Louis XVI martyr royal et prophétique ?

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romaric
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Message par romaric » mar. 05 juil. 2005 10:20

Chers tous,
Je comprend parfaitement vos interrogations sur certaines canonisations pouvant paraître superflues ou inutilement politique. Cependant, il n'existe pas dans l'Orthodoxie, à ce que je sache, de commission d'enquête de type romain, chargé d'étudier minutieuselment le faits et gestes des candidats à l'auréole. Dans l'Orthodoxie, c'est le culte populaire qui fait le saint, si je ne me trompe. Comment empêcher le peuple royal de vénérer, par exemple, la famille impériale tuée par les bolchévick? Faut-il supprimer (comment? en les brûlant?) les icônes représentant Nicolas II et sa famille? Interdire a gens de se signer devant elles, de les vénérer?
Cela me sermble un problème complexe...

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » sam. 09 juil. 2005 21:18

Je profite d'un moment de calme pour saisir un long texte à propos des "saints ayant souffert la passion". Etant donné l'affadissement de la conscience ecclésiale, je pense que le texte suivant est d'un grand intérêt pédagogique.

Pierre PASQUIER

LA PASSION DU PRINCE

"La récente glorification au nombre des saints des nouveaux martyrs russes par le synode de l'Eglise Russe Hors-Frontières a suscité bien des polémiques. Il serait vain d'accroître la confusion en discutant à nouveau la validité canonique ou l'opportunité spirituelle d'une telle mesure. Tous les arguments essentiels ont déjà été avancés et chacun est désormais en mesure de se forger une opinion. Quoique regrettable à bien des égards, cette controverse aura permis de discerner, au sein de la conscience actuelle de l'Eglise, certains modes de pensée qui semblent étrangers à sa tradition.

Si personne ne songe, par exemple, à contester le principe de la canonisation de certains confesseurs, tels les métropolites Vladimir de Kiev ou Benjamin de Pétrograd, beaucoup semblent répugner à admettre l'éventualité même d'une glorification du tsar Nicolas II, de son épouse et de ses enfants. Par-delà les querelles juridictionnelles et les divergences politiques, n'est-ce pas le principe même de la canonisation d'un prince qui se trouve implicitement remis en cause? Cette répugnance à concevoir qu'un souverain contemporain puisse éventuellement être glorifié manifeste, à tout le moins, une certaine difficulté à conférer au politique sa juste place et à porter sur l'histoire un regard pleinement conforme à la tradition ecclésiale et à la foi de nos pères.

Pourtant quelques usages propres à certaines Eglises autocéphales pourraient peut-être nous y aider. L'Eglise Russe admet, par exemple, un mode de sainteté qui lui semble propre, en glorifiant certains serviteurs de Dieu comme strastoterptsy, c'est-à-dire ayant-souffert la passion. Ce type de sainteté n'est d'ailleurs nullement réservé aux membres des familles princières ou impériales. Des justes ont été égalememt canonisés à ce titre, comme par exemple Basile de Mangseja (1602), premier thaumaturge de la terre sibérienne, ou Gabriel de Slutzk (1690). Toutefois, la plupart des strastoterptsy étaient des princes et la première canonisation proclamée en Russie fut précisément celle de deux jeunes princes ayant-souffert-la-passion, Boris et Gleb. L'Eglise Russe a certes glorifié une cinquantaine de princes et de princesses à divers titres: outre Saint Vladimir et Sainte Olga qui furent proclamés "Egaux aux Apôtres", certains furent glorifiés comme "défenseurs du peuple et de la terre russes", tel Saint Alexandre de la Néva, d'autres pour avoir combattu pour la foi jusqu'au martyre comme Saint Michel de Tchernigov. Cependant, au sein de cette glorieuse cohorte comme dans le coeur du peuple, les saints princes ayant-souffert-la-passion occupent une place singulière.
Pour tenter de déterminer les caractères distinctifs de ce mode de sainteté et de comprendre ainsi la nature des rapports que la communauté ecclésiale entretenait avec le prince dans l'ancienne Russie, nous avons choisi de relater brièvement et de comparer les vies des plus vénérés parmi les saints princes ayant-souffert-la-passion (Saints Boris et Gleb, Igor de Kiev et Michel de Tver) mais aussi celles des plus controversés (Saints Dimitri d'Ouglitch et André de Bogoljoubov)."

(Suit un long résumé de la passion des saints Boris, Gleb, Igor de Kiev, Michel de Tver, Démètre d'Ouglitch et André Bogoulioubovski. Le lecteur voudra bien me pardonner de ne pas saisir ici ce long texte; qu'il se souvienne que, n'étant ni chômeur ni retraité, je prends sur mes loisirs tout le temps que je consacre à ce forum et que je ne peux pas non plus consacrer des journées entières à saisir des textes. J'en viens donc directement à la conclusion de l'article de M. Pierre Pasquier. NdL)

"Les passions subies par les saints princes Boris, Gleb, Igor, Michel, Dimitri et André présentent plusieurs traits communs: le prince est trahi par ses proches, frappé d'une sentence inique et conduit à un supplice ignominieux. La comparaison des récits hagiographiques ou historiques permet en outre de caractériser la conduite du prince durant son supplice par la douceur et l'humilité: il refuse de se défendre et pardonne à ses bourreaux. Mais les deux traits dominants, singulièrement accusés dans le cas du meurtre du tsarévitch Dimitri ou dans celui du calvaire de Saint Michel de Tver, demeurent l'innocence du prince, qui se voit accusé d'un crime qu'il n'a pas commis, et le consentement qu'il donne librement au sacrifice de sa propre vie.
La passion du prince est-elle pour autant comparable au supplice du martyr? Celui-ci est aussi fréquemment livré par ses proches. De plus, le juste aspirant au martyre persuade également ses familiers de ne pas s'opposer à la volonté divine en prétendant le sauver du supplice qui lui est promis. Enfin, comme le prince, il pardonne à ses bourreaux au terme de sa passion. Le sacrifice du martyr constitue donc, comme le supplice du prince, une volontaire "imitation de la passion de Dieu", suivant l'expression de Saint Ignace le Théophore.
Cependant d'aussi nettes similitudes ne sauraient masquer deux différences essentielles. D'une part, le martyr meurt pour avoir confessé sa foi, tandis que celui-qui-a-subi-la-passion périt victime d'un crime politique, dans le cas d'un prince, ou d'un crime crapuleux, dans le cas d'un juste. Le supplice du martyr ne revêt pas nécessairement, d'autre part, le caractère ignominieux de la passion du prince. Car le juste promis au martyre occupe rarement, au sein de la communauté sociale, une place comparable à celle du prince qui y détient la souveraineté politique, virtuelle ou effective, par sa fonction ou sa naissance.

Mais tout pouvoir étant par essence précaire, une telle souveraineté est tout autant prémices de gloire que promesse d'abaissement. Car la dignité politique du prince semble le destiner à une chute d'autant plus douloureuse et à une humiliation d'autant plus atroce qu'elles seront à la mesure des honneurs qui accompagnaient l'exercice de sa charge. Et la soudaine épreuve qui accable le prince le contraint à un choix douloureux: ou restaurer à tout prix un pouvoir temporel sans partage au risque de perdre son âme, ou accéder au Royaume par l'imitation volontaire de la passion du Sauveur. C'est pourquoi le peuple vénérait les saints princes Boris et Michel, contrairement à l'opinion d'une certaine critique historique, moins en vertu de la dignité de leur naissance ou de leur fonction qu'à cause de l'humilité avec laquelle ils avaient accepté d'être dépouillés des prérogatives qui s'y attachaient.

