Question sur l'acathiste des Anges gardien

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Modérateur : Auteurs

Sylvie
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Inscription : lun. 01 août 2005 2:50

Message par Sylvie »

Cher Jean-Louis Palierne,
est-ce parce que si on arrive à un accord d’organigramme les questions dogmatiques deviennent négligeables ?
Si le cardinal Kasper espère l'unité entre les orthodoxes en leur imposant sa vision de l'ecclésiologie avec un "représentant suprême" de l'église orthodoxe, c'est qu'il pense peut-être que les discussions et accords conclu avec ce dernier passeront à travers toute l'orthodoxie comme c'est le cas avec le pape de Rome.

Je pense que c'est difficile pour un catholique habitué à l'infaillibilité du pape, de concevoir une Église Une malgré l'absence de chef visible à la tête de tous les patriarches, nations, races, cultures et de langues différentes et que tous sont unis dans la même foi orthodoxe et ce malgré les faiblesses humaines parmi ses membres.

Dans l'Église Orthodoxe nous vivons la grande prière de Jésus à Son Père pour l'unité de tous que nous retrouvons dans le saint Évangile selon saint Jean chapitre XVII. Le pape Benoît XVI demande à ses fidèles catholiques de réciter tous les jours cette prière afin que toutes les religions chrétiennes soient unies dans la même foi. Je pense que sous-entendu il veut dire que tous deviennent catholiques romains.


Sylvie

Laurent pc
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Inscription : mar. 03 oct. 2006 11:32

Message par Laurent pc »

Le débat lancé est bien dense.

Pour ma part de nouvelles pistes de réflexion se sont ouvertes.

Et il me semble urgent tout d'abord, dans une optique personnel, de clarifier tout ce dialogue "Oecuménique" et de comprendre les positions de chacuns.

Pourriez-vous référencer des sites qui pourraient être des bases sérieuses pour un travail de réflexion?

serge maraite
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Inscription : lun. 11 sept. 2006 16:26
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Message par serge maraite »

aïe aïe aïe.
cette histoire resemble à une vulgaire negociation de fusion ou acquisition ou de joint venture à la Daimler Benz Chrysler ou à la Allianz-AGF.
Ce we se tiennent en Belgique les elections communales. Ici aussi, dans les négociations d'alliance (coalitions) pré electorales, on discute des mandats, des postes avant de parler programmes, contenus, substance.
Même logique bassement et uniquement humaine ?

Sylvie
Messages : 387
Inscription : lun. 01 août 2005 2:50

Message par Sylvie »

Pour l'Église Orthodoxe, je suis embêtée de vous donner des liens. Je ne sais pas où vous diriger. Sur ce forum, en utilisant la fonction rechercher, vous trouverez diverses discussions sur le sujet. Vous verrez que certains membres sont plus ouverts que d'autres face à l'œcuménisme actuel. Je dis bien l'œcuménisme actuel, car ce n'est pas sur l'unité de Chrétiens que les orthodoxes sont réticents, mais je pense que c'est sur la façon dont est perçue l'unité des Chrétiens de la part des autres religions chrétiennes en particulier Rome.

S'unir dans la diversité des cultures, langues, nations, races ça va. S'unir dans la diversité de la foi sur le péché originel, l'Immaculée Conception, l'infaillibilité du pape etc. ça ne va pas.

Ceux plus instruits que moi sur ce forum pourront corriger ou compléter.

Je peux vous donner quelques sites officiels catholiques romains et du C.O.E.

Une petite note sur le site du Vatican, présentant la curie romaine m'a fait sourire.
LA CURIE ROMAINE

Dans l'exercice de son pouvoir suprême, plénier et immédiat sur l'Eglise universelle, le Pontife Romain se sert des Dicastères de la Curie romaine; c'est donc en son nom et par son autorité que ceux-ci remplissent leur charge pour le bien des Eglises et le service des Pasteurs.

CHRISTUS DOMINUS, 9

Donc du côté de Rome vous avez le lien vers le Conseil Pontifical pour la Promotion de l'Unité des Chrétiens
http://www.vatican.va/roman_curia/ponti ... dex_fr.htm Vous y trouverez divers documents sur ce sujet.

