Violence en Orthodoxie

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Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » jeu. 31 juil. 2003 17:53

Je ne sais pas si les orthodoxes ont jamais persécuté les ariens; je sais juste que les ariens ont férocement persécuté les orthodoxes, en particulier en Afrique du Nord.

Pour le reste, les orthodoxes n'ont jamais organisé de croisades, seulement des guerres défensives.

Pour ce qui est des conversions forcées, il paraît qu'il y aurait eu jusqu'en 1876 des baptêmes forcés dans des populations chamanistes finno-ougriennes de l'Empire russe; mais de cela, je ne suis pas certain, car la plupart des critiques occidentaux de l'Eglise russe lui reprochait plutôt d'avoir acheté des baptêmes en Sibérie et sur la Volga (comme le faisaient les missionnaires occidentaux en Chine) et parlent peu de conversions forcées.

Les seules pratiques vraiment contraires à la liberté religieuse dans l'Empire russe concernaient quatre questions:
- si personne n'était forcé de devenir orthodoxe, un orthodoxe n'avait pas le droit de changer de religion;
- pour maintenir l'équilibre entre les autres confessions, le passage d'une confession hétérodoxe à une autre nécessitait une autorisation du gouvernement: par exemple, si un musulman voulait devenir luthérien, le pasteur luthérien devait demander l'autorisation écrite du gouvernement avant de célébrer le baptême;
- les uniates de Biélorussie et d'Ukraine centrale, qui avaient été arrachés de force à l'Orthodoxie, décidèrent de retourner à l'Orthodoxie en 1839 et en 1875; bien qu'une minorité d'entre eux voulût le maintien de l'Eglise uniate dans ces régions, on ne leur donna le choix qu'entre retourner à l'Orthodoxie avec la majorité de leurs coreligionnaires, ou passer à l'Eglise catholique de rite latin, ce qui faisait d'ailleurs l'affaire des Polonais qui voyaient dans le rite latin un puissant instrument de polonisation;
- il y avait le problème lancinant des Vieux-Croyants, qui avaient d'abord été persécutés de manière violente, avant d'être soumis sous Pierre Ier à un statut discriminatoire, tombé en désuétude au XIXème siècle; mais il s'agissait là d'un cas flagrant d'intolérance entre orthodoxes.

Ces quatre problèmes ont été réglés par un oukaze de saint Nicolas II accordant la liberté religieuse complète en 1905.

A ma connaissance, les Byzantins n'ont pas pratiqué de conversions forcées, mais il est vrai que leur prestige culturel suffisait souvent à provoquer l'adoption de l'Orthodoxie par les peuples voisins.
En revanche, il y a eu des persécutions contre les non-chalcédoniens, à vrai dire très exagérées par la mémoire collective des Coptes, des Syriaques et des Arméniens pour qui "l'impérialisme grec" est un mythe fondateur de leur identité. En revanche, les autres Eglises pré-chalcédoniennes, éthiopienne et malankare, qui n'ont gardé aucun souvenir de ces persécutions, sont restées très philhellènes jusqu'à ce jour.

Le seul cas de persécution que je connaisse dans le cadre de l'Empire byzantin après les conquêtes arabes concerne les Pauliciens manichéens, dont deux chefs, Cusinus et Pholus, furent emprisonnés à perpétuité par l'empereur Alexis Ier Comnène. Mais il ne faut pas oublier que les Pauliciens constituaient une sorte de secte armée qui venait de trahir l'Empire; cette décision avait des motifs plus politiques que religieux. Comparez avec le sort infligé par la Papauté aux Cathares, ces manichéens d'Occident...

Comme seul cas qui pourrait se rapprocher des bûchers de l'Occident catho, il y a l'exécution par le feu d'Avvakoum et d'autres Vieux-Croyants à partir de 1682, mais il s'agit d'une mesure décidée par l'Etat russe, pas par l'Eglise.
En tout cas, la tradition de l'Eglise russe fut représentée par les décisions du concile de 1490 contre la secte dite des judaïsants: le concile refusa de condamner ces hérétiques à mort, au motif que "tout châtiment devrait être laissé à Dieu qui est assez puissant pour les corriger".

En ce qui concerne la Roumanie, on connaît un seul cas d'intolérance religieuse, une courte persécution contre les Arméniens de Moldavie menée en 1551 par le voïvode Etienne qui voulait leur extorquer de l'argent. Les orthodoxes n'ont jamais usé à l'égard des kto et des protestants des mauvais procédés dont ils furent les victimes en Transylvanie.

Pour ce qui est de la Serbie, les catholiques romains n'y ont jamais été persécutés, ni à l'époque où la ville libre de Raguse imposait la conversion forcée aux orthodoxes, ni pendant le génocide organisé par les Croates en 1941-45. Même pendant la période 1991-99, quand les Croates détruisaient avec acharnement toute trace de présence orthodoxe en Slavonie et dans la Krajina de Knin, l'Eglise catholique a fonctionné sans entraves en Serbie-Monténégro.

Donc, conclusion générale: dans la tradition orthodoxe, pas de croisades, pas d'Inquisition et pas de conversions forcées.

C'est seulement au XXème siècle, que, sans doute par suite d'un rapprochement avec les Eglises d'Occident, on a commencé à voir dans certains pays orthodoxes des persécutions dans lesquelles l'Eglise a vraiment été un acteur et pas seulement un spectacteur, persécutions dirigées contre certains des orthodoxes les plus hostiles à l'idéologie de l'oecuménisme. De telles persécutions contre les vieux calendaristes ont eu lieu en Grèce entre 1924 et 1936 (interrompues par l'arrivée au pouvoir du général Metaxas), entre 1951 et 1955 (interrompues suite aux nombreuses démarches du patriarche Christophore d'Alexandrie, lui-même nouveau calendariste, en faveur des vieux calendaristes) et entre 1967 et 1974 (interrompues par la chute des colonels et le rétablissement de la démocratie). Mais ces persécutions ont surtout constitué dans des passages à tabac ou des arrestations arbitraires; je ne connais qu'un seul cas de décès au cours de ces persécutions: la fidèle Catherine Routis, le 28 novembre 1927. En Roumanie, il y a eu de grandes persécutions contre les vieux calendaristes en 1928-30, quand le patriarche Miron était régent d'un royaume dont le premier ministre était l'uniate Jules Maniu, et en 1938-39, quand le même patriarche Miron est devenu premier ministre-alibi du régime sanguinaire mis en place par l'ambitieux roi Carol II, soi-disant pour lutter contre les méchants "fascistes" de la Garde de Fer.