Aucun prince ayant-subi-la-passion ne semble avoir été vénéré et canonisé en fonction de la sagesse de son gouvernement. Certains, tels Saints Boris et Gleb, n'ont d'ailleurs jamais exercé effectivement leur pouvoir; d'autres ont été d'éphémères souverains, comme Saint Igor de Kiev. Le succès du projet politique du prince ne paraît pas avoir été considéré comme un critère plus pertinent. Car, si André réussit effectivement à mettre un terme à la domination de Kiev et à fonder celle de Vladimir, Michel échoua dans sa tentative de succéder au grand-prince Alexandre Alexandrovitch et de pacifier la terre russe sous son autorité. En revanche, Michel fut un souverain aimé de ses sujets et estimé de ses rivaux, tandis qu'André fut détesté du peuple et des boyards et redouté de ses adversaires à cause de sa cruauté et de son ambition.

Les vertus personnelles ou les exploits ascétiques du prince ne semblent pas avoir joué non plus le moindre rôle. Si Boris, Gleb ou Igor brillaient en effet par leur douceur et leur humilité, André se distinguait plus par sa férocité que par sa générosité. Mais il semble que le sang versé à la suite d'une trahison ait été considéré par la conscience populaire, dans le cas du prince de Bogolioubov, comme un ultime baptême purifiant la victime de toute souillure. Ceci explique sans doute la vénération, certes purement locale, dont jouirent aussi, après leur assassinat, Iaropolk Isiaslavitch ou Paul Ier.

La souveraineté et l'innocence de la victime, la trahison des familiers, l'iniquité de la sentence, l'ignominie du supplice, l'effroi de l'agonie, la douceur du supplicié, le consentement de la victime et le pardon accordé au bourreau, tout concourait à identifier, dans la conscience ecclésiale, la passion du prince à celle du Christ. Comme le Fils de Dieu consentit, par pure condescendance, à mourir crucifié entre deux larrons (pour sauver le genre humain), le prince se résigne, par obéissance à la volonté divine, à dépouiller la pelisse de gloire pour revêtir la chlamyde de l'infamie et à subir un supplice ignominieux afin de devenir pleinement disciple du Christ. La prophétie d'Isaïe, lue aux heures royales et aux vêpres du Grand Vendredi, ne semble-t-elle pas aussi décrire Saint Boris face à ses bourreaux ou Saint Michel cerné par la foule hostile (LIII, 2-3 et 7)?

(Suit ce texte que chacun pourra aller consulter dans sa Bible - NdL.)

Mais l'agonie du prince rappelle également l'affliction du juste Job qui, après avoir été comblé de faveurs et de largesses parce qu'il craignait Dieu, tombe dans le dénuement et la souffrance. Loin de languir après sa dignité perdue et de maudire le décret qui l'en a privé, le prince se soumet sans récriminer à la volonté divine: "Le Seigneur a donné et le Seigneur a repris; que le Nom du Seigneur soit béni! Nous recevons de Dieu le bien; ne recevons-nous pas aussi le mal? " (Job I, 21 et II, 10). Tel Job apprenant la mort de ses enfants et la ruine de ses troupeaux (I,13 sq), le prince déchu bénit la main du Créateur qui le frappe et lui permet ainsi de communier aux souffrances du Christ en endurant les mêmes épreuves et en supportant les mêmes outrages que Lui. Il considère les tribulations qu'il connaît comme des instruments du dessein providentiel et aspire à devenir, selon l'expression de Saint Barsanuphe de Gaza (Let.CXI), "disciple obéissant de l'Obéissant, disciple endurant de l'Endurant, disciple patient du Patient." Ayant abdiqué toute volonté propre et renoncé à toute gloire terrestre, le prince humilié "se regarde comme brebis à immoler" et s'offre lui-même comme "victime agréable à Dieu" (Rom. VIII, 35 et XII, 1). Cette soumission sans réserve à la volonté divine s'exprime aussi dans les paroles de Job, qui préfiguraient la passion du Sauveur mais aussi l'affliction du juste accablé par l'épreuve (XIX et XXX). (...) Comme la passion du Sauveur ou l'affliction de Job, le supplice du prince innocent participe donc au mystère de la souffrance du juste et la vénération dont jouissaient en Russie les strastoterptsy exprime la révérence manifestée par la communauté ecclésiale envers ce mystère insondable.

L'exemple des saints princes ayant-subi-la-passion montre qu'il serait vain de dissocier la fonction du souverain de sa personne et de substituer, dans l'appréciation de sa conduite politique, des critères historiques aux critères spirituels que la tradition ecclésiale nous a légués. Les synaxaires des différentes Eglises, qui mentionnent nombre de princes ou de souverains dont le rôle politique est diversement apprécié des historiens, témoignent d'ailleurs d'une absence totale de distinction entre le politique et le spirituel dans la consience ecclésiale.

C'est la pensée occidentale moderne qui, dans l'espoir de laïciser un secteur crucial du champ culturel, a fondé l'autonomie du politique en lui déniant toute origine métaphysique et toute implication spirituelle. La tradition ecclésiale a toujours considéré, en revanche, que l'histoire se meut sous l'action permanente de la divine Providence et que le destin du prince, comme celui de tout homme, manifeste le dessein de Dieu dans la mesure où il s'y conforme. L'activité politique s'exerce, d'ailleurs, au sein de l'humanité déchue et rachetée et en fonction des conditions qui lui sont propres. Le politique se trouve donc investi des mêmes carences, mais aussi des mêmes prémices que l'ensemble de la création qui gémit dans l'attente de son ultime transfiguration. L'exercice du pouvoir, à quelque niveau que ce soit, peut être, par conséquent, au même titre que toute autre activité humaine, aussi bien l'instrument d'une rigoureuse ascèse que l'occasion d'une chute dans la vanité et la jouissance. Le prince, ou toute autre personne en qui réside la souveraineté politique, est donc susceptible de devenir aux yeux de la communauté qu'il dirige un modèle d'ascèse ou un maître de perdition.

Pour estimer la conduite politique d'un souverain, il ne s'agit évidemment pas d'écarter par principe tout recours à des critères d'ordre historique ou politique, mais de se demander d'abord dans quelle mesure celui-ci parvient à gouverner selon Dieu, et non selon le monde. Car tout recours à la sagesse de la chair, dit Saint Grégoire Palamas, doit être tempéré par la crainte de Dieu, sous peine de ne procurer qu'une connaissance qui enfle et obscurcisse le coeur. Accorder une créance excessive aux méthodes et aux jugements de l'historiographie profane risque en effet de nous empêcher d'accepter les traditions que nous avons reçues de nos pères avec foi et simplicité et de découvrir, dans la conduite d'un souverain, les signes de la restauration de la ressemblance divine.

Les saints princes Boris, Gleb, Igor, Michel et André réussirent, par la grâce que Dieu leur accorda dans l'épreuve, à rester humbles bien qu'on les condamnât injustement. Ils parvinrent également à retrancher toute volonté propre en ne répliquant pas aux insultes et en ne s'indignant pas des affronts dont on les accablait. Comme le juste Job, ils apprirent ainsi à "boire le mépris comme une eau vive" (XXIV, 7). Vénérons-les donc, au même titre que les saints ascètes et les saints martyrs, comme des modèles de douceur, de patience et d'obéissance. Ainsi, quand nous serons passés au feu de l'affliction et des tentations, nous pourrons prier le Seigneur de nous accorder, par leur intercession, de supporter patiemment la tribulation en Lui rendant grâce afin d'accéder à une gloire ineffable et d'être proclamés fils du Royaume. Mais vénérons aussi ces saints princes comme de radieuses icônes du Christ à l'agonie. Le sacrifice qu'ils consentirent manifestait en effet le suprême acquiescement de la volonté humaine à la volonté divine. Car tel est, selon Saint Maxime le Confesseur, le sens des paroles de Gethsémani: "C'est en tant qu'homme que le Christ a dit: "Non pas ma volonté mais la Tienne!" Ainsi, Il s'est donné Lui-même pour type et modèle afin que nous renoncions à notre volonté propre pour accomplir parfaitement celle de Dieu, même si pour cela nous devons nous trouver face à la mort.""

