Prolégomènes à une histoire du christianisme en Afrique

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Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » mer. 18 oct. 2006 20:27

lecteur Claude a écrit : Je n'ai pas mes références sous la main, mais il y a un passage des Mémoires de Sylvestre Syropoulos sur le "concile" de Florence où il cite un discours de saint Marc d'Ephèse où celui-ci compte l'Ethiopie au nombre des pays orthodoxes. Cela montre les traces d'une connaissance devenue plus ou moins légendaire, les relations directes entre Constantinople et l'Ethiopie ayant été interrompues depuis huit siècles à cause de l'Islam: saint Marc sait encore qu'il y a un royaume chrétien en Ethiopie, mais, faute de relation directe, il ne sait pas que celui-ci est passé au monophysisme depuis plusieurs siècles.
Mille excuses. Ma mémoire me joue des tours. Ce n'est pas saint Marc d'Ephèse qui a fait cette allusion à l'Ethiopie, mais son adversaire Jean VIII Paléologue.

Voici la citation exacte de Jean VIII Paléologue:

Ακούω δε ότι και εντός της Αιθιοπίας ένι γένος μέγα και πολυάνθρωπον ορθόδοξον και πάντα τοις ημετέροις έξακολουθούν δόγμασιν


Et la traduction du RP assomptionniste Vitalien Laurent:

"J'entends aussi dire qu'en Ethiopie vit une nation grande et populeuse, orthodoxe et en tout fidèle à notre dogme"

(V. Laurent, Les "mémoires" du Grand Ecclésiarque de l'Eglise de Constantinople Sylvestre Syropoulos sur le concile de Florence (1438-1439), Pontificium Institutum Orientalum Studiorum, Rome 1971, p. 150 pour le texte grec, p. 151 pour la traduction française en regard.)

Venant de Jean VIII Paléologue, pour qui le concile est une pure négociation politico-militaire, on peut s'attendre à de la mauvaise foi. Je n'en suis pas si sûr. La formule même qu'il emploie ("ακούω") laisse supposer qu'il est de bonne foi, qu'il reconnaît lui-même qu'il n'est pas sûr de ce qu'il avance. On notera d'ailleurs qu'il ne mentionne pas les Eglises copte ou jacobite, parce qu'un Romain ("Byzantin") ne peut pas ne pas savoir que ces deux Eglises ne sont plus en communion avec l'Orthodoxie depuis des siècles. En revanche, la formulation qu'il emploie laisse supposer qu'il y a à son époque un vague souvenir qu'il y a un Empire chrétien en Ethiopie, que celui-ci a eu autrefois des relations avec les orthodoxes, que l'on ne sait plus trop ce qu'il en est advenu parce que la marée islamique en Egypte et au Yémen a coupé les relations directes, mais que l'on suppose que ce peuple - que l'on devine nombreux - est encore orthodoxe. En fait, à ce moment-là, cela faisait au moins huit siècles que l'Ethiopie s'était rallié au monophysitisme. Mais le fait que ce pays, seul, ait arrêté les conquérants musulmans est déjà un miracle en soi. Et il faut ajouter que, contrairement au cas des Coptes pour qui l'hostilité aux Eglises chalcédoniennes est un élément fondateur de la consience nationale, les Ethiopiens, jusqu'à quelques années en arrière, ne manifestaient aucune animosité à l'égard des Eglises melkites. Pendant des siècles, les orthodoxes qui se sont rendus en Ethiopie ont été accueillis et considérés comme des coreligionnaires, et une union sincère et durable aurait sans doute été possible si nous avions pris l'Eglise d'Ethiopie au sérieux au lieu de discuter avec l'ensemble des Eglises miaphyisites à la fois. Jean VIII Paléologue avait donc toutes les raisons de faire la confusion que lui reproche Vitalien Laurent ("Jean VIII pèche ici par ignorance, les différences doctrinales entre l'Eglise orthodoxe et l'Eglise éthiopienne étant fondamentales", op. cit., note 4 p. 151 - encore aujourd'hui, je suis loin d'être convaincu que les différences soient insurmontables).

Renaud
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Message par Renaud » jeu. 19 oct. 2006 9:57

Je vous remercie lecteur claude pour votre réponse, le passage sur le croix de Lorraine m'a profondément ému étant d'origine alsacienne.

