miséricorde tu détruiras mes ennemis.
Tu feras périr tous ceux qui oppriment mon âme, car je suis ton serviteur.


Premier chapelet :
Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit.
Maintenant et toujours et aux siècles des siècles. Amen

Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de nous (100 fois)

Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit.
Maintenant et toujours et aux siècles des siècles. Amen

Alléluia, Alléluia, Alléluia, Gloire à Toi Seigneur (3 fois)
Seigneur aie pitié (3 fois)
Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit.
Maintenant et toujours et aux siècles des siècles. Amen


Deuxième chapelet :
Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit.
Maintenant et toujours et aux siècles des siècles. Amen

Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de nous (100 fois)

Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit.
Maintenant et toujours et aux siècles des siècles. Amen

Alléluia, Alléluia, Alléluia, Gloire à Toi Seigneur (3 fois)
Seigneur aie pitié (3 fois)
Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit.
Maintenant et toujours et aux siècles des siècles. Amen

Troisième et quatrième chapelets comme le deuxième chapelet.

Cinquième chapelet
Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit.
Maintenant et toujours et aux siècles des siècles. Amen

Saint (N), prie Dieu pour nous / Saints (N.N.), priez pour nous.
(jusqu’à 50 fois, quelques fois le saints / les saints du jour de l’année et le saints / les saints du jour de la semaine / de l’église.)

Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, aie pitié de (N.N.N.= nom des vivants)
Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, aie pitié de tes serviteurs (ou ton serviteur, ta servante)
La même prière pour les malades, souffrants :
Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, guéris tes serviteurs (ou ton serviteur, ta servante)
La même prière pour les décédées :
Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, donne le repos à l’âme de tes serviteurs (ou ton serviteur, ta servante)
(50 fois en tout ; quelques fois chaque « catégorie », la première fois « de tes serviteurs NNN, et les autres fois on ne répète pas à chaque fois les noms.)

Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit.
Maintenant et toujours et aux siècles des siècles. Amen

Alléluia, Alléluia, Alléluia, Gloire à Toi Seigneur (3 fois)
Seigneur aie pitié (3 fois)
Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit.
Maintenant et toujours et aux siècles des siècles. Amen


Sixième chapelet comme le deuxième :
Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit.
Maintenant et toujours et aux siècles des siècles. Amen

Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de nous (100 fois)

Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit.
Maintenant et toujours et aux siècles des siècles. Amen

Alléluia, Alléluia, Alléluia, Gloire à Toi Seigneur (3 fois)
Seigneur aie pitié (3 fois)
Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit.
Maintenant et toujours et aux siècles des siècles. Amen

Septième chapelet :
Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit.
Maintenant et toujours et aux siècles des siècles. Amen

Tropaire (dit) :
Réjouis-toi, Marie, Mère de Dieu…

Très Sainte Mère de Dieu, sauve-nous. (100 fois)

Il est digne

Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit.
Maintenant et toujours et aux siècles des siècles. Amen
Alléluia, Alléluia, Alléluia, Gloire à Toi Seigneur (3 fois)
Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit.
Maintenant et toujours et aux siècles des siècles. Amen

Huitième chapelet :
Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit.
Maintenant et toujours et aux siècles des siècles. Amen

Seigneur Jésus-Christ, Fils de Dieu, aie pitié de nous (100 fois)

Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit.
Maintenant et toujours et aux siècles des siècles. Amen

Alléluia, Alléluia, Alléluia, Gloire à Toi Seigneur (3 fois)
Seigneur aie pitié (3 fois)
Gloire au Père et au Fils et au Saint-Esprit.
Maintenant et toujours et aux siècles des siècles. Amen

Le matin on chante la grande doxologie, suivie des tropaires du jour, de l’église et Théotokion..
Le soir on chante le magnificat avec « plus vénérable que les Chérubins…. »

Renvoi (suivi par un chant, d’habitude à la vierge, souvent « ouvre-moi la porte de ta compassion… »

