Qu'est-ce donc qu'un ḥanīf حنيف ?

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Claude le Liseur
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Re: Qu'est-ce donc qu'un ḥanīf حنيف ?

Message par Claude le Liseur » dim. 07 févr. 2010 17:39

J-Gabriel a écrit : A la lecture de cette phrase je me demandé, mais pourquoi il se demande cela vu que le texte est en allemand et en plus il propose d’attendre la suite ? Soit, alors j’ai lu (et pas relu) le texte en allemand dans la citation. Et c’est là que j’ai bien du rire, non pas à cause de Luxenberg mais de la réaction à une phrase d’une dame allemande.
En effet, ce mardi après-midi là, à la lecture de la citation, j’avais une voisine de bureau qui s’adonnait toute concentrée à un jeu sur son pc qui consiste à tirer sur des poules en plein vol -et les constructeur du jeu ayant trouvé utile de rajouter une musique de fond-, j’ai commencé à lire la citation et automatiquement à voix haute vu l’ambiance. Quand je suis arrivé à cette phrase « Abraham der Heide » tout subitement la dame d’une soixantaine d’années si crochée à son jeu, s’écria en français : « En tout cas ça c’est pas vrai ! Abraham n’était pas un Heide !». (Spontanément elle ne connaissait pas la traduction du mot "Heide").

Le jeu en question ne m'est pas inconnu, encore que j'aie toujours préféré le jeu du pingouin.

Je crois que le passage suivant que j'ai traduit à partir du livre de Luxenberg vous donnera déjà la possibilité de répondre à votre collègue allemande - même si le meilleur est encore à venir.

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Re: Qu'est-ce donc qu'un ḥanīf حنيف ?

Message par Claude le Liseur » lun. 08 févr. 2010 12:05

Suite du texte de Luxenberg (p. 66)
Schon Nöldeke hatte arabisch حنيف (ḥanīf ) richtig auf syro-aramäisch ܚܢܦܐ (ḥanpā) »Heide« zurückgeführt. Zu dessen koranischen Gebrauch führt er allerdings (a.a.O., 30) aus:

„Wie jedoch aus dieser ursprünglichen Bedeutung die anderen hervorgegangen sind, ist schwer zu sagen. Man muß aber bedenken, daß die naiven arabischen Heiden von dem Wesen der anderen Religionen keine Vorstellung hatten und daher solche Ausdrücke leicht mißverstehen und und falsch verwenden konnten.“
Ma traduction:
Nöldeke avait déjà, à juste titre, relié l'arabe حنيف (ḥanīf ) au syro-araméen ܚܢܦܐ (ḥanpā) «païen». Toutefois, il mentionne à propos de son usage dans le Coran (loc. cit., 30):

«Il est de difficile de dire comment d'autres significations sont dérivées de cette signification originelle. On doit cependant considérer, que les naïfs païens arabes n'avaient aucune idée des autres religions et que, par conséquent, ils pouvaient facilement comprendre de travers de telles expressions et les employer à tort.»

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Message par Claude le Liseur » lun. 08 févr. 2010 12:24

PS: Le Nöldeke cité dans ce passage de Luxenberg est, selon les informations données par Luxenberg lui-même (Die syro-aramäische Lesart des Koran, p. 14), un Theodor Nöldeke (1836-1930), auteur d'une histoire de la rédaction du Coran publiée en latin sous le titre De origine et compositione Surarum Qoranicarum ipsiusque Corani (1856) ayant donné lieu à une version définitive en allemand Geschichte des Qorâns (Gottingue 1860). Cette somme fut ensuite revue et corrigée par Friedrich Schwally pour les deux premiers volumes, Über den Ursprung des Qorāns (Leipzig 1909) et Die Sammlung des Qorāns (Leipzig 1919), puis par G. Bergsträßer et O. Pretzl pour le troisième volume, Die Geschichte des Korantexts (Leipzig 1938).

