Question à propos d'une traduction en turc

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Claude le Liseur
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Question à propos d'une traduction en turc

Message par Claude le Liseur » jeu. 07 janv. 2010 1:51

Nous avons eu de temps à autre la visite sur ce forum de membres qui connaissaient le turc, alors je me permets de poser la question.

Au cas où serait un jour peinte une icône de saint Ahmed le Calligraphe († 3 mai 1682; cf. viewtopic.php?f=5&t=589 et viewtopic.php?f=7&t=1309), je voudrais savoir si la légende suivante serait correcte en turc:

AZIZ AHMET HATTAT
TÜRK ŞEHIT

Pour traduire:

Saint Ahmed le Calligraphe
Martyr turc

Merci d'avance pour tout renseignement.

adam
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Re: Question à propos d'une traduction en turc

Message par adam » mar. 12 janv. 2010 22:00

Quelle est votre question ?

J-Gabriel
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Re: Question à propos d'une traduction en turc

Message par J-Gabriel » ven. 15 janv. 2010 1:31

Claude le Liseur a écrit : Nous avons eu de temps à autre la visite sur ce forum de membres qui connaissaient le turc, alors je me permets de poser la question.

Au cas où serait un jour peinte une icône de saint Ahmed le Calligraphe († 3 mai 1682; cf. viewtopic.php?f=5&t=589 et viewtopic.php?f=7&t=1309), je voudrais savoir si la légende suivante serait correcte en turc:

AZIZ AHMET HATTAT
TÜRK ŞEHIT

Pour traduire:

Saint Ahmed le Calligraphe
Martyr turc

Merci d'avance pour tout renseignement.
Ne connaissant pas plus de cinq mots en turc, je ne peux pas vous être utile. Néanmoins, faisant assez souvent le tour des blogs orthodoxes, je suis pour une fois tombé sur un de ces blogs en langue turc. Je profite de cette rubrique pour l’indiquer:

http://kryptoxristianos.blogspot.com/

Claude le Liseur
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Re: Question à propos d'une traduction en turc

Message par Claude le Liseur » dim. 17 janv. 2010 18:06

J-Gabriel a écrit : Ne connaissant pas plus de cinq mots en turc, je ne peux pas vous être utile. Néanmoins, faisant assez souvent le tour des blogs orthodoxes, je suis pour une fois tombé sur un de ces blogs en langue turc. Je profite de cette rubrique pour l’indiquer:

http://kryptoxristianos.blogspot.com/

Merci beaucoup!

Il est à noter que le blog que vous indiquez contient un enregistrement d'un tropaire chanté en turc. Je suppose que c'est en rapport avec le travail de traduction mené dans le cadre du patriarcat d'Antioche. En effet - on l'oublie trop souvent -, deux patriarcats orthodoxes ont juridiction en Turquie: le patriarcat de Constantinople, dont la juridiction en Turquie est désormais limitée à la poignée d'orthodoxes qui survivent à Istamboul, et le patriarcat d'Antioche, qui a juridiction sur le sandjak d'Alexandrette, aujourd'hui province de Hatay, arraché par la France à la Syrie et attribué à la Turquie en 1939 au mépris des obligations que la France avait en tant que puissance tutélaire de la Syrie du mandat. Or, le territoire de Hatay comptait une minorité arabe orthodoxe, aujourd'hui en voie de disparition, mais qui a encore plusieurs paroisses. L'usage de l'arabe tendant à disparaître dans cette petite population, le patriarcat d'Antioche a autorisé les traductions en turc. Je persiste d'ailleurs à penser que des liturgies célébrées en turc pourraient être le seul moyen de sauver une petite présence orthodoxe, y compris à Istanbul.

adam
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Re: Question à propos d'une traduction en turc

Message par adam » dim. 17 janv. 2010 23:14

Une fois baptisé, j'irai en Turquie en tant que missionnaire peut-être...

adam
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Re: Question à propos d'une traduction en turc

Message par adam » dim. 17 janv. 2010 23:18

Claude le Liseur a écrit :Nous avons eu de temps à autre la visite sur ce forum de membres qui connaissaient le turc, alors je me permets de poser la question.