Glicherie
Messages : 365
Inscription : ven. 18 juin 2004 14:41

Message par Glicherie » jeu. 21 avr. 2005 11:34

Sous cette forme ou d'autres variantes, liées à des offices particuliers, oui, et même au Mont Athos. Avec des réserves sur l'introduction de noms dans la phrase de la prière.
Mais pour autant cette adaptation monastique de la prière de Jésus n'est pas en soi la prière de Jésus, ni même une initiation à celle ci. C'est un emploi en commun, dans un office, "ecclésial" de celle-ci.
En aucun cas elle n'équivaut, ni ne se compare ou remplace celle du coeur, individuelle et intransmissible, perpétuelle et liée au souffle.

Pratiqué par des laïcs ce peut être une bonne manière d'introduire dans leur vie cette prière, encadrée par la sagesse de l'Eglise dans l'office, et avec une mesure (le nombre fixé).

Monique
Messages : 788
Inscription : mer. 31 mars 2004 10:19

Message par Monique » jeu. 21 avr. 2005 12:21

Merci beaucoup Glicherie

Antoine
Messages : 1782
Inscription : mer. 18 juin 2003 22:05

Message par Antoine » jeu. 21 avr. 2005 12:38

Ci-dessous en italique, quelques extraits de "Paroles de Salut" du Starets Serge.

91. La prière de Jésus ne peut être pratiquée en dehors de l'Eglise ; c'est l'Eglise qui lui donne son sens. Elle ne peut être envisagée isolément, être séparée de son contexte. La prière de Jésus est un ensemble. Elle doit s'accompagner de la lutte contre les passions. Or ceci n'est possible que dans l'Eglise, par la force que nous communiquent les sacrements. En dehors de l'Eglise, et sans la lutte contre les passions, la prière de Jésus n'est pas valable.
La prière implique la pratique des vertus et notamment de l'humilité. Elle doit se faire dans un état de contrition. Elle suppose également la pureté ; sans pureté, elle ne peut être valable et devient « nerveuse ».



92. Quand nous prions, nous ne devons pas rechercher l'état satisfaisant, la joie qui accompagnent la prière. S'ils n'existent pas lorsque nous prions, il ne faut pas en avoir la nostalgie ; il ne faut pas s'en préoccuper, et persévérer dans la prière, même s'ils ne viennent
jamais. Nous devons chercher Dieu et pas notre propre satisfaction.



93. La prière est comme une lumière qui éclaire tout et qui nous permet de voir plus clair à l'intérieur de notre âme.


94. La technique ne peut aider que des gens qui ont déjà acquis la prière. Elle peut les aider à la garder. Mais elle n'est pas valable pour l'acquérir.

95. Dans la prière, il ne faut pas se crisper. Il faut que l'effort soit un effort moral et non un effort de volonté, surtout pas de volonté propre comme l'est celui des yogis hindous par exemple.


Glicherie a écrit :Pratiqué par des laïcs ce peut être une bonne manière d'introduire dans leur vie cette prière, encadrée par la sagesse de l'Eglise dans l'office, et avec une mesure (le nombre fixé).
96. Il n'est pas bon de réciter la prière de Jésus en commun, car chacun a son rythme propre. La prière est quelque chose d'intime, où doit exister une certaine liberté personnelle. Chacun doit avoir la liberté de prier Dieu comme il veut. On doit notamment pouvoir s'arrêter quand on a atteint un bon état, car, selon la parole de saint Séraphim de Sarov : «A quoi bon appeler Dieu en moi quand Il y est déjà présent ?»

Il vaut mieux laisser les offices de prière de Jésus aux moines dans leurs monastères et ne pas organiser cela dans nos paroisses. Les paroisses ne sont pas "outillées" pour cela, pas d'encadrement sérieux possible, pas de Paternité spirituelle possible. L'engendrement spirituel se fonde sur une obéissance qui n'est pas réalisable dans la vie laïque. Il faut renoncer totalement au monde. Un confesseur n'est pas un Père spirituel.