Aussi extraordinaire que cela puisse paraître, la date de naissance de 1836 donnée par Luxenberg est confirmée par les autres sources que j'ai consultées, ce qui veut dire que le professeur Nöldeke a vraiment réussi à publier à l'âge de vingt ans un des ouvrages de base en matière d'histoire de la rédaction du Coran. Biographie de Nöldeke sur le Wikipédia allemand: http://de.wikipedia.org/wiki/Theodor_N%C3%B6ldeke , qui nous apprend entre autres, qu'il fut nommé professeur à l'université de Strasbourg en 1872 après la germanisation de l'université consécutive au viol de l'Alsace-Lorraine et qu'il y enseigna jusqu'en 1906.

Les contempteurs du grec et du latin remarqueront qu'en 1856, le latin était si peu mort qu'il était encore naturel de publier dans cette langue des travaux d'islamologie. En 1892 encore, Jean Jaurès sera reçu docteur en philosophie avec une thèse principale en français consacrée à Condillac (De la réalité du monde sensible) et une thèse secondaire en latin, qui plus est consacrée à la philosophie politique allemande (De primis socialismi germanici lineamentis apud Lutherum, Kant, Fichte et Hegel ). On constatera donc qu'en 1892 (pas dans la Préhistoire !), l'Université française arrivait à produire des personnes capables de traduire de l'allemand vers le latin. Aujourd'hui, si l'on en croit le programme du ministre Valérie Pecresse, le but est de produire des esclaves anglophones pour servir des multinationales dont les événements survenus depuis 2007 ont montré à quel point elles étaient incapables de se gouverner elles-mêmes, tout en prétendant présider à nos destinées par le biais de politiciens acquis à leur idéologie comme ladite Maddame Pecresse. On mesurera le chemin parcouru en un siècle, et on cessera de faire preuve de naïveté: l'acharnement manifesté depuis 1960 pour faire disparaître le grec et le latin en Europe occidentale n'a, bien sûr, aucune autre motivation que la volonté de faire disparaître les bases d'une pensée libre. En cent vingt ans, l'idéal culturel des pays francophones sera passé du philosophe latiniste au trader anglophone. Il reste à chacun à en tirer les conséquences.

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Message par Claude le Liseur » ven. 12 févr. 2010 14:58

Suite du texte de Luxenberg, pp. 66-67
Daß aber der Koran diesen Begriff bewußt auf Abraham bezieht, geht aus dem stereotypen Satz hervor, der sich an den Beinamen Abrahams des „Heiden“ ( حنيفا ) anschließt (Sure 2:135; 3:67, 95; 6:161; 16:120,123): و ما كا ن ا لمثس كين . Übersetzt man diesen Beinamen wörtlich: „und er gehörte nicht zu den Götzendienern“, so hat man den Bezug zu ḤanīfHeide“ verfehlt. Denn in Wirklichkeit birgt dieser Nebensatz einen Widerspruch zum Beinamen „Heide“ in sich. Dies wird aber erst klar, wenn man der einleitenden Konjunktion و wa eine adversative Funktion zugrunde liegt, die dem Satz erst seinen richtigen Sinn verleiht. Im Hinblick auf Abraham, der „Heide“ war, heißt dann dieser Zusatz: „er war (als Heide) dennoch kein Götzendiener!“ Damit ist gemeint: Abraham war zwar (von Haus aus) ein Heide, aber kein Götzendiener!

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Re: Qu'est-ce donc qu'un ḥanīf حنيف ?

