Deux poids, deux mesures?

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Claude le Liseur
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Re: Deux poids, deux mesures?

Message par Claude le Liseur » mer. 01 juin 2011 20:23

En voilà un qui remet le Kouchner à sa place:

Bernard Kouchner a nié le trafic d'organes au Kosovo dans un grand éclat de rire, obscène étant donné la gravité des faits en discussion. La vidéo a été vue par des millions de personnes. Beaucoup ont vu à cette occasion son vrai visage.
Dick Marty
Le conseiller aux Etats tessinois et enquêteur pour le Conseil de l'Europe, dans une interview donnée à Bonne Nouvelle, le mensuel de l'Eglise réformée vaudoise.

Source: Le Temps du mardi 31 mai 2011, page 12

Remarque: si l'ancien proconsul du Kosovo où brûlaient les églises est, à en croire la presse française, le modèle indépassable du saint laïque, on constate qu'en dehors des frontières françaises, il est quand même permis de le critiquer et qu'un sénateur suisse, ancien procureur et rapporteur spécial du Conseil de l'Europe se permet ainsi des remarques qui lui vaudraient, à Paris, le bûcher pour crime de lèse-Kouchner.

Je suppose que, pour la presse parisienne aussi, Dominique Strauss-Kahn était le modèle de l'homme d'Etat équilibré, ascète et dévoué au bien public, etc. C'est curieux cette dichotomie entre ce que pensent les media français et ce que pense le reste du monde.

Claude le Liseur
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Re: Deux poids, deux mesures?

Message par Claude le Liseur » ven. 08 juil. 2011 12:46

Claude le Liseur a écrit :Encore une fort intéressante dépêche de l'AFP: http://www.romandie.com/ats/news/091208 ... 4bno0n.asp

Maroc: cinq évangélistes étrangers expulsés
OUJDA (Maroc) - Cinq ressortissants étrangers ont été expulsés du Maroc samedi pour "réunion non déclarée et prosélytisme évangéliste", selon la préfecture de police d'Oujda (nord-est du Maroc), jointe mardi par l'AFP.

Les cinq personnes concernées par cette mesure d'expulsion sont deux Sud-africains, deux Suisses et un Guatémaltèque. Elles font partie d'un groupe composé également de 12 ressortissants marocains, remis en liberté le même jour.

L'interpellation de toutes ces personnes a eu lieu vendredi, suite à une perquisition dans une maison de Saïdia, une station balnéaire à 70 km au nord d'Oujda, a-t-on appris de même source.

L'intervention des services de police a eu lieu "suite à des informations faisant état d'agissements douteux en relation avec le prosélytisme évangéliste, de nature à porter atteinte aux valeurs religieuses du royaume", a précisé un communiqué du ministère de l'Intérieur.

Les perquisitions effectuées sur place "ont permis la saisie de plusieurs supports de prosélytisme, dont des ouvrages et des CD en arabe et en langues étrangères", ajoute le communiqué.

Trois des cinq ressortissants étrangers interpellés (les deux Suisses et le Guatémaltèque) ont été "refoulés via le poste frontalier de Melilla (ndlr: enclave espagnole au nord du Maroc). Les deux Sud-africains, qui avaient déjà leurs billets d'avion, l'ont été par l'aéroport Mohammed V de Casablanca", a-t-on ajouté de même source.

En mars dernier, cinq missionnaires étrangers (quatre Espagnols et une Allemande) avaient été également expulsés alors qu'ils tenaient une "réunion de prosélytisme avec des ressortissants marocains", selon un communiqué du ministère de l'Intérieur.

(©AFP / 08 décembre 2009 16h16)


Ainsi, on constate qu'au Maroc, pays musulman plus tolérant que beaucoup d'autres, le seul fait de parler de l'Evangile à des sujets du "Commandeur des Croyants" est interdit comme étant "de nature à porter atteinte aux valeurs religieuses du royaume".

Personne ne proteste.

En revanche, lorsque le 29 novembre 2009, un peuple européen pacifique et jusqu'à nouvel ordre souverain chez lui décide d'interdire l'érection de nouveaux minarets sur son sol ("les minarets sont nos baïonnettes", dixit le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdoğan), minarets qui sont effectivement de nature à porter atteinte à certaines valeurs religieuses, démocratiques, esthétiques, écologiques et nationales, ce même peuple se trouve condamné par les grandes consciences universelles que sont MM. Daniel Cohn-Bendit et Bernard Kouchner.

Il est vrai que, sous le proconsulat de sinistre mémoire de M. Kouchner au Kosovo, on a brûlé beaucoup d'églises et construit beaucoup de minarets. Ceci explique peut-être cela.

Comme on le sait, le roi du Maroc vient de promulguer une nouvelle Constitution par laquelle il cède une partie de ses prérogatives au chef du gouvernement. Selon le vieux principe "tout change pour que rien ne change" (cf. Il Gattopardo / Le Guépard de Lampedusa) ou "partir pour mieux rester" (la décolonisation de l'Afrique subsaharienne).
Pour être sûr d'obtenir le consensus le plus large, le roi avait procédé à des consultations avec toutes sortes de partis politiques, de telle sorte qu'il y a une concession pour chacun (par exemple, l'officialisation de la langue berbère, dont il y a lieu de craindre qu'elle ne dépassera pas le stade du symbole, mais qui a sans doute fait plaisir à certains partis politiques). Il semble que le roi avait proposé d'introduire dans la nouvelle Constitution la reconnaissance de la liberté de conscience et donc de la possibilité de changement de religion. Le parti islamiste (Parti de la justice et du développement) s'y est absolument opposé et le roi a fait marche arrière. De telle sorte que la partie moins religieuse de la population a approuvé la nouvelle Constitution parce qu'elle accordait plus de libertés et que le partie la plus religieuse l'a approuvée parce que la nouvelle Constitution continue à exclure la liberté religieuse. On sait que, comme son voisin algérien, le Maroc tracasse les convertis (sans aller jusqu'aux horreurs séoudiennes ou afghanes) via l'interdiction du "prosélytisme".
Pour que tout soit bien verrouillé, l'article 106 de ladite Constitution proclame: "La forme monarchique de l'État ainsi que les dispositions relatives à la religion musulmane ne peuvent faire l'objet d'une révision constitutionnelle." Avant de sourire, notons que cette phrase est la copie à peine augmentée d'une phrase tout aussi ridicule qui figure dans les Constitutions françaises successives depuis 1884, selon laquelle "la forme républicaine du régime ne peut être soumise à révision". Comme si les articles qui contiennent ce genre de proclamation ne pouvaient pas être eux-mêmes soumis à révision. Logique kelsénienne, trilemme de Münchhausen, litanies d'auto-célébration pour constitutionnalistes.
Mais une question: si l'Islam est aussi fort que le rêve une Martine Aubry ou que le proclament les media francophones à longueur de journée, pourquoi redoute-t-il autant de se trouver privé de l'appui du bras séculier pour empêcher ses fidèles de le quitter?

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Re: Deux poids, deux mesures?

Message par Claude le Liseur » mar. 30 août 2011 17:36

Les rebelles libyens auraient découvert, dans la villa d'Hannibal Khadafi, fils du commensal apprécié du donneur de leçons Jean Ziegler, la nounou éthiopienne des enfants d'Hannibal, torturée à l'eau bouillante:

http://www.lefigaro.fr/international/20 ... moigne.php

A Genève, en 2008, le distingué Hannibal, aujourd'hui réfugié en Algérie (pays qui nous a abondamment montré, en 1962, qu'il excellait dans ce genre de supplices - les harkis rôtis à la broche par le FLN en savent quelque chose), avait eu quelques ennuis avec la police helvétique pour avoir quelque peu brutalisé ses domestiques, entraînant bien sûr des représailles de l'ami de Jean Ziegler contre la Suisse, la prise en otage de deux citoyens suisses, les excuses publiques de la Confédération, les 1'600'000.- francs suisses versés à titre d'excuses au guide de l'Afrique et du monde arabe réunis, etc.

C'était l'époque où un autre distingué donneur de leçons, Monsieur Bernard Kouchner, disait (16 février 2010) qu'il refusait de trancher le différend qui opposait "nos amis suisses et nos amis lybiens".

Je me permets de mettre le lien vers le site du Figaro pour que chacun puisse juger des amis de Bernard K.

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Re: Deux poids, deux mesures?

Message par Claude le Liseur » ven. 11 nov. 2011 12:28

Un article intéressant sur la persécution religieuse en Algérie (vous savez, le pays phare et modèle de la gauche française):

http://www.slateafrique.com/65623/autre ... an-renegat

Siaghi Krimo, un Algérien de 29 ans, habitant de la ville d’Oran, capitale économique de l’ouest Algérie (470 km à l’ouest donc), ville du Raï en berceau et en live, des derniers cabarets encore tolérés au pays de la plus grande mosquée d’Afrique promise par Bouteflika. Que s’est-il passé? Selon le résumé de l’affaire, Krimo est un converti au christianisme, grosse hérésie moderne aux yeux du conservatisme, aux yeux de l’article 142-Bis 2, acte un de l’inquisition et aux yeux de son voisin qui ira le dénoncer à la Police. Accusé de quoi? Officieusement de «Ridda», d'apostasie et officiellement de prosélytisme et d’insulte contre le Prophète de l’Islam. Interpellé le 14 avril dernier, Krimo sera présenté à la justice algérienne puis jugé en cycle, de procès en procès, jusqu’au premier verdict qui est tombé une semaine avant les fêtes de l’Aïd et le jour même de l’incendie des locaux du journal satirique français, Charlie Hebdo.

Qui est le juge?

Durant le procès, le procureur de la république, alias le représentant de l’Etat, prendra soins de requérir contre Krimo une peine de deux années de prison ferme, même en l’absence du seul témoin de cette affaire de «diffamation contre prophète déjà mort depuis des siècles». La semaine dernière, le juge a pris soins de faire plus: le «renégat» a été condamné à une peine de 5 années de prison ferme assortie d’une amende de 200 000 dinars (2000 euros). Selon le Président de l’Eglise des protestants algériens, «lors de l’un des procès, le juge est allé très loin dans la dérive». Face à l’inculpé qui lui expliquait sa nouvelle foi et les raisons de sa conversion, le juge de répondre «je te fais le serment que tu vas le regretter». D’autres témoins parlent de verdict pour hérésie. Le mot «Ridda» aurait été employé à plusieurs reprises. Dans la loi musulmane, la Ridda, l’hérésie ou apostasie, est punie par la peine de mort, enfin autrefois ... .

Que dire de l’article 142-Bis 2?

C’est le fameux article du code pénal algérien qui sert à condamner les Algériens qui n’observent pas le jeûne, les Algériens qui se convertissent à une autre religion, surtout celle des occidentaux (aucun Algérien n’a été condamné pour son choix de se faire bouddhiste par exemple) ou les Algériens que l’on veut condamner pour possession d’un évangile, d’un ancien testament ou d’une bouteille d’eau pendant la période du ramadan. Que dit cet article? Des peines de 3 à 5 ans de prison sont prévues pour quiconque «offensera le Prophète et dénigrera les dogmes de l'Islam par la voie de l'écriture, du dessin, de déclarations et de tout autre moyen». Le délit étant flou, liberté est donc laissée aux juges pour interpréter selon leurs convictions, leur foi, leur raison ou leurs sentiments, la fameuse loi et le fameux délit de déni.

