Qu'est-ce donc qu'un ḥanīf حنيف ?

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Claude le Liseur
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Qu'est-ce donc qu'un ḥanīf حنيف ?

Message par Claude le Liseur »

Dans mon message du 17 janvier 2010 à 17h26 dans le fil intitulé La prise de Jérusalem par les Sassanides (614) (ici: viewtopic.php?f=1&t=2420&start=30 ), je voulais montrer un exemple de l'apport considérable des travaux philologiques de Christoph Luxenberg à la compréhension de l'arrière-plan du Coran, et donc des origines de l'Islam. Il a été à maintes reprises question de Luxenberg sur le présent forum, notamment à travers la recension que Rémi Brague avait faite de son livre en 2003 (ici: viewtopic.php?f=1&t=1778&p=11615 ). Mais voilà, les francophones sont devenus paresseux et ne veulent plus lire en allemand. Alors, plutôt que de gloser à l'infini sur la glose, donnons un exemple concret de la manière dont a travaillé Luxenberg pour retrouver l'arrière-plan syriaque du texte arabe. Ainsi, chacun pourra se forger sa propre opinion sur les travaux de Luxenberg, et même les critiquer ou les contester, puisque ce forum est un lieu de débat, mais, de grâce, pour critiquer il faut savoir argumenter et exposer, pas seulement asséner du discours creux et vide, comme je le subis un jour de la part de tel hobereau breton reconverti dans l'apologie islamique qui se croyait dispensé de présenter le moindre début d'argument à l'appui de sa propagande. (Se croyait-il encore en l'an mil en train de faire donner la trique à ses serfs devant le portail de son château ?)
Je choisis un exemple simple et concret, celui du mot arabe ḥanīf (حنيف) qui est présenté aujourd'hui comme désignant des monothéistes sans appartenance religieuse particulière (comprendre des monothéistes qui n'étaient ni juifs, ni chrétiens).

Commentaire de Luxenbeg, Die syro-aramäische Lesart des Koran, 3e édition, Verlag Hans Schiler, 2007, pp. 65-66.
Zur Bedeutung von حنيف (ḥanīf)

Der syro-aramäischen Bedeutung von ܚܢܦܐ (ḥanpā) (Heide) entsprechend, ist der Ausdruck als Beiname Abrahams zu verstehen. In die heute als korrekt geltende arabische Form übertragen, müßte ا بر هيم حنيفا Wiedergabe von ܐܒܪ ܗ ܡ ܚܢܦܐ (Abrāhām ḥanpā) sinngemäß ا بر هيم ا لحنيف (Ibrāhīm al-ḥanīf = Abraham der Heide) lauten. Daß der Ausdruck im Koran regelmäßig im arabischen Akkusativ steht, beweist gerade, daß er in seiner syro-aramäischen Form rezipiert und zu einem festen Beinamen Abrahams geworden war.
Mit diesem Beinnamen „der Heide“ ist aber gemeint, daß Abraham, der von Haus aus Heide war, gerade als solcher an den einen Gott geglaubt hat. Diesem besonderen Verdienst ist es auch zuzuschreiben, daß Heide als Beiname Abrahams eine positive Bedeutung erlangt hat, so daß man im späteren Islam dies als Attribut Abrahams im Sinne von „reinen Glaubens sein“ interprieterte. Schon der Koran überträgt diesen Beinamen auf den Glauben selbst, wenn es in Sure 30:30 heißt
فا قم و جهك الدين حنيفا „so wende dich (unentwegt) dem ḥanīfen Glauben“ (eigentlich dem „heidnischen“ Glauben = dem Glauben Abrahams des „Heiden“) zu.“
(suite du texte, jusqu'à la page 67, et traduction suivront au fur et à mesure du temps que je parviendrai à dégager; toutefois, ce texte donne déjà un bon aperçu de la méthode de travail de Luxenberg)

adam
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Re: Qu'est-ce donc qu'un ḥanīf حنيف ?

Message par adam »

Le mot "Hanif" n'est-il pas dans le Coran, le mot désignant la "foi" d'Abraham en un Dieu unique, par opposition notamment au polythéisme des tribus arabes de la Mecque? Ce même mot qui parfois est traduit, je pense à tort, par "musulman" ?

