"AVEC LA CROIX POUR BANNIÈRE" (A. Kalomiros)

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Catherine
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"AVEC LA CROIX POUR BANNIÈRE" (A. Kalomiros)

Message par Catherine »

L’Europe, pour tout le monde, est un pays chrétien. Mais en vérité, le diable est malin par excellence et ses plaisanteries ont des conséquences tragiques pour l’humanité. Le malheur, le plus grand malheur qu’ait jamais trouvé le monde a la Croix pour bannière. L’aristotélisme des théologiens occidentaux et leur assimilation de la pensée rationaliste de la Grèce antique, la transformation de la théologie en philosophie, l’altération de la foi, le papisme, la soif de puissance et des pouvoirs mondains, les croisades, les mélanges et les compromis de la religion avec la politique, l’inquisition, les missions qui se sont révélées être les avant-gardes des colonisateurs, les conquêtes, les guerres «sangsues» systématiques du sang des peuples, les orgies, les impostures, les humiliations et les tyrannies ont été faites au nom de la Croix.
Conséquemment à cette chute si tragique de la religion, il était naturel que l’athéisme et la Réforme jaillissent en tant qu’expression de la recherche de la délivrance et de la santé.
Il faut prêter attention au fait que l’athéisme ne s’est présenté en Europe ni comme un indifférentisme ou un agnosticisme, ni comme une simple disposition épicurienne ; l’athéisme de l’Europe n’a pas été une négation «philosophique». Il exprimait une forte haine contre le Dieu des chrétiens tel qu’ils L’avaient connu en Europe, c’était en fait une passion violente, une indignation de l’âme, un blasphème.
Dans l’Orient chrétien orthodoxe, de l’époque de Constantin le Grand jusqu’à la révolution grecque, on n’a jamais connu de pareils incidents. Les hommes de l’Orient avaient un Dieu complètement différent du Dieu qu’ont connu les hommes de l’Occident. C’est pour cela qu’ils n’ont jamais voulu Le renier, même s’ils étaient de grands pécheurs. Les premiers athées en Grèce nous sont venus de l’Europe. Leur athéisme s’est nourri des fautes des chrétiens et de l’altération de la vérité chrétienne qui a été faite en Occident.
La Réforme aussi peut apparaître comme une secte isolée, mais en réalité elle est née en tant que négation du catholicisme. Elle n’a jamais existé comme une doctrine à part entière ; au contraire, elle était et est toujours une opposition religieuse. Ce qui justifie cette négation, c’est la présence du catholicisme. Si le catholicisme disparaissait, elle perdrait sa raison d’être.

eliazar
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Kalomiros et "l'Europe"

Message par eliazar »

Qui veut trop prouver ….
J’aime beaucoup Kalomiros, mais les Grecs ont quelques fois un défaut commun à beaucoup d’autres Méditerranéens : ils se grisent de belles envolées - jusqu’à l’enflure. Et là…
… Quand il écrit que « … les conquêtes, les guerres «sangsues» systématiques du sang des peuples, les orgies, les impostures, les humiliations et les tyrannies ont été faites au nom de la Croix », il en rajoute un peu, non ? Ou bien alors il considère que les conquêtes de la Révolution, et les guerres « sangsues » du sang des peuples (comme celles de Napoléon) ont été faites sous la bannière de la Croix, et que les orgies du Régent, sous Louis XV, l’étaient aussi ! etc… etc…
Certes, il est vrai que Charlemagne a été un tyran, et qu’il s’est couvert de la Croix pour massacrer les Saxons qui refusaient de se laisser baptiser de force – mais l’Europe a vu naître un certain nombre de tyrans qui ne l’étaient pas au nom de la religion.
En fait, ce qui est en cause dans cette énumération un peu mélodramatique n’est pas l’Europe (qui d’ailleurs n’a jamais été un pays – et dont la Grèce faisait déjà partie, entre autres) mais la Chrétienté du Moyen-Age le plus décadent, des guerres de religion et du triomphalisme papiste. Et quand le cher Kalomiros écrit que « Dans l’Orient chrétien orthodoxe, de l’époque de Constantin le Grand jusqu’à la révolution grecque, on n’a jamais connu de pareils incidents » (ce qui est un bel euphémisme, s’agissant des massacres qu’il vient d’énumérer), on ose à peine lui rappeler ces empereurs de Byzance qui envoyaient leurs soldats massacrer les monastères anti-iconoclastes, ou ceux qui refusaient d’accepter la fausse union avec les Latins du Pape. Pour ne rien dire de la tyrannie d’un Tsar Pierre le Grand.