97. L'ascèse orthodoxe est très sobre. La grâce ne se manifeste pas de manière spectaculaire. Le prophète Élie n'a connu Dieu ni dans le feu ni dans le vent, mais dans un doux souffle.


Ces extraits sont tirés du Livre de J.C Larchet: "Le starets Serge" éditions du Cerf 2004 P118 et 119.

Glicherie
Messages : 365
Inscription : ven. 18 juin 2004 14:41

Message par Glicherie » jeu. 21 avr. 2005 12:51

Les paroles du Staretz Serge sont d'or.
Je voulais juste dire qu'a mon avis, c'est mieux pour un laic dépourvu de Père spirituel de se greffer sur ce genre d'office que de faire la prière seul, livré à son jugement propre.

Mais lisez les conseils des Startzi, non les miens qui sont ridicules.

Monique
Messages : 788
Inscription : mer. 31 mars 2004 10:19

Message par Monique » jeu. 21 avr. 2005 14:07

Merci Antoine,
Il me semblait bien que célébrer cet office en paroisse n’était pas très judicieux, surtout avec le passé « écofien » d’une bonne partie des paroissiens.

Robert
Messages : 3
Inscription : mar. 22 sept. 2015 21:49

Re: L'hésychasme: la méthode. Peut on prier sans limite?

Message par Robert » mar. 03 nov. 2015 11:42

Bonjour tout le monde,

Je suis venu à l'hésychasme après une psychanalyse et des dizaines d'années d'intérêt pour le bouddhisme et de méditation dite de "pleine conscience", mais qu'importe le mot ; après un très grand travail intérieur aussi, au cours duquel j'ai traversé des souffrances incoercibles qui m'ont fait grandir. Puis, un jour, ma foi chrétienne a repris le dessus ; un autre, ma racine orthodoxe s'est présentée à moi ; plus tard, la prière du cœur s'est imposée comme si je l'entendais de celui à qui je l'adressais. Maintenant, je ne fais plus de différence entre la méditation et l'hésychasme. La prière s'intensifie, puis cesse, et je me retrouve en contemplation ; je ne veux pas aller plus loin aujourd'hui. Ce qui est sûr est que maintenant, à ce jour, je ne m'imagine plus continuer mon chemin spirituel sans support religieux. Je suis passé de l'enseignement du Bouddha à celui du Christ et franchement, celui-ci n’a rien à envier celui-là. Mais je comprends pourquoi les méditants ont traversé les océans pour chercher ce qu’ils ne trouvaient pas à leur porte. Je pense qu’il faut bien différencier les religieux de la religion, la religion du christianisme, le christianisme de l’enseignement du Christ. Après avoir bien intégré intérieurement ce discernement, personnellement, j’ai pu accepter toutes ces composantes.
J’ai été très touché par les interventions sur l’hésychasme. Je voudrais dire que, d’accord, on ressent une paix intérieure, mais ce n’est pas aussi simple. Pour ma part, la prière réactive mon travail intérieur, continue de faire remonter des souffrances pour les liquider, comme en psychanalyse ou en méditation. C’est d’ailleurs en cela que je reconnais la puissance de la prière. Quand on touche à l’intériorité, rentre dans le caché pour le dévoiler, pénètre dans le subtil, va au-delà même de celui-ci, il n’y a pas de monde bisounours où tout va tout de suite mieux dans le meilleur des univers. Je m’éloigne de ceux qui parlent de cette manière, promettent le paradis immédiat. La réalité est qu’il faut « garder son esprit en enfer et ne pas désespérer ». On ne « meurt pas avant de mourir » en lisant les écrits et entendant les paroles des autres.
Au plaisir d’échanger avec vous et de recevoir des conseils éclairés des pratiquants plus avancés que moi.

Henri
Messages : 59
Inscription : mar. 25 oct. 2005 11:19
Localisation : Aude, France

Re: L'hésychasme: la méthode. Peut on prier sans limite?