Au cas où serait un jour peinte une icône de saint Ahmed le Calligraphe († 3 mai 1682; cf. viewtopic.php?f=5&t=589 et viewtopic.php?f=7&t=1309), je voudrais savoir si la légende suivante serait correcte en turc:

AZIZ AHMET HATTAT
TÜRK ŞEHIT

Pour traduire:

Saint Ahmed le Calligraphe
Martyr turc

Merci d'avance pour tout renseignement.
La traduction est correcte

Claude le Liseur
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Re: Question à propos d'une traduction en turc

Message par Claude le Liseur » lun. 18 janv. 2010 11:18

adam a écrit :Une fois baptisé, j'irai en Turquie en tant que missionnaire peut-être...

C'est l'un des seuls pays musulmans où il est possible de baptiser un musulman sans s'exposer aux rigueurs de la loi... à condition de rester discret. Les autres sont le Liban, la Syrie et l'Indonésie, et peut-être la Tunisie.

Avant la révolution islamique en Iran (1979), c'était aussi possible - la liberté religieuse existait sous le chah. C'était aussi possible en Algérie avant Bouteflika.

Le musulman qui se convertit à une autre religion est puni de mort par la loi en Afghanistan, en Arabie séoudite, etc., de mort civile au Maroc.

Tout ceci sans compter, bien sûr, l'assassinat par un groupe non identifé sur lequel la police n'enquêtera jamais.

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Re: Question à propos d'une traduction en turc

Message par Claude le Liseur » lun. 18 janv. 2010 11:19

adam a écrit : La traduction est correcte

Merci!

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Re: Question à propos d'une traduction en turc

Message par Claude le Liseur » lun. 18 janv. 2010 12:59

Claude le Liseur a écrit :
C'est l'un des seuls pays musulmans où il est possible de baptiser un musulman sans s'exposer aux rigueurs de la loi... à condition de rester discret. Les autres sont le Liban, la Syrie et l'Indonésie, et peut-être la Tunisie.

Avant la révolution islamique en Iran (1979), c'était aussi possible - la liberté religieuse existait sous le chah. C'était aussi possible en Algérie avant Bouteflika.

Le musulman qui se convertit à une autre religion est puni de mort par la loi en Afghanistan, en Arabie séoudite, etc., de mort civile au Maroc.

Tout ceci sans compter, bien sûr, l'assassinat par un groupe non identifé sur lequel la police n'enquêtera jamais.

Je dois à la vérité de nuancer mon propos qui me paraît donner une présentation trop idyllique des choses. En réalité, en Algérie, la liberté de culte n’était que relative avant Bouteflika ; mais les arrestations de convertis n’ont commencé qu’avec Bouteflika.

De même, la liberté n'est que relative en Turquie (tracasseries administratives, etc.) Mais ce pays devra un jour ou l'autre affronter le problème des descendants des Arméniens, Assyro-Chaldéens, Syriaques, Arabes ou Grecs qui apostasièrent le christianisme pour échapper au génocide mené par les Jeunes-Turcs, puis par les kémalistes, entre 1914 et 1924, ou des descendants des femmes chrétiennes (surtout arméniennes) que le gouvernement turc vendit comme esclaves à des familles musulmanes après avoir tué leur mari au cours de cette période 1914-1924. Certains descendants des personnes qui furent ainsi contraintes de changer de religion ont conservé le souvenir de leurs origines, ou le retrouvent. Et commencent à en parler.

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Re: Question à propos d'une traduction en turc

Message par Claude le Liseur » mer. 20 janv. 2010 0:56

Claude le Liseur a écrit : Or, le territoire de Hatay comptait une minorité arabe orthodoxe, aujourd'hui en voie de disparition, mais qui a encore plusieurs paroisses. L'usage de l'arabe tendant à disparaître dans cette petite population, le patriarcat d'Antioche a autorisé les traductions en turc. Je persiste d'ailleurs à penser que des liturgies célébrées en turc pourraient être le seul moyen de sauver une petite présence orthodoxe, y compris à Istanbul.
Retrouvé sur Internet un article sur la visite pastorale du métropolite Paul d'Alep (patriarcat d'Antioche) auprès des Arabes orthodoxes du sud-est de la Turquie (Alexandrette et Mersin)
http://orthodoxesantiochenice.wordpress ... kandaroun/ . L'article mentionne que le prêtre qui a pris en charge les traductions des textes liturgiques en turc s'appelle le RP Spirou Timour. Décidément, ces traductions de textes liturgiques sont souvent des entreprises individuelles: le RP Feriz Berki (1917-2006) pour le hongrois, l'archimandrite Denis Guillaume (1933-2008) pour le français, et donc le RP Spirou Timour pour le turc.

