Les fols en Christ

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Claude le Liseur
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Re: Les fols en Christ

Message par Claude le Liseur » lun. 11 janv. 2010 18:36

Claude le Liseur a écrit :On trouvera ici un échantillon de ces productions: https://www.trinitystores.com/?artist=1

Il semble d'ailleurs que l'échantillon ait été quelque peu «épuré» par rapport aux merveilles que l'on pouvait contempler voici quelques années sur le site Internet qui vend la reproduction de ces images, même s'il reste quelques pépites.
Mais non,mais non, mille excuses !

Mille excuses d'abord à notre ami christianc qui avait démonté la douteuse démonstration basée sur une image du frère Lentz dès le 30 juillet 2003, ce que je n'avais pas relevé dans mon précédent message de ce jour.

Mille excuses ensuite à nos autres lecteurs qui auront pu croire, suite à ma brève visite sur le magasin en ligne des productions du franciscain Robert Lentz que ses peintures les plus militantes de la cause homosexuelle avaient disparu. Elles ont en fait été regroupées, à la même adresse https://www.trinitystores.com/?artist=1 , dans une rubrique Images That Challenge (Des images qui provoquent). On y trouvera ainsi les images de saint Boris (et non pas de saint Gleb comme je l'avais écrit de mémoire) et de son serviteur magyar Georges, des saints Polyeucte et Néarque (particulièrement malsaine celle-ci) ou des saints Serges et Bacchus en couples d'amoureux homosexuels, ainsi que des images d'inspiration païenne ou chamaniste.
Qu'on ne pense pas que les images me choquent uniquement à cause du militantisme homosexuel du peintre franciscain: je serais tout aussi mal à l'aise face à des images qui présenteraient un couple de saints mariés (disons, saints Adrien et Nathalie, ou saints Justinien et Théodora) d'une manière aussi explicitement sexuelle que saints Polyeucte et Néarque sur l'image peinte par le frère Robert Lentz. L'icône orthodoxe représente les saints dans leur corps transfiguré, avec leur visage de lumière, dans la gloire à laquelle ils sont parvenus et dans leur impassibilité, pas d'une manière terrestre ou naturaliste. Le désir charnel, qu'il soit homosexuel ou hétérosexuel, ne devrait pas figurer sur une icône. Ne devraient pas non plus figurer des références aussi marquées aux convictions politiques du peintre (convictions de gauche dans le cas du frère Robert, mais peu importe). Il est déjà difficile pour tout le monde de réfréner un tant soit peu les passions; alors, si même les icônes se mettent à les exalter au lieu de nous montrer le visage de lumière auquel les saints sont parvenus, que pouvons-nous encore espérer?

Il est vrai que les images peintes par le frère Robert Lentz, moine franciscain catholique romain, ne sauraient passer pour des icônes orthodoxes. Mais alors, pourquoi cette recherche délibérée de la confusion? Le malaise n'est-il pas encore accentué par ces tentatives de «faire orthodoxe», avec des légendes en grec qui n'ont rien à faire là - Harvey Milk, homme politique californien et militant de la cause gay, canonisé par notre peintre franciscain, devenant, d'une manière ridicule tant est visible la volonté de copier les icônes orthodoxes grecques, Ο Άγιος Άρβιος -, ces références à Photios Kontoglou, qui avait, lui, des convictions orthodoxes strictes, cette récupération de symboles de l'iconographie traditionnelle ? Il est évident que le spectateur qui regarde ces images ne ressentirait pas une telle impression de malaise si frère Robert n'avait pas multiplié de telles références abusives à l'iconographie orthodoxe, totalement détournée de son sens et enrôlée pour des causes avec lesquelles elle n'a rien à voir. Faut-il y voir une nouvelle manifestation du mépris d'un certain monde occidental, anglo-saxon ou français en particulier, à l'égard de tout ce qui est orthodoxe ? Quelle est la différence entre ce diplomate de la légation de France à Athènes allumant sa cigarette à la flamme d'un cierge à la métropole d'Athènes lors d'une célébration de l'archevêque Chrysostome (Papadopoulos), fait rapporté par Roger Peyrefitte dans Propos secrets, et le franciscain Robert Lentz enrôlant l'iconographie byzantine, tradition maintenue par le peuple orthodoxe au prix de son sang, au service de causes propres à l'intelligentsia californienne ? Je vois le même mépris teinté de racisme, la même orthodoxophobie, et en fin de compte le même blasphème. On peut ne pas aimer l'Orthodoxie et avoir quand même un minimum d'éducation. (Ou de bon goût, quand on voit certaines productions de frère Robert.)

