Lettre de st Photios au Métropolite d’Aquilée

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J-Gabriel
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Lettre de st Photios au Métropolite d’Aquilée

Message par J-Gabriel » ven. 20 janv. 2012 0:06

Suite à un échange passé sur un autre fil je m'étais proposé de taper ladite lettre parue pages 93 à 115 dans Oeuvres Trinitaires I, Fratérnité Saint Grégoire Palamas, Sébastopol. J'y vais direct avec au préalapble un parole du saint:

Image Dire la vérité est le plus grand acte de Charité.
Brève note historique
sur la
LETTRE AU METROPOLITE d’AQUILEE
(VERS 883)
(PG 102, 794-822)

La lettre de saint Photios au Métropolite d’Aquilée a été écrite entre 883 et 884, c’est-à-dire après le Concile de Constantinople de 979-880, VIIIème Œcuménique, et peu de temps avant que le saint Patriarche ne rédige la Mystagogie du Saint Esprit.
On ne sait malheureusement pas à qui elle fut vraiment adressée, parce qu’il y avait deux Patriarches d’Aquilée rivaux à cette époque-là : Walpert à Aquilée et Palladius à Grado (Cf R. HAUGH, Photius and the Carolingians, p.131). Il est très probable que le patriarche auquel s’adresse saint Photios était un partisan de Jean VIII et du Concile de 879-880, et non un membre du parti germano-frank. Saint Photios répond à ce patriarche d’Aquilée qui lui avait transmis à Constantinople les divers arguments avancés par les théologiens franks, en réponse à sa Lettre Encyclique. L’intérêt essentiel de cette nouvelle lettre réside donc en deux points principaux :

1. Saint Photios sait très bien qu’en Occident, dans l’Eglise, se déroule une guerre théologique entre les Romains orthodoxes et les Franks qui veulent usurper l’autorité de l’Eglise, laquelle jusqu’à l’époque carolingienne jouait un rôle d’ethnarchie (gouvernement) protectrice du peuple romain d’Occident. Qu’on nous permette de citer quelques lignes de l’article de Romanides, paru dans le Dossier H Augustin, qui éclaire le contexte historique :

Op. cit. p.93
Je m'arrête vite là et vous laisse découvrir cette fameuse Lettre Encyclique à ce lien: LETTRE ENCYCLIQUE DE SAINT PHOTIOS

(Image prise dans ce site: http://flickrhivemind.net/User/frphoti/Interesting)

Nikolas
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Re: Lettre de st Photios au Métropolite d’Aquilée

Message par Nikolas » ven. 20 janv. 2012 17:43

Bonjour,

suite à la lecture de la lettre encyclique, je me pose une question sur un passage concernant l'église Arménienne:
Ainsi, les Arméniens autrefois prisonniers de l’impiété jacobite et ennemis prétentieux de la proclamation droite de la piété, depuis qu’a eu lieu en Chalcédoine ce grand concile, nombreux et saints, de nos Pères -réuni avec le secours que vos prières nous apportent - depuis ce moment, dis-je, ils ont trouvé la force de revenir de leur longue erreur : si bien qu’aujourd’hui le peuple arménien célèbre, en toute pureté et orthodoxie, le culte des chrétiens.
Fin du paragraphe 2 http://presbyteraanna.blogspot.com/2011 ... ettre.html
L'église arménienne étant aujourd'hui une église dite: "orthodoxe orientale" ou encore " non-chalcédonienne " ou " préchalcédonienne " pour ne pas dire "monophysite" ou "myaphysite" (prenez le terme qui vous convient), comment se fait il qu'au IXe siècle, où il écrit, il dise que cette église à accepté le concile de Chalcédoine et donc je suppose par voie de conséquence les autres qui ont suivi, et soit revenue à la sainte orthodoxe?

Fait il référence à l'union éphémère avec l'Église de Constantinople au cours du VIIe siècle, dont parle Wikipédia ? Je n'ai pas trouvez d'autres informations

Claude le Liseur
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Re: Lettre de st Photios au Métropolite d’Aquilée

Message par Claude le Liseur » ven. 20 janv. 2012 18:13

Nikolas a écrit :Bonjour,

suite à la lecture de la lettre encyclique, je me pose une question sur un passage concernant l'église Arménienne:
Ainsi, les Arméniens autrefois prisonniers de l’impiété jacobite et ennemis prétentieux de la proclamation droite de la piété, depuis qu’a eu lieu en Chalcédoine ce grand concile, nombreux et saints, de nos Pères -réuni avec le secours que vos prières nous apportent - depuis ce moment, dis-je, ils ont trouvé la force de revenir de leur longue erreur : si bien qu’aujourd’hui le peuple arménien célèbre, en toute pureté et orthodoxie, le culte des chrétiens.
Fin du paragraphe 2 http://presbyteraanna.blogspot.com/2011 ... ettre.html
L'église arménienne étant aujourd'hui une église dite: "orthodoxe orientale" ou encore " non-chalcédonienne " ou " préchalcédonienne " pour ne pas dire "monophysite" ou "myaphysite" (prenez le terme qui vous convient), comment se fait il qu'au IXe siècle, où il écrit, il dise que cette église à accepté le concile de Chalcédoine et donc je suppose par voie de conséquence les autres qui ont suivi, et soit revenue à la sainte orthodoxe?

Fait il référence à l'union éphémère avec l'Église de Constantinople au cours du VIIe siècle, dont parle Wikipédia ? Je n'ai pas trouvez d'autres informations

C'est une allusion aux dzaith ou zath (ծայթ , Τζᾱτοι) dont nous avons souvent parlé sur le présent forum (viewtopic.php?f=1&t=2099&p=16878 ): entre le VIIe et le XIIe siècles, une partie importante du peuple arménien est retournée à la foi orthodoxe, avec ses propres évêques. Ils étaient si nombreux que les Arméniens monophysites - qui les ont impitoyablement persécutés - les considéraient comme une "nation". Cette Eglise arménienne orthodoxe a disparu par la suite, mais il est certain qu'au XVIIIe siècle, il y avait encore au moins un village arménien orthodoxe en Anatolie (dépendant de la hiérarchie grecque depuis la disparition de la hiérarchie orthodoxe arménienne); certains de leurs objets liturgiques ont été exposés à Chambésy en 2011 viewtopic.php?f=1&t=2551&p=18901 . A la fin du VIIe siècle, les Arméniens orthodoxes étaient si nombreux que deux canons du concile Quinisexte leur sont consacrés. Au recensement turc de 1930, il y a encore eu 3'000 Arméniens à se déclarer orthodoxes à Istanbul (ville qui comptait encore 120'000 orthodoxes). Les survivants du groupe se sont sans doute complètement fondus au sein de l'élément grec (ou géorgien, ou roumain, ou ukrainien, selon les pays d'implantation des Tzaits).

