par hilaire » Mar 04 Avr 2006 17:01
Ce que je ne m'explique pas du tout c'est que l'intégralité de la lettre soit lisible sur le site de l'ECOF!!! le lien est même sur la page d'accueil en gros. ça s'appelle se tirer une balle dans le pied...au passage il y a un brillant passage sur la collégialité base de la vie de l'Eglise et l'obéissance de l'évêque.
Lettre de Son Éminence le métropolite Séraphim
adressée aux français qui appartiennent à l'archevêché roumain d'Europe occidentale,
le 24 septembre 1995 (donc pas l'ECOF.., mais pourquoi ils mettent ce texte en ligne??? NDLA)
Bien aimés clercs et fidèles,
Je m'adresse plus particulièrement aujourd'hui à mes chers Français, attachés à la célébration du rite occidental. C'est avec amour que je me tourne vers vous, désirant comme une mère vous fortifier, vous aider à grandir dans la foi et vous encourager maintenant dans l'épreuve en vous indiquant la voie agréable au Christ, ce qui est mon rôle puisque je suis, grâce à Dieu, votre évêque.
À la suite de la demande de certains d'entre vous dès mars 1993, notre saint-synode a décidé, dans sa séance du 7 juillet 1993, de vous autoriser à demeurer sans rupture de continuité au sein de l'Église de Roumanie. Cette décision était cohérente avec la lettre de notre patriarcat, datée du 3 mars 1993, enjoignant aux membres de votre communauté de s'adresser aux différentes éparchies orthodoxes en France ; sans avoir encore alors d'évêque responsable, l'archevêché roumain, fondé plus de vingt ans auparavant, était l'une de ces instances canoniques. Vous êtes donc restés avec nous, et nous nous en réjouissons. Dans cette même séance de juillet 1993, nos évêques manifestaient leur confiance en vous et vous autorisaient à célébrer le rite occidental auquel vous êtes légitimement attachés, " en alternance " - selon les termes de la lettre qui vous a été adressée en septembre 1 993 – avec le rite byzantin. Cette disposition provisoire avait pour but de vous faciliter l'intégration dans la communauté orthodoxe universelle et de garder ouverte la porte pour les Occidentaux qui voudraient librement vous rejoindre.
Comme vous vous en souvenez, Sa Béatitude le patriarche Théoctiste, dès que vous avez demandé en mars 1993 à demeurer dans l'Église roumaine avec votre pratique liturgique, et moi-même quand par la grâce de Dieu je suis devenu votre évêque en juin 1994 en tant que métropolite d'Europe centrale et occidentale, nous vous avons recommandé de rechercher toujours le consentement des différentes communautés orthodoxes avec lesquelles vous construisez l'Église de votre pays. C'est dans cet esprit que j'ai moi-même proposé, en février 1994, aux membres du Comité Inter-épiscopal Orthodoxe en France la constitution d'une Commission liturgique inter-épiscopale afin d'étudier le rite que vous pratiquez ; nous avons également obtenu que vous continuiez à célébrer ainsi pendant les travaux de cette commission de façon à ce que celle-ci étudie un corps vivant et non un cadavre. Au terme de l'expérience, que j'aurais personnellement voulu voir durer plus longtemps pour en tirer de meilleures conclusions, on devait obligatoirement arriver soit à une généralisation de la célébration occidentale, soit à une adoption du rite byzantin, l'alternance n'étant pas viable à long terme. Les premières conclusions élaborées sous la responsabilité de Son Excellence l'évêque Stéphane par cette commission sont très positives : la divine liturgie selon saint Germain de Paris a tout à fait sa place parmi les liturgies de l'Église orthodoxe.
Pourtant aujourd'hui, et j'en souffre pour vous croyez-le, le Comité Inter-épiscopal Orthodoxe, par la bouche de son président Son Éminence le métropolite Jérémie, nous demande de renoncer à cette alternance liturgique, en faveur du rite byzantin. La raison invoquée est la fragilité de la communauté orthodoxe de France : très peu nombreuse, elle est de plus très hétérogène ; la présence de seulement trois paroisses véritables de rite occidental paraît à certains de nos frères un élément qui affaiblit l'unité orthodoxe plus qu'elle ne la consolide. Je sais que cela peut se discuter : la plupart d'entre vous a démontré que la pratique d'un ensemble liturgique particulier ne vous empêchait pas, loin de là, de vous intégrer de façon satisfaisante dans l'orthodoxie universelle. Moi-même, je vous ai dit plusieurs fois combien je suis content de votre témoignage au sein de l'Église. Si seulement d'autres Français étaient venus grossir le nombre de vos communautés, la question se serait posée différemment. Je sais aussi, et nos frères dans l'épiscopat le savent, que la diversité liturgique est traditionnelle dans l'Église. Mais mes collègues pensent, et je dois les écouter, que la communauté orthodoxe n'est pas actuellement en mesure d'assumer ce retour à une situation ancienne dont elle a perdu l'habitude. Vous savez qu'aucun évêque ne peut prendre de décision seul. Le principe de la collégialité est à la base de la vie de l'Église parce qu'il est l'image de la sainte Trinité. Moi-même comme métropolite je ne peux agir indépendamment de mes collègues sans déplaire gravement au Christ. Le risque de perdre la grâce du Saint-Esprit pour moi-même et pour vous est plus sérieux que tout. Je ne peux donc pas agir sans l'accord du saint-synode auquel j'appartiens et je ne peux pas agir sans l'accord de l'assemblée locale des évêques orthodoxes de France à laquelle j'appartiens, même si elle n'est pas encore constituée canoniquement en synode. C'est une question évangélique. Telle est l'obéissance de l'évêque.