Pascal-Yannick
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Message par Pascal-Yannick » jeu. 19 oct. 2006 12:40

Saint Maurice, de la légion thébaine, était un Copte. Les Coptes ne sont pas des Noirs. J'invite ceux qui ne s'en seraient pas encore rendu compte à contempler les photos de Sa Sainteté le pape copte Chenouda III sur son site officiel http://www.copticpope.org/index.php
Je ne partage pas cet argument car je pourrai en suivant cette logique dire que les Indiens d'Amériques sont des blancs et non des jaunes.Je pourrai également dire que les empéreurs byzantins étaient arabes.Ce que je veux dire c'est que pour répondre à cette question il faudrait une étude plus poussée.
Que nous dit l'histoire à propos de cela?Plus proche de nous écoutons Volney lors de son voyage en Egypte.Au passage Volney est le premier professeur d'Histoire de France,je ne me contenterai pas de cet argument d'autorité mais de sa réflexion."Le terme arabe Qoubti,un copte,me semble une altération évidente du grec Aigouti-os,un Egyptien;car on doit remarque que Y était prononcé ou chez les anciens grecs,et que les arabes n'ayant ni g devant a o u, ni la lettre p,remplaçant toujours ces lettres par q et b :les coptes sont donc proprement les repréesntants des Egyptiens."
Que dit-il des coptes?"En considérant le visages de beaucoup d'individus de cette race(copte) j'y ai trouvé un caractère particulier qui a fixé mon attention:tous ont un ton de peau jaunâtre et fumeux qui n'est ni grec,ni arabe;tous ont le visage bouffi,l'oeil gonflé,le nez écrasé,la lèvre grosse en un mot une vraie figure de mulâtre."
Que dit-il du Sphinx "En voyant cette tête caractérisée Nègre dans tous ses traits,je me rappelai ce passage remarquable d'Hérodote,où il dit:Pour moi,j'estime que les Colches sont une colonie des Egyptiens,parce que,comme eux,ils ont la peau noire et les cheveux crépus."
Qui se rappelle encore de Diodore de Sicile?En plus de ces témoignages oculaires les faits culturels,linguistiques militent en faveur de cela.cf le colloque d'Egyptologie du Caire en 1974 organisé par l'UNESCO.Pour en finir il est de bon ton de rappeler que la langue afro-asiatique ne relève pas du réel car elle ne résiste pas une étude de linguistique historique et comparative.Trouver quelques mots latins en anglais et en allemand ne suffit pas à dire que ces les langues sont latino-saxonnes.

Là où je vous rejoins lecteur Claude c'est le constat de cette amnésie comtemporaine; en comparant les écrits de Montesquieux avec le recit des actes des apôtres traitant du bâptème d'un Ethiopien cela est on ne peut plus evident.
Voilà ces quelques mises au point que je devais faire.
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Pascal-Yannick
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Message par Pascal-Yannick » jeu. 19 oct. 2006 12:57

Une église autonome est constituée par une ou plusieurs métropoles qui ont un primat. Mêmes principes de fonctionnement, mais l’élection de ce primat doit être confirmée par un synode autocéphale. Généralement ce primat porte le titre d’Archevêque s’il y a plusieurs métropoles.

Une église autocéphale est une église qui élit son primat sans avoir à recevoir une confirmation.
Il me semble avoir entendu parler du saint Chrème.Dans la Tradition orthodoxe que signifie donner le Saint Chrème à un eglise fille?Quelle est l'historicité de cette Tradition?
Et la Vérité vous rendra libre

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » jeu. 19 oct. 2006 13:32

La coutume présente des Églises orthodoxes veut que seuls les primats des Églises autocéphales aient le droit de cpnsacrer le saint Chrême. C’est pourquoi le patriarche de X ou Y peut “donner” le saint Chrème à une Église-fille, et ony voit le signe de la reconnaissance de la canonicité d’une Église. On peut alors parler d’Église-Mère et d’Église-fille.

Mais il s’agit là d’un usage tardif, que vient étayer dans la Tradition canonique la plus authentique de l’Église orthodoxe. Tout au contraire saint Cyprien de Carthage voit dans la consécration du saint Chrême par l’unique évêque sur l’unique Autel de l’Église locale une des caractéristique les plus fondamentales de l’épiscopat, dont l’absence suffit pour dénier toute canonicité à un groupe hérétique.