J-Gabriel
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Re: Lettre de st Photios au Métropolite d’Aquilée

Message par J-Gabriel » mar. 31 janv. 2012 0:30

J-Gabriel a écrit :
Je m'arrête vite là et vous laisse découvrir cette fameuse Lettre Encyclique à ce lien: LETTRE ENCYCLIQUE DE SAINT PHOTIOS
Voilà alors je reprends à partir du point 1 :
1. Saint Photios sait très bien qu’en Occident, dans l’Eglise, se déroule une guerre théologique entre les Romains orthodoxes et les Franks qui veulent usurper l’autorité de l’Eglise, laquelle jusqu’à l’époque carolingienne jouait un rôle d’ethnarchie (gouvernement) protectrice du peuple romain d’Occident. Qu’on nous permette de citer quelques lignes de l’article de Romanides, paru dans le Dossier H Augustin, qui éclaire le contexte historique :
"Le premier point qui doit être noté est le suivant : il n’y eut jamais, au sujet du Filioque, de conflit entre les Romains de l’Orient et ceux de l’Occident. Certes, il y avait eu des querelles intérieures à la Romanité sur des points touchant à la christologie et aux décisions des Conciles Œcuméniques sur la Personne du Christ. S’il est vrai que les Romains d’Occident combattirent les définitions du Septième Concile, relatif aux icônes, en revanche, ils ne soutinrent jamais la doctrine ni l’addition au Credo du Filioque comme le firent les Franks. Il est donc essentiel de comprendre que cette controverse du Filioque ne fut pas un conflit entre les patriarcats de l’Ancienne Rome et de la Nouvelle Rome, mais entre les Franks et tous les Romains de l’Orient et de l’Occident.

La cause de la controverse du Filioque doit être recherchée dans la décision des Franks de faire condamner comme hérétiques les Romains d’Orient, afin de les faire passer exclusivement pour des "Grecs", c’est-à-dire pour une nation totalement étrangère aux yeux des Romains d’Occident alors sous domination franque.
Le prétexte de la controverse sur le Filioque vient de l’acceptation, chez les Franks, de l’idée que l’œuvre d’Augustin est la clef pour comprendre la théologie des Premier et Second Conciles Œcuméniques.

La pertinence de cette distinction entre la cause et le prétexte apparaît à la lecture des décisions du Concile de Francfort (794) dont les Actes condamnent les deux camps en conflit dans la querelle iconoclaste, dans l’intention de faire passer, dans tous les cas de figure, les Romains d’Orient pour des hérétiques.
Le but des Franks était bien, en effet, de briser l’unité nationale et ecclésiastique de la nation romaine en suscitant des controverses doctrinales et ainsi, de couper, une fois pour toutes, les Romains d’Occident –toujours prêts à se révolter contre leurs oppresseurs– des Romains de l’Orient. Pour ce faire, les Franks laissaient croire que les Romains libres de l’Orient avaient changé leur nationalité en devenant des "hérétiques", en transférant leur capitale de l’Ancienne Rome à la Nouvelle Rome, et en préférant le grec au latin. Ce sont là, en effet, les arguments que l’on trouve dans cette lettre, datée de 871, de l’empereur Louis II le Germanique à l’empereur Basile Ier.

C’est cette politique délibérée des Franks qui fit prendre à la question du Filioque des dimensions irréparables. Jusqu’alors, en effet, le Filioque, était bien une arme politique franque, mais il n’avait pas pris les dimensions d’une controverse théologique, parce que les Romains espéraient envers et contre tout que la papauté saurait dissuader les Franks de défendre ce dogme absurde.

Quand il devint évident que les Franks maintiendraient cette conception politico-dogmatique, les Romains réagirent vivement et condamnèrent à la fois le Filioque et la position équivoque des Franks sur les icônes –ce qui se fit lors du Huitième Concile Œcuménique tenu en 879 à Constantinople la Nouvelle Rome".
En écrivant au Patriarche d’Aquilée, saint Photios s’adresse certainement, à travers lui, aux Romains orthodoxes d’Occident pour les soutenir dans leurs luttes contre les Franks et leur Filioque. Pour cette raison, il leur rappelle leur propre tradition romaine latinophone, leur propre confession de foi et ce que fit le pape Léon III pour interdire l’interpolation du Credo, à savoir, l’érection des écussons d’argent porteurs du Credo de Nicée-Constantinople, en grec et en latin, sans l’addition.


2. La lettre au Métropolite d’Aquilée est importante parce qu’elle est une réfutation des traités carolingiens qui justifient théologiquement, et a posteriori, puisque le Filioque a été affirmé en Occident avant d’être argumenté, la procession du Saint Esprit hors du Père et du Fils. Ces traités franks ont été rédigés à la requête du Pape Nicolas 1er qui demandait à Hincmar de Reims et à Liutbert de Mainz de venir à son secours. C’est ainsi que furent composés les traités d’Enée de Paris, de Ratramne de Corbie, et réuni le Concile de Worms.
Enée de Paris écrivit un Liber Adversus Graecos plein d’hostilité pour les "Grecs", et rempli de citations d’Augustin, prises dans les compilations antérieures d’Alcuin.
Ratramne de Corbie écrivit un Contra Graecorum Opposita Romanam Ecclesiam Infamantium, qui est plus élaboré que le travail d’Enée de Paris.
Saint Photios, dans sa lettre au Patriarche d’Aquilée, répond donc à certains des arguments de Ratramne, mais aussi récuse l’appel fait par les Franks à l’autorité des Pères romains latinophones comme Jérôme, Ambroise et Augustin –argument d’autorité qui fut d’ailleurs aussi l’argumentation principale du Concile de Worms.
Photios affirme en effet que, même s’il y a des erreurs chez certains Pères occidentaux, -en réalité, il ne pouvait examiner la question que formellement, puisqu’il n’était pas à même de lire leurs œuvres écrites en latin- ces lacunes, ces déficiences, n’en reçoivent aucune autorité, puisqu’elles sont condamnées par le chœur des Pères. C’est ici l’argument de saint Vincent de Lérins, développé dans le Commonitorium, que reprend saint Photios : toujours préférer l’universalité ou la majorité à une opinion isolée ou mal attestée.
Dans notre commentaire, à la suite de la plupart des théologiens orthodoxes contemporains, nous montrerons que, indépendamment du caractère formel du débat sur Augustin, le conflit entre saint Photios et les Franks manifeste l’opposition dogmatique essentielle entre les Pères orthodoxes hellénophones et latinophones –Jérôme et Ambroise compris- et l’augustinisme qui a servi de base unique à la théologie franque.



Texte : Migne, 102, 794-822 ; J. N. VALETTAS, Letters of His All-Holness Photios, Patriarch of Constantinople, London, 1864, p.181 et suiv. ; PHOTIUS, Epistulae et Amphilochia, ed. B. Laourdas et L.G. Westerink, coll. Teubner, Leipzig, vol. III (1985), p. 138-152, Ep. 291.


Op. cit. p.93-95

J-Gabriel
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Re: Lettre de st Photios au Métropolite d’Aquilée

Message par J-Gabriel » dim. 19 févr. 2012 0:43

LETTRE AU METROPOLITE D’AQUILEE

Au Patriarche très-saint, très sacré et bien aimé de Dieu,
à mon frère et compagnon de sacerdoce,
le très illustre et admirable archevêque et métropolite d’Aquilée,

Photios,
Par la miséricorde de Dieu archevêque de Constantinople
Nouvelle Rome
et Patriarche Œcuménique.


1. La lettre que nous avons reçue de votre Béatitude nous a fait dès l’abord connaître la pensée divine qui vous anime, ainsi que la grandeur et l’élévation de votre amour spirituel, qui dépasse de très haut ce qu’on rencontre chez le commun des mortels.
Ensuite, le saint personnage auquel vous aviez confié votre missive, nous est apparu, par ses vertus, son intelligences, et surtout par sa force et sa fermeté de caractère, comme un miroir, où nous avons pu contempler les traits de votre Sainteté divine et vénérable. Certes, la lettre les laissait entrevoir, autant qu’un écrit peut le faire ; mais il nous a offert une image plus vive et plus parfaite, et nous a aussi donné beaucoup de joie et de plaisir en nous racontant les pieux travaux de votre Béatitude. Qui avons-nous eu sous les yeux ? Un homme qui commandait le respect par sa sagesse plus que par ses cheveux blancs, tout aussi riche de sens que de vertus ; un homme en qui la finesse s’alliait à la solidité de la pensée ; un homme, en un mot, entièrement revêtu de la grâce qu’on attend chez u prêtre, qui tient de Dieu le pouvoir de consacrer nos redoutables mystères, et qui a l’honneur d’être votre disciple et d’avoir été ordonné par vous.

