l'épiscopat orthodoxe

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Glicherie
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l'épiscopat orthodoxe

Message par Glicherie »

Que pensez vous de ce point de vue ?

L'EGLISE ORTHODOXE ET LA CONCEPTION DE L'EPISCOPAT (Mgr Jean de Saint-Denis)



Extrait d’une conférence donnée à Lyon le 24 juin 1963
Présence Orthodoxe n° 4-2001

Quelle est la conception orthodoxe de l'épiscopat et de la succession apostolique ? On m'a posé surtout le problème de la succession apostolique.
Le problème est canonique mais il doit être éclairé. Écartons ici les confessions chrétiennes qui n'ont pas la succession apostolique, et prenons la succession apostolique dans les Églises romaine, anglicane, arménienne... Quelle est l'attitude de l'Église orthodoxe ? On connaît mieux celle de l'Église romaine qui, après le Moyen Âge, a décidé que, si la forme et la matière du sacrement sont justes, la succession apostolique est valable. Admettons un évêque qui sort de l'Église et ordonne un autre évêque : eh bien, si cette ordination épiscopale est exacte selon la forme et la matière du sacrement, le second a la succession apostolique et il est évêque légitime. Du point de vue orthodoxe : NON !
Depuis saint Cyprien, au IIIe siècle, il y a une autre attitude. La thèse est que c'est la communauté et l'Église qui prédominent. Les sacrements n'ont pas de valeur en soi, ils ont une valeur à l'intérieur de la communauté. De ce point de vue, le sacrement épiscopal appartient seulement à l'Église.
Comment donc l'Église orthodoxe regarde-t-elle l'Église romaine ? Elle regarde et constate que l'Église romaine, tout en n'étant pas une Église orthodoxe, depuis des siècles a des évêques, une vie communautaire ; elle a gardé les grands mystères du christianisme. C'est une Église peut être séparée d'elle, mais à l'intérieur sa vie est pleine de ces choses-là. Alors l'Église orthodoxe va reconnaître le sacrement, parce que l'Église romaine a prouvé par sa vie que les sacrements sont valides, et parce qu'il y a l'épiscopat à l'intérieur.
Par contre prenons l'Église anglicane. L'Église romaine conteste la succession apostolique anglicane parce que la forme et la matière ne sont pas conformes. L'Église orthodoxe, elle, conteste aussi cette succession mais parce que, lorsqu'on a ordonné le premier évêque anglican, on n'avait pas l'intention de faire un évêque successeur apostolique mais un prédicateur de l'Évangile. L'Église orthodoxe a dit aux anglicans : "nous reconnaîtrons votre succession si, officiellement, vous confessez la doctrine de la succession apostolique orthodoxe". Or, comme vous le savez, l'Église anglicane n'a pas un organe officiel pour se prononcer, c'est l'unique confession dans le christianisme qui n'a pas l'unité de la foi intérieure : vous pouvez être anglican et avoir les idées catholiques romaines, orthodoxes, protestantes, de gauche ou de droite... Les anglicans ont seulement une organisation. Et leur Prayer Book est un livre qui n'exprime pas leur doctrine mais une "opinion". L'Église anglicane comprend plusieurs Eglises autocéphales ; l'archevêque de Canterbury n'est pas du tout le chef de l'Église, il est premier parmi les égaux ; il y a les Églises d'Angleterre, de Galles, d'Irlande... : on compte quatre Églises en Grande-Bretagne et, dans le monde entier, quinze ou seize Églises anglicanes tout à fait indépendantes, et ces Églises anglicanes n'ont ni organe, ni autorité pour s'exprimer, parce que leurs conciles sont des conciles consultatifs quand les évêques se réunissent, ils expriment des desiderata, et ensuite, rentrant chez eux, ils peuvent ne pas les suivre ; ils n'expriment pas une doctrine ensemble. Cela, c'est une difficulté pour l'Église orthodoxe vis-à-vis de l'Église anglicane. Mais l'Église orthodoxe reconnaît que son épiscopat est intérieur à une communauté vivante traditionnelle.