Je ne sais à quelle date s’est introduite la coutume de réserver cette consécration aux patriarches, mais c’est à l’évidence l’un des aspects de la tendance à l’institutionnalisation pyramidale (c'est du "pluripapisme") de l’Église et de l’affaiblissement de la fonction épiscopale. Il est urgent de rétablir la place centrale de l’évêque dans l’Église. C’est la condition préalable du retour aux sources de l’Église.
Jean-Louis Palierne
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Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » sam. 21 oct. 2006 16:46

Pascal-Yannick a écrit :Pour en finir il est de bon ton de rappeler que la langue afro-asiatique ne relève pas du réel car elle ne résiste pas une étude de linguistique historique et comparative.Trouver quelques mots latins en anglais et en allemand ne suffit pas à dire que ces les langues sont latino-saxonnes.
Précisément, le latin, l'anglais et l'allemand sont des langues indo-européennes. Et ce n'est pas le fait que 60% du vocabulaire anglais soient d'origine latine (via le français qui fut la langue officielle de l'Angleterre de 1066 à 1362) qui crée l'appartenance commune de l'anglais et du latin à la famille indo-européenne. C'est le fait que leur grammaire et leur vocabulaire, pour différents qu'ils soient, permettent de remonter par dérivation à une ancienne langue commune du groupe indo-européen parlée voici plusieurs millénaires.
A première vue, il n'y a pas grand'chose de commun entre le russe (groupe slave), le breton (groupe celtique), l'allemand (groupe germanique) et le français (groupe roman). Oui, mais si vous prenez par exemple le mot qui se dit пять en russe, pemp en breton, fünf en allemand et cinq en français et que vous appliquez les lois de mutation propres à chaque groupe, vous finissez bien par vous rendre compte qu'il y a un ancêtre commun. Je trouve donc que votre exemple est mal choisi parce que vous prenez deux langues qui sont incontestablement toutes les deux indo-européennes pour dire qu'on ne peut pas les mettre dans la même famille.
Les modifications du vocabulaire survenues à la suite de tel ou tel bouleversement politique de ces deux derniers millénaires ne changent rien à la question. Même gorgé de vocabulaire latin ou français, l'anglais reste une langue germanique. Même rempli de vocabulaire germanique, le français reste une langue néo-latine. Mais ces deux langues sont indo-européennes.
En revanche, personne ne prétend que les créoles à base lexicale française, portugaise ou espagnole soient des langues néo-latines ni même indo-européennes, parce qu'on sait bien que leur syntaxe n'est pas d'origine indo-européenne.
Pour la famille afro-asiatique ou hamito-sémitique, vous défendez une thèse dont j'entends parler pour la première fois et que je ne connaissais pas, à savoir que cette famille n'existerait pas. Pourriez-vous m'expliquer vos arguments? Je vous pose cette question sans esprit polémique, mais parce que vous me faites part d'une opinion que j'entends pour la première fois, et j'aimerais avoir un résumé des arguments à l'appui de l'inexistence de cette famille linguistique.
Je vous rappelle en outre que l'apparentement linguistique n'a aucune autre conséquence que linguistique. Le fait que le persan soit une langue indo-européenne a pour seule conséquence que j'aurais plus de facilité à apprendre le persan que le hongrois qui est une langue finno-ougrienne. Mais sur le plan culturel, de qui suis-je le plus proche? Des Hongrois, bien sûr...
Renaud a écrit :Je vous remercie lecteur claude pour votre réponse, le passage sur le croix de Lorraine m'a profondément ému étant d'origine alsacienne.


A mon tour de vous remercier de votre politesse et de votre franchise. Je suis touché quand je découvre que j'ai quelque chose en commun avec tel ou tel lecteur.

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » sam. 21 oct. 2006 19:24

Pascal-Yannick,

Déjà dans l’Antiquité les Greca et les Romains avaient constaté que leurs deux langues présentaient des signes évidents de parenté, alors qu’ils n’avaient conservé dans de très vieilles légendes confuse et à demi-oubliées que de très faibles souvenirs d’une telle parenté.

Au XVIème siècle des Européens se sont mis à étudier méthodiquement les langues dites orientales. Ils en ont conçu une profonde admiration pour le sanscrit, langue de très anciens textes de l’Inde. Au début du XVIIème siècle un savant jésuite dont le nom m’échappe a établi qu’en tre le sanscrit et l’avesti, langue tout aussi ancienne et ancêtre des langues iréniennes, il y avait une parenté du même ordre et de plus qu'entre les quatre langues “classiques” (c’est-à-dire écrites depuis une très haute antiquité) il y avait une parenté commune. C’est depuis cette époque qu’on parle de langues “indo-européennes”. Depuis, surtout au XVIIème siècle, on a pu rattacher à cette famille les plus anciennes langues germaniques, celtiques, balto-slaves et l’arménien.