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Re: Question à propos d'une traduction en turc

Message par Claude le Liseur » mer. 20 janv. 2010 1:06

Claude le Liseur a écrit :
Retrouvé sur Internet un article sur la visite pastorale du métropolite Paul d'Alep (patriarcat d'Antioche) auprès des Arabes orthodoxes du sud-est de la Turquie (Alexandrette et Mersin)
http://orthodoxesantiochenice.wordpress ... kandaroun/ . L'article mentionne que le prêtre qui a pris en charge les traductions des textes liturgiques en turc s'appelle le RP Spirou Timour. Décidément, ces traductions de textes liturgiques sont souvent des entreprises individuelles: le RP Feriz Berki (1917-2006) pour le hongrois, l'archimandrite Denis Guillaume (1933-2008) pour le français, et donc le RP Spirou Timour pour le turc.

Sachant que le site Internet auquel je renvoyais traduisait de l'arabe en français le nom de ce prêtre, je me suis dit qu'il y avait un risque de traduction au carré et de grosse erreur de translittération. En effet, le nom du prêtre orthodoxe de Mersin est écrit en Turquie en caractères latins; il a été translittéré en caractères arabes; la translittération française Spirou Timour est basée sur l'arabe. J'ai eu la curiosité de voir comment le nom était écrit en Turquie, et j'ai tapé dans un moteur de recherche Mersin + ortodoks. Et, miracle, à ma stupéfaction, la paroisse orthodoxe de Mersin a son propre site Internet, en turc et bien tenu (http://www.mersinortodoks.com/ ). En me débrouillant (je ne lis pas le turc), j'ai trouvé la page sur le recteur de la paroisse, et je constate donc que la véritable orthographe du nom de ce prêtre qui s'est lancé dans l'indispensable et trop longtemps attendu travail de traduction des textes liturgiques en turc est İspir Teymur. Je suppose que Spirou et Ispir sont la traduction arabe, respectivement turque, du prénom Spyridon (grec Σπυρίδωνας).

Nous restituerons donc au prêtre-traducteur de Mersin son nom d'état-civil et l'appelerons RP Ispir Teymur.

Claude le Liseur
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Re: Question à propos d'une traduction en turc

Message par Claude le Liseur » mer. 20 janv. 2010 1:34

Claude le Liseur a écrit :
Sachant que le site Internet auquel je renvoyais traduisait de l'arabe en français le nom de ce prêtre, je me suis dit qu'il y avait un risque de traduction au carré et de grosse erreur de translittération. En effet, le nom du prêtre orthodoxe de Mersin est écrit en Turquie en caractères latins; il a été translittéré en caractères arabes; la translittération française Spirou Timour est basée sur l'arabe. J'ai eu la curiosité de voir comment le nom était écrit en Turquie, et j'ai tapé dans un moteur de recherche Mersin + ortodoks. Et, miracle, à ma stupéfaction, la paroisse orthodoxe de Mersin a son propre site Internet, en turc et bien tenu (http://www.mersinortodoks.com/ ). En me débrouillant (je ne lis pas le turc), j'ai trouvé la page sur le recteur de la paroisse, et je constate donc que la véritable orthographe du nom de ce prêtre qui s'est lancé dans l'indispensable et trop longtemps attendu travail de traduction des textes liturgiques en turc est İspir Teymur. Je suppose que Spirou et Ispir sont la traduction arabe, respectivement turque, du prénom Spyridon (grec Σπυρίδωνας).

Nous restituerons donc au prêtre-traducteur de Mersin son nom d'état-civil et l'appelerons RP Ispir Teymur.
Le blog antiochien francophone que j'ai cité renvoyait au communiqué publié en arabe sur le site Internet de la métropole orthodoxe d'Alep http://www.alepporthodox.org/modules/ne ... ews_id=655 .

On constate que, dans le texte arabe, le nom du prêtre-traducteur de Mersin a été transcrit اسبيرو تيمور Sbirou Teymour. La langue arabe (contrairement au persan) ne connaissant pas le p, les traducteurs français ont très justement rétabli un -p à la place du -b et écrit Spirou Teymour. La providentielle source turque que j'ai trouvée sur Internet nous permet de savoir que le nom de ce prêtre, en caractères latins, est toutefois Ispir Teymur. Souhaitons une longue vie à ce prêtre traducteur qui officie à l'église Saint-Michel-Archange de Mersin, fondée en 1852.

adam
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Re: Question à propos d'une traduction en turc

Message par adam » ven. 22 janv. 2010 0:59

En poursuivant mes investigations sur la Toile, je viens de découvrir l'existence d'une Eglise orthodoxe turque dont le sort est source de tristesse me semble-t-il.