Message par Henri » dim. 08 nov. 2015 18:22

La prière de Jésus est-elle possible en groupe ?
Matthieu 18,
19 Je vous dis encore que, si deux d'entre vous s'accordent sur la terre pour demander une chose quelconque, elle leur sera accordée par mon Père qui est dans les cieux. 20 Car là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d'eux.

Dans un groupe la prière peut-être pratiquée à tour de rôle pour respecter le rythme et la forme d''invocation propre à chacun. Je n'ai jamais pratiqué la prière à plus de deux personnes : avec mon père et avec un ermite. Avec l'ermite nous nous rencontrions chaque semaine pour prier ainsi pendant des heures. Il disait l'invocation à la Mère de Dieu (car c'était sa pratique de l'après-midi, le matin il disait la prière de Jésus, suivant en cela les recommandations de saint Séraphin de Sarov), ensuite je disais la prière de Jésus et nous alternions ainsi, à chacun son tour... Ce furent les moments les plus intenses de ma vie. Cela a profondément enraciné en moi la prière. Je n'ai pas reçu la grâce de la prière continuelle, pécheur que je suis, mais cela a fait pencher la balance en faveurs de la prière dans toute les circonstances, parfois très dures et tragiques, de la vie. Ce qui vient en premier c'est la prière, depuis cette période-là. Il en va de même pour les passions, même si dans ce domaine là, les passions plantées dans mon cœur par la force de l'habitude supplantent hélas trop souvent la prière et la tiennent, du fait de ma faiblesse, en échec.
Faut-il atteindre la pureté pour commencer à pratiquer la prière ? La pratique de la prière elle-même n'est-elle pas pure ? Lorsque notre esprit est attaché par la grâce de l'amour au Nom du Seigneur, cette icône verbale du Christ notre Dieu, lorsqu'il ne fait qu'un avec les mots saints de la prière : "Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi, pécheur", qu'il n'est souillé par aucune intrusion sensorielle, même des plus banales, que le Seigneur Jésus devient pour lui unique désir et que lui même comble de bien le désir, alors l'esprit connait une certaine pureté. C'est la pratique de la prière qui apporte la pureté (ce peut-être aussi la prière des psaumes ou des hymnes de l'office divin, ou la participation réelle à la Divine Liturgie, car le vrai pratiquant de la prière de Jésus ne méprise aucunement tout cela, au contraire, il le savoure encore plus parfaitement et en vie surtout encore plus pleinement dans le Nom du Christ !) Donc comment pourrions nous attendre d'être purs avant de prier ? Nous ne commencerions jamais. Même une seule répétition de la prière dite avec attention nous engage dans la voie de la pureté intérieure...
Devons-nous attendre de trouver un maître de la prière pour pouvoir pratiquer ? Objectivement je crains que sous nos latitudes de tels maîtres soient rares et qu'il nous faille donc attendre longtemps pour pouvoir commencer... J'ai trouvé heureusement cette indication dans les paroles de saint Silouane l'atonite : il est possible de pratiquer la prière en ayant un simple confesseur à qui nous ouvrons notre cœur pour confesser nos péchés en toute humilité, pour lui parler humblement de la pratique que nous avons de lui dévoiler les difficultés que nous rencontrons et les progrès que nous ressentons... Il faut bien sûr que le confesseur soit favorable à la pratique de la prière et la pratique lui-même selon ses moyens, alors le Seigneur voyant nos efforts, notre bonne volonté et notre recherche d'humilité, nous guidera.
Dernière modification par Henri le lun. 09 nov. 2015 11:34, modifié 2 fois.
Seigneur Jésus Christ, Fils du Dieu Vivant, fais-moi miséricorde.

Henri
Messages : 59
Inscription : mar. 25 oct. 2005 11:19
Localisation : Aude, France

Re:

Message par Henri » lun. 09 nov. 2015 11:28

Antoine a écrit :Ci-dessous en italique, quelques extraits de "Paroles de Salut" du Starets Serge.