Pour poursuivre, voici un lien du Vatican sur le dialogue interreligieux qui consiste à un dialogue avec les religions non-chrétiennes.
http://www.vatican.va/roman_curia/ponti ... dex_fr.htm

Je vous donne aussi un lien vers le conseil œcuménique des Églises.

http://wcc-coe.org/wcc/who/index-f.html#1

Nous avons déjà discuté du C.O.E. sur le forum au lien suivant : viewtopic.php?t=903&postdays=0&postorde ... oe&start=0




Sylvie-Madeleine

Jean-Louis Palierne
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Inscription : ven. 20 juin 2003 11:02

Message par Jean-Louis Palierne »

Ce qui se passe actuellement requiert toute notre attention. J’apprécie tout particulièrement la comparaison que fait Serge Maraïta :
cette histoire resemble à une vulgaire negociation de fusion ou acquisition ou de joint venture à la Daimler Benz Chrysler ou à la Allianz-AGF.

Ce we se tiennent en Belgique les elections communales. Ici aussi, dans les négociations d'alliance (coalitions) pré electorales, on discute des mandats, des postes avant de parler programmes, contenus, substance.
Ah! ce n’est pas chez nous qu’on parlerait aussi clairement des marchandages pré-électoraux… Pauvres Belges.

Poue en revenir à nptre problème, c’est bien dans cette perspective qu’il faut comprendre les intrigues vaticanesques. Mais je reste aussi complètement convaincu que les responsables orthodoxes sous-estiment la part de panique dans le retournement du Vatican.

Car il y a bien retournement. Reconnaître la valeur de la référence hellénique même pour les héritiers de l’Église latine, il y a là de quoi faire frémir beaucoup de catholiques traditionnalistes. Opter clairement en faveur de la négociation avec une véritable instance orthodoxes œcuménique, plutôt que de pratiquer des magouilles géo-politiques avec le patriarcat de Moscou, c’est un brutal coup de volant par rapport à la ligne qui prévalait encore récemment, jusqu’à la mort de Jean-Paul II.

Je crois que maintenant encore plus qu’auparavant il est nécessaire de n’employer qu'à bon escient le terme “œcuménique”. En prenant le nom de “Conseil œcuménique des Églises" à son congrès fondateur d’Amsterdam en 1947, les moderno-confusionnistes “dans le vent” ont emprunté un terme qui était jusqu’alors réservé à l’usage de l’ecclésiologie orthodoxe et connu seulement de quelques spécialistes occidentaux. Leur conviction était alors que les diverses “confessions” chrétiennes peuvent avoir une collaboration fructueuse en laissant provisoirement de côté leurs divergences.

Les catholiques observèrent alors un silence glacial. Les orthodoxes étaient embarrassés, mais plutôt favorables (chacun pour son propre compte, tant l’Église de Russie que le patriarcat œcuménique, avait déjà un long passé de flirt poussé avec l’Église anglicane). Cependant l’année suivante, à l’occasion du 500ème anniversaire de son autocéphalie, l’Église de Russie tint à Moscou une "Conférence des Églises autocéphales orthodoxes" au cours de laquelle des représentants d’une dizaine d’Églises dénoncèrent les prétentions du Mouvement œcuménique à se transformer en une “super-Église”.

Au cours de la période suivante toutefois, tant les Églises orthodoxes que l’Église catholique établirent des relations de moins en moins distantes avec le CŒE, et celui-ci se mit à organiser des réunions qu’il faut bien qualifier de "liturgiques interconfessionnelles", cependant qu’il tentait d’ouvrir également des relations avec des religions non-chrétiennes. Rome n’avait plus aucune retenue et le pape Jean-Paul II n’hésita pas à convoquer à Assise, la ville de saint François, une rencontre des religions mondiales priant ensemble pour la paix. Une idole païenne en or massif fut posée sur l’autel de la vénérable basilique d’Assise, qui avait été jadis, bien avant saint François, le siège d’une Église locale orthodoxe.

Maintenant le CŒE est à l’agonie. Il n’est plus qu’une organisation caritative internationale. Les Églises protestantes qui participent au CŒE, et qui étaient à l’origine de sa fondation, ne représentent plus qu’une minorité du monde protestant. Elles sont en pleine décadence.

La reprise des relations entre l’Église catholique et (il faut hélas parler au pluriel) les Églises orthodoxes est un phénomène bien distinct. Il est dû à l’initiative de Benoît XVI et se situe exclusivement dans un cadre bilatéral catholique-orthodoxe. Il est vraisemblable que le Pape souhaite la constitution d’une sorte de “Front commun” des Églises “traditionnelles”, selon la définition du cardinal Kasper, front qui agirait sur les gouvernements et les sociétés d'un monde naguère chrétien. B16 a compris que la présence des Uniates aux côtés de l’Église catholique, un pied en dedans, un pied en-dehors, était contre-productive et il n’hésite pas à les lâcher froidement (ce qui risque d’en pousser un certain nombre vers un retour à la maison-mère orthodoxe).

