Adoration du Saint Sacrement

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Jeanne Saint Gilles
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Adoration du Saint Sacrement

Message par Jeanne Saint Gilles »

Que penser de la pratique catholique de l'Adoration du Saint Sacrement? Est-elle hérétique?
Jérusalem quand pourrai-je te voir?

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne »

L’Église orthodoxe ne pratique pas du tout “l’adoration du saint Sacrement” qui est une invention très tardive de l’Église catholique.

Mais le terme “hérésie” est tout à fait inadéquat. Ce n’est pas vraiment “un dogme” qui est en cause. C’est tout une façon de comprendre quelle attitude, quels gestes, quelles prières appelle de notre part le fait incroyable que le Verbe Lui-même, l’Un de la Trinité consubstantielle se soit fait l’un d’entre nous, ait assumé la chair humaine, la nature humaine qu’il avait créé et s’offre à nous.

Il a ainsi créé un mode d’union entre personnes — c’est-à-dire la Personne du Christ, vrai Dieu et homme parfait d’une part et d’autre part chacun d’entre nous, misérable pécheur — mode nouveau et inconcevable, en offrant d’être mangé et assimilé par nous. Il a dit : Prenez et mangez… Prenez et buvez… et non « Voyez… » ou « Regardez ». Nous ne pouvons qu’obéir à son ordre.

Certes le prêtre dans le sanctuaire voit les saints Dons sur l’autel. Certes, lorsque nous approchons de la sainte Communion, nous voyons une parcelle sur la cuillère. Mais ce n’est pas pour voir que nous venons communier. C’est pour manger et boire ce qui nous est offert. Un rite d’adoration “visuelle” est complètement étranger à l’appel du Seigneur.

La terminologie de l’Église orthodoxe devant cette réalité humblement concrète (quoi de plus banal qu’un morceau de pain “trempé” dans le vin ?) mérite d’être remarquée : elle nous parle des saints Dons. Ici toute langue humaine reste interdite. On ne peut parler qu’indirectement. Or la caractéristique que retient l’Église lorsqu’elle veut désigner cette réalité divine redoutable devenue soudain un humble objet concret, c’est qu’elle nous est offerte !

Et pour désigner la Liturgie eucharistique, l’Église ancienne, quand elle ne se contentait pas de parler de “la Prière”, parlait de “l’Offrande”. Lorsque certains canons parmi les plus anciens voulaient par exemple parler des pécheurs que l’on réadmettait dans la communion de l’Église après les en avoir écartés, elle disait qu’ils étaient “réadmis à l’Offrande”. Ce qui signifiait aussi qu’ils étaient admis à consommer les dons qui venaient d’être offerts.

Ce lien direct et réciproque entre l’Offrande eucharistique et la Communion aux saints Dons explique qu’on n’imagine pas, dans l’Église orthodoxe, de célébrer une vision passive d’un objet inerte. Les saints Dons sont ce qui a été offert à Dieu, ce sur quoi on a invoqué la descente de l’Esprit saint et qui est aussitôt distribué aux fidèles.

Si on veut voir, alors il faut vénérer les icônes. Ce sont elles qui nous mettent en présence visuelle d'une personne. Ce peut être la Personne du Sauveur, mais ce peut être aussi le personne de la Déipare (la Théotokos, la Mère de Dieu), et ce peut être aussi les personnes des Saints.
Jean-Louis Palierne
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Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur »

L'adoration du Saint-Sacrement est une pratique tout à fait étrangère à la mentalité orthodoxe et qui procède de la doctrine de l' ex opere operato et de l'absence d'épiclèse dans l'Eglise catholique romaine.