Ceci dit, j’attends de pied ferme ce que notre ami Claude va répondre à ses «missions qui se sont révélées être les avant-gardes des colonisateurs » ! On dirait que les grands esprits se rencontrent, en ce moment.
Au moins, dans notre Forum, on ne s’ennuie pas !

Je ne peux pas laisser non plus passer : « l’athéisme ne s’est présenté en Europe ni comme un indifférentisme ou un agnosticisme, ni comme une simple disposition épicurienne ; l’athéisme de l’Europe n’a pas été une négation «philosophique». Il exprimait une forte haine contre le Dieu des chrétiens ». Ce n’est pas sérieux du tout.
L’athéisme d’un Voltaire, dont les Jésuites nous ont rebattu les oreilles, n’était qu’un agnosticisme et probablement aussi une disposition épicurienne. Et le Siècle des Lumières, qui a fini par catalyser et amalgamer toutes les formes d’opposition à la religion d’État les plus opposées, a justement été une négation d’ordre philosophique. Prétendre que les Encyclopédistes avaient « une forte haine contre le Dieu des chrétiens », c’est les confondre avec l’Islam moderne.

Et que dire de sa conclusion : « La Réforme aussi peut apparaître comme une secte isolée, mais en réalité elle est née en tant que négation du catholicisme…. … Elle n’a jamais existé comme une doctrine à part entière… Ce qui justifie cette négation, c’est la présence du catholicisme. Si le catholicisme disparaissait, elle perdrait sa raison d’être » ?
Il ne m’appartient pas d’intervenir à la place d’un de nos amis protestants… mais tout ce paragraphe, mot à mot, est un enfilage de contre-vérités. En tout cas, hautement contestable.

Éliazar

Irène
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Message par Irène »

Oui, quand on écrit, on se laisse parfois aller à de belles envolées et Eliazar n'a pas tort de remettre certaines choses à leur place. Mais Catherine, en gros, a raison : la religion catholique ne peut que s'effondrer, elle n'est pas "vivable".Je ne vais pas remonter aussi loin que vous mais, par exemple, l'autorité pontificale - relayée par le clergé - se mêle de tout . Un Catholique vit en permanence hanté par le pêché qu'il pourrait commettre. Aujourd'ui, c'est encore différent car le clergé est de moins en moins présent (et c'est peu de le dire) mais les "lois" régissant la vie privée sont toujours en vigueur. On dirait que c'est la seule partie de la vie des Catholiques qui intéresse les autorités écclésiastiques. Un jour, on veut fuir. On veut vraiment trouver Dieu. Il est clair que la religion catholique a voulu mettre l'homme "sous le boisseau" et quand elle fut forte, en effet, elle a fait lourdemment peser la "Croix".

Catherine
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Message par Catherine »

Il fallait prendre, bien sûr, ce texte, de façon globale, spirituelle, et non pas entrer dans les détails de la lettre.
Irène l'a bien compris.
J'avoue que personnellement je n'ai pas trop vécu dans le papisme, Dieu merci, mais j'ai pu saisir sa spiritualité, si étrangère à l'esprit de liberté (et non de laxisme !) qui règne dans l'orthodoxie.
Car le manque de liberté dans le papisme, la contrainte tant de fois exercée par des personnes humaines faillibles qui se sont substituées à Dieu n'a pu qu'engendrer la révolte, qui a été suivie de laxisme.
L'orthodoxie est une vie équilibrée même au sein d'une pratique de strictes observances, car elle est basée sur l'obéissance librement consentie à la Vérité qui est Christ-Dieu.
Et je regrette, cher Éliazar, mais il est bien vrai de dire que le protestantisme n'aurait pas vu le jour sans le papisme : il n'aurait rien eu contre quoi protester, d'une part, d'autre part, ses germes se trouvent bien dans le papisme et pas dans l'orthodoxie.
K.

panayiotis
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Message par panayiotis »

Eliazar,

Le fait est que l'orient n'a pas fait naitre de mouvement comparable à celui de la réforme ou à la laicité à la française.