Cela conduira à installer un mode d'action: on attrape l’inculpé, on l’accuse d’offense, on détruit sa vie sociale et professionnelle dans un environnement confessionnelle à souhait, puis on le condamne à de la prison en première instance. S’en suit une mobilisation de la société civile et de la presse et l’inculpé est relâché et relaxé en second verdict. Ceci dans le meilleur des cas et selon les géographies. En Kabylie, la mobilisation paye pour cause de société civile forte. Ailleurs, l’inculpé peut finir entre quatre murs pour longtemps. C’est ce que payera Bouchouta Fares, 27 ans d’Oum Bouaghi (500 km sud-est d’Alger), condamné à deux ans de prison ferme et de 100 000 dinars (1 000 euros environ) d'amende pour n'avoir pas jeûné fin août 2010 même si le chef d’accusation à été modifié sous pression pour devenir: destruction de biens. Le «bien» en question était une vitre cassée lors de l’interrogatoire de l’inculpé, dans une brigade de gendarmerie.

En Kabylie, deux chrétiens non jeûneurs avaient été relaxés le 5 octobre à Ain el Hammam dans l'est algérien, le juge ayant expliqué qu’aucun article de loi ne prévoit de poursuite pour non respect du jeûne durant le ramadan!

Qui sont les autres?

La liste des victimes du 142-bis 2 est longue. Arrêtées à la mi-septembre, six personnes ont été condamnées à 4 ans de prison ferme et mille euros d'amende par le Tribunal de Biskra dans le Sud de l'Algérie le 29 septembre 2008. Les six Algériens étaient accusés d'avoir mangé avant la fin du jeune du Ramadan. Après les mobilisations, ils seront relâchés et… oubliés. C’est pourtant là que le calvaire commence: ils raconteront un jour, à un journaliste, ce qui suivra: la perte du travail, les insultes des voisins, les moqueries des gamins dans les rues…etc et même l’impossibilité de se marier pour l’un des relaxés qui perdra sa fiancée. La liste des autres cas est tout aussi longue: des ouvriers arrêtés à Alger pour une cigarette pendant le ramadan, dix autres «dé-jeuneurs» arrêtés pendant le ramadan de septembre 2010 à Bougie, en Kabylie, relâché ensuite à l’exception du propriétaire du restaurant qui leur avait ouvert ses portes….

Qui est l’auteur de l’ordonnance du 28 février 2006?

On ne sait pas. Le ministre de la justice algérien peut-être, Tayeb Belaïz. L’ordonnance prévoit des règles sévères pour l’exercice des cultes non musulman et leurs relations avec les musulmans. Autorisations, bureaucratisations, surveillances policières et restrictions sont les maitres-mots de la nouvelle loi. Les religions autres que l’Islam sont sous autorité d’une commission nationale des cultes, annexe du Ministère chargé des affaires religieuses et avec pour mission de «donner un avis préalable à l’agrément des associations à caractère religieux».

Extraits: L’ordonnance prévoit une peine d’emprisonnement d’1 à 3 ans et une amende de 250 000 à 500 000 dinars (de 2400 à 4800 euros) pour les personnes qui tentent d’inciter une partie des citoyens «à résister aux décisions de l'autorité publique», les peines étant aggravées s’il s’agit d’un homme de culte. Les peines sont encore de 2 à 5 ans de prison et de 500 000 à 1 million de dinars d’amende pour quiconque «incite, contraint ou utilise des moyens de séduction tendant à convertir un musulman à une autre religion». La massue est valable pour toute personne qui «fabrique, entrepose, ou distribue des documents imprimés ou métrages audiovisuels ou par tout autre support ou moyen qui visent à ébranler la foi d’un musulman». Les Eglises ou monastères ou autres temples ne peuvent pas collecter de l’argent ou recevoir des dons sans autorisations sous peine d’emprisonnement d’1 à 3 ans et amende de 100 000 à 300 000 dinars.

Dans les faits, l’ordonnance s’est traduite par une restriction des visas pour le clergé, un harcèlement policier contre les convertis et une perte pour l’Algérie de sa diversité cultuelle au profit d’un islamisme populaire de base.

Qui sont les victimes ?

Presque tous. Le 29 mars 2008, Habiba K., 36 ans, native de Tiaret (340 km) est arrêtée par les gendarmes au retour d’un voyage à Oran où elle étudiait au Centre d’études bibliques de la région. Inculpée, elle sera, lors de sa comparution sommée par le procureur de choisir entre «la mosquée ou le tribunal». Son procès sera long et cyclique. Le 20 mai 2008, le ministère public avait requis 3 ans de prison ferme contre la jeune fille. Le 27 mai 2008, le tribunal correctionnel ordonnera un «complément d’information» pour gagner du temps face aux pressions.

En même temps que le procès de Habiba K, cette année 2008, se déroulait celui de six autres Algériens de la même ville de Tiaret, jugées pour «distribution de documents afin d’ébranler la foi des musulmans» et qui seront condamnés sévèrement: quatre des six accusés ont été condamnés à des peines de prison avec sursis et à de fortes amendes. Lors du jugement au tribunal de la même ville, le procureur de la République avait requis 2 ans de prison ferme et 500 000 Dinars d'amende contre les six accusés. Selon Mustapha Krim, «ils sont nombreux depuis cinq ans à tomber sous les coups de cette ordonnance. Une dizaine d’affaires depuis 3 ans. Le 10 novembre 2011, cinq personne doivent être jugés à Tarf (à l'est, ville frontalière avec la Tunisie) pour les mêmes chefs d’inculpation. On doit les aider mais j’attend d’être informé un peu plus»

Qui est Mustapha Krim?

«Je suis le président de l’Eglise protestante algérienne» nous expliquera-t-il au téléphone. Le «Père» d’une Eglise de plus en plus persécutée. «Nous essayons d’aider nos frère, de mobiliser des dons pour payer l’avocat et fiancer l’assistance judiciaire, de médiatiser pour créer l’effet de solidarité». Le pasteur est très présent médiatiquement en Algérie, et multiplie les sorties pour parler d'une Eglise protestante en plein état de siège.

«Cette situation, nous les catholiques algériens nous en faisons les frais, en silence alors que le catholicisme est algérien, depuis des siècles et n’est pas une annexe du Vatican en Algérie» nous a confié, il y a quelques temps, l’un des pères de l’Eglise en l’Algérie.

Pour l’affaire Krimo, on est plus qu’étonné: il n’y a jamais eu d’insulte contre le Prophète de l’islam et la seul personne témoin de cette scène supposée, lui-même auteur de la plainte, ne s’est jamais présenté au tribunal» rappelle le pasteur Krim. Cela n’a pas empêché le juge de se proclamer inquisiteur. Du moins en attendant le verdict en appel pour le 17 novembre.

Kamel Daoud

Claude le Liseur
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Re: Deux poids, deux mesures?

Message par Claude le Liseur » ven. 11 nov. 2011 12:33

A peine mieux au Maroc:

http://www.slateafrique.com/1555/calvai ... -chretiens


«Un crucifix spartiate et des psaumes accrochés au mur, un intérieur cossu mais sans fioritures, ce néoprotestant, Marocain de souche, assume pleinement son identité religieuse», racontait il y a quelques années Le Journal Hebdomadaire, dans un reportage sur ces Marocains qui se convertissent au christianisme. Un coming out rarissime, tant cette communauté bourgeonnante est contrainte de vivre sa foi dans le secret pour fuir l’opprobre d’une société qui condamne fermement l’apostasie.

«La voiture de la police est en bas de chez moi. Ils sont prêts à me suivre à chaque déplacement.» «Des policiers ont perquisitionné mon domicile, ils ont confisqué ma bible!»

Ces témoignages de Marocains chrétiens régulièrement relatés par la presse prouvent à quel point évoquer sa foi chrétienne lorsque l’on est Marocain et né musulman peut mener à la case prison.

Difficile de savoir combien il y a de Marocains chrétiens. Ils seraient un bon millier, selon le Conseil œcuménique, et près de 50.000, selon un rapport parlementaire. Selon la World Christian Database, centre d’étude du christianisme dans le monde, il s'agirait de la religion dont le taux de croissance est le plus élevé au Maroc. Un fait corroboré par une enquête réalisée en 2005 sous l'égide de la Direction des affaires générales du ministère de l'Intérieur, qui a estimé que 7.000 Marocains se seraient convertis au christianisme depuis la fin des années 90. Ils seraient pour partie originaires du Moyen Atlas, une région historiquement sillonnée par les missionnaires, qui n’hésitent pas à alimenter un repli identitaire berbère contre «l’envahisseur arabe et musulman».

D’autres sont issus de la classe moyenne citadine acculturée à un mode de vie occidental qu’ils veulent forcément judéo-chrétien. Certains cèdent aux sirènes des églises par simple opportunisme, pour obtenir un visa pour les Etats-Unis ou l’Europe par exemple. D’autres sont des enfants d’immigrés revenus vivre au pays ou dont les parents avaient été convertis sous le protectorat français.

Une communauté qui vit l’anathème et l’exclusion

Dans le milieu des années 70, le régime marocain avait mené une répression féroce contre les convertis. A l’époque, Hassan II, qui menait une guerre sans merci contre la gauche radicale, avait favorisé un islamisme rampant qui ne pouvait s’accommoder d’un tel phénomène de société. La fermeture d’un temple protestant à Casablanca où ils avaient l’habitude de se recueillir les a poussés à la clandestinité et à un sectarisme dans lequel ils se complaisent, associant leur situation d’opprimés à l’imaginaire des premiers chrétiens de la Rome antique.

Condamnation et anathème sont les mots d'ordre vis-à-vis des convertis. «Les Marocains chrétiens n’ont pas droit de cité dans leur propre pays. Ils sont considérés comme des traîtres par les autorités et la population, qui les soumet à toutes sortes de pressions: insultes, crachats… les familles sont même incitées à chasser ceux de leurs membres qui sont chrétiens», témoigne Michael Païta, de l’association humanitaire chrétienne La Gerbe, qui milite pour leur reconnaissance. Le cas d'un converti martyrisé par sa propre famille (vidéo en anglais) en est l’illustration tragique.

Les réseaux sociaux sont aussi utilisés pour les persécuter. Fait notoire, certains jeunes du Mouvement du 20 février ont été attaqués pour s’être «vendus au Christ» afin de décrédibiliser leur action.

Aussi, l'inquiétude grandit dans une communauté à peine tolérée, à la condition que ses membres pratiquent leur foi dans la discrétion et s'ils ne se réunissent que par petits groupes pour prier dans des églises de maisons. Ils portent des prénoms arabo-musulmans, pourtant ils célèbrent discrètement l'office au grand dam des conservateurs et sous l’œil suspicieux de la police. Ils vivent un christianisme aux couleurs locales: chants, lectures et commentaires de la bible, projection de films chrétiens… Le tout en langue arabe ou amazighe. En somme, ce qui est souvent décrit comme un prosélytisme redoutable n'est bien souvent qu'un groupe de disciples de Jésus qui se retrouvent pour communier et exercer leur culte. Ces «églises libres» prolifèrent un peu partout au Maroc, il en existerait une dizaine par grande ville et d'autres disséminées à travers le pays.

Contraints à l'existence sectaire, les chrétiens du Maroc font preuve d'une grande cohésion communautaire. Lorsqu'ils sont en confiance, ils s'enquièrent des nouvelles des convertis des autres villes, ils se connaissent, échangent les noms de famille et les numéros de téléphone. Chaque nouvelle conversion est l'objet du plus grand soin de la part des anciens. Le phénomène pose la problématique de la limite entre le prosélytisme et le simple fait de partager sa foi.