91. La prière de Jésus ne peut être pratiquée en dehors de l'Eglise ; c'est l'Eglise qui lui donne son sens. Elle ne peut être envisagée isolément, être séparée de son contexte. La prière de Jésus est un ensemble. Elle doit s'accompagner de la lutte contre les passions. Or ceci n'est possible que dans l'Eglise, par la force que nous communiquent les sacrements. En dehors de l'Eglise, et sans la lutte contre les passions, la prière de Jésus n'est pas valable.
La prière implique la pratique des vertus et notamment de l'humilité. Elle doit se faire dans un état de contrition. Elle suppose également la pureté ; sans pureté, elle ne peut être valable et devient « nerveuse ».



92. Quand nous prions, nous ne devons pas rechercher l'état satisfaisant, la joie qui accompagnent la prière. S'ils n'existent pas lorsque nous prions, il ne faut pas en avoir la nostalgie ; il ne faut pas s'en préoccuper, et persévérer dans la prière, même s'ils ne viennent
jamais. Nous devons chercher Dieu et pas notre propre satisfaction.



93. La prière est comme une lumière qui éclaire tout et qui nous permet de voir plus clair à l'intérieur de notre âme.


94. La technique ne peut aider que des gens qui ont déjà acquis la prière. Elle peut les aider à la garder. Mais elle n'est pas valable pour l'acquérir.

95. Dans la prière, il ne faut pas se crisper. Il faut que l'effort soit un effort moral et non un effort de volonté, surtout pas de volonté propre comme l'est celui des yogis hindous par exemple.


Glicherie a écrit :Pratiqué par des laïcs ce peut être une bonne manière d'introduire dans leur vie cette prière, encadrée par la sagesse de l'Eglise dans l'office, et avec une mesure (le nombre fixé).
96. Il n'est pas bon de réciter la prière de Jésus en commun, car chacun a son rythme propre. La prière est quelque chose d'intime, où doit exister une certaine liberté personnelle. Chacun doit avoir la liberté de prier Dieu comme il veut. On doit notamment pouvoir s'arrêter quand on a atteint un bon état, car, selon la parole de saint Séraphim de Sarov : «A quoi bon appeler Dieu en moi quand Il y est déjà présent ?»

Il vaut mieux laisser les offices de prière de Jésus aux moines dans leurs monastères et ne pas organiser cela dans nos paroisses. Les paroisses ne sont pas "outillées" pour cela, pas d'encadrement sérieux possible, pas de Paternité spirituelle possible. L'engendrement spirituel se fonde sur une obéissance qui n'est pas réalisable dans la vie laïque. Il faut renoncer totalement au monde. Un confesseur n'est pas un Père spirituel.

97. L'ascèse orthodoxe est très sobre. La grâce ne se manifeste pas de manière spectaculaire. Le prophète Élie n'a connu Dieu ni dans le feu ni dans le vent, mais dans un doux souffle.


Ces extraits sont tirés du Livre de J.C Larchet: "Le starets Serge" éditions du Cerf 2004 P118 et 119.
Toute ces citations du starets Serge sont très précieuses pour progresser réellement dans la prière, et ne décourage nullement les laïcs de pratiquer cette prière, contrairement à une attitude malheureusement trop répandue où l'on dissuade les laïcs qui se sentent attirés par la pratique de cette prière de s'y adonner. La starets Thaddée affirmait qu'il avait rencontré plus de laïcs ayant la grâce de la prière que de moines...

