Les rites romain et gallican (RP Ene Braniște)

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Claude le Liseur
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Les rites romain et gallican (RP Ene Braniște)

Message par Claude le Liseur » mar. 07 oct. 2014 19:58

Je viens de trouver dans le livre Liturgica specială du RP Ene Braniște (4e édition, Credinţa, Bucarest 2005), un résumé, que je crois fort pertinent, de l’histoire des rites en Europe occidentale. Le RP Braniște (1913-1984), prêtre du patriarcat de Roumanie, fut professeur titulaire de la chaire de liturgie et d’art chrétien à la faculté de théologie de Bucarest de 1952 à 1982. Le livre en question, publié pour la première fois en 1985, a fait l’objet de quelques mises à jour depuis le décès de l’auteur, mais il reflète pour l’essentiel le bilan d’une vie entière consacrée à l’étude de la liturgie. Le RP Braniște semble fort peu connu en Europe francophone. C’est dommage, car il est l’auteur, entre autres, de trois manuels qui comptent parmi les meilleures synthèses écrites sur la liturgie chrétienne en général, et pas seulement sur la liturgie orthodoxe. C’est ici le lieu de rappeler que les communistes avaient toléré en Roumanie – comme, dans un autre contexte, en Pologne - le maintien d’un enseignement théologique et de publications chrétiennes de bon niveau dont on n’aurait même pas pu rêver en Union soviétique ou en Tchécoslovaquie.
Je sais que pour, nos contempteurs catholiques romains, être objectif revient à être ultramontain à tous crins et que nous avons essuyé bien des attaques de ces Oustachis de l’Internet et autres Croisés virtuels. Pour ne pas employer le terme galvaudé d’objectivité et pour tenir à l’avance compte de leurs critiques, nous dirons que le point de vue du RP Braniște sur l’histoire des liturgies en Europe occidentale me semble être, tout en étant bien sûr celui d’un orthodoxe, dépassionné. Cette équité et cette équanimité s’expliquent aussi par le fait que l’auteur appartenait à une Église locale dont les rapports avec le Vatican étaient iréniques, qui n’avait pratiquement pas de liens avec l’Europe occidentale (le développement d’une forte immigration roumaine en Italie est un fait survenu une bonne quinzaine d’années après la mort de ce théologien) et qui n’avait pas été mêlée aux tentatives pour répandre des versions orthodoxes des rites anglican et tridentin, tentatives qui avaient commencé dans le cadre de l’Église orthodoxe russe et qui ont connu un développement intéressant dans le cadre du patriarcat d’Antioche. Il sera donc difficile de nier à notre liturgiste qu’il n’avait donc aucune raison de faire preuve de parti pris lorsqu’il évoquait la tragique histoire des rites occidentaux. C’est pour cela aussi, en plus de la clarté de l’exposé, que je pense que ce texte mérite d’être connu des lecteurs de langue française.
Cette traduction sera publiée en plusieurs étapes.
Je vous prie, chers lecteurs, de garder à l’esprit les très bonnes explications du RP Braniște consacrées à la destruction des rites gallicans, lorsque nous aurons à aborder le livre où Davies reproche à Mgr Cranmer et aux anglicans ce que ses héros ultramontains avaient eux-mêmes infligé à la liturgie de nos ancêtres.

Claude le Liseur
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Premier paragraphe

Message par Claude le Liseur » mar. 07 oct. 2014 20:11

Texte roumain du RP Ene Braniște, Liturgica specială, pp. 155-157 (tout le livre est à lire)
Atât la Roma, cât şi in celelalte părți ale Apusului creștin, a fost la început în întrebuințare ritul primitiv, uniform, al Liturghei oficiate în întreaga Biserică creștină. Foarte curând însă Roma s-a singularizat din puct de vedere liturgic, având in uz o Liturghie cu caracter aparte, de origine foarte obscură, deosebită de toate celelalte derivații ale ritului liturgic primitiv, în timp ce în celelalte părți ale creștinătății apusene se pastră ritul liturgic primitiv, adus din Răsărit, o dată cu primii misionari creștini. De aceea, începând cel puțin din secolul V, avem în Apus două Liturghii deosebite: cea de la Roma - din care s-a dezvoltat ritul roman - şi cea din sudul Italiei, care a dat naștere ritului numit galican. De fapt, denumirea de rit galican propriu-zis se dă ritului liturgic dezvoltat la început numai în Galia (sudul Franței de azi) şi răspândit apoi (secolele V-VI) şi in Bretania (nordul Franței), Irlanda și Anglia, în diferite variante. În înțeles general, sub denumirea aceasta se indică Liturghiile localizate în toate celelalte părți ale Bisericii apusene vechi, afară de Roma, adică: Italia sudică şi nordică, Galia, Spania și chiar Africa.
Ma traduction

