Exécution d'une personnalité historique

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J-Gabriel
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Exécution d'une personnalité historique

Message par J-Gabriel » mar. 29 mai 2012 22:14

UNE CARTE SUR LA SITUATION EN 1054 EN EUROPE DE L’EST ET AU PROCHE-ORIENT

L'atelier de cartographie de SciencesPo. (Paris) a mis en ligne cette carte sur la situation ecclésiale et politique en Europe de l'Est et au Proche-Orient en 1054.

Image

(Pour l'article) http://www.orthodoxie.com/lire/document ... he-orient/

(Pour la carte) http://cartographie.sciences-po.fr/en/s ... odoxe-1054
Le 17 janvier 2012, sur le site orthodoxie.com a été publié cet article avec cette carte, et cela sans aucune explication, aucune remarque particulière !

De la part d'un site gravitant sur l'Orthodoxie, je trouve cela à la limite du tragique de se faire ainsi le véhicule d'une telle fable. Car nous savons que l'Empire romain n'a jamais vécu sous la dénomination de "byzantin" !

J-Gabriel
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Re: Exécution d'une personnalité historique

Message par J-Gabriel » mer. 30 mai 2012 10:46

Maintenant je vais tâcher de vous convaincre de la supercherie, en amenant le plus d'éléments possible. Pour commencer, voici le début d'un texte du R.P. Romanidhis parue dans le périodique "La Lumière du Thabor". J'avais pu entendre une fois, que pour comprendre le début il fallait commencer par la fin.
La présente étude appartient à l’époque où nous nous efforcions de préciser les influences hétérodoxes sur la Théologie Orthodoxe, la déviation hors de la tradition patristique étant alors suffisamment perceptibles. Aujourd’hui, nous sommes en mesure de décrire les cadres dans lesquels ont été forgées et entreprises les interventions des hétérodoxes, cadres politiques et théologiques, pour la suppression de la Romanité-Romaiosynie et l’occidentalisation de l’Orthodoxie.

LES CADRES POLITIQUES

Quand nous écrivons la présente étude, il ne nous était pas encore clairement apparu que c’est dans des centres de décisions étrangers que furent projetées, non seulement la suppression de la Romanité, mais aussi la transformation de l’Orthodoxie d’après les modèles occidentaux
Aujourd’hui, paradoxalement, la recherche aboutit à Napoléon et à son Etat-Major qui furent les architectes de ces plans.
Napoléon avait, dans son état-major, entre autres, Righas Vélestinlis et Adamantios Koraïs. Righas proposa un projet de révolution et de fondation d’une Roumélie/Romanie libre, avec Constantinople pour capitale de tous les chrétiens orthodoxes qui formaient alors le MILET des Romains eu aussi des Musulmans. Mais sur l’ordre de Napoléon, Koraïs s’employa à renverser les projets de Righas, et son œuvre fut approuvée par un vote de IIIème Assemblée Nationale de 1827, qui reconnut comme fondamentaux Les œuvres excellentes, les Discours et les Recommandations de Koraïs. Certes, les mandataires qui connaissaient ces « recommandations » étaient un petit nombre ; en effet, ils approuvèrent par leur vote,
1) que la Nation avait été vassale de Constantinople depuis l’époque de Constantin le Grand, jusqu’à Constantin Paléologue et, dans la suite, du Patriarcat de Constantinople, et
2) qu’il fallait changer la région sans cependant toucher aux dogmes.