Tel est le prêtre que nous avons trouvé dans le légat de Votre Paternité sacro-sainte. Ce qui nous a fait connaître avec certitude que le hiérarque qui se trouve au-dessus de lui, qui l’a ordonné au mystère de la prêtrise, et l’a maintenant délégué vers nous, possède sûrement une abondance de charismes divins et doit être, aussi bien par sa vie éclatante que par son amour et son zèle ardent pour les dogmes, un modèle et un flambeau qui conduit tout homme sur la voie du salut.

2. Ce personnage, dis-je, qui a reçu de vous la grâce de l’épiscopat, a, sans aucun doute, été nourri au festin de vos enseignements divins, et abreuvé à la source féconde de vos perfections ; sans quoi, il n’aurait jamais pu briller à tel point dans les vertus, comme il sied aux archi-hiérarques de Dieu. En effet, la copie n’est pas toujours identique au modèle, indépendamment même de l’éclat et de la lumière qu’elle ne reproduit pas. Il faut donc, pour tout cela, rendre grâces au Dieu bienfaiteur et créateur de l’univers, qui consacre, en Occident comme en Orient, des guides et des flambeaux, et les élèves sur les trônes des archevêchés, pour qu’ils y brillent sans faiblir et éclairent le cœur et l’esprit de la multitude.

3. Mais, au milieu du réconfort que nous goûtions en pensant à votre sainte vertu, admirant vos exploits qui nous réjouissent, voici qu’un bruit heurte nos oreilles –et il vaudrait mieux qu’il n’ait jamais retenti ! Car il ne cause point de douleur physique, mais fait du mal à l’âme ; cependant, puisque vos vertus nous ont communiqué beaucoup d’espérance, nous allons vous révéler notre tourment.
Comment en parler sans pleurer ? Certains Occidentaux ont-ils refusé de s’en tenir aux paroles du Seigneur, alors que c’est cela qui est beau ? Ont-ils méprisé les dogmes, les définitions des Pères et des Conciles ? Dédaigné la précision minutieuse qui les caractérise ? Ou s’y sont-ils appliqués sans avoir les capacités spirituelles nécessaires ? Je ne sais. Quelle qu’en soit la cause, la rumeur –que j’aimerais n’avoir jamais entendue- nous est parvenue que certains Occidentaux répandraient l’idée que le divin et Tout-Saint Esprit ne procède pas seulement de Dieu le Père, mais aussi du Fils. Or, disant cela, ils font beaucoup de mal aux croyants.
Cette doctrine, dans la mesure où elle reste une opinion individuelle, ne causerait peut-être pas si grand tort à ceux qui, par légèreté, l’ont embrassée –encore que le dommage ne soit déjà pas mince. En revanche, quand on leur aura proposé une enquête commune sur ce point, et qu’on leur aura clairement démontré, en s’appuyant sur les paroles même du Seigneur, aussi bien que sur l’ensemble de la Sainte Ecriture, qu’ils sont dans l’erreur, ils devront alors renoncer aussitôt à cette doctrine absurde et accepter les dogmes et les textes orthodoxes. S’ils n’en font rien, il est clair qu’ils vont tomber dans un blasphème très grave, et encourir une sévère condamnation, quand bien même personne ne les dénoncerait expressément. Car ils se trouveront dépossédés de tous biens, et notamment de la confession de la foi véritable, et de l’Esprit Divin lui-même, qu’ils ont humilié en dogmatisant qu’Il procède du Fils.
En effet, par cette seconde procession, ils outragent l’Esprit et ridiculisent l’unique Procession. Leur pensée n’a-t-elle pas quelque chose d’aberrant ? Ou, pour mieux dire, n’est-elle pas blasphématoire au dernier degré ? Elle conduit à attaquer les propres paroles du Seigneur, et à rejeter la doctrine et la tradition qui ont toujours prévalu dans les grands sièges épiscopaux.


4. En voici les preuves.
Léon l’Ancien (Léon 1er), évêque de Rome -pour ne pas citer ses prédécesseurs- et Léon le Jeune (Léon III), qui lui succéda, sont connus pour avoir gardé la foi et les dogmes de l’Eglise catholique et apostolique, celle des saints évêques antérieurs à eux et des décrets des Apôtres. Le premier a donné beaucoup d’éclat au Quatrième Concile Saint et Œcuménique, grâce à la sainte délégation qu’il a envoyée, et aussi à sa fameuse lettre, qui a terrassé Nestorius et Eutychès. Or, il y déclare aussi que l’Esprit Saint procède du Père, conformément aux définitions des Conciles antérieurs ; mais il ne parle pas d’une procession hors du Fils
(saint Photios montre à son correspondant qui peut vérifier les documents, que les papes de Rome ont, jusqu’à Nicolas Ier, radicalement ignoré le Filioque. Les recherches modernes lui ont donné raison).

5. De même, Léon le Jeune, son homonyme et son émule dans la foi, ardent défenseur de la vraie piété, désirant éviter que l’usage d’une langue étrangère n’altérât le Credo immaculé de notre pieuse foi, en publia le texte dans l’original grec. C’est ainsi qu’il apprit aux Occidentaux à chanter et à théologuer en langue hellénique la gloire de la Sainte Trinité. Loin de s’en tenir à un ordre purement verbal, il fit fabriquer des plaques commémoratives qu’il grava et exposa à la vue du public, affichées à la porte de l’église de Rome. Ainsi, il devenait possible d’apprendre sans risque et sans peine, tout le contenu de la foi (Le témoignage des Latins –Anastase le Bibliothécaire, Pierre Lombard, Pierre Abélard et Pierre Damien- concorde avec celui de Photios). Et il ne restait plus aucun moyen de dénaturer notre piété, la vraie piété des Chrétiens, en usant de textes faux fabriqués en cachette, et de propos vides de sens. On ne pourrait plus faire du Fils, conjointement au Père, la seconde cause de l’Esprit, -cet Esprit qui procède du Père dans l’égalité d’honneur avec le Fils engendré.

6. Ces deux hommes, ce duo sacré qui a illuminé l’Occident, n’ont pas été les seuls à garder la piété pure de toute innovation étrangère. Non, l’Eglise occidentale ne manque pas de confesseurs ; et il n’est guère facile de dénombrer le chœur des hiérarques qui se sont fait entendre dans l’intervalle qui sépare, dans le temps, les deux Léon, et qui ont brillé de la même piété.
Or. Puisque l’Eglise de Rome se trouve à l’unisson des quatre autres trônes patriarcaux et garde la même confession ; et puisque l’Eglise est fondée et affermie sur le roc des paroles du Maître –cette Eglise contre laquelle les portes de l’Hadès, c’est-à-dire les bouches insensées des hérétiques, ne prévaudront jamais, au dire de la Vérité Elle-même – d’où et de qui a bien pu venir le nouveau blasphème contre l’Esprit, ce blasphème qui est en train de se répandre ? Et comment ne pas gémir sans cesse, comment ne pas pleurer inconsolablement, à voir le malheur qu’il entraîne ? Mais il nous oblige aussi à redoubler d’ardeur, pour empêcher la souffrance et la maladie de s’étendre et de dévorer ceux dont les noms sont inscrits dans le troupeau du Christ !

