Qui est le protecteur des chrétiens d'Orient?

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Claude le Liseur
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Qui est le protecteur des chrétiens d'Orient?

Message par Claude le Liseur » mar. 22 nov. 2011 20:34

Il a été maintes et maintes fois souligné que l'impéritie diplomatique de la IIIe République française avait réussi à faire perdre à la France en quatre ans (1916-1920), des positions qu'elle détenait depuis des temps immémoriaux dans l'Orient arabe, la responsabilité première de ce désastre revenant à Clemenceau (et dire qu'il m'est quand même arrivé de me rendre sur sa tombe à Mouchamps...). Autrement dit, tout le monde sait que si Briand, Clemenceau et Stephen Pichon avaient été plus compétents en politique étrangère, les choses auraient suivi le cours qui était le leur depuis des siècles, et le mandat sur la Palestine aurait dû revenir à la France en tant que protectrice traditionnelle des chrétiens d'Orient. Il a également été maintes et maintes fois souligné que, lors du mandat sur la Syrie et le Liban (1920-1943), on a dilapidé, dans une politique incohérente, des intrigues de sous-préfecture et le refus de toute collaboration avec les nationalistes arabes les plus brillants du type Riyad Es-Solh, le prestige et l'influence accumulés depuis des siècles. Ceci étant, même après les indépendances, il y avait de beaux restes, quelque peu réchauffés et réanimés par les blandices et les prestiges du gaullisme. Roger Peyrefitte, après avoir été une des plus brillantes plumes de l'antigaullisme, avait par la suite changé d'opinion, parce qu'il disait qu'il avait bien dû se rendre à l'évidence que, partout où il allait dans le monde, le seul Français qui fût connu et respecté, c'était le général de Gaulle. Je pourrais ajouter: le seul francophone, et ce n'est pas la diplomatie façon Calmy-Rey ou Hans-Rudolf Merz (le petit télégraphiste de Tripoli) qui va restaurer le prestige de la Suisse dans ce domaine.

Ce qui est intéressant, c'est que selon l'analyste politique Antoine Sfeir (qui est de confession maronite, si mes souvenirs sont bons), l'empressement de la France de Nicolas Sarkozy à enfourcher tous les dadas que lui présentent les Anglo-Saxons est en train de remettre en cause les acquis de cinquante ans de diplomatie gaullienne et post-gaullienne, la France abandonnant définitivement à la Russie le rôle séculaire de puissance protectrice des chrétiens d'Orient:

http://www.atlantico.fr/decryptage/fran ... 25599.html (je me suis permis de mettre en gras les passages les plus caractéristiques):

La France ne défendant plus les chrétiens d’Orient, la Russie a pris le relais

La Russie veut soutenir les chrétiens d’Orient dans leur ensemble, catholiques et orthodoxes réunis, devant ce qui semble être une posture incertaine de l’Église catholique. En effet, le patriarche d’Antioche et de tout l’Orient maronite, en tentant de donner du temps au régime syrien de Bachar el Assad, s’est fait attaquer par toutes les chancelleries occidentales, et notamment par le président français Nicolas Sarkozy lui-même. Il n’a pas reçu de véritable soutien du Vatican. La position du Vatican s’explique par beaucoup d’hésitations. Certains sont plutôt pour un engagement ferme des chrétiens d’Orient, de plus en plus de laïques devant l’attitude frileuse du Vatican, d’autres arguent qu’il est impossible de secourir le monde entier… Benoît XVI a évoqué ce sujet à plusieurs reprises, il était dans son rôle et n’a pas été repris par les médias. Moscou a voulu s’insérer dans la brèche, sachant que les chrétiens de Syrie craignent la chute du régime et l’arrivée au pouvoir des Frères musulmans à l’instar de ce qui s’est passé en Libye et qui pourrait également arriver en Tunisie. Malgré le fait qu’un dirigeant historique de l’opposition syrienne Michel Kilo soit lui-même chrétien, l’atomisation des partis d’opposition laïques en Syrie rend en effet les Frères musulmans maîtres du terrain.