Claude le Liseur
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Re: Les fols en Christ

Message par Claude le Liseur » lun. 11 janv. 2010 21:53

Depuis le temps que j'en parle, il me semble que le moment est venu de citer quelques passages des pages que le plus grand théologien orthodoxe français, le docteur Jean-Claude Larchet, consacre à l'analyse du phénomène des «pseudo-icônes de Robert Lenz» (c'est ainsi que M. Larchet orthographie le nom du franciscain californien dans son livre; le site qui vend les icônes du frère Robert l'orthographie Lentz).
La production du P. Robert Lenz révèle un peintre de talent, dont la créativité se renouvelle sans cesse et dont la technique est parfaite.
Du point de vue de l'iconographie traditionnelle cependant, cette production paraît très problématique à bien des égards.

Un premier problème est posé par des représentations du Christ partiellement ou totalement issues de l'imagination du peintre.
Certaines de ces «icônes»ont une forme classique quant à la posture et aux vêtements du Christ, mais Lui attribuent un visage emprunté à des représentants de différentes ethnies (surtout africaines, latino-américaines ou indiennes d'Amérique du Nord).
D'autres sont en totale rupture avec les formes classiques et présentent le Christ largement dénudé dans différentes positions. Plusieurs de ces «icônes» revêtent des formes malsaines, avec des connotations érotiques, voire démoniaques, par exemple dans les «icônes» intitulées «Danse de la Création», «Pax Christi», «Sacré Cœur» ou «Christ Séraphique».
Certaines ont un caractère syncrétiste, d'une part en faisant intervenir dans l'environnement du personnage représenté divers éléments manifestement empruntés aux élucubrations du courant «New Age», d'autre part en mêlant certains attributs du Christ (nimbe crucifère avec l'inscription ό ὢν, inscription IC XC de part et d'autre) à des représentations de divinités païennes, constituant ainsi des divinités hybrides. (...)
Ces représentations véhiculent une image du Christ non seulement déformée, mais mensongère, hérétique et blasphématoire, susceptible de produire d'importants dommages dans les âmes qui utiliseraient de telles «icônes» à des fins spiirtuelles ou qui s'attarderaient simplement à les regarder.
[ M. Larchet évoque ensuite d'autres problèmes posés par la production du frère Robert Lentz: caractère dominant de la coloration ethnique, au mépris de toute considération historique ou traditionnelle; canonisation par le frère Lentz de non chrétiens ou de personnes sans religion. On se demande quand même sur quels critères Robert Lenz ou Lentz a pu canoniser Tolkien ou Albert Einstein. - NdL]
Le peintre a par ailleurs consacré une partie de sa production à fournir aux milieux «gay» américains un certain nombre d'«icônes» de référence: «Saint Harvey» Milk, maire de San Francisco, qui a aux yeux du peintre l'immense mérite d'avoir été «la première personne ouvertement gay à être élue à un haut poste public aux États-Unis»; mais aussi des amis que les milieux homosexuels ont abusivement considérés comme homosexuels et «récupérés» comme «saints patrons»: les justes David et Jonathan, saints Polyeucte et Néarque, saints Serge et Bacchus, ou saint Boris (frère de saint Gleb) et son serviteur Georges. Il est à noter que ces dernières «icônes» ont suscité des protestations de la part de Mgr Michael Sheehan, archevêque catholique de Santa Fe, et que l'auteur a renoncé à en assurer lui-même la distribution, de même que des icônes suivantes: «Sainte We-Weha», figure emblématique de la polyandrie étendue pratiquée par les Indiens Pueblo Zuni; la «Trinité celtique», représentant une triade de divinités féminines païennes de l'ancienne religion des Celtes; Merlin, le Druide mythique des Celtes, ainsi que le «Seigneur de la Danse» et le Christ-Sophia que nous avons mentionnée précédemment. [Ces pseudo-icônes néo-païennes sont pourtant toujours en vente sur le site qui vend les productions du frère Robert Lentz OFM. -NdL]
L'art du P. Robert Lenz ne s'exerce pas dans le cadre de l'Église orthodoxe et n'a donc pas, en toute rigueur, à être jugé selon les critères iconographiques de celle-ci (dans le cadre de l'Église catholique, il est perçu comme une forme d'art parmi d'autres). Il permet néanmoins de voir à quelles déviations et à quelles aberrations peut en arriver un peintre talentueux qui, dans l'ignorance ou le non-respect des canons de l'iconographie traditionnelle fondés sur des principes dogmatiques et ecclésiologiques définis, et en suivant une fausse conception de la façon de formuler pour le monde contemporain le message évangélique, se laisse guider par sa conscience individuelle et son imagination, exerçant ainsi l'art iconographique non comme un iconographe authentique mais comme un peintre profane.
(Jean-Claude Larchet, L'iconographe et l'artiste, Le Cerf, Paris 2008, pp. 152-158)