Voilà ce que le professeur Olivier Clément écrit à ce propos:

"Les conciles du XVIIe siècle (Iassy, 1642 - Jérusalem, 1672 : la Confessio Dosithei) soulignent la structure sacramentelle de l'institution ecclésiastique. Mais, en même temps, l'accent est mis sur le caractère "épiclétique" du sacrement (l'épiclèse est la prière que l'assemblée adresse à Dieu pour qu'il envoie son Esprit et que celui-ci manifeste, dans le pain et le vin, le Christ glorifié). En 1690, à Moscou, une longue controverse sur l'épiclèse se termine par la victoire des conceptions traditionnelles et la condamnation des "artolâtres" (d'artos, pain (eucharistique))."

Olivier Clément, L'Eglise orthodoxe, Que sais-je? n° 949, 4ème édition, Presses universitaires de France, Paris 1991, p. 15.

Un russophone pourrait-il nous en dire plus sur cette décision conciliaire de 1690?

Jeanne Saint Gilles
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Et donc?

Message par Jeanne Saint Gilles »

Mais qui furent ces artôlatres? Que défendaient-ils? Quels étaient leurs thèses? Par ailleurs quelle est cette doctrine "ex opere operato". Quand vous citez du latin, pourriez-vous traduire pas uniquement pour moi, mais pour tous ceux qui n'ont guère fait de latin...
Jérusalem quand pourrai-je te voir?

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne »

« ex opere operato » est une expression classique de l’enseignement scolastique catholique qui signifie que le prêtre ne doit se soucier que de faire ce que l’Église veut ce qu’il fasse. Peu importe la profondeur de ses connaissances théologiques, ou l’intensité de sa vie spirituelle ; s’il dait ce que l’Église veut qu’il fasse, le sacrement opère. (“ex opere operato” signifie à la lettre : en vertu de l’œuvre opérée).

Certes l’action d’un prêtre lorsqu’il célèbre les saints Mystères n’est pas conditionnée par le contenu psychologique qu’il y met, ni par la qualité de sa vie. C'est donc tout à fait vrai. Mais encore faut-il aussi qu’il soit le représentant régulier d’un évêque qui soit lui-même en communion avec l’Église orthodoxe. Or des orthodoxes disent (j’ai entendu un professeur de théologie patenté dire) que les sacrements des catholiques sont valables “ex opere operato”. C’est oublier qu’ils ne sont pas célébrés dans l’Église. Mais nous ne pouvons pas considérer qu’un sacrement célébré hors de la communion orthodoxe opère par la seule vertu du rite correctement accompli. Nous ne pouvons pas considérer qu’un prêtre puisse être prêtre en dehors de l’Église orthodoxe. Le principe “ex opere operato” ne peut donc pas être utilisé pour admettre les sacrements des catholiques. Ce ne sont pas des Mystères de l’Église orthodoxe.

La question de l’épiclèse est une autre question. Les catholiques considèrent que l’instant essentiel dans la Messe est ce qu’ils appellent “les paroles de l’institution”, c’est-à-dire les mots que doit prononcer le prêtre, représentant du Christ (la formule latine des catholiques est : “In persona Christi”). Mais de plus en plus nombreux sont les théologiens catholiques qui s’accordent pour reconnaître que la Messe latine a perdu un élément essentiel, et qu’il faudrait restaurer, c’est l’invocation de l’Esprit saint, lui demandant de descendre sur les dons offerts pour qu’ils deviennent une offrande agréable à Dieu, c’est-à-dire le Corps et le Sang du Christ. Si on veut déterminer un instant essentiel de la Liturgie eucharistique, c’est là. Mais les orthodoxes n’aiment pas beaucoup cette notion d’instant essentiel, avec son caractère de formule magique. La Liturgie est un tout.
Jean-Louis Palierne
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Claude le Liseur
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Re: Et donc?

Message par Claude le Liseur »

Jeanne Saint Gilles a écrit : Par ailleurs quelle est cette doctrine "ex opere operato". Quand vous citez du latin, pourriez-vous traduire pas uniquement pour moi, mais pour tous ceux qui n'ont guère fait de latin...

