Anthony76 a écrit :Bonsoir à tous,
J'ai lu en partie les précédents développements sur l'Eglise catholique orthodoxe de France. Toutefois, est-ce que quelqu'un pourrait me résumer en quelques points les "reproches" qui sont faits à cette Eglise ?
Après ma lecture, il ressort surtout que l'évêque ne semble pas respecter les canons relatifs à sa désignation.
(...)
Bonne question. Et il est très difficile d'y répondre.
Il y a d'une part les reproches imaginaires qui relèvent de la xénophobie / francophobie des différentes Eglises locales orthodoxes sous la protection desquelles l'ECOF s'est trouvée, étant précisé que l'ECOF n'a jamais réussi à se faire accepter par l'une ou l'autre des Eglises locales où ce problème se serait moins posé qu'ailleurs (toutes les tentatives faites dans les années 1950 pour passer sous la juridiction directe de Constantinople ont échoué). Dans ce domaine-là, nous sommes habitués à l'application du principe "qui veut noyer son chien l'accuse de la rage".
Il y a d'autre part les reproches réels. Et ceux-ci sont nombreux. Ils seront naturellement contestés par les partisans de l'ECOF, et il n'y a aucun intérêt à entrer dans une polémique. Disons simplement que l'on retrouve à peu près les mêmes reproches partout depuis soixante ans. Il serait d'ailleurs curieux, si l'ECOF était vraiment exempte de toute faute, que l'on retrouve les mêmes reproches partout où l'ECOF a trouvé asile à un moment ou à un autre. Citons pêle-mêle:
- les liens inextricables avec la franc-maçonnerie;
- l'influence de certains milieux ésotéristes que l'on qualifierait aujourd'hui de
New Age;
- l'absence d'orthodoxie de certains enseignements ou de certaines pratiques / la contamination par d'autres confessions ou d'autres religions que le christianisme orthodoxe;
- le laxisme en matière disciplinaire;
- l'incapacité dans laquelle l'ECOF semble toujours avoir été de se définir elle-même. Ainsi, au moment du passage de l'ECOF dans la juridiction du patriarcat de Roumanie, il avait paraît-il été précisé que l'ECOF devait se rebaptiser "êvéché catholique orthodoxe de France" en tant que diocèse au sein du patriarcat de Roumanie, diocèse dont la juridiction aurait été limitée à la France. Or, très vite, l'ECOF est réapparue en tant qu' "Eglise" et non plus seulement "évêché" et a commencé à accepter des paroisses hors de France. Dans le cas de la Belgique, de la Suisse ou de l'Allemagne, cela pouvait encore se justifier par des raisons linguistiques et ethniques évidentes - ne sautons pas au plafond si nous utilisons le mot "ethnique"; beaucoup des contempteurs de l'ECOF ne fonctionnent eux-même que selon des critères non pas nationalistes, mais tribaux, alors... -, et je ne vois pas très bien à quelle autre juridiction un homme comme le RP Gabriel Bultmann aurait pu se rattacher dans les années 1970. Mais l'ECOF a aussi commené à recevoir des paroisses dans des pays où rien, ni dans la langue, ni dans la culture, ni dans l'Histoire, ni dans la géographie, ne justifiait un tel rattachement (exemple: les Etats-Unis, l'Argentine). Le fait que beaucoup de Basques et de Béarnais aient émigré en Argentine et que certains aient continué à y cultiver jusqu'à nos jours la langue française (plus que l'euskara ou le gascon, d'ailleurs) ne crée pas pour autant les mêmes liens avec la France que ceux que celle-ci peut avoir avec les pays qui lui sont limitrophes!
- la prétention d'être le seul embryon d'une Eglise orthodoxe locale en Europe occidentale, les autres diocèses n'étant que des diocèses "orientaux" présents en Europe occidentale, alors qu'il paraît évident qu'une telle Eglise ne se construit que par osmose entre les émigrés russes, grecs, etc., et leurs descendants d'une part, et les autochtones qui font le choix de retourner à l'Orthodoxie d'autre part;
- l'influence du modernisme importé de certains cercles de Saint-Pétersbourg avant la Révolution russe;
- le problème posé par l'attachement exclusif de l'ECOF au rit dit "des Gaules" ou "de saint Germain de Paris", qui est un essai louable de reconstitution de l'ancien rit de nos contrées, mais qui n'est pas pour autant ce rit lui-même, car le pouvoir carolingien a fait disparaître tous les manuscrits de ce rit quand il a imposé, à la fin du VIIIe siècle, le passage à un rit prétendument romain; le rit byzantin a au moins l'avantage d'une pratique ininterrompue et de ne pas être une reconstitution.
Naturellement, tous ces griefs, qui méritaient en effet discussion et posaient de réels problèmes, ont été amplifiés et déformés dans des proportions que nous ne connaissons pas vraiment par la francophobie de certains ecclésiastiques orthodoxes étrangers, par le phylétisme / tribalisme de certains immigrés, par l'idéologie oecuméniste, par la recherche de bonnes relations diplomatiques avec le Vatican, lequel voit toujours d'un très mauvais oeil que des Latins ou des Germains se rappellent qu'un autre christianisme a existé avant lui et que ce christianisme des origines reste encore aujourd'hui bien implanté dans une douzaine de pays, et enfin par l'évolution politique de certains Etats où les liens entre l'épiscopat et le pouvoir politique sont restés forts.