Antoine,
Apparemment, vous étiez pressé ou endormi quand vous avez lu mon post : vous n’avez pas compris que je répondais à Charlène, en ce qui concerne la sincérité, sur un mode entre colère, douleur et… ironie ! Et pas avec le recul du discours philosophique ni dans le jugement moral. Ce n’était sûrement pas un panégyrique de la sincérité. Et je n’ai nommé que des personnages publics.
Vous avez pris aussi avec une « kolossale finesse » ma petite phrase sur… – je détache bien les mots pour que cette fois tout le monde comprenne :
Les
variantes plus fines [des hérésies en cours que nous ne cessons de dénoncer ici, les uns et les autres, à savoir l’ethnophylétisme et l’œcuménisme] que
NOUS N’AVONS PAS ENCORE DISTINGUEES…
Alors comment voulez-vous que je vous en fasse la liste ?
C’est juste une réserve due à l’expérience historique : chaque fois qu’on a rejeté une hérésie grosse comme un immeuble, il en a surgi 5 ou 6 plus subtiles simplement à cause de l’imperfection du langage. Et l’expérience montre qu’elles ont surgies non chez les adversaires du dernier concile œcuménique d’époque mais chez ses partisans. D’où mon autre réserve :
Et dont nous sommes
PEUT-ETRE porteurs, les uns et les autres.
Je ne pensais qu’aux théologoumènes que nous avançons, quel que soit le sujet. Quand ils sont contradictoires entre eux, il faut bien que quelque chose cloche. Et je ne dis même pas que quelqu’un aurait raison et l’autre tort, mais que se pose la question du point de vue d’où l’on parle et du langage employé.
Parce que nous ne sommes pas parfaits. En tout cas, moi, je suis payée (en emmerdements) pour savoir que je ne le suis pas.
Ma phrase n’avait que ce sens là.
Aucun discours ne peut épuiser le mystère et je suis en plein accord avec vous sur ce point, Antoine. Je pourrais signer quand vous écrivez :
Nous savons, nous chrétiens, que la Vérité est une personne et non un ensemble de déductions et que le passage de la théologie apophatique à l’énoncé dogmatique garde toujours la trace de Babel.
Peut-être moins quand vous dites que
C’est par l’exemplarité de la vie sainte de nos Pères que les vérités dogmatiques se sont imposées en concile.
si sous-entendez par là que la vie des orthodoxes était irréprochable, pas celle des hérétiques. Ce qui m’a toujours semblé tragique dans la façon dont les hérésies ont surgi et furent combattues, c’est qu’elle ne venaient pas d’hommes dépravés ou sans zèle spirituel mais au départ de prêtres, d’évêques confrontés aux besoins de la catéchèse et qui essayaient de mettre des mots sur leur foi. Ou de moines, même, qui se sentaient une responsabilité théologienne. Pélage et Augustin, deux ascètes et hommes de prière. Ils auraient du avoir intérieurement ce que vous appelez
bellement «
l’évidence du Christ » et pourtant leurs formules sont des casse-gueule de première grandeur.
Et vous savez ce qui me pose le plus de questions : c’est que tous ces hérétiques n’aient jamais reconnu qu’ils avaient erré, sauf peut-être Augustin et Thomas d’Aquin sur leur lit de mort. Au contraire, ils se sont crispés sur leurs formules. Est-ce parce que l’histoire n’a retenu que les noms de ceux qui s’étaient raidis ? Est-ce parce qu’à un moment, dans les aléas du débat, le diable a profité d’une faille intérieure ?
Et qui peut se dire sans faille ?
Quant aux orthodoxes… Il y eut pendant un temps, lors des suites de Nicée, deux évêques parfaitement orthodoxes à Antioche. Simplement parce qu’une partie des Antiochiens ne supportait plus que le grand saint Athanase, patriarche d’
Alexandrie, vienne s’occuper de leurs affaires comme si
Antioche n’était pas autocéphale et cela aux mépris des canons déjà existants sur la localité de l’Eglise. Un autre dont l’orthodoxie est patente et qui fit tout, avec zèle, pour qu’elle triomphe, c’est saint Epiphane de Salamine. Ce qui ne l’empêcha pas d’avoir le plus sale caractère de toute la chrétienté.
Attention : je ne tape pas sur les orthodoxes, loin de là. Je dis simplement qu’il y eut de tout, y compris chez les saints : des parangons de douceur et des ronchons, des ascètes et des évêques à l’ascèse plus modérée, des hommes du désert et des hommes de la ville. Bref, autant de type de bonshommes que dans l'Eglise aujourd'hui.