Mais la Russie n’a pas attendu les événements de Syrie pour faire de la chrétienté d’Orient en général, et de l’orthodoxie en particulier, une diplomatie parallèle. Forts d’une communauté orthodoxe grecque majoritaire parmi les chrétiens en Syrie, et également fortement présente au Liban (13% environ), les Russes avaient déjà entamé depuis le début du troisième millénaire une approche communautaire de ces populations. Leur importance n’est pas à négliger, puisqu’il s’agit des notables des grandes îles du Proche-Orient, qui détiennent une bonne partie du pouvoir économique. De plus, la Russie a maintenu des contacts étroits avec les orthodoxes émigrés sous prétexte de judaïté en Israël. Ils disposent d’ailleurs d’une télévision ainsi que de deux quotidiens à Ashdod. Les Russes ont également des relations très étroites avec des orthodoxes grecs, naturellement, mais également chypriotes. A travers cette diplomatie parallèle, Moscou a réussi, en une décennie, à se réimplanter en Méditerranée orientale. De plus, l’existence d’une poche de gaz importante au large de la Palestine, d’Israël et du Liban, donne également l’occasion à la Russie, et particulièrement à son bras économique Gazprom, de s’installer durablement, à travers ses réseaux et ses contacts, dans cette partie du monde.

Pour toutes ces raisons, et également parce que le siège du patriarcat grec orthodoxe, d’Antioche et de tout l’Orient, se trouve à Damas, les Russes estiment qu’ils sont incontournables dans la défense des chrétiens d’Orient, d’autant que l’Occident, et notamment la France, à laquelle était naturellement dévolue ce rôle, semble y avoir renoncé : la France a libéré la Libye de Kadhafi pour la livrer au chaos tribal et régional, en défendant la population de Benghazi, mais en laissant massacrer celle de Syrte, laissant le chemin libre à l’Islamisme. Le départ du régime Assad, haï dans toute la région, entraînerait par ailleurs une communautarisation de la Syrie, ce qui ne manquerait pas d’avoir des conséquences directes au Liban, où la partition du pays des cèdres serait institutionnalisée.

A telle enseigne que la visite de l’ambassadeur de France aux communautés chrétiennes de Syrie s’est faite sous les drapeaux russes, ce qui montre à quel point la peur des chrétiens est réelle, et à quel point surtout ils sont prêts à tendre la main à quiconque prétend les protéger.

Le renoncement de la France semble s’être fait dans le cadre d’un choix plus tactique que stratégique, visant le pétrole de Libye et la reconstruction du pays, et espérant, à travers l’opposition syrienne, s’établir fortement dans le Proche-Orient. Les Etats-Unis, plus cyniques, -d’aucuns pragmatiques-, disent déjà à haute voix qu’il ne peut y avoir d’avenir pour les chrétiens en Orient et que ces derniers feraient bien d’émigrer vers les pays occidentaux. Leur pragmatisme est conforté par le fait que la majorité des chrétiens, notamment au Liban, disposent déjà d’une double nationalité, d’un double passeport. Mais certains dirigeants chrétiens, en Egypte, en Syrie et au Liban, ne cachent pas leur amertume devant l’attitude franco-américaine, et préfèrent rappeler ce qu’un ancien dignitaire religieux, le patriarche maronite Pierre-Antoine Arida, avait l’habitude de dire : "Notre destin de chrétien d’Orient n’est-il pas de vivre en permanence au bord du précipice, en luttant toute notre vie pour ne jamais y sombrer ?"

Nul ne peut jouer au prophète, surtout dans cette région du monde. Il serait donc maladroit de se risquer à parler d’avenir. Une chose demeure réelle : sans les chrétiens, la Syrie, le Liban, la Jordanie, la Palestine ou l’Egypte, ne seraient plus que des pays arabes comme les autres.
O tempora, o mores... Vae, vae, vae!

