Nature humaine

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Elisabeth
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Nature humaine

Message par Elisabeth » dim. 01 août 2004 23:13

Une question me taraude, qui pourra peut-être sembler étrange ou simpliste à certains. Je précise à l’avance que je ne suis ni fondamentaliste ni adepte du culte de la science et de la raison.

L’anthropologie chrétienne considère notre nature humaine comme une nature déchue : A cause du péché de nos ancêtres, la mort, non seulement spirituelle mais physique, s’y est nichée, et l’âme est devenue l’esclave du corps soumis aux passions.
Notre anthropologie considère clairement que la nature humaine a été modifiée, altérée par la chute, (considérée d’une manière ou d’une autre comme un moment réel, historique, et pas seulement comme notre propre chute personnelle), et que la nature humaine que nous connaissons et qui est la nôtre est par conséquent différente de celle créée originellement par Dieu.

Ainsi, selon la synthèse que fait Jean-Claude Larchet de la pensée des Pères à ce sujet ( entre autre) dans Ceci est mon corps (p 47-48), à la suite du péché adamique, une série de maux s’est abattue sur l’homme :

« Ces maux affectèrent en 1er lieu l’âme de l’homme, qui devint passible, connut la tristesse et la souffrance, se corrompit et mourut spirituellement d’être séparée de Dieu et privée de la vie divine. Ils se transmirent par elle au corps où ils se manifestèrent de la manière la plus sensible : il fut désormais soumis à la souffrance, à la maladie, à la corruption, et finalement à la mort.
La nature humaine se trouva alors dans une « condition inférieure »1. « Les hommes ne demeurèrent plus dès lors comme ils avaient commencé d’être »2. Alors que la modalité d’existence originelle de sa nature rapprochait l’homme de la condition angélique, la nouvelle le rapproche de la condition animale. Son corps acquiert une matérialité, une épaisseur et une opacité qu’il ne connaissait pas à l’origine ; il entre dans le courant de la vie animale et sensible, et subit désormais les mouvement, l’instabilité, les divisions et les oppositions que sa constitution première ignorait. Cette nouvelle condition d’existence est signifiée dans la Genèse par les tuniques de peaux (Gn 3, 21), qui symbolisent à la fois son caractère matériel, animal, la mort dont elle est porteuse, et le f ait qu’elle est comme surajoutée à la vraie nature de l’homme
. »

1.Grégoire de Nysse, Discours catéchétique,V, 11
2. Athanase d’Alexandrie, Sur l’incarnation du Verbe, IV, 4

Ma question est simple, cette humanité d’avant la chute, et ce monde d’avant la chute, qui n’ont jamais été compris on le voit comme un mythe ou une image, (et ce bien que la Genèse ne soit pas un récit historique déscriptif mais un récit théologique), quand les situons nous ? Avant le big-bang ? Mais alors l’univers aurait été détruit et recréé. Sinon dans l’histoire de l’humanité telle qu’on la reconstitue actuellement, je ne vois pas vraiment où.
Comment peut-on faire tenir notre conception théologique du monde face aux découvertes de la science ? (que l’on ne peut pas sérieusement balayer d’un coup de main, comme certains anciens-calendaristes qui m’ont assuré avec conviction que le monde a environ 6000 ans…).
Dernière modification par Elisabeth le lun. 02 août 2004 17:06, modifié 1 fois.

Jean-Serge
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Contradiction avec la sience?

Message par Jean-Serge » lun. 02 août 2004 12:39

Bonjour Elisabeth,

Je te réponds à l'arrache, sans trop soigner le message. Je ne vois pas personnellement d'opposition entre les découvertes scientifiques et la Bible.

Le big bang est une théorie, et marquerait le début de la création de l'univers. Le récit de la Genèse ne va pas à l'encontre et insiste sur le fait que Dieu est créateur de l'univers... puis de l'homme qui a fauté, de la chute... Je ne vois guère la contradiction avec la science...

Car en fait l'homme a été créé avec une âme et un corps et non un pur esprit comme les anges... Pour ce qui est des tuniques de peau, il faut revenir à la honte quand le premier couple se voit nu et a honte. A mon avis, cette honte de la nudité est prise de conscience que leur corps jadis parfait ne l'est plus (ou leur nature). La nudité ferait plus apparaitre cette imperfection, de là la néessité des tuniques pour la cacher.