Au XIXème siècle on a découvert des états de la langue proto-grecque encore plus anciens que ceux que l’on connaissait déjà. Puis on a découvert la langue des Hittites, et d’autres encore dont le nom m’échappe. L’arbre généalogique s’est donc encore enrichi et précisé. Récemment on a pu publier une liste des racines indo-européennes assez étendue.

Là où je rejoins totalement Claude c’est pour souligner que ces très intéressantes ne doivent amener à imaginer aucune parenté entre les cultures qui utilisent ces langues. J’ai entendu maintes fois invoquer cette parenté linguistique indéniable pour établir la “noblesse” particulière de certains peuples. Des orthodoxes se sont laissés prendre à ce jeu au profit de leurs nations. C’est très regrettable. La noblesse des peuples est dans leur culture, qui comprend entre autres choses la manière dont ils ont transformé la langue des origines pour y exprimer leur sagesse.

Selon les meilleures recherches le territoire d’où provenaient originellement les migrations qui ont exporté ces langues initialement proches correspond à ce qui forme aujourd’hui l’Ukraine orientale et la Russie méridionale.

Il y a eu aussi des recherches concernant la généalogie des langues chamito-sémitiques, mais je ne suis pas au courant. J’ai l’impression qu’on sait très peu de choses sur la généalogie des langues finno-ougriennes ou turco-mongoles etc.
Jean-Louis Palierne
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Pascal-Yannick
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Message par Pascal-Yannick » dim. 22 oct. 2006 0:38

Pour la famille afro-asiatique ou hamito-sémitique, vous défendez une thèse dont j'entends parler pour la première fois et que je ne connaissais pas, à savoir que cette famille n'existerait pas. Pourriez-vous m'expliquer vos arguments?
-Les parallelismes entres le semitique,l'egyptien et le berbere sont inexistants au niveau des structures morphologiues des mots a une ou plusieurs consonnes radicales,au niveau du genre grammatical,de la forme du pluriel et du duel,au niveau des declinaisons,des morphologies casuelles,au niveau des pronoms personnels et relatifs...
-A propos des themes verbaux,les reduplications n'ont pas la meme etendue en egyptien qu'en semitique;de plus,l'egyptien n'a pas la conjugaison prefixale et les themes derives composes du semitique.Les formes verbales egyptiennes "sdm.f,sdm.n.f etc. n'existent pas en semitique
-Les particules de liaison (prepositions,conjonctions) de l'egyptien ne se retrouvent pas en semitique:m, "comme" egyptien face au semitique ki(ma) accadien,k ugaritique,ke(mo) hebreux,'ak syriaque,ka arabe et kama ethiopien,"comme";
hr "sur" egyptien face au semitique eli accadien,'l ugaritique,'al hebreu,'al syriaque,'ala arabe et la'la ethiopien"sur","au-dessus"
Le berbere est zud,zund,"comme" et iggi"sur";

-Les faits lexicologiques sont differents en examinant des mots qu'il est difficile a une langue d'emprunter a une autre,meme plus influente culturelement,politiquement(soleil,annee,place,nuit,nom,oreille,dent,frere,entrer,ame,esprit,main,dieu,sang,etc).Le vocabulaire differe egalement beaucuop pour les numeraux(1,2,3,4,5,8,10,20,100 et 1000) en egyptien,en berbere et en semitique.
De theophile OBENGA dans Origine commune de l'egyptien ancien,du copte et des langues negro-africaines modernes.Toujours dans le meme ouvrage:
Aujourd'hui en effet des semitisants forts competants,tels Sabatino Moscati,Anton Spitaler,Edward Ullendorff,Wolfram von Soden etc.,pensent que dans l'environnement mediteraneen commun des liens peuvent etre discernes entre l'indo-eureopeen(en Anatolie et dans l'Est mediteraneen),le semitique et des langues africaines septentrionales,mediterraneennes,mais il n'est jamais question que de liens limites,bien circonscrits,brefs des liens qui n'autorisent pas a parler d'origine predialectale commune.
Pour d'autres reflexions cf colloque international d'egyptologie du Caire de 1974.