Claude le Liseur
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Re: Qu'est-ce donc qu'un ḥanīf حنيف ?

Message par Claude le Liseur »

adam a écrit :Le mot "Hanif" n'est-il pas dans le Coran, le mot désignant la "foi" d'Abraham en un Dieu unique, par opposition notamment au polythéisme des tribus arabes de la Mecque? Ce même mot qui parfois est traduit, je pense à tort, par "musulman" ?

Précisément. Mais quand j'aurais traduit les deux pages que Luxenberg consacre au sujet, vous verrez que cela ouvre des perspectives très intéressantes, surprenantes et pourtant irréfutables. Malheureusement, je vous demande un peu de patience: j'ai un emploi du temps très chargé ces jours-ci.

Claude le Liseur
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Re: Qu'est-ce donc qu'un ḥanīf حنيف ?

Message par Claude le Liseur »

Ma traduction des pages 65-66 de l'ouvrage de Luxenberg.

Rappel de l'original allemand:
Zur Bedeutung von حنيف (ḥanīf)

Der syro-aramäischen Bedeutung von ܚܢܦܐ (ḥanpā) (Heide) entsprechend, ist der Ausdruck als Beiname Abrahams zu verstehen. In die heute als korrekt geltende arabische Form übertragen, müßte ا بر هيم حنيفا Wiedergabe von ܐܒܪ ܗ ܡ ܚܢܦܐ (Abrāhām ḥanpā) sinngemäß ا بر هيم ا لحنيف (Ibrāhīm al-ḥanīf = Abraham der Heide) lauten. Daß der Ausdruck im Koran regelmäßig im arabischen Akkusativ steht, beweist gerade, daß er in seiner syro-amaräischen Form rezipiert und zu einem festen Beinamen Abrahams geworden war.
Mit diesem Beinnamen „der Heide“ ist aber gemeint, daß Abraham, der von Haus aus Heide war, gerade als solcher an den einen Gott geglaubt hat. Diesem besonderen Verdienst ist es auch zuzuschreiben, daß Heide als Beiname Abrahams eine positive Bedeutung erlangt hat, so daß man im späteren Islam dies als Attribut Abrahams im Sinne von „reinen Glaubens sein“ interprieterte. Schon der Koran überträgt diesen Beinamen auf den Glauben selbst, wenn es in Sure 30:30 heißt
فا قم و جهك الدين حنيفا „so wende dich (unentwegt) dem ḥanīfen Glauben“ (eigentlich dem „heidnischen“ Glauben = dem Glauben Abrahams des „Heiden“) zu.“
Ma traduction:

Conformément à la signification syro-araméenne de ܚܢܦܐ (ḥanpā) (païen), il faut comprendre l'expression comme un surnom donné à Abraham. Transposée dans la forme arabe aujourd'hui considérée comme correcte, ا بر هيم حنيفا devrait être la la traduction de ܐܒܪ ܗ ܡ ܚܢܦܐ (Abrāhām ḥanpā) par analogie avec ا بر هيم ا لحنيف (Ibrāhīm al-ḥanīf = Abraham le Païen ). Le fait que l'expression se trouve régulièrement dans le Coran à l'accusatif arabe prouve précisément qu'elle avait été reçue dans sa forme syro-araméenne et était devenue un surnom établi d'Abraham. Par ce surnom de «païen» on veut en fait dire qu'Abraham, qui était païen de naissance, croyait déjà à ce moment en un Dieu unique. C'est à ce mérite particulier qu'il faut attribuer le fait que «païen» a reçu une connotation positive en tant que surnom d'Abraham, de telle sorte que, dans l'Islam postérieur, on l'interpréta comme un attribut d'Abraham dans le sens de «avoir une foi pure». Le Coran, déjà, transfère ce surnom sur la foi elle-même, lorsqu'il dit dans la Sourate 30, verset 30: فا قم و جهك الدين حنيفا , «acquitte-toi des obligations de la Religion en vrai croyant » (en réalité la religion «païenne» = la religion d'Abraham le «Païen»).

Claude le Liseur
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Re: Qu'est-ce donc qu'un ḥanīf حنيف ?