Un prosélytisme d’un nouveau genre

Aujourd’hui, avec la multiplication de missionnaires sur le terrain et le prosélytisme d’un nouveau genre véhiculé par Internet et par les chaînes satellitaires comme Al Hayat où Brother Rachid, un pasteur marocain, fait un tabac, leur nombre progresse.

Les médias d'évangélisation permettent un prosélytisme de masse, à caractère insaisissable, qui offre la possibilité de vivre son propre univers religieux à travers les écrans de télévision plutôt qu'à travers une insertion concrète dans un cadre donné.

Grâce à cette vision nouvelle, le converti possède les outils qui lui permettent de sortir de son milieu culturel et religieux jusque-là incontesté. Contre ce phénomène universel de mobilité des croyances, les voix les plus conservatrices de la société proposent l'élaboration d'une «politique de prévention» contre l'évangélisation, à savoir une refonte des programmes scolaires afin de «renforcer le sentiment patriotique à travers les valeurs de l'arabité et de l'islam», comme le suggère le parti de l'Istiqlal qui appelle à «soutenir les associations marocaines qui œuvrent à la propagation de l'islam, ainsi que les imams, et les groupes d'études du Coran. L'Etat ne pouvant à lui seul faire face à ces tentatives de prosélytisme a besoin du soutien de la société civile pour surveiller ces activités». A l'instar de ce qui se passe dans le reste du monde, la société marocaine n'échappe pas au phénomène de la mondialisation des croyances. La question qui se pose aujourd'hui est celle de la gestion de ce fait religieux d'autant plus inédit que le pays n'a officiellement plus abrité de communauté chrétienne autochtone depuis l'époque romaine.

Prises de court, les autorités tentent d’endiguer le phénomène de conversions à la foi de Jésus, certes marginal, mais grandissant. Surveillance et descentes policières dans les lieux de réunions religieuses, expulsions de missionnaires étrangers se multiplient. Quelques bibles ou supports audio à contenu chrétien suffisent à attester les faits. Les perquisitions réalisées sur les lieux des interpellations sont l’occasion de saisies de livres et de CD à contenu chrétien en langue arabe ou amazighe, considérés comme des pièces à conviction.

Résultat, la pression exercée sur les chrétiens marocains s’est accentuée, à tel point que certains d'entre eux, réunis au sein de l’Union mondiale des chrétiens marocains, structure non officielle, ont demandé au gouvernement de cesser «tous les types de harcèlements sécuritaires systématiques, d’arrestations, de détentions et d'inspections qui ont pour seul but d'humilier les chrétiens et de mettre la pression sur eux pour les forcer à renoncer à leurs convictions religieuses». Ils souhaitent avant tout «la reconnaissance des chrétiens marocains, de leur droit de culte sans harcèlement ni restriction». Enfin, ils demandent que les Marocains aient la liberté «de se convertir à la religion qu'ils veulent, y compris le christianisme». Pour Khalid Naciri, porte-parole du gouvernement, qui dénonce un catéchisme incompatible avec la tolérance, «les pouvoirs publics ont le devoir de rester en phase avec leur opinion publique. Nous ne pouvons pas nous permettre de jouer avec le feu».

Un Marocain est musulman par défaut

L’article 6 de la Constitution marocaine stipule que «l’islam est la religion de l’Etat qui garantit à tous le libre exercice des cultes». En d’autres termes, l’écrasante majorité des Marocains est musulmane, mais les autres religions monothéistes sont admises. Dans les faits, si la loi ne réprime pas les convertis, elle ne leur donne tout simplement pas les moyens juridiques d'exister en tant que tels. Lorsqu'il n'est pas de confession juive, un citoyen marocain est considéré comme musulman par défaut.

«Je dois garantir la liberté de culte et, je le précise, pas seulement celle des musulmans. Les trois religions, musulmane, juive et chrétienne, peuvent s’exprimer en toute liberté, sécurité et sérénité.»

Cette déclaration du roi Mohammed VI au Figaro en 2001 était pour le moins œcuménique, mais contredite dans les faits: depuis quelques années, les expulsions de prêcheurs de diverses nationalités se sont multipliées (plus de 130 personnes ont été invitées à quitter le territoire pour la seule année 2010). L’affaire de l’orphelinat d’Ain Leuh avait alors fait grand bruit.

Durant la vague répressive de 2009, 17 personnes dont une douzaine de Marocains avaient été interpellées près d’Oujda, ville frontalière avec l’Algérie, pour avoir participé à une «réunion publique non déclarée, qui s'inscrit dans le cadre d'une action visant à propager le credo évangéliste et à recruter des adeptes au sein des nationaux», précisait le communiqué du ministère de l'Intérieur sanctionnant leur arrestation. Ils étaient accusés de «porter atteinte aux valeurs religieuses du Royaume».

Des missionnaires de l’ombre

Si le phénomène d'évangélisation a toujours existé au Maroc, essentiellement européen et d'essence catholique, la nouveauté réside depuis une dizaine d'années dans l'arrivée de missionnaires de l'ombre, protestants suisses et anglo-saxons, pour propager dans un milieu considéré comme hostile des valeurs et idéaux méconnus jusqu’ici.

L'activisme d'évangéliques, pour certains affiliés à la droite américaine la plus conservatrice, ne fait guère de doute et, selon plusieurs sources religieuses et étatiques, le Maroc compterait aujourd'hui près d’un millier de missionnaires. Ils opèrent plus ou moins secrètement dans les régions déshéritées, ainsi que dans les grandes villes. Une organisation comme Arab World Ministries, société missionnaire internationale, a pour objectif officiel «l'annonce de la Bonne Nouvelle d'un Sauveur aux musulmans du monde arabe».

En 2005, la «caravane de l'amitié» organisée à Marrakech, en coopération avec l'ambassade américaine, a été qualifiée par la presse marocaine de «festival œcuménique déguisé». L'événement accueillait entre autres le révérend Richard Cizik, président des Affaires gouvernementales de la National Association of Evangelicals. Par ailleurs, la visite du télévangéliste américain Josh McDowell la même année a éveillé les soupçons quant à une éventuelle rencontre avec les missionnaires en activité dans le pays.

Cette offensive messianique intervient dans un champ religieux de prime abord très homogène (une grande majorité musulmane sunnite de rite malékite et une petite minorité israélite). En réalité, la mosaïque des croyances est plus diversifiée qu'elle ne le semble. La créativité religieuse a accompagné chacune des étapes historiques du pays: inculturation des monothéismes, emprunts mutuels, syncrétismes entre croyances magico-religieuses et islam, synthèses afro-musulmanes et soufisme des zaouïas. A cela s'ajoutent de nouvelles religions qui ont fait leur percée ces dernières décennies: bahaïsme, différentes sectes de l'islamisme radical, ainsi que le chiisme qui affiche un dynamisme certain depuis que la chaîne Al Manar a fait son apparition sur les écrans, et notamment depuis le regain de popularité du Hezbollah.

Le postulat le plus récurrent est que les évangélistes investissent le terrain de l’humanitaire et choisissent leurs cibles parmi les personnes les plus démunies. Dans les faits, cette affirmation est loin d'être une règle, car les évangéliques investissent également le terrain de l'intellect et proposent un discours qui répond aux attentes spirituelles et intellectuelles des classes socioculturelles les plus élevées, qui sont souvent les plus aisées.

Les églises officielles font profil bas

Les églises officielles, quant à elles, s'interdisent strictement le prosélytisme. Activité réprimée par la loi, elle est l'apanage d'un réseau clandestin. Celles qui sont présentes dans le pays, majoritairement catholiques, ont pour unique mission l'animation de la vie spirituelle des fidèles qui y vivent, le discours officiel veut qu'ils soient tous étrangers. Même l'église protestante du Maroc ne s'aventure pas à faire du prosélytisme dans un contexte religieux, social et juridique très hostile à la prédication d'une autre foi que l'islam.

Dans ce contexte tendu, lors de son homélie aux fidèles réunis en mars 2010 à l'église Notre-Dame-de-Lourdes de Casablanca pour la messe chrismale de Pâques, le nonce apostolique, Mgr Antonio Sozzo, a insisté sur la ligne de conduite à tenir. L'Eglise, a-t-il souligné, ne fait pas de prosélytisme. L’ambassadeur du Vatican veut à tout prix éviter que ses ouailles soient soupçonnés d'«ébranler la foi des musulmans», un délit inscrit dans la loi marocaine et puni de six mois à trois ans de prison.

Toutefois, tout en veillant à souligner leur distance avec le phénomène d'évangélisation que connaît le pays, certains représentants des églises officielles du Maroc avouent qu'ils vivent assez douloureusement le fait de ne pas pouvoir tendre la main à ces nouveaux chrétiens.

Ali Amar


Tout ceci pour répondre à la désinformation à propos de la tolérance...

J-Gabriel
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Re: Deux poids, deux mesures?

Message par J-Gabriel » ven. 11 nov. 2011 16:06

Une connaissance marocaine faisait cette remarque :

« Je viens d'avoir la visite de 2 témoins de Jehova, ici , au Maroc ........ Je ne m'attendais pas à les voir ici ! Mais ils m'ont dit qu'ils ne visitaient que les non musulmans sinon oust expulsés .Moi j'ai dit " non croyante " ils n'ont pas insisté .Très polis »

Bref, évangélisez mais entre vous ! Une démarche quelque peu schizophrénique…

Je viens de lui fait part de votre de l’article ci-dessus et elle m’envoie celui-ci :

http://www.elwatan.com/weekend/aujourdh ... 83_234.php

La semaine dernière, des chrétiens ont été arrêtés à El Tarf et un autre est passé en procès à Oran. Alors que l’on connaît surtout les mésaventures des chrétiens de Kabylie, ceux de l’intérieur du pays réclament aussi le droit de vivre leur foi et l’abrogation de la loi de 2006.


Appelons-le Belkacem. Constantinois de naissance, il se dit «Algérien et fier de l’être. Et chrétien et fier de l’être devenu.» Pas facile pour lui de vivre pleinement sa foi dans une ville aussi conservatrice que la capitale de l’Est, mais il tient le coup. «Je vis ma vie le plus normalement du monde, je travaille, comme n’importe quel citoyen, mais j’évite bien sûr de parler de mes croyances. Ici à Constantine, le conservatisme religieux est omniprésent, il suffit de voir toutes ces femmes voilées, je pense que même à Sétif ou à Guelma, elles ne sont pas aussi nombreuses. De plus, depuis 2006, nous éprouvons beaucoup de difficultés à faire passer le message du Christ, ce n’est plus comme avant. Si nous tentons quoi que ce soit, nous risquons l’arrestation sur simple dénonciation comme si nous étions des criminels.» Bien sûr, on connaît surtout la situation des chrétiens en Kabylie, mais à l’intérieur du pays, les chrétiens réussissent-ils à vivre sereinement leur foi ?