Dommage que sur un territoire comme l'actuelle République de Turquie, ou le christianisme a par le passé connu un grand rayonnement, cette Eglise en soit réduite à un état de fantôme.

http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89glis ... oxe_turque

http://www.orthodoxie.com/2007/04/turquie_le_malh.html

http://fr.wikipedia.org/wiki/Patriarcat ... tantinople

Voilà ou l'on arrive lorsque l'on mêle la politique et le pouvoir temporel aux choses spirituelles.

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Re: Question à propos d'une traduction en turc

Message par Claude le Liseur » ven. 22 janv. 2010 17:30

adam a écrit :En poursuivant mes investigations sur la Toile, je viens de découvrir l'existence d'une Eglise orthodoxe turque dont le sort est source de tristesse me semble-t-il.

Dommage que sur un territoire comme l'actuelle République de Turquie, ou le christianisme a par le passé connu un grand rayonnement, cette Eglise en soit réduite à un état de fantôme.

http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89glis ... oxe_turque

http://www.orthodoxie.com/2007/04/turquie_le_malh.html

http://fr.wikipedia.org/wiki/Patriarcat ... tantinople

Voilà ou l'on arrive lorsque l'on mêle la politique et le pouvoir temporel aux choses spirituelles.

Ah oui, le «patriarcat orthodoxe turc», une triste histoire. Cette organisation, qui n'est plus aujourd'hui qu'un appendice de l'extrême-droite nationaliste turque doublé d'une entreprise immobilière et commerciale, n'a eu un semblant d'existence qu'entre 1921 et 1924.
Sous l'Empire ottoman, tous les orthodoxes relevant du patriarcat de Constantinople étaient considérés comme faisant partie du millet grec (de la nation grecque), parce que le grec était leur langue liturgique. (Autre chose était la situation des orthodoxes arabes du patriarcat d'Antioche en Cilicie et à Alexandrette.) Dans les frontières de l'actuelle république de Turquie, ces «Grecs» se comptaient au nombre d'environ 1'549'000 en 1914 (sur une population totale de 15'997'000), selon les statistiques ottomanes qui sous-évaluaient probablement leur nombre (cf. Youssef Courbage et Philippe Fargues, Chrétiens et Juifs dans l'Islam arabe et turc, Payot & Rivages, Paris 1997, p. 240). (Le chiffre réel était sans doute plus proche de 1'800'000.) Mais tous ces gens n'étaient pas d'ethnie grecque; tous ces «Grecs» n'étaient pas des Hellènes; il y avait parmi eux quelques milliers d'Arméniens chalcédoniens et plusieurs dizaines de milliers de Turcs orthodoxes appelés Karamanlis. On ne connaît pas bien l'origine de ces Karamanlis: Grecs ayant adopté la langue turque, mais conservé la foi orthodoxe ? Turcs ayant adopté la foi orthodoxe quand cela était encore possible, dans les premières décennies de la présence turque en Anatolie? mélange des deux? Quoiqu'il en soit, ils écrivaient la langue turque en caractères grecs, alors que les musulmans l'écrivaient en caractères arabes, jusqu'à ce que Mustafa Kemal Atatürk imposât les caractères latins en 1928.
Au cours de la guerre gréco-turque de 1920-1922, Mustafa Kemal a, à un moment, envisagé comme une possibilité parmi d'autres le maintien d'une partie de cette population grec-orthodoxe en Anatolie - laquelle était déjà réduite par les massacres qu'elle avait subis depuis 1914 de la part des Jeunes-Turcs -, mais en la détachant du patriarcat de Constantinople, considéré comme une institution hellène, et en créant une autocéphalie orthodoxe turque sur le modèle bulgare. Si cette solution avait triomphé, il y aurait sans doute, à l'heure actuelle, un bon million d'orthodoxes dans les frontières de la Turquie, au lieu de quatre petits milliers...
Cette idée de Kemal rencontrait les préoccupations d'un prêtre karamanli de Cappadoce, le RP Euthyme Karahissaridis (1884-1968), qui prévoyait que la guerre gréco-turque aurait les pires conséquences pour la population orthodoxe d'Anatolie, et qui se mit donc au service de la cause kémaliste en entreprenant de créer une Église orthodoxe turque. Certaines des idées à la base du projet étaient excellentes, comme celle de traduire les textes liturgiques en turc - ce que l'on a fait depuis le Xe siècle pour l'arabe, ce que le RP Ispir Teymur fait maintenant pour le turc, et ce que l'on devrait faire pour le persan. On verra ensuite que, malheureusement, la réalisation laissa à désirer.