Il est clair, aujourd’hui, que l’état-major de Napoléon s’est occupé de l’édition, en 1806, du Livre La Nomarchie Hellénique ou Discours sur la Liberté, dont le rédacteur se présente comme «Hellène Anonyme». Bien que son livre soit dédié à «Righas» (d’après l’orthographe française), il démolit par son contenu même, le projet de Righas et le remplace par un projet de Napoléon, qui plus tard apparaîtra comme le projet de Koraïs. Pour voiler l’origine de ce projet, le rédacteur attaque le Potentat de la France et les trônes, tout en soutenant l’aristocratie et l’inégalité naturelle des hommes qui constituent la base des trônes. Il recommande à la Nation Hellène en fondation de recevoir Koraïs comme un nouvel Hippocrate et Philosophe, bien qu’à cette époque il fût consacré à Napoléon et à ses projets. En outre, il recommande à tous ceux qui ignorent encore qu’ils sont des Hellènes, de se libérer eux-mêmes, parce que s’ils devaient l’être par d’autres, ils ne feraient alors que changer de Maître. Ce dernier conseil révèle que le rédacteur est un zélote de l’indépendance absolue et sans conditions, autrement dit, qu’il n’est agent de personne. On se demande alors, bien sûr, pourquoi il ne révèle pas son nom afin qu’on puisse le suivre ; il recommande l’agent Koraïs, alors que lui-même n’est agent de personne.
Que la rédaction et l’édition de ce livre soient l’œuvre de l’état-major de Napoléon, cela ressort clairement de la polémique que «l’auteur» du livre engage contre l’égalité des hommes, soutenant que même sous un régime aristocrate, la liberté peut exister, que « dans ces deux formes de gouvernement, démocratie ou aristocratie, la liberté est sauvegardé. Le choix est différent ». Pour le rédacteur, la liberté, c’est-à-dire la NOMARCHIE, « sans vouloir, en vain, faire de tous les hommes des forts, des instruits, des riches ou le contraire, atténue seulement, par les lois, l’inégalité naturelle ; elle a si heureusement nivelé tout le reste, qu’elle a fait en sorte que les hommes jouissent d’une égalité parfaite, bien que dissemblant par nature ». Donc l’égalité de tous est obtenue par l’obéissance aux lois, qui fait libres à égalité, l’aristocrate et le non aristocrate, bien que subsiste entre eux la dissemblance. « Tous les hommes sont différents… entre eux, selon un mode naturel ». En substance, il s’agit ici d’une destruction des fondements de la démocratie et de la liberté et d’un retour évident à la philosophie-théologie raciste moyenâgeuse de la noblesse teutonique de l’Europe qui a engendré Charlemagne, Napoléon et Hitler.
Comique est l’irritation du rédacteur aristocrate du livre, indigné que n’importe quel jeune d’origine paysanne puisse parvenir jusqu’à la dignité de patriarche. Comiques aussi mais graves sont les fautes qu’il commet sur l’organisation et le fonctionnement de l’Eglise orthodoxe dans l’empire ottoman, qu’il voit pareils à ceux du papisme. Ignorant notre système synodale, il voit les patriarches d’Alexandrie, d’Antioche et de Jérusalem « soumis » au patriarche Œcuménique, et il écrit : « Ce titre ridicule d’œcuménique révèle… que les trois autres patriarches lui sont soumis. C’est lui qui répartit à toutes les provinces de l’Etat Ottoman… » Ce rédacteur ne soupçonne nullement que dans l’espace de cet Empire, il y a des Eglises autocéphales et autonomes, que chacune possède son propre synode qui est présidé par un patriarche, ou un métropolite, ou un archevêque, et qui élit, en toute souveraineté, ses évêques.
Le rédacteur du livre affirme, en outre, que le patriarche œcuménique « envoie, souvent, dans tout l’Empire Ottoman, même là où il n’y a pas de chrétiens, des centaines d’archevêques, dont chacun d’eux possède quatre à cinq évêchés, auxquels il envoie, à son tour, autant d’évêques ». Ce frank croit que seule Constantinople possède un Synode, dont le patriarche serait captif, comme le pape de Rome l’est de la Curia. Une seule fois il mentionne le nom de «métropole», mais jamais celui de «métropolite», alors qu’il est connu qu’à cette époque, le métropolite présidait, habituellement, le Synode, tandis que l’archevêque, en tant que membre d’un Synode, était le premier évêque selon l’ancienneté, comme l’archidiacre est le premier parmi les diacres.