7. Voilà pourquoi votre médiocrité se tourne vers Votre Perfection dans la vertu, comme vers le grand défenseur de l’Eglise, le point de mire de tous les fils de la maison d’Israël. Nous vous exhortons à faire luire devant tout le feu divin qui brûle dans votre cœur : ainsi, allumant votre flambeau d’archevêque, vous en projetterez la clarté salutaire sur tous les égarés ; et vous les ramènerez de leur erreur à la foi qui a rempli l’univers.

8. La doctrine de la procession hors du Père se recommande d’abord, nous l’avons vu, de la parole du Seigneur (Jn 15, 26)*, éclair et foudre qui surpasse toute clarté. Qu’ils acceptent donc, les calomniateurs de l’Esprit. Qui L’ont fait procéder du Fils, de considérer enfin cette parole de l’Evangile, et ils quitteront l’erreur et la ténèbre où ils se débattent. Puissent-ils alors, brillants de vraie piété, s’abriter avec les hommes pieux dans les retraites où flamboie, dans son éclat sans crépuscule, la lumière de l’orthodoxie. Oui, qu’ils respectent, en tout premier lieu, Jean le Théologien, le mystique initié qui reposa la tête sur le sein du Sauveur, et qui nous guide dans la connaissance des mystères célestes qu’il y a puisés ; enfin, qu’ils s’en remettent à ses prières pour obtenir le pardon de leur rébellion contre le Maître, et contre Jean, le plus théologien des disciples.
Les partisans du dogme de la procession du Tout Saint Eprit hors du Père et Fils introduisent nécessairement deux causes et deux principes ; ils détruisent ainsi la Monarchie –Unité du Principe– dans la Trinité. Il est clair, en effet, que leur théorie conduit à prêcher, à côté de la première doctrine, celle d’une dualité des causes, dont l’une se subdivise même –que ce blasphème retombe sur leur tête ! – en deux principes.



Ibid. p. 97-102
*Jean 15, 26 :
Annotée Neuchâtel: Mais lorsque l'aide sera venu, lequel je vous enverrai de la part du Père, l'Esprit de vérité, qui procède du Père, c'est lui qui rendra témoignage de moi

Darby: Mais quand le Consolateur sera venu, lequel moi je vous enverrai d’auprès du Père, l’Esprit de vérité, qui procède du Père, celui-là rendra témoignage de moi.

Martin: Mais quand le Consolateur sera venu, lequel je vous enverrai de la part de mon Père, [savoir] l'Esprit de vérité, qui procède de mon Père, celui-là rendra témoignage de moi.

Ostervald: Lorsque sera venu le Consolateur, que je vous enverrai de la part du Père, l'Esprit de vérité, qui procède du Père, il rendra témoignage de moi.

Segond: Quand sera venu le consolateur, que je vous enverrai de la part du Père, l'Esprit de vérité, qui vient du Père, il rendra témoignage de moi

Jérusalem: Lorsque viendra le Paraclet, que je vous enverrai d'auprès du Père, l'Esprit de vérité, qui vient du Père, il me rendra témoignage.

TOB: Lorsque viendra le Paraclet que je vous enverrai d'auprès du Père, l'Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra lui-même témoignage de moi

J-Gabriel
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Re: Lettre de st Photios au Métropolite d’Aquilée

Message par J-Gabriel » mer. 22 févr. 2012 1:06

9. D’autre part, si la procession hors du Père est parfaite, à quoi sert la seconde procession, du moment que l’Esprit reçoit déjà, de la procession paternelle, la perfection absolue ? Si, au rebours, la procession hors du Père est imparfaite… mais qui va tolérer l’absurdité où nous tombons avec cette hypothèse ?
En premier lieu, en effet, celui qui ose un tel postulat introduit l’imperfection dans la Toute-Parfaite Trinité.
Ensuite, il forme, à partir de deux choses imparfaites en soi, l’Esprit qui parfait toute chose.
Mieux, il en arrive même à faire de l’Esprit un être composé puisqu’il le dit venir de deux causes, en soulignant –ô langue impure et cœur misérable– que l’Esprit procède imparfaitement de chacune d’elles !

Ceux qui sont tout-à-fiat prisonniers de ce blasphème, donneraient volontiers à l’Esprit le titre de petit-fils : et s’ils retiennent leur langue, c’est par crainte de la réaction des gens pieux ; ils n’en sont pas moins favorables à cette idée. Car si le Fils est issu du Père par génération et que l’Esprit est, à son tour, issu du Fils par procession, l’Esprit se trouve effectivement ravalé au rang de petit-fils. Conséquence inacceptable, si l’on a le moindre souci de la piété, et qu’on veuille être considéré comme chrétien.
Et si la grâce de Dieu nous donne la compétence requise pour la discussion théologique, ne commettrions-nous pas une faute en dédaignant cette hérésie et en négligeant de la réfuter ? Comment, en effet, éviterions-nous alors de partager la ruine qui menace les blasphémateurs ?


10. Pour toi, cher et vénérable hiérarque, saint parmi les saints, montre-leur encore ces conséquences de leur dogme absurde.

L’Esprit procède –dans leur hypothèse– de par la génération du Fils
(Selon la doctrine latine, c’est en engendrant le Fils que le Père lui donne de faire procéder le Saint Esprit). Or la naissance du Fils et la procession de l’Esprit hors du Fils naissant sont simultanées ; donc, par rapport au Père, l’Esprit sort par génération aussi bien que le Fils : puisque le Père engendre le Fils et que l’Esprit co-jaillit avec le Fils engendré.
Car si leurs sorties ne sont pas simultanées, mais que le Fils naisse dans un instant donné, et qu’il faille un autre instant pour la procession de l’Esprit hors du Fils –ils en sont quasiment réduits à ce genre d’inventions– il en résulte nécessairement que l’Esprit est plus jeune que le Fils, puisqu’Il vient après la naissance du Fils…
Mais si, conscients de ce danger, ils renoncent à cette trop évidente théomachie
(guerre contre Dieu), ils retombent dans la première difficulté, et sont obligés de confesser l’Esprit engendré.

Ibid. p.102-103

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Re: Lettre de st Photios au Métropolite d’Aquilée

Message par J-Gabriel » sam. 19 mai 2012 19:35

11. J’ai appris également qu’ils osent attaquer saint Paul lui-même, ce Maître et Docteur de l’univers : ils invoquent son témoignage d’homme de Dieu à l’appui de leur propre hérésie.
Voici leur argument. "L’Apôtre dit ceci : Dieu a envoyé l’Esprit de son Fils qui crie dans nos cœurs : Abba, Père ! "
Eh bien ! ceux qui s’imaginent trouver dans cette phrase de l’Apôtre une justification de leur propre ignorance, doivent bien savoir que ce mot même de Paul, dont ils se font le bouclier, inflige à leur erreur la plus éclatante réfutation.
Il n’est pas question pour nous de critiquer saint Paul et sa prédication ; mais nous leur reprocherons de falsifier ses paroles, toutes palpitantes du souffle divin. Puisqu’ils n’ont pas honte de lui imputer des paroles et des pensées qu’il n’a jamais eues, la condamnation qu’ils portent contre lui retombe sur leur tête.
Or donc, que dit cet homme céleste ? Que l’Esprit du Fils est envoyé par le Père. Très bien. Confesse donc la même chose que Paul. Oui, Il est l’Esprit du Fils, parce que