Message par Claude le Liseur »

Conformément à la signification syro-araméenne de ܚܢܦܐ (ḥanpā) (païen), il faut comprendre l'expression comme un surnom donné à Abraham. Transposée dans la forme arabe aujourd'hui considérée comme correcte, ا بر هيم حنيفا devrait être la la traduction de ܐܒܪ ܗ ܡ ܚܢܦܐ (Abrāhām ḥanpā) par analogie avec ا بر هيم ا لحنيف (Ibrāhīm al-ḥanīf = Abraham le Païen ). Le fait que l'expression se trouve régulièrement dans le Coran à l'accusatif arabe prouve précisément qu'elle avait été reçue dans sa forme syro-araméenne et était devenue un surnom établi d'Abraham. Par ce surnom de «païen» on veut en fait dire qu'Abraham, qui était païen de naissance, croyait déjà à ce moment en un Dieu unique. C'est à ce mérite particulier qu'il faut attribuer le fait que «païen» a reçu une connotation positive en tant que surnom d'Abraham, de telle sorte que, dans l'Islam postérieur, on l'interpréta comme un attribut d'Abraham dans le sens de «avoir une foi pure». Le Coran, déjà, transfère ce surnom sur la foi elle-même, lorsqu'il dit dans la Sourate 30, verset 30: فا قم و جهك الدين حنيفا , «acquitte-toi des obligations de la Religion en vrai croyant» (en réalité de la religion «païenne» = de la religion d'Abraham le «Païen»).

Je m'étonne que la publication de l'original allemand ait suscité si peu de réactions parmi les lecteurs de ce forum. Je croyais qu'il était utile de faire connaître au public orthodoxe qui fréquente le présent forum un livre qui n'a pas été assez diffusé dans nos pays francophones, et que ces quelques lignes susciteraient tout de même un peu plus d'intérêt, tant elles montrent la manière dont le philologue Luxenberg rend clair ce qui était obscur. J'ai choisi ce passage comme j'aurai pu en citer bien d'autres, parce que, dans un de ses messages, notre ami Jean-Gabriel avait expliqué la signification que l'exégèse dominante, dans l'Islam contemporain, donne au mot ḥanīf, et qu'il est intéressant de montrer, à travers le travail de Luxenberg, que ce mot n'avait pas à l'époque de la création de l'Islam le sens qu'il a aujourd'hui, que ce mot a un riche passé et qu'il laisse affleurer derrière lui un continent englouti. Et encore, les lecteurs ne seront pas au bout de leurs surprises quand j'aurai saisi tout le passage que Luxenberg consacre à l'analyse du mot ḥanīf.
J'espère donc que la traduction française que j'ai publiée aujourd'hui suscitera un peu plus d'intérêt. Pour répondre d'avance à cet intérêt que je souhaite se voir manifester et faciliter la discussion, je crois de mon devoir d'apporter un certain nombre de commentaires au passage de Luxenberg que j'ai traduit ici.

1) L'accusatif arabe (arabischer Akkusativ dans le texte de Luxenberg, arabe مَنصو ب manṣūb ): Il s'agit du «cas direct» de certains manuels français d'apprentissage de l'arabe (cf. Dominique Halbout et Jean-Jacques Schmidt, L'arabe, Assimil, Chennevières-sur-Marne 2006, p. 626, et Mathieu Guidère, Grammaire alphabétique de l'arabe, Ellipses, Paris 2004, p. 52; quant à lui, Boutros Al Hallaq, in 40 leçons pour parler arabe, Presses Pocket, Paris 2009, p. 418, parle d' «accusatif»). «Le cas direct recouvre principalement la notion de complément d'objet direct du français; il est aussi utilisé pour former des compléments de manière et de temps» (Halbout et Schmidt, op. cit., p. 626). La marque de l'accusatif d'un nom ou d'un adjectif masculin déterminé est la fatha ـَ; celle d'un nom ou d'un adjectif masculin indéterminé est le tanwîn اً . Dans son texte, M. Luxenberg oppose les formes حنيفا ḥanīfan (accusatif indéterminé) et ا لحنيف al-ḥanīf (nominatif déterminé).