Voilà tout ce que je sais.

totocapt
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OK!

Message par totocapt » jeu. 31 juil. 2003 18:23

Merci, cher Claude, heureusement que vous êtes là pour relever le niveau! Simplement, pour compléter cette vue d'ensemble, pourriez-vous m'en dire plus sur l'Empire Byzantin d'avant la conquête arabe? Sur ce qui a pu marquer les non-chalcédoniens de l'Empire? Et les éventuelles persécutions envers les hérétiques et les païens? Et à quoi a servi exactement le Code Justinien? Qu'est devenu ce dernier par la suite?

Sinon j'ignorais que les pauliciens constituaient une secte armée... Pouvez-vous m'en dire plus à ce sujet svp? En quoi et comment ont-ils trahis l'Empire? Est-ce en rapport avec les invasions musulmanes?

Encore merci pour cette première série d'infos: il est tout à l'honneur de l'Orthodoxie d'informer sur ce passé, et non de le dissimuler comme s'en complaisent diverses sortes d'intégristes... J'attends le reste avec impatience! Et si vous avez des infos sur mon sujet sur Marie, merci aussi!
Gnôthi seauton!

eliazar
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Violence et Orthodoxie

Message par eliazar » jeu. 31 juil. 2003 20:18

Cher Claude,
Il aura fallu le dernier jour de juillet de l’an de grâce 2003 pour que, pour la première fois depuis que je suis ce Forum, je me résolve à te faire un reproche.
Par contre, il est de taille : je veux parler des pogroms, sous l’Empire Tsariste.

Il est impossible de ne pas les étudier dans le cadre de la question posée par « totocapt ». Bien sûr on peut toujours prétendre que c’étaient des initiatives de l’armée russe, mais la Russie était « la Sainte Russie », les régiments (généralement de cosaques) qui exécutaient les pogroms le faisaient plus particulièrement pendant la Sainte et Grande Semaine, et cela ressemblait étrangement à ce qu’Antoine nous a cité de Saint Bernard (texte savoureux s’il en est !). Les régiments admis à l’honneur de massacrer hommes femmes et enfants dans les « stetl » juifs le faisaient avec le sentiment évident de « venger les sosuffrances du Christ » !
Ils entraient dans la zone du massacre avec leurs officiers en tête, en une sorte de procession solennelle, les chevaux au pas, précédés de la bannière avec l’icône de la Mère de Dieu, et bénis par leurs aumôniers.

Si ce n’est pas une persécution typiquement orthodoxe, ordonnée réglementairement par les plus hauts officiers de l’Armée, et tout à fait tolérée par le Petit Père le Tzar, je veux bien qu’on annule totalement la Révolution Bolchevique… et les commissaires du peuple d’origine juive qui n’y furent pas tendres, à leur tour.

Mon cher Claude : est-ce que j’ai tort ? "Réponds, réponds, réponds vi-i-te!" (air connu)
Éliazar

Catherine
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Re: Bon...

Message par Catherine » mar. 05 août 2003 10:48

totocapt a écrit :Je pense qu'Apostolos avait raison: il vaut mieux attendre le sérieux et la connaissance du lecteur Claude, plutôt qu'encourager les sarcasmes et autres railleries d'individus qui refusent d'engager une discussion sur un thème aussi sérieux que celui que j'ai voulu engager sur un plan, je le répète, d'abord culturel. Que d'autres s'en servent pour mettre en avant telle ou telle apologétique est le dernier de mes soucis, et de toute façon est condamnable en tant que procédé duplice et tendancieux...
Rentrée enfin de mes longues pérégrinations, sinon de mes pélerinages, et parcourant tout ce que j'ai pu manquer pendant 6 semaines sur le Forum, je trouve l'amusant post auquel vous réagissez extrêmement rafraîchissant et je regrette franchement, cher N… (que j'ai du mal à appeler par votre vilain pseudonyme) que vous ne soyez pas orthodoxe, car vous auriez partagé avec nous l'adage : "Un orthodoxe qui ne sait pas rire n'est pas un orthodoxe sérieux". :lol:
K.

totocapt
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Eh bien...

Message par totocapt » mar. 05 août 2003 12:49

... Si on m'apporte des éléments de réponse sérieux pour mon sujet sur le caractère apostolique ou non des prières pour Marie, il est certain que j'aurai un regard neuf sur l'Orthodoxie, et peut-être plus uniquement intellectuel... Mais que l'on sache bien: j'apprécie l'Orthodoxie!... :)
Gnôthi seauton!

Catherine
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Re: Violence et Orthodoxie

Message par Catherine » mar. 05 août 2003 16:03

eliazar a écrit : Si ce n’est pas une persécution typiquement orthodoxe, ordonnée réglementairement par les plus hauts officiers de l’Armée, et tout à fait tolérée par le Petit Père le Tzar, je veux bien qu’on annule totalement la Révolution Bolchevique… et les commissaires du peuple d’origine juive qui n’y furent pas tendres, à leur tour.
Cher Éliazar,
Comme Claude doit être très occupé, je fais une petite remarque. La Russie et l'Église russe avait déjà longuement subi à cette époque l'influence décadente de l'Occident (Pierre, Catherine).
On dit bien — les Grecs du moins le disent — que l'occupation ottomane chez eux ou le soviétisme chez les Russes avaient des conséquences bien moins désastreuses pour l'Église que l'influence du christianisme occidental et c'est vrai. Les deux premiers incitaient à la résistance et servaient à purifiaient l'Église par l'épreuve, tandis que l'influence déléthère et sournoise du troisième, sous des couleurs chatoyantes et au nom d'une soi-disant culture chrétienne, fut passivement subie. C'est ainsi que toute hérésie s'insinue d'ailleurs dans l'Église et la dénature, sans susciter trop de résistance, et il faut la réaction et l'autorité de grands saints pour y mettre fin.
L'esprit du christianisme occidental contenait bien en germe l'antisémitisme, qu'avaient adopté les Russes en même temps qu'une admiration pour la culture occidentale.
Et il a fallu la Révolution bolshévique pour purifier l'Église russe de cette influence.
Comme d'habitude, je survole les faits, en laissant aux savants les arguments factuels.
_________________
K.
K.

eliazar
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Violences en Orthodoxie

Message par eliazar » mar. 05 août 2003 20:20

Oui, chère Catherine, vous avez sans aucun doute partiellement raison. Non seulement l’influence catholique et protestante ont fait de terribles ravages en Russie et même en Grèce (mais moins qu’en Russie, si j’excepte le groupe « ZOÉ »), mais il y a eu aussi cette idée obsessionnelle (et là, l’influence du tzar Pierre a frisé le satanisme) que l’Occident avait les clés de toute sagesse et de toute réussite, modernité, connaissance, etc…