A mon avis, l'idée de l'état angélique ne doit pas être compris comme un état dépourvu de corps...

Pour ce qui est des 6000 ans, je ferais la même réponse que pour les 6 jours de la création. Il est écrit à endroit que milla ans pour Dieu compte pour une année ou quelque chose de ce genre. Il ne faut pas oublier que jour dans la Bible désigne une durée non définie (mathématiquement). Dès lors pourquoi pas an...
Priidite, poklonimsja i pripadem ko Hristu.

Georges
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Message par Georges » lun. 02 août 2004 17:06

Bonjour,
c'est ma première intervention sur ce forum : merci pour ses créateurs de l'opportunité qu'ils nous proposent.
concernant la question ci-dessus, je me demande si la réponse n'est pas dans la définition de la notion même de temps. je ne sais pas dans quelle mesure on peut parler de temps tant qu'on est dans l'avant-chute. Si le temps n'existait pas avant la chute alors la réponse à la question d'Elisabeth serait impossible à trouver...
Ma question est simple, cette humanité d’avant la chute, et ce monde d’avant la chute, qui n’ont jamais été compris on le voit comme un mythe ou une image, (et ce bien que la Genèse ne soit pas un récit historique déscriptif mais un récit théologique), quand les situons nous ?
Si c'est avant la chute alors on ne peut simplement pas les situer...
Mais peut-être que ce que je dis, sur l'intemporalité du monde d'avant la chute, n'est-il pas validé par les écrits des Pères ? :?:
Georges

Elisabeth
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Message par Elisabeth » lun. 02 août 2004 17:13

l'idée de l'état angélique ne doit pas être compris comme un état dépourvu de corps...
Je n’ai pas parlé de l’Adam d’avant la chute comme d’un pur esprit, ni d’ailleurs J-C Larchet dans le passage que j’ai cité.
Ma question porte essentiellement sur l’humanité telle qu’elle a été créée par Dieu, dont la nature est autre que la mienne et la vôtre puisque,
toujours en citant Larchet (p 39-40) :

« Les Pères soulignent qu’alors l’homme était exempt dans son âme de toute passion et dans son corps de toute maladie, de toute souffrance, ainsi que de la corruption et de la mort. Il était au contraire impassible, incorruptible et immortel , non par nature cependant, mais par la grâce que Dieu avait communiqué à tout son être en le créant »

Et un peu plus loin:
« La constitution même de son corps était différente de celle de son corps actuel. »

Sachant que la chute de l’homme a entraînée celle de toute la création, alors elle aussi peut-être différente, comment replacer cette nature humaine dans l’évolution de l’humanité que l’on a pu retracer ? Cela semble impossible, à moins de la situer avant le big-bang, qui est temps 0.

Elisabeth
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Message par Elisabeth » lun. 02 août 2004 17:26

J'ai posté mon dernier message avant d'avoir vu votre réponse Georges,
et vous mettez le doigts exactement sur ce que j'envisage, car je ne vois pas d'autre solution.
Pour vous suivre dans ce que vous dites , est-ce que la séparation d'avec Dieu à fait entrer l'humanité dans le temps et une certaine opacité de la matière, puisque espace et temps sont indissociables?
Dernière modification par Elisabeth le lun. 02 août 2004 22:35, modifié 1 fois.

Barbare du Nord
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Message par Barbare du Nord » lun. 02 août 2004 17:37

Il me semble que la notion de temps pour l'Homme ne surgit qu'avec la finitude, la mort, donc avec la Chute...C'est ce que je comprend aussi...

tanios
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Message par tanios » lun. 02 août 2004 17:39