Claude le Liseur
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Re: Les fols en Christ

Message par Claude le Liseur » lun. 11 janv. 2010 22:19

Lorsque le docteur Larchet écrit:
L'art du P. Robert Lenz ne s'exerce pas dans le cadre de l'Église orthodoxe et n'a donc pas, en toute rigueur, à être jugé selon les critères iconographiques de celle-ci (dans le cadre de l'Église catholique, il est perçu comme une forme d'art parmi d'autres).
Je ne partage pas son irénisme.

En effet, si, sur le fond, la production du frère Robert Lentz n'a rien à voir de près ou de loin avec une icône orthodoxe, il ne faut pas se leurrer. Nous sommes confrontés à une véritable entreprise visant à entretenir la confusion aux yeux d'un public occidental semi-cultivé, qui a vaguement entendu parler du «christianisme oriental» et de ses belles icônes, mais dont on ne voudrait surtout pas qu'il aille approfondir les différences qui peuvent exister avec la Papauté. Tout est fait pour entretenir la confusion, notamment par une référence presque fétichiste à la langue grecque - référence finalement très intéressée puisqu'elle permet d'entretenir la confusion avec une icône orthodoxe, et qu'elle permet au peintre franciscain de se parer des plumes de Photios Kontoglou et des iconographes des monastères du mont Athos.

Je reviens sur l'exemple de Harvey Milk, canonisé par le frère Robert Lentz O.F.M parce qu'il fut un martyr de la cause homosexuelle en Californie. Cette pseudo-icône est particulièrement révélatrice de certains mauvais procédés. On notera l'auréole - comme si Harvey Milk était un saint de l'Église orthodoxe -, le triangle rose des déportés homosexuels des camps de concentration nazis porté sur la manche droite de la chemise de Milk - ce qui est à la fois une insulte au bon sens (comparer le IIIe Reich et la Californie des années 1960) et la marque d'un procédé dialectique d'une incroyable indigence intellectuelle, d'une insigne malhonnêteté et d'une effarante démagogie, la reductio ad hitlerum, visant bien sûr à présenter tous les adversaires du mouvement gay californien comme des nazis - et une légende en grec dans le style de celle que l'on trouve sur les icônes peintes en Grèce et à Chypre de nos jours. (De même qu'on trouve une manière de légender une icône en Russie, en Orient arabe, en Roumanie, etc.)
Feu Harvey Milk, comme beaucoup d'Anglo-Saxons, portait un prénom qui n'est pas un prénom de saint (indice d'une rupture précoce des Anglo-Saxons avec la tradition chrétienne). Je suppose que son prénom était un hommage au célèbre médecin anglais William Harvey, à qui l'on attribue la découverte de la circulation sanguine (en réalité découverte par l'Espagnol Michel Servet). Il y a tout de même quelque chose de malsain à ce que le nom de famille anglais Harvey (qui, en grec moderne, devrait se transcrire de manière phonétique comme Άρβε) donne, par les soins du frère Lentz, un pseudo-prénom grec Άρβιος , tout simplement parce qu'il faut du grec pour faire croire au gogo occidental qu'il a en face de lui une icône orthodoxe.
Quand j'ai passé commande d'icônes de saints occidentaux qui étaient inconnus en Grèce et dont les prénoms n'avaient pas de traduction grecque connue, j'ai fait légender l'icône en français, et, une fois, en alsacien. Il est probable que si j'avais commandé une icône d'un saint Martin de Tours ou d'un saint Hilaire de Poitiers, j'aurais fait légender l'icône en français et en grec pour marquer le lien avec l'Orthodoxie universelle. Mais, dans d'autres cas, je ne me voyais pas faire du pseudo-grec. Pardi: ni les iconographes auxquels je passais commande, ni moi-même, n'avions besoin de faire croire qu'il s'agissait d'icônes orthodoxes, puisque c'était bien des icônes orthodoxes...
Elles n'avaient pas à prétendre: elles étaient.

christian
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Re: Les fols en Christ

Message par christian » jeu. 21 janv. 2010 21:39

Actuellement, ces dernières semaines, plusieurs bies de fols en Christ sur le blog :

<http://orthodoxologie.blogspot.com/>

Claude le Liseur
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Re: Un indice!