Chère Jeanne, vous et moi avions déjà discuté de ce sujet à propos de l'épiclèse. Je me permets donc de reproduire mon message du lundi 13 septembre 2004, 12 h 50, dans le fil "Signe de la Croix", qui ne fait que compléter celui de Jean-Louis en donnant la référence de cette doctrine dans le catéchisme de Jean-Paul II.

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Jeanne, la réponse est contenue dans votre question.

Dans le texte que vous avez cité, vous aurez noté que les paroles de l'Institution se situent après ce que vous appelez une épiclèse. Ce qui veut bien dire que cette mention de l'Esprit saint n'est pas une vraie épiclèse!

Dans la liturgie orthodoxe, l'épiclèse se situe après les paroles de l'Institution, et ce n'est pas pour rien. Si vous prenez par exemple le texte bilingue de la liturgie de saint Jean Chrysostome édité à Chambésy, les paroles de l'Institution se trouvent aux pages 241 et 243 du texte français et l'épiclèse à la page 245 du texte français.

Pourquoi cette différence? Parce que, tout simplement, chez les catholiques romains, comme l'explique le paragraphe 1353 du catéchisme de Jean-Paul II (1992), "dans le récit de l'institution la force des paroles et de l'action du Christ, et la présence de l'Esprit Saint, rendent sacramentellement présents sous les espèces du pain et du vin son Corps et son Sang, son sacrifice offert sur la Croix une fois pour toutes". Pour l'ECAR, la transsubstantiation s'opère au moment des paroles de l'institution, et cela ne se comprend (de même que le fait que la place du prêtre lors de la célébration ait été inversée) que si l'on comprend que les catholiques romains considèrent que le prêtre agit in persona Christi, ce que le catéchisme de Jean-Paul II rappelle aux paragraphes 875 et 1548.

L'invocation (superflue d'après le dogme papal) de l'Esprit saint que vous trouvez dans le rite Paul VI vient du fait que ce rite avait été élaboré dans les années 1960, avec la participation de théologiens luthériens, dans le but de remplacer le rite Pie V par une messe qui fût plus acceptable aux yeux des orthodoxes, mais aussi des protestants. On a donc sans doute ramassé dans quelque liturgie luthérienne scandinave, ou, pourquoi pas, dans la liturgie byzantine, une épiclèse que l'on a d'ailleurs placé au mauvais endroit, pour faire plaisir aux orthodoxes, mais qui ne change rien au fond, puisque la doctrine est que le prêtre agit in persona Christi et que les sacrements opèrent ex opere operato, c'est-à-dire par le fait même de l'action accomplie (§ 1128 du catéchisme de Jean-Paul II).


Quant aux artolâtres, adorateurs du pain eucharistique, je ne vois guère de qui il pourrait s'agir sinon des catholiques romains. De toutes façons, je n'ai pas le texte de ces discussions à Moscou en 1690 et renouvelle mon appel aux russophones.

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur »

Toutes les erreurs sont connexes. Antoine a montré comment la doctrine du in persona Christi conduisait à célébrer face au peuple; cette doctrine est à son tour liée à celle de l'ex opere operato, qui nous mène à l'artolâtrie (adoration du Saint-Sacrement), laquelle, on va le voir, n'est pas plus exempte de tendances nestorianisantes que le culte du Sacré-Coeur.

" L'Eglise romaine suivit la pente que lui imprima le mouvement réactionnaire contre l'hérésie, et sa croyance en la présence réelle s'est transformée peu à peu en un matérialisme aussi opposé à la vraie doctrine que le faux spiritualisme protestant.

Le culte qu'elle rend à l'Eucharistie en est une preuve palpable et incontestable. Ce culte a pour objet spécial le Corps du Christ.