(In Le Messager orthodoxe n° 93, Paris 1983, pp. 29-48.)
Dernière modification par Claude le Liseur le sam. 16 juil. 2005 17:42, modifié 1 fois.

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » sam. 09 juil. 2005 22:30

Ce fort intéressant article de Pierre Pasquier appelle une actualisation et un élargissement.

L'actualisation, c'est que le patriarcat de Moscou a, en 2000, ajouté le tsar Nicolas II (+ 1918) à la liste des saints princes ayant-souffert la passion.

L'élargissement, c'est que cette forme de sainteté est loin d'être propre à l'Eglise russe, comme le pense l'auteur. Tout le martyrologe de l'Orthodoxie occidentale, gallicane ou anglo-saxonne en particulier, est rempli de saints princes, évêques ou simples particuliers semblables aux saints "ayant-souffert-la-passion" de l'hagiographie russe.

Cependant, la tradition occidentale n'a pas forgé de mot particulier et leur donne à tous le titre de martyr, ce qui n'est pas absurde, puisqu'il s'agit toujours de témoigner au nom du Christ, l'assassinat particulièrement injuste n'étant finalement que la conséquence du choix d'une vie honorable.

Il est évident que saint Léger, évêque d'Autun, fut assassiné pour des motifs purement politiques et qu'Ebroïn ne lui demandait pas de renier le Christ. Pourtant, cette mort injuste lui valut dès ce moment le titre de martyr. Il fut un des saints les plus vénérés de l'Eglise des Gaules et un de mes amis est le gardien de sa main toujours incorrompue. Les critères de Dieu ne sont pas ceux du politiquement correct dominant.

Il en va de même de saint Edouard, roi d'Angleterre, empoisonné par sa belle-mère, là encore pour le motif purement politique de s'emparer du pouvoir. Il a pourtant joui d'une vénération constante, on a récemment peint des icônes de lui, et il est apparu en rêve voici quelques années à un prêtre orthodoxe de Jérusalem pour lui demander de donner le prénom d'"Edouard" à un Bulgare qui était venu se faire baptiser en Terre sainte. Il me paraît inapproprié d'interdire à Dieu de faire des miracles par l'intercession de ses saints parce que les critères d'appréciation du martyre ont changé.

Malgré tous les efforts faits par Grégoire VII (qui semble avoir beaucoup de disciples dans l'Orthodoxie contemporaine) pour restreindre la canonisation des laïcs, cette idée du juste "ayant-souffert-la-passion" s'est maintenue en Occident encore quelques temps après sa chute hors de l'Orthodoxie. Par exemple, le comte de Flandres Charles le Bon fut vénéré par le peuple et canonisé par l'ECAR, alors qu'il n'avait pas eu une vie particulièrement exemplaire (son surnom semble quelque peu usurpé...) et qu'il avait été assassiné pour des raisons politiques. Mais sa dignité face à ses assassins, l'injustice de l'assassinat (vengeance d'un seigneur dont il avait arrêté les complots) et les conditions ignominieuses de cette mort (il fut assassiné alors qu'il priait à genoux dans une église) lui valurent d'être assimilé à un martyr par le peuple qui n'avait pas encore été privé de toute conscience orthodoxe (on était en 1127, trois quarts de siècle seulement après le schisme funeste).

Le lecteur intéressé pourra, en parcourant la rubrique "Calendrier des saints" de ce forum, trouver, au fil des jours, de nombreux "saints ayant-souffert-la-passion" de la tradition orthodoxe en Europe de l'Ouest, martyres de la virginité, pélerins assassinés par des brigands, soldats morts pour une juste cause (comme saint Frison de Bassoues), rois (comme saint Sigismond des Burgondes) ou ministres ayant accepté avec sérénité une mort violente qu'ils ne méritaient pas, évêques morts pour la dignité de leur sacerdoce ou la défense des droits de l'Eglise (comme saint Didier de Vienne ou saint Agilulf de Cologne), etc.

paraclésis
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Message par paraclésis » dim. 10 juil. 2005 0:09

Excusez mon ignorance, qui est Pierre Pasquier ?
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Anne Geneviève
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Message par Anne Geneviève » ven. 15 juil. 2005 16:34

Pierre Pasquier, cité par Lecteur Claude :
Pour estimer la conduite politique d'un souverain, il ne s'agit évidemment pas d'écarter par principe tout recours à des critères d'ordre historique ou politique, mais de se demander d'abord dans quelle mesure celui-ci parvient à gouverner selon Dieu, et non selon le monde.
C’est bien là tout le problème. J’ai été très intéressée par le texte de Pasquier mais il me semble, corrigez-moi si je me trompe, qu’il donne des critères ou des repères sûrs : que les princes « ayant vécu la passion » se soient conformés au modèle du Serviteur souffrant d’Isaïe, au type de la passion du Christ, avec conscience de s’abandonner à la volonté divine. Et d’un point de vue spirituel, il est certain que cela peut effacer les péchés de toute une vie et représenter un raccourci vers la sainteté, un raccourci particulièrement abrupt d’ailleurs.
Pourtant, j’ai encore un doute en ce qui concerne Louis XVI. D’abord pourquoi lui seul et pas Marie Antoinette ni le jeune Louis XVII ?
Claude, vous citez saint Léger et saint Edouard ou saint Sigismond. Même Charles le Bon est en deçà du schisme réel, i.e. l’excommunication des Latins en 1216, après le sac de Constantinople et au vu de la latinisation forcée de la Grèce. Cessons de nous référer à 1054, date choisie on ne sait pourquoi dans les instances œcuméniques, sans doute parce que c’était la seule qui ne fâchait personne. Dans les missels romains de la fin du XIXe siècle, la date officielle du schisme était encore 1216. En 1054, l’excommunication mutuelle de Michel Cérulaire (très contesté par le saint synode) et de Humbert (qui n’était plus légat, vu la mort du pape qui l’avait nommé) ne fut qu’un coup d’épée dans l’eau où ne furent même pas abordés les vrais problèmes, à savoir le filioque. La divergence théologique avait éclaté lors de la crise entre saint Photios et le pape Nicolas à la fin du IXe siècle mais remonte à l’influence des Wisigoths exilés dans l’espace carolingien. Jusqu’en 1216, malgré la gravité de ces divergences théologiques car le filioquisme commençait d’avoir des conséquences, la communion fut maintenue entre Grecs et Latins. A tort ou à raison, c’est une autre question. Mais on ne peut contester que Louis XVI se place, de toute manière, plusieurs siècles après le schisme. La question qui se pose à son sujet est d’ailleurs intéressante du point de vue théologique : le fait d’avoir « vécu la passion », car il correspond aux critères de Pasquier, efface-t-il aussi les errements doctrinaux ?
Quitte à contredire mes premiers messages sur ce fil, mais qui vous ont permis de préciser la question, donc je ne les regrette pas, j’aurais maintenant tendance à penser que, si Dieu a permis qu’il vive la passion, c’est que ces errements ont été pardonnés – mais cela tient-il à l’ignorance personnelle du souverain, peu au fait des questions théologiques ? Ou même l’hérésie, pour la nommer clairement, peut-elle être effacée par cette forme de martyre ? Malgré la phrase du Christ sur le péché contre l’Esprit ?
Je n’ai pas de réponse toute faite. Je ne sais même pas si on peut en donner une.
Reste le critère de la vénération par le peuple royal. Où est-elle en ce qui concerne Louis XVI ?
"Viens, Lumière sans crépuscule, viens, Esprit Saint qui veut sauver tous..."