Cette idée (véhiculée un peu partout par l’extension de la Franc-Maçonnerie) a causé bien des ravages dans le monde. Je me souviens d’un bon prêtre melkite (hélas, formé en partie par les Jésuites au Liban) qui voulait absolument me persuader qu’en français, on ne pouvait pas tutoyer Dieu, et qu’il était impossible de réciter le Pater Noster en français sans vouvoyer le Père « parce que dans la langue française, les enfants vouvoient les parents »…
J’avais beau lui expliquer que c’étaient des usages uniquement dus à la montée de la classe bourgeoise (autour des Lumières et surtout après la Révolution) et à son désir de jouer les « bourgeois gentilshommes », mais qu’à l’origine, les nobles se tutoyaient entre eux, et qu’ils tutoyaient même le roi, rien à faire ; c’était comme une inversion du vieil adage « ex Oriente lux », tout ce qui avait été enseigné par des occidentaux était sacré, même les plus grosses bourdes.

Ceci dit, très chère Catherine, l’anti-sémitisme n’est pas né dans l’orthodoxie russe sur les pas de Pierre, de retour de Hollande - où du reste on n’a jamais connu d’anti-sémitisme, à travers l’histoire. Il suffit de relire un certain nombre des homélies de saint Jean Chrysostome pour constater que l’orthodoxie avait vis à vis des Juifs une doctrine de base qui n’avait pas grand chose à regretter quant à la théologie kto traditionnelle (l’ancienne). En gros, les Juifs étaient bien « le peuple déicide » qui avait appelé le sang du Christ à « retomber sur eux et sur leurs enfants ».

C’est d’autant plus énorme que si on se donne la peine de lire exactement l’Évangile (c’est à dire à la lumière de « la Loi et les Prophètes », comme le répétait Jésus) on voit que l’aspersion des assistants par le sang du bœuf sacrificiel a toujours été, pour les anciens Juifs, un signe de bénédiction prophylaxique – et non de malédiction. Prophétiquement, le peuple de Jérusalem appelait la protection du Christ immolé pour eux sur ses enfants – et non une quelconque malédiction ; il fallait vraiment avoir une imagination délirante pour se figurer une foule assez perverse pour appeler la malédiction sur ses enfants et sur elle-même !

Je crois surtout que cet anti sémitisme était issu à l’origine de sources théologiques mal interprétées - l’Évangile est clair, ce sont les « kollabos » du Sanhédrin, la classe des profitants, qui ont manœuvré le petit peuple venu à Jérusalem pour la Pâques … alors que le peuple juif dans son immense majorité (Samaritains compris !!) se pressait en foule partout où passait Jésus, pour boire ses paroles, lui apporter ses malades à guérir, ses enfants à bénir, etc…

Puis ensuite il est devenu un anti sémitisme généralisé comme une conséquence de manœuvres en tout point similaires, venues elles aussi des cercles dirigeants, des « divites » du Magnificat, et ceci dans tous les pays du monde - à partir en tout cas d’une certaine évolution sociale et principalement quand l’élite « marchande » a commencé à lorgner sur les « privilèges » des Juifs : la banque internationale, et le grand commerce ! De même que les riches publicains ont dressé le peuple contre Jésus pour se débarrasser du trublion qui avait osé les chasser du fructueux parvis du Temple (et les traiter de voleurs), les riches marchands occidentaux (et leurs émules du reste du monde capitaliste naissant) ont dressé leurs peuples à prendre leurs concurrents juifs pour bouc émissaire ! Ils faisaient ainsi coup double, et même triple : ils jetaient des miettes de spectacles sanglants au bas peuple pour l’amuser et le détourner d’une attention plus critique à l’évolution de sa propre société (id est : à sa propre exploitation !), ils pouvaient discrètement s’entre-distribuer les dépouilles (autrement plus enrichissantes que les vêtements de Jésus sur le Calvaire), et surtout, ils pouvaient enfin prendre leur place sous des dehors de justice et de purification… La plus parfaite hypocrisie : celle qui nourrit son homme ! et qui « oblige Dieu » à la couvrir !!

Il n’empêche que l’État Russe revendiquait d’être « la Troisième Rome », que le Tzar était le nouveau « Basileus » de cet Empire Chrétien Orthodoxe, le défenseur des chrétiens et l’organisateur suprême de l’Église au for externe, et que son armée était directement sous les ordres de sa haute noblesse. Chaque régiment avait ses aumôniers, les soldats faisaient des prières comme jadis les Croisés avant la bataille : il suffit de relire les écrivains russes eux-mêmes, comme par exemple Dostoïevsky dans ses admirables « Souvenirs de la Maison des Morts » - que je considère comme son plus grand livre, son véritable chef-d’œuvre ; on y touche du doigt pour ainsi dire, cette présence constante de la prière rituelle, parmi les condamnés, chez les soldats, chez les officiers du bagne eux-mêmes, qui vont parfois jusqu’à l’utiliser pour ridiculiser davantage un détenu, ou pire : pour « pimenter » son supplice.
Le début des massacres rituels, ou pogroms, avec la bannière de la Mère de Dieu, et la Croix, en tête des régiments de tueurs n’est pas niable – quelles que soient les vicissitudes de l’Histoire, c’est du sacrilège pur et simple. Il fallait des boucs émissaires, on prenait les Juifs, et on mettait tout cela sous la bénédiction de Dieu. Il fallait que les boucs émissaires fussent de nature religieuse, que leur supplice entre dans le décor grandiose de la Religion.

Les Juifs, dans la Sainte Russie, ont été l’équivalent des sorcières dans le catholicisme germanique (celui des Français, des Allemands, etc…), ou celui des condamnés de l’Inquisition en Espagne. Une fête pour les voyeurs, un acte "admirable" pour les exécuteurs! Mettre un voile pudique sur cela, ce n’est pas répondre honnêtement à la question honnêtement posée par « totocapt ».

Je suis stupéfait qu’il ait fallu si longtemps pour que cette réponse soit apportée. Au début de cette discussion, je ne suis pas intervenu car j’attendais que les plus documentés d’entre nous le fissent. En plus, je ne suis ni Juif ni Russe, et il m’était difficile de le faire en ayant l’air de rejeter sur un autre peuple cette responsabilité : je n’hésite jamais, lorsqu’il s’agit de condamlner les crimes de l’armée française, par exemple, car là, je parle en connaissance de cause, et en citoyen du pays condamnable ; j’ai donc le droit de le faire à plein. Dans le cas de la Russie, c’est « hors du sujet », pour moi. Mais devant ce silence un peu consternant, il fallait bien que j’ouvre ma grande gueule, une fois de plus !