L'orient européen, la russie, a connu l'athéisme communiste mais ce dernier est, on l'oublie, de source occidentale.

Sur un autre plan le seul événement de l'histoire de l'empire romain d'orient comparable aux croisades occidentale est le massacre de la secte des pauliniens.

N'oublions pas que Grégoire Palamas a longuement écrit sur Aristote et que c'est du monde grec médiéval qu'est parti l'intérêt occidental pour les textes grecs antiques. Ce sont les savants grecs comme Chrysolaras qui ont re-initié les occidentaux à la philosophie grecque antique (et qui avant d'initier les occidentaux avaient déjà intié les arabes). Ce sont les Grecs orthodoxes qui ont garni la bibliothèque de Venise. Tout cela a été redécouvert par les occidentaux après le pillage de Constantinople. Malgré les péripéties de l'histoire l'intérêt pour le savoir paien n'avait pas totalement disparu en orthodoxie et alors même qu'il était considéré comme paien il était beaucoup plus présent qu'en Occident. L'Empire romain d'orient n'en fut pas mois orthodoxe pour autant.

eliazar
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Avec la bannière de la Croix

Message par eliazar »

Bien sûr, bien sûr…
Mais nous parlions de guerres de religion « avec la bannière de la Croix » - pas de Renaissance et de redécouverte d’Aristote.
Et la persécution des moines par les iconoclastes, comme la persécution des Vieux-Orthodoxes par l’Orthodoxie d’État de Pierre le Grand, cela y ressemble pas mal, non ?
D’ailleurs, quand on lit "Les Voies de la Théologie Russe" de Georges Florovsky, on voit bien qu’à l’intérieur de l’œuf géant « Orthodoxie », il y a eu autant de » courants déviants qui grouillaient qu’à l’intérieur, par exemple, du Protestantisme en Occident. Des deux côtés, il y a eu un bouillonnement des idées et une fragmentation en petits groupes qui gardaient le nom d’Église Orthodoxe, mais en tirant la couverture chacun à soi.
Ceci dit, je reconnais volontiers qu’il y avait là invasion de la Russie par les idées des Lumières – et par le Luthéranisme aussi, qui a ouvert par la force des choses d’autres portes à courants d’air… Et donc, épidémies occidentales !

L'Orient nous envoyait régulièrement la peste (celle des corps) et l'Occident vous envoyait les siennes (celles des intelects - et donc des âmes, finalement)...
Éliazar

panayiotis
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Message par panayiotis »

Eliazar,

je voulais souligner un état d'esprit plus ouvert qu'il n'y parait qui a pu exister

pour les différents courant vous avez raison, c'est inhérant au fait qu'il n'y a pas de direction unique

cela se retrouve aujourd'hui à toutes les échelles (comme la pratique du monachisme, plus éclatée en orthodoxie que dans le catholicisme en raison de l'autonomie d'organisation des monastères

eliazar
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Avec la Croix pour Bannière

Message par eliazar »

Panayotis,

Ce problème d’une direction unique est lui aussi une terrible et subtile tentation. Car l’Église ne peut avoir qu’une seule Direction Unique, celle de sa Tête. Le Seigneur Christ ressuscité et assis à la droite du Père. Et le « vaticanisme » (des hérétiques kto) fait partie intégrante de leur glissement hors de l’Église : ils se sont fait un roi, comme les grenouilles de la fable, sans comprendre qu’il allait les dévorer.

Le catholicisme romain n’est plus une église, mais un gouvernement, un empire, avec sa monnaie, ses banques nationales, sa diplomatie internationale ; depuis longtemps, les papes voulaient obliger les empereurs à se soumettre à eux, parce qu’ils voulaient devenir les véritables empereurs du monde. Des empereurs occultes. « La Femme que tu as vue, c’est la Grande Ville, qui a la royauté sur les rois de la terre » (Apoc. 17, 18), sauf que nous imaginons toujours les rois à cheval avec une couronne d’or sur la tête, mais les rois de la terre, eux, sont les conseils d’administration des banques et des multinationales, les comités de rédaction des grands media, etc… Pas de cheval, pas de manteau, pas de couronne, mais la puissance de laisser manger ou de faire crever de faim, de déformer les têtes et de pourrir les cœurs, de faire oublier le Christ…
Et Rome, sans qu’ils en soient conscients, leur a inculqué sa propre version (empoisonnée) de l’histoire du Christianisme ; c’est pour cela que j’ai signalé dans une autre rubrique la phrase de Françoise Laborde à France-2, totalisant « l’ensemble des Chrétiens, c’est à dire les Catholiques et les Protestants » ! Je ne suis pas certain qu’elle sqoit catholique romaine, mais elle a déjà avalé le poison de la Femme qui a la royauté sur les rois de ce monde.