L’urgence que ressent le Vatican est telle que ce sont maintenant les catholiques qui pressent les Églises ethniques autocéphales et autonomes de retourner à l’ordre canonique de l’Orthodoxie qui condamne strictement tout ethno-phylétisme. La réponse qu’a faite le représentant de Moscou à la Conférence de Belgrade, mgr Hilarion Alfeyev, et qu’il a adressée étonnamment au cardinal Kasper, est irrecevable.

Les canons de l’Église reconnaissent au patriarche ?cuménique les mêmes fonctions que celles que la Tradition reconnaissait au patriarche romain, en le plaçant au-dessus même du patriarche d’Alexandrie. Mais il ne s’agissait pas de fonctions administratives, il ne s’agissait que de fonctions au service de la vie des synodes réunissant les évêques de chaque province ; le patriarche de Rome pour l’ensemble de l’Église répandue dans l’univers, et le patriarche de Constantinople pour les Églises de l’Orient devaient exercer les fonctions de présidence, c'est-à-dire parler au nom de tous, recommander devant le pouvoir civil les requêtes valables des évêques (écartant donc les requêtes inopportunes), concilier les conflits, éventuellement juger en appel ou en cassation, confirmer les élections des métropolites et finalement dans les cas désespérés présidant et confirmant les anathèmes prononcés par les conciles.

Le refus de l’Église russe ne pourrait donc porter que sur l’alourdissement indû du rôle légitime des patriarches par des tâches non prévues par la tradition : choisir et ordonner les évêques. Un signe très caractéristique de cet alourdissement est la coutume qui prévaut à notre époque de réserver au patriarche le privilège de consacrer le saint Chrème. Tout évêque doit le consacrer, chacun pour son Église et sur son unique autel, et saint Cyprien de Carthage en fait très éloquement (et en latin) la caractéristique même de l’évêque. De même un évêque (fût-il un patriarche) ne devrait en aucun cas interférer dans les affaires d’un autre diocèse. Ou alors il faut qu’on mette en cause l’épiscopat même de cet évêque devant le synode provincial auquel il appartient — et l’évêque ainsi mis en cause pourra en appeler au patriarche.

Dans l’ensemble des Églises orthodoxes autocéphales et autonomes, c’est avant tout la pratique de la synodalité provincialequi doit être restaurée, renouvelée, et cela ne peut se faire qu’au prix d’un effort lent et persévérant.

Le patriarche d’Alexandrie créant en son sein une véritable première métropole (missionnaire) nous montre le chemin ; la réunion des Églises autocéphales qui a accédé à la demande du synode du patriarcat de Jérusalem, ou bien lorsqu’elle a ordonné le remplacement de l’archevêque de Chypre pour raison de santé en donne d’autres exemples ; l’Archevêque de Tirana écrivant au patriarche œcuménique pour lui exprimer qu’il approuve la réception de l’évêque de Sergievo comme évêque d’Amphipolis, la création par le patriarcat d’Antioche d’une métropole aux États-Unis qui s’empresse aussitôt de proposer aux autres orthodoxes américains de fonder une Église locale unique, tous ces événements montre que la pratique d’une véritable synodalité revient et progresse peu à peu parmi les Églises orthodoxes, qui jadis se considéraient comme jalousement “indépendantes” et “nationales”, et concevaient l’universalité de l’Église orthodoxe uniquement comme une fédération de pyramides administratives.

Une autre difficulté que devra aussi surmonter l’Église orthodoxe vient de la faiblesse du patriarcat de Constantinople, faiblesse à la fois numérique et qualitative. Des siècles d’intrication avec le pouvoir musulman, puis l’aide douteuse des société secrètes des Phanariotes, et enfin la pratique de la vénalité, ont provoqué un profond affaiblissement du Patriarcat. Le retournement de la politique vaticanesque place la faiblesse du patriarcat œcuménique au premier plan des débats entre les Églises orthpdoxes.