Message par Claude le Liseur » dim. 21 févr. 2010 16:56

Daß aber der Koran diesen Begriff bewußt auf Abraham bezieht, geht aus dem stereotypen Satz hervor, der sich an den Beinamen Abrahams des „Heiden“ ( حنيفا ) anschließt (Sure 2:135; 3:67, 95; 6:161; 16:120,123): و ما كا ن ا لمثس كين . Übersetzt man diesen Beinamen wörtlich: „und er gehörte nicht zu den Götzendienern“, so hat man den Bezug zu ḤanīfHeide“ verfehlt. Denn in Wirklichkeit birgt dieser Nebensatz einen Widerspruch zum Beinamen „Heide“ in sich. Dies wird aber erst klar, wenn man der einleitenden Konjunktion و wa eine adversative Funktion zugrunde liegt, die dem Satz erst seinen richtigen Sinn verleiht. Im Hinblick auf Abraham, der „Heide“ war, heißt dann dieser Zusatz: „er war (als Heide) dennoch kein Götzendiener!“ Damit ist gemeint: Abraham war zwar (von Haus aus) ein Heide, aber kein Götzendiener!
La suite de la traduction. Je demande pardon pour ma lenteur. Je suis la tête sous l'eau et je prends du retard dans tout ce que je fais.
Le fait que le Coran utilise consciemment ce concept à propos d'Abraham provient de la phrase stéréotype qui s'attache au surnom d'Abraham le «Païen» ( حنيفا ) (Sourate 2:135; 3:67, 95; 6:161; 16: 120, 123): و ما كا ن ا لمثس كين . Si l'on traduit cette phrase de manière littérale «et il ne faisait pas partie des adorateurs des faux dieux», on perd la référence à Ḥanīf = «païen» . Car en réalité, cette proposition contient en elle-même une contradiction avec le surnom « païen» . Mais ceci s'éclaircit si l'on donne à la conjonction و wa une fonction d'opposition, qui donne à la phrase son véritable sens. En ce qui concerne Abraham, qui était un «païen» , l'adjonction devient alors: «quoique païen, il n'était pas un adorateur des faux dieux !» Cela veut dire: Abraham était certes un païen de naissance, mais pas un adorateur des faux dieux!

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Re: Qu'est-ce donc qu'un ḥanīf حنيف ?

Message par Claude le Liseur » dim. 21 févr. 2010 18:18

Fin du texte de Luxenberg, p. 67.
Die Vorstellung, daß Abraham schon als Heide an Gott glaubte und insoweit kein Götzendiener mehr war, ist vorkoranisch und begegnet uns in ähnlicher Weise auch bein Paulus. Im Römerbrief (4:9-12) heißt es nämlich, daß Abraham der Glaube schon vor der Beschneidung (also noch als Heide) angerechnet wurde. Dadurch sollte er zum Vater aller werden, die als Unbeschnittene (also als Heiden) glauben.

Ma traduction:
L'idée qu'Abraham croyait déjà en Dieu lorsqu'il était païen et n'était donc plus un adorateur des faux dieux, est antérieure au Coran. Nous la rencontrons aussi chez Paul. L'épître aux Romains (4, 9-12) dit en effet que la foi d'Abraham lui fut comptée comme justice avant sa circoncision - donc lorsqu'il était encore païen. Il devait ainsi devenir le père de tous ceux qui croient en n'étant pas circoncis (donc en tant que païens).

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Message par adam » dim. 21 févr. 2010 21:10

Alors là, je ne comprends plus rien.
Je croyais Abraham ancêtre des Hébreux, donc des juifs. Mais, "paîen", n'est-ce pas opposé à juif?

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Message par J-Gabriel » dim. 21 févr. 2010 23:45

Claude le Liseur a écrit : La suite de la traduction. Je demande pardon pour ma lenteur. Je suis la tête sous l'eau et je prends du retard dans tout ce que je fais.
Mais merci pour votre travail de traduction de ce texte de Luxenberg. S’il n’y avait plus eu de suite d’ici 2 mois on aurait tiré la sonnette d’alarme.
Cela permet aussi de faire des lectures adjacentes, sur le sujet, et ainsi d’être dans le bain. Par exemple, l’excellent chapitre 33 du dernier tome de l’"Histoire des croyances… ", de Mircea Elliade : "Mahomet et l’essor de l’Islam", où il y est évoqué une définition des Hanifs. Je vais la proposer mais avant je vais bien lire le texte traduit, maintenant qu’il faut plus attendre la suite (avec un clin d’œil bien sûr).

