Saint Grégoire de Narek - Eglise en Arménie

Échangez vos idées librement ici

Modérateur : Auteurs

gabadonia
Messages : 14
Inscription : ven. 09 sept. 2005 9:22
Localisation : France

Message par gabadonia » mer. 14 févr. 2007 13:19

Dès le début de son apparition ou de sa fondation, l'Eglise a été attaquée par le Malin, mais, dans l'ensemble, elle a bien résisté, surtout à l'époque des persécutions. La conversion de l'Empire romain, quoique qualifiée de providentielle par presque tous les Pères a mis l'Eglise dans une situation très délicate (lire à ce sujet le livre du père Jean Meyendorff sur l'Eglise au VIe siècle). Mais, malgré l'épisode "arienne", elle a réussi à à tenir le coup ! Et cela, jusqu'au concile d'Ephèse. Avant de continuer, je tiens à rappeler que nous sommes sur un forum et qu'on y est forcément schématique et extrêmement synthétique. Donc, je tiens l'accord entre Cyrille d'Alexandrie et Jean d'Antioche pour le signe que l'Esprit Saint agissait dans l'Eglise, car saint Cyrille a écouté et compris les difficultés des Antiochiens et a préféré s'en tenir à l'essentiel pour ne pas diviser les chrétiens. Il en a été de même de Jean d'Antioche. Mais leurs successeurs n'ont pas eu cet amour de l'Eglise et se sont acharnés les uns contre les autres, jusqu'à introduire entre les membres du Christ une haine et une violence indignes de chrétiens. Le concile de Chalcédoine a été, qu'on le veuille ou non, un épisode (et loin d'être le dernier) de la lutte fratricide . Pour moi, la division des chrétiens (et non de l'Eglise) s'est cristallisée à Chalcédoine. Je la vois comme un abandon de Dieu. La haine étant entrée parmi les membres du Christ, l'Esprit Saint nous a laissés à nos propres forces et à nos propres lueurs. Car vraiment, si l'Esprit Saint avait été présent à Chalcédoine, je ne pense pas qu'il y aurait eu une telle division qui persite jusqu'aujourd'hui dont les conséquences ont été désastreuses, jusqu'à ouvrir les portes de l'Egypte, de la Palelstine et de la Syrie à l'Islam ! Il ne s'agissait pas d'une bande d'hérétiques, mais de peuples entiers dépositaires de traditions apostoliques et d'une grande tradition de sainteté ! Maintenant on peut dire : nous avions raison, et eux sont hérétiques. Mais le vrai mal, c'est cette haine qui a divisé les membres de l'Eglise au point qu'ils n'ont même plus le désir de se réconcilier ! C'est pourquoi, je pense que ce qui peut plaire au Christ, ce qu'il attend de ceux qui se disent vraiment orthodoxes, c'est de s'employer à dissoudre cette haine tenace entre les membres du Christ (au lieu de les traiter d'hérétiques) pour que l'Esprit-Saint suscite en nous tous le désir de nous réconcilier pour l'amour de Dieu. Il faut aussi cesser de parler d"unité" car ce mot est devenu suspect tant elle sous-entend pour les non-chalcédoniens, une volonté de les dominer. Il y a d'autres orthodoxes qui voient les choses comme moi. J'ai même trouvé des sites qui veulent se consacrer à la tâche de réconcilier chalcédoniens et non-chalcédoniens. Je pense que lorsque nous serons de nouveau réceptifs aux motions de l'Esprit Saint, c'est le Christ lui-même qui trouvera les voies de la réconciliation et d'une union selon Lui.

Ploscaru Mihaela
Messages : 192
Inscription : lun. 01 mars 2004 17:05
Localisation : BOURGES 18 FRANCE

Message par Ploscaru Mihaela » mer. 14 févr. 2007 14:25

je n'ai pas encore trouvé la citation exacte de :" je sais où est l'Eglise, je ne sais pas où elle n'est pas .." mais je continue mes recherches et en attendant je livre ceci : " parceque l'Eglise terrestre et visible n'est pas encore la plènitude et l'achèvement de toute l'Eglise, telle que le Seigneur l'a désignée pour apparaître au jugement final de toute la création, elle n'agit et ne connait qu'à l'interieur de ses propres limites; ...elle laise au jour du jugement le reste de l'humanité, qui lui soit étranger ou qui lui soit rattachée par des liens que le Seigneur n'a pas jugé bon de lui révèler ." (l'Eglise est une, de Khomiakov)
ou encore : " ainsi arrive-t-il que celuii qui est chassé dehors est à l'interieur et que celui qui est à l'intérieur est dehors " (Homèlie sur le Lévitique, XIV, 3 Origène)