Ceci étant, il faut rappeler que l'Union soviétique avait lancé de telles manoeuvres visant à instrumentaliser les chrétiens d'Orient (en particulier les orthodoxes) dès la fin de la seconde Guerre mondiale (l'athéisme d'Etat et la persécution religieuse cessant tout à coup d'être des produits d'exportation) : on se souvient de l'autel offert à la cathédrale du patriarcat copte monophysite au Caire, des établissements religieux russes de la partie occidentale de Jérusalem attribués au patriarcat de Moscou par l'Etat d'Israël (alors très socialisant) en 1948, des clercs du patriarcat d'Antioche formés en Union soviétique et que Jean-Pierre Valognes qualifiait de "génération de prélats pro-soviétiques" (sauf que, l'Orient étant compliqué, j'ai connu un de ces clercs, supposé pro-soviétique quand il s'agissait du monde arabe, qui soutenait le Front national de Jean-Marie Le Pen quand il s'agissait de l'Europe occidentale...), du schisme suscité au sein du patriarcat d'Antioche, etc. Il faut quand même relativiser en soulignant que ces efforts ont sans doute eu moins d'effets que ne peut en avoir la brillante diplomatie industrielle et financière de Gazprom. Mais peut-être parce que, dans ce contexte des années 1960 et 1970, il y avait encore, précisément, l'ombre de la France gaullienne et post-gaullienne qui pouvait éviter à une partie de l'Orient arabe de s'arrimer inconditionnellement soit au monde anglo-saxon, soit au monde soviétique...

Pour le reste, l'article de Sfeir, évoquant principalement la Syrie de 2011, me rappelle de manière presque mimétique le livre de Péroncel-Hugoz Une croix sur le Liban à propos du Liban de 1985: propositions anglo-américaines d'organiser le départ en Amérique du Nord de tous les chrétiens arabes (en français, cela s'appelle une déportation); montée des périls contre une communauté chrétienne (au Liban alors, en Syrie aujourd'hui); démission incompréhensible de la France, incompréhensible même aux musulmans qui, eux, ont le sens de l'honneur - Péroncel-Hugoz rapportait alors les propos du sunnite Saddam Hussein (il est vrai que celui-ci n'était pas un foudre de sunnisme, mais passons...) faisant part à un homme d'Etat français de sa stupéfaction quant à l'absence d'intervention de la France en faveur de ses coreligionnaires et protégés traditionnels, etc.

En 1860, c'est la France de Napoléon III qui, plus que la grande charité de l'émir Abd-el-Kader, a sauvé les chrétiens de Syrie et du Liban de l'extermination totale. En 1915, c'est la Russie de Nicolas II qui a pu sauver une partie du peuple arménien, au moins dans les provinces les plus orientales de l'Anatolie. Nous ne savons que trop bien qu'en 2011, Total n'est pas Napoléon III et Gazprom n'est pas Nicolas II.

Il ne reste donc plus aux chrétiens d'Orient qu'un seul protecteur, mais le seul puissant: Notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ.

Odysseus
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Re: Qui est le protecteur des chrétiens d'Orient?

Message par Odysseus » mer. 23 nov. 2011 22:19

Il y a également des chrétiens d'Orient en France,
qui sont très discrets.
Et ils ont raison,
car il semble que la sittuation de la chrétienté en France
- je ne parle pas de cette pseudo-chrtéienté qu'est le papisme -
ne soit pas très facile.

a+

Odysseus

Olivier
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Re: Qui est le protecteur des chrétiens d'Orient?

Message par Olivier » ven. 25 nov. 2011 23:45

Odysseus a écrit :Il y a également des chrétiens d'Orient en France,
qui sont très discrets.
Et ils ont raison,
car il semble que la sittuation de la chrétienté en France
- je ne parle pas de cette pseudo-chrtéienté qu'est le papisme -
ne soit pas très facile.

a+

Odysseus
A ce propos, ils se voient encourager par l'administration à se convertir à l'islam, pour toucher plus d'allocs... C'est sans doute la laïcité française et l'égalité républicaine...

Pour Sarko, il aurait dit au patriarche Maronite, que le Moyen Orient a vocation d'être musulman. Le même qui veut le multiculturalisme ici...