Ce problème est celui de la confrontation du livre de la Genèse à la science contemporaine.
Séraphim Rose ( hiéromoine ) a étudié en détail cette question ce qui a donné lieu à la publication de l'ouvrage "GENESIS , CREATION and EARLY MAN" ( Saint Herman of Alaska Brotherhood P.O. Box 70 Platina , Californie... édité en 2000 ).
Il montre l'incompatibilité entre la théorie de l'évolution et l'enseignement des Pères ; il est également partisan d'un âge de l'univers qui ne se chiffre pas en milliard d'années mais en qques millliers. Il cite à ce sujet les Pères et aussi les instituts créationistes aux USA. Un argument est que les mesures scientifiques pour dater l'âge de la Terre peuvent être interprétées dans un sens ( Terre de plusieurs milliards d'années ) ou l'autre ( Terre jeune ). A l'appui de cette argumentation un ouvrage effectué par un scientifique , Curt Sewell , qui a travaillé toute sa vie dans l'industrie nucléaire...Il serait devenu sceptique vers la fin de sa carrière ...et a conclu que le choix d'une terre vieille résulte d'un à priori philosophique pour écarter toute idée de Dieu dans le domaine scientifique.
Ce qui ( pour ma part ) peut poser un problème avec une terre vieille de plusieurs années est l'existence des hommes préhistoriques ( néanderthals et autres ) et aussi le fait que la mort et donc la corruption existaient sur terre dès avant l'époque des dinosaures. Penser comme certains qu'Adam et Eve correpondraient à un état de conscience atteint par cette humanité primitive il y a à peu près 20 ou 30000 ans n'est pas tenable dans la Tradition orthodoxe.
Soit les scientifiques se trompent dans leur datation ( et ce ne serait pas la première fois ....c'est notre société qui fait de la science une idole ) soit le mystère est encore plus grand que l'on peut penser .
Pour ma part je colle à ces évangiles vivants que sont les saints de notre Eglise .
Enfin je signale que dans la revue " la voie orthodoxe" éditée par l'Eglise Russe hors frontières ( 19 , rue de la Viabert , 69006 , Lyon ) dans les numéros récents ( fin 2003 et hiver 2004 ) il y a des extraits d'une lettre de l'Hiéromoine Séraphin Rose intitulée " Lettre à propos de l'évolution".
T

eliazar
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Message par eliazar » lun. 02 août 2004 19:33

Je tombe comme un cheveu sur la soupe dans votre si intéressante discussion.

Tanios a écrit : "Ce qui ( pour ma part ) peut poser un problème avec une terre vieille de plusieurs années est l'existence des hommes préhistoriques ( néanderthals et autres ) et aussi le fait que la mort et donc la corruption existaient sur terre dès avant l'époque des dinosaures. Penser comme certains qu'Adam et Eve correspondraient à un état de conscience atteint par cette humanité primitive il y a à peu près 20 ou 30000 ans n'est pas tenable dans la Tradition orthodoxe."

Puis-je rappeler que l'homme préhistorique (je le dis en très gros, bien sûr , et sans les nuances nécessaires : car il y a "des" hommes préhistoriques très divers) était visiblement à la recherche d'une (de LA) religion. J'ai souvent pensé que ce tâtonnement correspondait à une mémoire occultée, mais pas totalement; que les hommes se souvenaient "qu'il y avait eu Dieu", mais ne savaient plus très bien où Le retrouver; et que leurs essais étaient souvent (d'après le peu que nous en avons retrouvé) des essais maladroits, mais comparables aux premiers mouvements du bébé qui voudrait bien marcher debout, mais n'y arrive qu'à force de retomber, et parfois même de se faire bien mal !

Au-dessus de mon pays niçois, il existe un immense site en plein air de gravures rupestres, qui doivent en gros remonter à 2000 ans avant notre ère. Amoureux de ce site alors connu des seuls bergers de transhumance - mais aussi de quelques intéressants préhistoriens italiens - j'avais constaté que ces gravures évoquaient parfois comme un jeu de piste. Et que la configuration des vallées d'altitude qui entourent ce Mont Bégo faisait "tout naturellement" que ce "jeu de piste" (si j'avais raison de le ressentir comme tel) tournait dans un sens qui était celui, sacré, des processions dans la liturgie. On sait que le "sens processionnel" est le sens sacré, et que tourner dans le sens inverse est un choix qui fait alors entrer les participants dans une procession de caractère magique; donc satanique, c'est à dire (stricto sensu) inverti, ou inversé.