Je m’en excuse auprès de nos frères Russes, mais je crois qu’on doit toujours essayer d’expliquer, certes, mais jamais pour nier sa culpabilité, ou celle des siens.

Nous sommes tous pécheurs.
Éliazar le tout premier...

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Question complémentaire...

Message par totocapt » mar. 05 août 2003 20:54

Eliazar, savez-vous de quand datent les premiers pogroms russes?
Gnôthi seauton!

Catherine
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Re: Violences en Orthodoxie

Message par Catherine » mer. 06 août 2003 16:38

— Ceci dit, très chère Catherine, l’anti-sémitisme n’est pas né dans l’orthodoxie russe … Il suffit de relire un certain nombre des homélies de saint Jean Chrysostome pour constater que l’orthodoxie avait vis à vis des Juifs une doctrine de base qui n’avait pas grand chose à regretter quant à la théologie kto traditionnelle (l’ancienne). En gros, les Juifs étaient bien « le peuple déicide » qui avait appelé le sang du Christ à « retomber sur eux et sur leurs enfants ».

• Cher Éliazar, la Tradition orthodoxe, depuis les origines, a en effet parlé et parle encore de "peuple déïcide" au sujet des Juifs et saint Jean Chrysostome n'était pas le premier père à les qualifier ainsi.
Cependant, il ne s'agit pas du tout d'une haine raciale envers le peuple juif, mais d'une constatation de leur aversion réelle et RELIGIEUSE du vrai Messie, aversion ayant abouti effectivement au meurtre du Christ (même si ce n'est pas le petit peuple qui a perpétré le crime) et aussi à la persécution des chrétiens (peut-on nier qu'ils étaient les premiers à le faire ?). Cette aversion — je le répète : religieuse — était celle-là même qui animait saint Paul avant sa conversion.
Et, ne vous en déplaise, cette aversion envers la foi du Christ perdure jusqu'aujourd'hui chez eux, d'une manière tenace, et c'est en ce sens que l'on peut dire que la malédiction qu'ils avaient appelée sur eux-mêmes et leurs enfants s'est réalisée. La conversion d'un Juif tant soit peu religieux à la foi du Christ a toujours été extrêmement rare, sinon inexistante.
Les pères n'ont pas de haine raciale contre les Juifs : ils expriment l'entière incompatibilité et donc la rupture totale qui doit exister entre juifs et chrétiens sur le plan religieux, c'est tout, et comme Paul, ils regrettent leur entêtement.
De plus, ils parlent aussi souvent et aussi sévèrement de déïcide au sujet des chrétiens pécheurs ou hérétiques. Il faut donc bien comprendre que ce ne sont pas eux qui ont incité les chrétiens à une haine raciale quelconque.


— C’est d’autant plus énorme que si on se donne la peine de lire exactement l’Évangile (c’est à dire à la lumière de « la Loi et les Prophètes », comme le répétait Jésus) on voit que l’aspersion des assistants par le sang du bœuf sacrificiel a toujours été, pour les anciens Juifs, un signe de bénédiction prophylaxique – et non de malédiction. Prophétiquement, le peuple de Jérusalem appelait la protection du Christ immolé pour eux sur ses enfants – et non une quelconque malédiction ; il fallait vraiment avoir une imagination délirante pour se figurer une foule assez perverse pour appeler la malédiction sur ses enfants et sur elle-même !
• Je ne crois pas que l'on doive lire l'Évangile à la Lumière de « la Loi et les Prophètes », le Christ n'aa jamais dit cela, c'est bien le contraire, et je crois que là, voulant "disculper" les pères d'un antisémitisme imaginaire, vous leur attribuez une erreur de lecture, alors que c'est bien vous qui vous trompez.
Ensuite, si par je ne sais quelle mauvaise interprétation, et pour des raisons non-religieuses, l'antisémitisme s'est développé plus tard, avec les pogroms en Russie, mais aussi ailleurs et surtout dans la chrétienté occidentale — c'est une autre question.
La Tradition de l'Église orthodoxe ne connaît ni la haine ni la persécution raciales. Et d'ailleurs quel sens une telle attitude aurait-elle lorsque la personne humaine la plus vénérée de l'Église, la Toute-Sainte Vierge Marie était de la race des Juifs ?
Même lorsque certains textes liturgiques parlent de la "race des Hébreux", il ne faut pas l'interpréter au sens que nous lui en donnons aujourd'hui.
Comme quoi il faut toujours exercer son discernement, et ne pas s'arrêter à des mots selon notre entendement moderne, mais au sens spirituel des mots.
K.

Antoine
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Message par Antoine » mer. 06 août 2003 18:32