Message par Claude le Liseur » jeu. 17 janv. 2013 11:23

Claude le Liseur a écrit : En tout cas, si le but était de nous convaincre que «certains milieux orthodoxes» auraient considéré Jean de Grenade comme un fol-en-Christ sur la base d'une image du frère Lentz, on peut tout de même faire la remarque qu'il existe des arguments plus convaincants.

En effet, il est d'une totale mauvaise foi d'arguer que «certains milieux orthodoxes» auraient considéré Jean de Grenade comme un fol-en-Christ parce qu'un franciscain catholique romain a peint une image qui se voudrait une icône parce qu'elle a une légende en grec. C'est désormais la traduction en grec de la légende du tableau qui transforme un peinte catholique romain en iconographe orthodoxe? Mais il y aussi des hétérodoxes en Grèce!

De même qu'il est d'une totale mauvaise foi de raconter n'importe quoi au nom de l'Orthodoxie en se présentant comme orthodoxe sur des sites qui sont plutôt fréquentés par des gens qui ne connaissent rien de l'Orthodoxie, et en même temps de jouer au visiteur curieux pour faire des provocations sur ce site-ci, puis de crier à l'intégrisme au moment où on se fait rappeler à l'ordre.

Avertissement: c'est la dernière fois que nous tolérons un troll pendant neuf ans.

Nikolas
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Re: Les fols en Christ

Message par Nikolas » jeu. 07 févr. 2013 15:47

Maxime a écrit :13.05 15h24 Auteur : Axel

Quelqu'un pourrait t'il m'éclairer au sujet des fols en Christ?

Qui sont t'ils et en quoi leurs comportements se distinguent t'ils de celui des vrais fous ou des imposteurs?

A quoi sert la folie en Christ? Est t'elle nécessaire à la sainteté

Amitiés
Une interview de Jean-Claude Larchet sur les "fous-en-Christ" :
(Partie I) http://www.egliserusse.eu/blogdiscussio ... a2460.html
(Partie II) http://www.egliserusse.eu/blogdiscussio ... a2461.html

Claude le Liseur
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Re: Les fols en Christ

Message par Claude le Liseur » sam. 28 sept. 2019 23:13

Claude le Liseur a écrit :
lun. 11 janv. 2010 22:19

En effet, si, sur le fond, la production du frère Robert Lentz n'a rien à voir de près ou de loin avec une icône orthodoxe, il ne faut pas se leurrer. Nous sommes confrontés à une véritable entreprise visant à entretenir la confusion aux yeux d'un public occidental semi-cultivé, qui a vaguement entendu parler du «christianisme oriental» et de ses belles icônes, mais dont on ne voudrait surtout pas qu'il aille approfondir les différences qui peuvent exister avec la Papauté. Tout est fait pour entretenir la confusion, notamment par une référence presque fétichiste à la langue grecque - référence finalement très intéressée puisqu'elle permet d'entretenir la confusion avec une icône orthodoxe, et qu'elle permet au peintre franciscain de se parer des plumes de Photios Kontoglou et des iconographes des monastères du mont Athos.

Je reviens sur l'exemple de Harvey Milk, canonisé par le frère Robert Lentz O.F.M parce qu'il fut un martyr de la cause homosexuelle en Californie. Cette pseudo-icône est particulièrement révélatrice de certains mauvais procédés. On notera l'auréole - comme si Harvey Milk était un saint de l'Église orthodoxe -, le triangle rose des déportés homosexuels des camps de concentration nazis porté sur la manche droite de la chemise de Milk - ce qui est à la fois une insulte au bon sens (comparer le IIIe Reich et la Californie des années 1960) et la marque d'un procédé dialectique d'une incroyable indigence intellectuelle, d'une insigne malhonnêteté et d'une effarante démagogie, la reductio ad hitlerum, visant bien sûr à présenter tous les adversaires du mouvement gay californien comme des nazis - et une légende en grec dans le style de celle que l'on trouve sur les icônes peintes en Grèce et à Chypre de nos jours. (De même qu'on trouve une manière de légender une icône en Russie, en Orient arabe, en Roumanie, etc.)

J'ai trouvé sur un forum orthodoxe étasunien un fil de conversation intitulé Schlock Icons (ici: http://www.orthodoxchristianity.net/for ... ic=47878.0).