Mais comme ces conceptions ressortissent plutôt de l'arcane que de la théologie, je me gardais bien de les considérer comme autre chose que des rêveries poétiques; celles d'un vieux campeur solitaire sous les étoiles, et peut-être un peu trop impressionné par le silence majestueux de la montagne...

J'ai donc été merveilleusement frappé par la découverte d'un article dû à une chercheuse du CNRS, Mme Emilia Masson, spécialiste de la civilisation hittite, qui avait découvert par hasard le Mont Bégo et sa Vallée des Merveilles et en avait tiré des conclusions, ou plutôt une hypothèse très proche de la mienne. Je lui ai écrit pour engager une discussion, en lui demandant in fine : Ne seriez-vous pas par hasard orthodoxe ? Non seulement elle l'est, mais elle est également Serbe, ce que sa connaissance des Hittites ne pouvait pas me faire deviner.

J'en reviens donc à notre sujet présent. Il est pour moi tout à fait évident que l'Homme Préhistorique, à tous les stades, a cherché Dieu sans parvenir à Le nommer. Ce qui suffirait à prouver qu'il Le connaissait "vaguement" déjà, dans sa mémoire antérieure - car c'est Dieu en nous qui nous fait Le chercher.

Ce qu'en écrit JC Larchet confirme bien que l'Adam premier était autrement plus conscient que ses descendants : il parlait avec Dieu ou plutôt Dieu parlait avec lui, le soir, dans le jardin - et Adam lui répondait.

Il faut attendre Enoch, né après la mort d'Abel, pour que l'humanité "commence à invoquer le Nom divin". Ce qui (entre nous) pulvérise par la même occasion bien d'autres idées sur la connaissance et même la profération du Nom - profération pas du tout "interdite" comme le prétendra bien plus tard la synagogue.

Il me semble donc que si Moïse a dû "demander à Dieu" de lui dire Son Nom, c'était bien après l'interminable dégénérescence de l'humanité : il était hélas instruit "de toute la science des Égyptiens" et avait à remonter une bien longue pente! Plus dur encore : il allait avoir à faire remonter avec lui tout un peuple, devenu ignare au point de croire adorer Dieu sous la forme d'un Veau d'Or. Y compris son propre frère Aaron !

Quant au problème de la datation, j'avoue n'y attacher strictement aucune importance. Le temps de Dieu n'a rien à voir avec le temps des couches géologiques ou des glaciations. Ne répétons-nous pas sans cesse, dans le Psaume 90 : "A Tes yeux, mille ans sont comme hier..." ?!
< Demeurons dans la Joie. Prions sans cesse. Rendons grâce en tout... N'éteignons pas l'Esprit ! >

tanios
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Message par tanios » mar. 03 août 2004 18:51

...
Effectivement le problème de la datation n'est pas primordial. Hier j'ai cité l'Hiéromoine Séraphin Rose qui penche vers une interprétation littérale du livre de la Genèse , et aujourd'hui j'ai découvert un long article ( que je n'ai pas lu en détail ...) de l'éveque Alexander ( Mileant ) [voir le
site fatheralexander.org] qui harmonise la Genèse avec les théories scientifiques admises aujourd'hui....
Les hommes préhistoriques avaient donc une certaine connaissance de Dieu ou plus précisément le recherchaient plus ou moins consciemment ...
Que le monde dans lequel nous vivons est mystérieux! A commencer par chacun d'entre nous....
...
Bon , je terminerai par une petite remarque , les sites orthodoxes sur l'internet en anglais sont très nombreux et souvent très bons ; les sites francophones sont très minoritaires...Sans doute primauté de l'anglais qui oblige cet état de fait...
T.

Barbare du Nord
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Message par Barbare du Nord » jeu. 05 août 2004 22:34

Bon bon bon, je repose ici ma question puisqu'elle entre bien dans ce cadre et que je n'ai pas eu de réponse là oue l'avais d'abord posté...


Comment définissez vous l'Homme?

Est il absolument libre et indéfini, sans aucune inclination particulière?

Subit il une inclination au péché, tout en ayant la possibilité d'oeuvrer dans le sens du bien et de se racheter par lui même (donc sans le secours d'une grâce arbitrairement offerte à des élus)?