En revanche, la succession apostolique des Vieux-catholiques est très discutée par l'Église orthodoxe, alors que pour l'Église romaine elle est indiscutable. Voici comment cela s'est passé dans l'histoire pour les Vieux-catholiques d'Utrecht et les autres. Les jansénistes se sont séparés de Rome et n'avaient pas d'évêques. Or, il se trouvait un évêque ordonné par Bossuet ou son successeur, qui était en désaccord, pas du tout sur le plan de la doctrine mais sur le plan moral, avec l'administration de l'Église romaine. Venu à Utrecht, on lui demanda de consacrer un autre évêque pour l'Église d'Utrecht et il le fit sans participer à la même pensée et doctrine. Il n'était pas membre de la communauté d'Utrecht, il n'est pas devenu janséniste et il est resté romain mais, par complaisance, il a ordonné. Il n'y avait donc aucune communion entre cet évêque consécrateur et l'évêque consacré, il n'y avait pas communauté. Or, pour les Orthodoxes, on ne joue pas avec l'Esprit-Saint, car le sacrement est à l'intérieur d'une communauté réelle : c'est pourquoi ils contestent la succession apostolique des Vieux-catholiques.
De ce point de vue, tous les évêques qui sont ordonnés en dehors d'une Église, en dehors d'une communauté réelle ayant une tradition témoin de la vérité, pour l'Église orthodoxe sont absolument nuls. Tels sont les évêques de l'Église catholique libérale, de l'Église apostolique, etc…un jour, à Paris, on a réuni onze de ces évêques-là, qui formellement avaient la succession apostolique parce qu'un Syrien venu d'Amérique avait ordonné Mgr Vilatte, lequel en avait ordonné d'autres, etc. Par respect on peut les appeler "Monseigneur", mais pour notre conscience ecclésiale, ils ne sont ni prêtres, ni évêques, ni rien du tout.
Même, prenons un cas particulier : un évêque, un Ukrainien, a fait un coup de tête et ordonné un évêque qui maintenant se promène en disant qu'il est Sa Blancheur Tugdual de Bretagne et d'Irlande. Sa Blancheur était un petit étudiant qui ne voulait pas étudier, et qui, après avoir trouvé cet évêque ukrainien et un comte devenu évêque par un Syrien, s'est fait ordonner, avec je ne sais pas combien de filiations magnifiques ! Maintenant Sa Blancheur se promène en Bretagne et dit qu'il n'a pas besoin de fidèles, mais il a déjà consacré trois ou quatre évêques parce que c'est plus intéressant que d'avoir des fidèles. Pour nous, Sa Blancheur est une anecdote, mais aussi un scandale. Ce n'est pas parce qu'un évêque orthodoxe s'est engagé dans cette aventure par naïveté, que lui est maintenant devenu évêque. L'évêque orthodoxe ukrainien n'avait aucun droit de le consacrer ; et un évêque qui sort de la communauté n'est plus ni évêque, ni prêtre.
Tout est conditionné par la communauté, et par ces mots : "Qu'est-ce que vous confessez ? Quelle est votre foi ?" La succession apostolique n'est pas un fil auquel on s'accroche, c'est, comme disait saint Irénée, un courant de la Tradition ininterrompue. Je peux mettre toute une succession jusqu'aux apôtres sur le papier, cela ne suffit pas : il est nécessaire que ce soit un courant venu du temps des apôtres jusqu'à maintenant, dans la doctrine, dans la vie, comme dans la succession. Ce point de vue est tout à fait indispensable pour comprendre l'attitude de l'Église orthodoxe. Cette Église ininterrompue qu'est l'Orthodoxie ne peut "servir" à personne. Celui qui, chez elle, veut attraper les pouvoirs, même si, par naïveté, il trouve quelqu'un, ce sera nul, parce qu'on est dans l'Église ou on ne l'est pas. Un pasteur protestant a dit : "On peut créer beaucoup de choses, mais on ne peut pas inventer et créer une Église, on est dedans ou on ne l'est pas". C'est un fait expérimental, historique et indiscutable.

Jeanne Saint Gilles
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A mon avis, contradiction...

Message par Jeanne Saint Gilles »

Glicherie a écrit :Que pensez vous de ce point de vue ?