Mais on doit s’étonner de constater que dans les brefs comptes rendus de la Conférence de Belgrade qui ont été diffusés jusqu’à présent on ne semble pas avoir évoqué les questions dogmatiques. Qu’il s’agisse de Filioque ou de l’absence d’épiclèse dans la messe latine, il faudra bien un jour ou l’autre en parler. Il n’est pas exclu que le Vatican prenne une initiative inattendue en ce sens, ce qui lui permettrait de garder l’initiative, mais il semble qu’il préfère poser un voile pudique sur la proclamation de “l’Immaculée Conception”. Et il reste bien d'autres questions à aborder. On ne peut laisser ces débats au seuls théologiens professionnels (qui accordent de plus en plus de poids à l'opinion des théologiens orthodoxes).

Et pourquoi le Pape a-t-il déclaré qu'il renonçait au titre de “patriarche d’Occident”? Pour offrir une place numéro 2 au patriarché de Constantinople ? On retrouve les discussions de répartition des postes dont parlait Serge.

En tout cas les représentants orthodoxes se sont trouvés embarrassés pour répondre, ne pouvant ni refuser, ni accepter.

Il faut noter le rôle important qu’a joué lors de cette conférence le métropolite de Pergame, Jean Zizioulas.
Jean-Louis Palierne
paliernejl@wanadoo.fr

Sylvie
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Message par Sylvie »

Cher Jean-Louis Palierne,

Suite à votre message, je constate que j'ai encore beaucoup à apprendre sur le fonctionnement de la pentarchie.

J'étais négative face au message du cardinal Kasper alors que d'après ce que vous dîtes, il est très positif. Est-ce que son désir de l'unité entre les Églises orthodoxes est à propos ?

Je croyais que la primauté d'honneur ne donnait pas de pouvoirs sur les autres églises orthodoxes car il est égal parmi les égaux. Est-ce que le patriarche de Constantinople peut à lui seul représenter toutes les autres patriarcats ?

J'ai encore beaucoup à apprendre.

Sylvie-Madeleine

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne »

Je na cois pas que le message du cardinal Kasper soit si positif, mais je crois que la conscience qu’ont les dirigeants de l’Église catholique d’être au bord du gouffre a changé beaucoup de choses dans leur comportement. Cela dit leur formation d’apparatchiks ecclésiastiques reste ce qu’elle était, ils ont de vieilles habitudes de ruse et de procédés obliques, cependant qi’ils n’ont pas conscience de la nécessité d’une confirmation par la Tradition et le communion, qui forme encore le fond de la mentalité orthodoxe, et que les divers ethnophylétismes et modernismes n’ont pas réussi à anéantir.

Les représentants des Églises orthodoxes n’ont guère conscience du retournement qui s’est produit chez les catholiques. De même que lorsqu’il s’agit d’accueillir des Occidentaux ils ont toujours tendance à attendre la conversion de groupes constitués avec un clergé, sans se rendre compte que les Occidentaux qui cheminent vers l’Orthodoxie sont en général des individus isolés traversant des expériences difficiles.

Dans l'attitude nouvelle de Rome il y a une part de panique et une part de ruse, mais il y a aussi une part de maladresse, car ils ne semblent pas avoir imaginé combien ils compliquaient les choses en rejetant le titre de patriarche dont le pape est cependant bien le titulaire, un titulaire défaillant certes, mais bien un titulaire. C'est en discutant sur la base de ce titre que le Pape pourrait se retrouver membre de la Pentarchie, non en offrant à son interlocuteur œcuménique un "numéro deux" dans une imaginaire construction pyramidale.

Le patriarcat de Rome, lorsqu’il était orthodoxe avait un rôle de primus inter pares pour l’ensemble des Églises répandues dans l’Univers, et je vous ai dit en quoi consistait cette présidence. Le patriarcat de Constantinople avait le même rôle en second pour l’Orient, puis les trois autres patriarcats pour leur sphère juridictionnelle. Le “numéro un” ayant disparu de la Pentarchie, le “numéro deux” doit suppléer au rôle du “numéro un”. Mais il est important de noter que la synodalité des évêques orthodoxes suppose, (1) non seulement qu’ils se réunissent régulièrement en des synodes provinciaux, où ils doivent rendre compte des décisions qu’ils ont prises, débattre de ce qui relève du “commun des évêques” et vérifier leur foi, (2) mais aussi qu’il y ait des instances “super-provinciales” qui arbitrent, confirment, tranchent en appel, recommandent, etc…

S'il ne peut y avoir de synode sans présidence, il ne peut pas non plus y avoir de président sans synode, et c’est là le difficulté qui se trouve devant le patriarche œcuménique, qui n’a qu’un synode formel (ce n’est en réalité qu’une réunion de chefs de bureau) et qui étend sa juridiction à toute une série d’exarques qui ne sont pas membres du synode.