Faut il distinguer entre corps et âme, l'âme tendant vers le Bien (car partie divine) et le corps (partie animale) vers le péché (ces deux tendances s'annulant respectivement pour faire de l'Homme une créature indeterminée).
Cette dernière hypothèse ne verse t'elle pas dangereusement dans un dualisme/manichéisme simpliste (question elle-même due à l'influence pernicieuse d'Augustin?).

Le terme "nature déchue" s'applique t'il uniquement à la condition physique, corporelle, animale, finie de l'Homme, ou s'applique t'elle aussi à son âme?
Corps et âme sont ils également viciés par la Chute?

Georges
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Message par Georges » ven. 06 août 2004 14:40

Bonjour,
Par rapport à la dichotomie corps et âme, que certains visualisent mieux en terme de trichotomie (corps-âme-esprit), je vous signale un petit texte du P. Placide Deseille aux éditions du Mercure Dauphinois sur la thématique "Corps-Ame-Esprit". Il met beaucoup de choses au clair au sujet de cette distinction matière/esprit...
Pour revenir sur votre question, j'ai l'impression que si la Transfiguration du Christ sur le Mont Thabor (ça tombe bien on est le 6 Août, bonne fête à tous...) montre aux 3 apôtres présents un corps de gloire, alors on peut en déduire que le corps en tant que tel n'est pas "mauvais". C'est ce qu'on en fait qui fait que sa chute s'accentue ou s'atténue !
A partir de là, je vois mal comment on pourrait tomber dans un dualisme simpliste du style : l'esprit c'est bien - le corps c'est pas bien ?! :lol:
Ainsi, il me semble que si l'homme est déchu, alors c'est tout son être qui est déchu, que ce soit l'âme, que ce soit l'esprit, que ce soit le corps ou tout autre partie de sa personne...
Mais pour approfondir un peu plus cette notion de chute, j'ai deux points qui me perturbent depuis pa smal de temps - peut-etre pourriez vous m'aider à les clarifier :
1/ Si Adam et Eve ont commis l'erreur, alors en quoi nous autres sommes responsables de leur faute ?
2/ Dans tous les cas, le Christ ayant réparé leur erreur, où en sommes nous aujourd'hui ?
Pour la question 1, j'ai l'impression que beaucoup ont traité la question, mais les réponses que j'ai pu lire ne mo'nt pas vraiment imprégnées ...
Pour la question 2, une piste pourrait être la suivante : si l'on distingue la nature humaine et les personnes humaines (tout comme on distingue la nature divine et les personnes divines) alors le Christ a certainement réparé ce qui est commun à tous les hommes (ie : la nature humaine qu'il a endossé toute entière le pêché en moins) en laissant à chaque homme la charge de ce qui le caractérise (ie : notre personne et ses/nos erreurs).
En espérant que quelqu'un ait des éléments de réponses pour m'aider dans mes interrogations...
Bien à vous,
Bassem
Georges

Jeanne Saint Gilles
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Petite tentative

Message par Jeanne Saint Gilles » ven. 06 août 2004 15:33

Georges a écrit : 1/ Si Adam et Eve ont commis l'erreur, alors en quoi nous autres sommes responsables de leur faute ?
2/ Dans tous les cas, le Christ ayant réparé leur erreur, où en sommes nous aujourd'hui ?
Bon je vais essayer de dire une réponse telle queje comprends la chose.

Question 1 : nous ne sommes pas responsables de la faute... Mais simplement héritier, un exemple qui peut être donné (je l'emprunte àun membre de ce forum) est que Adam et Eve ont dilapidé un héritage. Or un héritage dilapidé même si les descendants travaillent dur n'est jamais retrouvé. La somme à laquelle on peut arriver sera toujours inférieure à celle qu'on devrait avoir s'il y avait eu bonne gestion dès le début...

La logique en ce que nous portons le péché originel est aussi dans cette question :"L'imparfait peut-il donner naissance au parfait,l'immortel au mortel?"


Question 2 : aujourd'hui nous sommes dans l'attente de la parousie.Onb peut dire qu'il ne s'est rien passé depuis le Christ. Mais il y a l'espérance de la résurecction. N'oublions pas que le salut ne se décrète pas, c'est moi individu X ou Y,qui choisit la fidélité au Christ et est sauvé.
Jérusalem quand pourrai-je te voir?