Nous allons donc, vous et moi, accepter la demande des communautés orthodoxes de France : je vous le demande avec humilité parce qu'il me faut aussi votre consentement ; là encore sont la collégialité et l'obéissance de l'évêque ! Nous allons, aussi douloureux que cela soit - et je vous assure que je pèse mes mots - renoncer à utiliser l'ensemble du rite occidental que nous aimons. Nous allons courageusement adopter le rite qui est celui de toute la communauté orthodoxe ; nous allons le faire nôtre ; nous allons y mettre notre âme, l'âme de notre pays de France et il ne sera pas pour nous un rite étranger. Bien des Français d'ailleurs s'y retrouvent déjà avec joie et avec fruit spirituel. La Commission liturgique inter-épiscopale continuera à travailler. J'espère même qu'elle connaîtra un regain d'ardeur. Elle montrera les beautés du patrimoine liturgique occidental. Qui sait si dans l'avenir, la conscience ecclésiale mûrissant, le mouvement de réconciliation des chrétiens faisant également des progrès, la question de la célébration d'un rite occidental au sein de l'Église des Pères qu'est l'Orthodoxie ne se posera pas d'une manière nouvelle ?
D'autre part, en tant qu'évêque responsable de vous, je vous autorise à célébrer la divine liturgie selon saint Germain de Paris cinq fois par an pour les fêtes des saints locaux comme saint Martin, sainte Geneviève, saint Irénée, saint Hilaire de Poitiers et, bien sûr, saint Germain lui-même ! Je demanderai à ce sujet leur accord aux autres évêques. Vous honorerez bien entendu vos saints également par la célébration d'offices de type byzantin. En tout cela je fais confiance à la Commission liturgique pour faire, à moi-même et au Comité Inter-épiscopal tout entier auquel j'appartiens, des propositions fondées. Je sais que vous ressentez, la plupart d'entre vous, cette situation comme injuste et humiliante. Vous y voyez peut-être du mépris à l'égard de vos personnes, de vos communautés et de la culture ancestrale de votre pays. Mes bien-aimés, mes chers prêtres et fidèles français, je vous supplie, moi votre évêque et votre père en Dieu, de vous garder de l'amertume, du ressentiment, du découragement, du jugement et de la condamnation de nos frères orthodoxes. Soyez des spirituels et de vrais chrétiens.
En réponse à votre sacrifice libre, le Christ enverra l'Esprit-Saint sur vous, sur ceux par lesquels, sans qu'ils le veuillent, vous êtes humiliés aujourd'hui et sur toute son Église. Je dis « sacrifice libre » parce que rien ni aucune autorité ne nous oblige à l'accepter : c'est la vérité du Christ, l'esprit de paix et de pauvreté du Christ que nous aimons, qui nous conduit à accepter, «par motif de conscience », comme dit saint Paul, cette privation. Je vous assure que nous ne sommes soumis à personne qu'au Christ : mais Lui-même se trouve là où est l'esprit de sacrifice, là où est la Croix. Si nous ne pouvons pas embrasser la Croix, nous ne pouvons pas être chrétiens. Et nous l'embrassons parce que nous avons la conviction que le Père céleste nous tend la Croix de son Fils afin que nous devenions nous aussi ses fils dans l'Esprit-Saint. Dieu nous tend la Croix pour nous sauver. Embrassons donc cette croix et construisons courageusement l'Église ensemble avec ceux qui nous aiment, avec ceux qui ne nous aiment pas, avec ceux qui nous humilient, et aussi avec tous ceux qui viendront, tous ceux qui attendent encore à la porte de l'Église que nous, évêques, prêtres, diacres et laïcs, leur ouvrions.
Je vous demande également vos prières pour moi-même afin que l'Esprit-Saint me rende digne de vous, digne de votre confiance et digne de vous parler toujours de la part du Christ. Je vous embrasse tous avec tendresse paternelle et je vous bénis au Nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit.
+ Séraphim, archevêque et métropolite pour l'Europe occidentale.