Le slavon liturgique

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fred
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Re: Le slavon liturgique

Message par fred » sam. 13 oct. 2012 7:34

Cette divergence est intéressante à noter... et je n'ai pas assez d'expérience dans la lecture des incriptions sur les icônes pour me faire ma propre opinion sur la question.

Claude le Liseur
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Re: Le slavon liturgique

Message par Claude le Liseur » mar. 16 oct. 2012 12:03

Toujours intéressant, du point de vue philologique, d'après Trunte, le petit yous se prononçait à l'origine (début du Xe siècle) ain avec une nasalisation (comme dans rein ou pain en français) et le ya se prononçait déjà comme le ja de l'allemand, donc comme il se prononce aujourd'hui. Depuis, la nasalisation a disparu des langues slaves autres que le polonais... y compris du slavon.

Claude le Liseur
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Re: Le slavon liturgique

Message par Claude le Liseur » mer. 17 oct. 2012 17:44

J'ai sous les yeux le Manuel du vieux slave d'André Vaillant dans sa 2e édition de 1964. Moins ambitieux que le manuel de slavon d'église de Trunte qui part du vieux slave et va jusqu'au slavon d'église actuel, le manuel de Vaillant a bénéficié d'une maquette plus agréable à lire. Comme Trunte, Vaillant indique que la prononciation d'origine du petit yous Ѧ était in comme dans vin (Vaillant, Manuel du vieux slave,tome I, 2e édition, Institut d'études slaves, Paris 1964, p. 22). Comme Trunte, il ne connaît qu'un seul mot pour dire à la fois langue et nation (Vaillant, Manuel du vieux slave, tome II, 3e édition, Institut d'études slaves, Paris 1992, p. 124). Mais, contrairement à Trunte, il ne donne le mot qu'avec le yous iotisé.

fred
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Re: Le slavon liturgique

Message par fred » mer. 17 oct. 2012 17:50

Notons que lors du passage du vieux-slave au slavon, le Ѧ a perdu sa nasalisation. On décida alors de donner d'autres fonctions au Ѧ et au IA : sauf quand il s'agit de différencer des homonymes, ainsi que dans d'autres conventions particulières, on écrit IA à l'initiale et ѧ au milieu et à la fin des mots. La présence d'un Ѧ en slavon ne garantit donc pas que la voyelle était nasale à l'origine.

André Vaillant ne traite que du vieux slave dans son manuel. Êtes-vous sûr de différencier correctement vieux-slave et slavon quand vous traitez du ѧ ?

Claude le Liseur
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Re: Le slavon liturgique

Message par Claude le Liseur » mer. 17 oct. 2012 21:50

fred a écrit :Notons que lors du passage du vieux-slave au slavon, le Ѧ a perdu sa nasalisation. On décida alors de donner d'autres fonctions au Ѧ et au IA : sauf quand il s'agit de différencer des homonymes, ainsi que dans d'autres conventions particulières, on écrit IA à l'initiale et ѧ au milieu et à la fin des mots. La présence d'un Ѧ en slavon ne garantit donc pas que la voyelle était nasale à l'origine.

André Vaillant ne traite que du vieux slave dans son manuel. Êtes-vous sûr de différencier correctement vieux-slave et slavon quand vous traitez du ѧ ?
Oui, je comprends bien qu'il s'agit de vieux-slave et non de slavon. Mais précisément parce que je suis habitué au slavon et que j'ai toujours confondu lu le petit yous comme un ya, c'est une découverte pour moi que le petit yous était nasalisé. Je crois que le vieux-russe a perdu la nasalisation au Xe siècle. Je veux dire par là que c'est la première fois que je me rends compte que certaines de ces lettres correspondaient à l'origine à des sons différents; j'avais toujours été habitué à les voir comme des doublets (et, de fait, il y a déjà des doublets en vieux-slave, puisqu'il y a deux manières de transcrire le o, uniquement à cause de l'existence de l'omicron et de l'oméga en grec, et que ces deux "o" avaient déjà la même prononciation en vieux-slave).
Je ne suis qu'au début de la lecture du livre de Trunte qui suit un ordre chronologique et qui a consacré un volume au vieux-slave et au slavon ancien, un volume au slavon moyen et moderne et un volume au glossaire. Je pense donc qu'il expliquera le moment où on a attribué une autre fonction au petit yous. Le livre de Trunte est conçu comme une méthode d'apprentissage, avec un texte à traduire à la fin de chaque leçon.