La semaine dernière, deux jeunes auraient été arrêtés pour prosélytisme dans la wilaya d’El Tarf - même si, pour le moment, l’information ne semble pas être confirmée par Mustapha Krim, président de l’Eglise protestante d’Algérie. A Oran, le procès d’un chrétien a été reporté cette semaine au 17 novembre. Arrêté suite à une dénonciation de son voisin, il est, lui aussi, accusé de prosélytisme. Dans ce contexte, Mustapha Krim demande à nouveau que la loi de 2006 (voir interview ci-dessous), soit abrogée ou révisée avec le concours des représentants algériens du christianisme. Pour rappel, cette loi soumet la liberté de culte à diverses autorisations. Or, dans les faits, les chrétiens, dont nous avons recueilli les témoignages, assurent que cette loi «est surtout appliquée aux citoyens algériens de confession chrétienne, pour lesquels il est devenu risqué de porter sur soi un exemplaire de la Bible». Elle punit également toute forme d’évangélisation de 2 à 5 ans de prison et de 500 000 à
1 000 000 DA d’amende. Elle vise quiconque «incite, contraint ou utilise des moyens de séduction tendant à convertir un musulman à une autre religion.»


«Malades mentaux»


Sur l’axe Alger-Ghardaïa, Mohamed, 55 ans, confie : «Ici, vous savez, il est difficile de nous organiser, nous ne sommes ni à Alger ni en Kabylie. Doucement, mais sûrement, nous y arriverons, nous parviendrons à avoir notre propre lieu de culte. Il faudrait pour cela que l’Etat admette que des Algériens peuvent ne pas être musulmans, il faut qu’il abroge cette loi de 2006.» L’Etat estime à 70 000 le nombre de chrétiens en Algérie. Mustapha Krim avance pour sa part le chiffre de 30 000 protestants et environ 11 000 catholiques, en précisant qu’ils ne se trouvent pas «exclusivement en Kabylie», mais aussi à Alger, à Oran, dans le Constantinois, et également du côté des Hauts-Plateaux, comme Djelfa. Du côté des Aurès, une petite communauté se prépare pour la fête de Noël qui sera, pour beaucoup, célébrée le vendredi 23 décembre prochain.

Kahina, 23 ans, protestante, se dit profondément confiante en l’avenir. «Je m’en remets à Dieu pour notre pays, pour notre avenir. Je n’ai pas peur, mais je suis parfois irritée par l’attitude de beaucoup de nos compatriotes qui nous stigmatisent et nous prennent parfois pour des malades mentaux. Et cette loi de 2006 n’a rien arrangé, au contraire, je prie chaque jour pour son abrogation, et pour que nous puissions jouir pleinement de notre croyance puisque notre Constitution est censée en garantir la liberté.» Belkacem, profondément attristé par cette situation, ajoute : «Cette loi n’a fait que nous stigmatiser davantage, nous sommes devenus des parias pour beaucoup de nos compatriotes et avec le ministre des Affaires religieuses que nous avons, tout va de mal en pis. Krahna. Houma habbine n’dirou kima khaoutna el iraqiine (nous n’en pouvons plus, ils veulent que nous fassions comme nos frères irakiens).»

Noël Boussaha

Odysseus
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Re: Deux poids, deux mesures?

Message par Odysseus » jeu. 24 nov. 2011 11:02

Les deux poids, deux mesures ont toujours existé...
C'est l'honneur d'une société que de les réduire à des différences acceptables par tous.
C'est le déshonneur d'une société que d'accentuer les différences de mesures et de les faire dépendre des poids ....

a+

Odysseus.

Olivier
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Re: Deux poids, deux mesures?

Message par Olivier » ven. 25 nov. 2011 23:36

Le Maghreb devrait se rappeler de ses racines chrétiennes, avant l'invasion musulmane.

Claude le Liseur
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Re: Deux poids, deux mesures?

Message par Claude le Liseur » jeu. 01 déc. 2011 20:26

Le cirque continue dans le pays chéri de la gauche française (source: www.romandie.com)

Algérie: un nouveau procès en appel pour un converti au christianisme


ALGER - Un nouveau procès en appel aura lieu pour un Algérien converti au christianisme condamné pour offense au prophète, la Cour d'Oran, à 450 km à l'ouest d'Aler, ayant estimé jeudi un complément d'enquête nécessaire, selon l'avocat de la défense.

L'affaire sera renvoyée de nouveau devant un juge d'instruction et sera confiée à un conseiller près la Cour, a déclaré à l'AFP Me Farid Khelifti avocat de la défense.

La procédure devrait prendre un mois, après quoi une nouvelle date sera fixée pour un autre procès en appel, a ajouté Me Khelifti.

Selon ce dernier, le juge a estimé que les éléments en sa possession n'étaient pas suffisants pour rendre un verdict comme prévu ce jeudi.

Le prévenu, Abdelkrim Siaghi, avait été condamné en 2010 à cinq ans de prison et 2.000 euros d'amende.

Le 17 novembre, lors du procès en appel, le procureur avait demandé une confirmation de la peine et la défense avait demandé la relaxe pour leur client.

Le seul témoin à charge ne s'était pas présenté à l'audience.

Un large mouvement de solidarité s'est crée autour de Abdelkrim Siaghi. De nombreuses personnes se sont rassemblées jeudi face au tribunal d'Oran en signe de solidarité, selon la presse.

J'espère que l'ordonnance 2006, qui est la cause de tout cela, sera revue, avait déclaré à l'AFP le 17 novembre Mustapha Krim, représentant de l'église protestante en Algérie. M. Krim avait également indiqué avoir rencontré le 1er novembre l'archevêque catholique d'Alger, Monseigneur Ghaleb Badr.

Nous avons eu une discussion et nous sommes entendus pour des actions communes entre les deux églises (catholique et protestante), face à ces situations, avait-il dit.

Le ministre des Affaires religieuses et des Wakfs Bouabdallah Ghlamallah a à nouveau démenti jeudi de quelconques restrictions envers les chrétiens en Algérie en marge des questions orales à l'Assemblée nationale populaire (APN), a rapporté l'agence APS.

Les chrétiens, a-t-il souligné, exercent librement leur culte dans un cadre réglementé. Tous les individus sont égaux devant la loi, a-t-il insisté en rappelant que des sanctions étaient prévues par la loi contre toute atteinte aux cultes.

Les chrétiens peuvent s'organiser en associations pour collecter des fonds et construire des églises, a-t-il aussi ajouté, indiquant qu'il y a entre 12 et 15 églises clandestines dans le pays.

L'exercice de tout culte en Algérie est conditionné à l'obtention d'un agrément sur le lieu de culte et le prédicateur, en vertu de la loi de février 2006.

Plusieurs procès ont été intentés en 2010 contre des Algériens pour atteinte aux préceptes de l'islam notamment des convertis au christianisme.


(©AFP / 01 décembre 2011 18h34)

christian
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Re: Deux poids, deux mesures?

Message par christian » jeu. 01 déc. 2011 20:46

Lorsqu'on lit l'information que je joins ci-dessous et que j'ai reçue hier, on n'ai que fort peu étonné!

"Afghanistan : le témoignage dérangeant d'un aumônier militaire...
Fin mai de cette année, une polémique a vivement opposé un jeune aumônier militaire de retour d'Afghanistan et le ministre de la Défense Gérard Longuet.
Révolté par certaines pratiques qu'il avait pu observer sur le terrain, le père Benoît Jullien de Pommerol adressait une lettre ouverte au ministre de la Défense, que nous relayons ci-dessous.
Rappelons que ce conflit, qui a éclaté il y a 10 ans, implique encore 4000 soldats français...

Monsieur le Ministre,

Après la publication malheureuse, sur Internet et dans la presse, de mon rapport de fin de
mission en janvier dernier, j'ai délibérément choisi de garder le silence et de refuser toutes les sollicitations (articles, conférences, etc.), afin de laisser les autorités militaires et vos services travailler et enquêter dans la sérénité, attendant d'être moi-même interrogé.

Cela me semble aujourd'hui vain, puisque vous publiez, au Journal officiel du 17 mai 2011, une réponse à la question écrite de Monsieur le député Bouchet (question n° 100539 au JO du 22/02/2011), dans laquelle vous mettez en cause l'exactitude des faits que je rapporte, sans que jamais je n'aie été entendu par ceux qui ont mené les enquêtes aboutissant à cette conclusion. Ni les autorités militaires, ni la DPSD, ni vos services, personne ! Quelle étrange façon d'enquêter...
J'aurais pourtant pu vous préciser le sens de ma démarche. Je le fais donc ici, et publiquement, puisque mon honnêteté est maintenant mise en cause publiquement.

Ce que je dénonce dans le rapport n'est en fait que le prolongement de ce qui se passait il y a vingt ans, lors de la guerre du Golfe. Déjà, la soumission à l'islam y est flagrante.

Cela commence à l'arrivée au port de Yanbu (Arabie Saoudite), lorsque les soldats français débarquent des bâtiments de la Marine nationale. La police religieuse saoudienne les attend au bas de la passerelle, vérifiant, en écartant les cols de treillis, que les militaires ne portent pas de croix autour du cou ; et si c'est le cas, la croix est retirée, mise dans une enveloppe et retournée en France.

Avant même d'arriver, des consignes incroyables ont été données : ne pas transporter de porc ou d'alcool dans ses bagages ; ne pas s'en faire envoyer dans des colis (la prévôté a même la mission sur place de le vérifier en ouvrant des colis au hasard, confisquant et détruisant les victuailles interdites par l'islam) ; ne pas arborer de croix rouges sur les véhicules sanitaires... Tout cela en dit long sur l'état d'esprit de la mission et ceci jusqu'au bout...

Au retour, après des morts et tant de blessés, transitant par Yanbu pour partir vers la France, nos convois routiers sont obligés de faire des dizaines de kilomètres supplémentaires pour contourner notamment la ville de Zilfi, interdite aux non-musulmans. Quelle incompréhension chez nos admirables soldats qui l'acceptent, malgré tout, sans que le pouvoir politique ne s'en offusque, trouvant sans doute cela normal.
En fait, il y eut une réaction : celle du ministre de la Défense, Monsieur Jean-Pierre Chevènement. Indigné par l'interdiction des concerts d'Eddy Mitchell prévus à Noël 1990, il annula, en guise de protestation, un entretien avec son homologue saoudien. En exprimant ses regrets, il précisa que « les chansons d'Eddy Mitchell ne menacent pas les valeurs islamiques, pas plus qu'elles ne menacent en France les valeurs chrétiennes ».
Que les valeurs chrétiennes soient menacées par les consignes saoudiennes interdisant les croix, les aumôniers militaires ou les objets religieux non musulmans en général ne sembla pas gêner vraiment le ministre.

Doit-on aussi accepter sans s'indigner, Monsieur le Ministre, le fait que les forces françaises offrent aujourd'hui en Afghanistan des tapis de prière à la gloire de l'Arabie Saoudite (avec les cimeterres et le palmier) ? Je tiens un exemplaire à votre disposition, envoyé par des soldats français lassés de tout cela.

Doit-on accepter sans s'indigner que les forces françaises offrent une mosquée au village de Landakhel, bâtiment construit grâce à l'argent du contribuable français ?

Qu'il soit imposé à des militaires féminins de se couvrir la tête au nom de l'islam ?

Qu'il soit décidé par un général que tous les soldats français de sa zone mangeraient halal, qu'on organise un repas de fin de ramadan au profit des Afghans, etc. ?

Les Saoudiens, en 1991, ne nous avaient pas imposé tout cela. N'est-il pas choquant que nos propres chefs, dans notre armée républicaine et laïque, décident de nous l'imposer en 2010 ?
Je vous l'assure, Monsieur le Ministre : les faits que je rapporte ne sont ni "exagérés" ni "approximatifs", pour reprendre les termes utilisés à mon égard dans votre réponse à Monsieur le député Bouchet.