Finalement, lors du traité de Lausanne du 24 juillet 1923, Kemal adopta la solution de l'échange de populations: expulsion des orthodoxes d'Anatolie, y compris ceux qui ne parlaient que le turc, en échange des musulmans de Grèce (sauf ceux de Thrace occidentale), y compris ceux qui ne parlaient que le grec. On expulsa donc, dans des conditions terribles, officiellement 1'334'000 personnes en 1924. Seuls étaient autorisés à rester les orthodoxes d'Istamboul, Imbros et Ténédos; ils furent exposés à diverses formes de persécution de la part de la République turque (impôt spécial sur les non musulmans en 1942, pogrom organisé par Menderes en 1955), et leur nombre tomba de 136'000 en 1927 à 86'000 en 1965 et 1'244 en 2005. Le reste des orthodoxes de Turquie - moins de 3'000 personnes semble-t-il - sont des Arabes de Cilicie et de la province de Hatay (ex-sandjak d'Alexandrette), restés dans leurs provinces ou émigrés à Istamboul.

Dès lors que le peuplement orthodoxe était éliminé en Anatolie, Kemal n'avait plus besoin de la solution «turque orthodoxe» préconisée par le RP Euthyme Karahissaridis, alias, en turc, Papa Eftim Zeki. (Papaz , que je pense provenir du grec παπάς*, veut dire «prêtre orthodoxe» en turc; cf. Dominique Halbout et Gönen Güzey, Le Turc sans peine, Assimil, Chennevières-sur-Marne 2008 [réimpression de l'édition de 1992], note 9 p. 260.) Néanmoins, et d'une manière machiavélique, Kemal considéra qu'il pouvait toujours maintenir un petit groupe de partisans de Papa Eftim pour gêner le patriarcat de Constantinople et l'étouffer un peu plus. C'est ainsi que la famille de Papa Eftim et une soixantaine de ses partisans furent officiellement exemptés de l'échange de populations et transféré à Istamboul, dans le seul but de constituer un petit noyau «turc orthodoxe» que le gouvernement pourrait de temps en temps déchaîner contre le patriarcat de Constantinople. Entre 1924 et 1965, le groupe de plus en plus réduit des partisans de Papa Eftim s'est fait surtout remarquer par des manifestations à caractère plus politique que religieux et par des occupations d'églises appartenant au patriarcat de Constantinople avec le soutien du gouvernement turc, les objectifs religieux du début ayant été totalement oubliés. Le RP Karahissaridis, qui avait changé son nom en Erenerol, ne fut plus qu'un prêtre excommunié, n'ayant jamais trouvé d'évêque à qui se rattacher, et qui eut l'audace de se proclamer patriarche! Encore Papa Eftim produisit-il quelques traductions de texte liturgique et aida-t-il ses coreligionnaires lors du pogrom de 1955. On ne peut pas dire autant de bien de ses fils et petits-fils qui lui succédèrent, au mépris de tout semblant de loi ecclésiastique, avec ce titre de patriarche fantôme. Le groupe semble s'être maintenant réduit à la famille Erenerol qui loue à la communauté assyrienne d'Istanbul une église confisquée à la communauté grecque et dont il ne semble même plus qu'elle ait des liens avec le christianisme, puisque les membres de la famille se font surtout remarquer par des diatribes anti-missionnaires que ne leur envieraient pas les islamistes. Toutes les tentatives pour envoyer à Istamboul des Gagaouzes (Turcs orthodoxes) de Bessarabie afin de donner au «patriarcat turc orthodoxe» un semblant de consistance ont échoué, aussi bien dans en 1935 (où le groupe de 70 Gagaouzes envoyé à Istanbul finit par être contraint de se convertir à l'Islam, ce qui montre à quel point le régime kémaliste ne croyait plus à la solution turque orthodoxe !) qu'en 1994 (les Gagaouzes étant restés en bloc fidèles au patriarcat de Moscou, et donc à l'Orthodoxie universelle).