2) La citation coranique: elle est issue de la sourate 30, «Les Romains», qui rappelle la guerre entre Héraclius Ier et Chosroès II, cause probable de l'émigration de ceux qui prendraient le nom de musulmans vers le Hedjaz, et surtout cause de l'affaibilissement durable des Byzantins et de la perte des Sassanides. Cette sourate a déjà été citée sur le présent forum dans le fil intitulé Demande de prière pour la réunion préconciliaire de Chambésy (ici: viewtopic.php?f=1&t=2387&start=30 ) .
Les lecteurs auront remarqué que ma citation française de ce verset coranique n'est pas la traduction de la citation allemande du texte de Luxenberg. J'ai fait ce choix à dessein, en reprenant une des traductions françaises les plus utilisées, celle de Denise Masson dans la Pléiade, ce qui permettra de montrer les libertés que les traducteurs francophones prennent avec le texte en voulant rendre clair ce qui est obscur, mais sans avoir recours aux méthodes scientifiques d'un philologue du talent de M. Luxenberg.
En effet, Denise Masson traduit ce passage «acquitte-toi des obligations de la Religion en vrai croyant » (Le Coran, La Pléiade, Gallimard, Paris 2002 [1re édition Paris 1967], p. 500). D'une part, cette traduction évacue l'ambivalence du mot ḥanīf - «la religion ḥanīf» devenant ainsi «la Religion», sous-entendu «la vraie religion», étant donné que la majuscule a en français le caractère laudatif que revêtent le titlo en slavon et le badiv en arménien classique. (Sur le badiv et le titlo, et la comparaison avec la majuscule française, cf. viewtopic.php?f=1&t=2404 ; pour un exemple d'utilisation du titlo, cf. viewtopic.php?f=1&t=2412 .) D'autre part, la traduction s'éloigne quelque peu du texte original, comme Denise Masson l'indique elle-même dans les notes de l'ouvrage (page 906 du livre que j'ai entre les mains): «Mot à mot: tiens-toi debout, le visage (tourné) vers la Religion» .
Le lecteur aura déjà constaté que Christoph Luxenberg, lui, prend moins de libertés avec le texte arabe et traduit „so wende dich (unentwegt) dem ḥanīfen Glauben“ , donc «tourne-toi (résolument) vers la foi ḥanīf » . Passons sur le fait que l'admirable précision de la grammaire allemande lui permet de rendre un accusatif arabe par un datif, possibilité que notre langue ne nous offre plus depuis qu'elle a perdu la flexion. Luxenberg glose ensuite le terme ḥanīf que la traductrice française contourne. Nous constatons que, par la rigueur de l'analyse historique et philologique, en nous restituant toute l'histoire de l'adjectif, Luxenberg non seulement n'a pas besoin de contourner la difficulté, mais qu'il la résout.
Pourquoi ? Parce que Luxenberg fait un vrai travail scientifique et qu'il restitue la langue du Coran dans son arrière-plan historique, alors que les autres traducteurs l'évacuent, le nient, le passent sous silence, et s'efforçant désespérément de rendre clair ce qui est obscur sans vouloir prendre le problème à la racine, ne font qu'obscurcir encore plus les choses.

Claude le Liseur
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Re: Qu'est-ce donc qu'un ḥanīf حنيف ?

Message par Claude le Liseur »

À ce stade, je demande l'indulgence du lecteur. Il faut comprendre que, pour citer le texte de Luxenberg, je dois à la fois saisir le texte allemand et y insérer les mots écrits en arabe et en syriaque grâce aux deux claviers obligeamment fournis par Lexilogos, de telle sorte que cela prend du temps et multiplie les pièges quand je dois prendre en plus en compte la lisibilité du texte sur le forum (italiques, taille des caractères, etc.) Il me faudra donc beaucoup de temps, des semaines peut-être, pour reproduire ces trois pages du livre de Luxenberg et les traduire.

Quoiqu'il en soit, surtout si vous êtes impatients de lire ce passage, je vous invite à vous procurer l'ouvrage de Luxenberg, qui est très facile à trouver (par exemple sur Amazon Deutschland).

D'ores et déjà, en attendant l'intérêt purement religieux - biblique, à vrai dire - que présente ce passage de Luxenberg, je trouve que le paragraphe que j'ai déjà recopié et traduit ici présente un très grand intérêt, montrant comment un mot qui voulait dire à l'origine «païen» a fini par vouloir dire l'exact contraire, et restituant le continent englouti de la civilisation araméenne.