Il ne peut pas représenter les autres patriarcats, mais il peut inviter les autocéphalies à se réunir pour des décisions qui engagent l’ensemble de l’Église orthodoxe. Il peut aussi composer un tribunal pour juger un évêque. Le cas s’est produit récemment pour un évêque chypriote sur lequelle on avait élevé de graves accusations. Le PŒ a composé un tribunal, composé principalement d’évêques chypriote, complété par des évêques d’ailleurs (il faudrait retrouver l’information exacte), tribunal qui a lavé l’évêque de ces accusations (après avoir examiné l’affaire en détail et entendu des témoins)

C'est en tant que tel qu'il pourrait et qu'il devrait prendre l"initiative de créer une métropole d'Europe occidentale (une métropole qui devrait évidemment être supra-nationale).

On ne peut donc pas ramener le rôle des présidents des synodes épiscopaux à une simple préséance protocolaire. Mais il est vrai que cette conception était officiellement enseignée naguère dans certaines Églises, au nom tant de l’hostilité à Rome que d’une confusion entre autonomie synodale et indépendance politique.
Jean-Louis Palierne
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Anne Geneviève
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Message par Anne Geneviève »

Un lien intéressant pour suivre la question oecuménique côté orthodoxe russe :
http://orthodoxeurope.org
C’est le site officiel du patriarcat de Russie auprès des institutions européennes à Bruxelles. Sinon, le mieux est de se rendre sur les sites des divers patriarcats qui donnent des communiqués en langue anglaise le plus souvent, plus rarement en français.
"Viens, Lumière sans crépuscule, viens, Esprit Saint qui veut sauver tous..."

serge maraite
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Message par serge maraite »

à propos de la création "d'une métropole d'Europe occidentale (une métropole qui devrait évidemment être supra-nationale)", dont parlait M. Palierne, il semblerait qu'une certaine ébauche de celle-ci soit en train de prendre forme au diocèce de Chersonèse qui est du patriarcat de Moscou (pour la France, Italie, Espagne et Portugal).
Quand on regarde le nouveau site internet de ce diocèse www.egliserusse.eu (notez que c'est "eu" et non "com", "org" ou "fr") à la place de www.korsoun.fr (si ma mémoire est bonne), on voit que le surprenant sous titre de la page d'accueil de ce site est "église orthodoxe russe en Europe occidentale".
Est-ce un glissement purement sémantique ou marketing si j'ose dire ?
Oui, je n'ignore pas que ce forum abandonne volontiers à d'autres forums le cadre (le ring ?) des conflits inter juridictions russes ou de tradition russe, mais on peut tout de même s'interroger ici de cette évolution apparente, puisqu'on parle du phylétisme et de la création d'une Métropole supra nationale en Europe de l'Ouest.
Peut être que cette ébauche ou ce rêve d'église orthodoxe russe en Europe occidentale se fonde sur la lettre d'avril 2003 du Patriarche de Moscou au lendemain du dècès de l'Exarche Serge de Daru. Ce projet ne va-t-il pas dans la mauvaise direction? En effet, d'une part, il semble s'inscrire dans l'actualité immédiate d'un activisme et d'une aggressivité contre l'Exarchat et peut-être d'autres diocèses (les conflits de Nice et Biarritz), et d'autre part, et c'est plus grave, il reste enfermé, à première vue, dans un carcan national (russe) tres ethno-phylétiste.

Me trompe-Je ? J'espère ne pas être hors-sujet et bonne fête à tous les Serge.

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne »

L’Orthodoxie n’est ni russe ni grecque, elle est orthodoxe. On ne devrait jamais accoler d’adjectif au mot “Église”. Le seul prédicat qu’admette ce mot sacré est l’indication du lieu ; “l’Église qui est à Thassalonique”, ou “l’Église qui est à Antioche”, ou “l’Église qui est à Paris”. L’Église qui célèbre à Bruxzlles l’Eucharisyie du Seigneur est identique à l’Église de Jérusalem, la “mère des Églises”, comme le dit la Liturgie. Toutes les Églises sont en communion entre elles, sinon leur authenticité doit être mise en cause.