Jean-Louis Palierne
Messages : 1044
Inscription : ven. 20 juin 2003 11:02

Message par Jean-Louis Palierne » mer. 14 févr. 2007 21:49

Oui, mais l’Église existe, et c’est elle qui distribue le Gr^ce. Chaque Église locale voit le Christ venir siéger au mieu d’elle, car il en est le Tête et c’est un homme, l’évêque, qui siège “à son image et à sa place”. Et le Christ a remis à ses Apôtres, afin que ceux-ci le remettent aux évêques et à leurs successeurs, un ensemble de dispositions précises, fixant le forme de l’Église, l’articulation de ses différents ministères, l’ordonnancement de ses prières liturgiques, la distribution de ses saints Mystères. Dès lors que je sais où se trouve cette Église, je ne dois pas m’abstenir d’y participer, même si elle se conduit mal.

L’Esprit souffle où il veut, même hors de l’Église, et il ne s’en prive pas, mais au jour du Jugement, lorsque le Christ paraîtra en gloire pour juger les vivants et les morts, ceux qui auront connu le Grâce de Dieu au secret de leur cœur, sans savoir le nommer, sans savoir qu’il est présent dans son Église, s’empresseront alors de reconnaître cette Église où il siègera, de se joindre à elle pour en recevoir visiblement la Grâce, cependant que certains qui y appartenaient dan cette vie d’épreuves provisoires seront accusés de ne pas avoir été à la hauteur de leur vocation et d’avoir négligé de servir l’Église, le Corps du Christ (et certains même d’voir mal dirigé l’Église locale qui leur avait été confiée…).

Mais l’Église existe bien aujourd’hui et elle inclut potentiellement toute l’histoire du genre humain.
Jean-Louis Palierne
paliernejl@wanadoo.fr

Ploscaru Mihaela
Messages : 192
Inscription : lun. 01 mars 2004 17:05
Localisation : BOURGES 18 FRANCE

Message par Ploscaru Mihaela » jeu. 15 févr. 2007 2:16

d'accord tout à fait Jean-Louis, c'est ce que je pense que veut dire cette citation : je sais où est l'Eglise... cad que puisque je le sais, j'en suis, je le suis et elle m'est vie ; et l'autre pendant de la citatation ..."je ne sais pas où elle n'est pas..." indique que Seul le Christ peut remplir lEglise car Elle englobe tout l'univers créé (catholique) qui encore ne suffirait pas à la remplir. Voilà ce que je crois très mal exprimé ..Mihaela

Stephanopoulos
Messages : 269
Inscription : ven. 05 mars 2004 13:14
Localisation : Vaud, Suisse

Message par Stephanopoulos » jeu. 15 févr. 2007 7:52

Voici un extrait d'un article de Igor Dorfmann-Lazarev qui traite du concile de Chalcédoine :