L'EGLISE ORTHODOXE ET LA CONCEPTION DE L'EPISCOPAT (Mgr Jean de Saint-Denis)



Extrait d’une conférence donnée à Lyon le 24 juin 1963
Présence Orthodoxe n° 4-2001

[...]
Comment donc l'Église orthodoxe regarde-t-elle l'Église romaine ? Elle regarde et constate que l'Église romaine, tout en n'étant pas une Église orthodoxe, depuis des siècles a des évêques, une vie communautaire ; elle a gardé les grands mystères du christianisme. C'est une Église peut être séparée d'elle, mais à l'intérieur sa vie est pleine de ces choses-là. Alors l'Église orthodoxe va reconnaître le sacrement, parce que l'Église romaine a prouvé par sa vie que les sacrements sont valides, et parce qu'il y a l'épiscopat à l'intérieur.
[...]

Tout est conditionné par la communauté, et par ces mots : "Qu'est-ce que vous confessez ? Quelle est votre foi ?" [...]
Certains aspects me paraissent contradictoires dans ce texte; ceux que j'ai laissés en citation. D'un côté, il dit que les sacrements catholiques sont reconnus comme valide... Mais après en posant la question, "quelle est votre foi?", il oublie de se demander si l'Eglise catholique a la même foi que l'Eglise orthodoxe. La réponse est non. Dès lors comment auparavant a-t-il pu dire que l'Eglise orthodoxe va reconnaître les sacrements catholiques?

La phrase "L'Eglise catholique a prouvé par sa vie que les sacrements sont valides" me paraît dangereuse. De quelle vie parle-t-il? J'imagine qu'il pense aux saints et saintes. Mais c'est oublier que le zèle est une chose la connaissance en est une autre (cf Epitre aux Romains)
Jérusalem quand pourrai-je te voir?

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne »

On pourrait discuter bien des choses dans le texte de cette conférence. Je voudrais dire ce qui retient mon attention.

1. Il n’y a d’épiscopat que dans l’Église, la seule, la vraie. La succession des évêques est une chose, mais ce n’est qu’un élément. Un évêque doit être élu par un synode canonique orthodoxe. C’est ce synode (ou 2 ou 3 évêques que ce synode désigne) qui lui impose les mains (ce qu’on appelle la chirotonie) et le nouvel évêque fait partie du synode. Il doit y participer, lui communiquer ses actes et faire part des problèmes qui se posent à lui. Les catholiques disent qu’un évêque unique peut sacrer un nouvel évêque. Faux. Cette thèse s'est répandue en Occident. C’est ce qui explique l’histoire de la “succession d’Utrecht” ou de la “succession Vilatte”.

Cependant l'Église romaine faisait normalement sacrer ses évêques par un évêque assisté par deux évêques co-consécrateurs dont le rôle était mal expliqué. C'était un vestige de l'Antiquité. Une réforme des rituels d'ordination a eu lieu récemment. A-t-elle touché aux "co-consécrateurs" ? Je ne sais.

Mais on ne peut pas se contenter de dire avec l'évêque Jean que tout évêque doit être “à l’intérieur” de l’Église (orthodoxe). Il doit faire partie d’un synode d’évêques.

2. Si l’Église anglicane pose des problèmes de succession épiscopale (aujourd’hui d’ailleurs, elle en pose bien d’autres), ce n’est pas seulement à cause du manque d’unité dans la foi (ce qui est exact, mais insuffisant. C’est aussi parce que pour marquer la séparation entre l’Église d’Angleterre et l’Église romaine (avec laquelle elle était jusqu’alors en communion), le roi Henry VIII fit démissionner tous les évêques de son royaume et convoqua une assemblée de prêtres qui choisit de nouveaux évêques, et tous, réunis en un synode pré-épiscopal, s’ordonnèrent mutuellement et collectivement. Il y a là tentative de création d’une Église radicalement nouvelle. Ce qui est une chose impossible.

3. Tout à fait d’accord avec la conférence de l'évêque Jean sur les Vieux-catholiques (succession d’Utrecht) et la succession Vilatte.