Je vous rappelle en outre que l'apparentement linguistique n'a aucune autre conséquence que linguistique. Le fait que le persan soit une langue indo-européenne a pour seule conséquence que j'aurais plus de facilité à apprendre le persan que le hongrois qui est une langue finno-ougrienne. Mais sur le plan culturel, de qui suis-je le plus proche? Des Hongrois, bien sûr...
Cela est evident,mais relisez minutieusement mon precedent post,car j'y ai associe le temoignage oculaire des historiens grecs contemporains des egyptiens a savoir Herodote,Diodore de Sicile pour ne citer que ceux-la.Ensuite la similitude entre l'Egypte et l'Afrique noire se retrouve au domaine culturel par exemple:art,circoncision,matriarcat,divinites...
Dernière modification par Pascal-Yannick le dim. 22 oct. 2006 3:47, modifié 6 fois.
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Pascal-Yannick
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Message par Pascal-Yannick » dim. 22 oct. 2006 0:57

Jean-Louis Palierne a écrit :C’est depuis cette époque qu’on parle de langues “indo-européennes”. Depuis, surtout au XVIIème siècle, on a pu rattacher à cette famille les plus anciennes langues germaniques, celtiques, balto-slaves et l’arménien.
C'est en effet grace a la methode heritee par le travail laborieux de linguistes tels que Ferdinand de Saussure,Emile Benveniste,Serge Sauneron et Antoine Meillet pour ne citer que ceux-la que la linguistique peut faire usage de methodes scientifiques mettant a l'abris de tout mythe.
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Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » lun. 27 avr. 2009 20:44

Claude le Liseur a écrit :Il y eut une dynastie de pharaons noirs (la XXVe dynastie, de ~715 à ~654), comme il y a d’ailleurs eu une dynastie de pharaons sémites (les Hyksos, XVe dynastie), deux dynasties de pharaons berbères, les XXIIe et XXIIIe dynasties (le célèbre Sheshonq Ier, appelé Sésac dans la Bible, qui pilla le temple de Salomon, cf. I Rois 14, 25-26, était un pharaon berbère de la tribu des Mashawash originaire de l’actuelle république de Libye) et une dynastie de pharaons grecs (les Lagides).
Je trouve dans la très remarquable Histoire de l'Afrique en un volume de 1245 pages que Bernard Lugan vient de publier chez Ellipses (Paris 2008) une très intéressante note de bas de page à propos de la tribu des Mashawash (Meshwesh) dont était issu le pharon Sheshonq Ier, le Sésac du livre des Rois.

Bernard Lugan, Histoire de l'Afrique, Editions Ellipses, Paris 2008, note 2 page 98:

"Ou Mazices. "Il s'agit en fait du nom que les Berbères se donnent eux-mêmes Imazighen (au singulier Amazigh). Ce nom a été transcrit par les étrangers sous des formes variées: Meshwesh par les Egyptiens, Mazyes et Maxyes par les Grecs, Mazices et Madices par les Latins. Au XIVe siècle, le grand historien Ibn Khaldoun explique qu'une branche des Berbères, les Branès, descend de Mazigh. Que certains habitants de l'Afrique antique aient déjà placé quelque ancêtre Mazigh ou Madigh en tête de leur généalogie ne saurait étonner puisqu'ils se sont, de tout temps, donné ce nom." (Camps, 1981)"

(Il s'agit d'un passage extrait de l'article de Gabriel Camps, "L'origine des Berbères", in Ernest Gellner, Islam: société et communauté. Anthropologie du Maghreb. Les Cahiers CRESM, CNRS, Paris 1981.)

On notera au passage qu'on revient encore et toujours à Ibn Khaldoun -désormais l'un des rares auteurs d'expression arabe publiés dans la Pléiade chez Gallimard.

Sur le fond, j'avais été incapable de me rendre compte par moi-même de l'analogie entre le nom de la "tribu" dont était issu le Sésac de la Bible et le nom des Imazighen que l'on a pourtant l'occasion de lire si souvent: Imazighen, Amazigh, et même cette "amazighité" dont se gargarise la République algérienne pour mieux se dédouaner de n'avoir toujours pas reconnu le statut de langue officielle au berbère.
Par conséquent, dire que le pharaon Sheshonq Ier était de la "tribu" des Mashawash, c'est dire, sans rien de plus, qu'il était un Berbère, sans aucune précision quant à son appartenance tribale ou géographique. Certes, mais c'est aussi la confirmation la plus éclatante qu'il était bien un Berbère, dans la mesure où l'on retrouve ainsi dans les textes égyptiens l'autoethnonyme des Berbères.