"Le concile de Chalcédoine est convoqué en 451 pour régler la controverse déclenchée par l’abbé Eutychès de Constantinople (378-454) qui nie que le Christ est “consubstantiel (homoousios) aux hommes”, c’est-à-dire, partage la même existence que les hommes. Ce concile définit le Christ comme “connu en deux natures”. Les adversaires du quatrième concile ont voulu affirmer avec vigueur que la vie terrestre de Jésus, constituant l’événement du salut, ne fut que la manifestation de Dieu, l’unique Sauveur. Ils sont restés attachés aux acquis des trois premiers conciles œcuméniques, ainsi qu’au langage christologique de Cyrille le patriarche d’Alexandrie, la suprême autorité en ce qui concerne la christologie aux yeux des “monophysites”. Cyrille parle de l’union de la divinité et de l’humanité d’une manière asymétrique, utilisant la formule “unique nature incarnée (mia physis) du Verbe de Dieu. Pour lui, le mot nature (physis, désigne la divinité du Fils de Dieu, tandis que l’adjectif “incarné” {sesarkômenê} désigne l’humanité que le Verbe divin, venant dans ce monde, a fait sienne). C’est pourquoi, s’agissant des Églises syriaque, arménienne, copte et éthiopienne, il est plus correct de parler des “miaphysites”, plutôt que de “monophysites”. Et c’est aussi pourquoi on les nomme aussi Églises des trois conciles, en distinction de l’Eglise des sept conciles, l’Eglise byzantine.
Le concile de Chalcédoine provoque des troubles violents en Orient. En 457, le patriarche chalcédonien d’Alexandrie Proterius est assassiné et remplacé par Timothée Aelure nouvellement élu, qui organise en Égypte l’opposition miaphysite. Sur le siège patriarcal d’Antioche en 469 prévaut le miaphysite Pierre le Foulon. La tendance miaphysite traduit bien le sens religieux populaire de la Syrie, de la Palestine, de la Perse, de l’Arabie et de l’Egypte. La résistance à la Définition de Chalcédoine donne naissance à une vingtaine de groupe divergents qui essaient, chacun à sa manière, de définir l’union du divin et de l’humain dans l’Incarnation. Les Églises des trois conciles ont néanmoins réussi, au cours des trois siècles suivants, à dépasser les tendances extrêmes et à stabiliser leurs positions christologiques - en accord avec la Formule de concorde de 433, faisant suite au Concile d’Ephèse. L’empire a tenté par des moyens divers de rétablir la cohésion confessionnelle mais sans succès." (Extrait d'article parus dans Historia Thématique n°82 mars-avril 2003, "Les hérétiques" p.60-61)

Il semble, d’après cet article que les miaphysites ont toujours refusé le dialogue comme ce fut le cas notamment pour l’Eglise syrienne en 817 où le patriarche d’Antioche Cyriaque envoie l’apologète charismatique Nonnus de Nisibe en Arménie pour combattre l’enseignement d’un missionnaire chalcédonien. De même en 862, Nonnus participe au concile convoqué par le catholicos arménien Zacharie pour faire front commun à la délégation byzantine. Aussi, à la lecture de ce texte, l’opposition miaphysite semble être un véritable coup de force en vue d’imposer sa doctrine, animé par un déterminisme intransigeant.


Cela suscite donc des questions:

Étant donné que les miaphysites se sont divisés en vingt courants différents, après Chalcédoine, avec chacun une définition différente de la question; comment y voir la “marque” de l’Esprit-Saint ?

Comment les miaphysites peuvent-ils dire qu’ils s’en tiennent aux acquis des trois premiers conciles tout en étant divisé?

En quoi est-ce-que la Définition de Chalcédoine pourrait-elle se concilier avec la doctrine miaphysite? Ne retrouve-t-on pas là la même impasse qu’avec le filioque?
Dernière modification par Stephanopoulos le jeu. 15 févr. 2007 19:20, modifié 1 fois.
Stephanopoulos

Jean-Louis Palierne
Messages : 1044
Inscription : ven. 20 juin 2003 11:02

Message par Jean-Louis Palierne » jeu. 15 févr. 2007 11:38

L’article cité par Stéphanopoulos reflète l’attitude qui fut, en tout cas dogmatiquement, celle de commentateurs latinophrones (on le constate dès la première ligne où Eutychès est quelifié “d’abbé de Constantinople”, alors qu’il eût fallu parler de lui comme d’un “higoumène”. Cette terminologie sent son auteur latin). Si les décisions de Chalcédoine provoquèrent des troubles violents en Orient, c’était aussi parce que l’empereur avait retiré la deuxième place à Alexandrie dans l’ordre de la Triarchie pour imposer ce qui n’était alors qu’une capitale artificielle, Constantinople, la “Seconde Rome”, alors que l'église de cette ville cette ville fut lontemps tenue par des Ariens, comme elle le sera plus tard par les iconoclastes. La synthèse byzantine viendra plus tard.

En dehors de leur attachement viscéral à une formule ancienne, les antichalcédoniens ne s’éloignaient pas de l’orthodoxie; dont ils adoptaient les accomplissements liturgiques, sans céder à l’iconoclasme. L’allusion au démon de la zizanie qui les auraient morcelés en une multitude de sectes me parait surtout inspirée par les lieux communs habituels de la polémique romaine (mais il faudrait alors l’appliquer à l’Église romaine elle-même). S’agissant de l’Orient chrétien non-chalcédonien, ce schéma ne semble guère adéquat.