Comme nous l'avons démontré, en traitant du culte du Sacré-Coeur, on ne peut, sans tomber dans le nestorianisme, rendre un culte à l'une des deux natures de Jésus-Christ; car on transforme cette nature en personne. Selon l'ancienne doctrine catholique, la personne de Jésus-Christ mérite un culte, parce que cette personne est divine. La nature divine de Jésus-Christ ne peut être l'objet d'un culte spécial; on ne pourrait la lui rendre qu'en séparant cette nature de celle du Père et du Saint-Esprit; en niant, par conséquent, l'unité de nature ou d'essence.

La nature humaine de Jésus-Christ ne doit pas être non plus l'objet d'un culte spécial. Si l'on sépare cette nature de la nature divine, il ne reste qu'un objet humain, lequel n'a aucun droit au culte; de plus, on transforme cette nature en personnalité, et l'on admet, sinon explicitement, du moins logiquement, deux personnes en Jésus-Christ, ce qui constitue le nestorianisme.

Voilà pourquoi l'Eglise primitive a voulu que le culte fût rendu seulement à la personne divine de Jésus-Christ, et a condamné tout culte particulier rendu à une des deux natures sous prétexte que ce culte s'adressait implicitement à la personne."

Archiprêtre Wladimir Guettée, La Papauté hérétique, pp. 163 s.

Que l'on ne croie pas que le docteur Guettée coupait les cheveux en quatre quand il écrivait ces phrases. Il est clair qu'en Europe occidentale, à l'heure actuelle, beaucoup de croyants se font des idées confuses sur la personne de Notre Seigneur Jésus-Christ en qui ils ne voient plus qu'une sorte d'homme inspiré de Dieu. C'est tout le problème qu'Irène Monique Dupuy évoquait à propos de "50% homme, 50% dieu" et "100% homme, 100% dieu". La foi trinitaire est méconnue. Si l'on n'avait pas laissé se développer des cultes comme ceux que critiquait le père Guettée, nous ne serions sans doute pas confronté à une pareille situation aujourd'hui.

Makcim
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Message par Makcim »

On lit partout et on nous en rebat les oreilles - je l'entends avec irritation depuis ma plus tendre enfance - que le mot français messe vient de la locution latine ite missa par laquelle se termine la célébration dominicale. Ce missa, participe passé du verte mittere, (renvoyer) est une étrange façon de définir par un congé ce qui est censé être un rassemblement de communion.

Evidemment on ne saurait accorder le moindre crédit à une telle étymologie (c’est pourtant ce qui est enseigné par tous les « maîtres » catholiques et leurs disciples si éloignés et si ignorants de leur propre foi, s'il en fallait une preuve de plus...). Il est évident pour moi que le mot missa est le pluriel de missum du latin populaire « ce qui est mis sur la table » et qui a donné le mot français mets c'est-à-dire comme le disait si bien Jean Louis ce qui est fait pour être consommé et non regardé et adoré. Et d’ailleurs la dénomination ne prend vraiment toute sa signification que si on la qualifie de Sainte Messe, c'est-à-dire chez nous « les Saints Dons ».
Makcim

Invité

Message par Invité »

Je poserai mes question en utilisant le vocabulaire qui est le mien mais que vous savez très bien décoder. J'espère que personne ne m'en tiendra rigueur.

Le filon me conduit à vous demander deux informations.

1/ Est-ce qu'à la fin de la célébration de l'Eucharistique chez les orthodoxes il reste du pain qui a été consacré pendant la Sainte Liturgie ?

2/ Si une personne gravement malade est sur le point de mourir, est-ce dans la tradition orthodoxe d'aller lui donner la communion ?