La pratique consistant à accoler un adjectif au mot “Église” remonte à la création d'Églises latines par les Croisés sur le territoire des antiques Églises de Terre sainte. Cette pratique fut reprise lorsque se répandit “l’Uniatisme”. À la Réforme apparurent des Églises “réformées”, puis “luthériennes”, “anglicanes” Avec cette dernière nous voyons apparaître des qualificatifs nationaux et ethniques, qui se multiplièrent dans l’Orthodoxie parallèlement aux émancipations nationales : Église russe, Église grecque, Église serbe etc. Et chacune prétend prend en charge ses enfants immigrés à l’étranger. L’Église russe sut envoyer des missions en Sibérie, en Cheine, au Japon, en Amérique du Nord (où elle fut la première à installer un évêque orthodoxe). Mais en Europe occidentale elle n’installa que des Églises d’émigrés (exilés, commerçants, diplomates ou touristes) qui devinrent des Églises de "diaspora".

Les autres Églises des pays de tradition orthodoxe en firent autant, et on eut sur un même territoire d’Europe occidentale ou d’Amérique du Nors, puis dans le monde entier des Églises concurrentes pôrtant des étiquettes ethniques diverses, ce qui est totalement contraire aux canons de l’Église.

Le patriarcat de Moscou, qui représente l’Église de Russie, a mené depuis qu’il a retrouvé sa liberté une politique “extérieure” active. Elle a visé d’abord à renouer les contacts avec le Synode de “l’Église hors frontières’, qui est certes peu nombreuse par rapport aux effectifs revendiqués par le patriarcat de Moscou, mais qui jouit en Russie d’un certain prestige et d’une importante autorité spirituelle et intellectuelle. Le patriarcat s’efforce aussi d’encadrer dans des structures ecclésiales particulières la très nombreuse immigration qui vient s’installer actuellement en Occident. Il s’efforce enfin de rendre à l’Église russe le prestige dont elle jouissait dans le monde entier jusqu’à la prise du pouvoir par les bolcheviks, et en particulier il a tenté de récupérer les reliques et les icônes que l’émigration avait emmenées avec elle et surtout de reprendre possession des grandes cathédrales qui avait jadis été construites en Occident et surtout en France. On se souvient des interventions brutales qui avaient eu lieu en Terre Sainte à Hébron et à Gethsémani. En France la brutalité semble s’être limitée au domaine judiciaire, et n’a pas donné jusqu’ici les résultats escomptés. La communauté anglaise du patriarcat de Moscou a préféré rejoindre l’Archevêché de la rue Daru.

On voit mal comment une métropole orthodoxe d’Europe occidentale pourrait se définir comme “de Tradition russe”. Espérons plutôt qu’il y ait un jour une métropole orthodoxe.

Un autre problème peut venir de ce que les Églises de tradition russe (et ici il ne s’agit pas seulement du patriarcat et de ses prolongement extérieurs) se réclament toutes de l’héritage du Concile pan-russe de 1917. Or celui-ci prétend introduire dans la structure de l’Église des principes d’organisation rationnelle qui sont étrangers à la Tradition de l’Église orthodoxe, en préférant au charisme épiscopal, qui est la grande grâce que le Saéuveur a accordée à l’Église qui est son Corps et dont il est la Tête, une organisation où “la direction” des affaires serait assumée par des “Conseils diocésains” élus et clérico-laïques. La vie de l’Église, dans la Tradition orthodoxe, est confiée à une personne qui reçoit un charisme unique. J’en ai déjà parlé longuement sur ce Forum, et je me permets d’y renvoyer :

< viewtopic.php?p=12554&highlight=charism ... opal#12554>

et pour que l’évêque puisse exercer son ministère au service de la communauté, il faut qu’il soit membre d’un synode provincial, qui l’a ordonné et auquel il participe. C’est ce que j’avais tenté d’expliciter ici :

< viewtopic.php?p=10666&highlight=charism ... opal#10666>

En fait et sans le proclamer officiellement le patriarcat deMoscou a laissé tomber les décisions du Concile de 1917. Dans le monde entier ces décisions ne sont plus appliquées que par l’Archevêché de la rue Daru. De telles conceptions représentent un obstacle sur la voie du retour aux pratiques canoniques.

Serge, dans mon immense bonté et condescendance, je vous autorise à ne plus me donner du “Monsieur” et à m’appeler simplement “Jean-Louis”. Cela suffira entre nous.
Jean-Louis Palierne
paliernejl@wanadoo.fr

serge maraite
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Message par serge maraite »

Merci Jean-Louis.
Au travail pardi ! (ces lectures et hélas aussi dans le siècle pour le gagne-pain) !

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