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Re: Prolégomènes à une histoire du christianisme en Afrique

Message par Claude le Liseur » mar. 05 mai 2009 14:53

Claude le Liseur a écrit :Il y eut une dynastie de pharaons noirs (la XXVe dynastie, de ~715 à ~654), comme il y a d’ailleurs eu une dynastie de pharaons sémites (les Hyksos, XVe dynastie), deux dynasties de pharaons berbères, les XXIIe et XXIIIe dynasties (le célèbre Sheshonq Ier, appelé Sésac dans la Bible, qui pilla le temple de Salomon, cf. I Rois 14, 25-26, était un pharaon berbère de la tribu des Mashawash originaire de l’actuelle république de Libye) et une dynastie de pharaons grecs (les Lagides).

Sésac = שישק (Chichak) en hébreu

Les slavophones auront reconnu dans la lettre hébraïque ש
(shi) le modèle de la lettre cyrillique ш (cha en russe) - les créateurs de l'alphabet cyrillique ont pour l'essentiel repris l'alphabet grec, mais lorsqu'il s'est agi de rendre des sons qui n'existent pas dans la langue grecque (comme cette chuintante), ils n'ont pas hésité à s'inspirer de l'alphabet hébreu.

Son nom dans la Septante: Σουσακιμ (Sousakim - toujours l'absence des chuintantes en grec...)

Claude le Liseur
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Re: Prolégomènes à une histoire du christianisme en Afrique

Message par Claude le Liseur » mer. 06 mai 2009 19:05

Claude le Liseur a écrit :

Sésac = שישק (Chichak) en hébreu

(...)

Comme translittération plus scientifique Shishaq, parce que la dernière lettre du mot est un qoph (ק).

J'ai déniché sur le wikipédia italien un excellent article sur le calendrier berbère (ici: http://it.wikipedia.org/wiki/Calendario_berbero ) qui indique que, depuis les années 1970, les militants berbéristes ont instauré une ère berbère dont le point de départ est fixé au 14 janvier ~950, date supposée à laquelle Sheshonq Ier (désormais appelé par les berbérophones de notre époque Chachnak) serait monté sur le trône d'Egypte.

Article du wikipédia italien sur l'ère de Sheshonq: http://it.wikipedia.org/wiki/Hedjkheper ... heshonq.22

Sul finire degli anni '60, l' Académie Berbère, creata a Parigi da alcuni Berberi emigrati in Francia allo scopo di preservare e diffondere la cultura berbera, si impegnò nella ricerca di tutti quegli elementi che potevano illustrare la civiltà berbera nei secoli anteriori alla conquista araba, allo scopo di fondare su solide basi le proprie richieste di un riconoscimento delle specificità linguistiche e culturali dei Berberi, pesantemente discriminati nei paesi del Nordafrica che avevano da poco ottenuto l'indipendenza in un contesto ideologico molto incline al panarabismo. Tra le altre cose, l'Académie "scoprì" l'esistenza di una dinastia di sovrani egizi di stirpe libica, e decise di solennizzare questa manifestazione così antica della civiltà berbera prendendo addirittura l'anno di accessione al potere di questa dinastia come inizio di una nuova "era" secondo cui calcolare gli anni, in modo indipendente dal calendario "occidentale" e da quello "islamico".

Nacque così l' Era Sheshonq (o Era Chachnak, nella bizzarra traslitterazione degli Accademici), il cui inizio fu fatto corrispondere al 950 a.C. Per cui, ad esempio, il 2006 corrisponde al 2956 dell'Era Sheshonq. La proposta trovò rapidamente un largo seguito, anche perché tra i Berberi esisteva la consapevolezza di avere un "calendario particolare", dal momento che era tradizionale festeggiare l'inizio dell'anno secondo il calendario giuliano ereditato dai Romani e mai modificato secondo la riforma gregoriana, vale a dire quasi due settimane dopo il capodanno europeo.

Oramai la datazione secondo l'Era Sheshonq è largamente impiegata da tutti i "militanti" e le associazioni culturali berbere, in Nordafrica e nell'emigrazione. Col tempo, la figura di Chachnak è stata arricchita di particolari leggendari, e non è raro oggi leggere su giornali algerini o marocchini, in occasione del capodanno berbero, articoli che, incuranti di ogni verosomiglianza storica o geografica, illustrano come in tale data si ricordi una grande battaglia che Chachnak avrebbe vinto nel 950 a.C. a Tlemcen (ovest dell'Algeria!) contro Ramesse II conquistando così il potere in Egitto.