Rappelons que le quinisexte Concile œcuménique, après avoir renouvelé les anathématismes du IVème Concile œcuménique (Chalcédoine) contre Eutychès, Sévère et Nestorius, a prescrit envers ceux qui, après avoir suivi leurs hérésies; demandent à être réadmis dans l’Église orthodoxe, de les réadmettre par une procédure dite du “troisième rite” (c’est-à-dire celle qui est réservée aux membres des "parasynagogues", à qui on n’a pas grand chose à reprocher sinon qu’ils ont suivi les conflits personnels de quelques clercs -- ça a toujours existé) de signer un libelle d’abjuration et de réciter le symbole orthodoxe, après quoi ils sont admis directement aux saints mystères.

Et rappelons-le, au Jour du Jugement, lorsque toutes choses seront révélées, les âmes des Justes qui, pour une raison ou une autre, auront cru qu’elles avaient vécu toute leur vie en dehors e l'Église, ou qui même l’auront totalement ignorée, se précipiteront pour s’aggréger visiblement, physiquement à elle, et c'est de l'Église que leur viendra toute la Grâce qui aura pu leur faire défaut de leur vivant, car « Nul ne peut avoir Dieu pour Père, s’il n’a pas l'Église pour mère. »
Dernière modification par Jean-Louis Palierne le jeu. 15 févr. 2007 17:47, modifié 1 fois.
Jean-Louis Palierne
paliernejl@wanadoo.fr

Jean-Louis Palierne
Messages : 1044
Inscription : ven. 20 juin 2003 11:02

Message par Jean-Louis Palierne » jeu. 15 févr. 2007 17:41

Mille excuses ; dans ma précipitation j'avais terminé mon précédent message par un pataquès confus qui n'avait strictement rien d'un coup de trompette. Voici j'espère l'ordre rétabli.
Jean-Louis Palierne
paliernejl@wanadoo.fr

Stephanopoulos
Messages : 269
Inscription : ven. 05 mars 2004 13:14
Localisation : Vaud, Suisse

Message par Stephanopoulos » jeu. 15 févr. 2007 19:47

Merci Jean-Louis pour vos précisions!

Je me rend compte que j'aurais dû publier la présentation de l'auteur, qui figure en marge de l'article; la voici :

Docteur de l'Ecole pratique des Hautes Etudes, Igor Dorfmann Lazarev est membre associé du centre d'histoire et de civilisation de Byzance au CNRS. Ses recherches portent sur les controverses dogmatiques entre les Byzantins et les Arméniens et sur l'exégèse biblique dans l'Eglise arménienne.

Il est également professeur d'hébreu à l'université de Rome.
Stephanopoulos

Claude le Liseur
Messages : 3912
Inscription : mer. 18 juin 2003 15:13

Message par Claude le Liseur » ven. 16 févr. 2007 11:37

Gabadonia a écrit :Cela dit, en essayant de comprendre honnêtement, sans préjugé, les reproches que les non-chalcédoniens font aux chalcédoniens, j'ai pris conscience de certains éléments dont on ne tient absolument pas compte dans le monde orthodoxe : d'une part, aucune de ces églises ne se réclament d'Eutychès, et n'est vraiment monophysite dans ce sens-là, mais elles le sont dans le sens de Cyrille d'Alexandrie. Or Cyrille d'Alexandrie est quand même un des docteurs fondamentaux de l'Orthodoxie, si je ne m'abuse !
Mais, précisément, personne de raisonnable du côté orthodoxe ne les accuse de se réclamer d'Eutychès. Votre analyse oublie un aspect important du problème: c'est une omission de dire que ces Eglises seraient monophysites dans le sens de Cyrille d'Alexandrie, car, à l'exception de l'Eglise arménienne qui pose encore d'autres problèmes, elles se réclament de Sévère d'Antioche. Or, l'Eglise a aussi analysé et rejeté la christologie de Sévère d'Antioche, le monophysisme sévérien.

