Un livre sur le «schisme» et la chute de Constantinople

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patrik111
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Un livre sur le «schisme» et la chute de Constantinople

Message par patrik111 » dim. 29 nov. 2015 17:53

Bonjour à tous,

Connaissez-vous le livre suivant:
1453, chute de Constantinople - Mahomet II impose le Schisme Orthodoxe, de Lina MURR NEHMÉ?

L’auteur se présente comme orthodoxe libanaise. Voici le résumé de l’ouvrage en quatrième de couverture:
«Le différend entre Orthodoxes et Catholiques n'est pas dogmatique. Nous sommes capables de nous unir avec Rome parce que nous sommes fidèles avec entêtement à nos racines.» Ainsi parlait, en juin 1983, le patriarche grec-orthodoxe d'Antioche, Ignace IV Hazim, dans la cathédrale Notre-Dame de Paris. Ainsi parlaient aussi les Orthodoxes qui, en 1439, avaient mis fin au schisme après d'interminables palabres avec les Catholiques au concile de Florence. À ce concile, le savant Scholarios les avait appelés à embrasser l'Union des Églises. Mais quelque temps après son retour à Constantinople, il se retourna et prétendit que les raisons du schisme étaient si graves que le Christ ne voulait pas de l'unité des chrétiens, c'est-à-dire de la seule chose qui pouvait sauver Constantinople de l'invasion turque. Après la chute de Constantinople, Scholarios révéla ses vraies motivations en acceptant la place de patriarche que lui offrait le sultan, ses cadeaux de prix et l'exemption des taxes imposées aux chrétiens. Et il aida les Ottomans à imposer aux Orthodoxes le mythe d'un schisme légal. Du point de vue orthodoxe, un musulman ne peut pas convoquer un concile, ni élire un patriarche, surtout quand il en existe déjà un. Et la décision de cet «antipatriarche» ne vaut certainement pas face à celle d'un concile groupant les chefs des deux Églises. Le concile de Florence est donc toujours valide du point de vue orthodoxe. L'Histoire se répète, dit-on. C'est flagrant en ce qui concerne la tragique histoire de la chute de Constantinople...
Mes questions:

1. Est-il vrai que le différend entre Église orthodoxe et Église romaine ne soit pas dogmatique? Que dire alors des dogmes de l’infaillibilité pontificale et de l’Immaculée conception?

2. Que penser de l’affirmation historique selon laquelle c’est un sultan musulman qui aurait imposé le schisme entre ce qui allait devenir l’Église orthodoxe et l’Église romaine?

Merci par avance de vos commentaires et de votre aide.

Patrik

Claude le Liseur
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Re: Un livre sur le «schisme» et la chute de Constantinople

Message par Claude le Liseur » dim. 29 nov. 2015 19:41

On a déjà parlé de ce livre sur le présent forum à l'époque de sa parution (17 résultats si vous utilisez la fonction "Rechercher", ce que je vous invite à faire).

Je ne sais pas si cette dame est restée "orthodoxe" (ce qui, dans le contexte libanais, est aussi une étiquette politico-sociale; cf. une députée "orthodoxe" de Beyrouth qui est en fait convertie à l'Islam et le cache pour conserver son sièg) ou si elle s'est faite maronite pour mettre ses convictions en accord avec ses "découvertes".

Force est de constater qu'avant les découvertes fracassantes de Madame Murr Nehmé, on ignorait que la séparation entre orthodoxes et papistes n'eût pas de fondements dogmatiques, ni qu'elle ne fût pas antérieure à 1453. Bizarrement, tout le monde continue à penser ce qu'on pensait avant elle. Encore une conspiration du silence? On pourrait demander à Madame Murr Nehmé de s'adresser à Laurent Louis pour dénoncer le complot, encore que celui-ci soit désormais privé de sa tribune de la Chambre belge. Enfin, trêve d'enfantillage, et consacrons au sujet les quelques secondes qu'il semble mériter aux yeux de certains.

Je considère pour ma part que la cause principale de la séparation fut le Filioque, qui touche à l'essence même de la foi (la Trinité).

Quant à affirmer que le schisme date de 1453, c'est oublier les prétendus conciles d'union de 1274 et de 1439, qui avaient précisément pour but de mettre fin au schisme par la soumission à la Papauté, qui faisait usage de son avantage militaire du moment et du soutien des empereurs en place à Constantinople.

Il vous suffit de lire la vie de saint Marc d'Ephèse pour savoir ce qu'il en était des relations entre l'Orthodoxie et le Vatican à cette époque.