Je rappelle en outre que nous ne sommes pas sur un de ces sites où les œcuménistes interviennent avec des menaces de poursuites judiciaires - aussi grotesques au plan séculier que bien peu canoniques au plan religieux - pour empêcher la circulation des informations qui les dérangent, procédé qui me fit beaucoup sourire lorsqu'un de leurs protégés tenta de me l'appliquer - il est vrai que j'ai sans doute une meilleure connaissance qu'eux du Code et du prétoire, et pour cause... Nous sommes ici de libres enfants de Dieu. Les membres du présent forum ont parfaitement le droit de démolir le travail de Luxenberg même si j'en ai fait l'apologie sur des pages et des pages, et de dire que tout ce qui suscite ici mon admiration n'est que billevesées, et que je suis bien naïf d'y attacher la moindre importance. Mais encore ne faut-il pas tomber dans la sotte suffisance et essayer un tant soit peu d'argumenter son point de vue.

Même si, comme je le répète, il me faudra plusieurs semaines pour venir à bout de la publication ici de cette analyse de Luxenberg, je pense que le passage que j'ai traduit peut déjà donner matière à débat, et que ce débat est ouvert.

J-Gabriel
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Re: Qu'est-ce donc qu'un ḥanīf حنيف ?

Message par J-Gabriel »

Claude le Liseur a écrit : Je m'étonne que la publication de l'original allemand ait suscité si peu de réactions parmi les lecteurs de ce forum. Je croyais qu'il était utile de faire connaître au public orthodoxe qui fréquente le présent forum un livre qui n'a pas été assez diffusé dans nos pays francophones, et que ces quelques lignes susciteraient tout de même un peu plus d'intérêt, tant elles montrent la manière dont le philologue Luxenberg rend clair ce qui était obscur. J'ai choisi ce passage comme j'aurai pu en citer bien d'autres, parce que, dans un de ses messages, notre ami Jean-Gabriel avait expliqué la signification que l'exégèse dominante, dans l'Islam contemporain, donne au mot ḥanīf, et qu'il est intéressant de montrer, à travers le travail de Luxenberg, que ce mot n'avait pas à l'époque de la création de l'Islam le sens qu'il a aujourd'hui, que ce mot a un riche passé et qu'il laisse affleurer derrière lui un continent englouti. Et encore, les lecteurs ne seront pas au bout de leurs surprises quand j'aurai saisi tout le passage que Luxenberg consacre à l'analyse du mot ḥanīf.
Non mais vous aviez bien cru, à mon avis, parce que ça a l’air d’être un bon cru ce Luxemberg. J’aurai d’ailleurs une anecdote à raconter demain sur ce qui m’est arrivé cet après midi lorsque j’ai lu le premier message du fil à haute voix.

Là, précisément, le texte que vous avez traduit, je dois dire que j’ai un peu de peine à suivre, car j’ai l’impression que l’auteur tourne en rond. Il mentionne cependant « avoir la foi pure ». C’est justement où en voulais venir Mahomet en créant cette nouvelle religion : revenir à la foi pure que, selon lui, juifs et chrétiens (pour ces derniers, des hérétiques de la région), auvaient perdu.

Maintenant vu que Mahomet venait en avant avec un nouveau monothéisme en disant que son dieu était plus grand que celui des autres, donc comment aurait-on pu nommer, religieusement parlant, un type investit d’une mission prophétique issu du monothéisme d’Abraham, alors qu’il n’était même pas originaire de la tribu de Juda, par exemple ?
Claude le Liseur a écrit :Nous sommes ici de libres enfants de Dieu.
C’est bien dit, et je vais rajouter avec l’excellent Khomiakov : « L’Eglise n’enlève pas à ses enfants la liberté de l’analyse. »

Gloire à Dieu.

Claude le Liseur
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Re: Qu'est-ce donc qu'un ḥanīf حنيف ?

Message par Claude le Liseur »

J-Gabriel a écrit : Non mais vous aviez bien cru, à mon avis, parce que ça a l’air d’être un bon cru ce Luxemberg. J’aurai d’ailleurs une anecdote à raconter demain sur ce qui m’est arrivé cet après midi lorsque j’ai lu le premier message du fil à haute voix.