Vous affirmez qu'un « militaire féminin a reçu l'ordre de se couvrir les cheveux pour se protéger ». La protéger de qui, de quoi ? « Des regards d'un certain nombre d'Afghans ? », fut-il répondu à Mgr Ravel. Puisque cet ordre de se couvrir les cheveux n'est plus donné aujourd'hui, j'en déduis que les Afghans n'ont plus de "regards". Marchent-ils les yeux fermés ?

Vous écrivez que ce fut « pour remplir une mission particulière ». Tous ceux qui ont assisté à cette scène savent que ce n'est pas la réalité. Mais quelle mission particulière pourrait requérir que les féminines couvrent leur tête avec un chèche ? Et sachez qu'il ne s'agit pas que d'un seul militaire féminin. Il y eut plusieurs cas. Je tiens des photos et des témoignages à votre disposition. Peut-on justifier cela par "un contexte opérationnel spécifique" ? Un contexte qui serait alors propre à la France puisque les autres pays de la coalition ne demandent pas cela.

Le fond du problème, Monsieur le Ministre, est que nous n'avons pas de consignes claires. Mgr Ravel évoque cette lacune dans son interview du 19 mai à Valeurs actuelles, à propos des « lignes directrices sur le juste et le légitime ».
Notre évêque aux armées affirmait aussi le 23 février 2011 (dans La Nouvelle République)que « les chefs doivent mener une réflexion pointue afin de définir des consignes claires pour ceux qui sont sur le terrain ». Il serait temps d'avoir ces consignes.
Cela fait dix ans cette année que nous sommes engagés en Afghanistan.

Comme "consigne claire", je reçois de la part d'un général un courrier, approuvé par le chef d'état-major de l'armée de terre, m'expliquant combien j'ai tort, me précisant ceci : « Une fillette au bras d'un adulte ou des femmes voilées ne sont pas en soi choquant ! Et même demander à un sous-officier féminin de se couvrir la tête pour éviter d'éventuelles convoitises ou regards déplacés peut se révéler judicieux. Cela dépend du contexte local. »

Je me souviens, Monsieur le Ministre, des larmes des femmes afghanes voyant nos militaires féminins vivre "normalement", sans le joug du voile. Je ne peux alors m'empêcher de penser que ce général est gravement décalé.

Mon interprétation des faits serait, selon votre réponse, en « total décalage » avec « la finalité de l'engagement opérationnel de la France en Afghanistan ». Mais si je me réfère à ce que disait en 2008 le chef de l'État, chef des armées, le président Nicolas Sarkozy, qui est vraiment en décalage ?
N'expliquait-il pas que nous étions aussi en Afghanistan pour, qu'un jour, les femmes afghanes n'aient plus à porter la burqa ? C'est bien l'ordre d'imposer le voile à nos féminines qui me semble « en total décalage avec la finalité de l'engagement opérationnel de la France en Afghanistan ».

Jusqu'à quand, Monsieur le Ministre, resterons-nous dans le flou et laisserons-nous tant d'amertume dans le coeur de nos soldats qui remplissent, malgré tout, si excellemment leur mission sur ce théâtre si difficile ?

Me tenant à votre entière disposition si vous souhaitez m'entendre sur ces sujets, je vous prie d'agréer, Monsieur le Ministre, l'expression de ma haute considération.

Père Benoît Jullien de Pommerol, aumônier du 2e régiment étranger de parachutistes de Calvi, aumônier auprès des forces armées aux Antilles depuis le 1er septembre" extrait de Minurme du 25/11/2011

Claude le Liseur
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Re: Deux poids, deux mesures?

Message par Claude le Liseur » ven. 02 déc. 2011 9:17

christian a écrit :Lorsqu'on lit l'information que je joins ci-dessous et que j'ai reçue hier, on n'ai que fort peu étonné!

"Afghanistan : le témoignage dérangeant d'un aumônier militaire...
Fin mai de cette année, une polémique a vivement opposé un jeune aumônier militaire de retour d'Afghanistan et le ministre de la Défense Gérard Longuet.
Révolté par certaines pratiques qu'il avait pu observer sur le terrain, le père Benoît Jullien de Pommerol adressait une lettre ouverte au ministre de la Défense, que nous relayons ci-dessous.
Rappelons que ce conflit, qui a éclaté il y a 10 ans, implique encore 4000 soldats français...

Monsieur le Ministre,

Après la publication malheureuse, sur Internet et dans la presse, de mon rapport de fin de
mission en janvier dernier, j'ai délibérément choisi de garder le silence et de refuser toutes les sollicitations (articles, conférences, etc.), afin de laisser les autorités militaires et vos services travailler et enquêter dans la sérénité, attendant d'être moi-même interrogé.

Cela me semble aujourd'hui vain, puisque vous publiez, au Journal officiel du 17 mai 2011, une réponse à la question écrite de Monsieur le député Bouchet (question n° 100539 au JO du 22/02/2011), dans laquelle vous mettez en cause l'exactitude des faits que je rapporte, sans que jamais je n'aie été entendu par ceux qui ont mené les enquêtes aboutissant à cette conclusion. Ni les autorités militaires, ni la DPSD, ni vos services, personne ! Quelle étrange façon d'enquêter...
J'aurais pourtant pu vous préciser le sens de ma démarche. Je le fais donc ici, et publiquement, puisque mon honnêteté est maintenant mise en cause publiquement.

Ce que je dénonce dans le rapport n'est en fait que le prolongement de ce qui se passait il y a vingt ans, lors de la guerre du Golfe. Déjà, la soumission à l'islam y est flagrante.

Cela commence à l'arrivée au port de Yanbu (Arabie Saoudite), lorsque les soldats français débarquent des bâtiments de la Marine nationale. La police religieuse saoudienne les attend au bas de la passerelle, vérifiant, en écartant les cols de treillis, que les militaires ne portent pas de croix autour du cou ; et si c'est le cas, la croix est retirée, mise dans une enveloppe et retournée en France.

Avant même d'arriver, des consignes incroyables ont été données : ne pas transporter de porc ou d'alcool dans ses bagages ; ne pas s'en faire envoyer dans des colis (la prévôté a même la mission sur place de le vérifier en ouvrant des colis au hasard, confisquant et détruisant les victuailles interdites par l'islam) ; ne pas arborer de croix rouges sur les véhicules sanitaires... Tout cela en dit long sur l'état d'esprit de la mission et ceci jusqu'au bout...

Au retour, après des morts et tant de blessés, transitant par Yanbu pour partir vers la France, nos convois routiers sont obligés de faire des dizaines de kilomètres supplémentaires pour contourner notamment la ville de Zilfi, interdite aux non-musulmans. Quelle incompréhension chez nos admirables soldats qui l'acceptent, malgré tout, sans que le pouvoir politique ne s'en offusque, trouvant sans doute cela normal.
En fait, il y eut une réaction : celle du ministre de la Défense, Monsieur Jean-Pierre Chevènement. Indigné par l'interdiction des concerts d'Eddy Mitchell prévus à Noël 1990, il annula, en guise de protestation, un entretien avec son homologue saoudien. En exprimant ses regrets, il précisa que « les chansons d'Eddy Mitchell ne menacent pas les valeurs islamiques, pas plus qu'elles ne menacent en France les valeurs chrétiennes ».
Que les valeurs chrétiennes soient menacées par les consignes saoudiennes interdisant les croix, les aumôniers militaires ou les objets religieux non musulmans en général ne sembla pas gêner vraiment le ministre.

Doit-on aussi accepter sans s'indigner, Monsieur le Ministre, le fait que les forces françaises offrent aujourd'hui en Afghanistan des tapis de prière à la gloire de l'Arabie Saoudite (avec les cimeterres et le palmier) ? Je tiens un exemplaire à votre disposition, envoyé par des soldats français lassés de tout cela.

Doit-on accepter sans s'indigner que les forces françaises offrent une mosquée au village de Landakhel, bâtiment construit grâce à l'argent du contribuable français ?

Qu'il soit imposé à des militaires féminins de se couvrir la tête au nom de l'islam ?

Qu'il soit décidé par un général que tous les soldats français de sa zone mangeraient halal, qu'on organise un repas de fin de ramadan au profit des Afghans, etc. ?

Les Saoudiens, en 1991, ne nous avaient pas imposé tout cela. N'est-il pas choquant que nos propres chefs, dans notre armée républicaine et laïque, décident de nous l'imposer en 2010 ?
Je vous l'assure, Monsieur le Ministre : les faits que je rapporte ne sont ni "exagérés" ni "approximatifs", pour reprendre les termes utilisés à mon égard dans votre réponse à Monsieur le député Bouchet.

Vous affirmez qu'un « militaire féminin a reçu l'ordre de se couvrir les cheveux pour se protéger ». La protéger de qui, de quoi ? « Des regards d'un certain nombre d'Afghans ? », fut-il répondu à Mgr Ravel. Puisque cet ordre de se couvrir les cheveux n'est plus donné aujourd'hui, j'en déduis que les Afghans n'ont plus de "regards". Marchent-ils les yeux fermés ?

Vous écrivez que ce fut « pour remplir une mission particulière ». Tous ceux qui ont assisté à cette scène savent que ce n'est pas la réalité. Mais quelle mission particulière pourrait requérir que les féminines couvrent leur tête avec un chèche ? Et sachez qu'il ne s'agit pas que d'un seul militaire féminin. Il y eut plusieurs cas. Je tiens des photos et des témoignages à votre disposition. Peut-on justifier cela par "un contexte opérationnel spécifique" ? Un contexte qui serait alors propre à la France puisque les autres pays de la coalition ne demandent pas cela.

Le fond du problème, Monsieur le Ministre, est que nous n'avons pas de consignes claires. Mgr Ravel évoque cette lacune dans son interview du 19 mai à Valeurs actuelles, à propos des « lignes directrices sur le juste et le légitime ».
Notre évêque aux armées affirmait aussi le 23 février 2011 (dans La Nouvelle République)que « les chefs doivent mener une réflexion pointue afin de définir des consignes claires pour ceux qui sont sur le terrain ». Il serait temps d'avoir ces consignes.
Cela fait dix ans cette année que nous sommes engagés en Afghanistan.

Comme "consigne claire", je reçois de la part d'un général un courrier, approuvé par le chef d'état-major de l'armée de terre, m'expliquant combien j'ai tort, me précisant ceci : « Une fillette au bras d'un adulte ou des femmes voilées ne sont pas en soi choquant ! Et même demander à un sous-officier féminin de se couvrir la tête pour éviter d'éventuelles convoitises ou regards déplacés peut se révéler judicieux. Cela dépend du contexte local. »

Je me souviens, Monsieur le Ministre, des larmes des femmes afghanes voyant nos militaires féminins vivre "normalement", sans le joug du voile. Je ne peux alors m'empêcher de penser que ce général est gravement décalé.

Mon interprétation des faits serait, selon votre réponse, en « total décalage » avec « la finalité de l'engagement opérationnel de la France en Afghanistan ». Mais si je me réfère à ce que disait en 2008 le chef de l'État, chef des armées, le président Nicolas Sarkozy, qui est vraiment en décalage ?
N'expliquait-il pas que nous étions aussi en Afghanistan pour, qu'un jour, les femmes afghanes n'aient plus à porter la burqa ? C'est bien l'ordre d'imposer le voile à nos féminines qui me semble « en total décalage avec la finalité de l'engagement opérationnel de la France en Afghanistan ».

Jusqu'à quand, Monsieur le Ministre, resterons-nous dans le flou et laisserons-nous tant d'amertume dans le coeur de nos soldats qui remplissent, malgré tout, si excellemment leur mission sur ce théâtre si difficile ?