La confusion du rédacteur, sur l’Eglise Orthodoxe, est certainement due aux sources où il a puisé ses informations, qui se trouvaient dans les archives de l’espionnage. Dans ces archives étaient déposés les rapports de «voyageurs» et les informations qu’ils recueillaient au cours de leurs voyages ; mais ils étaient incapables de comprendre correctement tout ce qu’ils voyaient et entendaient. Il faut noter que lorsque le rédacteur parle d’« ordre sacerdotal», c’est qu’il a en vue sa propre tradition franque, selon laquelle le clergé forme un ordre particulier, dirigé par les évêques franks, différent de l’ordre des nobles auquel appartenaient les Franks, et du Tiers-Etat auquel appartenaient les Gallo-Romains.
Il affirme aussi que le prêtre de village qui porte «l’habit sacerdotal», est proclamé archimandrite « moyennant de l’argent », et qu’avec le même procédé, il peut accéder jusqu’au trône patriarcal. Il ignore, évidemment, que les prêtres de villages, jusqu’à aujourd’hui, sont mariés, et de ce fait, ne peuvent accéder à ces degrés. Il s’imaginait, avec beaucoup de mal d’ailleurs, que les prêtres et les évêques de tous les degrés, commençaient leur carrière comme prêtres de villages, et cela à cause de ses informations sur leurs origines paysannes. Il confond les prêtres de villages avec le clergé célibataire et il ignore que seuls les célibataires accèdent aux offices supérieurs. L’origine villageoise de moines arrivés à la dignité patriarcale l’amène à conclure, faussement, qu’ils étaient des incultes, et ceci parce que dans son propre pays, seuls les aristocrates étudiaient dans les écoles supérieures en vue d’obtenir des postes-clés dans l’Eglise, étant donné que l’Eglise était gouvernée par les nobles Franks, comme l’Etat du reste. Le rédacteur ignore également que, si de ces villageois sont sorties de grandes figures de la théologie orthodoxe, c’est précisément qu’ils avaient étudié sur les manuscrits mêmes des immenses bibliothèques des saints monastères. Pour cette raison ils connaissaient beaucoup mieux les Pères et l’Histoire de l’Empire, que ne les connaissaient les Latins qui les étudiaient en n’ayant, pour clé d’interprétation, que le seul Augustin et leurs scolastiques.
On sait que l’aristocrate de naissance ne peut cacher son dédain pour le non aristocrate devenu chef. C’est pourquoi le rédacteur de la Nomarchie Hellénique écrit : « Ainsi, tous les chefs de l’Eglise sont issus de la même basse extraction, et la plupart d’entre eux sont des ignorants ». Cet aristocrate semble ignorer que les Apôtres eux-mêmes étaient de « basse extraction » et que Pierre le Coryphée était « illettré ».
Reprenant les thèses de Napoléon et de Koraïs, le rédacteur soutient que les Helladiques, après de longs siècles d’asservissement à Constantinople, avaient oublié qu’ils étaient des Hellènes et qu’ils avaient reçu le surnom de Romains. Pourquoi donc le rédacteur utilise-t-il ce nom Hellène ? En Occident, nous étions connus comme Grecs Greci, tandis qu’en Anatolie «Hellène» signifiait païen. Les chrétiens qui habitaient la Province helladique étaient appelés Helladiques ; beaucoup de Romains avaient pris l’habitude, depuis l’époque de la domination franque, d’être appelés Gréci par les Franks.
En 1801, Napoléon adressa à l’Hellade son Appel au Combat, dont le rédacteur était Koraïs, afin de susciter un soulèvement contre les Turcs et les Anglais. Par cet Appel, il tâchait, tout d’abord, de convaincre les Helladiques qu’ils ne sont pas des Romains mais des Hellènes qui ont oublié leur nom après tant de siècles d’asservissement à Constantinople.
Avant 794, les Franks nous appelaient Romanos, c’est-à-dire Romains, et dès 794, après notre condamnation comme hérétiques au concile de Frankfort, ils ont commencé à utiliser le nom de Grecos, sous prétexte que seuls les Orthodoxes pouvaient être appelés Romains. Alors la question se pose : pourquoi après tant de siècles d’utilisation du nom de Greci par les Franks, Napoléon décida-t-il d’appeler les Helladiques du nom d’Hellènes ?