Antoine
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Message par Antoine » ven. 06 août 2004 23:20

Georges a écrit :1/ Si Adam et Eve ont commis l'erreur, alors en quoi nous autres sommes responsables de leur faute ?
Nous ne sommes pas co-responsables de la faute d'Adam. Il n’y a pas de « péché originel » dans l’orthodoxie au sens où en Adam nous aurions tous péché. . L’orthodoxie parle plutôt de chute et de nature déchue. Ce que nous héritons c'est une nature déchue. Si vous naissez d' un père alcoolique vous n'êtes en rien responsable de cette situation, mais vous aurez une propension à l'alcool parce que génétiquement votre nature est viciée. C'est un peu cela la nature déchue. En choisissant de devenir Dieu sans Dieu, Adam et Eve se sont écartés de la Vie. Rappelez-vous : il y avait deux arbres au jardin d'Eden, l'arbre de Vie et l'arbre de la connaissance du bien et du mal. Suite au commerce avec le serpent c'est l'arbre de la connaissance qui devient le centre du jardin dans le regard d'Eve. Gen2,9 nous dit « l’arbre de Vie au milieu du jardin; »Dans Gen3,3 Eve répond maintenant au serpent : « du fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin Dieu dit vous n’en mangerez pas » Vous voyez le décentrement opéré par la convoitise ? Le regard d’Eve n’est déjà plus christocentrique. Elle s’écarte de la Vie et en cela elle modifie sa nature comme l'alcoolique modifie la sienne. Elle s'ennivre d'un mauvais usage de sa liberté en utilisant ses sens pour un désir autre que le désir de Dieu. Et ce qu’elle transmet par la génération c’est sa nature. La nature est ce qui est commun à tous les hommes, ce qui fait qu’un homme est un homme et non pas une tomate ou une pierre, l'ensemble des caractères qui font qu'une chose ou un être appartiennent à une espèce ou une catégorie déterminée.(Spinoza distinguera la nature naturante identifiée à Dieu en tant que créateur et conservateur de toute chose et la nature naturée en tant que l'ensemble des choses créées.) Ainsi Grégoire de Nysse nous dit dans son commentaire du cantique des cantiques que «l’état mortel s’est transmis de génération en génération. C’est donc un genre de vie mortel qui nous a accueillis, car en un sens, c’est notre vie même qui est morte ».Nous menons une vie dans la mort.
L’arbre de la connaissance est appelé plus explicitement par la Septante «l’arbre qui fait savoir ce que l’on peut connaître du bien et du mal ». Adam et Eve choisissent de décider de par eux-mêmes ce que ces catégories recouvrent au lieu de continuer leur croissance dans la connaissance que seul Dieu est le bien.
Dans la chute, l’homme ne fait plus mouvement vers son Archétype, vers le Logos, vers le principe de son existence mais il prend une direction inverse et inverse par-là même le sens de ce qui le compose : l’attraction naturelle vers Dieu. C’est ainsi que les facultés de l’âme au lieu d’utiliser les sens se sont retrouvées utilisées par elles. On le voit bien dans le décentrement de l’arbre de Vie au profit de celui de la connaissance dont je parlais plus haut : les sens ont pris le pas sur la raison. L’irrationnel c’est la raison gouvernée par les sens. C’est ce que Grégoire de Nysse appelle « la conjonction avec la forme irrationnelle. » dont le résultat est une vie irrationnelle dominée par les passions. St Maxime explique que « par l’intermédiaire de la chair, l’âme s’ébranlant contre nature vers la matière revêt une forme de glaise». Elle s'identifie à la matière. «Lorsque l’intellect renonce à son mouvement naturel vers Dieu, n’ayant pas d’autre objet vers où se diriger, il se livre à la sensation, et celle-ci le leurre sans cesse en le faisant errer parmi les apparences des sensations par lesquelles l’âme reçoit l’oubli des biens naturels, inverse toute son énergie sur les objets sensibles, et découvre par eux des souvenirs , des désirs et des plaisirs inconvenants». Voilà notre héritage : une modification de notre nature d’avant la chute. Mais modification ne veut pas dire destruction totale. Sinon nous n’aurions même pas le souvenir de Dieu et le souvenir de notre nature première et la mort est ce qui permet de ne pas éterniser cette nature déchue. Elle est le remède. Le "tu es poussière et tu retourneras poussière" montre que par la chute l'âme même a revêtu cette forme de poussière et qu'en retournant à la terre, cette terre sera transfigurée à la résurection finale avec les corps qui y sont retournés.
2/Dans tous les cas, le Christ ayant réparé leur erreur, où en sommes nous aujourd'hui ?
L’homme est créé à l’image du Christ qui en est l’archétype. Ontologiquement l’homme est un être théologique et son ontologie est iconique. Les pères comme Cabasillas et St Maxime affirment que l’homme a été créé en vue de l’incarnation et a reçu des dons réellement inscrits en son être rendant possible cette incarnation. L’incarnation n’est pas le résultat ou la conséquence de la victoire du serpent sur l’homme.. St Maxime enseigne que le but du monde est l’union selon l’hypostase avec Dieu.
Aujourd’hui dans l’union des deux natures réalisée dans l’incarnation, nous voyons que le péché n’atteint ni le principe ni la fin de l’homme. L’homme peut soit rester esclave du péché soit s’en affranchir s’il se greffe non plus sur la nature adamique mais s’il se lie au Christ. Il vaut mieux parler de Christification plutôt que de Divinisation.
Le Christ a pris toute notre nature sauf le péché. C’est volontairement qu’à chaque instant il lui fait subir les conséquences du péché. Il est homme parfait. La transfiguration sur le mont Thabor
(oui, ça tombe bien on est le 6 Août, bonne fête à tous... ceux qui sont au nouveau calendrier) n’est pas une modification de l’état naturel dans lequel était le Christ, il est une modification du regard des apôtres qui ont pu voir le Christ tel qu’il était réellement. Le Christ ne s’est pas transfiguré pour se re-ternir ensuite. Non ce sont les apôtres qui ont reçu la grâce de le voir réellement alors que les yeux de leur nature déchue ne le leur permettaient pas.