Me tenant à votre entière disposition si vous souhaitez m'entendre sur ces sujets, je vous prie d'agréer, Monsieur le Ministre, l'expression de ma haute considération.

Père Benoît Jullien de Pommerol, aumônier du 2e régiment étranger de parachutistes de Calvi, aumônier auprès des forces armées aux Antilles depuis le 1er septembre" extrait de Minurme du 25/11/2011

Merci pour ce témoignage fort instructif qui nous rappelle, au passage, une fois de plus, que Jean-Pierre Chevènement fut un des rares ministres en exercice en Europe occidentale ces trente dernières années - non seulement en France, mais bien en Europe occidentale - à faire autre chose que la politique du chien crevé au fil de l'eau. Toutefois, il y a un passage d'une incroyable naïveté:
Mon interprétation des faits serait, selon votre réponse, en « total décalage » avec « la finalité de l'engagement opérationnel de la France en Afghanistan ». Mais si je me réfère à ce que disait en 2008 le chef de l'État, chef des armées, le président Nicolas Sarkozy, qui est vraiment en décalage ?
N'expliquait-il pas que nous étions aussi en Afghanistan pour, qu'un jour, les femmes afghanes n'aient plus à porter la burqa ? C'est bien l'ordre d'imposer le voile à nos féminines qui me semble « en total décalage avec la finalité de l'engagement opérationnel de la France en Afghanistan ».
Je me demande comment Monsieur l'Abbé Jullien de Pommerol a pu croire que le corps expéditionnaire français (et ses homologues allemand,espagnol, italien...) était en Afghanistan pour libérer ce pays de l'Islam. Non, non et non. Les soldats européens meurent en Afghanistan pour que les Anglo-Saxons puissent conquérir l'Asie centrale ex-soviétique. Après tout, n'est-ce pas normal que les soldats des Etats satellites soient priés de considérer comme un grand honneur le fait que les Etats dominants les appellent à mourir pour eux?
C'est là que ressort l'immense hypocrisie, l'immonde pourriture de la pensée unique et des media dominants. Mes quatre ancêtres directs morts pendant la première Guerre mondiale, je sais au moins qu'ils sont morts pour une juste cause, pour la plus juste des causes, pour le salut de leur pays et le retour des provinces arrachées. Je ne peux pas tolérer que Sarkozy, tout simplement parce que cela se fait dans son pays de coeur (les Etats-Unis), cherche à noyer la mémoire de ce sacrifice victorieux dans une vague journée de commémoration de toutes les guerres. Pour la suite, il est de bon ton de cracher sur les morts des guerres coloniales, en oubliant (ou plutôt en feignant d'oublier) que les Français, les Néerlandais, les Portugais, se battaient pour conserver des territoires que leurs ancêtres avaient conquis, parfois des siècles plus tôt, et que cela s'appelle aussi l'instinct de survie, sentiment incompréhensible pour la bien-pensance obligatoire qui, en revanche, est en extase devant les réalisation de l'Algérie démocratique et populaire, épurée de ses juifs et de ses chrétiens, et où un ouvrier peut être condamné pour avoir bu une bière sur un chantier pendant le Ramadan (curieux que cela ne choque pas des pseudo-marxistes et des pseudo-défenseurs de la classe ouvrière). Cette même bien-pensance, qui ne saurait trouver de mots assez durs pour condamner les guerres coloniales que les Français, les Néerlandais ou les Portugais menèrent pour conserver leurs colonies, essaie en revanche de nous faire le coup du patriotisme et de la guerre juste s'agissant de l'envoi de troupes allemandes, espagnoles, françaises et italiennes en Afghanistan dans le but de permettre aux Anglo-Saxons d'acquérir de nouvelles colonies. La cause anglo-américaine est si chère à la pensée unique dominante dans les pays francophones que l'on doit comprendre que les guerres coloniales sont un crime dès lors qu'il s'agit de conserver nos colonies, mais deviennent une chose louable, digne d'éloge, cool, et pour utiliser l'argument sidérant final, "moderne", dès lors qu'il s'agit de donner de nouvelles colonies aux Anglo-Saxons. On savait que les gens qui, seuls, ont le droit à la parole chez nous, étaient des féministes sélectifs et des antiracistes sélectifs; on les découvre maintenant des anticolonialistes sélectifs.
Non, les soldats européens qui meurent en Afghanistan ne meurent pas pour qu'un jour, les Afghanes puissent ne plus porter la burqa. Ils meurent pour les buts de guerre des Anglo-Saxons. Buts de guerre que ceux-ci n'ont même pas pris la peine de définir, au demeurant. On ne va quand même pas donner des explications aux Etats satellites...

Claude le Liseur
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Re: Deux poids, deux mesures?

Message par Claude le Liseur » ven. 09 déc. 2011 13:25

Claude le Liseur a écrit :
Claude le Liseur a écrit :Bien sûr qu'il se fiche du monde. Bien sûr qu'il a imposé par une magouille parlementaire un traité auquel nous avions dit non. Mais il faut lui reconnaître le mérite de ridiculiser un peu plus Kouchner-la-Honte, le ministre des Affaires étrangères qui ne connaît rien aux usages diplomatiques. (Il est vrai que le sieur Kouchner ne semble pas savoir de quel pays il est le ministre des Affaires étrangères: la France, les Etats-Unis d'Amérique ou le Rwanda?).
Le nouvel exploit de Kouchner-la-Honte, la nouvelle preuve de son mépris des usages diplomatiques, la découverte du nouvelle idole que le Kouchner s'est mis à adorer: le colonel Kadhafi!

Le dernier exploit en date de Kouchner (Tribune de Genève du 17 février 2010):
C'est le monde à l'envers. Hier, Bernard Kouchner a accusé la Suisse de prendre la Libye en otage en adoptant une politique restrictive des visas. Cette déclaration stupéfiante a été recueillie par nos confrères de la TSR dans le 19h30. Ceux-ci- ont demandé au ministre français des affaires étrangères si la France ne devait pas faire preuve de solidarité avec la Suisse. "Solidarité?", a ironisé Bernard Kouchner: "Voilà la Suisse membre de l'Union européenne..." Il a ensuite refusé de trancher le différend qui oppose "nos amis suisses et nos amis libyens".

Bernard Kouchner n'a pas évoqué d'un mot les deux otages suisses retenus à Tripoli. En revanche, il a dénoncé la politique stérile de la Suisse en matière de restriction des visas. "On ne peut pas être pris en otage au niveau des entrées et sorties des visas, et des mouvements des personnes dans l'Union européenne.. Cela ne peut pas durer".
Je laisse à M. Kouchner ses amitiés libyennes.

Commentaire de la dernière sortie de Kouchner par Arthur Grosjean (Tribune de Genève du 17 février 2010 http://www.tdg.ch/actu/monde/commentair ... 2010-02-17):
Commentaire: Kouchner, opportuniste jusqu'à l'indécence
OTAGES | Bernard Kouchner préfère soutenir une dictature qu'une démocratie voisine.


Arthur Grosjean | 17.02.2010 | 06:20


A quoi joue la France? Est-elle aussi avide de contrats libyens comme les Italiens pour qu'elle caresse pareillement Kadhafi dans le sens du poil en chargeant la Suisse dans l'affaire des otages? Les déclarations de Bernard Kouchner sont tout simplement indécentes. Rappelons que deux Suisses ne peuvent pas quitter Tripoli depuis plus d'un an. Et que fait le ministre français? Il parle d'une prise d'otage... suisse. La victime devient agresseur. Le "french doctor" préfère donc prendre partie pour une bonne dictature libyenne et laisser tomber une démocratie voisine et amie.

On aurait pu comprendre que la France ne se range pas bruyamment derrière la Suisse pour préserver ses contrats libyens. Nous ne sommes pas naïfs au point de ne pas comprendre la "Realpolitik" d'un pays. Ce qui choque, c'est que Kouchner mette pareillement la tête de la Suisse sous l'eau. L'Italie tient certes le même discours. Mais, en Suisse romande, on attend moins du Gouvernement fantasque de Berlusconi que de notre plus proche voisin dont nous partageons la langue. C'est une grosse déception. Et on se demande juste si l'opportuniste Kouchner représente bien la position officielle de la France de Fillon et Sarkozy.
Le commentaire est déjà dépassé: l'Italie a rectifié sa position et , dès le 17, elle a rappelé sa solidarité avec son voisin.
Il y a tout lieu de penser que M. Kouchner représente bien la position officielle de la France de Sarkozy.
Ce qu'il y a de merveilleux avec le kouchnérisme, c'est qu'il donne une idée de l'infini: oui, il est possible de tomber toujours plus bas.

Il est vrai que la sortie de Kouchner-la-Honte contre la Suisse s'inscrit dans la politique menée depuis son accession à l'Elysée par le sieur Sarkozy, politique maintenue même après que son compère Kouchner soit retombée dans les oubliettes de l'Histoire dont il n'aurait jamais dû sortir. On sait que, dans la géopolitique sarkozienne, avec l'honnêteté intellectuelle et la compréhension des enjeux qui caractérisent le sarkozysme, la Suisse est une sorte de trou noir au milieu de l'Europe où viennent s'engouffrer des capitaux fuyant l'institution immaculée qu'est le fisc français. Dans le sarkozysme, on ne se pose jamais des questions qui dérangent (pourquoi telle usine française a été délocalisée en Suisse malgré des salaires supérieurs dans ce pays ? pourquoi certaines parties de la Suisse sont-elles en voie de réindustrialisation - même Genève, malgré le coût prohibitif des terrains ! - alors qu'on attend toujours les effets du "volontarisme" sarkozien pour les industries françaises ?) et on se contente d'une offensive permanente contre le secret bancaire helvétique. Les mêmes positions vertueuses étaient partagées par le robot soviétique Angela Merkel et par le modèle de vertu Silvio Berlusconi. Il serait bien sûr politiquement incorrect de se demander si, dans un certain nombre d'Etats d'Europe occidentale, ce ne sont pas les impôts qui ont vidé la substance du pays. Non, il vaut mieux crier haro sur le baudet et se jeter sur un pays où la fiscalité est plus faible... et les déficits moins élevés.

Il y a un auteur qui n'est guère en odeur de sainteté sous le sarkozysme, mais qu'il serait peut-être utile de méditer:




L'Homme aux quarante écus

Ainsi, monsieur, les Suisses ne sont pas de droit divin dépouillés de la moitié de leurs biens; et celui qui possède quatre vaches n'en donne pas deux à l'Etat?

Le géomètre

Non, sans doute. Dans un canton, sur treize tonneaux de vin on en donne un, et on en boit douze. Dans un autre canton, on paye la douzième partie, et on en boit onze.

L'Homme aux quarante écus

Ah! qu'on me fasse suisse! (...)


Voltaire, L'Homme aux quarante écus, in Voltaire, Romans et contes, La Pléiade, Gallimard, Paris 1979, p. 431. Texte publié pour la première fois en... 1768.
Nihil novi sub sole.

Ne serait-il pas grand'temps de vraiment faire quelque chose ? De vraiment changer les choses ?

Claude le Liseur
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Re: Deux poids, deux mesures?

Message par Claude le Liseur » jeu. 20 sept. 2012 11:00

Un exemple presque caricatural de l'application du principe "deux poids, deux mesures" nous est fourni par le Bondy Blog, site créé à l'origine par les Suisses-romands-se-voulant-dans-le-vent de L'Hebdo, le journal qui ne semble avoir eu d'autre vocation que de publier les homélies euromondialistes de Jacques Pilet.