Là, précisément, le texte que vous avez traduit, je dois dire que j’ai un peu de peine à suivre, car j’ai l’impression que l’auteur tourne en rond. Il mentionne cependant « avoir la foi pure ». C’est justement où en voulais venir Mahomet en créant cette nouvelle religion : revenir à la foi pure que, selon lui, juifs et chrétiens (pour ces derniers, des hérétiques de la région), auvaient perdu.

Oui, ce passage donne l'impression de tourner en rond, encore qu'il contient déjà deux informations intéressantes:

- l'expression syriaque dont l'expression coranique est la traduction;
- le glissement du sens d'un mot qui finit par désigner le contraire de ce qu'il désignait à l'origine. Notez que cela n'a rien d'exceptionnel d'un point de vue philologique: en latin, familia désignait à l'origine l'ensemble des esclaves appartenant à un paterfamilias, excluant donc sa femme et ses enfants, et a fini par désigner en fin de course l'ensemble formé par le paterfamilias, sa femme et leurs enfants, excluant donc leurs esclaves. Et, en français, le mot «hôte» désigne aussi bien celui qui reçoit que celui qui est reçu.

Avec ces deux informations, nous avons la restitution de l'arrière-plan biblique et araméen de cette expression coranique. Mais vous verrez que le meilleur, le plus intéressant, est à venir dans la suite de ce passage. J'ai bon espoir que la suite récompensera votre patience.

J-Gabriel
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Re: Qu'est-ce donc qu'un ḥanīf حنيف ?

Message par J-Gabriel »

Claude le Liseur a écrit : Je m'étonne que la publication de l'original allemand ait suscité si peu de réactions parmi les lecteurs de ce forum
A la lecture de cette phrase je me demandé, mais pourquoi il se demande cela vu que le texte est en allemand et en plus il propose d’attendre la suite ? Soit, alors j’ai lu (et pas relu) le texte en allemand dans la citation. Et c’est là que j’ai bien du rire, non pas à cause de Luxenberg mais de la réaction à une phrase d’une dame allemande.
En effet, ce mardi après-midi là, à la lecture de la citation, j’avais une voisine de bureau qui s’adonnait toute concentrée à un jeu sur son pc qui consiste à tirer sur des poules en plein vol -et les constructeur du jeu ayant trouvé utile de rajouter une musique de fond-, j’ai commencé à lire la citation et automatiquement à voix haute vu l’ambiance. Quand je suis arrivé à cette phrase « Abraham der Heide » tout subitement la dame d’une soixantaine d’années si crochée à son jeu, s’écria en français : « En tout cas ça c’est pas vrai ! Abraham n’était pas un Heide !». (Spontanément elle ne connaissait pas la traduction du mot "Heide").
Claude le Liseur a écrit : sens d'un mot qui finit par désigner le contraire de ce qu'il désignait à l'origine.
Nous n’avons pas pu débattre.

J-Gabriel
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Re: Qu'est-ce donc qu'un ḥanīf حنيف ?

Message par J-Gabriel »

L’Araméen, on sait que c’est le nom d’origine de la langue. L’arabe, le syriaque, l’hébreu, le samaritain, le cananéen sont en fait des formes dialectales de l’araméen.
Donc Luxenberg fait un travail de recherche logique. Et ça n’a jamais été fait avant ?

Claude le Liseur
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Re: Qu'est-ce donc qu'un ḥanīf حنيف ?

Message par Claude le Liseur »

J-Gabriel a écrit :L’Araméen, on sait que c’est le nom d’origine de la langue. L’arabe, le syriaque, l’hébreu, le samaritain, le cananéen sont en fait des formes dialectales de l’araméen.
Donc Luxenberg fait un travail de recherche logique. Et ça n’a jamais été fait avant ?

Comme la suite de la traduction le montrera, il y a eu quelques précurseurs, mais personne n'a fait le travail de manière aussi systématique. Et Luxenberg a réussi à rendre clair ce qui était obscur, sans avoir recours aux contorsions de la plupart des autres traducteurs.

Pour le reste, je mérite Martin-Bâton: il ne pouvait y avoir évidemment aucune réaction au post que j'avais fait avec le texte allemand, vu que celui-ci contenait une grave faute de frappe que j'ai corrigée par la suite. Mille excuses à nos lecteurs.

