25 juillet: sainte Blandine de Lyon

Reproductions d'icônes

Modérateur : Auteurs

Répondre
Claude le Liseur
Messages : 3857
Inscription : mer. 18 juin 2003 15:13

25 juillet: sainte Blandine de Lyon

Message par Claude le Liseur » sam. 26 juil. 2003 0:54

"La tradition de l'Eglise témoigne de l'origine apostolique de l'Eglise des Gaules, que l'on fait remonter à la mission de saint Crescens envoyé à Vienne par saint Paul. Toutefois, c'est le martyre des Chrétiens de Lyon, métropole des Trois Gaules, en 177, sous le règne de Marc-Aurèle (161-180), qui marque le "Baptême de sang" de notre pays et la première date incontestable de notre chrétienté.
La persécution de Lyon débuta, en avril 177, par un mouvement de foule, celui d'une tourbe infâme excitée contre les chrétiens par leur refus de participer aux fêtes de la déesse Cybèle. Mais nous savons que, déclenchée par la masse ou voulue par l'Etat, toute persécution est d'abord une entreprise du démon. Toujours est-il que le gouverneur etles magistrats de la cité prêtèrent main forte à la populace, organisant la persécution au mépris des lois de l'Empire. Les chrétiens de Lyon subirent la calomnie, l'emprisonnement et la torture. Nombreux furent ceux qui apostasièrent dans les supplices. D'autres restèrent fermes et, parmi eux, le diacre Sanctus de Vienne, et les fidèles Maturus, Attale et Blandine, sur qui la haine meurtière des païens s'acharna particulièrement.
Nous savons peu de choses de la vie de sainte Blandine jusqu'à son martyre. C'était une toute jeune fille, dont le nom charmant évoquait la gentillesse - Blanditio veut dire "caresse" en latin. Nous savons aussi que c'était une esclave, et que sa maîtresse selon la chair, dont le nom ne nous est malheureusement pas parvenz, faisait partie des martyrs.
Blandine épuisa et fit capituler tous ceux qui la torturèrent de toutes les façons possibles du matin au soir. Alors que tous pensaient que sa jeunesse et sa faiblesse en feraient une proie facile pour les bourreaux, elle trouvait dans la confession de la foi orthodoxe des forces surnaturelles et répondait à tous les outrages en répétant: "Je suis chrétienne; chez nous, il ne se fait rien de mal."
Dix-neuf chrétiens moururent dans cette atroce prison, dont (le 2 juin) l'évêque de Lyon saint Pothin.
A partir du 24 juin, on commença à supplier les survivants dans les cruels et bestiaux jeux du cirque qui se déroulèrent à l'Amphithéâtre des Trois Gaules sur la colline de Condate (aujourd'hui la Croix-Rousse). Ce jour-là, sainte Blandine fut suspendue à un poteau et exposée aux bêtes, qui refusèrent de la toucher. Ses prières à voix haute affermirent la résistance de Maturus et Sanctus, qui reçurent la couronne du martyre en étant égorgés après avoir subi victorieusement la torture par le feu. Blandine avait été "une prédication pour ses frères, elle, toute petite, faible et méprisée, mais cuirassée par le Christ, le grand et invincible athlète." Devant de tels exemples, de nombreux apostats revinrent à la Foi après l'avoir reniée.
A la fin du mois de juillet, lors de la fête des Trois-Gaules, et avec l'autorisation expresse de l'Empereur, on mit à mort les derniers chrétiens encore emprisonnés. Il ne restait plus que Blandine et un garçon de quinze ans, Ponticus, qui avait dû assister au supplice de leurs frères. A leur tour, ils durent passer par toutes les tortures inventées pour servir de spectacle à la foule. Ponticus rendit l'âme, ayant été soutenu tout au long de ses souffrances par les exhortations de Blandine, qui demeurait donc la dernière survivante. Fouet, bêtes et gril se succédèrent, puis on la mit dans un filet pour la livrer à un taureau qui la projeta plusieurs fois en l'air. On finit par l'égorger. Les païens durent avouer que jamais femme, chez eux, n'avait souffert de si cruels et si nombreux supplices.
La fureur des païens s'acharna sur les corps des martyrs et les corps de ceux qui étaient morts dans l'amphithéâtre furent exposés pendant six jours, puis brûlés, et leurs cendres jetés dans le Rhône.
Nous connaissons le nom de quarante-neuf des martyrs de Lyon, mais leur nombre exact est connu de Dieu seul. Leur martyre contribua à affermir les Gaules dans la foi orthodoxe jusqu'au funeste schisme romain de 1054, mais c'est surtout le souvenir de Blandine qui est demeuré jusqu'à nos jours.
En effet, selon la lettre des chrétiens de Lyon, témoins oculaires des événements, aux Eglises d'Asie et de Phrygie: "en Blandine, le Christ donna cet enseignement: ce qui aux yeux des hommes est méprisable, vil et laid, Dieu peut le juger digne d'une grande gloire,à cause de l'amour qu'on Lui porte, l'amour qui s'exprime dans les actes et ne se satisfait pas des vaines apparences."
L'ancienne liturgie de l'Eglise de Lyon nomme sainte Blandine "mère des martyrs".
Par les prières de sainte Blandine et de ses compagnons martyrs, Seigneur Jésus-Christ, notre Dieu, aie pitié de nous. Amen."