Dans un réflexe bien peu orthodoxe, mais très catholique romain, l'"orthodoxe" Murr Nehmé semble ignorer que le patriarche de Constantinople n'est pas toute l'Eglise. Pour info, l'Empereur uniate avait mis en place un patriarche uniate, comme des empereurs iconoclastes avaient mis en place des patriarches iconoclastes, et les évêques orthodoxes fidèles à la foi avaient constitué un synode sans patriarche qui s'appelait la Synaxe. Quelques mois après la chute de Constantinople - conséquence de cette inepte politique unioniste des derniers Paléologues -, un disciple de saint Marc d'Ephèse, Gennade Scholarios, est devenu patriarche et a rétabli la lignée des patriarches orthodoxes, et voici tout ce qui suscite l'effroi de Madame Murr Nehmé, qui, au demeurant, ne semble pas non plus connaître l'histoire du patriarcat d'Antioche dont elle relève et l'autocéphalie de celui-ci par rapport à Constantinople.

Pour mémoire encore, l'Eglise de Russie a proclamé son autocéphalie en 1448 pour protester contre la présence d'un uniate sur le trône patriarcal de Constantinople, et c'est là l'origine de la théorie de la Troisième Rome. Encore une question à Madame Murr Nehmé: c'est Mehmet II qui gouvernait la Russie?

patrik111
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Re: Un livre sur le «schisme» et la chute de Constantinople

Message par patrik111 » dim. 29 nov. 2015 19:59

Merci, Claude, pour votre réponse, mais impossible de trouver de messages sur le sujet ou alors j’utilise les mauvais mots clés de recherche. Merci donc de me les indiquer.
Dernière modification par patrik111 le dim. 29 nov. 2015 20:01, modifié 1 fois.

patrik111
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Re: Un livre sur le «schisme» et la chute de Constantinople

Message par patrik111 » dim. 29 nov. 2015 20:01

Bref, c’est de l’enfumage? Je veux bien le croire. Quelqu’un en sait-il plus long sur ce que cherche réellement cette dame?

Claude le Liseur
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Re: Un livre sur le «schisme» et la chute de Constantinople

Message par Claude le Liseur » mar. 12 janv. 2016 19:28

patrik111 a écrit :Bonjour à tous,

Connaissez-vous le livre suivant:
1453, chute de Constantinople - Mahomet II impose le Schisme Orthodoxe, de Lina MURR NEHMÉ?

L’auteur se présente comme orthodoxe libanaise.

(...)

Patrik

Pour relativiser le fait que cette dame s'affirme comme orthodoxe libanaise tout en publiant un livre qui présente l'Orthodoxie comme une création de Mehmet II, il faut savoir que personne n'a plus le monopole du terme "orthodoxe", la seule autorité qui pourrait l'exercer de manière légitime (l' Église) ne le protégeant plus depuis fort longtemps: dans la Russie d'avant 1917, pour un Tolstoï excommunié, combien de membres de sectes dans les milieux de l'aristocratie et de l'intelligentsia jamais séparés du corps de l' Église?

Je note que les catholiques romains, autrefois plus musclés que nous en ce domaine, sont devenus tout aussi timorés. Dans les années 1980, on fit un petit succès de scandale à un ouvrage de Gérald Messadié, L'homme qui devint Dieu. La quatrième de couverture (je m'en souviens, car j'ai encore eu ce livre entre les mains voici quelques jours) nous vendait la belle histoire de l'intellectuel "catholique et croyant" qui se mettait à lire les Évangiles (personne ne l'avait fait avant lui ?) et qui découvrait toutes sortes de "contradictions" qu'il allait bien entendu résoudre. Cela aboutissait à un roman où Jésus, après avoir simulé sa mort, partait vers l'Inde (je signale au passage que le roman de Monsieur Messadié, présenté comme une étude sérieuse, fut merveilleusement démoli par le RP Pierre Grelot dans son livre Un Jésus de comédie). Bref, un scénario pour émission religieuse d'Arte, sans rien de très original (après tout, on a déjà une telle vision du Christ dans le docétisme et l'Islam, cela ne remonte pas d'hier), présentant les Apôtres comme des abrutis, et aboutissant à la négation de l'Incarnation, de la mort sur la Croix et de la Résurrection, ce dernier point étant tout de même le point central de la foi chrétienne ("Et si Christ n'est pas ressuscité, notre prédication est donc vaine, et votre foi aussi est vaine" - I Cor XV, 14). Rien de nouveau donc, si ce n'est que la quatrième de couverture nous précisait que l'auteur, au terme de son travail de Tita, était resté "croyant".... En une époque où les mots ne veulent plus rien dire, on peut donc être "catholique et croyant" en niant la Trinité, l'Incarnation et la Résurrection.

Il me semble donc que l'orthodoxie de Madame Murr Nehmé vaut le catholicisme de Monsieur Messadié.

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