4. Plutôt que de parler de “succession apostolique”, il faudrait parler de succession épiscopale. Tous les sièges épiscopaux conservent précieusement la liste de la succession de leurs évêques. À l’origine de ces listes se trouve, non pas un Apôtre, mais un premier évêque. Le ministère des Apôtres était un ministère itinérant. Là où ils ont institué des Églises, ils ont institué un premier évêque. Puis les synodes épiscopaux ont élu des successeurs. L'épiscopat est un ministère stable : l'évêque est affecté à une Église locale, dont il est le Pasteur.

Il faut d'ailleurs remarquer que l'évêque Jean "de saint Denys" (Kovalevsky) avait été ordonné par deux évêques (le troisième désigné s'était barré) comme auxiliaire de l'évêque Jean (Maximovitch) de San Francisco.

5. Bien sûr on ne peut pas dire que l’Église romaine « a gardé les grands mystères du cgristianisme. » Cela a longuement été rappelé sur un autre fil, en réponse aux affirmations discutabes d’un catholique. Je ne peux que renvoyer au flot de réfutations qui lui ont répondu.

6. L'erreur de jugement sur l’Église catholique romaine s’est introduite dans l’Église russe au cours d’un long processus et en particulier par suite de l’influence des œuvres d’un métropolite de Kiev (alors dans la juridiction de Constantinople) qui s’appelait Pierre Moghila. C’est alors qu’au XVIIIème siècle l’Église russe a adopté l’idée que l’Église romaine avait conservé l’essentiel, et qu’il ne fallait ni rebaptiser ni chrismer les catholiques se convertissant à l’Orthodoxie. Elle les reçoit de la même manière qu’on réconcilie les pécheurs + la profession de la foi orthodoxe.

À la même époque l’Église russe a abandonné le fonctionnement métropolitain. L’empereur Pierre le Grand lui a donné une structure de type administratif. En 1917 le Concile pan-russe, qui a rétabli le patriarcat, a adopté un fonctionnement de type démocratique, mais sans métropoles (bien qu’il y eût deux métropolites”). Ce qui explique que l’évêque Jean ait oublié l’importance de la structure métropolitaine dans la fonction épiscopale.

7. Les canons de l'Église orthodoxes disent qu'il n'y a pas de saints Mystères hors de l'Église orthodoxe, c'est-à-dire qu'il n'y a pas la Grâce. Mais ils disent aussi que lorsque un chrétien vient d'un groupe sorti de l'Église orthodoxe demande à y revenir, l'Église peut apporter le Grâce aux "coquilles vides" (l'expression est de mon cru) que sont les pseudo-mystères des hérétiques s'ils ont été célébrés dans la forme correcte. Et ils insistent pour qu'elle le fasse.

Cela dit j’adhère tout à fait à la conclusion de cette conférence :
Cette Église ininterrompue qu'est l'Orthodoxie ne peut "servir" à personne. Celui qui, chez elle, veut attraper les pouvoirs, même si, par naïveté, il trouve quelqu'un, ce sera nul, parce qu'on est dans l'Église ou on ne l'est pas. Un pasteur protestant a dit : "On peut créer beaucoup de choses, mais on ne peut pas inventer et créer une Église, on est dedans ou on ne l'est pas". C'est un fait expérimental, historique et indiscutable.
Jean-Louis Palierne
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Claude le Liseur
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Re: l'épiscopat orthodoxe

Message par Claude le Liseur »

Glicherie a écrit :Que pensez vous de ce point de vue ?

L'EGLISE ORTHODOXE ET LA CONCEPTION DE L'EPISCOPAT (Mgr Jean de Saint-Denis)



Extrait d’une conférence donnée à Lyon le 24 juin 1963
Présence Orthodoxe n° 4-2001

(...)