La journaliste se livre à une comparaison entre le "film" qui sert de prétexte à une agitation anti-yankee dans pas mal de pays musulmans ("film" entre guillemets, parce qu'à part quelques séquences sur YouTube, personne n'en a rien vu, et on ne sait donc pas si le film existe) et le chef d'oeuvre que serait selon elle la Vie de Brian des Monty Python. Je vais essayer de retenir ma plume (ou plutôt mon clavier) et de modérer ma férocité par rapport à tout ce que la journaliste nous révèle sur elle-même, pour me contenter de l'analyse du texte lui-même, qui est mal ficelé, bourré d'erreurs, et contradictoire, mais tellement, tellement révélateur de la désinformation pro-musulmane dont l'Occident s'abreuve depuis quelques décennies. Je souligne au passage que cette désinformation n'est pas l'oeuvre des musulmans eux-mêmes: elle est un pur produit du mal de vivre d'une partie des Européens, qui tourne à la haine de soi-même et donc du christianisme, ou à la haine du christianisme et donc de soi-même. Il est vrai que christianisme et Europe sont si indissociables que je ne sais quelle haine précède l'autre. Dommage en tout cas de voir l'Islam être embrigadé au service du suicide de l'Europe occidentale.

Autrefois, nous subissions la désinformation communiste. Elle était beaucoup mieux faite: qui n'a pas été impressionné ou ému en entendant Armée blanche, baron noir (Белая армия, чёрный барон), qui est pourtant, si on en comprends les paroles, un appel à la haine et à la destruction des églises? Bref, la haine du christianisme demeure, le talent en moins. Ce qui en dit long sur l'état intellectuel et culturel de l'Europe contemporaine, c'est qu'un pareil prêchi-prêcha islamophile arrive à convaincre là où les talentueux propagandistes du communisme se heurtaient à une solide résistance dans les esprits.

Source: l'inénarrable Bondy Blog http://yahoo.bondyblog.fr/201209200051/ ... n-plagiat/ Les fautes d'orthographe ne sont pas de moi.
Parce que j’aime bien me faire ma propre opinion sans réciter les analyses pré-mâchées de certains médias ou experts, je suis allée à la source, sur Youtube, voir ce fameux film « anti-Islam », L’innocence des Musulmans. Quelle ne fut pas ma surprise, dès les premières images, de reconnaître une copie malhonnête et mensongère du chef-d’œuvre des Monthy Pythons, La vie de Brian (1979) régulièrement cité comme l’un des films les plus drôles du monde.

Dans « La Vie de Brian », les humoristes anglais décrivaient par le menu la vie d’un certain Brian, sorte de jumeau cosmique de Jésus. Les scènes comiques sont l’occasion de pourfendre la Bible et de pointer ses incohérences avec un humour anglais pince-sans-rire.

Costumes anachroniques sur fond de désert, citations tirées de livres religieux, ironie comme arme contre l’obscurantisme : sur le papier, les deux synopsis sont proches. Sur le papier, seulement ?

D’un côté, La Vie de Brian suggère des scènes sexuelles à grand renforts d’allusions (la fenêtre ouverte sur Brian au petit matin) ou de répliques grinçantes autour de la naïveté de Brian qui voit toujours sa mère comme vierge (« Mon père est un Romain ? Mais alors, tu veux dire que c’était un viol ? - C’était un viol… au début ») De l’autre, L’innocence des Musulmans filme des scènes sans fondement, gênantes pour le spectateur (des agressions sexuelles ou viols) tournées comme des pornos amateurs.

Mais surtout, La Vie de Brian s’appuyait sur une connaissance profonde de la Bible, dont il faisait une analyse pointue, intelligente et humoristique. Ainsi, les Monthy Pytons s’appuyaient-ils par exemple sur une métaphore (la chaussure) pour expliquer comment plusieurs religions pouvaient avoir le même prophète. L’Innocence des Musulmans démontre quant à lui une véritable méconnaissance du Coran.

Sous-entendre que Brian pouvait avoir une relation avec une prostituée n’était qu’une référence à Marie-Madeleine. En revanche, montrer le prophète en train de violer des femmes ou de suggérer à ses disciples de violer des enfants comme c’est le cas dans L’innocence des Musulmans, relève purement et simplement de la malhonnêteté intellectuelle. Le cinéaste (dont l’identité n’est pas avérée) ne s’est appuyé que sur ses propres clichés : les femmes ont au contraire une place de choix dans le Coran, comme Khadija, la femme du prophète, présentée comme une femme d’affaire très intelligente, en qui le Prophète place une grande confiance (elle choisit seule la date de leur mariage, par exemple). On pourrait même croire que le Coran a parfois été corrigé par Osez le féminisme tant il utilise souvent le féminin (« ceux et celles… les croyants et les croyantes… ») Une nuance dont L’Innocence des Musulmans, contrairement à La Vie de Brian, ne s’embarrasse pas…

Plus que Jésus lui-même, La Vie de Brian entendait tourner en dérision les croyants fanatiques («- Vous êtes tous différents ! – Oui, nous sommes tous différents ! – Non, pas moi… »). A l’inverse, L’Innocence des Musulmans dont le but officiel serait « d’éclairer les Israéliens sur la réalité de l’Islam » choisit de montrer le Prophète quasi à l’antipode de ce qui est raconté dans le Coran.

Pêle-mêle, on peut se demander par exemple où sont passés l’Aumône, la propreté, ou le Djihad dans le sens de « guerre intérieure contre soi-même » ? Un défaut de fond dérangeant pour un film ni drôle, ni bien filmé.

Les scènes finales diffèrent aussi : La Vie de Brian s’achève sur une crucifixion collective, suite à un malentendu, sous fond de « Always look on the bright side of life » (« regardez toujours le bon côté de la vie ») chanson d’ailleurs diffusée lors des obsèques de l’un des Monty Pythons. En revanche, L’innocence des Musulmans se conclue par un gros plan sur un Prophète menaçant, entouré de flammes que l’on dirait rajoutées sur Windows Movie Maker.

J’attends avec impatience l’ouverture d’une catégorie « Plagiat blasphématoire » au prochains Gérards du cinéma…

Marlène Schiappa
Passons maintenant à l'analyse de l'article, d'une rare pauvreté culturelle et intellectuelle, mais qui est par cela même représentatif de la "pensée" islamiquement correcte dans l'Europe contemporaine.

Des goûts et des couleurs ne disputons pas: contrairement à l'auteur de l'article, les Monty Python ne m'ont jamais fait rire, et j'ai bâillé d'ennui en regardant La Vie de Brian. Je suppose d'ailleurs que si les Monty Python avaient eu un passeport français au lieu de britannique, une certaine presse francophone ne s'extasieraient pas sur eux, mais les cataloguerait dans la catégorie "comique franchouillard prout-prout". Ils relèvent en effet du comique britannique prout-prout. A chacun sa version du Pétomane. Mais la haine de soi-même commençant par l'anglomanie avant de passer à l'islamiquement correct, une nullité comme La vie de Brian passera pour un chef d'oeuvre. Bien, passons à la journaliste les extases dans lesquelles la plonge La Vie de Brian. Pour ma part, les Anglo-Saxons qui gâchent de la pellicule pour régler leurs problèmes avec leur éducation anglicane me plongent dans le même ennui que l'anglicanisme lui-même. Et toc.

Reste toutefois que si elle appliquait à la Vie de Brian les critères avec lesquels elle juge L'innocence des musulmans, le résultat serait le même: "ni drôle, ni bien filmé". Mais comme La Vie de Brian tourne en dérision "la Bible et ses incohérences", c'est forcément un chef d'oeuvre d'humour. Deux poids, deux mesures.

Je ne sais pas quelle connaissance exacte l'auteur de cet articulet a de la Bible et de ses incohérences, puisqu'elle ne s'étale guère sur le sujet... sans doute habituée à ce que les chrétiens fassent profil bas. Dommage, si elle s'était un peu plus avancée sur le sujet, on aurait sans doute bien ri. Madame Schiappa aurait peut-être découvert que le christianisme orthodoxe a d'autres munitions intellectuelles et spirituelles qu'un Monseigneur de Berranger. Et re-toc.

Parler de la Bible et de ses "incohérences" et ne trouver aucune incohérence dans le Coran, c'est reprendre le système de l'ineffable Maurice Bucaille, dont le livre était naguère offert par les émirs du pétrole à leurs hôtes francophones, et qui prétendait que toutes les découvertes de la science moderne se trouvaient dans le Coran, tout en appliquant à la Bible une autre grille de lecture. Toujours deux poids, deux mesures.

Mais puisque notre journaliste bondy-bloguante se targue de sa connaissance de l'Islam pour fustiger le "film" anti-islamique, jugeons-là donc à l'aune de ce qu'elle écrit à propos de l'Islam. On verra d'ailleurs qu'elle ne s'avance guère, et que l'argumentation pour reprocher au film son manque de connaissance de l'Islam (opposé à la grande connaissance de la Bible qu'auraient eu les Monty Python - on a les autorités que l'on peut...) est un peu courte.
Le cinéaste (dont l’identité n’est pas avérée) ne s’est appuyé que sur ses propres clichés : les femmes ont au contraire une place de choix dans le Coran, comme Khadija, la femme du prophète, présentée comme une femme d’affaire très intelligente, en qui le Prophète place une grande confiance (elle choisit seule la date de leur mariage, par exemple). On pourrait même croire que le Coran a parfois été corrigé par Osez le féminisme tant il utilise souvent le féminin (« ceux et celles… les croyants et les croyantes… ») Une nuance dont L’Innocence des Musulmans, contrairement à La Vie de Brian, ne s’embarrasse pas…
La journaliste est-elle au courant qu'en Islam, le témoignage d'un homme vaut celui de deux femmes? Que les parts d'héritage sont inégales selon le sexe? Que l'homme musulman peut épouser une femme chrétienne ou juive, tandis que la musulmane ne peut épouser un chrétien ou un juif qu'après conversion de celui-ci à l'Islam? Que l'homme peut répudier unilatéralement sa femme? Qu'un homme a droit à quatre épouses, et qu'il peut prendre parmi ses esclaves féminines un nombre illimité de concubines, tandis que la femme doit être monogame? Pour écrire sur le Bondy Blog, faut-il être ignorant ou insensible au point de ne pas savoir par quels moyens les Abbassides, les Ottomans ou les potentats d'Afrique du Nord peuplaient leurs harems et qu'est-ce que cela a signifié pour les populations chrétiennes d'Anatolie, des Balkans, d'Ukraine, d'Italie, d'Espagne... et même de Provence? Ce sont des questions que les musulmans, eux, abordent plus ouvertement que nos propagandistes maladroits de l'Islam ou plutôt de leur Islam recréé à leur fantaisie. Quel dommage aussi que Madame Schiappa écrive son apologie du féminisme islamique depuis la France "mécréante" et laïque, et pas depuis l'Arabie séoudite ou l'Algérie du Code de la famille de 1984.