Les meilleurs spécialistes de l'histoire de l'antisémitisme laissent entendre, avec quelques références en bas de page, que ce sont les Pères de l'Eglise qui ont lancé contre les juifs l'accusation de déicide. Déicide, Génocide, les deux mots semblent faits l'un pour l'autre. Le rapport de causalité entre eux, à défaut d'être établi, est facile à exploiter dans un contexte polémique qui n'est pas le nôtre. Cette accusation est-elle fondée, ou non ? Mais auparavant il nous faut élucider un problème de sémantique qui n'est pas innocent.Il faut d'abord remarquer que, de nos jours, le mot déicide évoque immanquablement Nietzsche et l'athéisme militant qui ont proclamé la mort de Dieu. Utiliser ce terme pour traduire un texte du IVe siècle ressemble à un anachronisme, sinon à un contresens. En effet, la mort du Dieu Eternel et Tout-puissant est littéralement impensable pour un écrivain chrétien des premiers siècles. D'ailleurs, dans l'antiquité, le mot et le concept même de déicide n'existent pas. Par définition, les dieux sont immortels. La mythologie, pourtant fertile en anecdotes cocasses, scabreuses ou dramatiques, n'a jamais raconté la mort d'un dieu, et moins encore son meurtre. Les hommes, eux, sont mortels, c'est leur définition, à tel point que cet attribut est employé comme un synonyme : un homme, un mortel, les deux mots sont interchangeables.Et pourtant les Pères grecs ont bien créé tout exprès le mot théo-ktonoi pour désigner ceux qui ont tué Dieu, c'est-à-dire ceux qui ont une responsabilité, directe ou indirecte, dans la mort de Jésus : juifs, romains, chrétiens pécheurs ou hérétiques, chacun à leur manière, sont meurtriers de Dieu. Il ne s'agit évidemment pas de déicides qui auraient tué la divinité, mais de ceux qui ont tué Jésus-Christ, Fils de Dieu.Pour en terminer avec ce problème de vocabulaire, faut-il faire appel à l'autorité du très savant et très classique Dictionnaire grec-français de M.-A. Bailly ? Au mot théo-ktonos, on trouve la traduction et la précision suivante : qui fait mourir Dieu (c.-à-d. Jésus-Christ). Manifestement on a évité le mot déicide, et on s'est résigné à faire du mot à mot, ce qui est interdit par tous les professeurs de grec et de latin ! Nous suivrons donc l'exemple du dictionnaire Bailly pour éviter contresens et anachronisme dans la traduction de ces textes censés condamner les Père de l'Eglise.
Le vocabulaire étant défini, on peut passer aux textes des grands accusés qui auraient traité les juifs de «déicides», à savoir : Eusèbe de Césarée, Grégoire de Nazianze, Grégoire de Nysse, Jean Chrysostome, Astérios d'Amasée et Méliton de Sardes.
On recensera ensuite ceux qui ont utilisé le mot théo-ktonoi mais qui n'ont pas été 'épinglés' par des accusateurs trop pressés, et enfin, ceux qui ont utilisé, comme d'ailleurs également les précédents, d'autres néologismes moins tapageurs, à savoir Kurio-ktonoi et Christo-ktonoi : ceux qui ont tué le Seigneur, et ceux qui ont tué le Christ
Les résultats statistiques sont les suivants :
- Ceux qui ont tué Dieu (Théo-ktonoi).............17 fois cités.
- Ceux qui ont tué le Seigneur (Kurio-ktonoi)..27 fois cités.
- Ceux qui ont tué le Christ (Christo-ktonoi)...17 fois cités.

AU TOTAL :..61 CITATIONS.
De ces dix-sept Théo-ktonoi sur soixante et une citations, il ne faudrait pas conclure qu'on est là devant un thème majeur, mille fois repris et développé. C'est bien le contraire qu'il faudrait conclure.
Au regard de l'immense corpus patristique, cette poignée de Théo-ktonoi ne permet pas de faire une théorie, et encore moins une théologie exprimant une opinion commune.

Pour les Pères de l'Eglise, les trois néologismes qu'ils emploient sont manifestement synonymes. Dans les trois cas il s'agit du Christ, Seigneur, fils de Dieu, et de sa mort sur la croix. Pour chacun des textes cités, il faudra toujours se demander : de qui parle-t-on ? Des juifs ou des romains qui sont intervenus dans le procès de Jésus, ou bien des juifs en général depuis le 'déicide' jusqu'à la consommation des siècles, ou bien encore des ennemis de l'Eglise, empereurs, hérétiques ou autres ? La réponse dépendra évidemment du contexte. La responsabilité des juifs et des romains qui ont participé à la condamnation et à l'exécution de Jésus n'est guère contestable. Ce qui fait problème, c'est la notion de responsabilité et donc de culpabilité collectives et héréditaires qui ont été admises très tôt et jusqu'au concile Vatican II, en contradiction flagrante avec l'Ancien et le Nouveau Testament, l'un et l'autre affirmant, à contre courant, que chacun sera jugé selon ses oeuvres . Il aura fallu beaucoup de temps pour admettre que 'le crime de déicide' n'était pas 'génétiquement transmissible'. On notera pourtant que la notion de race juive est totalement absente chez les Pères de l'Eglise. Les motifs sont toujours religieux. L'antisémitisme chrétien est théologique, il n'est pas d'essence raciste.


Jean Chrysostome est Bouche d'or lorsqu'il commente l'Ecriture, mais il peut devenir une Bouche infernale lorsqu'il vitupère contre les juifs : pas moins de huit sermons à la file ! Mais pourquoi tant de violence oratoire, tant de haine ?
Avant de citer le texte, il nous faut évoquer le contexte. Ce qui fait sortir l'orateur de ses gonds, ce ne sont pas les juifs, ce sont des chrétiens qui continuent à fréquenter la synagogue .
Trois cent cinquante ans après l'épître aux Galates, le problème des judaïsants n'est toujours pas réglé. Le contraste entre le pasteur et ses ouailles, du moins une partie d'entre elles, est frappant. D'un côté un homme pour qui les juifs sont des êtres totalement abstraits, sortis tout droit de la Bible, pétrifiés depuis des siècles dans les féroces diatribes des prophètes. De l'autre, des chrétiens qui, non seulement connaissent des juifs en chair et en os, mais entretiennent avec eux d'excellentes relations, observant même les rites, les jeûnes et les fêtes juives. Avant d'être théologien ou exégète, Chrysostome est pasteur. Il vient d'être ordonné prêtre et s'est vu confier par son évêque le ministère de la parole. Il veut ramener ses brebis dans le droit chemin, et il ne lésine pas sur les moyens. Tous les arguments sont bons, il faut frapper fort, très fort : théo-ktonoi, meurtriers de Dieu !
Dans l'assistance on n'a peut-être pas tout compris, mais chacun est sorti du prêche avec une certitude : le nouveau prêtre est très en colère, il faudra être discret dans ses rapports avec les juifs qui, au demeurant, sont des gens très fréquentables ! Dans le même sermon, et dans la même période oratoire, Jean Chrysostome utilise les deux mots ceux qui ont tué le Christ et ceux qui ont tué Dieu qui désignent évidemment la même personne :"La fumée de vos offrandes m'est en abomination [Is 1,13]. La fumée est en abomination, et le lieu ne le serait pas ? Et quand cette abomination ? Avant que les juifs aient commis le crime suprême, avant qu'ils aient mis à mort leur Maître, avant la croix, avant le meurtre du Christ, c'est l'abomination. N'est-ce pas pire maintenant ? «Et si quelqu'un tue ton fils, dis-moi, est-ce que tu supporterais son regard ? L'écouterais-tu s'il te parlait ? Ne le fuirais-tu pas comme un méchant démon, comme le diable lui-même ? Ils ont tué le fils de ton Maître, et tu oserais entrer avec eux dans le même lieu ? Alors que celui qu'ils ont mis à mort t'a honoré au point de te faire son frère et son héritier. Et tu lui fais le même affront que ses meurtriers qui l'ont attaché à la croix, lorsque tu pratiques et observes leurs fêtes, que tu vas dans leurs édifices impies, que tu entres dans leurs portiques impurs et que tu participes à la table des démons. C'est ainsi que je suis amené à appeler le jeûne des juifs après le meurtre de Dieu".
Cette violence verbale qui nous choque si fort de la part d'un homme d'Eglise, Chrysostome l'a prise dans la Bible. Israël y est traité très habituellement d'infidèle et même de prostituée. Plus cinglantes encore les comparaisons avec les animaux : Chiens voraces et insatiables [Is. 56,11], Vaches de Basan [Amos 4,1], Génisse rétive [Osée 4,16], Etalons bien repus, vagabonds, chacun d'eux hennit après la femme de son voisin [Jr 5,8]. M. Simon cite un critique juif qui "constatait amèrement que les prophètes, fleur d'Israël, portent l'involontaire responsabilité de la haine attisée par l'Eglise ancienne contre leurs frères" .