De ce point de vue, tous les évêques qui sont ordonnés en dehors d'une Église, en dehors d'une communauté réelle ayant une tradition témoin de la vérité, pour l'Église orthodoxe sont absolument nuls. Tels sont les évêques de l'Église catholique libérale, de l'Église apostolique, etc…un jour, à Paris, on a réuni onze de ces évêques-là, qui formellement avaient la succession apostolique parce qu'un Syrien venu d'Amérique avait ordonné Mgr Vilatte, lequel en avait ordonné d'autres, etc. Par respect on peut les appeler "Monseigneur", mais pour notre conscience ecclésiale, ils ne sont ni prêtres, ni évêques, ni rien du tout.
Même, prenons un cas particulier : un évêque, un Ukrainien, a fait un coup de tête et ordonné un évêque qui maintenant se promène en disant qu'il est Sa Blancheur Tugdual de Bretagne et d'Irlande. Sa Blancheur était un petit étudiant qui ne voulait pas étudier, et qui, après avoir trouvé cet évêque ukrainien et un comte devenu évêque par un Syrien, s'est fait ordonner, avec je ne sais pas combien de filiations magnifiques ! Maintenant Sa Blancheur se promène en Bretagne et dit qu'il n'a pas besoin de fidèles, mais il a déjà consacré trois ou quatre évêques parce que c'est plus intéressant que d'avoir des fidèles. Pour nous, Sa Blancheur est une anecdote, mais aussi un scandale. Ce n'est pas parce qu'un évêque orthodoxe s'est engagé dans cette aventure par naïveté, que lui est maintenant devenu évêque. L'évêque orthodoxe ukrainien n'avait aucun droit de le consacrer ; et un évêque qui sort de la communauté n'est plus ni évêque, ni prêtre.

(...)


Le monde est petit, et nous retrouvons de vieilles connaissances, car Sa Blancheur Tugdual n'est autre que le grand homme de l'Eglise orthodoxe celtique de Saint-Dolay tant de fois évoquée sur ce forum et qui fait l'objet d'un fil entier.

Dans le livre Bishops at large de Peter F. Anson (Faber and Faber, Londres 1964), nous pouvons admirer, entre les pages 314 et 315, une photographie de Sa Blancheur Tugdual en costume d'évêque avec la liste de ses titres que je retraduis de l'anglais vers le français: "Sa Blancheur l'Humble Tugdual Ier (Jean-Pierre Danyel), Archevêque de Dol, Abbé de Saint-Dolay, Kayermo et Keroussek, Primat de la Sainte Eglise celtique, Président de l'Union de toutes les Eglises chrétiennes apostoliques non romaines".

Anson nous donne une biographie que je crois fausse, pour les raisons que je dirai ensuite.

"Born of French parents on June 22, 1917, he was baptized in the Rumanian Orthodox Church (notez l'un des derniers emplois d'une orthographe qui a ensuite disparu de la langue anglaise au profit de Romanian tant était grande l'insistance du régime de Ceausescu sur ce point - NdL). At the age of thirty-two he was re-baptized and confirmed in the Greek Orthodox Church at Paris. He felt called to found a French-speaking Byzantine rite parish in France, and had a following of twelve persons, but no Rumanian , Russian or Greek Orthodox bishop would consider raising him to the priesthood."

Ma traduction:

"Né de parents français le 22 juin 1917, il faut baptisé dans l'Eglise orthodoxe roumaine. A l'âge de trente-deux ans, il fut repabtisé et chrismé dans l'Eglise orthodoxe grecque à Paris. Il se sentait appelé à fonder en France une paroisse francophone de rite byzantin, et il avait douze fidèles, mais aucun évêque orthodoxe roumain, russe ou grec n'envisageait de l'ordonner à la prêtrise."

Ce qui cloche: il est absolument impossible que les Grecs l'aient baptisé et chrismé s'il avait déjà été baptisé dans l'Eglise roumaine. Voilà déjà un point mystérieux.