En 1805, un an avant la publication de la Nomarchie Hellénique, Koraïs publia son œuvre Dialogue de deux Grecs sur les victoires de Napoléon, où il essaye de convaincre le lecteur de la nécessité d’abandonner le nom de Romain et de préférer, dorénavant, celui de Grecs, « parce que c’est ainsi que les nations éclairées de l’Europe nous appellent », ignorant, certes, la cause, mais indifférent au fait que tous les non-Européens nous appelaient Romains.

Il est manifeste que les seuls qui avaient une raison précise de supprimer les noms de Grec et de Romain en Hellade, tout en les conservant, provisoirement, pour les autres membres de la nation, étaient les rois et les nobles de l’Europe. Pour bien comprendre cela, nous allons nous expliquer ci-après.

Righas savait que la Révolution Française de 1789 était la révolution des Gallo-Romains asservis, contre les Franks qui formaient la classe des nobles et la Franquie (appelé Gallia en Grèce seulement), et qui représentaient 2% de la population ; mais il ignorait que Napoléon, habile en politique et en faux –semblants, ne s’intéressait qu’à la prépondérance de la classe des Franks et non des Gallo-Romains ; lui-même était un Frank de la petite noblesse de Toscane, avec le droit de s’inscrire à une école militaire pour devenir officier.

Neuf mille officiers Franks originaires, en particulier, de la petite noblesse, qui appartenaient à vingt-cinq loges militaires de la « frank-maçonnerie », prirent part à la Révolution Française aux côtés des Gallo-Romains, exigeant l’égalité avec leurs concitoyens de la haute noblesse. Ils étaient des officiers payés avec l’argent de l’impôt que le roi prélevait, en particulier, sur la classe moyenne et non l’attribution de fiefs comme cela se faisait jusqu’au XVème siècle. Les nobles de la haute noblesse étaient ceux qui possédaient et gardaient depuis cette époque les fiefs et qui formaient, avec la famille royale, les grands propriétaires terriens. Les officiers ci-dessus, acculés à une pauvreté relative et ne pouvant devenir les égaux de leurs richissimes concitoyens, se révoltèrent aux côtés des Gallo-Romains et Napoléon était de ceux-là. Il faut noter que bon nombre de ces officiers avaient pris part à la révolution Américaine et influencèrent leurs confrères avec leurs idées démocratiques.
Après la condamnation et l’exécution de Louis XVI (21.1.1793), la plupart des officiers Franks lâchèrent la Révolution qui évolua en guerre des Romains contre les Franks. Une partie de cette guerre fut le « règne de la Terreur », dont un des chefs Danton fit exécuter cent prêtres franks et chercha un prêtre romain pour bénir son mariage. Cependant, environ trois mille officiers franks restèrent dans les forces de la Révolution, les uns loyalement, comme le général Barras, d’autres par félonie comme Napoléon. Tous les déloyaux se lièrent à Napoléon, à travers ses frères et dans la maçonnerie et attendirent la bonne occasion de s’emparer du pouvoir et de renverser la Révolution.
Et l’occasion se présenta quand Napoléon revint d’Egypte en 1799. Il accepta de soutenir la nouvelle constitution conçue par l’Abbé Emmanuel Siéyès, le principal théoricien de la Révolution Française. Napoléon fut nommé premier consul et l’Abbé Siéyès et Roger Ducos vice-consuls. Une fois affermi dans sa position, Napoléon réussit, avec la tolérance et la coopération de l’armée, à abolir toutes les garanties démocratiques prévues par la constitution de l’Abbé Siéyès et à devenir Empereur dans les cadres d’une démocratie apparente.