Je constatais simplement que ni Vaillant (pour le vieux-slave) ni Trunte (pour le slavon) ne font de différence entre язык avec ya et avec petit yous.

Ceci étant, vous connaissez le slavon beaucoup mieux que moi.

fred
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Re: Le slavon liturgique

Message par fred » mer. 17 oct. 2012 23:37

Claude le Liseur a écrit :Oui, je comprends bien qu'il s'agit de vieux-slave et non de slavon. Mais précisément parce que je suis habitué au slavon et que j'ai toujours confondu lu le petit yous comme un ya, c'est une découverte pour moi que le petit yous était nasalisé. Je crois que le vieux-russe a perdu la nasalisation au Xe siècle. Je veux dire par là que c'est la première fois que je me rends compte que certaines de ces lettres correspondaient à l'origine à des sons différents; j'avais toujours été habitué à les voir comme des doublets (et, de fait, il y a déjà des doublets en vieux-slave, puisqu'il y a deux manières de transcrire le o, uniquement à cause de l'existence de l'omicron et de l'oméga en grec, et que ces deux "o" avaient déjà la même prononciation en vieux-slave).
La présence de voyelles nasales en slave commun est à l'origine d'irrégularités de conjugaison et de déclinaison dans les langues slaves contemporaines. Par exemple, en russe :

Имя "prénom", qui correspond à имѧ (avec voyelle nasale) en vieux-slave. Son génitif est имени. L'augment -ен- est un reste de l'ancienne alternance voyelle nasale / consonne nasale.

Начать "commencer", qui correspond à начѧти en vieux-slave, fait начну au présent-futur perfectif. Le н (consonne nasale) est aussi un reste de l'ancienne alternace voyelle nasale / consonne nasale.

Claude le Liseur
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Re: Le slavon liturgique

Message par Claude le Liseur » jeu. 25 oct. 2012 16:20

Je trouve dommage que les slavons liturgiques aient abandonné les nasales du vieux slave et que seul le polonais les ait conservées, mais je m'y résigne.

Mon seul vrai regret dans cette évolution depuis saints Cyrille et Méthode, c'est que le slavon ait abandonné l'écriture glagolitique pour l'écriture cyrillique, qui est moins originale et moins belle. Au moment de leur conversion, on avait donné aux Arméniens et aux Géorgiens un alphabet original (et sans doute aux Alvaniens, et aux Besses ancêtres des Albanais si l'on suit la thèse du professeur Schramm). On avait aussi donné aux Slaves un alphabet original, ce magnifique alphabet glagolitique "à lunettes". Le destin a voulu que l'écriture glagolitique laisse la place à l'écriture cyrillique si proche du grec. Cela, bien sûr, a aussi un bon côté; le russe est beaucoup plus facile à apprendre que s'il s'écrivait en glagolitique, car, dans ce cas, l'écriture constituerait un obstacle pour l'apprenant. Mais le glagolitique était un bien bel alphabet.

Les Russes d'aujourd'hui ont déjà de la peine à lire le cyrillique tel qu'il est utilisé dans les éditions traditionnelles des textes liturgiques et des prières - raison pour laquelle beaucoup d'éditions modernes reproduisent le texte dans l'écriture actuelle, sans les lettres supprimées à partir de Pierre le Grand et avec les nomina sacra écrits sans abréviations. Il y a encore moins de monde qui lise l'alphabet glagolitique quoiqu'il y ait eu au XXe siècle, paraît-il, un poète qui publiait ses poèmes en russe, mais translittéré en glagolitique.

Mais cet alphabet n'est pas entièrement mort. Contrairement à ce que tout le monde pense, ce n'est pas en Croatie qu'il survit: il y a certes perduré longtemps, mais il est complètement sorti de l'usage au XXe siècle. En revanche, en Tchécoslovaquie, il y a encore eu un livre liturgique publié en alphabet glagolitique au début des années 1990. Notre frère le professeur Trunte en fait une analyse détaillée dans un livre dont on ne parle jamais de ce côté du Rhin, Slavia Latina. J'y reviendrai peut-être, Dieu voulant, car c'est un exemple assez surprenant de résistance culturelle et liturgique.

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