Selon Anson, Jean-Pierre Danyel aurait reçu l'habit monastique des mains de l'archimandrite Alexis Van der Mensbrugghe (ancien moine bénédictin belge, plus tard évêque du patriarcat de Moscou à Meudon, Mexico et Düsseldorf) le 25 décembre 1949. Il gagnait à cette époque sa vie en travaillant dans une usine de pâte à papier. Il aurait bien vite quitté l'Orthodoxie, puisque, dès le 15 juillet 1951, à Nantes, il était ordonné prêtre par Mgr Marc Fatome, évêque de France de l'Eglise mariavite (Eglise polonaise qui eut longtemps pour figure de proue l'extravagante religieuse Félicité Kozlowska, qui se faisait adorer dans les années 1925-1939 comme "l'Epouse de l'Agneau", assistée du non moins extravagant Jean Kowalski, qui se contentait, lui, d'"être" l'Archange Michel).
Le futur Tugdual n'allait pas s'arrêter là, puisqu'il se faisait de nouveau ordonner prêtre dans la banlieue de Bruxelles le 1er mars 1953 par Mgr Lutgen, "métropolite de l'Eglise catholique du rite dominicain", titulaire d'au moins quinze successions apostoliques toutes plus éclatantes les unes que les autres.
Ayant pris le nom de Tugdual, Danyel se retira dans le Morbihan, où il fonda un ermitage dit abbaye de la Sainte-Présence au Bois-Juhel, près de Saint-Dolay; c'est aujourd'hui là-bas que s'élèvent le monastère et la cathédrale primatiale de l'Eglise orthodoxe celtique de Mgr Maël (de Brescia).
Le 25 décembre 1956, le chapitre général de l'Ordre de saint Colomban(?), élisait Tugdual premier évêque de la Sainte Eglise celtique, en vertu d'un acte de nomination délivré par le Siège ecclésial oecuménique, organisme peu connu que présidait le Suisse Julien Erni, autre vedette du monde des évêques vagants. Le 5 mai 1957, Mgr Tugdual fut consacré évêque de Redon par Mgr Irénée (Charles Borromée d'Eschevannes), primat de la Sainte Eglise catholique Gallicane autocéphale, assisté de Mgr Julien Erni, évêque de Bienne du Siège ecclésial oecuménique, et de Mgr Eugène de Batchinsky, évêque titulaire de Berne et Genève de la Sainte Eglise orthodoxe ukrainienne conciliaire autocéphale en exil (c'est-à-dire, selon toute probabilité, la fameuse Eglise "orthodoxe" ukrainienne Soborpravna dont relèvent, aujourd'hui, le "métropolite Kallistos de Toulon" et le frère du fameux Nicolas Miguet).
Puisque ce Batchinsky est l'évêque ukrainien auquel faisait référence Mgr Jean de Saint-Denis dans sa conférence, réglons tout de suite la question de l'orthodoxie de cet évêque ukrainien en précisant qu'il avait été consacré à Florence le 7 mai 1955 par Mgr Nicolas Urbanovitch, de Winnipeg (Manitoba), assisté par Mgr Ephrem Maria Mauro Fusi, évêque mariavite d'Italie. Un épiscopat orthodoxe qui viendrait des Mariavites? Poser la question, c'est déjà y répondre...
Mgr Tugdual publia une brochure de dix-huit pages expliquant qu'il avait acquis seize lignées de succession apostolique! Comme quoi l'augustinisme, avec sa théorie des sacrements valides en dehors de la foi droite, peut aboutir à des croyances qui relèvent plus de la magie que du christianisme...
Le 19 décembre 1959, Mgr Tugdual se proclamait "archevêque de Dol" et ne tardait pas à se donner des suffragants en consacrant le 7 août 1960 Yvon Laigle comme évêque d'Aran sous le nom de Gall (il s'agit de cet évêque Gall qui vit toujours dans le sud-ouest de la France et dont Simona Ploscaru, dans un des messages du fil "Eglise orthodoxe celtique", nous a conté la rupture avec Saint-Dolay en l'an 2000) et Michel Raoult comme évêque sous le nom de Mgr Iltud.
Anson estimait en 1964 les effectifs du métropolitat de Dol, mené par Sa Blancheur Tugdual Ier, à dix évêques et deux ou trois laïques.

Une autre source, Episcopi vagantes and the Anglican Church, par le Révérend Henry Brandreth, prêtre anglican (S.P.C.K., Londres, 1961, note 1 p. 62), précise que Mgr Tugdual aurait fait un passage comme prêtre dans le "patriarcat de Glastonbury" issu de la pseudo-succession Ferrete, avant son élévation à l'épiscopat en 1957, et qu'il aurait attribué son élévation au rang archiépiscopal à la décision de "mystérieux prélats ukrainiens résidant en Suisse" ("some mysterious Ukrainian prelates residing in Switzerland").