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » sam. 16 juil. 2005 0:00

Anne Geneviève a écrit :Pierre Pasquier, cité par Lecteur Claude :
Pour estimer la conduite politique d'un souverain, il ne s'agit évidemment pas d'écarter par principe tout recours à des critères d'ordre historique ou politique, mais de se demander d'abord dans quelle mesure celui-ci parvient à gouverner selon Dieu, et non selon le monde.
C’est bien là tout le problème. J’ai été très intéressée par le texte de Pasquier mais il me semble, corrigez-moi si je me trompe, qu’il donne des critères ou des repères sûrs : que les princes « ayant vécu la passion » se soient conformés au modèle du Serviteur souffrant d’Isaïe, au type de la passion du Christ, avec conscience de s’abandonner à la volonté divine. Et d’un point de vue spirituel, il est certain que cela peut effacer les péchés de toute une vie et représenter un raccourci vers la sainteté, un raccourci particulièrement abrupt d’ailleurs.
Pourtant, j’ai encore un doute en ce qui concerne Louis XVI. D’abord pourquoi lui seul et pas Marie Antoinette ni le jeune Louis XVII ?
Claude, vous citez saint Léger et saint Edouard ou saint Sigismond. Même Charles le Bon est en deçà du schisme réel, i.e. l’excommunication des Latins en 1216, après le sac de Constantinople et au vu de la latinisation forcée de la Grèce. Cessons de nous référer à 1054, date choisie on ne sait pourquoi dans les instances œcuméniques, sans doute parce que c’était la seule qui ne fâchait personne. Dans les missels romains de la fin du XIXe siècle, la date officielle du schisme était encore 1216. En 1054, l’excommunication mutuelle de Michel Cérulaire (très contesté par le saint synode) et de Humbert (qui n’était plus légat, vu la mort du pape qui l’avait nommé) ne fut qu’un coup d’épée dans l’eau où ne furent même pas abordés les vrais problèmes, à savoir le filioque. La divergence théologique avait éclaté lors de la crise entre saint Photios et le pape Nicolas à la fin du IXe siècle mais remonte à l’influence des Wisigoths exilés dans l’espace carolingien. Jusqu’en 1216, malgré la gravité de ces divergences théologiques car le filioquisme commençait d’avoir des conséquences, la communion fut maintenue entre Grecs et Latins. A tort ou à raison, c’est une autre question. Mais on ne peut contester que Louis XVI se place, de toute manière, plusieurs siècles après le schisme. La question qui se pose à son sujet est d’ailleurs intéressante du point de vue théologique : le fait d’avoir « vécu la passion », car il correspond aux critères de Pasquier, efface-t-il aussi les errements doctrinaux ?
Quitte à contredire mes premiers messages sur ce fil, mais qui vous ont permis de préciser la question, donc je ne les regrette pas, j’aurais maintenant tendance à penser que, si Dieu a permis qu’il vive la passion, c’est que ces errements ont été pardonnés – mais cela tient-il à l’ignorance personnelle du souverain, peu au fait des questions théologiques ? Ou même l’hérésie, pour la nommer clairement, peut-elle être effacée par cette forme de martyre ? Malgré la phrase du Christ sur le péché contre l’Esprit ?
Je n’ai pas de réponse toute faite. Je ne sais même pas si on peut en donner une.
Reste le critère de la vénération par le peuple royal. Où est-elle en ce qui concerne Louis XVI ?
Je dirais que c'est ce critère de la vénération par le peuple royal qui manque pour Marie-Antoinette et Louis XVII. En ce qui concerne l'enfant du Temple, c'est sans doute parce qu'une partie du peuple a voulu s'accrocher contre toute évidence à l'espérance de sa survie. Encore de nos jours on rencontre encore quelques naundorffistes. Illustration du mythe du roi caché, omniprésent dans la tradition française, portugaise et russe. Pour Marie-Antoinette, il semble que le peuple ne lui ait pas pardonnné la réputation de légéreté qu'on lui avait faite. J'ai aussi l'impression que la "passion du prince" évoquée par Pierre Pasquier ne concerne que celui qui a eu le pouvoir ou son héritier. Mais pourtant, tous les historiens s'accordent sur le fait qu'elle a eu une attitude exemplaire lors de la descente aux enfers de la famille royale. Alors, je ne peux que constater l'absence de vénération par le peuple pour la reine, sans pouvoir l'expliquer autrement que par le fait qu'elle n'avait pas eu l'exercice du pouvoir.

Autrement, on retrouve dans le cas de Louis XVI toutes les caractéristiques évoquées par Pierre Pasquier dans son article.

Une souveraineté qui fut autant prémices de gloire que promesse d'abaissement: chef de l'Etat le plus puissant du monde de cette époque, restaurateur de la marine française et vainqueur de la guerre d'Amérique (n'oublions pas que ce fut la seule période de l'Histoire où la marine française domina nettement la marine anglaise et non l'inverse), il finira en prison, séparé de sa femme et de ses enfants, dépouillé de tout et conduit à la mort du criminel de droit commun. (Car il a été guillotiné, comme un condamné de droit commun, et pas fusillé, comme un militaire ou un condamné politique.)

Le choix douloureux entre la restauration du pouvoir temporel et le salut de son âme: car il aurait pu arrêter le processus en faisant le choix de l'Eglise constitutionnelle créée par les révolutionnaires contre l'Eglise gallicane et en levant son veto contre les mesures de répression des prêtres réfractaires; il fit le choix de tout perdre, sauf son âme.


"La souveraineté et l'innocence de la victime, la trahison des familiers, l'iniquité de la sentence, l'ignominie du supplice, l'effroi de l'agonie, la douceur du supplicié, le consentement de la victime et le pardon accordé au bourreau, tout concourait à identifier, dans la conscience ecclésiale, la passion du prince à celle du Christ", écrit Pierre Pasquier. Nous retrouvons ici tous ces éléments. La trahison des familiers, le rôle de Judas étant joué par le cousin Philippe Egalité, duc d'Orléans et Grand Maître de la maçonnerie, dont même Robespierre dit: "Il était le seul parmi nous qui n'avait pas le droit de voter la mort". L'iniquité de la sentence, la condamnation se faisant sur la base de faux documents forgés par le ministre de l'Intérieur Roland. Ajoutons au passage que la condamnation fut prononcée par un parlement issu d'élections douteuses et qui avait pour l'occasion usurpé le pouvoir judiciaire.


En ce qui concerne le pardon du roi à ses bourreaux, je me permets de vous reproduire le récit de sa mort, en respectant l'orthographe du XVIIIème siècle.

"Arrivé sur l'échaffaud, il veut parler au peuple; une voix forte s'écrie: ne le laissez pas parler. Louis, sur l'échafaud, avait-il l'espoir d'en descendre? veut-il émouvoir ce peuple endurci à l'école des tyrans? Non: mais il meurt avec le regret de ne plus vivre dans son opinion. Aussi, pendant que ses exécuteurs se préparent au sacrifice: Peuple, s'écrie-t-il d'une voix forte, Peuple, je meurs innocent: mais cette voix se perd dans la confusion des tambours. Santerre, Piery, ou tout autre, ont craint que les paroles de Louis ne fissent une impression trop vive sur les esprits, ils ont couvert la voix du juste par le roulement des tambours. Louis XVI, n'ayant plus d'espérance sur la terre, se tourne vers les exécuteurs et leur dit: Messieurs, je meurs innocent de tout ce dont on m'inculpe. Je souhaite que mon sang puisse cimenter le bonheur des Français.Telles furent les dernières paroles du roi le plus vertueux et le plus infortuné qui ait régné sur le peuple le plus coupable. Il n'avoit pu se faire entendre du fond de sa prison, à ce peuple dont il avoit été aimé, et qu'on avoit aliéné de lui. De toutes les afflictions qui s'accumulèrent sur ses dernières années, ce fut celle qui l'affecta le plus douloureusement. La preuve en est dans le testament fait le 25 décembre, en sa prison du Temple. C'est un monument durable de son amour pour le peuple, et des vertus qui lui assurèrent à jamais une place entre les meilleurs souverains." (Examen impartial de la vie privée et publique de Louis XVI, roi de France, Hambourg 1797, pp. 391-392.)