Pour Clémenceau, ce fut la plus grande enflure que nous avons eu, il refusa la paix séparée en 1917 par l'Autriche-Hongrie, plongeant la France dans la guerre une année de plus, favorisant le communisme en Russie, signant un traité désastreux qui permit l'ascension d'Hitler (Lire Bainville)

Nikolas
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Re: Qui est le protecteur des chrétiens d'Orient?

Message par Nikolas » sam. 26 nov. 2011 21:19

Olivier a écrit : A ce propos, ils se voient encourager par l'administration à se convertir à l'islam, pour toucher plus d'allocs... C'est sans doute la laïcité française et l'égalité républicaine...
J'aimerais savoir comment la conversion à l'islam permet de touché plus d'alloc???
Y a t'il un bareme en fonction de l'appartenance religieuse a remplir a la sécurité social?

Claude le Liseur
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Re: Qui est le protecteur des chrétiens d'Orient?

Message par Claude le Liseur » lun. 28 nov. 2011 10:19

Olivier a écrit :
Pour Clémenceau, ce fut la plus grande enflure que nous avons eu, il refusa la paix séparée en 1917 par l'Autriche-Hongrie, plongeant la France dans la guerre une année de plus, favorisant le communisme en Russie, signant un traité désastreux qui permit l'ascension d'Hitler (Lire Bainville)
On trouve toutefois aussi chez Bainville l'affirmation que, sans Clemenceau, la France aurait perdu la première Guerre mondiale (je me suis permis de souligner le passage en question):
Seul pourtant, Clemenceau, dans son bouillonnement anarchique, avait assez de caractère pour ranimer ce qui défaillait, assez d'autorité pour faire rentrer la Chambre dans le devoir, assez de vigueur pour retendre l'arc. L'heure voulait quelqu'un d'immodéré et il l'était. Raymond Poincaré le comprit. Il fut assez généreux pour oublier les injures qu'il avait reçues. Par la désignation de Clemenceau, le génie de la république montra qu'il veillait toujours. Sans doute, l'homme avait des défauts d'esprit qui le rendaient dangereux et l'expérience offrait des risques. Il n'en restait plus d'autre à tenter. Si elle n'était faite, le régime, donnant raison à Marcel Sembat, devait avouer son impuissance à soutenir la guerre et à sauver le pays.
Comme en 1871, lorsque Thiers avait paru, c'était encore à un vieillard qu'il remettait son sort et que les Français accordaient leur confiance, comme si le grand âge, le voisinage de la mort eussent offert les garanties de désintéressement et de dévouement au bien public qu'on ne trouvait pas ailleurs. Mais pour que Clemenceau fût appelé au pouvoir il fallait que la démoralisation n'eût pas atteint le dernier sommet de l'Etat et qu'à l'Elysée la flamme brûlât encore. La présidence rendait là un service éminent qu'on n'eût peut-être pas attendu avec la même certitude d'un autre titulaire. Or Raymond Poincaré était président parce que à l'élection de 1913 il avait eu le bénéfice de l'oeuvre accomplie au gouvernement dont Clemenceau lui avait ouvert la porte après Agadir. L'un, alors, avait préféré Poincaré à Caillaux. C'est encore à Caillaux que l'autre préféra Clemenceau. Tout se ramenait toujours à des choses simples.
Simple aussi était la devise de Clemenceau et elle le portait d'un seul coup à une sorte de sublimité. En guise de programme, il se contenta, ou peu s'en fallait, de dire: "Je fais la guerre". Il la fit.
Si, dans l'année 1918, lorsque les Allemands lancèrent leurs dernières attaques, la discipline n'avait été rétablie, l'intrigue bannie et la trahison réprimée, la défaite et la débâcle seraient probablement survenues. Il fallut prendre, à ce moment-là, des résolutions qui exigeaient une énergie farouche et qui excluaient toute intrigue, toute vaine critique, toute défiance à l'arrière. Mais déjà Clemenceau avait effrayé et dispersé les éléments troubles et malfaisants en décidant des poursuites contre Joseph Caillaux et Jean-Louis Malvy, qui furent condamnés par la Haute Cour à des peines plus morales qu'afflictives, le second, en particulier, pour avoir, comme ministre de l'Intérieur, trahi les devoirs de sa charge. C'était un souvenir très atténué, une forme presque symbolique de la Terreur. Le vieil admirateur de la Convention se retrouvait là chez Clemenceau qui avait retenu du Comité de salut public qu'une ferme autorité et des mesures d'exception à l'intérieur étaient indispensables à la victoire.