Depuis la chute trois choses nous séparaient de Dieu : la nature, le péché et la mort. Ce qu'il y a de nouveau:
- l’union hypostatique en Christ des natures humaine et divine abolit la distance, l’éloignement entre les natures et rétablit l’homme dans son « être-à-l’image »
- Par la passion et la croix il écrase le péché et la puissance de Satan sur l’homme ;
- enfin par la résurrection il délivre la nature humaine de la corruption et de la mort.
Où en sommes nous aujourd’hui ?( C’est effectivement la question que tout chrétien doit se poser dans sa vie spirituelle). Aujourd’hui après avoir régénéré notre nature le Christ nous offre un espace de vie qui est son corps : l’Eglise et sa vie mystérique. La possibilité que nous avons en Lui de faire concorder notre volonté avec la volonté divine est la dimension de notre salut. Par le Christ nous pouvons accéder à cette vie spirituelle qui est participation et union à Dieu. C’est dans cette vie spirituelle que nous nous détachons de nos tuniques de peau que le Christ a déposées au tombeau. « C’est dans cette vie-ci que se trouve le commencement de la vie à venir » dira Cabasillas « car de même qu’il n’est pas possible de vivre cette vie humaine sans recevoir les sens d’Adam et toutes ses facultés précisément de vie humaine, de même il n’est pas possible de passer vivant dans le monde bienheureux, sans être préparé par la vie du Christ et modelé à son image »
Notre naissance biologique adamique n’est qu’une préparation à notre re-naissance en Christ par lequel nous sommes maintenant engendrés. Et « nul ne peut accéder au Royaume s’il ne renaît d’eau et d’Esprit. »
Aujourd’hui ce qui nous est proposé c’est l’union au Christ. Et effectivement il faut se demander: aujourd'hui où en sommes nous dans cette union?

Le livre important sur l'Anthropologie orthodoxe :
Panayotis Nellas "le vivant divinisé" ed du Cerf
Traduction de Jean-Louis Palierne.