Pour en savoir plus, on pourra lire l'excellent numéro 29 de la revue Connaissance des Pères de l'Eglise de mars 1988, intitulé Jean Chrysostome face au judaïsme.Les accusateurs du bouillant prêtre d'Antioche s'en tiennent aux citations ci-dessus. Nous avons essayé de les compléter. On remarquera que l'expression la plus habituelle est meurtriers du Christ.Dans le texte suivant, Chrysostome interpelle ses auditeurs judaïsants : «Lorsque tu t'éloignes...». Le fait qu'un chrétien aille à la synagogue, est ressenti comme un éloignement, dans tous les sens du terme :«Lorsque tu t'éloignes pour entrer en communion avec ceux qui ont répandu le sang du Christ, n'as tu pas honte de venir communier à la table sacrée et prendre part au sang du Christ ?.«Qui donc peut donner preuve plus éclatante qu'il n'aime pas Dieu, que de prendre part aux fêtes de ceux par qui il fut tué. ?.«Si les juifs n'avaient pas considéré que la recherche de la vaine gloire était sans importance, ils n'auraient jamais été jusqu'à devenir des meurtriers du Christ".Dans le style musclé, Jean Chrysostome n'a pas son pareil. Ce jour-là, il s'en prend aux avares et commente à leur intention la réponse des grands-prêtres à Judas : Toi vois [Mt 27,4] :«Rejetant le crime sur le traître, ils disent : Toi vois. Après l'avoir poussé au meurtre du Christ, ils l'abandonnent" .Jean Chrysostome commente l'évangile de Jean : Jésus ne voulait pas aller en Judée, parce que les juifs cherchaient à le faire mourir :«Rien de pire que l'envie et la jalousie ; par elle, la mort est entrée dans le monde ;... par elle, Abel a été tué ;... par elle, beaucoup de justes ont souffert ; par elle, les juifs sont devenus des meurtriers du Christ".«Et lorsque nous participons indignement aux saints mystères, nous nous perdons comme ceux qui ont tué le Christ".Jean Chrysostome explique que la grâce de Dieu opère même dans ceux qui en sont indignes :«Dieu a trouvé bon de parler avec Caïn à cause d'Abel, avec le diable à cause de Job, avec le Pharaon à cause de Joseph.... Les Mages aussi ont eu accès à la révélation, et Caïphe a prophétisé alors qu'il était meurtrier du Christ".

Ce dossier vous intéresse ? Alors la suite sur
http://web.wanadoo.be/rupture/cg_frame.htm

eliazar
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Violence en Orthodoxie

Message par eliazar » mer. 06 août 2003 20:50

Chère Catherine,
Deux petites rectifications, d’autant plus nécessaires après avoir lu l’excellente communication d’Antoine.
Vous avez écrit : « La Tradition de l'Église orthodoxe ne connaît ni la haine ni la persécution raciales. Et d'ailleurs quel sens une telle attitude aurait-elle lorsque la personne humaine la plus vénérée de l'Église, la Toute-Sainte Vierge Marie était de la race des Juifs ? »
Je n’ai pas prétendu que l’Église Orthodoxe connaissait la haine et la persécution raciale – et si je l’avais laissé entendre, j’aurais eu doublement tort, puisque le peuple juif n’est pas « une race » homogène (cf. les fallachas). Son identité, en l’occurrence, est sa foi et non la couleurd e sa peau ou ses origines sémitiques. Kessel a jadis consacré un livre intéressant à la « Treizième tribu d’Israël » (composante importante des ashkénazes) qui aurait été d’origine caucasienne…
Quant au fait que la Toute Sainte était de la race des Juifs (non, pas de la race des Juifs, mais de celle de David !), le Christ aussi était de la maison de David, et même doublement, par Joseph aussi : la notion de race (c’est à dire de transmission génétique) est ici complètement hors de sujet, puisque Joseph n’a pas transmis de gènes, mais une hérédité « noble », et même royale – mais surtout prophétique.
Vous ajoutez : « Cependant, il ne s'agit pas du tout d'une haine raciale envers le peuple juif, mais d'une constatation de leur aversion réelle et RELIGIEUSE du vrai Messie, aversion ayant abouti effectivement au meurtre du Christ (même si ce n'est pas le petit peuple qui a perpétré le crime) et aussi à la persécution des chrétiens (peut-on nier qu'ils étaient les premiers à le faire ?). Cette aversion — je le répète : religieuse — était celle-là même qui animait saint Paul avant sa conversion.
Et, ne vous en déplaise, cette aversion envers la foi du Christ perdure jusqu'aujourd'hui chez eux, d'une manière tenace, et c'est en ce sens que l'on peut dire que la malédiction qu'ils avaient appelée sur eux-mêmes et leurs enfants s'est réalisée. La conversion d'un Juif tant soit peu religieux à la foi du Christ a toujours été extrêmement rare, sinon inexistante. »

Ce n’est pas du tout de cela que je parle quand je fais allusion aux pogroms. Au risque de me répéter lourdement, je ne peux pas admettre l’idée d’un « peuple déicide ». Et encore moins d’un peuple juif ACTUEL (composé de sépharades, d’ashkénazes, de ritualistes durs, de judéo-chrétiens, de fallachas, d’athées, d’indifférents, de communistes, de terroristes genre Irgoun, de crapules financières, de sages aussi, etc. etc.) qui serait tout entier « déicide » parce que quelques-uns des habitants de Jérusalem auraient réclamé la mort de Jésus.

Pardonnez-moi, Catherine, mais c’est aussi idiot que de vouloir envoyer tous les citoyens allemands dans des camps de concentration à cause des crimes des nazis. Je déteste l’idée de culpabilité collective.