-Il n’est jamais étranger au Fils, -Il ne le contredit jamais, -Il ne pose jamais d’autre Loi que celle du Fils,

et, en outre,

-Il a la même essence et la même force que le Fils, -Il a la même volonté et le même pouvoir de décision, -Il est, à l’égard de l’Un –le Père– dans le même rapport de dépendance que le Fils : le Premier naît de l’Un, et le Second En procède ;

et voilà pourquoi Paul a dit qu’Il est "l’Esprit du Fils".
Ils n’ont donc qu’à tenir ce langage, et personne n’ira les taxer d’hérésie.
Paul n’a pas dit : "Il procède du Fils" ; mais certains le lui font dire, calomniant sa doctrine, et se rendant eux-mêmes coupables d’hérésie. S’ils croient que le fait de L’appeler "Esprit du Fils" implique qu’Il procède du Fils, ils vont aussi dogmatiser que le Père procède du Fils, puisque le Père est constamment appelé Père du Fils.

De plus, leur interprétation va donner lieu à une multiplication sans fin des causes et producteurs de l’Esprit : ne l’appelle-t-on pas aussi bien Esprit de Sagesse, de Connaissance, de Force, et de tous les attributs de ce type qui conviennent à la Divinité ?
Si donc, sous prétexte qu’on rattache l’Esprit à toutes ces choses par un complément de nom, ils soutiennent que l’Esprit procède d’elles, eh bien ! nous pouvons dire que nous avons affaire à des esprits bien perspicaces ! Mais comment ne pas voir le gouffre d’erreur, l’abîme effroyable où leur subtile démarche les fait tomber ?


12. Envisageons un autre aspect de leur doctrine ; là encore, nous la verrons produire au jour un nouveau blasphème.
Par hypothèse, l’Esprit procède du Fils sans être ni antérieur ni postérieur à la naissance du Fils, puisque ces déterminations temporelles sont totalement exclues de la Sainte Trinité.

L’Esprit, disons-nous, procède simultanément, mais de l’Un et de l’Autre : à la fois du Père et à la fois du Fils.

Alors, le Projeté (l’Esprit) va se trouver différencié en soi-même, en fonction des hypostases, des personnes qui le projettent. Il y aura donc deux Esprits au lieu d’un, l’un procédant du Père, l’autre du Fils.

Car le contraire serait quelque chose de monstrueux et d’inouïe, qu’on ne saurait voir nulle part, pas même chez les êtres qui se reproduisent par génération.

En effet, il est bien clair que plusieurs êtres différents en tant qu’hypostases (individus), peuvent sortir d’une seule et même personne. En revanche, qu’un seul et même être, hypostatiquement un, sorte de principes différents sans compter en soi la diversité des personnes qui l’ont produite, c’est un phénomène inconnu et sans exemple. Ni la génération, ni aucun autre mode de production, serait-il supérieur à la génération, ne nous en offre la moindre trace.



13. Prenons le cas des enfants. Il arrive souvent qu’il en naisse plusieurs, ensemble ou l’un après l’autre, d’un seul et même sein. Autre exemple : la même main frappe, écrit, fait le bien et se tend vers Dieu. Or écrire est une tâche propre à la main ; de même, si l’on veut, pour le pied. Qui croirait, à moins d’être fou, que la marche soit l’acte spécifique aussi bien de la main que du pied, que l’action de voir appartienne autant à l’œil qu’à l’oreille, ou autre chose de cette espèce ?
Tout au contraire, de même que les membres sont délimités et localisés dans l’espace, qui les distingue les uns des autres, de même, leur action, l’énergie propre de chacun d’eux est liée spécialement à la nature du membre qui agit, et se distingue de toutes les autres. La même spécificité existe au niveau des êtres totalement indépendants, c’est-à-dire des hypostases, des personnes.


Le raisonnement qu’on vient de lire peut s’expliciter ainsi :

-la Personne du Saint Esprit doit être unique et rigoureusement simple, c’est-à-dire non composée, si l’on veut que l’Esprit soit Dieu et qu’il soit une personne.
-Or, il ne saurait être unique et simple s’il a deux causes, le Père et le Fils.
-En effet, le Père et le Fils, étant deux hypostases distinctes ne sauraient produire une hypostase absolument indivise, exempte de composition, dans laquelle leur distinction disparaîtrait, se fondrait totalement.
Pour expliquer ce point, saint Photios recourt ensuite à des exemples tirés des choses matérielles, et donc d’autant plus simples et d’autant plus frappants. Ces exemples prouvent que chaque être créé, chaque personne, est absolument unique et distincte de toute autre, dans sa nature comme dans son action –parce que c’est ainsi que la Trinité tri-personnelle a créé le monde.
Exemple des enfants : la même mère peut avoir plusieurs enfants ; une hypostase engendre une ou plusieurs hypostases. L’acte de génération apparait donc comme lié hypostatiquement, spécifiquement à la mère et à l’hypostase engendrée : on n’a jamais vu deux mères mettre au monde un seul et même enfant, ni une mère enfanter le même enfant en plusieurs fois.
Plus simplement encore, au niveau même des "parties " d’hypostase, les membres du corps ont chacun leur fonction, leur activité propre. Autant d’êtres, autant d’activités.
Même chose au rang des personnes. Toutes nos actions, manières d’être, etc, sont personnalisées, portent la marque indélébile de notre personne.
Il y a en Dieu deux hypostases distinctes –Père et Fils–, donc, dans l’hypothèse du Filioque, il y aura deux activités distinctes de production d’hypostase, deux processions, et par conséquent deux Esprits Saints ou un Esprit Saint composé.
Si on dit que le Père et le Fils concourent de manière indivise à la production de l’Esprit, on dépersonnalise, on dépersonnifie la procession du Saint Esprit. Le Saint Esprit cesse alors d’être une personne au sens plénier du terme.

C’est ce qui arrive dans la doctrine latino-franque du Filioque, qui insiste sur l’idée que le Père et le Fils font procéder le Saint Esprit par une seule spiration ; et il est remarquable qu’ici, saint Photios anticipe sur tout le développement à venir de cette théorie. En effet,
-le Saint Esprit sera d’abord "dépersonnalisé", devenant le lien d’amour et l’unité entre le Père et le Fils.
-puis, par la progression logique inéluctable que saint Photios vient d’esquisser, les Personnes même de la Trinité disparaîtront, devenant des fonctions au sein de la Divinité : le Père sera l’Etre, le Fils l’Intelligence que le Père prend de Lui-même et le Saint-Esprit l’amour dont l’Etre et l’Intelligence s’aiment. Le terme de "personne" devient purement métaphorique, voire radicalement absurde.
Contre ce danger, saint Photios rappelle que l’engendrement d’une personne est un acte personnel ; la production d’une hypostase, un acte hypostatique.


Ibid. p.103-106

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Re: Lettre de st Photios au Métropolite d’Aquilée

Message par J-Gabriel » mer. 13 juin 2012 10:56

14. Quelle échappatoire reste-il aux partisans de ce blasphème ? Le Malin a tant de ruse pour nous tromper !

Toutefois, la force et la sagesse de la Pierre Angulaire, parlant par la bouche de Ses serviteurs, déjoue facilement ses stratagèmes.
Allons ! à quel subterfuge vont-ils à présent recourir pour raffermir leur théorie blasphématoire ? De quelle autorité vont-ils se couvrir ? De la parole même du Seigneur ! Oui, il ne leur suffit pas de blasphémer contre le Maître ; il faut encore qu’ils prouvent que c’est Lui qui leur a donné l’idée de ce blasphème, et qui en a fait une loi.

