Claude le Liseur a écrit :Un livre très intéressant qui vient de paraître sur un peuple turc de tradition chrétienne orthodoxe:
Güllü Karanfil
Parlons gagaouze
L'Harmattan, Paris 2010, 122 pages
Contrairement à une opinion répandue, il ne s'agit pas du seul peuple turcophone où l'Orthodoxie soit la religion dominante ou du moins officiellement la mieux implantée: c'est aussi le cas des Yakoutes (Iakoutes) ou Sakha (où la religion officieuse est le chamanisme, bien que la première liturgie en langue iakoute eût été célébrée dès 1859 ...), des Khakasses et surtout des Tchouvaches (qui, dans l'ensemble, passent pour avoir manifesté un attachement plus grand à l'Orthodoxie que la majorité des peuples de l'ancienne Union soviétique - il y eut même un évêque tchouvache vieux-calendériste consacré à Boston, Massachusetts, par les paléohimérologites grecs !).
Néanmoins, les Gagaouzes sont les seuls Oghuz (même groupe que les locuteurs du turc de Turquie) à être de tradition orthodoxe depuis la quasi-disparition du groupe des Karamanlis, expulsé vers la Grèce en 1924 et depuis assimilé linguistiquement. (J'ai évoqué à plusieurs reprises les Karamanlis sur le présent forum.) Selon Madame Karanfil, ils seraient près de 200'000, dont plus de 134'000 en république de Moldavie (où ils jouissent de l'autonomie depuis 1995), 40'000 en Ukraine, 12'000 en Bulgarie, près de 14'000 répartis entre la Roumanie, la Turquie, le Kazakhstan et l'Azerbaïdjan. Selon Madame Karanfil, à l'heure actuelle, la liturgie orthodoxe, dans les paroisses situées dans le territoire autonome gagaouze de la république de Moldavie, ne serait plus célébrée en slavon, mais en turc gagaouze. L'information demande à être vérifiée. Si elle est confirmée, elle viendrait corroborer d'autres échos qui me sont parvenus selon lesquels le patriarcat de Moscou tournerait maintenant le dos à la politique de russification menée auparavant et renouerait avec la pratique de l'Eglise orthodoxe russe antérieure à la soviétisation, à savoir la célébration dans les langues autochtones; j'ai ainsi lu par ailleurs que, depuis 2010, la liturgie serait célébrée en ossète, et non plus en slavon, dans les paroisses de la république d'Ossétie du Nord-Alanie de la fédération de Russie. Si cette autre information était corroborée, il s'agirait à la fois de l'utilisation d'une langue iranienne dans la liturgie orthodoxe (honneur dont n'a jamais, à ma connaissance, bénéficié le persan...) et d'un hommage mérité rendu aux authentiques descendants des Alains et, par là même, des anciens peuples nomades iranophones de la steppe.
En ce qui concerne les chiffres donnés par Madame Karanfil: si les Gagaouzes ont émigré dans la même proportion que les autres Moldaves et vers les mêmes pays, il doit alors y en avoir bien plus en Italie qu'en Bulgarie...
Selon la chaîne de télévision ukrainienne Inter, il y aurait bien 32'000 Gagaouzes en Ukraine. Cette chaîne a eu l'idée intéressante de préparer des petites saynètes où des représentants d'une des populations de l'Ukraine chantent - en costume folklorique - le très bel hymne national ukrainien à l'occasion des 19 ans de l'indépendance en 2010. Il y a donc quatorze versions différentes (en ukrainien, russe, grec, tatar, gagaouze, polonais, roumain, géorgien, yidiche, rromani, magyar, biélorusse, arménien et azéri). Franchement, ces petites saynètes (environ 2 minutes chacune) valent la peine: on n'a pas souvent l'occasion d'entendre chanter en gagaouze ou en yiddish ou de voir à quoi ressemble le costume traditionnel biélorusse ou tatar. L'amusant, c'est que certaines de ces minorités sont insignifiantes sur le plan numérique (34'000 Géorgiens, 47'000 Tsiganes...) ou le sont devenues (80% des Juifs ont émigré depuis la chute de l'Union soviétique), mais que quand on arrive à la minorité russe, il s'agit tout de même de 8'400'000 personnes.
Ici:
http://inter.ua/ru/video/episode/independence