Jacques Bainville, La Troisième République, 1870-1935, in La monarchie des Lettres, Bouquins, Robert Laffont, Paris 2011, pp. 536 s. (1re édition Fayard, Paris 1935).
Que Clemenceau ait été un piètre diplomate et que les Anglo-Saxons, qui se réjouissaient d'avoir fait tuer tant d'Allemands au prix de tant de Français, aient pu le manipuler à Versailles en imposant un traité qui leur permettait de préparer la guerre suivante où ils feraient tuer tant de Français au prix de tant d'Allemands, cela n'enlève rien à sa valeur en tant que chef de guerre.

Olivier
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Re: Qui est le protecteur des chrétiens d'Orient?

Message par Olivier » sam. 03 déc. 2011 18:40

Pour la conversion, je ne sais pas comment l'administration de la république laïque se débrouille. Par parole peut être.

Pour la première guerre mondiale, quitte à faire l'UE j'eusse préféré la faire sous les Habsbourg qu'avec Sarko et Barosso. Je me demande si en 1814, nous n'aurions pas dû instaurer un Romanoff que Louis XVIII. Il me semble qu'Alexandre Ier fut bien accepté par les parisiens.

Jean Malliarakis
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Re: Qui est le protecteur des chrétiens d'Orient?

Message par Jean Malliarakis » mer. 07 déc. 2011 21:15

Le sujet est vaste, et on comprend que des Français aient envie de voir citer la France (éternelle?) comme protectrice des "chrétiens d'orient". Cela donne bonne conscience.
Dans la réalité, en dehors de l'Autriche qui, à certaines époques a mené une politique "catholique" de lutte contre l'Empire ottoman, et en dehors de la Russie des tsars qui s'est par intermittence pensée elle-même comme puissance "orthodoxe" attirée par la délivrance (ou de la conquête) de Constantinople tout discours sur la "protection des chrétiens d'orient" a toujours été faux.
Les occidentaux nous ont parfois donné des pansements, il ne nous ont jamais aidés. Voila la vérité. Les missions catholiques et protestantes se sont toujours employées à développer l'uniatisme, à soigner des blessés, à recruter PARMI les chrétiens de toutes confessions, orthodoxes, nestoriens, arméniens, coptes, etc. jamais à combattre l'islamisme sur son terrain. Ils ont donc contribué à diviser les chrétiens "d'orient" : étrange "protection". Ils ont créé le clientélisme, en Grèce dès le début de l'Indépendance, après l'assassinat de Capodistria en 1831, grâce au "parti français" de Kollettis et au "parti anglais" de Mavromichalis, et partout ailleurs de la même manière.
Les Français de la génération qui fit 1914-1918, comme Beau de Loménie (ne parlons pas de Bainville qui combattit vaillamment dans les colonnes de son excellente Action française) restaient fascinés par le Père la Victoire Clemenceau, ennemi des chrétiens de France, destructeur de l'empire catholique austro-hongrois, etc. Qu'avait-il à faire des "chrétiens d'orient" ? que savait-il de leurs problèmes ?
D'autre part, une vision franco-française des "chrétiens d'orient" les réduit surtout aux maronites du Liban, dont la politique a toujours été un peu particulière.
Bref, depuis les Croisades, et singulièrement depuis 1204, les puissances occidentales se sont toujours comportées en ennemis des orthodoxes.
Reste la question de la Russie : l'intermittence de son soutien, je ne parle même pas du pouvoir moscovite à partir de 1917 [qui conclue un accord avec Kemal en 1921 pour détruire les républiques arméniennes et géorgiennes et lui permettre en 1922 de chasser les chrétiens d'Asie mineure], je parle des excellents empereurs Catherine II ou Alexandre Ier, très sympathiques à la cause des Grecs, mais un jour en guerre contre les Turcs, le lendemain réconciliés, a fait autant de dégâts que les politiques froidement égoïstes, cyniques et méprisantes des autres puissances.
Conclusion : les orthodoxes du "proche orient" doivent compter sur eux-mêmes.

