la rédemption des Malatesta et des Montfort

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Claude le Liseur
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la rédemption des Malatesta et des Montfort

Message par Claude le Liseur »

Tous les Occidentaux un tant soit peu cultivés ont entendu parler du nom des deux illustres familles italienne et française Malatesta et Montfort, mais le moins que l'on puisse dire est que l'on n'associe pas leur souvenir à une grande vie spirituelle.

Les Malatesta (qui seraient les descendants d'un seigneur allemand installé en Italie par l'empereur Otton III à la fin du Xème siècle) régnèrent sur Rimini et une partie de la Romagne entre 1239, date où Jean (Giovanni) Malatesta devint podestat de Rimini, et 1500, date où César Borgia, le fils du pape Alexandre VI, chassa de Rimini le podestat Pandolphe (Pandolfo) Malatesta. La famille est connue dans tout l'Occident à travers la pièce de Henry de Montherlant Malatesta (1946) et surtout l'épisode de Francesca da Rimini, raconté par Dante dans son Enfer (V, 73 s.): Françoise de Polenta, épouse du podestat Jean Malatesta le Débauché, qui la tua après l'avoir surprise avec son frère Paul le Beau (1284 ou 1285). Pas des souvenirs très positifs, donc. (Cf. Michel Mourre, Dictionnaire encyclopédique d'Histoire, Editions Bordas, Paris 1991, tome V, pp. 2913 s.)

La famille Montfort, originaire de Montfort-L'Amaury en région parisienne, évoque des souvenirs encore plus négatifs, en particulier dans le sud-ouest de la France qu'un de ses représentants mit à feu et à sang. Simon IV le Fort, baron de Montfort, fut le chef de la croisade contre les Cathares en 1208, l'auteur du massacre de Béziers (1209), le vainqueur de la bataille de Muret (1213) et l'usurpateur du comté de Toulouse. Son usurpation fut reconnue en 1215 par le pape Innocent III, mais il fut chassé par les Toulousains et tué en 1218 en tentant de reprendre la ville. Son fils aîné Amaury VI fut connétable de France en 1231 et s'illustra contre les Sarrasins. Le quatrième fils de Simon IV, Simon de Leicester, fut maître de l'Angleterre en 1265, tué par les royalistes à la bataille de Evesham quelques mois plus tard, et paradoxalement considéré par le peuple anglais comme un martyr des droits du Parlement. (Cf. Mourre, tome V, pp. 3145 s.)

Bref, deux familles dont on voit mal les liens avec l'Orthodoxie.

Et pourtant, un membre de la famille Montfort est un saint de l'Eglise orthodoxe! Il s'agit de saint Jean de Montfort, dont la biographie ne figure pas au Synaxaire, mais qui est répertorié dans le Aghiologhio tis Orthodoxias de Christos Tsolakidhis, 2ème édition, Athènes 2001, p. 1177. Il fait partie du nombre assez considérable de saints qui n'ont pas de mémoire liturgique inscrite au calendrier; souvenons-nous de ce saint orthodoxe francophone (réellement de langue française, pas latinophone des Gaules) le dimanche de Tous les Saints.
Jean de Montfort fit partie de ces Latins venus s'installer dans les colonies arrachées à l'Empire byzantin et qui décidèrent de se convertir à l'Orthodoxie alors que le but du pouvoir vénitien ou croisé était la destruction de l'Orthodoxie dans les pays conquis. Le cas n'était pas si rare: le concile du Latran de 1215 fulmine contre les Latins qui se faisaient baptiser en rejoignant l'Eglise grecque.
Jean de Montfort mena une vie sainte sur l'île de Chypre et mourut en 1248 à Nicosie. Il fut enterré au monastère de "Beaulieu". Son corps fut retrouvé incorrompu et il fut inscrit sur le catalogue des saints de l'Eglise orthodoxe de Chypre.

Quant aux Malatesta, il faut signaler qu'une princesse de cette illustre famille, Cléope, parente du pape Martin V, épousa le despote de Morée Théodore II Paléologue, fils de l'empereur Manuel II Paléologue. Ivan Djuric (Le crépuscule de Byzance, Maisonneuve et Larose, Paris 1996, p. 194) nous apprend que "par ailleurs, bien que le despote Théodore II eut promis de respecter les convictions religieuses de sa future épouse, Cléope embrassa après son mariage l'orthodoxie, y resta fidèle en dépit des menaces d'excommunication parvenant de Rome, et mourut encore très jeune, en 1433, dans la foi orthodoxe. Elle est enterrée dans l'église Zôodote de Mistra."

Puissent les prières de saint Jean de Montfort et de la pieuse souveraine Cléope Malatesta Paléologue obtenir du Christ notre Dieu la rédemption de leurs parents selon la chair, et puisse leur exemple trouver de nos jours, en Occident, de nombreux imitateurs.
Anne Geneviève
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Message par Anne Geneviève »

Petit rectificatif : ce n’est pas du comté de Toulouse que s’est emparé Simon de Montfort, mais de la vicomté de Béziers, Albi et Carcassonne, c’est à dire la terre des Trencavel. Raymond VI de Toulouse, pendant ce temps, était théoriquement croisé (mais il se contentait de planter sa tente dans le camp de Rome, sans combattre) et ce n’est qu’après l’échec de la médiation de Pierre II d’Aragon dont relevaient tant la vicomté que le comté, l’emprisonnement de Raymond-Roger Trencavel lors de la reddition de Carcassonne et la main mise de Montfort sur la vicomté qu’Aragon et Toulouse s’opposèrent à Montfort par les armes.
"Viens, Lumière sans crépuscule, viens, Esprit Saint qui veut sauver tous..."
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