Antan

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne »

Jeanne,

Le Concile de Moscou fut le dernier concile où l’Église russe tenta de repousser les influences théologiques occidentales, tant celles qui venaient de la scolastique latine que celle du protestantisme. L’avant-dernier patriarche, Joachim, tenta un retour aux sources orthodoxes, avec l’appui du patriarche Dosithée de Jérusalem (qui sera plus tard l’auteur de la “Confession de Dosithée”, reprise par [‘Encyclique des patriarches orientaux” de 1723 qui a été publiée sur notre Forum), et convoqua ce Concile, s’efforça de rejeter les idées latinisantes du Catéchisme de Pierre Moghila (métropolite de Kiev de 1632 à 1647) et condamna l’hérésie latine qualifiée “d’artolâtrie”. Le patriarche Joachim mourut la même année, son successeur Adrien régna dix ans et à sa mort le tsar Pierre le Grand supprima le patriarcat qui ne fut rétabli que par le Concile de 1917, réuni dans les premiers jours du pouvoir bolchevik.

Pierre le Grand institua une structure gouvernementale anti-canonique pour gouverner l’Église de Russie, sous l’autorité d’un “Collège souverain” qui prit bientôt (et jusqu’en 1917) le nom de “saint Synode). Cette structure avait été conçue sur un modèle administratif par son collaborateur Théophane Prokopovitch, qui fut fait archevêque de Novgorod. Elle était imitée sur le luthéranisme suédois et voulait faire de l’Église une branche de l’État.

Le terme “d’artolâtres” appliqué aux latins n’est peut-être pas très adéquat pour désigner l’ensemble de l’hérésie latine, mais il met le doigt sur le caractère statique que la théologie scolastique latine donne aux “sacrements”. Cela rejoint le jugement de Wladimir Guettée, cité par Claude :
L'Eglise romaine suivit la pente que lui imprima le mouvement réactionnaire contre l'hérésie, et sa croyance en la présence réelle s'est transformée peu à peu en un matérialisme aussi opposé à la vraie doctrine que le faux spiritualisme protestant. Le culte qu'elle rend à l'Eucharistie en est une preuve palpable et incontestable. Ce culte a pour objet spécial le Corps du Christ.

Comme nous l'avons démontré, en traitant du culte du Sacré-Coeur, on ne peut, sans tomber dans le nestorianisme, rendre un culte à l'une des deux natures de Jésus-Christ; car on transforme cette nature en personne.
Makcim,

On peut toujours inventer une étymologie, mais je regrette, il y a toute raison de penser que missa vient des derniers mots que chantait très solennellement le diacre à la grand-Messe latine : « Ite, missa est » ce qui devait être compris comme un renvoi, mais que tout le monde comprenait comme : « Allez, la messe est dite » (et aussitôt tout le monde sortait). Cette dernière expression était d'ailleurs passée en proverbe, signifiant : « Tout est fini »..

Il est d'autant moin probable que missa ait signifié "mets" que l'Église latine faisait tout son possible pour dématérialiser, déconcrétiser, les saint Dons (qu'elle appelle "les saintes espèces") en leur donnant l'aspect d'une fine feuille de papier. Le côté comestible est alors totalement occulté.

Antan,

Je vous pardonne de tout cœur votre terminologie.

Après la Liturgie, on conserve un peu des saints Dons pour pouvoir les porter aux malades. Ey effectivement on les leur porte. Moi-même, il y a quelques années, j'ai reçu la communion à l'hôpital. On me l'a dit, mais je n'en n'ai gardé qu'un très vague souvenir, car j'étais à peine conscient. Je me souviens seulement avoir entrevu un prêtre barbu qui me demandait, en me présentant la cuillère : « Tu veux ?» J'ai probablement fait signe que oui, et je suis retombé dans l'inconscience.
Jean-Louis Palierne
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Invité

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Jean-Louis Palierne,

Merci pour votre "miséricorde" et pour votre réponse éclairante. Vous savez cher Jean-Louis, le présent fil, c'est un volet de l'Église orthodoxe que j'ignorais complètement ! Permettez que j'interroge de nouveau car tout n'est pas démêlé dans ma tête suite à votre réponse. D'une part il y a "présence réelle" dans les saints Dons conservés, si je comprends bien, puisque vous avez réellement communié au Corps et au Sang du Christ sur votre lit d'hôpital ; d'autre part, l'Église orthodoxe n'accepte pas que les saint Dons conservés à la fin de la Liturgie - ce que nous appelons la Sainte Réserve - que ces dons, dis-je, soient l'objet d'une vénération particulière, d'une adoration, ce que vous qualifiez d'artolâtrie pour toutes les raisons que je respecte. Est-ce bien ce que je dois comprendre ?