Est-il besoin de préciser que, d'un point de vue orthodoxe, toutes ces "sucessions apostoliques" et "lignées épiscopales" sont nulles et non avenues?

Maintenant, voilà la biographie officielle de Tugdual par l'Eglise orthodoxe celtique de Saint-Dolay (Spiritualité d'un ermite celtique. Saint Tugdual "le jeune", 1917-1968, Saint-Dolay s.d., probablement 1997). On pourra comparer avec la biographie établie par Anson. Audiatur et altera pars: on lira ici un point de vue complétement différent de celui du fondateur de l'ECOF ou de celui des deux auteurs anglais cités plus haut.

"L'évêque Tugdual, de son nom civil Jean-Pierre Danyel, restera une figure énigmatique pour beaucoup, car la vie de ce saint homme fut indubitablement hors du commun. Il naît à Flers dans l'Orne, le 22 juin 1917. Ses parents l'abandonnent, mais il est recueilli par ses grands-parents. Il grandit dans un milieu athée mais reçoit une bonne éducation. On ne sait quasiment rien de sa jeunesse. Mobilisé le 1er septembre 1937, il est encore à l'armée en 1939, lorsque la deuxième guerre mondiale éclate. Il est fait prisonnier le 24 juin 1940 et interné dans un stalag en Prusse orientale jusqu'en juillet 1945. C'est là qu'il va rencontrer le Christ grâce à un pasteur évangéliste belge. Libéré, il reprend ses études et passe son baccalauréat latin-grec à Grenoble en 1947. L'appel du Christ, entendu durant son séjour dans les camps de concentration continue de travailler son coeur. Il se plonge alors dans l'étude des trois théologies: protestante, catholique et orthodoxe, car il n'a pas reçu de baptême dans son enfance. Il choisit l'orthodoxie, et, le 13 mai 1949, est baptisé dans l'Eglise orthodoxe. La même année, le 25 décembre, il reçoit la consécration monastique. Il perçoit un appel particulier de l'Esprit-Saint et sa quête va le conduire dans plusieurs communautés. Il entre finalement dans l'Eglise orthodoxe celtique appellée à l'époque "patriarcat de Glastonbury" et est ordonné prêtre le 1er mai 1953. Il s'installe en janvier 1955 dans un marais en bordure d'un bois du sud de la Bretagne, dans le Morbihan. Dès lors, sa vie est toute consacrée à cette grâce qui l'a conduit dans ce "désert". Sa vie érémétique est austère et d'une grande pauvreté. Il doit aussi affronter l'intolérance d'un clergé local qui ne peut comprendre la présence de ce prêtre qui attire de nombreux visiteurs à son ermitage. En effet, les gens sentent chez cet homme une grâce de sainteté. De nombreuses personnes affirment avoir reçu soulagements et guérisons par sa prière. Il dit lui-même: "Je suis dans la forêt pour penser à Dieu, mon Absolu, et, chaque soir, lorsque je considère ma pauvre journée à son divin service, je suis effrayé par le bilan des minutes accumulées sans la conscience claire, précise, active de la Présence de Dieu. Je suis ici pour ne penser qu'à Dieu." Très vite, il comprend qu'il doit restaurer la grande spiritualité des Pères de l'Eglise celtique des premiers siècles dont sa vie est désormais toute imprégnée. Bientôt se constitue une communauté autour du saint homme. Il désire ardemment fonder une Eglise locale sur les bases de la grande tradition monastique de l'antique Eglise celtique. Cependant, il doit affronter bien des tribulations. La tâche est immense et il rencontre souvent incompréhensions et adversités, mais la graine est plantée et il la confie à la grâce de Dieu. Les fondations spirituelles, fruits de sa patiente prière et ascèse, sont désormais bien établies malgré sa mort prématurée. La maladie l'emporte le 11 août 1968 à l'âge de 51 ans. Sa santé avait toujours été fragile et il savait son existence précaire.