Au début, à Rome, comme dans le reste de l'Occident chrétien, c'est le rit primitif, uniforme, de la Liturgie célébrée dans toute l'Église chrétienne, qui était en usage. Très vite, Rome s'est singularisée du point de vue liturgique en utilisant une Liturgie unique, d'origine fort obscure, différente de tous les autres dérivés du rit liturgique primitif, alors que le reste de la chrétienté occidentale conservait le rit liturgique primitif importé d'Orient par les premiers missionnaires chrétiens. De ce fait, à partir au moins du Ve siècle, nous avons deux Liturgies différentes en Occident: celle de Rome, qui a donné naissance au rit romain, et celle du sud de l'Italie, qui a donné naissance au rit dit gallican. De fait, le terme de rit gallican ne désigne à proprement parler que le rit qui ne s'est développé, au début, qu'en Gaule (sud de la France actuelle) avant de se répandre, aux Ve et VIe siècles, sous différentes variantes, en Bretagne (nord de la France), en Irlande et en Angleterre. Dans un sens général, ce terme désigne les Liturgies locales de toutes les contrées de l'ancienne Église d'Occident à l'exception de Rome, à savoir l'Italie méridionale et septentrionale, la Gaule, l'Espagne et même l'Afrique.

Claude le Liseur
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Re: Les rites romain et gallican (RP Ene Braniște)

Message par Claude le Liseur » mar. 07 oct. 2014 23:13

Claude le Liseur a écrit : qui n’avait pas été mêlée aux tentatives pour répandre des versions orthodoxes des rites anglican et tridentin, tentatives qui avaient commencé dans le cadre de l’Église orthodoxe russe et qui ont connu un développement intéressant dans le cadre du patriarcat d’Antioche.

Ce que je veux dire par là, c'est que le vicariat de rit occidental du patriarcat d'Antioche ne représente certes qu'une minorité des chrétiens orthodoxes d'Amérique du Nord. Les versions orthodoxes du rit anglican ou du rit tridentin ne m'intéressent que modérément, pour des raisons que l'on trouvera aussi dans le texte de Braniște: en d'autres termes, j'aurais préféré, à tout prendre, une version orthodoxe du rit mozarabe ou du rit ambrosien, dont on verra qu'ils sont les derniers survivants - en piètre état - des liturgies propres à la partie du monde dont nous sommes originaires. Et puis, de toute façon, je préfère le rit byzantin. Mais l'objectivité commande de prendre en compte le fait que le Western Rite Vicariate existe depuis 1961. Cinquante-trois ans d'existence ininterrompue au sein du patriarcat d'Antioche nous permettent de dire qu'on est au-delà de la tentative ou du coup d'essai.

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Re: Les rites romain et gallican (RP Ene Braniște)

Message par Claude le Liseur » mar. 04 nov. 2014 16:35

Je sais que quatre semaines ont passé depuis le début de cette traduction, mais je demande l'indulgence et la patience du lecteur.

Suite du texte du RP Braniște
Asupra originii ritului galican părerile sunt împărțite. E singur însă că acest rit derivă direct din Liturghia orientală, adică reprezintă dezvolaterea locală a ritului liturgic primitiv și universal, adus în Galia de misionari veniți din Asia mică, de unde era și Sfântul Irineu, episcopul de Lugdunum (Lyon), cel mai important centru al Galiei de sud.
Ritul galican a fost înlocuit treptat de către cel roman, precum vom vedea. Cel mai îndelung s-a menţinut în Spania. El mai supravietuiește azi numai în două orașe: Milano (nordul Italiei) și Toledo (Spania). În Milano se întrebuințează Liturghia numită ambroziană sau a Sfântului Ambrozie (cel mai cunoșcut episcop al acestui oraș), iar la Toledo, Liturghia numită mozarabă (adică întrebuință de creștinii de limbă arabă, aflați odinioară sub dominația califului de Cordova), Liturghia numită și goto-hispanică sau isidoriană, pentru că e pusă de obiciei sub numele Sfântului Isidor de Sevilla († 636), cela mai ilustru dintre Părinții bisericești ai Spaniei. Amândouă aceste Liturghii reprezintă supraviețuiri romanizate ale vechiului rit galican; ele poartă urmele adânci ale unor influențe de origine orientală, precum și ale influenței Romei, provenite din periaode sforțărilor de supremație a ritului roman. Dintre acesea, cea mei de seamă e aplicarea calendarului la Liturghie, adică variația rugăciunilor după zilele anului bisericesc.
Ma traduction:

Les opinions sont partagées quant aux origines du rit gallican. Il est certain que ce rit provient directement de la Liturgie orientale, c’est-à-dire qu’il représente le développement local du rit liturgique primitif et universel, apporté en Gaule par les missionnaires venus d’Asie mineure, parmi lesquels saint Irénée, évêque de Lugdunum (Lyon), le centre le plus important de la Gaule du Sud.
Comme nous allons le voir, le rit gallican a été progressivement remplacé par le rit romain. Il s’est maintenu le plus longtemps en Espagne. Il ne survit aujourd’hui que dans deux villes : Milan (nord de l’Italie) et Tolède (Espagne). Milan célèbre la Liturgie dite ambrosienne ou de saint Ambroise (évêque le plus connu de cette ville), et Tolède la Liturgie dite mozarabe (c’est-à-dire pratiquée par les chrétiens de langue arabe, jadis sous la domination du calife de Cordoue), Liturgie dite aussi hispano-gotique ou isidorienne, car elle est placée sous le patronage de saint Isidore de Séville († 636), le plus illustre des Pères de l’Église d’Espagne. Ces deux Liturgies constituent une survivance romanisée du vieux rit gallican ; elles présentent des traces profondes d’influences d’origine orientale, ainsi que l’influence de Rome, conséquence des temps où l’on s’est efforcé d’imposer la suprématie du rit romain. Parmi celles-ci, la plus significative est l’application du calendrier à la Liturgie, c’est-à-dire que les prières varient selon les jours de l’année liturgique.

Claude le Liseur
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Re: Les rites romain et gallican (RP Ene Braniște)

Message par Claude le Liseur » mar. 04 nov. 2014 19:33

Suite du texte
Dintre formele vechi ale ritului galican, întrebuințate odinioară în diferitele regiuni ale creștinătății apusene, ne-au rămas cele descrise în două scrisori ale Sfântului Gherman al Parisului (din secolele VI sau VII) și în diferite manuscrise cuprinzând colecții de Liturghii (misse) apusene, ca: Missale Gothicum (secolele VII-VIII), Sacramentarium Gallicanum (Bobbio), Missale Gatticanum vetus ş.a.
Ma traduction:

Parmi les formes anciennes du rit gallican, jadis en usage dans diverses régions de la chrétienté d’Occident, nous n’avons conservé que celles décrites dans deux lettres de saint Germain de Paris (des VIe et VIIe siècles) et dans différents manuscrits qui comprennent des collections de liturgies (messes) occidentales : le Missale Gothicum (VII-VIIIe siècles), Sacramentarium Gallicanum (Bobbio), Missale Gatticanum vetus, etc.

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Re: Les rites romain et gallican (RP Ene Braniște)

Message par Claude le Liseur » mer. 05 nov. 2014 17:41

Suite du texte, page 156.

Texte:
b) Cât privește Liturghia ritului roman (missa), e o Liturghie anonimă, care se deosebește prin particularitățile sale de toate Liturghiile celorlalte rituri liturgice creștine, fiind în general mult mai îndepărtată de tipul primitiv uniform al Liturghei creștine din primele trei veacuri. Data când începe izolarea Romei din ecumenicitatea liturgică a Bisericii nu e sigură. Poate că trăducerea în limba latină a ritului primitiv, oficiat la început în limba greacă, a pricinuit unele dintre deosebirile originare ale Liturghiei apusene. Unii cred că modificarea fizionomei Liturghiei romane ar fi opera lui papa Damasus (366-384), pe când alții o atribuie lui papa Ghelasie I (492-496). E sigur însă că modificarea acestea s-a făcut în etape, fiind accentuată prin revizuirea în stil mare, făcută la sfârșitul secolului VI, de Sfântul Grigore cel Mare (590-604) și apoi continuată de papii și Sinoadele de mai târziu, terminând cu sinodul Tridentin (sec. XVI).
Ma traduction:

b) S’agissant de la Liturgie du rit romain (messe), c’est une Liturgie anonyme, qui se distingue par ses particularités de toutes les autres liturgies chrétiennes, car elle est en général très éloignée du type primitif, uniforme, de la Liturgie chrétienne des trois premiers siècles. On ne sait pas à quelle date Rome a commencé à s’isoler de l’universalité liturgique de l’Église. Il se peut que la traduction latine du rit primitif, célébré à l’origine en grec, ait été à l’origine des différences initiales de la Liturgie occidentale. Certains pensent que c’est le pape Damase (366-384) qui a été à l’origine de la modification de la physionomie de la Liturgie romaine, tandis que d’autres attribuent ce changement au pape Gélase Ier (492-496). En revanche, il est certain que cette modification s’est effectuée par étapes, accentuée par la grande révision effectuée à la fin du VIe siècle par saint Grégoire le Grand (590-604), et ensuite continuée par les papes et les conciles postérieurs, jusqu’au concile de Trente (XVIe siècle).

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