FABRE
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Re: Qui est le protecteur des chrétiens d'Orient?

Message par FABRE » jeu. 08 déc. 2011 8:26

"en dehors de l'Autriche qui, à certaines époques a mené une politique "catholique" de lutte contre l'Empire ottoman"....ben ils n'avaient ni mérite ni choix eux aussi étaient en défense pour leur propre survie....non ?!

Claude le Liseur
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Re: Qui est le protecteur des chrétiens d'Orient?

Message par Claude le Liseur » jeu. 08 déc. 2011 9:31

FABRE a écrit :"en dehors de l'Autriche qui, à certaines époques a mené une politique "catholique" de lutte contre l'Empire ottoman"....ben ils n'avaient ni mérite ni choix eux aussi étaient en défense pour leur propre survie....non ?!
L'Ottoman était devant les murs de Vienne en 1529 et de nouveau en 1683. Les Autrichiens n'avaient en effet d'autre choix que de se battre pour leur survie. Encore avaient-ils cet instinct de survie si condamné de nos jours.

Et il y a toute une partie de l'Europe - une partie qui a de la mémoire, pas comme ce que sont devenues la France ou la Suisse... - qui révère encore aujourd'hui les noms de Jean Sobieski, roi de Pologne, qui délivra Vienne, et du feld-maréchal Eugène de Savoie, celui qui unissait ses trois langues (italien, allemand et français) en signant ses lettres Eugenio von Savoy.

Il paraît qu'encore aujourd'hui, en Hongrie, les cloches des églises sonnent tous les jours à la même heure qui correspond à celle où le dernier soldat musulman dut quitter la Hongrie devant la pression de l'armée du prince Eugène.

Claude le Liseur
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Re: Qui est le protecteur des chrétiens d'Orient?