« Le Sauveur, avancent-ils, a dit : Celui-ci recevra du Mien (ek toû emoû) et Il vous l’annoncera (Jn 16, 14) »

Or, ce passage est précisément celui auquel nous pourrions nous référer pour les réfuter, et pour démontrer que l’Esprit reçoit du Père et procède du Père et non du Fils, d’une façon absolument imparable. Donc, si ces hommes présentent, à l’appui de leur hérésie, la citation qui, en réalité, les contredit de la plus belle manière, n’a-t-on pas lieu de les plaindre ? Ces théoriciens lamentables se révèlent encore plus lamentables dans la discussion.
N’est-ce pas la citation rêvée ? Quoi de plus clair que cette parole du Seigneur pour réfuter leur audacieuse théorie ? On ne saurait montrer plus lumineusement que l’Esprit procède du Père et non du Fils.


Saint Photios revient, dans sa Mystagogie sur l’exégèse de ce texte important. Nous en parlerons dans le Commentaire. Bornons-nous, pour l’intelligence de ce passage, à rappeler les points suivants :

–le texte de Jean (16, 14-15) dit : « Celui-ci (l’Esprit) me glorifiera parce qu’il recevra du mien (ou : de ce qui est à moi) et vous l’annoncera. Tout ce qu’à le Père est à moi; voilà pourquoi je vous ai dit : C’est du mine qu’il recevra et il vous l’annoncera ».

–dans ce texte, les mots "du mien" ou "de ce qui est à moi", désignent, selon les Pères de l’Eglise, soit le Père, soit le trésor de la connaissance divine, commun au Père, au Fils et au Saint Esprit, et dans lequel le Saint Esprit puisera les dogmes qu’il révélera aux Apôtres au jour de la Sainte Pentecôte. Le Seigneur dit cela aux Apôtres pour bien leur faire comprendre que les enseignements du Saint Esprit ne seront pas autres que ceux qu’Il leur a donné.

–donc, ce passage ne s’applique pas à la procession éternelle du Saint Esprit. Ce que reçoit le Saint Esprit du Fils, ce n’est pas son existence, mais la connaissance commune à la Trinité, qu’Il a pour mission de transmettre aux disciples.


Ibid. p.106-107

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Re: Lettre de st Photios au Métropolite d’Aquilée

Message par J-Gabriel » sam. 21 juil. 2012 21:52

15. En effet, ce que le Seigneur nous enseigne ailleurs quand Il dit que l’Esprit procède du Père (Jn 15, 26), Il l’exprime ici dans ces mots : "l’Esprit recevra (prendra) du Mien". Remarquons-le : Il ne dit pas "de Moi", mais bien "du Mien", c’est-à-dire, évidement, du Père. A moins qu’il existe, pour eux, quelqu’un d’autre, en dehors du Père et de l’Esprit, qui soit au Fils et dont le Fils puisse dire "le Mien".

Si nos adversaires s’imaginent que des témoignages aussi accablants pour eux vont dans leur sens, je ne vois pas quel avocat ils pourront encore trouver pour soutenir leur dogme absurde.

Ils se montrent incapables de comprendre des textes, même universellement connus ; incapables de garder la doctrine qu’ils avaient entre les mains ; et ils ne daignent pas apprendre d’autrui ce qu’ils ignorent. Ils auraient dû chercher avec passion, et appeler au secours, des hommes sages qui les auraient tirés de leur inculture. Eux, tout au contraire, se présentent comme des maîtres et des docteurs de leurs propres élucubrations.

Puisque le Seigneur dit : "L’Esprit recevra du Mien et vous l’annoncera", n’ont-ils pas de scrupule à comprendre les mots "du Mien" autrement que le Sauveur ne les a prononcés ? Pourquoi faussent-ils ce qu’Il a dit, en lisant "de Moi" au lieu de "du Mien" ? Car c’est peut-être cette lecture qui les a induits à penser qu’il y avait là une confirmation de leur idée.
Or, en admettant même que le Seigneur ait dit cela –ce qui n’est pas le cas–, je soutiens que leur interprétation resterait inacceptable. Car le terme de lambanein (prendre, recevoir) n’est pas toujours employé pour signifier la procession. Il peut même revêtir, dans certains contextes, un sens tout-à-fait différent.
Il y a ici deux idées à bien distinguer. Le fait qu’une hypostase reçoive et puise quelque chose dans autre hypostase, n’a rien à voir avec le fait de procéder, c’est-à-dire de recevoir son être et son hypostase. Ainsi, en considérant simplement le sens des termes employés, je ne vois pas que leur pensée soit justifiée.

Tout autre argument venant d’eux se révèle imbu de la même démence, et produit par la même ignorance ; et tout juste bon à les enfoncer dans la même impiété, qui les mène à la mort.


16. Voici leur nouvel argument :
"Admettons ce que vous dites ; mais Ambroise le Grand, Augustin*, Jérôme et quelques autres, qui jouissent de la même autorité et de la même importance doctrinale que ces trois Pères, et qui sont aussi renommés pour leur vie éclatante et vertueuse, ont enseigné plus d’une fois dans leurs ouvrages que l’Esprit procédait du Fils. C’est à la suite de ces guides que nous croyons et confessons cette doctrine ; et nous nous gardons bien d’outrager ces Pères et de les taxer d’hérésie"

La première réponse à leur faire saute aux yeux : si une dizaine, voir une vingtaine de Pères avaient dit cela, alors que dix-mille disent le contraire, je me demande qui insulte les Pères ? Ceux qui restreignent ce vaste océan de piété à une toute petite minorité, et qui font de cette poignée d’hommes des contradicteurs et des ennemis des Conciles Œcuméniques et de la multitude innombrable des Pères théophores ? Ou ceux qui se réclament de la grande majorité ?

"Si l’on refuse de dire que l’Esprit procède du Fils, dit notre adversaire, on bafoue les Pères, qui l’ont bel et bien déclaré".

Mais si l’on accepte de dire, ne va-t-on pas bafouer bien davantage les Pères qui, dans leur écrasante majorité, n’ont jamais accepté ce dogme un seul instant ?

"Mais c’est insulter les Pères, que de dire le contraire de ce qu’ils ont dit".

N’est-ce pas insulter, bien plus gravement, la Majesté du Maître de tous, que de falsifier Ses paroles et de se choisir un autre guide que Lui pour apprendre la théologie ?

D’autre part, qui donc tient ces propos que vous me prêtez ? Oui, qui insulte Augustin, cet homme sacré, Jérôme, ou Ambroise ? N’est-ce pas plutôt celui qui les prétend en opposition au Maître et Docteur de Tous ? Et non pas celui qui, sans s’avancer sur ce terrain, estime simplement que tout le monde doit se conformer aux saints décrets du Maître de l’univers ?


*Comme nous l’indiquons sans notre introduction, la question de la doctrine d’Augustin est ici trop centrale pour être traitée brièvement. Nous expliquerons les thèses d’Augustin et leur influence dans la théologie du Filioque dans le Commentaire à paraître.
Notons, pour l’intelligence du présent passage, que saint Photios n’avait pas lu les écrits d’Augustin qu’il ne connaissait qu’à travers les traductions d’extraits provenant des Livres Carolins ou des œuvres des théologiens franks.
Comme plusieurs autres théologiens orthodoxes, il a émis l’hypothèse que les écrits d’Augustin avaient été interpolés et falsifiés.
Quant à Ambroise et Jérôme, leur doctrine sur le Saint Esprit est celle de tous les Pères. Avec eux, ils ignorent le Filioque.