Extrait d'un article de Claude Laporte paru dans "Foi transmise et sainte Tradition", n° 115, Lectoure, 31 mars 2002, pp. 31-32.

Tropaire composé par l'archimandrite ANTOINE (Contamin):

Tu as brillé par la splendeur de la virginité, de la couronne de martyre te voilà parée et tu fus une apôtre glorieuse, nous le croyons: tu apaisas la fureur du taureau par ta prière,vénérable Blandine, première au combat.

Kontakion composé par le professeur Boris Sové et traduit du slavon en français par le docteur Jean Besse:

Divine enfant Blandine, soutenue par la grâce de la divine communion, tu supportas virilement dans ta faiblesse, pour l'amour du Christ, une passion crucifiante. Quand ton corps fut déchiré par une bête féroce, tu entendis la voix de l'Epoux: viens, Ma colombe, dans Mon lumineux séjour.

Tropaire des martyrs de Lyon, composé par le hiéromoine DENIS (Guillaume):

Louange aux martyrs de Vienne et de Lyon * qui ont glorifié le Christ par la constance de leur foi; * pour lui ils ont enduré avec joie les plus atroces tourments * au milieu d'une foule qui les insultait, les calomniait de toutes manières à cause de lui; * soutenus par l'espérance des biens à venir, ils chantaient: * Gloire, Seigneur, à ta seule royauté, * gloire à toi qui règles toutes choses pour notre salut!


Mégalynaire des martyrs de Lyon, composé par le hiéromoine DENIS (Guillaume):

Nous vous magnifions, nous vous magnifions, * Martyrs de Vienne et de Lyon * qui, autour de Blandine et de Pothin, * dans la faiblesse de la chair, *avait montré la puissance du Christ.


Petite intention personnelle: puisque c'est sainte Blandine, mère de tous les orthodoxes du pays du Rhône, qui, à travers son icône, accueille les participants à ce forum, je recommande particulièrement à son intercession fervente auprès du Seigneur ce forum et tous ceux qui y participent ou lui permettent d'exister, et, en particulier, l'administrateur Apostolos et le modérateur Antoine.

Catherine
Messages : 213
Inscription : jeu. 19 juin 2003 14:03
Localisation : Basse-Marche, France

Message par Catherine » sam. 26 juil. 2003 9:10

Merci, lecteur Claude, c'était bien beau et que sainte Blandine intercède pour que nous ayons toujours le courage de confesser la vraie foi.
J'ignorais le sens de son nom, mais je me demande s'il n'a pas été traduit, comme bcp de noms des premiers chrétiens d'Occident, du grec.
Il existe, en effet, une sainte Chaïdo (fêtée le 1er sptembre) dont le nom veut dire aussi "câlin", "caresse".
K.

apostolos
Site Admin
Messages : 79
Inscription : mar. 17 juin 2003 11:38
Localisation : Genève
Contact :

image résolution supérieure

Message par apostolos » sam. 26 juil. 2003 10:04

Merci Claude pour ce message.

Voici une image plus grande.
Image

eliazar
Messages : 806
Inscription : jeu. 19 juin 2003 11:02
Localisation : NICE

Blandine de Lyon

Message par eliazar » dim. 27 juil. 2003 0:22

Chère Catherine,

Blandine était une servante, donc une esclave ; et les esclaves étaient généralement des captifs de peuples vaincus. Irénée, qui relate son martyre et qui y a peut-être assisté, était Grec, certes, mais je pense plutôt que Blandine était une Gauloise dont le nom a été romanisé – ce qui nous ramènerait curieusement au même sens que votre Chaïdo, puisque Blanditia veut dire « Agrément, charme, douceur » (cf. Blanditiae voluptatum : les attraits du plaisir…)

Ce qui me fait penser à une esclave prise d’un peuple combattant (et vaincu) est le second sens de Blandus : « Caressant, doux - Apprivoisé ».

Dans tous les cas, merci à Claude pour sa notice, et plus encore à Apostolos, pour son choix de Blandine : une reproduction d’icône d’elle trône à l’entrée de mon camping-car, faisant face à celle de la Theotokos.