Récit plus détaillé chez des historiens contemporains:

"Tout le monde -entendons les Jacobins qui ont vu et qui ont parlé sur-le-champ - tout le monde s'étonne de son "air déterminé et courageux", et constate "la fermeté et le calme" avec lesquels il envisage la guillotine, et cette foule impatiente d'ennemis exaspérés par une attente de neuf heures. (...)
Nous savons qu'il est monté à l'échafaud "avec fermeté", sans aide et "d'un pas assuré". Les tambours de l'escorte se sont rangés, sans cesser de battre. Ils s'arrêtent tout d'un coup lorsque Louis XVI "fonce sur le devant de l'échafaud". Les spectateurs les plus rapprochés entendent les dernières paroles qu'il adresse à son peuple:

"Je meurs innocent de tous les crimes qu'on m'impute; je pardonne aux auteurs de ma mort; je prie Dieu que le sang que vous allez répandre ne retombe pas sur la France."

Santerre veille. Un ordre bref, et les tambours reprennent. La dernière phrase du roi se perd dans le tumulte. Seuls les mots Dieu, sang et France parviennent jusqu'aux auditeurs, d'où les versions fantaisistes publiées par les journaux. (...)

Tout est fini maintenant. Louis XVI ne songe pas à résister ni à se débattre. Le bourreau, dans sa lettre du 23 février au rédacteur du journal Le Thermomètre du Jour, est formel sur ce point:

"Il se laissa conduire à l'endroit où on l'attacha."

Pendant qu'on le lie à la planche, il s'adresse aux bourreaux dans un dernier effort pour que son ultime message parvienne au peuple:

"Messieurs, je suis innocent de tout ce dont on m'inculpe. Je souhaite que mon sang puisse cimenter le bonheur des Français.""

(Paul et Pierrette Girault de Coursac, Enquête sur le procès du roi, Editions F.-X. de Guibert, Paris 1992, p. 672.)

Comment ne pas penser à la prophétie que Gérard de Nerval plaçait dans la bouche de Jacques Cazotte, même s'il s'agit d'une prophétie a posteriori: "Ici un mouvement très sensible se fait dans toute la compagnie, et la figure du maître se rembrunit. On commençait à trouver que la plaisanterie était forte.
Mme de Grammont, pour dissiper le nuage, n'insista pas sur la dernière réponse, et se contenta de dire, du ton le plus léger: "Vous verrez qu'il ne me laissera pas seulement un confesseur!
-Non, madame, vous n'en aurez pas, ni personne. Le dernier supplicié qui en aura un par grâce sera..."
Il s'arrêta un moment. "Eh bien! Quel est donc l'heureux mortel qui aura cette prérogative? -C'est la seule qui lui restera : et ce sera le roi de France." (Nerval, "Les illuminés", in Oeuvres complètes, La Pléïade, tome II, Gallimard, Paris 1984, p. 1096.)

Ajoutons aussi un trait particulier que l'on ne retrouve que dans la mort de saint Nicolas II et de sa famille: l'aspect sacrifice humain, le sacrifice du souverain chrétien à des puissances obscures anti-chrétiennes. Qui n'a été frappé par le rituel qui entoura le massacre de la famille impériale, par celui de ses bourreaux qui écrivit sur un mur de la maison Ipatiev les vers de Heinrich Heine Und Belsatzar ward in selbiger Nacht / Von seinen Knechten umgebracht , citation alllemande bien curieuse dans le contexte de ce que l'on nous présente comme la révolution russe.


Donc, nous sommes confrontés à une passion qui réunit tous les critères évoqués par Pierre Pasquier, sauf le plus important: l'orthodoxie de la foi et l'appartenance à la véritable Eglise. Pas plus que vous, Anne-Geneviève, je ne peux répondre à la question de savoir si cette forme de martyre peut effacer l'hérésie - en tenant compte de l'ignorance du roi en matière théologique, ignorance qu'il confesse dans son Testament en disant qu'il s'en est tenu à croire ce qu'enseignaient ses évêques.
Je ne peux qu'acquiescer à ce que vous écrivez. Moi aussi, je suis enclin à penser que si Louis XVI a pu connaître une telle mort, c'est que ses errements religieux lui étaient pardonnés.

En tout cas, à l'époque, où l'oecuménisme n'avait pas encore brouillé les esprits, le caractère extraordinaire des circonstances de sa mort, l'iniquité de sa condamnation et l'anti-christianisme prononcé de ses assassins ont fait qu'il a été considéré comme un juste aussi bien par les papistes que par les protestants ou les orthodoxes. Aussi bien dans la très républicaine Helvétie que dans l'Empire des Romanov.

Peut-être s'agit-il d'un cas très rare. De toute façon, Dieu peut aussi sauver en dehors des voies ordinaires qu'Il a Lui-même instaurées.

Et d'ailleurs, ce qui m'intéresse le plus, ce n'est pas de canoniser officiellement Louis XVI, c'est de comprendre l'enseignement qu'il a donné par sa fin misérable selon le monde, et glorieuse selon la foi. Je ne connais que trois cas d'hétérodoxes qui aient été reconnus comme saints: le nestorien Isaac le Syrien et le schismatique Lucifer de Cagliari, et un des évêques qui l'avaient suivi. Peut-être qu'un jour Dieu révélera à Son Eglise la manière dont il faut faire mémoire de ce souverain ayant-souffert-la-passion. La seule chose qui importe à mes yeux, c'est de se souvenir de la passion du roi, de prier pour lui et de puiser dans son exemple de nouvelles forces pour suivre la voie étroite par laquelle devront passer les justes.
Dernière modification par Claude le Liseur le sam. 16 juil. 2005 11:30, modifié 1 fois.

GIORGOS
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SUR LA MORT DU SAINT CZAR NICOLAS

Message par GIORGOS » sam. 16 juil. 2005 3:43

Le lecteur Claude écrit :
Ajoutons aussi un trait particulier que l'on ne retrouve que dans la mort de saint Nicolas II et de sa famille: l'aspect sacrifice humain, le sacrifice du souverain chrétien à des puissances obscures anti-chrétiennes. Qui n'a été frappé par le rituel qui entoura le massacre de la famille impériale, par celui de ses bourreaux qui écrivit sur un mur de la maison Ipatiev les vers de Heinrich Heine Und Belsatzar ward in selbiger Nacht / Von seinen Knechten umgebracht , citation alllemande bien curieuse dans le contexte de ce que l'on nous présente comme la révolution russe.
Par un pure hasard ( ?) et en cherchant des éléments sur le Saint Martyr a fêter ce dimanche, j’ai trouvé sur le très libéral site Russie.TV qu’ il y a juste une année, dans l’occasion de l’anniversaire de l’assassinat du Saint Czar Nicolas II (17 juillet 1918), on a publié une très intéressante note réaffirmant la caractère rituel de sa morte qu’en était liée, selon semble t il aux sacrifices sanglantes abolis pour toujours pour Notre Seigneur Jésus-Christ.
Je pense que dans cette note on trouve des éléments que nous devons analyser :


L’ASSASSINAT PROGRAMMÉ DU TSAR NICOLAS II



Le 17 juillet 1918, le tsar Nicolas II et tous les membres de
sa famille, retenus prisonniers par les bolcheviks, sont
assassinés sans jugement à Ekaterineburg, à l’est de l’Oural.
Cette action rituelle symbolisa la fin de siècles d’histoire
russe, de telle manière qu’elle peut être comparée seulement à
l’exécution de Charles 1er en Angleterre et Louis XVI en
France.