Ibid. p. 107-109

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Re: Lettre de st Photios au Métropolite d’Aquilée

Message par J-Gabriel » mar. 18 sept. 2012 22:55

17. "Mais, de deux choses l’une, insistent nos adversaires : ou bien ces Pères dont nous parlons ont énoncé un dogme juste, et alors tous ceux qui les mettent au nombre des Pères doivent aussi embrasser cette opinion ; ou bien ils ont proféré une impiété, et alors il faut les condamner totalement, avec le dogme hérétique".

Quelle injustice extrême ! Voilà donc jusqu’où l’impiété les pousse !

Non contents de cette subversion de toute la Théologie, dot ils se font une loi, ils trouvent qu’ils n’ont fait que la moitié du chemin, s’ils ne réussissent pas à salir ceux-là mêmes qu’ils présentent comme leurs Pères ! Ils les soumettent à un examen impie, et ils "découvrent leur honte". Oui, ils sont bien les émules de Cham qui, au lieu de voiler la honte de son père eut l’audace et l’impudence de la découvrir (Gen 9, 20-27). Au contraire, les enfants de l’Eglise, les cœurs fidèles aux enseignements de la doctrine sacrée, savent, dignes imitateurs de Sem et de Japhet, à la fois couvrir la honte de leur père, et condamner la conduite des sectateurs de Cham en fuyant leur compagnie.

18. Il convient également de remarquer que, si les hommes que nous avons appelés nos Pères n’ont rien dit qui aille contre le Maître commun, nous ne les contredisons pas non plus le moins du monde. En revanche, si vous dites, vous, qu’ils se sont opposés aux paroles du Maître, vous assumez la responsabilité d’une double faute : vous mettez le Maître au second rang, derrière eux ; et vous les condamnez eux-mêmes gravement pour avoir négligé le commandement du Maître.
Que d’excuses, pourtant, on pourrait invoquer, pour innocenter ces personnages bienheureux ! Que de circonstances ont pu contraindre beaucoup d’entre eux à taire telles ou telles choses, et à en dire d’autres, par souci de ménager l’auditoire, ou encore pour répondre aux attaques des hérétiques, ou enfin, en raison d’une ignorance toute humaine, qui est notre lot à tous ! L’un, dis-je, était en pleine polémique contre les hétérodoxes ; l’autre voulait s’adapter à la faiblesse de ses auditeurs ; le troisième poursuivait un autre but, et l’occasion le pressant, il a dû renoncer, dans le dessein de sauvegarder une vérité plus essentielle. Voilà comment les uns et les autres se sont trouvés amenés à dire et à faire ce que nous ne pouvons ni dire ni faire à présent.

19. Songeons, par exemple, à Paul, pour ne citer que lui. N’a-t-il pas, lui, l’admirable docteur de l’univers, accepté de se purifier selon les préceptes de la Loi et, notamment, de se raser (Ac.18, 18) ? N’a-t-il pas "nourri de lait" ceux qui en étaient encore aux rudiments de la doctrine chrétienne, leur refusant "l’aliment solide" (1 Cor. 3,2) ? Et si l’on voulait, en partant de lui, étudier l’Histoire en détail, et relever, chez les auteurs du chœur sacré des Pères, tous les cas semblables, on y passerait la vie entière !
Or, celui qui aborde ce genre de passages en faisant abstraction de la faiblesse des auditeurs du moment, de la nécessité où se trouvait l’orateur d’user de ménagement dans ses propos, et de la polémique qu’il avait engagée contre ses adversaires, bref, si l’on présente ces extraits tels quels, sortis de leur contexte, comme autant de dogmes et qu’on les adopte à ce titre, leurs auteurs eux-mêmes protesterons contre un tel procédé et le condamneront.



Ibid. p. 109-111

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Re: Lettre de st Photios au Métropolite d’Aquilée

Message par J-Gabriel » dim. 07 oct. 2012 22:34

20. D’autre part, si les auteurs en question ont été avertis du point litigieux, et qu’ils ont néanmoins persisté dans leur opposition au chœur des Pères ; s’ils ont poussé l’audace jusqu’au défi et à la rébellion ouverte ; s’ils ont persévéré dans cette opinion dévoyée et sont morts en sachant ce qu’on leur reprochait ; alors, oui, sans aucun doute, nous devons les rejeter avec leur dogme erroné.
En revanche, s’ils ont risqué une formulation incorrecte, et qu’une raison, aujourd’hui oubliée, les a conduits à faire une entorse à la justesse de la foi ; si aucune enquête ne leur a été proposée sur le point en question ; si personne ne les a invités à s’éclaircir sur la Vérité ; dans ce cas, nous continuerons, comme s’ils n’avaient jamais tenu ces propos, de les considérer comme des Pères, à cause de l’éclat de leur vie, de la vénération que nous devons à leur vertu, et de leur pieuse foi orthodoxe, par ailleurs irréprochable. Nous ne les suivrons pas dans leurs définitions entachées d’erreur.
Nos disputeurs agissent à l’inverse. En voulant, à toute force, mettre le témoignage de ces Pères en conflit avec la voix du Seigneur, ils semblent, verbalement, les honorer et les appeler "Pères" ; mais en réalité, au terme de leur raisonnement, ils en font des ennemis et des parricides.
Nous, qui sommes conscients du fait que plusieurs Pères et Docteurs bienheureux se sont écartés, en bien d’autres cas, de la rigueur parfaite des dogmes orthodoxes, nous refusons, chaque fois, de suivre leur erreur et de l’incorporer au contenu de la foi ; mais nous conservons à leur personne notre vénération. Nous agirons de même ici, s’il est prouvé que certains se sont trompés et ont dit que l’Esprit procédait du Fils. Nous n’accepterons pas cette idée, qui s’oppose à la parole du Seigneur ; mais nous ne chasserons pas hors du chœur des Pères ces hommes dignes de vénération.

21. Denys d’Alexandrie n’est-il pas dans ce cas ? Tout en le rangeant dans le chœur des saints Pères, nous ne recevons pas les propos arianisants qu’il a tenu contre le Libyen Sabellius. Que dis-je "nous ne recevons pas" ? Nous les rejetons même avec la dernière énergie !
On peut en dire autant de Méthode, le Grand-Martyr, l’archevêque, qui eut les clefs du Trône de Patares ; et aussi d’Irénée, l’évêque de Lyon, et de Papius d’Hiérapole. Méthode a obtenu la couronne du martyre ; les deux autres se sont montrés les dignes successeurs des Apôtres, et leur vie vertueuse brille d’un éclat vraiment merveilleux. Et bien ! s’ils n’ont pas toujours été à la hauteur de la Vérité et se sont quelquefois égarés dans des opinions contraires au dogme commun de l’Eglise, nous ne les y suivrons pas ; mais nous ne diminuons nullement l’honneur et la gloire qui leur reviennent en tant que Pères.