PS : 2 mois c’est cause Carême sinon s’aurait été 2 semaines !

Claude le Liseur
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Re: Qu'est-ce donc qu'un ḥanīf حنيف ?

Message par Claude le Liseur » lun. 22 févr. 2010 2:12

Pour que tout le monde puisse se remettre dans le bain et en attendant de poursuivre la discussion, et aussi dans le but que chacun puisse apporter des commentaires, je vais reproduire ici ces quelques pages de Luxenberg et ma traduction. Comme la publication de ce petit texte s'est étalée sur deux semaines (31 janvier - 14 février 2010), j'ai bien conscience que certains lecteurs peuvent avoir perdu le fil.

Texte allemand de Luxenberg
Zur Bedeutung von حنيف (ḥanīf)

Der syro-aramäischen Bedeutung von ܚܢܦܐ (ḥanpā) (Heide) entsprechend, ist der Ausdruck als Beiname Abrahams zu verstehen. In die heute als korrekt geltende arabische Form übertragen, müßte ا بر هيم حنيفا Wiedergabe von ܐܒܪ ܗ ܡ ܚܢܦܐ (Abrāhām ḥanpā) sinngemäß ا بر هيم ا لحنيف (Ibrāhīm al-ḥanīf = Abraham der Heide) lauten. Daß der Ausdruck im Koran regelmäßig im arabischen Akkusativ steht, beweist gerade, daß er in seiner syro-amaräischen Form rezipiert und zu einem festen Beinamen Abrahams geworden war.

Mit diesem Beinnamen „der Heide“ ist aber gemeint, daß Abraham, der von Haus aus Heide war, gerade als solcher an den einen Gott geglaubt hat. Diesem besonderen Verdienst ist es auch zuzuschreiben, daß Heide als Beiname Abrahams eine positive Bedeutung erlangt hat, so daß man im späteren Islam dies als Attribut Abrahams im Sinne von „reinen Glaubens sein“ interprieterte. Schon der Koran überträgt diesen Beinamen auf den Glauben selbst, wenn es in Sure 30:30 heißt
فا قم و جهك الدين حنيفا „so wende dich (unentwegt) dem ḥanīfen Glauben“ (eigentlich dem „heidnischen“ Glauben = dem Glauben Abrahams des „Heiden“) zu.“

Auch hier ist حنيفا (ḥanīfa n ) kein arabischer Zustandsakkusativ („wende dich... als ḥanīf zu“), wie es nach arabischer Vorstellung auch von den Koranübersetzern mißdeutet wird. Religionshistorisch von Bedeutung ist daher die Feststellung, daß die arabisierte Form
ا لدين ا لحنيف (ad-dīn al-ḥanīf) (eigentlich „der heidnische Glaube“) in Islam positiv umgedeutet und zum Inbegriff des „reinen Glaubens“, der „wahren Religion“ geworden ist.

Schon Nöldeke hatte arabisch حنيف (ḥanīf ) richtig auf syro-aramäisch ܚܢܦܐ (ḥanpā) »Heide« zurückgeführt. Zu dessen koranischen Gebrauch führt er allerdings (a.a.O., 30) aus:

„Wie jedoch aus dieser ursprünglichen Bedeutung die anderen hervorgegangen sind, ist schwer zu sagen. Man muß aber bedenken, daß die naiven arabischen Heiden von dem Wesen der anderen Religionen keine Vorstellung hatten und daher solche Ausdrücke leicht mißverstehen und und falsch verwenden konnten.“