Antan

Makcim
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Message par Makcim »

Cher Jean Louis,
Je veux bien que mon interprétation reste une hypothèse à vérifier, mais je n’invente pas cette signification du latin vulgaire qui existait bel et bien et qui a donné le mot français mets. Je persisterai donc dans mon interprétation car elle a sa cohérence à savoir que dans la littérature catholique d’antan (oh ! excusez !...), voire de naguère, on appelait l’office dominical « le sacrifice de la sainte messe », autrement dit l’offrande des saints dons, pain et vin, ce qui correspond d’ailleurs à la dénomination « Sainte Cène » des protestants qui signifie évidemment le saint repas où l’on devrait évidemment manger et boire .
Que cette communion soit réservée aux célébrants dans la malheureuse mais classique division religieuse catholique du Corps du Christ devenu le peuple chrétien, et que l’on ait rapidement « angélisé » ce qui devait rester matière est de la même veine que le dogme de l’Immaculée Conception : l’histoire du Salut n’a plus aucun sens dans le domaine même de la communion. Tout est lié effectivement. Mais je persiste à croire qu’il y a tout de même quelques reliquats méconnus d’une autre conception du salut dans cette dérive occidentale multiséculaire désormais.
Makcim

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne »

Eh bien ! Je suis heureux d’apprendre cette autre hypothèse.

Effectivement il y a sûrement bien des reliquats d’un passé lointain dans l’Église latine. À commencer par les saintes reliques, du moins celles qu’ils n’ont pas jetées à la poubelle.

Et au niveau des rites, je me rappelle du temps où les cérémonies du Vendredi saint comportaient des “litanies” — c’est-à-dire en fait des ecténies. et où le Messe du Jeudi saint était concélébrée (unique occasion annuelle) par tous les prêtres résidant dans une même maison. Le Semaine sainte comportait un certain nombre de tels vestiges.

Il y avait également les processions saisonnières des Rogations pour la bénédiction des travaux des champs et la mémoire des défunts.

Je me rappelle un moine grec visitant le Finistère et très étonné de voir que dans de vieilles églises bretonnes de magnifiques poutres triomphales sculptées marquait la limite du sanctuaire, comme le ferait un iconostase.

et dans un autre domaine il y a la persistance dans l’Église de France de courant “spirituels”, qui étaient tout autre choses que les dévotions bigottes des “Frères mineurs” du XIIème siècle ou la direction de conscience des jésuites.

Il y a eu également un renouveau des études patristiques à partir du XVIIème siècle.

Tout cela était faible et ambigu, mais tout a été balayé par la reconstruction autoritaire de l’Église de France par Napoléon avec l’aide du Pape. Mais en fait cette nouvelle Église, dominée par le “christianisme social” et l'impératif du militantisme, n’était pas l’héritière légitime de l’Église de France.
Jean-Louis Palierne
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Message par Invité »

Cher Jean-Louis Palierne,

Tout au long de ce fil, à plusieurs reprises il est question de l'«artolâtrie». Vous parlez vous-même «des adorateurs du pain eucharistique». Pour ma part je n'ai jamais entendu enseigner «l'adoration du pain eucharistique». Les catholiques adorent Jésus présent sous l'apparence du pain eucharistique. Tous les jours j'adore le Saint Sacrement, et jamais il ne me vient à l'esprit que j'adore du pain. Je me tiens en présence de Jésus, mon Dieu, mon Sauveur, mon Roi, Jésus livré pour moi, Jésus mort et ressuscité, toujours vivant et présent sous l'apparence du pain. L'observateur voit quelqu'un agenouillé devant du pain. L'adorateur voit dans la foi son Sauveur, son Seigneur et son Dieu. En effet, il est grand le mystère de la foi. «Ils ont des yeux et ne voient pas, des oreilles et n'entendent pas ...» ne s'applique pas en parlant de la Sainte Hostie.