Comme vous le savez, la liturgie est en général le meilleur pour savoir ce que dit l'Eglise (lex orandi, lex credendi). Je reproduis ci-dessous ce que la liturgie de l'Eglise orthodoxe dit à propos de Sévère d'Antioche dans l'office du dimanche des Saints Pères des six premiers conciles oecuméniques, que l'on fête entre le 13 et le 19 juillet, et que je cite dans la traduction de celui sans qui l'Orthodoxie francophone n'existerait pas, l'archimandrite Denis Guillaume. Je me suis permis de mettre en gras un passage qui fait écho à vos constatations et préoccupations.

Après les Apostiches de l'Octoèque des vêpres:
"Scrupuleusement, Pères saints, *vous avez gardé l'apostolique tradition; * selon la vraie foi vous avez enseigné* la doctrine de la consubstantielle Trinité; * réunis en concile, vous avez rejeté le blasphème d'Arius, *réfuté Macédonius, l'adversaire de l'Esprit, *condamné Nestorius, Eutychès, *Dioscore, Sabellius et Sévère le sans-chef. * Nous vous prions d'intercéder pour que, sauvés de leurs erreurs, nous puissions garder, toute notre vie, la pureté de la vraie foi."

A la quatrième ode des matines:
"Dis-nous, Sévère, est-il bien vrai * qu'une seule nature est le Verbe éternel, * le reflet du Père et son propre Fils? *Or, si tu parles ainsi, c'est une autre nature que tu as désignée: *la chair et le Verbe, en effet, * ne sont pas une, mais deux substances, malheureux!"

A la cinquième ode des matines:
"Le quatrième concile rejeta * Sévère et Dioscore, qui blasphémaient contre le Christ, * et confirma le tome de Léon, * évêque de Rome, définissant * bel et bien les deux natures du Sauveur qui ne se peuvent diviser."

A la sixième ode des matines:
"Les deux lettres que Cyrille * jadis a envoyées * à Succensus, évêque d'Orient, * dénoncent l'erreur de Sévère en prêchant, * selon la vraie doctrine, le Christ.
En deux natures et deux énergies * Cyrille prêche le Christ * et de Sévère renverse l'hérésie; * c'est pourquoi nous nous en tenons * aux enseigenements du docteur alexandrin.

Nous les fidèles, à juste titre, ô Marie, * nous te proclamons à la fois * Vierge et pure Mère de Dieu, * fermant ainsi la bouche à Nestorius et de Dioscore rejetant l'hérésie."

A la huitième ode des matines:
"Le quatrième Concile, * celui de Chalcédoine, a rejeté * Dioscore, Sévère et Eutychès, * et banni pour toujours * les ronces de leurs hérésies confondant les natures du Sauveur * loin de la sainte Eglise du Christ, avec laquelle nous proclamons la vraie foi."


Bien sûr, on peut toujours discuter, dire que nos pères dans la foi ont été malveillants vis-à-vis de Sévère, qu'ils n'ont pas bien compris sa christologie, que les Eglises miaphysites actuelles ne sont sévériennes que de nom, etc. Mais on ne peut en aucun cas penser que le débat est clos parce que ces Eglises ne suivent pas la doctrine d'Eutychès.
On ne peut pas comprendre le problème de la rupture entre le mouvement monophysite et l'Eglise orthodoxe en s'en tenant au seul quatrième concile oecuménique. Il faut aussi tenir compte des événements qui ont suivi, en particulier des cinquième et sixième conciles, et des innombrables ouvertures que les orthodoxes ont à l'époque faites aux adversaires de Chalcédoine. N'oublions pas que l'Italie du nord s'est un temps séparée de l'Eglise en suivant le patriarcat d'Aquilée parce qu'elle refusait la condamnation des Trois Chapitres promue par le plérôme de l'Eglise dans un effort supplémentaire pour faire comprendre aux monophysites que le Tome de Léon n'était pas nestorien. Ces questions ont été largement discutées par les orthodoxes pendant deux siècles, et il ne faut pas s'arrêter à la condamnation d'Eutychès à Chalcédoine et au fait que les Eglises vieilles-orientales ne se réclament pas d'Eutychès si on veut aboutir à une solution. Il y a bien d'autres problèmes.

J'ai moi-même été pendant près de neuf ans un partisan acharné de la déclaration de Chambésy et de l'union avec les Eglises anciennes orientales. Plus j'ai progressé dans ma connaissance du dossier, plus j'ai déchanté. Et il y a d'autres problèmes que la christologie.

Ce qui ne change rien au fait que je suis très favorablement impressionné par l'Eglise d'Ethiopie ou par l'Eglise malankare, par exemple.