22. La journée entière n’y suffira pas, si j’entreprends de dresser la liste de tous ceux que nous honorons et vénérons comme des Pères sans pour autant marcher derrière eux quand leur chemin s’écarte de la vérité.
C’est bien ce qu’il nous faudra faire dans ce cas présent, s’il est établi que certains Pères ont affirmé la procession de l’Esprit hors du Fils, contre la parole du Seigneur qui nous a tous initiés. Nous nous détournons de leur innovations, dans la mesure où elle trahit et falsifie la parole du Maître ; en revanche, pour le père de cette doctrine nouvelle, nous nous garderons de le condamner, d’autant plus qu’il n’est pas présent, et ne peut ni parler ni se défendre. Or, quand l’accusé n’est pas en mesure de comparaître ni de se faire représenter par des avocats, qui serait assez fou pour lancer une accusation ? Et sans accusateur, l’affaire ne peut venir en jugement ; sans jugement ni condamnation, il est impossible d’insulter quelqu’un qui n’a pris aucune part au débat, sans se couvrir soi-même d’infamie.



Ibid. p. 111-112

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Re: Lettre de st Photios au Métropolite d’Aquilée

Message par J-Gabriel » mer. 10 oct. 2012 22:06

23. (1) " Des Pères ont dit que l’Esprit procédait du Fils". Telle est l’objection. Nous répondons qu’ils sont en petit nombre et que la majorité des Pères n’a pas consenti à cette opinion.

(2) Des Pères –que nous pouvons compter sur les doigts de la main– ont tenu cette doctrine ; mais les décrets des saints Conciles ont condamné ceux qui contredisent ainsi la parole du Maître.

(3) Des Pères l’ont dit. Mais à quoi bon disputer sur le nombre des Pères en question ? Quand bien même la Création entière ferait monter une seule voix, personne n’abandonnera jamais la Mystagogie ni l’enseignement du Créateur et de l’Auteur de l’univers pour Lui préférer la créature, s’il arrivait qu’elle parlât contre Son Créateur. Personne ne s’inclinera devant les lois édictées par la création, en méprisant celles du Démiurge et Fondateur du monde.

24. Tu invoques le témoignage des Pères pour soutenir ton dogme ? Voici celui du Maître Lui-même ; voici les décisions des Conciles Œcuméniques ; voici, enfin, un chœur plus abondant de Pères théophores. Telles sont les sources doctrinales auxquelles se sont abreuvés, avant toi, les évêques de Rome auxquels nous faisions allusions tout à l’heure ; ils ont reçu intact, grâce au Symbole sacré de notre foi, le dogme de la Trinité consubstantielle et ils l’ont transmis à toutes les provinces occidentales. Nous avons cité

(a) les deux Léon –le saint Père qui s’illustra lors du Quatrième Saint Concile Œcuménique, et celui qui partagea et son nom et sa piété ; mais leur cas est loin d’être isolé. Jugez-en donc :

(b) l’illustre Adrien
(il s’agit d’Adrien Ier, 772-795) a présidé aux destinées du même Trône apostolique. Or, dans sa correspondance avec le très saint et bienheureux Taraise, notre oncle paternel, il se déclare, ouvertement et sans réserve, partisan du dogme de la procession de l’Esprit hors du Père, et non du Fils.

25. (c) Nous croyons utile aussi de mentionner –quoique ces évènements, étant proches de nous, soient connus de tous– les prêtres qui, de notre temps, nous sont venus de l’Ancienne Rome ; chose qui s’est produite non pas une, mais trois fois. Quand nous avons abordé, comme de juste, dans notre entretien avec eux, la question de notre foi orthodoxe, ils ne nous ont pas dit, ni laissé soupçonner dans leur pensée, aucune doctrine différente de la foi qui s’est répandue sur tout l’univers. Au contraire, ils ont proclamé, en plein accord avec nous, clairement et sans ambiguïté, que l’Esprit Saint procédait du Père.

(d) Mieux encore : lors d’un concile réuni pour décider de certaines questions ecclésiastiques, les représentants envoyés de Rome par notre Père dans les saints, le Pape Jean, pour fixer avec nous la vraie et pieuse théologie, comme s’il avait été lui-même présent, ont fait connaître, par tous leurs propos et par leur signature, qu’ils adhéraient au Symbole (Credo) conforme à la parole du Seigneur, et qui a été prêché et confirmé par tous les Conciles Œcuméniques.



Ibid. p.113-114

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Re: Lettre de st Photios au Métropolite d’Aquilée

Message par J-Gabriel » sam. 20 oct. 2012 14:43

26. Puisqu’il en est ainsi, et que l’Eglise de Rome s’est toujours montrée, dans ses paroles comme dans ses pensées, en accord avec les quatre autres Patriarcats, dites-moi comment les émules de Cham peuvent, sans scrupule, dévoiler la honte de ceux qu’ils proclament leurs Pères et les ridiculiser publiquement ? S’ils avaient le moindre souci des paroles des Pères, ils auraient dû s’en rapporter aux décisions des Conciles ; se conformer aux paroles des évêques de Rome ; se mettre à l’écoute du chœur des Pères saints et théophores, au lieu de s’en tenir à quelques-uns, qu’ils salissent en les accusant de rébellion contre le Maître commun, quittes à les prendre ensuite comme règle et canon de la foi. Ils auraient dû comprendre qu’ils leur faisaient beaucoup plus de tort en les présentant comme des adversaires du Seigneur, qu’ils ne les glorifiaient en les appelant "Pères". Et même si cela leur était, au fond, égal, d’outrager les Pères, ils auraient pourtant dû trembler et s’assagir à la pensée de la sentence et de la malédiction divine qui a frappé Cham, le premier auteur d’un tel parricide ; et craignant d’imiter cet être maudit, ils ne devaient pas découvrir, mais bien plutôt cacher ce qu’ils pouvaient trouver de choquant chez leurs Pères.

Ibid. p.114

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Re: Lettre de st Photios au Métropolite d’Aquilée

Message par J-Gabriel » dim. 18 nov. 2012 21:52

27. Mais notre vœu le plus cher serait qu’il n’y ait jamais eu personne pour imiter cet acte ni encourir une telle malédiction ! Puisse le Christ notre Dieu prendre en pitié ceux qui se sont laissées aller à commettre ce parricide et se sont révoltés contre Sa parole et Sa législation ; puisse-t-Il, dans son amour pour l’homme, les relever de leur chute, les réconcilier avec ceux qu’ils ont insultés, et leur inspirer le désir de se corriger ; puisse-t-Il, enfin, les recevoir dans la bénédiction de ceux qui ont couvert la honte de leur Père et ne plus laisser personne devenir la proie et la pâture du monstre, auteur du mal.
Pour Toi, cher et saint hiérarque, qui soutiens des combats pour le salut de ces hommes et qui élèves des trophées victorieux sur l’ennemi du genre humain, toi qui portes du fruit pour Dieu et Lui offres le salut des égarés, puisses-tu, au nom de tous ces exploits, garder intact et inaltérables le feu de l’amour divin que tu nous témoignes, dans le Christ Lui-même Notre vrai Dieu ; par les prières de Notre Très Sainte Souveraine la Mère de Dieu ; des anges déiformes et de tous les saints. Amen !



Un des manuscrits de la lettre a conservé cette souscription : " Voici une petite bénédiction que nous vous envoyons, en gage de souvenir et en témoignage de notre affection et de notre amour dans le Seigneur : des fragments du bois de la Précieuse et Vivifiante Croix, enchâssés dans un médaillon d’or".


Ibid. p.114-15

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Re: Lettre de st Photios au Métropolite d’Aquilée

Message par Nikolas » mar. 20 nov. 2012 20:53

merci à vous d'avoir pris la peine de reproduire ce texte.

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