Le tsar aura régné sur la Russie de 1894 à 1917. Après avoir
abdiqué en mars 1917, il s’était vu refuser le droit d’asile
par les Britanniques. Relégué en Sibérie, il sera fait
prisonnier par les bolcheviks. Il fut d’abord détenu au palais
Tsarkoïe Selo, puis près de Tobolsk. La progression, en
juillet 1918, des forces contre-révolutionnaires fit craindre
aux Soviets que Nicolas ne soit libéré ; lors d’une réunion
secrète, une sentence de mort fut prononcée pour le tsar et sa
famille par Yakov Sverdlov. Dans la nuit du 16 au 17 juillet
1918, une équipe de la police secrète bolchevik assassina le
dernier empereur de Russie, le Tsar Nicolas II, en même temps
que sa femme, la tsarine Alexandra, leur fils de 14 ans, le
tsarevitch Alexis, et leurs quatre filles. Ils furent abattus
dans une pièce de la maison Ipatiev à Ekaterinburg.
L’exécution fut personnellement surveillée par Yakov Yurovsky
qui abattit le Tsar, le président du Soviet local était
Beloborodov (Vaisbart) ; la personne responsable pour
l’administration générale à Ekaterinburg était Shaya
Goloshtchekin. Sur le mur de la pièce où eut lieu l’exécution
se trouvait une citation d’un poème de Heinrich Heine (écrit
en allemand) sur le Roi Balthazar, qui offensa Jehovah et fut
tué pour cette offense. Dans son livre en 1920, le journaliste
britannique expérimenté Robert Wilton portait un jugement
aussi sévère et contrasté : ’Le meurtre du Tsar, délibérément
planifié par le Juif Sverdlov (Sverdlov -Yankel Solomon vint
en Russie en tant qu’agent rétribué de l’Allemagne) et exécuté
par les Juifs Goloshtchekin, Syromolotov, Safarov, Voikov et
Yurovsky, n’est pas l’action du peuple russe, mais de cet
envahisseur hostile’.
Plus récemment, le 10 juillet 2004, l’Arte dans un
documentaire consacré aux dernières années de Romanov a évoqué
cette thèse.
L’inscription sur le mur : la citation de Heine Des lignes
dues au poète juif allemand Heinrich Heine (1797-1856) fut
trouvées écrites sur le mur, près de la fenêtre, dans la cave
de la maison Ipatiev, où les Romanov furent abattus et achevés
à la baïonnette. La citation dit : « Belsatzar ward in
selbiger Nacht / Von seinen Knechten umgebracht »,
c’est-à-dire « Belsatzar fut, la même nuit, tué par ses
esclaves. »
Belshazzar -- le Roi non-juif de Babylone, qui dans l’histoire
bien connue de l’Ancien Testament, vit « l’inscription sur le
mur » annonçant sa mort (Livre de Daniel, 5) -- fut tué en
punition de ses offenses au Dieu d’Israël. En jouant
habilement de la citation de Heine, l’auteur inconnu de
l’inscription, presque certainement l’un des tueurs, a
substitué « Belsatzar » à l’orthographe de Heine « Belsazar »,
pour signaler encore plus clairement son intention symbolique.
"Cette inscription de Heine révèle l’inspiration raciale et
ethnique des meurtres : un roi non-juif venait d’être tué, en
un acte de vengeance juive." (Le rôle des juifs dans la
révolution bolchevique et les débuts du régime soviétique -
Mark Weber)
Comparé aux millions d’être humains qui furent mis à mort par
les chefs soviétiques dans les années qui suivirent, le
meurtre de la famille des Romanov pourrait sembler ne pas être
d’une importance extraordinaire. Et cependant, l’événement a
une profonde signification symbolique. Comme le dit
judicieusement l’historien de l’Université de Harvard Richard
Pipes :
La manière dont le massacre fut préparé et réalisé, d’abord
nié et ensuite justifié, a quelque chose d’unique dans son
caractère odieux, quelque chose qui le distingue radicalement
des actes précédents de régicide et qui le marque comme un
prélude aux meurtres de masse du 20ème siècle. Un autre
historien, Ivor Benson, caractérisa le meurtre de la famille
Romanov comme le symbole du destin tragique de la Russie, et
en fait, de tout l’Occident, dans ce siècle de détresse et de
conflit sans précédents. Le meurtre du Tsar et de sa famille
est d’autant plus déplorable que quelqu’ait été son échec en
tant que monarque, Nicolas II était en tous points, un homme
personnellement bon, généreux, humain et honorable.
Quatre-vingts ans plus tard, jour pour jour, les restes des
Romanov ont été ensevelis dans la nécropole impériale de la
cathédrale Pierre et Paul, à Saint-Pétersbourg. Le souverain,
son épouse Alexandra, leurs filles Tatiana, Olga, Maria,
Anastasia et le tsarévitch Alexeï, ont rejoint au panthéon des
saints du calendrier orthodoxe les trois autres dirigeants de
l’État russe à y figurer : Vladimir le Grand, qui a
christianisé la Russie (988), Daniil, chef de la principauté
de Moscou et Dimitry Donskoï, qui vaincu les Tatars.

vendredi 16 juillet 2004

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Giorgos
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Olivier
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Message par Olivier » sam. 16 juil. 2005 12:15

Plusieurs fois, certains on demandé sa canonisation ou du moins sa béatification, mais on lui a refusé car il a signé soit contre sa volonté, la constitution civile du clergé qui fut schimatique par rapport à Rome et hérétique.
Puis, le Vatican a peur que ca soit interprété comme la condamnation de la Révolution Française, et ca peut etre préjudiciable aux relations du vatican avec notre république.


Philippe-Egalité vota la mort du roi, non pas en raison de son appartenance maçonnique mais pour faire pareil que ces copains jacobins et c'était un vote à main levé^^

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » sam. 16 juil. 2005 14:48

Olivier a écrit :Plusieurs fois, certains on demandé sa canonisation ou du moins sa béatification, mais on lui a refusé car il a signé soit contre sa volonté, la constitution civile du clergé qui fut schimatique par rapport à Rome et hérétique.
Puis, le Vatican a peur que ca soit interprété comme la condamnation de la Révolution Française, et ca peut etre préjudiciable aux relations du vatican avec notre république.