(Soit dit en passant, j'améliore ma connaissance de l'anglais américain, schlock étant un adjectif qu'on ne m'a jamais appris à l'école, issu de l'adjectif yiddish שלאַק‎ (schlak), lointainement issu du substantif allemand Schlacke (scorie), qui est passé en anglais américain pour désigner une production artistique de la qualité la plus inférieure, autrement dit "merdique" en français.)

Quoiqu'il en soit des étymologies, je vous invite à contempler les horreurs reproduites sur ce fil Schlock Icons, le fil des mauvaises pseudo-icônes pas sympathiques, où vous trouverez bien entendu en bonne place les icônes de "saint Staline" et de "saint Hitler" (cette dernière émanant de l'étrange groupe du pseudo-évêque Ambroise dit "von Sievers", autant Germano-Balte que moi), avec un ensemble d'horreurs toutes plus ridicules les unes que les autres, embrigadant l'art de l'icône au service de toutes les causes possibles et imaginables (écologie, homosexualité, immigrationnisme, communisme, nazisme, papisme, nationalisme). Vous admirerez les productions délirantes des nationalistes ukrainiens qui mettent des drapeaux bleu-jaune partout, l'imagination sans limite des communistes russes (le visage de Lénine à la place de la sainte Face, le Christ bénissant les généraux de Staline), la confusion gyrovague du catholicisme romain contemporain, les tentatives de nouvelles hérésies obscures pour se faire une place au soleil (j'adore la secte russe qui a proclamé le tsar-martyr "co-rédempteur de l'humainté"), le prosélytisme uniate ou jésuite à peine hypocrite, la ré-écriture de l'histoire ("saint Ivan le Terrible" et "saint Raspoutine" gagnent à être connus)...

mais, en tête de ce défilé de monstres, au-dessus de cette collection de croûtes, à la place d'honneur dans ce musée des horreurs,

trône leur père à tous,

l'incroyable frère Robert Lentz OFM,

la référence absolue en matière d'icônes fausses, contournées, controuvées, falsifiées, faisandées, truquées, polluées, détournées de leur sens, anti-chrétiennes, anti-orthodoxes, blasphématoires, grotesques, burlesques, bouffonnes, contraires au bon goût le plus élémentaire,

bref la référence absolue en matière d "'icônes" tout simplement schlock,

et que Dieu me pardonne d'appeler un chat un chat, fût-il, ou pas, de Schrödinger.

Claude le Liseur
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Re: Les fols en Christ

Message par Claude le Liseur » mer. 16 oct. 2019 17:43

Claude le Liseur a écrit :
sam. 28 sept. 2019 23:13

J'ai trouvé sur un forum orthodoxe étasunien un fil de conversation intitulé Schlock Icons (ici: http://www.orthodoxchristianity.net/for ... ic=47878.0).

(Soit dit en passant, j'améliore ma connaissance de l'anglais américain, schlock étant un adjectif qu'on ne m'a jamais appris à l'école, issu de l'adjectif yiddish שלאַק‎ (schlak), lointainement issu du substantif allemand Schlacke (scorie), qui est passé en anglais américain pour désigner une production artistique de la qualité la plus inférieure, autrement dit "merdique" en français.)

Voici ce qu'en écrivait Leo Rosten dans son merveilleux livre sur les mots que l'anglais américain a emprunté au yidiche:


shlock
schlack
schlock

Rhymes with "clock". Schlock is both an adjective an a noun. From German: Schlag: a "blow"; perhaps the Yiddish means merchandise that has been "knocked around".

1. A shoddy, cheaply made article. "It's a piece of shlock". "Where did you buy that? In a shlock-house?"

2. A defective or fake article; an object that was cheated over. "That watch will never keep time. It's shlock merchandise."

3. A disagreeable, peevish person.

4. A shrew, a whining wife, a yenta - and a slob, to boot. "His beloved? There's a shlock of a girl."



Leo Rosten, The Joys of Yiddish, Mc Graw-Hill Book Company, New York / Toronto / Londres / Sydney 1968, p. 349.

Ma traduction:



shlock
schlack
schlock

Rime avec "clock". Schlock est à la fois un adjectif et un nom. De l'allemand Schlag, coup : le yidiche veut peut-être dire qu'il s'agit d'une marchandise qui a été "maltraitée".