Revenons à Righas Velstinlis, après la parenthèse ci-dessus, indispensable pour comprendre les desseins de Napoléon et répétons que Righas savait que la Révolution Française avait été faite par les Gallo-Romains contre les Franks, et que c’était pour cela qu’il s’était trouvé dans l’état-major de Napoléon, croyant que celui-ci était la vraie expression de l’esprit de la Révolution. Il ne savait certainement pas que Napoléon était un simulateur et qu’il avait en vue la domination de la classe franque. C’est pourquoi il s’était associé Righas, simulant l’intérêt, car, au fond, il voulait que son projet fût le plus efficace possible, pour réprimer la Révolution et décimer la Romanité en Occident et en Orient.
Ce qui précède montre les intérêts impérieux qui exigeaient la mort de Righas, afin de remplacer, à tout prix, son projet par celui que Napoléon avait en tête. Se pose alors la question : Oeconome qui le trahit, de qui était-il l’agent, étant donné que la mort de Righas ne servait pas seulement les intérêts impérieux de l’Autriche et de la Turquie, mais aussi ceux de Napoléon et de la classe qu’il représentait ? Le signe caractéristique de la dissimulation des vraies causes de la mort de Righas est le fait que le rédacteur de la Nomarchie Hellénique consacre sept paragraphes à sa trahison, soulignant en chacun d’eux, comme cause, le sort. Mais par le sort, on ne peut nullement justifier une mort qui a servi les hauts intérêts de Napoléon et des autres rois et nobles d’Europe.

On sait, depuis des siècles, que les rois et les nobles de l’Europe, de même que les Ottomans, gouvernaient d’immenses multitudes de Romains asservis, et qu’ils craignaient un éventuel soulèvement général de la Romanité en Occident et en Orient. D’où leur bienveillance à l’égard de la dite révolution « Hellénique », après bien entendu, l’avoir orientée sur l’antiquité grecque et l’avoir opposée à la Romanité et à Constantinople sa capitale. L’attitude, également bienveillante du Tsar, s’explique par le fait que grâce à la révolution « Hellénique », ses vues sur Constantinople ne rencontreraient pas d’obstacles, et les Hellènes ne seraient pas un empêchement à ses desseins. En temps utile, Napoléon lui avait expliqué qu’ils devaient, en tant qu’Hellènes, se rebeller contre les Turcs et contre le Patriarcat Œcuménique des Romains.
Beaucoup d’asservis, convaincus qu’ils ne seraient pas soutenus, en tant que Romains, par les grandes puissances, mais qu’ils obtiendraient leur appui seulement en tant qu’anciens Hellènes, décidèrent alors de s’incliner. D’ailleurs c’est ce qu’entend Kosti Palamas quand il écrit : « Hellènes pour jeter de la poudre aux yeux du monde, mais Romains en vérité ».
Napoléon et son état-major choisirent, dès 1801, le nom d’Hellènes pour la nation en formation, et le confirmèrent en 1806, pour que le nom de «Grec» (donné dès 794 par les Franks aux Romains d’Orient, pour les distinguer des Romains d’Occident), fut réservé à la partie des Romains destinés à jouer le rôle que les tyrans leur confieraient. Ainsi, les « Hellènes » de la nation en formation seraient présentés comme demandant à être libérés des Romains de Constantinople.
Koraïs qui ne comprit pas la fourbe sinuosité des deux noms, continua, dans son œuvre Dialogue entre deux Grecs, à discuter sur d’autres. Son désir de voir les Romains accepter de changer leur nom national et de s’appeler désormais «Grecs», aurait signifié, pour les Européens et pour les langues européennes, asservissement de Grecs à des Grecs et deux nations portant le même nom, c’est pourquoi son choix ne fut pas soutenu.
Dans le Protocole de Londres du 31.1.1836, sur l’échange de populations, sont énumérés les Grecs qui ont le droit d’émigrer en Hellade, et qui dès cet instant, sont considérés Hellènes. Il faut noter, ici, que dans la langue Turque les Grecs sont appelés Roumlar, c’est-à-dire Romains, et les Hellènes Younanlar. Ainsi, pour le droit international, les Constantinopolitains et les Cypriotes sont des Grecs –Roumlar- mais non des Hellènes –Younanlar. Ceux donc qui se considèrent Cypriotes Hellènes, sont maintenant admissibles, s’ils fournissent la preuve juridique qu’ils sont des descendants de colons venus d’Hellade.