Au cours de la célébration de l'Eucharistie, après avoir prononcé les paroles de la consécration du pain, le prêtre élève la Sainte Hostie à la vénération des fidèles. S'il n'y a pas «d'artolâtrie», «d'adoration du pain» à ce moment, dans un autre moment pourquoi y en aurait-il lorsque le même Pain Consacré est déposé dans un Ostensoir d'or et exposée à la vénération des fidèles ?

Pour moi, toute l'argumentation de l'artolâtrie n'est qu'une mésinterprétation à partir de l'apparence extérieure d'un geste. Mais je respecte que d'autres pensent ainsi. Je viens sur le site justement pour apprendre ce qui vous distingue afin de mieux vous comprendre, et voilà un autre point. Je ne suis pas d'accord, mais peu importe car je ne discute pas, j'accueille ce qui m'est dit.

Antan

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne »

Antan,

Comme je l’ai écrit, je ne crois pas que terme “d’artolâtrie” soit très adéquat pour désigner l’hérésie latine. Mais cela vient de ce que “l’adoration du saint Sacrement” est pour les orthodoxes une pratique très étonnante. La pratique de l’Église ancienne enseigne la communauté ecclésiale à prier debout pendant la prière de l’Offrande eucharistique, et cette prière inclut la participation à la communion.

La prosternation est réservée aux pénitents qui sont admis à écouter les lectures de la Liturgie des catéchumènes (qui, eux, restent debout). Les prosternations sont des démonstrations de pénitence résrvées par exemple à la Liturgie des Présanctifiés (qui n’est pas en réalité une véritable Liturgie, et à laquelle les fidèles participent durant des périodes de pénitence, et en particulier le Vendredi saint). La génuflexion n’est pratiquée que pour la prière au saint Esprit aux Vêpres de la Pentecôte. Je serais bien en peine de vous en expliquer la signification. Il faudrait pour cela un liturgiste et un spirituel, et je ne suis ni l’un ni l’autre.

Quand on veut parler personnellement au Christ, à sa Mère ou à ses saints, on s’adresse aux icônes, qui doivent toujours être considérées comme la présence d’une personne (c’est pourquoi l’iconostase ne doit pas être compris au sens de clôture fermée, mais comme un ensemble de présences qui se tournent vers l'assemblée eucharistique).

La Personne du Christ se présente toujours comme une présence qui vient vers nous, parmi nous, qui se donne en communion. Ce qui est très gênant pour les orthodoxes, c’est ce statut ontologique statique donné à la présence du Christ, pour ne pas dire ce comportement passif — Qu’à Dieu ne plaise !

Le simple fait que le catholicisme articule toute sa démonstration autour de la notion de “Présence réelle” est un langage très significatif. Avant même de parler d’hérésie, je voudrais parler ici d’une pratique inadéquate. La Liturgie est un drame en action, pas un tableau dans un musée. Et la Présence, dans une icône, est un acte personnel, pas dans un ostensoir. Plutôt que de "Présence réelle", il faut parler d'offrande eucharistique pour les saints Dons, et de présence personnelle pour les icônes.

Je dois dire aussi que le terme “adoration” est lui aussi un terme ontologiquement statique. Ce sont les Anges qui adorent. Nous, personnes humaines membres du Corps du Christ qui est l’Église, nous participons personnellement à l’offrande eucharistique de “Celui qui offre et qui est offert”.
Jean-Louis Palierne
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