Jean-Louis Palierne
Messages : 1044
Inscription : ven. 20 juin 2003 11:02

Message par Jean-Louis Palierne » ven. 16 févr. 2007 13:04

On ne peut, ni négliger les différends doctrinaux sous prétexte que nous ne saurions pas où l’Église n’est pas (sous-entendu ; donc elle ne saurait avoir de limites), ni dramatiser l’attitude des leaders en pensant qu’ils ont réussi à créer une “autre Église”, c’est-à-dire une pseudo-église et entraîné avec eux la masse des chrétiens ex-orthodoxes qu’ils ont réussi à duper. Ce phénomène d’entrainement s’est effet produit en Occident, où les chefs des schismes et hérésies latines ont réussi à créer un nouveau type d’hommes et une structure pseudo-ecclésiale (et encore il y aurait beaucoup de réserves à faire, mais on en a déjà abondamment parlé). Mais l’expérience montre que ça n’a pas été le cas dans les Églises anti-xhalcédoniennes, qui s’obstinent à répéter des phrases condamnées et à vénérer des maîtres anathématisés. Mais ils ne sont pas parvenus (et d’ailleurs jamais vraiment tenté) de condtruire un autre type d’homme, vicant dans un autre type d’Église. C’est pourquoi l’Église orthodoxe, tout en maintenant ses condamnations et tout en réaffirmant ses anathèmes, a adopté à l’égard de leurs fidèles, lorsqu’ils viennent rejoindre l’Église orthodoxe, une attitude très compréhensive, qui équivaut à considérer que les querelles dogmatiques avec les anti-chalcédoniens ne sont que des querelles de chefs.

Mais je ne dis pas cela pour prétendre que l’Église n’aurait pas de limites. Si, elle a des limites, et elle sait, elle peut et elle doit porter des condamnations lorsque les fondements de la foi chrétienne sont en cause. Et ici ils le sont bien, et l’Église a donc dû condamner ceux qui s’écartaient de la foi au Dieu-homme.

Ce qu’est la condamnation de l’Église, nous pouvons le constater dès l’épisode dramatique d’Ananias et de Saphire, qui avait donné à l’Église le prix d’une propriété, tout en cachant qu’ils en détournaient une partie. Ce mensonge leur fut fatal et la sanction immédiate. Ce n’est pas pour en avoir disposé ainsi qu’ils furent condamnés, mais parce qu’ils avaient menti à l’Église. Le récit est extrêment dramatique. La réalité de la condamnation de l’Église est extrêmement forte. L’homme condamné est remis au jugement de Dieu (c’est le sens propre du mot anathème).

L’Église a très bien su nuancer ses anathèmes. Elle rejette totalement un certain nombre de doctrines parce que ces doctrines rejettent soit la révélation du Dieu trinitaire (ariens), soit la réalité du salut que nous apporte le Dieu-homme. Mais elle accepte miséricordieusement les membres des groupes anti-chalcédoniens parce que leurs leaders, bien que coupables, n’ont pas tenté de défigurer l’Église. Ces fidèles égarés (qui d’ailleurs se croient et se disent en général orthodoxes) peuvent très facilement le devenir réellement.

Mais ne disons pas purement et simplement que l’Église n’a pas de limites.
Jean-Louis Palierne
paliernejl@wanadoo.fr

hilaire
Messages : 297
Inscription : mer. 19 janv. 2005 13:26

Message par hilaire » ven. 16 févr. 2007 15:37

l'Eglis en'a pas de limite, Dieu non plus. C'est l'homme pécheur qui a des limites! et qu'il se réclame de l'Eglise à tort en est une par exemple...

Jean-Louis Palierne
Messages : 1044
Inscription : ven. 20 juin 2003 11:02

Message par Jean-Louis Palierne » ven. 16 févr. 2007 21:59

L'Église a des limites. À la Liturgie le diacre demande qu'on veille à fermer les portes avant de réciter le Symbole de la foi. et après l'Anaphore il déclare : "les choses saintes aux saints !"