(Ma traduction suivra si je trouve le temps...)

On trouvera sur le premier lien que j'ai donné la photographie d'un calendrier publié en Tunisie en 1999, indiquant les dates du calendrier grégorien (en français), du calendrier musulman (en arabe et en français) et du calendrier berbère. Le 14 janvier 1999 du calendrier grégorien était ainsi le 26 ramadan 1419 et le 1er yennayer 2949 (les utilisateurs de l'ère berbère faisant semble-t-il systématiquement l'erreur qui consiste à faire les calculs comme s'il y avait un an zéro au lieu d'un an 1). On voit donc que si le calendrier musulman est un calendrier lunaire et que notre calendrier civil est un calendrier julien révisé, les Berbères continuent à utiliser le calendrier julien non corrigé. C'est bien la seule chose qui sera demeuré de la Romanité engloutie d'Afrique du Nord...

Je trouve que cette référence à ce personnage biblique nommé Sheshonq en ancien égyptien, שישק (Shishaq) en hébreu, Σουσακιμ (Sousakim) en grec, Sésac en français et désormais Chachnak en berbère (mais s'appelait-il vraiment Chachnak dans la forme de berbère que parlait sa tribu au Xe siècle avant NSJC?) chez les défenseurs contemporains de la culture berbère méritait d'être mentionné suite à la discussion qu'Anne-Geneviève avait lancé sur le présent forum le à propos de la destruction de la mémoire du passé préislamique du Maghreb le 8 octobre 2006 (ici: viewtopic.php?t=2054 ).

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » mer. 06 mai 2009 19:18

Début de ma traduction du texte du Wikipédia italien cité dans mon message du 6 mai 2009 à 19 heures 05.

Sul finire degli anni '60, l' Académie Berbère, creata a Parigi da alcuni Berberi emigrati in Francia allo scopo di preservare e diffondere la cultura berbera, si impegnò nella ricerca di tutti quegli elementi che potevano illustrare la civiltà berbera nei secoli anteriori alla conquista araba, allo scopo di fondare su solide basi le proprie richieste di un riconoscimento delle specificità linguistiche e culturali dei Berberi, pesantemente discriminati nei paesi del Nordafrica che avevano da poco ottenuto l'indipendenza in un contesto ideologico molto incline al panarabismo. Tra le altre cose, l'Académie "scoprì" l'esistenza di una dinastia di sovrani egizi di stirpe libica, e decise di solennizzare questa manifestazione così antica della civiltà berbera prendendo addirittura l'anno di accessione al potere di questa dinastia come inizio di una nuova "era" secondo cui calcolare gli anni, in modo indipendente dal calendario "occidentale" e da quello "islamico".

Ma traduction :

À la fin des années 1960, l’Académie Berbère, fondée à Paris par quelques Berbères émigrés en France dans le but de préserver et de diffuser la culture berbère, s’employa à rechercher tous les éléments qui pouvaient illustrer la civilisation berbère dans les siècles antérieurs à la conquête arabe, dans le but de fonder sur des bases solides ses demandes de reconnaissance des spécificités linguistiques et culturelles des Berbères, lourdement discriminés dans les pays d’Afrique du Nord qui avaient récemment obtenu leur indépendance dans un contexte idéologique fort enclin au panarabisme. Entre autres choses, l’Académie « découvrit » l’existence d’une dynastie de souverains égyptiens d’extraction libyque, et décida de célébrer cette manifestation si antique de la civilisation berbère en faisant de l’accession au pouvoir de cette dynastie le début d’une nouvelle « ère » servant au calcul des années d’une manière indépendante du calendrier « occidental » et du calendrier « islamique ».

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » jeu. 07 mai 2009 14:28

Suite de la traduction du texte du Wikipédia italien.

Nacque così l' Era Sheshonq (o Era Chachnak, nella bizzarra traslitterazione degli Accademici), il cui inizio fu fatto corrispondere al 950 a.C. Per cui, ad esempio, il 2006 corrisponde al 2956 dell'Era Sheshonq. La proposta trovò rapidamente un largo seguito, anche perché tra i Berberi esisteva la consapevolezza di avere un "calendario particolare", dal momento che era tradizionale festeggiare l'inizio dell'anno secondo il calendario giuliano ereditato dai Romani e mai modificato secondo la riforma gregoriana, vale a dire quasi due settimane dopo il capodanno europeo.