Alors, massacrer au petit bonheur un village de juifs russes le Vendredi saint pour réparer (dans leur sang à eux !) pour les souffrances du Christ, c’est pour moi aussi abominable que les autres crimes commis par les kto, par exemple.

Et tourner autour du pot, ce n’est pas répondre en honnête orthodoxe à la question honnête de totocapt (ah ! ce qu’il peut m’exaspérer, ce "totocapt", avec son faux nez de clown, et ce nom idiot de héros de bande dessinée ! il vaut tellement mieux que cela!)
Éliazar

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Re: Violence en Orthodoxie

Message par Catherine » mer. 06 août 2003 21:42

Cher Éliazar,
J'ai vraiment l'impression que nous ne nous comprenons pas du tout, et ce n'est pas la premièe fois.
Je suis persuadée que nous sommes d'accord sur l'essentiel, mais la façon dont chacun de nous s'exprime rend notre compréhension mutuelle presque impossible.
Mais je suis trop fatiguée ce soir pour démêler cela. Je n'ai pas l'impression d'avoir tourné autour du pot et je n'ai pas parlé de culpabilité collective non plus.
K.

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Violence en orthodoxie

Message par eliazar » jeu. 07 août 2003 18:34

Chère Catherine,
Excusez la vivacité de mon « tourner autour du pot ». Je ne vous accusais de rien, bien sûr, cela ne concernait que la tendance (fréquente dans les milieux russes dits « blancs ») qui consiste à mettre sur le compte d’une influence occidentale et non d’une culpabilité orthodoxe le système des pogroms. Quand ce n’est pas sur la férocité bien connue des cosaques qu’on y détournait une critique ou une réprobation qui aurait pu tomber sur le gouvernement du Tzar…
Quant à la culpabilité collective, ce n’était pas une phrase de vous que je visais, mais un non-dit général qui voulait, dans la Sainte Russie, que le massacre rituel des Juifs (les pauvres, pas les financiers ou hommes d’affaires moscovites, bien sûr) soit une expiation pour les souffrances de la Passion du Christ ; et donc, une punition collective pour une culpabilité collective.
Moi aussi, je suis assommé par cette canicule…
Éliazar

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Violence en Orthodoxie

Message par eliazar » jeu. 07 août 2003 19:28

Pour répondre à une question posée il y a quelques jours par « totocapt », je suis allé consulter l’article « Pogrome » de l’Encyclopediae Universalis, article signé par Gérard NAHON. En voici un extrait :

« Perpétrés entre 1881 et 1921 , les pogromes furent si nombreux qu’une typologie a pu être établie à leur propos. Ils survenaient lors d’une crise politique ou économique et s’effectuaient grâce à la neutralité (parfois aussi grâce à l’appui discret) des autorités civiles et militaires.
« La première vague de pogromes eut lieu entre 1880 et 1884 : les principaux sont ceux d’Elisabethgrad l’actuelle Kirovohrad (15 avr. 1881), de Kiev (26 avr.), d’Odessa (3-5 mai 1880), de Varsovie (déc. 1881-janv. 1882), de Balta (22 mars 1882). Partout l’assaut était donné par des employés et des ouvriers, rejoints par des paysans des alentours.
« Le gouvernement russe prit prétexte des pogromes pour limiter les droits économiques des Juifs et les expulser des villages. En pleine crise révolutionnaire, entre 1903 et 1906, la deuxième vague de pogromes fut marquée par ceux de Kichinev (6 avr. 1903), de Jitomir (mai 1905), de Bialystok (1er juill. 1906).
« La troisième vague, la plus féroce, fut consécutive à la guerre civile en Russie (1917-1921). L’Ukraine indépendante en fut le théâtre majeur : des bandes de paysans en lutte contre l’Armée rouge massacrèrent les Juifs, sous la conduite de leurs ataman et avec l’appui des troupes ukrainiennes et du Premier ministre Simon Petlioura, dans maintes villes, en particulier Proskourov (15 févr. 1919). En Russie même, l’Armée blanche de Denikine organisa plusieurs pogromes, notamment à Fastov (15 sept. 1919). La victoire de l’Armée rouge y mit fin.
« Le bilan des pogromes est malaisé à établir : on peut dénombrer quelque 887 pogromes majeurs et 349 « mineurs », qui auraient fait plus de 60 000 morts. Les conséquences des pogromes sont parfois contradictoires. Celui de Kichinev inspira au poète hébreu H. N. Bialik son poème « Dans la ville du massacre », par lequel il appelait son peuple à se défendre avec ses propres forces (ce qui était interdit depuis 1903 par une circulaire du gouvernement de Plehve). « Un des objectifs russes fut en partie atteint : l’émigration juive vers l’Occident s’accrut brusquement. Le sionisme apparut alors comme la seule solution à proposer aux masses juives en danger de disparition violente. Lors de la troisième vague des années 1918-1921, les pogromes placèrent les Juifs aux côtés des Soviets.
« Enfin, conséquence lointaine des pogromes, Simon Petlioura fut assassiné à Paris, en 1926, par Shalom Schwarzbard, dont les parents avaient péri durant les pogromes ukrainiens. Défendu par Henri Torrès, Schwarzbard fut acquitté.
« Sur les pogromes, on dispose d’ouvrages d’érudition et de reportages (cf. Die Judenpogrome en Russland, rapport de la Commission d’enquête de l’Organisation sioniste de Londres, Cologne-Leipzig, 1909-1910 ; et le livre de Bernard Lecache, Au pays des pogromes, quand Israël meurt, Paris, 1927). »
Fin de citation.

Le même auteur, dans un autre article de la même Encyclopédie (« Ghetto »), écrit aussi :
« Une loi universelle non écrite permettait à la populace, en temps de crise, de donner l’assaut au ghetto, pillant, violant, tuant à loisir, sans que la force publique intervienne. Les massacres en masse les plus fameux sont ceux de l’Aragon et de la Castille de 1391, de Francfort de 1614, de Pologne de 1648 à 1658 (lors de la révolte des cosaques contre les seigneurs polonais), d’Alger en 1804, de Casablanca en 1907 et surtout les pogroms de Kichinev (1903 et 1905). »

La discrétion de Gérard NAHON vis à vis de l’Église Orthodoxe correspond à une volonté qui semble se généraliser aujpourd'hui de ne pas attiser les rancoeurs d’origine religieuse dans un monde (le nôtre) où tant de guerres récentes et en cours prennent la religion pour prétexte. Dans un troisième article du même (« Judaïsme »), un court paragraphe échappe toutefois à cette règle non-écrite :