Blandine a été pour moi, dès ma conversion au christianisme et bien avant mon entrée dans l’Église, la sainte de la prière perpétuelle (celle que recommande st Paul : « Soyez dans la joie ; priez sans cesse »), car elle est à ma connaissance la première martyre dont il nous est relaté (par ce témoin probablement oculaire) qu’elle répétait le nom de Jésus pendant que les bêtes féroces commençaient à la dépecer et qu’ainsi elle ne sentait pas les attaques des bêtes – un des signes les plus évidents de l’extase.
Éliazar

Claude le Liseur
Messages : 3857
Inscription : mer. 18 juin 2003 15:13

Message par Claude le Liseur » dim. 27 juil. 2003 1:52

Cher Eliazar,


On ne peut guère tirer de conclusions du nom de Blandine, car c'était un usage quasi-universel de donner aux servantes esclaves des prénoms supposés flatteurs ou de bonne augure dans la langue de leurs maîtres.

Nous avons ici, dans le domaine linguistique latin, une Blandine qui vient de blanditio (caresse) ou de blanditia (charme, agrément, douceur).

Mais on trouve dans le domaine linguistique turc, à l'époque ottomane, des prénoms comme Cicek (Fleur), Mahfiruze (Favorite de la Lune) ou Sekerbuli (Petit Morceau de Sucre) donnés à des femmes esclaves de différentes origines.

De même, au Cambodge, on a retrouvé sur une liste de l'époque d'Angkor une esclave qui portait le prénom de Née pour Aimer.

C'était des prénoms donnés à ces femmes lors de leur entrée dans la maison de leurs maîtres, et supposés les flatter et placer leur nouvelle vie sous de bons auspices.

Sainte Blandine était probablement d'origine germanique, gauloise, grecque ou syrienne, mais son prénom ne nous permet pas de le déterminer. Il nous indique seulement que sa maîtresse, qui fut martyrisée avec elle mais dont le nom ne nous est pas parvenu, préférait le latin au grec et devait être une Romaine ou une Gauloise.

En outre, on sait qu'à cette époque-là, dans l'Empire romain, la majorité des esclaves n'était pas des captifs de guerre, mais des enfants exposés par leurs parents.

eliazar
Messages : 806
Inscription : jeu. 19 juin 2003 11:02
Localisation : NICE

Message par eliazar » dim. 27 juil. 2003 20:49

Cher Claude,
Merci pour ces précieuses indications ; elles donneraient du reste lieu à bien des exégèses, si ce site était un site intéressé par le problème social de la femme… et de la place que la plupart des sociétés lui ont attribuée au cours de l’Histoire – du côté « charme et disponibilité ».
Mais plus encore (s’il est possible) pour le livre sur les peuples nomades, une véritable mine en effet – entre autres sur nos propres origines occidentales.
Éliazar le sans-cesse-reconnaissant

Claude le Liseur
Messages : 3857
Inscription : mer. 18 juin 2003 15:13

Re:

Message par Claude le Liseur » dim. 06 janv. 2013 21:20

Claude le Liseur a écrit :Cher Eliazar,


On ne peut guère tirer de conclusions du nom de Blandine, car c'était un usage quasi-universel de donner aux servantes esclaves des prénoms supposés flatteurs ou de bonne augure dans la langue de leurs maîtres.

Nous avons ici, dans le domaine linguistique latin, une Blandine qui vient de blanditio (caresse) ou de blanditia (charme, agrément, douceur).

Mais on trouve dans le domaine linguistique turc, à l'époque ottomane, des prénoms comme Cicek (Fleur), Mahfiruze (Favorite de la Lune) ou Sekerbuli (Petit Morceau de Sucre) donnés à des femmes esclaves de différentes origines.

De même, au Cambodge, on a retrouvé sur une liste de l'époque d'Angkor une esclave qui portait le prénom de Née pour Aimer.

C'était des prénoms donnés à ces femmes lors de leur entrée dans la maison de leurs maîtres, et supposés les flatter et placer leur nouvelle vie sous de bons auspices.

(...)
Quelque chose qui me vient à l'esprit dans le genre des «prénoms supposés flatteurs et de bonne augure».

Dans un des textes les plus connus de l'Antiquité, les Syracusaines (Συρακούσιαι) de Théocrite, je relève qu'une esclave de Praxinoa s'appelle Eunoa (l'autre Phrygia, qui est évidemment un nom d'origine = la Phrygienne) et que l'esclave de Gorgo s'appelle Eutychis.
Eunoa ( Εὐνόα ) = la Bienveillante
Eutychis (Εὐτυχής) = l'Heureuse, la Prospère, éventuellement Félicité, voire Celle qui Apporte le Bonheur

Le fait que les deux suivantes de Praxinoa et Gorgo aient été prénommées par leur maîtresse «Bienveillante» et «Heureuse» ne nous en apprend pas plus sur leur origine ethnique que le fait que le prénom de notre sainte Blandine voulait plus au moins dire «Douce»... mais il est difficile de faire mieux en matière des prénoms propitiatoires.

Répondre

Qui est en ligne ?

Utilisateurs parcourant ce forum : Aucun utilisateur inscrit et 1 invité