Jeanne Saint Gilles
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Précision sur l'alcool

Message par Jeanne Saint Gilles » sam. 07 août 2004 12:04

Antoine a écrit : Si vous naissez d' un père alcoolique vous n'êtes en rien responsable de cette situation, mais vous aurez une propension à l'alcool parce que génétiquement votre nature est viciée. C'est un peu cela la nature déchue. [/i]
Ca sent bon les Rougon-Macquart tout cela... Que le père soit alcoolique n'implique pas que le fils ait génétiquement une propension à l'alcool.Ce serait tombé dans l'erreur de Zola où les Lantier sont alcooliques de père en fils.
Jérusalem quand pourrai-je te voir?

Antoine
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Message par Antoine » sam. 07 août 2004 18:20

Il se peut que ma terminologie ne soit pas exactement la bonne et que "génétique" ne soit pas exact . Beaucoup d'études médicales parlent de pré-disposition à l'alcool. On parle de prédisposition génétique, et de déficience neuro-chimique. Bien que le sujet de la rubrique ne soit pas celui-ci et que le message contenait autre chose de plus fondamental, voici un article qui éclairera ce que je voulais dire: à savoir qu'on ne peut pas considérer un individu qui naît d'une mère alcoolique avec des altérations du développement psychomoteur, avec des troubles du comportement et un déficit intellectuel comme co-responsable de l'alcoolisme de sa mère.
Il hérite d'une nature déchue dont il souffrira sans avoir la moindre responsabilité dans la prise d'alcool de sa mère.

Voici cet article :

La consommation abusive d'alcool est un problème majeur de santé publique en France. Cependant, à consommation identique d'alcool, nous ne sommes pas tous égaux face au risque de développer des maladies alcooliques du foie sévères. La toxicité de l'alcool est principalement liée à un stress oxydant dont le siège et la cible majeurs sont les mitochondries. La superoxyde dismutase à manganèse (MnSOD) détoxifie l'anion superoxyde en peroxyde d'hydrogène, lui-même oxydé en eau par la gluthation peroxydase (GPx). La MnSOD, nécessaire à la vie aérobie, protège, en tandem avec la GPx, la mitochondrie des lésions oxydatives. La MnSOD est codée par l'ADN nucléaire, synthétisée dans le cytosol et importée post-traductionnellement dans la mitochondrie grâce à une préséquence d'adressage. Un dimorphisme génétique entraîne l'incorporation d'une alanine ou d'une valine dans la préséquence, et une structure en hélice alpha, pour Ala et en feuillet ß pour Val. Une étude réalisée sur 71 patients alcooliques a montré une association entre le génotype Ala/Ala et le risque de développer des hépatopathies alcooliques sévères. Une seconde étude clinique sur 179 patients, indique que les sujets ayant au moins un allèle Ala et atteints de cirrhose alcoolique, accumulent davantage de fer intra-hépatique, ont une tendance accrue à développer un carcinome hépatocellulaire et à décéder plus rapidement que les sujets Val/Val. Pour comprendre les conséquences fonctionnelles de ce dimorphisme, nous avons comparé les deux isoformes par des expériences d'import in vitro dans des mitochondries de foie de rat et des transfections transitoires dans des cellules d'hépatomes humains (HuH-7). Nous avons mis en évidence un blocage partiel du précurseur Val dans la membrane interne. Ainsi, l'activité enzymatique Ala-MnSOD est dans ces conditions supérieure de 40% à celle de Val-MnSOD. Ainsi, une augmentation de l'activité MnSOD pourrait être délétère en augmentant le taux de peroxyde d'hydrogène non détoxifié par la GPx, l'alcool entraînant une diminution du glutathion mitochondrial. Au niveau cellulaire, l'isoforme Ala entraîne une formation accrue d'ARNm de la MnSOD d'un facteur 2, et des taux de protéines monomères matures et de tétramères actifs supérieurs d'un facteur 4, en comparaison à l'isoforme Val. L'ensemble de ces travaux souligne l'importance majeure de la MnSOD dans le système antioxydant et la survie cellulaire. Cependant, de par son activité enzymatique elle-même, puisqu'elle détoxifie l'anion superoxyde en peroxyde d'hydrogène, ses effets sont étroitement liés à la détoxification du peroxyde d'hydrogène, donc à l'activité glutathion peroxydase. Ainsi, son absence est létale mais sa surexpression peut s'avérer toxique.

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