De même, les Papes ont voulu devenir « infaillibles » : pour remplacer Dieu ; ils s’étaient déjà faits « vicaires » du Christ, il leur manquait l’absolutisme doctrinal ! Cette infaillibilité (qui ne faisait encore que se chercher) a conduit insidieusement les anciens kto à ne plus lire les Pères, ni même la Bible – et depuis, les nouveaux kto en sont arrivés à ne même plus lire l’Évangile. Ils ont le Pape, cela leur suffit. Et ces JMJ dont vous parlez imprudemment dans une autre rubrique ne sont qu’un vulgaire festival du genre Woodstock ! Même à la « Fête de l’Humanité », on y a davantage d’intérêt pour la doctrine (celle du communisme, bien sûr), malgré les stands de saucisses !

Il faut bien regarder ce dont on parle : quand on voit les JMJ, c’est le Pape Super-Star qu'on voit. Comme dirait l’Apôtre : « L’homme psychique n’admet pas ce qui est de l’Esprit de Dieu : c’est folie pour lui et il ne peut le connaître… Que personne ne s’abuse ! Si quelqu’un parmi vous pense être sage à la façon de ce monde, qu’il devienne fou, pour devenir sage ; car la sagesse de ce monde est folie auprès de Dieu » (I Cor. 2, 14 - 3, 18)

Je crois (en Vérité) que nous devrions nous méfier comme de la peste de tout ce qui nous paraît acceptable, ou bénin, ou utile à imiter, dans le catholicisme romain ; c’est à ce moment-là que nous courons les plus grands dangers de dégringoler de leur côté du ravin, sans même voir l’abîme qui est au fond de la pente !

C’est vrai qu’au regard des mœurs de notre temps, nous voudrions bien, nous les Orthodoxes, « réussir dans l’évangélisation mondiale » comme Rome a « réussi » … à prêcher son Papisme dans le monde entier. Seulement c’est un énorme piège ! Celui d’une Direction Unique, d’un Pasteur Suprême, d’une Centralisation des moyens…

Pourquoi l’Église (l’orthodoxe) a-t-elle maintenu jusqu’ici (et j’espère : à jamais) l’autonomie d’organisation des monastères ? pourquoi l’Église a-t-elle jusqu’à aujourd’hui (malgré la tentation d’avoir elle aussi un Patriarche qui parlerait au nom de tous et qui dirigerait tout) maintenu l’indépendance absolue de chaque évêque, et son égalité avec tous les autres ? Justement parce que le seul Seigneur, le seul « Vladika », c’est le Christ - et que chacun des évêques est son serviteur (et son serviteur inutile : comme furent les Apôtres ; comme toi et moi aussi). L’Unique directeur, l’unique Pasteur, l’unique Pontife, l’unique Souverain, l’unique Seigneur ; tout le reste du monde, sur la terre, est un jardin confié aux hommes, chacun à son lopin de terre, à sa responsabilité fragmentée – et tous réunis par l’unique Tête du Corps qu’ils forment ensemble.

Le jour où nous oublierions cela, Rome aurait gagné : il n’y aurait plus d’orthodoxie. Alors, au moins, faisons en sorte que cela ne se glisse jamais dans nos têtes ! C’est déjà entré dans la tête de certains des membres du « Club », même s’ils n’en sont encore, modestement, qu’à l’idée d’une direction occulte collégiale, qui puisse parler d’une seule voix en direction des media, et décider à mi-voix de ce que l’on peut dire et de ce qu’on doit taire, des livres qu’on doit encenser et de ceux qu’on doit enterrer, etc… etc… Mais Dieu soit loué, ils ne sont pas l’Orthodoxie. Seulement une plaque de prurit, quelques boutons qui donnent envie furieuse de se gratter.

Une conclusion à tout ce délire ?

Prions pour nos Évêques !!

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