Philippe-Egalité vota la mort du roi, non pas en raison de son appartenance maçonnique mais pour faire pareil que ces copains jacobins et c'était un vote à main levé^^
Le Vatican est surtout très hypocrite, car il a attendu dix mois pour condamner la Constitution civile du clergé, laissant ainsi le roi s'enferrer dans un piège. Toute la suite de la marche de Louis XVI vers la mort est venu du fait qu'il s'est repenti d'avoir signé cette loi, qu'il n'a voulu recevoir les sacrements que de prêtres réfractaires, et qu'il s'est fait le protecteur des prêtres insermentés. Les révolutionnaires devaient donc l'éliminer - alors que Louis XVI s'en tenait strictement à l'exercice des pouvoirs qui lui étaient reconnus par la Constitution de 1791 - pour passer à la phase suivante de la persécution religieuse.
La Papauté s'est opposée dès 1801 à la béatification ou à la canonisation du roi martyr, parce qu'elle s'était elle-même compromis avec Bonaparte, fils spirituel de la Révolution française. Les contempteurs de l'attitude du patriarcat de Moscou pendant la période soviétique oublient que les communistes ne sont jamais parvenus à imposer à l'Eglise orthodoxe russe une sujétion aussi avancée que celle que Bonaparte imposa à l'Eglise catholique romaine en France par les Articles organiques de 1802. La Papauté raisonne toujours à long terme dans ses plans de conquête et de domination du monde: l'important pour Pie VII, c'était de venir à bout de l'Eglise gallicane pour pouvoir imposer l'ultramontanisme, et tant pis s'il fallait pour ce faire se soumettre pour un temps au pouvoir totalitaire de Bonaparte. On oublie toujours de dire que tous les évêques, légitimes comme constitutionnels, furent contraints à la démission, et que la Petite Eglise constitue aujourd'hui la seule héritière légitime de l'organisme ecclésiastique qui a existé en France sous le nom d'Eglise catholique apostolique romaine entre 1054 et 1801.
Rien ne me désole plus que de lire les publications actuelles des milieux royalistes, confits en dévotion devant une Papauté qui a pourtant fait peu cas du sang des innombrables victimes de la Révolution, qui les a trahis dès qu'elle l'a pu et qui les a dès longtemps jetés dans les poubelles de l'histoire. C'est que l'ignorance de l'héritage gallican est extrême dans ces milieux gagnés au providentialisme et au surnaturel de pacotille promus par les ultramontains du XIXème siècle.
Il est vrai que le catholicisme de ces milieux n'est plus aujourd'hui une réalité organique, mais qu'il est devenu une idéologie artificielle. Il en va de même de leur royalisme. Il est frappant de voir que Louis XVI est un personnage mal vu parmi les royalistes contemporains. Ceux-ci se comportent en héritiers des émigrés de Coblence et d'Artois et Provence dont la politique brouillonne et les conspirations ne cessèrent en fait de servir la cause des révolutionnaires les plus exaltés en ruinant les tentatives du roi pour tenir en échec les Jacobins à l'intérieur même du cadre tracé par la Constitution de 1791. Il est impossible pour les royalistes actuels, chez qui les convictions monarchistes ont aussi pris une tournure idéologique, de comprendre que Louis XVI n'ait pas été solidaire des complots des émigrés.
Mais, là encore, cette incompréhension a des racines religieuses. Quand on voit à quel point la conscience ecclésiale est affaiblie chez les orthodoxes contemporains, on ne peut s'étonner que les hétérodoxes, tant de siècles après s'être séparés de l'Eglise, et surtout avec les dérives des cent cinquante dernières années (Immaculée Conception, infaillibilité pontificale, Papauté-spectacle, etc.), soient maintenant incapables de comprendre que le roi de France ait pu faire le choix de tout perdre, jusqu'à sa vie, pour réparer la faute qu'il avait commise en signant la Constitution civile du clergé. De même qu'ils ne peuvent plus comprendre la notion de "saint ayant-souffert-la-passion" qui se retrouve pourtant tellement dans cette descente des dernières marches du trône. De même que, prisonniers des visions comptables de la Congrégation pour les causes des saints (comptabilité dont on fait pourtant peu cas quand il s'agit de béatifier le criminel Stepinac), ils n'arrivent plus à comprendre que la passion librement acceptée puisse effacer les péchés personnels, sujet sur lequel je renvoie encore à l'article de Pierre Pasquier qui dit tout et qui le dit mieux que je ne pourrai jamais le faire.

Je persiste à penser que les convictions maçonniques de Philippe d'Orléans ont joué un rôle majeur dans sa trahison, même si je vous accorde que d'autres facteurs ont joué: l'espoir de s'emparer du trône, la lâcheté puisque le vote avait lieu à main levée dans les conditions que l'on sait, ses amitiés jacobines.

En revanche, les anglicans semblent moins complexés que les papistes sur la question de la passion de Louis XVI. Sur le site anglican http://justus.anglican.org/resources/bio/82.html , j'ai trouvé une prière à Louis XVI que je reproduis maintenant.


PRAYER (traditional language):
O Almighty God, who didst call thy servant Louis to an earthly Throne that he might advance thy heavenly kingdom, and, when his throne was violently overturned, didst give him boldness to confess the name of our Savior Jesus Christ before the rulers of this world, and courage to die for this faith: Grant that we may in ready obedience accept both prosperity and adversity at thy hand, and that we may always be ready to give a reason for the hope that is in us, and to suffer gladly for the sake of the same our Lord Jesus Christ; who liveth and reigneth with thee and the Holy Spirit, one God, for ever and ever.
O almighty God, by whose grace and power thy holy martyr Louis Triumphed over suffering and was faithful even unto death: Grant us, who now remember him with thanksgiving, to be so faithful in our witness to thee in this world, that we may receive with him the crown of life, through Jesus Christ our Lord, who liveth and reigneth with thee and the Holy Spirit, one God, for ever and ever.
PRAYER (contemporary language):
O Almighty God, who called your servant Louis to an earthly Throne that he might advance your heavenly kingdom, and, when his throne was violently overturned, gave him boldness to confess the name of our Savior Jesus Christ before the rulers of this world, and courage to die for this faith: Grant that we may in ready obedience accept both prosperity and adversity at your hand, and that we may always be ready to give a reason for the hope that is in us, and to suffer gladly for the sake of our Lord Jesus Christ; who lives and reigns with you and the Holy Spirit, one God, for ever and ever.
Almighty God, by whose grace and power your holy martyr Louis Triumphed over suffering and was faithful even unto death: Grant us, who now remember him in thanksgiving, to be so faithful in our witness to you in this world, that we may receive with him the crown of life, through Jesus Christ our Lord, who lives and reigns with you and the Holy Spirit, one God, for ever and ever.


Ma traduction:

Ô Dieu Tout-Puissant, qui appelas ton serviteur Louis à un trône terrestre afin qu'il puisse avancer l'avènement de ton règne céleste, et, qui lui donnas, quand son trône fut renversé par violence, l'audace de confesser devant les gouvernants de ce monde le nom de notre Sauveur Jésus-Christ et le courage de mourir pour cette foi: Accorde-nous de pouvoir recevoir avec obéissance de Tes mains la prospérité comme l'adversité, et d'être toujours prêts à porter témoignage de l'espérance qui est en nous, et de souffrir avec joie pour l'amour de Notre Seigneur Jésus-Christ; qui vit et règne avec Toi et le Saint-Esprit, un seul Dieu, pour les siècles des siècles.
Dieu Tout-Puissant, par Ta puissance et Ta grâce Ton saint martyr Louis triompha de la souffrance et fut fidèle jusqu'à la mort: Accorde-nous à nous, qui faisons mémoire de lui en cette action de grâces, d'être fidèles dans notre confession de Ton nom au cours de cette vie, au point de recevoir avec lui la couronne de vie, par Notre Seigneur Jésus-Christ qui vit et règne avec Toi et le Saint-Esprit, un seul Dieu, pour les siècles des siècles.


Je trouve curieux qu'il n'y ait ainsi que des protestants pour faire mémoire d'un roi gallican.

Jean-Serge
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Vénération par le peuple royal pour Louis XVI?

Message par Jean-Serge » sam. 16 juil. 2005 22:35

Excusez-moi mais à ceux qui s'obstinent à faire de Louis XVI un saint pour les orthodoxes, je ne trouve que peu de traces de vénérations par le peuple royal orthodoxe : excepté une icône russe déjà mentionnée, les autres sont très tardives... Lavardac, une certaine mission vétéro-calendériste en Suisse. Cela m'a l'air un peu léger. Ces cas d'icônes peuvent par ailleurs relever de l'erreur ou de la sensiblerie.

On connaît des icônes hérétiques et ce n'est pas parce qu'elles sont en usage qu'elles ne sont pas pour autant hérétiques... Mais surtout le problème de la foi du défunt demeure entier : certainement pas orthodoxe...
Priidite, poklonimsja i pripadem ko Hristu.