Pire encore. Comme il y a bien longtemps que le gouvernement turc a cessé de soutenir le «patriarcat turc orthodoxe» , la famille Erenerol semble avoir cherché des appuis ailleurs - du côté des Loups gris (Bozkurtlar) du colonel Alparslan Türkeş. Le pseudo-patriarcat est donc assez constamment cité dans des affaires politiques ténébreuses, la dernière en date étant le complot Ergenekon qui aurait eu pour but de déstabiliser l'État turc et de chasser du pouvoir le parti démocratiquement élu AKP (Adalet ve Kalkınma Partisi - Parti de la justice et du développement). L'AKP est issu de la mouvance islamiste, mais, semble-t-il, trop modéré aux yeux des membres d'Ergenekon. Quand on sait, d'une part que la justice turque accuse Eregenkon d'avoir organisé l'assassinat du prêtre catholique italien Andrea Santoro le 5 février 2006, du journaliste arménien de nationalité turque Hrant Dink le 19 janvier 2007 et de trois chrétiens (Necati Aydın, Uğur Yüksel et Tilmann Geske) égorgés à Matalya le 18 avril 2007, et que, d'autre part, Sevgi Erenerol, petite-fille de Papa Eftim, soeur de l'actuel pseudo-patriarche Eftim IV et porte-parole du «patriarcat turc orthodoxe» ou de ce qu'il en reste, fait partie des inculpés de l'enquête sur la conjuration Ergenekon, on se demande ce que ce groupe peut encore avoir comme liens avec le christianisme.

Si, un jour, une Orthodoxie de langue turque renaît dans les frontières de la république turque, elle ne pourra procéder que d'efforts comme ceux du RP Ispir Teymur, mais pas du groupe fondé par Papa Eftim, qui, en définitive, n'a eu un semblant de réalité que pendant une courte période 1921-1924. J'ai entre les mains l'ouvrage du professeur Mustafa Ekincikli, Türk Ortodoksları (Siyasal Kitabevi, Ankara 1998, 214 pages), qui m'avait été offert en 2005 par un collègue de travail turc: fait significatif, le chapitre consacré à Papa Eftim s'arrête à 1924 - ce que chacun peut constater, même en n'étant pas turcophone, ce qui est malheureusement mon cas. C'est dire à quel point ce groupe a perdu toute consistance dès 1924, quand Mustafa Kemal a fait le choix d'expulser les Karamanlis qui auraient pu donner un début de justification au projet de Papa Eftim.

Bref, en effet, tout ce pseudo-patriarcat, depuis 1924 en tout cas, relève de la politique et du commerce, mais guère de la religion.

*NB: En grec, παπάς = prêtre orthodoxe; πάπας = pape...
«Ο παπάς est le pope. Vêtu d'une soutane noire, on le voit souvent dans la ville et très souvent dans les villages. C'est une personne respectée, à qui de vieilles femmes baisent la main et à qui on cède la place dans le bus. Attention à cette petite différence, due à l'accent, qui est une différence de fond : ο πάπας est «le pape». Ni l'un, ni l'autre ne seront contents si vous les confondez !» (Katerina Kedra-Blayo et Jean-Loup Chérel, Le nouveau grec sans peine, Assimil, Chennevières-sur-Marne, 2008 [réimpression de l'édition de 1996], note 10 p. 425.)

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Re: Question à propos d'une traduction en turc

Message par adam » ven. 22 janv. 2010 23:49

Claude, vous êtes une encyclopédie vivante.

En effet, c'est, en substance, ce que j'avais cru comprendre en lisant les pages internet à propos du "patriarcat orthodoxe turque".

Heureusement qu'il existe des personnes comme RP IsmirTeymur pour essayer de maintenir la foi chrétienne sur ces terres.

Et j'ajouterai à titre personnel, que j'ai découvert également, qu'à deux heures de voiture de la région d'origine de mes parents, qui par ailleurs se trouve être la province d'origine de mes arrières arrières grands parents du côté maternel, existe un monastère aujourd'hui laissé quasiment à l'abandon...

http://fr.wikipedia.org/wiki/Monast%C3%A8re_de_Sumela

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