En accord avec l’ambition et la conception ci-dessus des Franks, se trouve la considération du nom de byzantin, substitution du nom de Grec, parce que Grec et Hellène sont devenus synonymes. L’appellation Byzantin a été mise en usage dans des livres d’histoire et dans des brochures pour voyageurs, dans le but de présenter les Hellènes comme se trouvant sous le joug des Byzantins. Toutes les brochures pour voyageurs contiennent cette thèse et même des guides hellènes les proposent aux voyageurs étrangers. Et le fait que des historiens hellènes soutiennent, et non sans fanatisme, la thèse de l’asservissement des Hellènes à la romaïque ou byzantine Constantinople, et même des écrivains comme Nico Tsiphoros, n’est pas dénué de signification.
Déjà le 5.2.1801, quarante-six mois avant le sacre du Napoléon comme impérator, Koraïs révélait dans une lettre le nom codé de son maître : « Karaosmanoglou (prononciation turque de Carolus Magnus) a l’espoir de conquérir l’Ionie, de détruire le trône de Byzance, et de devenir roi, c’est-à-dire empereur ». Cet espoir, Koraïs le tient pour certain et inévitable. C’est le seul témoignage d’avant 1804, sur la décision de Napoléon de paraître comme successeur de Charlemagne. Or, lors de son couronnement, le 2.12.1804, il utilisera les symboles de Charlemagne : couronne, sceptre, glaive, globe. A l’entrée de Notre-Dame, on pouvait voir les statues de Clovis (481-511) et de Charlemagne (768-814), les fondateurs de l’empire et de la monarchie franques. Dans sa lettre au cardinal Fesch, le 7.1.1806, Napoléon écrit : « Je n’ai pas succédé à Louis XIV mais à Charlemagne… Je suis Charlemagne, parce que j’ai uni la couronne de la Franquie à celle de Lombardie, et mon empire touche aux frontières de l’Orient ».

Le premier Charlemagne nous a baptisés Grecs ; le second a baptisé certains d’entre nous Hellènes et laissé les autres Grecs. Le premier voulait cacher l’existence des Romains anatoliques aux Romains occidentaux, alliés de toujours prêts à prendre part aux soulèvements contre les Goths et les Franks. Le second, Napoléon, réprima la Révolution Française et renversa les projets de Righas qui étaient le prolongement de la révolution Gallo-Romaine, imposant son propre plan par l’intermédiaire de Koraïs et de ses adeptes Néo-Hellènes.
Ce second « Charlemagne » n’a pas asse vécu pour voir l’extraordinaire réussite de ses desseins pour la dissolution et la disparition de la Romanité anatolique et son remplacement par un Etat amputé qui parlerait de « patries perdues » auxquelles il serait, en même temps, asservi !
La réussite la plus comique de Napoléon, ce sont les historiens Hellènes qui soupirent après le jour où il ne restera plus trace de Romanité et où ne coulera plus, dans leurs veines, que l’ancien sang hellène seulement. Paradoxalement, les révolutionnaires de 1789 étaient fiers de tenir leur origine de Rome et du Péloponnèse, parce que les premiers historiens Romains, qui ont écrit surtout en grec, témoignent que Rome fut fondée par les Péloponnésiens. Héraclite le Pontique, disciple de Platon, appelait Rome « Ville Hellène », et Georges Pléthon écrivait : « Nous sommes Hellènes de race » et soulignait que les Péloponnésiens avaient fondé l’ancienne Rome et les habitants de Mégare la nouvelle Rome, c’est-à-dire la ville de Byzance.

Père Romanides, Le Péché Ancestral ou originel, Préface à la deuxième édition, traduit et parue dans La Lumière du Thabor n.25 p.77-86

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