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur »

Claude le Liseur a écrit : Pour le reste, je mérite Martin-Bâton: il ne pouvait y avoir évidemment aucune réaction au post que j'avais fait avec le texte allemand, vu que celui-ci contenait une grave faute de frappe que j'ai corrigée par la suite. Mille excuses à nos lecteurs.
C'était naturellement ma saisie, et non le texte de Luxenberg, qui contenait une grave faute de frappe.

Claude le Liseur
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Re: Qu'est-ce donc qu'un ḥanīf حنيف ?

Message par Claude le Liseur »

Claude le Liseur a écrit : 1) L'accusatif arabe (arabischer Akkusativ dans le texte de Luxenberg, arabe مَنصو ب manṣūb ): Il s'agit du «cas direct» de certains manuels français d'apprentissage de l'arabe (cf. Dominique Halbout et Jean-Jacques Schmidt, L'arabe, Assimil, Chennevières-sur-Marne 2006, p. 626, et Mathieu Guidère, Grammaire alphabétique de l'arabe, Ellipses, Paris 2004, p. 52; quant à lui, Boutros Al Hallaq, in 40 leçons pour parler arabe, Presses Pocket, Paris 2009, p. 418, parle d' «accusatif»). «Le cas direct recouvre principalement la notion de complément d'objet direct du français; il est aussi utilisé pour former des compléments de manière et de temps» (Halbout et Schmidt, op. cit., p. 626). La marque de l'accusatif d'un nom ou d'un adjectif masculin déterminé est la fatha ـَ; celle d'un nom ou d'un adjectif masculin indéterminé est le tanwîn اً . Dans son texte, M. Luxenberg oppose les formes حنيفا ḥanīfan (accusatif indéterminé) et ا لحنيف al-ḥanīf (nominatif déterminé).

Le RP André d'Alverny, SJ (1907-1965), appelle ce cas le «cas adverbial» :
C'est le cas de tout mot «régi» directement par un verbe ou ce qui lui ressemble. (André d'Alverny, Cours de langue arabe, Dar-el-Machreq, 8e édition revue et corrigée par R. Lavenant et L. Pouzet, S.J., Beyrouth 2006 [1re édition 1959], p. 189.)

Claude le Liseur
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Re: Qu'est-ce donc qu'un ḥanīf حنيف ?

Message par Claude le Liseur »

Suite du texte de Luxenberg
Auch hier ist حنيفا (ḥanīfa n ) kein arabischer Zustandsakkusativ („wende dich... als ḥanīf zu“), wie es nach arabischer Vorstellung auch von den Koranübersetzern mißdeutet wird. Religionshistorisch von Bedeutung ist daher die Feststellung, daß die arabisierte Form
ا لدين ا لحنيف (ad-dīn al-ḥanīf) (eigentlich „der heidnische Glaube“) in Islam positiv umgedeutet und zum Inbegriff des „reinen Glaubens“, der „wahren Religion“ geworden ist.

Claude le Liseur
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Re: Qu'est-ce donc qu'un ḥanīf حنيف ?

Message par Claude le Liseur »

Auch hier ist حنيفا (ḥanīfa n ) kein arabischer Zustandsakkusativ („wende dich... als Ḥanīf zu“), wie es nach arabischer Vorstellung auch von den Koranübersetzern mißdeutet wird. Religionshistorisch von Bedeutung ist daher die Feststellung, daß die arabisierte Form
ا لدين ا لحنيف (ad-dīn al-ḥanīf) (eigentlich „der heidnische Glaube“) in Islam positiv umgedeutet und zum Inbegriff des „reinen Glaubens“, der „wahren Religion“ geworden ist.
Ma traduction de ce qui précède:
Ici non plus, حنيفا (ḥanīfa n ) n'est pas un accusatif arabe («tourne-toi... en tant que Ḥanīf »), comme les traducteurs du Coran le croient aussi à tort d'après la conception arabe. Ce qui est significatif du point de vue de l'histoire des religions, c'est le fait que la forme arabisée
ا لدين ا لحنيف (ad-dīn al-ḥanīf) (en réalité «la foi païenne» ) a été interprétée de façon positive dans l'Islam et transformée en symbole de la «foi pure» , de la «vraie religion» .

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