« L’avènement d’Alexandre III, flanqué de Pobiedonostzev, procureur du Saint-Synode, prélude à une série d’assauts populaires contre les quartiers juifs. Le phénomène découle en partie de l’agitation antisémite importée d’Allemagne, en partie d’une politique du gouvernement qui tient dans ce programme : « Un tiers des Juifs sera converti, un tiers émigrera, un tiers périra. »
En 1881 éclatent plus de cent pogroms, particulièrement à Elisabethgrad (27-28 avril), Kiev (8-9 mai), Odessa (15-17 mai). Le pogrom est perpétré par des ouvriers et des artisans, auxquels se joignent des paysans des environs. Les maisons et boutiques sont pillées. Suivent les meurtres et les viols. La police n’intervient pas et la troupe arrive trois jours après le début du pogrom. À la suite de ces massacres commence la première montée vers la Palestine (alya). Mieux organisé que les précédents avec le vice-gouverneur Ustrugov et un officier de police de Saint-Pétersbourg, le pogrom de Kichinev (1903) ne laisse aux Juifs d’autre issue que l’émigration. »

Je suis frappé de constater que l’auteur ne parle jamais des pogroms de la Sainte Semaine, et minimise l’action des troupes à une simple « arrivée » après les trois premières journées de pgrom.


Un passage d’un autre article (« Antisémitisme », de Jacques MADAULE, également dans l’EU) donne les détails complémentaires suivants :

« Le 13 mars 1881, Alexandre II fut tué à Saint-Pétersbourg. L’attentat était l’œuvre des nihilistes, mais ceux-ci avaient bénéficié de nombreuses complicités juives, entre autres celle d’une jeune fille, Hesse Helfmann. Il n’en fallut pas davantage à l’administration tsariste pour détourner sur les juifs la colère du peuple. Alors commence la série des pogroms. Ce mot russe signifie dévastation, et il s’applique parfaitement à ce qui se passa à Kiev, capitale de l’Ukraine, le 6 avril 1881.
« En voici la description, d’après un rapport de police : « Le 6 avril, les troubles commencèrent à sept heures du matin et s’étendirent à toute la ville avec une rapidité extraordinaire. Employés de boutique, garçons d’auberge, artisans, cochers, fonctionnaires de l’État, élèves-officiers, soldats de l’armée, tous se joignirent au mouvement. La ville offrait un aspect inhabituel : les rues étaient parsemées de plumes d’édredon et de meubles ; dans les maisons, portes et fenêtres avaient été défoncées. Une foule enragée se répandait dans toutes les directions, criant et hurlant, poursuivant son travail de destruction sans rencontrer la moindre résistance. L’indifférence absolue de tous ceux qui n’étaient pas juifs devant cette rage destructrice complétait ce tableau [...] Le soir, il y eut une recrudescence de troubles avec les paysans des environs qui envahissaient la ville, attirés par le pillage des biens juifs. »
« De tels pogroms ont eu lieu en Russie pendant plus de vingt ans , amenant beaucoup de juifs de Russie et de Pologne, alors annexée en partie à l’Empire russe, à fuir aux États-Unis ou au Canada. Tous passaient par l’Europe centrale et occidentale, quelques-uns s’y fixaient. Cet afflux de nouveaux immigrants juifs à la fin du XIXe siècle et au commencement de celui-ci ne contribua pas peu à renforcer l’antisémitisme dans ces pays, d’autant que, vers 1900, la police secrète russe commença à faire circuler, sous le nom de Protocoles des Sages de Sion, un texte fabriqué qui contenait tous les éléments de ce que l’on devait appeler plus tard « la conspiration judéo-maçonnique ».
« Il s’agissait du procès-verbal de prétendues séances secrètes qu’auraient tenues à Bâle en 1897, à l’occasion de la réunion du premier Congrès mondial sioniste, les exilarques (chefs des juifs en exil) du monde entier. En corrompant systématiquement les mœurs de l’Europe chrétienne et en achetant leurs chefs, juifs et francs-maçons se seraient proposé d’obtenir l’empire du monde sur les ruines de la chrétienté. En mai 1882, enfin, la Russie tsariste avait adopté la législation antijuive la plus systématique qui ait été élaborée avant les lois racistes de Hitler. »
Fin de citation

Enfin, il semble évident que les pogroms organisés n’aient cessé qu’après la victoire définitive de l’armée rouge sur les armées tzaristes au cours de la guerre civile. Par exemple, le grand photographe soviétique (né en Ukraine) Evguéni Khaldeï n’échappera à la mort au cours d’un pogrom de 1918 que dans des circonstances particulièrement atroces. Né le 10 mars 1917, à Donetsk (Yuzovka puis Stalino), grande ville industrielle d’Ukraine, sa famille fut en effet victime d’un pogrom alors qu’il avait un an : sa mère en voulant le protéger mourut d’une balle qui la traversa et vint se loger en fin de course dans le propre corps de l’enfant.
Les armées « blanches » procédèrent à des pogroms réguliers jusqu’en 1920, et même, semble-t-il, encore en 1921.

Éliazar

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Message par Catherine » jeu. 07 août 2003 20:41

Cher Éliazar,
Tout ce que je voulais dire, c'est que ce n'est pas la faute des pères de l'Église, si en Russie, il y a eu des pogromes au nom de l'orthodoxie.
Je serais étonnée que le commentateur inspiré de saint Paul, l'apôtre qui aurait "préféré être anathème pour ses frères, les Juifs", donc que saint Jean Chrysostome ait eu de la haine ou ait incité à la haine contre ceux-ci.
Influence occidentale ou pas, l'orthodoxie — qui hait l'hérésie, l'erreur et le péché, tout en étant compatissant envers l'hérétique, l'égaré et le pécheur — a été bien déformée en Russie depuis longtemps.
J'ignore si l'Église officielle russe a condamné ces pogromes depuis — c'est l'attitude normale de l'Église orthodoxe, qui ne "canonise" pas les criminels du genre de Stepinac, mais je sais que les VCO russes (ceux de l'Église des Catacombes) étaient conscients de souffrir la persécution et les tortures que les Soviétiques leur infligeaient POUR LES PÉCHÉS DE LEUR PEUPLE, de la soi-disant SAINTE RUSSIE (même si personnellemnt aucun d'eux n'a participé à ces pogromes) — ce qui est l'attitude chrétienne orthodoxe véritable. Le Christ n'a-t-Il pas souffert pour les péchés de l'humanité ?
Voilà en deux mots, et sans recourir à des détails historiques, l'essentiel de ma pensée, et j'espère qu'il n'y a plus de malentendu entre nous.
K.

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