L'Église ne doit communiquer les saints Mystères du Christ qu'à bon escient. Elle doit donc observer certaines limites

Dieu appelle tous les hommes au salut, mais certains hommes ne demandent pas à entrer dans le Corps de l'Église, soit qu'ils n'en ont pas eu connaissance, soit qu'ils le refusent. Au jour du Jugement, devant l'éclat de la gloire de l'Église (qui participera alors visiblement de la Gloire du Christ qui est sa Tête) ces hommes restés en dehors se précipiteront pour y entrer et reconnaîtront que Celui dont ils verront alors clairement la face avait déjà parlé secrètement au fond de leur cœur.

Mais n'oublions pas qu'il y aura aussi en ce Jour là des hommes qui auront tué définitivement en eux et volontairement rejetté tout désir du salut.
Jean-Louis Palierne
paliernejl@wanadoo.fr

Ploscaru Mihaela
Messages : 192
Inscription : lun. 01 mars 2004 17:05
Localisation : BOURGES 18 FRANCE

Message par Ploscaru Mihaela » sam. 17 févr. 2007 0:53

je crois que dire que l'Eglise a une limite n'est pas du tout ce qu'enseignent les pères, et bien sur "les choses Saintes aux saints" est réservé aux baptisés, , à ceux qui ont dit "amen ! sur un autre plan celui qui dépasse notre histoire de pesanteur,et ce n'est pas que l'Eglise est du monde, c'est le monde qui par l'incarnation du Christ est dans l'Eglise la grâce est proposée mais tous ou ne la connaisse pas ou ne la reconnaisse pas ou ne l'accepte pas, dans le présent en Dieu, le Christ est tout en tous, incarné et crucifié et réssucité et assis à la droite du Père, l'Eglise Corps du Christ ne peut çetre limitée et chaque baptisé consciemment et responsablement est membre, est corps du Chrsit , et faut'il ajiouter que si déjà l'homme est micro et macrososme que dire Du Christ et du Corps, l'Eglise, lalimite n'est que pour l'homme non " accompli", nous aussi, mais pas l'Eglise devant cCelui qui avant qu'Abtraham fut Il Est .

Ploscaru Mihaela
Messages : 192
Inscription : lun. 01 mars 2004 17:05
Localisation : BOURGES 18 FRANCE

Message par Ploscaru Mihaela » sam. 17 févr. 2007 12:00

et pour continuer, in contact, 2ème trimestre, 1963 ,n°42, Vladimir Lossky cite :" L'Ecclesia existe dans le monde mais le monde ne peut la contenir; " l'espace est étroit pour moi, fais-moi un espace pour que j'y habite " c'est l'Eglise qui le dit dans la prophétie d'Isaïe (49 20) selon Saint Gégoire de Nazianze( sur le baptême, PG t. 47 col. 577) et pour Saint Ambroise, l'Eglise est plus grande que la terre et le ciel : c'est un onde nouveau, ayant le Christ pour soleil. Elle contient tout l'orbis terrarum et dés à présent l'Eglise est cette totalité nouvelle (in Ps 118, s12 n;25; t 15, col 1369) " fin de citation .

Jean-Louis Palierne
Messages : 1044
Inscription : ven. 20 juin 2003 11:02

Message par Jean-Louis Palierne » sam. 17 févr. 2007 13:38

Mais Satan n’est pas dans l’Église, de même que tous les anges déchus qu’il a entrainés avec lui, et aussi Judas, Arius et les autres hérésiarques qui ont déchu hors de l’Église. Lrs icones les représentent comme de grotesques silhouettes toutes carbonisées, vues de profil, même Satan-Lucifer.

Les icones qui représentent les conciles comprennent généralement la représentation d’un de ces ennemis de la Vérité comme d’un pantin ridicule et disloqué, balayé et rejeté hors de l’Assemblée des adorateurs en Esprit et en Vérité, les Pères du Concile qui viennent de retrouver pour l’Église le chemin de la Voie droite. Là seront les limites définitives de l’Église. L reste sera rejeté dans le néant.

Dès ce temps provisoire qui est le nôtre, l’Église doit marquer ses limites et ne pas admettre en son sein, encore moins livrer ses Mystères, aux impies. Nous prions pour eux (du moins tant que le consensus de l’Église ne les a pas livrés à l’anathème) parce que nous ne savons pas ce qui se passe dans le secret de leurs cœurs (eux-mêmes d’ailleurs ne le savent peut-être pas). Et nous espérons qu’au Jour de la consommation des temps ils auront rencontré et dit oui sans le savoir à Celui qui se montrera en gloire. Alors ils viendront s’aggréger au Corps unique des Saints, qui est l’Église. Mais au paravant l’Église doit ne réunir dans ses Assemblées que ceux qui se sont immergés par trois fois dans l’eau du Baptême.