Daß aber der Koran diesen Begriff bewußt auf Abraham bezieht, geht aus dem stereotypen Satz hervor, der sich an den Beinamen Abrahams des „Heiden“ ( حنيفا ) anschließt (Sure 2:135; 3:67, 95; 6:161; 16:120,123): و ما كا ن ا لمثس كين . Übersetzt man diesen Beinamen wörtlich: „und er gehörte nicht zu den Götzendienern“, so hat man den Bezug zu ḤanīfHeide“ verfehlt. Denn in Wirklichkeit birgt dieser Nebensatz einen Widerspruch zum Beinamen „Heide“ in sich. Dies wird aber erst klar, wenn man der einleitenden Konjunktion و wa eine adversative Funktion zugrunde liegt, die dem Satz erst seinen richtigen Sinn verleiht. Im Hinblick auf Abraham, der „Heide“ war, heißt dann dieser Zusatz: „er war (als Heide) dennoch kein Götzendiener!“ Damit ist gemeint: Abraham war zwar (von Haus aus) ein Heide, aber kein Götzendiener!

Die Vorstellung, daß Abraham schon als Heide an Gott glaubte und insoweit kein Götzendiener mehr war, ist vorkoranisch und begegnet uns in ähnlicher Weise auch bein Paulus. Im Römerbrief (4:9-12) heißt es nämlich, daß Abraham der Glaube schon vor der Beschneidung (also noch als Heide) angerechnet wurde. Dadurch sollte er zum Vater aller werden, die als Unbeschnittene (also als Heiden) glauben.
Ma traduction:
La signification de حنيف (ḥanīf)


Conformément à la signification syro-araméenne de ܚܢܦܐ (ḥanpā) (païen), il faut comprendre l'expression comme un surnom donné à Abraham. Transposée dans la forme arabe aujourd'hui considérée comme correcte, ا بر هيم حنيفا devrait être la la traduction de ܐܒܪ ܗ ܡ ܚܢܦܐ (Abrāhām ḥanpā) par analogie avec ا بر هيم ا لحنيف (Ibrāhīm al-ḥanīf = Abraham le Païen ). Le fait que l'expression se trouve régulièrement dans le Coran à l'accusatif arabe prouve précisément qu'elle avait été reçue dans sa forme syro-araméenne et était devenue un surnom établi d'Abraham.
Par ce surnom de «païen» on veut en fait dire qu'Abraham, qui était païen de naissance, croyait déjà à ce moment en un Dieu unique. C'est à ce mérite particulier qu'il faut attribuer le fait que «païen» a reçu une connotation positive en tant que surnom d'Abraham, de telle sorte que, dans l'Islam postérieur, on l'interpréta comme un attribut d'Abraham dans le sens de «avoir une foi pure». Le Coran, déjà, transfère ce surnom sur la foi elle-même, lorsqu'il dit dans la Sourate 30, verset 30:
فا قم و جهك الدين حنيفا , «acquitte-toi des obligations de la Religion en vrai croyant » (en réalité la religion «païenne» = la religion d'Abraham le «Païen»).

Ici non plus, حنيفا (ḥanīfa n ) n'est pas un accusatif arabe («tourne-toi... en tant que Ḥanīf »), comme les traducteurs du Coran le croient aussi à tort d'après la conception arabe. Ce qui est significatif du point de vue de l'histoire des religions, c'est le fait que la forme arabisée ا لدين ا لحنيف (ad-dīn al-ḥanīf) (en réalité «la foi païenne» ) a été interprétée de façon positive dans l'Islam et transformée en symbole de la «foi pure» , de la «vraie religion» .

Nöldeke avait déjà, à juste titre, relié l'arabe حنيف (ḥanīf ) au syro-araméen ܚܢܦܐ (ḥanpā) «païen». Toutefois, il mentionne à propos de son usage dans le Coran (loc. cit., 30):

«Il est de difficile de dire comment d'autres significations sont dérivées de cette signification originelle. On doit cependant considérer, que les naïfs païens arabes n'avaient aucune idée des autres religions et que, par conséquent, ils pouvaient facilement comprendre de travers de telles expressions et les employer à tort.»