Message par Claude le Liseur » jeu. 08 déc. 2011 9:52

Jean Malliarakis a écrit :Le sujet est vaste, et on comprend que des Français aient envie de voir citer la France (éternelle?) comme protectrice des "chrétiens d'orient". Cela donne bonne conscience.
Dans la réalité, en dehors de l'Autriche qui, à certaines époques a mené une politique "catholique" de lutte contre l'Empire ottoman, et en dehors de la Russie des tsars qui s'est par intermittence pensée elle-même comme puissance "orthodoxe" attirée par la délivrance (ou de la conquête) de Constantinople tout discours sur la "protection des chrétiens d'orient" a toujours été faux.
Les occidentaux nous ont parfois donné des pansements, il ne nous ont jamais aidés. Voila la vérité. Les missions catholiques et protestantes se sont toujours employées à développer l'uniatisme, à soigner des blessés, à recruter PARMI les chrétiens de toutes confessions, orthodoxes, nestoriens, arméniens, coptes, etc. jamais à combattre l'islamisme sur son terrain. Ils ont donc contribué à diviser les chrétiens "d'orient" : étrange "protection". Ils ont créé le clientélisme, en Grèce dès le début de l'Indépendance, après l'assassinat de Capodistria en 1831, grâce au "parti français" de Kollettis et au "parti anglais" de Mavromichalis, et partout ailleurs de la même manière.
Les Français de la génération qui fit 1914-1918, comme Beau de Loménie (ne parlons pas de Bainville qui combattit vaillamment dans les colonnes de son excellente Action française) restaient fascinés par le Père la Victoire Clemenceau, ennemi des chrétiens de France, destructeur de l'empire catholique austro-hongrois, etc. Qu'avait-il à faire des "chrétiens d'orient" ? que savait-il de leurs problèmes ?
D'autre part, une vision franco-française des "chrétiens d'orient" les réduit surtout aux maronites du Liban, dont la politique a toujours été un peu particulière.
Bref, depuis les Croisades, et singulièrement depuis 1204, les puissances occidentales se sont toujours comportées en ennemis des orthodoxes.
Reste la question de la Russie : l'intermittence de son soutien, je ne parle même pas du pouvoir moscovite à partir de 1917 [qui conclue un accord avec Kemal en 1921 pour détruire les républiques arméniennes et géorgiennes et lui permettre en 1922 de chasser les chrétiens d'Asie mineure], je parle des excellents empereurs Catherine II ou Alexandre Ier, très sympathiques à la cause des Grecs, mais un jour en guerre contre les Turcs, le lendemain réconciliés, a fait autant de dégâts que les politiques froidement égoïstes, cyniques et méprisantes des autres puissances.
Conclusion : les orthodoxes du "proche orient" doivent compter sur eux-mêmes.
On ne peut contester que vous ayez raison sur la plupart des points que vous évoquez, mais je voudrais apporter quelques nuances.
En ce qui concerne Clemenceau, c'est normal que son nom ait été révéré jusqu'à aujourd'hui: quand, à tort ou à raison, vous êtes considéré comme celui qui a sauvé sa nation de la destruction totale (je voudrais quand même rappeler qu'en 1914 c'est bien l'Allemagne qui s'est jetée sur la France qui avait même retirée son armée de la frontière pour montrer ses intentions pacifiques; qui lui a arraché quinze cent mille hommes; qui a détruit la cathédrale de Reims; qui, en Belgique, a détruit l'université - alors francophone - de Louvain dans son acharnement à faire disparaître tout le patrimoine culturel de langue française; il me semble bon de rappeler tout ceci à l'heure où la moindre critique contre la chancelière Merkel suscite l'accusation de germanophobie, comme si la presse allemande n'était pas, elle,francophobe matin, midi et soir depuis deux siècles), il est normal que vous soyez au-dessus de certaines critiques. Mais, en ce qui concerne les rapports de Clemenceau avec les chrétiens d'Orient, je ne suis pas d'accord avec votre point de vue: il fit plus que quiconque pour dénoncer les massacres d'Arméniens organisés par Abdul-Hamid le Sanglant en 1894? N'était-ce pas Clemenceau qui écrivit en 1896 la préface d'un rapport sur les massacres d'Arméniens? Ne faisait-il pas partie en 1900 du comité de rédaction de la revue Pro Armenia? On ne peut donc pas l'accuser d'une totale indifférence aux chrétiens d'Orient, dans la mesure où il s'est très nettement engagé au secours d'au moins une des communautés chrétiennes orientales.
En ce qui concerne l'Autriche-Hongrie, je laisse à d'autres la nostalgie de cet Empire qui fut un des plus grands persécuteurs d'orthodoxes, qui créa les Eglises uniates de Transylvanie et de Ruthénie subcarpatique et qui tua de l'orthodoxe jusqu'à la fin: souvenez-vous de saint Maxime Sandowitz, fusillé par les Austro-Hongrois en 1914 pour crime d'orthodoxie...
Par ailleurs, l'intervention française de 1860 au Liban n'a pas sauvé que les maronites: on oublie que le massacre déclenché par les druzes avec la complicité des autorités turques touchait aussi les orthodoxes (cf. saint Joseph de Damas, par exemple).
Ceci étant, l'article qui a servi de point de départ à ce fil a été écrit par un maronite, et vous avez raison d'y voir l'expression d'une nostalgie maronite de leur "bonne maman". Mais je peux maintenant avouer que je me faisais une réflexion en lisant cet article: vous avez, avec beaucoup de pertinence, rappelé la manière dont les puissances occidentales ont affaibli les chrétientés orientales en en détachant des communautés artificielles, uniates ou protestantes. On sait que certaines Eglises uniates (syriaques catholiques, grecs-catholiques, chaldéens catholiques...) ne doivent leur existence qu'à l'action de la diplomatie française d'Ancien Régime - il est d'ailleurs du plus haut comique de lire la littérature apologétique uniate inventant des justifications théologiques à ces accidents de l'Histoire. En lisant l'article de M. Sfeir, je me disais que tous ces gens qui se trouvent détachés de leur Eglise d'origine - monophysite, orthodoxe ou nestorienne - parce que leurs ancêtres espéraient que la soumission à la Papauté leur vaudrait la protection de la France et de l'Autriche doivent se trouver bien désemparés maintenant qu'ils peuvent tous les jours constater ce que vaut cette protection...