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » sam. 13 août 2005 0:04

lecteur Claude a écrit :Même si ce n'est pas un sujet central de ce forum, il me paraît intéressant de revenir sur ce chapitre de Grégoire XVII, le pape de Séville, dont nous avons tant de fois parlé en 2004. Grégoire XVII se situait bien sûr dans une tradition qui n'est pas la nôtre, mais nous avions dû parler de lui à plusieurs reprises, en raison de ses convictions et de ses actes pontificaux, qui représentaient le choix d'une forme de christianisme fort éloignée de l'Orthodoxie et une radicalisation de tous les points de désaccord qui séparent le catholicisme romain de l'Orthodoxie. C'est à ce titre que Grégoire XVII constituait un sujet d'intérêt pour le forum et que nous l'avions évoqué dans plusieurs fils; sa théologie avait aussi l'intérêt de tirer les conséquences ultimes de certaines positions des papes antérieurs (Immaculée Conception par exemple, d'où la proclamation de Marie comme co-rédemptrice; ou encore survalorisation du sacerdoce au point que, dans les églises palmaristes, les laïcs restent dans l'antichambre et n'assistent pas à la messe).

Or, je crains fort de ne revenir sur le chapitre de Grégoire XVII que pour le clore. Le silence des media a été total et ce n'est que dans une revue catholico-monarchiste à diffusion confidentielle que j'ai appris la nouvelle de son trépas.

"Nous venons d'apprendre la mort, le 22 mars dernier, de l'"antipape" Grégoire XVII. Né en 1946, Clément Dominguez Gomez connut à une époque une certaine notoriété lorsqu'il fut ordonné prêtre puis évêque par Mgr Ngo Dinh Thuc à Palmar-de-Troya (en Espagne près de Séville). A la mort de Paul VI, en 1978, il se proclama pape sous le nom de Grégoire XVII." (Lectures françaises, n° 578, juin 2005, p. 25.)

Avec Grégoire XVII, c'est peut-être une partie de la tradition du catholicisme romain, dans le sillage de l'ultramontanisme le plus dur du XIXème siècle, qui s'en va. Je ne sais pas encore si le conclave palmariste lui a donné un successeur. Je ne sais pas non plus si cette théologie aura encore beaucoup de représentants après lui.

Certes, je me suis beaucoup gaussé de lui à cause de sa totale confusion entre le religieux et le politique, qui plus est dans un choix de marginalité politique (quoique, à l'autre extrême de l'échiquier politique, les "icônes" du franciscain Robert Lentz relèvent de la même confusion). Mais, sur le plan théologique, il représentait la radicalisation d'une tendance pas si marginale que cela.

Il est cependant frappant de voir le pape de Séville et le pape de Rome soient morts à si peu de temps d'intervalle: Grégoire XVII (Dominguez Gomez) le 22 mars 2005, et Jean-Paul II (Woyjtla) le 2 avril 2005. Toutefois, j'ai pu constater qu'un autre des papes contemporains les plus significatifs, quant à lui adversaire résolu des décisions du concile Vatican II, Pierre II (Aschieri), est toujours en activité; son site Internet http://custodi.club.fr/index.htm est fort intéressant et régulièrement mis à jour.

A noter enfin que feu Grégoire XVII, comme François d'Assise, Padre Pio ou Bernard-Henri Lévy (cf. le fil "A propos des stigmates") avait porté les stigmates. Sur le site http://www.geocities.com/Area51/Lair/7170/ibio1.htm , vous pourrez voir une photographie de Grégoire XVII, encore laïc, stigmatisé lors d'une de ses extases.

Voilà les dernières nouvelles du siège papal de Séville, que je trouve sur l'excellent site Internet du CESNUR de Turin, animé par Massimo Introvigne, l'équivalent italien de Jean-François Mayer http://www.cesnur.org/religioni_italia/ ... imo_05.htm .

Gregorio XVII è morto il 21 marzo 2005 a Utrera, in provincia di Siviglia, e il 25 marzo dello stesso anno è stato incoronato come suo successore Manuel Alonso Corral (precedentemente noto come padre Isidoro Maria), con il nome di Pietro II.

Ma traduction (que je dédie particulièrement à l'illustre "Geoffroy le Bouillonnant" connu pour son goût des citations italiennes, autant que, sous une de ses autres identités, pour son goût des citations slavonnes et des calicots écrits en russe ):

"Grégoire XVII est mort le 21 mars 2005 à Utrera, dans la province de Séville, et le 25 mars de la même année on a couronné comme son successeur Manuel Alonso Corral (auparavant connu comme père Isidore Marie), sous le nom de Pierre II."

Par conséquent, l'aventure de l'Eglise catholique apostolique palmarienne continue, assurant la survie d'une certaine théologie catholique romaine très mario-centrée (par exemple, les palmariens croient à la présence réelle de la Toute-Sainte dans l'eucharistie).

Le nom choisi par le nouveau Pape me fait cependant penser aux réflexions que notre ami Eliazar écrivait l'année dernière sur le forum à propos de la fascination exercée par ce nom de règne de "Pierre II" depuis le pseudo-"prophétie de saint Malachie".

Alexandr
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Message par Alexandr » ven. 28 oct. 2005 16:19

Je remonte le sujet pas pour Louis XVI, mais pour le(la?, elle tenait à garder le titre au masculin) Basileus Irène. La première chose qui me vient c'est qu'elle était (bien sur, il ya le VIIième concile) un tantinet arriviste, prête à tuer son propre fils en lui faisant crever les yeux.
Il avait peut-être des penchants iconoclastes, mais le faire mourir comme cela ...
Par contre, elle a accepté son sort quand elle a été déposé par Nicéphore qui a amélioré l'état de l'empire.

Ainsi, les empereurs qui ont organisé des conciles oecuméniques sont automatiquement sanctifiés?


P.S : Bon, d'accord, c'est très vilain de juger une tierce personne sur des actes, mais là...
Dernière modification par Alexandr le ven. 29 déc. 2006 0:21, modifié 1 fois.

Anne Geneviève
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Message par Anne Geneviève » sam. 29 oct. 2005 18:54

C'est pour ce genre de moeurs impériales, plus largement répandues que la seule Empereur Irène, que je ne partage pas l'enthousiasme de Jean Louis pour Byzance en tant que civilisation.
"Viens, Lumière sans crépuscule, viens, Esprit Saint qui veut sauver tous..."

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Louis XVI martyr

Message par eliazar » lun. 31 oct. 2005 3:19

Lecteur Claude avait écrit le 16 juillet, à propos de Louis XVI et de la belle prière que lui consacrent les Anglicans :
Je trouve curieux qu'il n'y ait ainsi que des protestants pour faire mémoire d'un roi gallican.
C'est assez dans l'esprit anglais, en tout cas; je ne sais si c'est toujours le cas, mais au temps de l'enfance rouennaise de ma mère, le monument érigé à Jeanne d'Arc sur l'emplacement de son bûcher était régulièrement fleuri par d'anonymes Anglais qui souvent faisaient la traversée, le week-end, essentiellement dans ce but. Ma mère qui avait l'esprit caustique mettait cela sur la tradition de "fair play" des Britanniques.

Dois-je ajouter qu'il a longtemps été de bon ton, dans la bourgeoisie protestante française, de suivre les idées de Charles Maurras et de soutenir activement son Action Française - ce qui était encore plus fair play si j'ose dire! Après le siège de La Rochelle, la Révocation de l'Édit de Nantes et les dragonnades chères au Roi-Soleil, faire le coup de canne pour le retour de la Monarchie ne manquait pas de panache, surtout chez les protestants du midi pour qui le souvenir du désert cévenol et de ses martyrs était (et est encore) vivace.
< Demeurons dans la Joie. Prions sans cesse. Rendons grâce en tout... N'éteignons pas l'Esprit ! >

hilaire
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Message par hilaire » lun. 31 oct. 2005 11:04

ça aurait été beaucoup plus eficace de débarquer soutenir la chouannerie plutôt que de la laisser se faire charcuter par les républicains à l'époque ou la monarchie pouvait sérieusement avoir une chance d'être rétablie en France...

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