Oramai la datazione secondo l'Era Sheshonq è largamente impiegata da tutti i "militanti" e le associazioni culturali berbere, in Nordafrica e nell'emigrazione. Col tempo, la figura di Chachnak è stata arricchita di particolari leggendari, e non è raro oggi leggere su giornali algerini o marocchini, in occasione del capodanno berbero, articoli che, incuranti di ogni verosomiglianza storica o geografica, illustrano come in tale data si ricordi una grande battaglia che Chachnak avrebbe vinto nel 950 a.C. a Tlemcen (ovest dell'Algeria!) contro Ramesse II conquistando così il potere in Egitto.


Ma traduction :

Ainsi naquit l’ère de Sheshonq (où ère de Chachnak, dans la translittération bizarre des académiciens), dont on fixa le début à l’année 950 avant Jésus-Christ. Ainsi, par exemple, l’année 2006 correspond à l’an 2956 de l’ère de Sheshonq. La proposition trouva vite une large audience, aussi parce que les Berbères avaient conscience d’avoir un « calendrier particulier »,dès lors qu’existait chez eux la tradition de fêter le début de l’année d’après le calendrier julien hérité des Romains et jamais modifié d’après la réforme grégorienne, donc avec près de deux semaines de retard sur le début de l’année en Europe.

La datation d’après l’ère de Sheshonq est désormais largement utilisée par tous les « militants » et les associations culturelles berbères, en Afrique du Nord et dans l’émigration. Avec le temps, le personnage de Chachnak s’est enrichi de légendes particulières, et il n’est pas rare aujourd’hui de lire dans les journaux algériens ou marocains, à l’occasion du Nouvel An berbère, des articles qui, au mépris de toute vraisemblance historique ou géographique, expliquent que cette date commémore une grande bataille que Chachnak aurait remportée en 950 avant Jésus-Christ à Tlemcen (ouest de l’Algérie !) contre Ramsès II, s’assurant ainsi le pouvoir en Égypte.

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » jeu. 07 mai 2009 19:13

Claude le Liseur a écrit :J'ai déniché sur le wikipédia italien un excellent article sur le calendrier berbère (ici: http://it.wikipedia.org/wiki/Calendario_berbero ) qui indique que, depuis les années 1970, les militants berbéristes ont instauré une ère berbère dont le point de départ est fixé au 14 janvier ~950, date supposée à laquelle Sheshonq Ier (désormais appelé par les berbérophones de notre époque Chachnak) serait monté sur le trône d'Egypte.
Enfin, 14 janvier est une approximation pour rappeler que, du fait du décalage de 13 jours entre calendrier julien et calendrier grégorien pour la période actuelle, le début de l'année berbère tombe sur un 14 janvier, mais en fait, leur ère débute un 1er janvier ~950 julien.
Sauf qu'en ~950 le calendrier julien n'existait pas (mis en place par Jules César et Sosigène en ~46 et officiel à partir du 1er janvier ~45). Alors, il y a aussi une part d'arbitraire à décider dans les années 1970 de faire démarrer un calendrier julien à partir d'une année antérieure de plus de 900 ans à l'adoption du calendrier julien, mais n'est-ce pas finalement le principe de la période julienne de Scaliger déjà longuement évoquée sur le présent forum en septembre 2006 (ici: viewtopic.php?t=2016 )?

Donc, le mouvement berbériste ne fait qu'appliquer une méthode acceptée par la science en faisant remonter un calendrier julien aussi longtemps avant l'adoption réelle de ce calendrier. C'est exactement la méthode adoptée par Scaliger.

C'est donc par impropriété que j'ai dit que l'ère berbère de Sheshonq / Chachnak commençait un 14 janvier ~950, parce que le Nouvel An berbère tombe actuellement sur un 14 janvier. En fait, si l'on veut respecter l'usage scientifique représenté par la période de Scaliger, l'ère berbère commence bien un 1er janvier ~950 de l'ère chrétienne, donc un 1er janvier de l'an 3764 de la période julienne de Scaliger si mes calculs sont exacts (ils peuvent être faussés par la présence ou l'absence d'une année zéro dans l'ère de Chachnak).

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