Je me souviens du grand scandale qui a ébranlé toute la chrétienté orthodoxe le jour où à Assise on a placé sur l’autel de cette insigne basilique (qui fut jadis orthodoxe) une idole païenne. Le patriarche œcuménique était représenté lors de cette profanation ! Car c’est bien les limites sacrées de l’Église qui ce jour-là étaient transgressées.

L’Église a des limites parce que lorsqu’il créa le monde Dieu a pris le risque qu’une libre créature refuse son offre de déification, se retranche librement elle-même hors de Lui, le Créateur, et décide de ne plus jamais ressentir l’éclat de la Lumière divine que comme le feu inextinguible d’un échec irréparable. Et le premier sera, et est déjà, Satan.

Dans son culte en esprit et en vérité l’Église se doit de clore l’espace sacré de ce culte et de rejeter au dehors tout ceux qui n’ont pas librement accepté d’être baptisés. Et à ceux qui l’acceptent, l’Église impose préalablement un triple exorcisme.

L’Église ne rejette pas tous les Justes qui vivent ou qui ont vécu en dehors d’elle. Elle sait fort bien qu’il existe de tels hommes, qui seront capables de se joindre avec enthousiasme (= sous l’inspiration du Saint Esprit) au Christ au jour de la pleine Lumière. Peut-être même en est-il parmi eux qui se dresseront en accusateurs contre les péchés des chrétiens, les péchés qu’ils ont commis contre la Vérité.

Mais il y aura aussi en ce jours des Anges déchus et des et des hommes damnés qui comprendront alors qu’ils se sont eux-mêmes volontairement et exclus de la Lumière vivifiante.
Lorsque le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, et tous ses anges avec lui, alors il s’assiéra sur son trône de gloire,. Devant lui seront rassemblées toutes les nations, et il séparera les uns d’avec les autres commme le pasteur sépare les brebis d’avec les boucs, et il placera les brebis à sa droite, et les boucs à sa gauche…
Ce seront là les limites définitives de l’Église, et les Conciles œcuméniques ont longuement travaillé à marquer ces limites. L’Église contient bien potentiellement l’humanité tout entière, et même la Création tout entière. Dès mantenant elle les contient potentiellement, et les Anges eux-même célèbrent avec les fidèles le sacrifice non-sanglant d’action de grâce, mais il y a et il y aura certainement encore des hommes qui s’y refuseront et que l’orgueil enfermera en eux mêmes en un dérisoire et cruel monde déchu.
Il y avait un homme riche… Un pauvre du nom de Lazare gisait près de son portail… Or le pauvre mourut et il fut emporté par les Anges dans le sein d’Abraham. Le riche aussi mourut et il fut enseveli.

Et dans l’Hadès, levant les yeux, alors qu’il était dans les tortures, il voit Abraham de loin et Lazare dans son sein. Et il s’écria ; Père Abraham, aie pitié de moi et envoie Lazare tremper le bout de son doigt dans l’eau pour me rafraîchir la langue, parce que je suis tourmenté dans cette flamme. Mais Abraham dit : Mon enfant, souviens-toi que tu as reçu tes biens durant ta vie, et Lazare pareillement ses maux ; maintenant, ici il est consolé, et toi tu es tourmenté. Et ce n’est pas tout : entre nous et vous un grand gouffre se trouve placé afin que tous ceux qui voudraient passer d’ici chez nous ne puissent le faire, et qu’on ne traverse pas non plus de là-bas chez nous.
Dès maintenant il se peut que des membres de l’Église visible, bien qu’elle ait sous sa garde les trésors de la Grâce, en refusent l’accès à ceux qui, à sa porte, quémandent les miettes du festin. Chacun sera jugé selon ses œuvres, mais à la fin l’Église contiendra tous les hommes qui auront su reconnaître en elle le Corps du Fils de Dieu, mais ceux qui se seront détournés de ce visage se retrouveront, de leur propre faute, dévorés du feu de l’Hadès.
Jean-Louis Palierne
paliernejl@wanadoo.fr

Répondre