Continuons l'analyse de ce manifeste de ce qu'il est obligatoire de penser dans la France de 2012.
Plus que Jésus lui-même, La Vie de Brian entendait tourner en dérision les croyants fanatiques («- Vous êtes tous différents ! – Oui, nous sommes tous différents ! – Non, pas moi… »). A l’inverse, L’Innocence des Musulmans dont le but officiel serait « d’éclairer les Israéliens sur la réalité de l’Islam » choisit de montrer le Prophète quasi à l’antipode de ce qui est raconté dans le Coran.
On admirera la petite réserve dont la sincérité me paraît discutable: au début du texte, on sonnait de la trompette pour célébrer les Monty Python qui avaient pourfendu les "incohérences" de la Bible, maintenant on souligne qu'ils ne s'attaquaient en fait qu'aux "croyants fanatiques". Une petite réserve, au cas où des chrétiens n'apprécieraient pas le "deux poids, deux mesures" de l'article? Quiconque considère le film La vie de Brian pour ce qu'il est (une nullité) s'exposerait ainsi à l'accusation d'être un "fanatique "- le fanatisme, bien sûr, ne pouvant être que chrétien; il n'y a pas de musulmans fanatiques dans le monde vu par le Bondy Blog. Pour le reste, on a toujours des jugements sans argumentation: on reproche au film anti-islamique de montrer le Prophète à l'antipode de ce qui est raconté dans le Coran (ce qui montre, au passage, que la journaliste ne sait pas que la vision "canonique" de la vie de Mahomet se trouve dans la Sira, et pas dans le Coran - faute peut-être d'avoir lu ni l'un, ni l'autre...), mais on n'a aucun exemple à l'appui, aucune démonstration, rien. Il est vrai que, quand du haut de la chaire de la bien-pensance, on assène la vérité officielle, on n'a pas à argumenter ni à prouver, ni même à illustrer par des exemples. On ne saura pas quels passages du "film" sont "quasi à l'antipode" de quels passages du Coran.
Pêle-mêle, on peut se demander par exemple où sont passés l’Aumône, la propreté, ou le Djihad dans le sens de « guerre intérieure contre soi-même » ? Un défaut de fond dérangeant pour un film ni drôle, ni bien filmé.
Ah! le Djihad dans le sens de "guerre intérieure contre soi-même"! Le classique! Dommage que Madame Schiappa n'est pas un mot pour le Djihad tel que l'ont subi successivement les Arabes païens et juifs, les Perses, les Byzantins, les Berbères, les Hindous, les Serbes et les Bulgares, les Polonais, Russes et Ukrainiens, les Arméniens et bien d'autres.
Je ne sais pas s'il arrive aux journalistes conformistes de sortir de la région parisienne. Sinon, je peux leur proposer une excursion dans le désert du nord de la Syrie. Il y a encore des endroits où on trouve des ossements d'Arméniens à qui les Jeunes-Turcs ont démontré que le Djihad ne se limite pas à la "guerre intérieure contre soi-même". Il y a un moment où une telle indifférence à tant de souffrances me soulève le coeur. Je me demande comment l'on peut s'asseoir tranquillement sur de pareilles montagnes de cadavres et nier leur existence.

Dommage aussi que la critique ne semble pas avoir vu le "film" qu'elle démolit. J'ai regardé les quelques passages visibles sur YouTube. Le film est en effet mal fait, à part la scène du pogrom anti-chrétien dans l'Egypte contemporaine en ouverture. Je concède d'ailleurs à Madame Schiappa que la comparaison avec les Monty Python n'est pas totalement dépourvue de sens, dans la mesure où j'ai plus eu l'impression, en regardant L'innocence des musulmans, d'une grosse galéjade que d'un vrai film de propagande. Style prout-prout avec allusions sexuelles lourdes (justement dans le genre des Monty Python), acteurs qui ne croient pas un seul instant à ce qu'ils font, manque évident de moyens, etc. Bref, dans l'ensemble, aussi mauvais que La vie de Brian.
Sauf une scène. Une seule scène. Celle où apparaît le fameux évêque "nestorien" (et en réalité ébionite) Waraqa ben Naoufal (ورقة بن نوفل ), d'ailleurs bizarrement costumé en évêque copte. La seule scène qui ouvre des perspectives sur les origines de l'Islam et le contexte du Moyen-Orient du VIIe siècle. Dommage que la journaliste du Bondy Blog ne se soit pas plus intéressée à cette scène et n'en parle pas dans son article. Mais, pour avoir remarqué la scène, il faut avoir vu le "film"... ou connaître les sujets sur lesquels on écrit.
J’attends avec impatience l’ouverture d’une catégorie « Plagiat blasphématoire » au prochains Gérards du cinéma…
J'attends de mon côté avec impatience l'ouverture d'une catégorie "Articles conformistes non argumentés" quand on créera les Césars de la presse parisianiste. Toutefois, la bien-pensance, l'absence d'argumentation et la méconnaissance du sujet traité sont visiblement les qualités requises pour la publication dans certains media. Mais même et surtout mal écrit, un article sans exemples ni arguments peut rester un monument caractéristique de notre temps où la haine de soi-même de beaucoup d'Européens les prédisposent à accueillir la propagande la plus mal faite et la moins digne de créance, de notre temps qui restera peut-être dans les mémoires comme l'ère de la jobardise.

Une dernière remarque: selon toute probabilité, le film L'innocence des musulmans n'existe pas. Il se limite sans doute à un assemblage de séquences qui dure quelques minutes sur YouTube. Ce n'est pas la première fois que beaucoup de gens s'agitent à propos de quelque chose qui n'existe pas. On a écrit pendant des siècles à propos du Livre des trois imposteurs (Tractatus de tribus impostoribus), livre qui n'existait pas. Massignon a montré que ce livre légendaire était déjà évoqué dans les milieux musulmans du Xe siècle avant de connaître la fortune littéraire et politique que l'on sait dans la chrétienté latine (cf. Massignon, "La légende "De Tribus Impostoribus" et ses origines islamiques", in Revue d'histoire des religions, t. LXXXII, n° 1-2, juillet 1920, repris in Massignon, Ecrits mémorables, tome II, collection "Bouquins", Robert Laffont, Paris 2009, pp. 142-145). Au fait, puis-je supposer qu'ils connaissent ce précédent historique, sur le Bondy Blog?

Claude le Liseur
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Re: Deux poids, deux mesures?

Message par Claude le Liseur » sam. 01 mars 2014 2:36

Le cirque a provisoirement tourné court au Maroc (source: http://www.tolerance.ca/Article.aspx?ID=205571&L=fr ):
Malgré l’engagement solennel de l’État à garantir la liberté d’opinion, la liberté d’expression et le libre exercice des cultes de tous (Constitution, articles 6 et 9), cela reste un vœu pieux pour au moins une partie du peuple marocain. Un jeune de la région de Taounate l’a appris à ses dépens.

Condamné pour ''prosélytisme''

Mohamed El-Baladi est âgée de 32 ans. Le 28 août 2013, suite à une dénonciation, les autorités l’ont arrêté à Douar Oulad Amrou à Ain Aïcha (une commune rurale située dans la région de Taounate). Après plus de cinq mois de surveillance de ses faits et gestes, les autorités ont fouillé son domicile et y ont trouvé du matériel religieux: des livres, des revues et des CD-Rom.

Ce marchand ambulant est accusé d’avoir tenté de convertir un mineur au christianisme. Le 3 septembre, il a comparu devant le tribunal de première instance de Taounate. Il n’a pas nié sa conversion à l'âge de 24 ans au christianisme (soit en 2006). Il est jugé coupable et condamné pour s’être converti à la foi chrétienne et pour prosélytisme. Sa peine: 30 mois de prison ferme et une amende de 500 dirhams (50 dollars américains).

Pour le prononcé de la sentence, le juge s’est appuyé sur l’article 220 du Code pénal qui stipule ce qui suit: ''(est puni d'emprisonnement de six mois à trois ans et d'une amende de 200 à 500 dirhams) quiconque emploie des moyens de séduction dans le but d'ébranler la foi d'un musulman ou de le convertir à une autre religion (alinéa 2).'' (1)

À la prison d'Ain Aïcha, il a subi des mauvais traitements de la part de ses codétenus pour sa conversion. Sa famille, de condition très modeste, a quant à elle, souffert de l’ostracisme de villageois qui avaient, à coup sûr, ressenti la conversion d’un des leurs comme une trahison des membres du groupe.

La mobilisation des militants des droits humains dans plusieurs villes du pays a permis la réouverture de son procès. Dès la première séance, la Cour d’appel de Fès a accordé au condamné la liberté provisoire en attendant d’entrer dans le vif du dossier. Fait à noter: si la première fois, M. Baladi était livré à lui-même, en raison du refus des avocats de la ville de Taounate de le défendre (!) (2), cette fois onze avocats venus de Fès, Rabat, Meknès et Tétouan se sont mobilisés pour le représenter gracieusement au nom du principe de liberté de conscience. Nombre de défenseurs des droits humains au pays se sont également mobilisés en sa faveur. Les réseaux sociaux et la blogosphère marocaine n’étaient pas en reste. Une page Facebook et une pétition ont été mises en ligne pour demander sa libération. Il n’était donc plus seul devant la justice.

Faute de preuves, la Cour a annulé en février sa condamnation pour prosélytisme. Il est redevenu un homme libre à partir du 13 février!

***

Mohamed El-Baladi peut donc désormais vivre son culte en toute liberté et à la lumière du jour! Sa libération, obtenue en partie grâce à la mobilisation de la société civile, est une avancée pour la liberté religieuse au Maroc. La question maintenant est de savoir quel sera l’impact de cette décision judiciaire sur la vie quotidienne des milliers de chrétiens marocains qui vivent, à ce jour, dans la clandestinité, leur nouvelle foi et qui n’osent même pas fréquenter une église de peur de faire l'objet de représailles ou d’ostracisme. Continueront-ils encore d’agir de même ou au contraire se saisiront-ils de cette occasion pour faire leur sortie chrétienne de placard? Et puis, comment réagiront les milieux ultraconservateurs à cette décision et à cette démarche? Se rappelleront-ils le verset coranique selon lequel ''Nulle contrainte en religion'' (Coran, S2: V256), un fondement du pluralisme religieux, ou préféreront-ils au contraire se lancer dans une surenchère qui n’a pas lieu d'être dans ce XXIe siècle quand il est question de choix religieux? L’avenir nous le dira.

On retrouve l'habituel délit à définition variable et extensive de "prosélytisme",mais, cette fois-ci, l'intervention de courageux confrères marocains qui ont assuré gratuitement la défense du prévenu a fait échec à la manoeuvre. Il semble même, selon d'autres sources, qu'au cours de l'audience d' appel, le procureur du Roi ait lui-même requis l'acquittement, au motif que la Constitution garantissait la liberté de culte. Partie remise jusqu'à la prochaine fois, ou signe que le Maroc échappe pour le moment à la dérive de l'Algérie?

Une réflexion me vient à l'esprit. La plupart des pays musulmans proclament la liberté de culte, mais interdisent le "prosélytisme" (façon déguisée de réprimer pénalement les conversions de musulmans à une autre religion*). Naguère, en Union soviétique, on proclamait la liberté de culte et la liberté de propagande anti-religieuse (façon déguisée de dire qu'en réalité, toute activité religieuse était interdite). Je me demande si ce n'est pas un bon apôtre communiste qui aurait proposé la formule à tel ou tel pays musulman.

* Je n'écris pas "au christianisme" parce que si la question principale est celle des conversions de musulmans au protestantisme (vu le peu de ferveur missionnaire des catholiques et des orthodoxes...) et que je doute fort que les derniers restes des communautés juives du Dar-al-Islam puissent attirer beaucoup de convertis, le monde musulman ne se limite pas aux pays arabes et, de l'Iran à l'Indonésie, il y a aussi la question des conversions de musulmans au bouddhisme et même au zoroastrisme qui est peut-être moins moribond qu'on le dit.

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