1. Camelote, pacotille. "C'est de la schlock." "Où as-tu acheté ça ? Dans un magasin de schlock ?"

2. Marchandise défectueuse ou truquée ; marchandise sur laquelle on a triché. "Cette montre ne marchera pas. Elle est schlock."

3. Une personne désagréable et irritable.

4. Une mégère, une épouse geignarde, une yenta [commère ou poissarde en yidiche, NdT], et flemmarde par-dessus le marché. "Sa bien-aimée ? Cette fille est une schlock!"

Je milite donc, on l'aura compris, pour une naturalisation immédiate d'un si bel adjectif dans la langue française, si possible sous la forme schlock qui est plus étymologique que la forme américanisée shlock, puisque tenant compte des substantifs allemands (Schlag ou Schlacke) à l'origine du yiddish שלאַק‎ .

Les icônes du RP Robert Lentz OFM et de ses disciples peuvent donc être qualifiées d'icônes de pacotille (mais avec l'idée qu'il s'agit d'images à la fois malmenées et frauduleuses), en attendant la généralisation du bel adjectif schlock dans l'usage francophone.

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Re: Un indice!

Message par Claude le Liseur » ven. 01 nov. 2019 10:44

Claude le Liseur a écrit :
lun. 11 janv. 2010 18:04

Tirer un argument de cette «icône» est vraiment pour le moins audacieux, car j'y reconnais, bien sûr, le style inimitable des pseudo-icônes du franciscain californien Robert Lentz (catholique romain, et non orthodoxe, soit dit en passant - on est loin de «certains milieux orthodoxes» évoqués par totocapt)! Le frère Robert Lentz OFM a pour habitude de peindre sur bois, dans un style vaguement iconique, des personnages souvent canonisés par lui-même (JRR Tolkien !), parfois même non chrétiens (Albert Einstein !),souvent dans un but de glorification de l'homsosexualité («icône» de Harvey Milk, «icônes» franchement blasphématoires des saints Serge et Bacchus ou de saint Gleb et de son serviteur hongrois Georges présentés comme des couples gay enlacés, etc.) Ces pseudo-icônes sont agrémentées de légendes en grec, ce que je trouve malhonnête: s'agit-il de faire orthodoxe ou d'épater le gogo nord-américain à qui on n'apprend plus à lire l'alphabet grec à l'école secondaire ?

J'imagine bien entendu la réaction de certains lecteurs : mais d'où peut-on imaginer que l'on apprenait à lire l'alphabet grec à l'école secondaire en Amérique du Nord ?

J'ai sous les yeux un manuel intitulé Technique de l'Automobile, par M. Delanette, ingénieur des Arts et Métiers, professeur de l'enseignement technique, avec la collaboration de A. Chevalier et R. Cluzel, professeurs à l'Ennep de Paris, publié à Paris en 1964 par la librairie Delagrave. Manuel pour les C.A.P. et B.P. de mécanique automobile.

Après 144 pages consacrées à tout ce que l'on pouvait savoir sur le fonctionnement d'une automobile en 1964 (du schéma du moteur à explosion à quatre temps à celui de la boîte de vitesse à trains épicycloïdaux en passant par le graissage du moteur et et le réglage de l'allumage, avec instructions d'utilisation et formules de calcul à la clef), on y trouve un aide-mémoire intitulé "Documentation générale" avec tout ce dont le technicien automobile pouvait avoir besoin, soit, entre autres, la liste des nombres premiers, la liste des principales unités et de leurs règles de conversion ( du type N= kgf:9,81), les conversions entre système métrique et système anglo-saxon, les identités remarquables, les tables trigonométriques, les tables de carrés et des racines carrées, les tables de logarithmes avec les mantisses des nombres de 100 à 999 (à noter qu’à ma connaissance plus aucune table de logarithmes n’a été publiée depuis 1980 et je doute fort qu’il y ait aujourd’hui beaucoup de monde qui sache faire les multiplications au moyen des logarithmes), mais aussi les règles d’écriture des chiffres romains… et l’alphabet grec.
Donc, j’ai la preuve indubitable que dans un pays comme la France, en 1964 (pas au temps de Montaigne : en 1964 !), on considérait que l’alphabet grec faisait partie du bagage utile d’un apprenti mécanicien sur automobiles.
Je me crois ainsi autorisé à penser qu’il y a quelques décennies, l’alphabet grec avait beaucoup plus de place dans l’enseignement secondaire dans les pays occidentaux que c’est le cas aujourd’hui, même si je n’ai pas encore la preuve que ce qui valait pour la France valait aussi pour l’Amérique du Nord.

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