Mais laissons la parole à l'ancien Charalampos l'agiorite, maître de la prière mentale :
"Venons-en maintenant à la question : est-ce que les laïcs peuvent dire la prière mentale ? À cela nous répondons qu'ils le peuvent et ceci indépendamment des progrès qu'ils feront. Nous avons d'excellents laïcs, qui ont progressé spirituellement plus que nous, les moines. Mais cela reste des exceptions.
D'ailleurs, si cela était si facile dans le monde, on n'aurait pas besoin de partir dans des monastères et dans les montagnes. Dans l'Évangile, le Christ dit à Marthe :"Tu te soucies et tu t'agites pour beaucoup de choses."
Les laïcs sont comme Marthe. Tous ceux qui vivent en chrétiens servent le Christ, mais surtout les choses matérielles. Le moine authentique est comme Marie, qui est assise à ses pieds. Il contemple Sa gloire. Il devient un ami du Christ, comme Lazare et, comme un ami, il a aussi l'audace de demander tout ce qu'il veut. Nous avons des cas de laïcs qui ressemblent davantage à Marie, mais nous avons aussi des moines qui ne ressemblent même pas à Marthe."
Seigneur Jésus Christ, Fils du Dieu Vivant, fais-moi miséricorde.

Henri
Messages : 59
Inscription : mar. 25 oct. 2005 11:19
Localisation : Aude, France

Re: L'hésychasme: la méthode. Peut on prier sans limite?

Message par Henri » lun. 09 nov. 2015 12:24

Lire la lettre n°1 de Joseph l'Hésychaste à un jeune qui a posé des questions sur la prière :
https://books.google.fr/books?id=csVM8i ... cs&f=false
Seigneur Jésus Christ, Fils du Dieu Vivant, fais-moi miséricorde.

Robert
Messages : 3
Inscription : mar. 22 sept. 2015 21:49

Re: L'hésychasme: la méthode. Peut on prier sans limite?

Message par Robert » mer. 11 nov. 2015 13:27

Les textes anciens ont été écrits à une époque qui ne nous correspond plus. Il faut les adapter à notre civilisation actuelle. Si seuls les purs et les moines peuvent prier, à quoi sert la prière ? Je suis en chemin, pur et impur, inscrit dans la cité avec ses problèmes et ses épreuves et c’est là, dans le monde, que je trouve matière à me transformer.
Que signifie opposer une prière pure à une prière nerveuse ? Ce sont des concepts théoriques qui ne font rien d’autre que nous embourber dans des représentations mentales inutiles, dans ce que j’appelle la lumière mentale qui, avec la lumière solaire, fait partie de la lumière-d’en-bas.
Que veut dire qu’il ne soit pas bon de réciter la prière de Jésus en commun ? Que sait l’auteur de cette phrase, sur les autres, pour dire une affirmation aussi tranchée que celle-là ? Bon, pas bon, sont encore des catégories duelles issues de la lumière-d’en-bas.
Comment différencie-t-on l’effort moral de l’effort de volonté ? Quand j’insiste pour prier malgré les difficultés qui surgissent, la distraction qui s’impose, c’est un effort de volonté ; qu’il soit moral ou volontaire, propre ou pas est encore du discours théorique. La répétition de la procédure nous appartient, elle est là la volonté ; le fruit advient de surcroit. L’auteur ne connaît à l’évidence pas le yoga hindou qui ne dit rien d’autre que ça, la psychanalyse aussi ! J’ai déjà fait relever la même erreur dans un forum juif, à un rabbin.
Que la prière de Jésus ne soit pas valable en dehors de l’église, pourquoi pas ? Mais comment lutter contre les passions ? Il faut une procédure qui contraint le mental pensant. L’hésychasme est justement cette procédure. Pour les chrétiens, il n'y a pas de lutte contre les passions en dehors de la prière. Je pense que la phrase du Starets Serge est mal formulée.
Charalampos l’agiorite cite la prière mentale. Est-elle la prière du cœur ? Pour moi, elle est justement nécessaire pour stopper toute activité mentale. Nous ne donnons donc pas la même définition aux mots.
Ne pas chercher la satisfaction, ne pas s’attacher aux difficultés qui surgissent, chercher Dieu seul ; là, oui, je suis entièrement d’accord. Quand on s’engage dans une voie comme celle-ci, on doit autant être prêt à traverser les ténèbres qu’à recevoir la lumière-d’en-haut.
Et toujours chercher un guide, un maître, un « écouteur » ; là, d’accord, à un moment où un autre, nous aurons besoin de parler.

Répondre