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Re: Qui est le protecteur des chrétiens d'Orient?

Message par Claude le Liseur » mer. 13 juin 2012 16:00

Olivier a écrit : Je me demande si en 1814, nous n'aurions pas dû instaurer un Romanoff que Louis XVIII. Il me semble qu'Alexandre Ier fut bien accepté par les parisiens.
Le grand Empire était mort dans la douleur et, malgré tout le bien qu'il avait fait (car il n'était pas que l'ogre assoiffé du sang de son peuple: il avait réellement fait beaucoup de bien), Napoléon était si rejeté qu'on pouvait en effet mettre n'importe qui à sa place.
Même Stendhal, malgré son parti pris bonapartiste (cf. le célèbre incipit de La Chartreuse de Parme: "Le 15 mai 1796, le général Bonaparte fit son entrée dans Milan à la tête de cette jeune armée qui venait de passer le pont de Lodi, et d’apprendre au monde qu’après tant de siècles César et Alexandre avaient un successeur" - comme si Bélisaire, Turenne, Wallenstein, Charles XII de Suède, le prince Eugène et Frédéric II de Prusse n'avaient jamais existé!), a reconnu qu'à la fin, plus personne ne supportait la tyrannie des préfets de Napoléon.
Mais on peut être sûr que, si Alexandre Ier eût ajouté la couronne de France à celle de Russie, c'eût été le départ d'intrigues incessantes de la part de la Papauté (qui n'aurait pas supporté un roi orthodoxe à Paris) comme de la part de l'Angleterre (qui n'aurait pas plus supporté une union personnelle entre la France et la Russie qu'elle n'avait supporté l'union dynastique entre la France et l'Espagne). Cela se serait donc aussi mal terminé avec les Romanov que ce que nous avons vu avec les Bourbons.

Claude le Liseur
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Re: Qui est le protecteur des chrétiens d'Orient?

Message par Claude le Liseur » mer. 13 juin 2012 16:06

Claude le Liseur a écrit :I
Pour le reste, l'article de Sfeir, évoquant principalement la Syrie de 2011, me rappelle de manière presque mimétique le livre de Péroncel-Hugoz Une croix sur le Liban à propos du Liban de 1985: propositions anglo-américaines d'organiser le départ en Amérique du Nord de tous les chrétiens arabes (en français, cela s'appelle une déportation); montée des périls contre une communauté chrétienne (au Liban alors, en Syrie aujourd'hui); démission incompréhensible de la France, incompréhensible même aux musulmans qui, eux, ont le sens de l'honneur - Péroncel-Hugoz rapportait alors les propos du sunnite Saddam Hussein (il est vrai que celui-ci n'était pas un foudre de sunnisme, mais passons...) faisant part à un homme d'Etat français de sa stupéfaction quant à l'absence d'intervention de la France en faveur de ses coreligionnaires et protégés traditionnels, etc.

Je dois toutefois à la vérité de rappeler que si Saddam Hussein se réclamait de la laïcité à l'époque de sa grandeur, qu'il fit construire un certain nombre d'églises et qu'il préserva son pays d'un islamisme dont nous voyons aujourd'hui les ravages, il est mort en proclamant sa foi sunnite jusque sur l'échafaud. Il récitait la profession de foi islamique au moment où on lui a passé la corde au cou.

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