Le fait que le Coran utilise consciemment ce concept à propos d'Abraham provient de la phrase stéréotype qui s'attache au surnom d'Abraham le «Païen» ( حنيفا ) (Sourate 2:135; 3:67, 95; 6:161; 16: 120, 123): و ما كا ن ا لمثس كين . Si l'on traduit cette phrase de manière littérale «et il ne faisait pas partie des adorateurs des faux dieux», on perd la référence à Ḥanīf = «païen» . Car en réalité, cette proposition contient en elle-même une contradiction avec le surnom « païen» . Mais ceci s'éclaircit si l'on donne à la conjonction و wa une fonction d'opposition, qui donne à la phrase son véritable sens. En ce qui concerne Abraham, qui était un «païen» , l'adjonction devient alors: «quoique païen, il n'était pas un adorateur des faux dieux !» Cela veut dire: Abraham était certes un païen de naissance, mais pas un adorateur des faux dieux!

L'idée qu'Abraham croyait déjà en Dieu lorsqu'il était païen et n'était donc plus un adorateur des faux dieux, est antérieure au Coran. Nous la rencontrons aussi chez Paul. L'épître aux Romains (4, 9-12) dit en effet que la foi d'Abraham lui fut comptée comme justice avant la circoncision - donc lorsqu'il était encore païen. Il devait ainsi devenir le père de tous ceux qui croient en incirconcis (donc en tant que païens).

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Message par Claude le Liseur » lun. 22 févr. 2010 2:13

adam a écrit :Alors là, je ne comprends plus rien.
Je croyais Abraham ancêtre des Hébreux, donc des juifs. Mais, "paîen", n'est-ce pas opposé à juif?

Oui, ça déménage, n'est-ce pas? Luxenberg est un formidable dynamiteur de certitudes. Nous y reviendrons. Je viens de publier l'ensemble de ce passage avec sa traduction pour que chacun puisse se replonger dans le texte au lieu de devoir le lire bribe par bribe et se lancer dans la discussion.

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Message par Anne Geneviève » lun. 22 févr. 2010 8:03

Intéressant, surtout par l'appui sur le syro-araméen : toute une origine ?
"Viens, Lumière sans crépuscule, viens, Esprit Saint qui veut sauver tous..."

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Re: Qu'est-ce donc qu'un ḥanīf حنيف ?

Message par Claude le Liseur » lun. 22 févr. 2010 12:14

Anne Geneviève a écrit :Intéressant, surtout par l'appui sur le syro-araméen : toute une origine ?
Qui montre au moins que les textes sacrés des sectes judéo-nazaréennes rédigés en hébreu et en araméen n'ont pas été perdus pour tout le monde...

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Re: Qu'est-ce donc qu'un ḥanīf حنيف ?

Message par adam » lun. 22 févr. 2010 17:12

Donc si j'essaie de résumer, d'après les traductions patiemment et brillamment faites par Claude le Liseur, Abraham était en fait un rebelle dans son milieu.
Bien que né dans un milieu païen, adorateur de "faux dieux" il découvrit la "vraie" foi en un Dieu unique.Tout l'intérêt étant ce que les 3 monothéismes entendent par "vraie" foi.
En effet, chacun se réclamant de la foi voire de la descendance d'Abraham, ils posent une vision différente de la dite foi.

Mais alors, Abraham est-il oui ou non l'ancêtre des Hébreux?

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Message par J-Gabriel » lun. 22 févr. 2010 22:07

adam a écrit :Mais alors, Abraham est-il oui ou non l'ancêtre des Hébreux?

selon la chair : oui !

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Re: Qu'est-ce donc qu'un ḥanīf حنيف ?

Message par adam » lun. 22 févr. 2010 23:48

J-Gabriel a écrit :
adam a écrit :Mais alors, Abraham est-il oui ou non l'ancêtre des Hébreux?

selon la chair : oui !
Mais pas selon la foi alors?.
Désolé, mais je ne vous cache pas que je suis quelque peu perdu...

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