Il nous a légué sa pensée et sa spiritualité dans près de vingt cahiers. Nous pouvons connaître aujourd'hui quel fut son long cheminement parsemé d'embûches et de déceptions, mais ô combien, riche en fruits spirituels. Il y décrit sa soif d'absolu de Dieu et ne cesse d'appeler ses enfants spirituels à rester sur cette voie que Dieu lui a révélée comme quintessence de l'Evangile. Cette première parution a été choisie en raison de l'unité du texte. La plupart de ses écrits sont en effet de courtes méditations sur des versets de la Sainte Ecriture. Cependant, une grande unité et une constante se retrouvent dans tous ses écrits. Toute sa vie aura été une communion à l'absolu de Dieu à l'image des pères du désert et de l'Eglise celtique. Indéniablement, il nous retransmet, par delà les siècles, la spiritualité d'une Eglise qui n'a jamais connu, ni voulu, les vicissitudes des schismes issus des fatales divisions politiques des empires romain et byzantin. L'Eglise Orthodoxe Celtique est vierge d'un passif qui encombre encore tant la plupart des Eglises. Aujourd'hui, elle est une grande espérance dans le renouveau spirituel qui doit triompher de l'abîme du matérialisme au seuil de ce troisième millénaire.

Il a été canonisé le dimanche 11 août 1996, vingt-huitième anniversaire de sa naissance au ciel, en l'église cathédrale Notre-Dame de la Sainte-Présence par Mgr Mael, primat de l'Eglise, au nom du Saint Synode."

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne »

Personnellement j’avoue que je suis toujours tenté de me désintéresser en haussant les écoles de touts ces types que je considère comme des charlatans, avec leurs “ecclésioles” bidon, selon l’excellent néologisme de Claude.

Cependant je crois qu’il faut signaler que ces tours de passe-passe exploitent un besoin du public occidental qui, depuis longtemps déjà, s’est détourné des prétendues “grandes Églises” de la “religion officielle” de l’Occident.

Il y a heureusement encore des gens de nos jours pour croire que le Christ a laissé sur terre des moyens de salut, des secours spirituels, et qu’il a institué des hommes pour en être les ministres. La pression des intellectuels, de ceux qui se prétendent “cultivés” et “éclairés” est telle que les malheureux qui cherchent l’Église et ses Mystères ne trouvent ni les critères pour trier ce qu’on leur offre, ni même les mots pour dire ce qu’ils cherchent. Les charlatans ont alors beau jeu pour vendre leur camelote. Il est même possible que quelque fois ils se prennent au jeu et conservent, même eux, une part de sincérité.

Il faut noter aussi que parmi les “arguments de vente” des charlatans on trouve de plus en plus fréquemment des références à l’Orthodoxie. Cela se reflète dans le recherche d’ordinations “orientales”. La “succession Vilatte” (prétenduement “chaldéenne”) commençant à s’éventer, on commence à aller rechercher des successions VCO, ukrainiennes ou coptes. Au-delà des discussions canoniques qu’on peut avoir à ce sujet, je crois qu’il faut aussi y discerner un besoin d’orthodoxie de la part des occidentaux et une déception devant le comportement des Églises orthodoxes “ethniques”.

On peut se demander pourquoi l’ÉCOF et autres groupes cherchent aussi opiniâtrement à décrocher une affiliation orthodoxe ou présentable comme telle, alors qu’ils font aussi peu de cas des obligations et des devoirs que cela comporte.

Je crois naturellement qu’il faut dénoncer les impostures, mais qu’il faut aussi tenter de discerner le besoin qui est derrière.
Jean-Louis Palierne
paliernejl@wanadoo.fr

Antoine
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Message par Antoine »

J'aime beaucoup le lapsus de Jean-Louis: "en haussant les écoles"...

Jean-Louis Palierne
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Inscription : ven. 20 juin 2003 11:02

Message par Jean-Louis Palierne »

Effectivement, Antoine, ce lapsus trahit la confiance excessive que je porte à l'enseignement universitaire. Le respect que je lui porte a fait languer ma fourche.
Jean-Louis Palierne
paliernejl@wanadoo.fr

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