Le sort des juridictions russes en Occident

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Antoine
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Message par Antoine »

Le problème de l"occident" n'est ni dans la Raison, ni dans la rationnalité, ni dans le rationalisme. Le problème c'est la papauté. Car le pape, vicaire du Christ, est considéré dans l'idéologie catholique romaine comme l'expression visible de l'unité de l'Eglise tout comme, dans l'hérésie filioquiste, l'Esprit Saint est l'expression de l'unité du Père et du Fils. Les hérésies latines sont toutes fondées sur cette reconnaissance ou ont pour finalité cette reconnaissance au service de laquelle sont utilisés raison rationnalité et tout rationnalisme. C'est cette finalité qui pollue et modifie la foi dans tous ses aspects.
En remplaçant la succession apostolique offerte à tous les évêques par la succession arbitraire du siège pétrinien on est passé du Dieu-homme à l'homme Dieu.
Les autres idéologies citées par Anne Geneviève ne sont que des contre idéologies qui évoluent dans le même système fermé sur lui-même.
Dernière modification par Antoine le mar. 17 oct. 2006 1:50, modifié 1 fois.

Silouane
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Message par Silouane »

La théorie détestable d'Anselme de Canterbury sur l'expiation envers un Dieu courroucé est-elle liée directement avec le papisme (voire est-elle une sorte de projection sur Dieu du l'image d'un pontife justicier)? Ou peut-on y trouver autre origine?

Antoine
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Message par Antoine »

Non, je ne vois pas de lien direct entre théologie de la satisfaction et fondement de la papauté. En revanche la papauté en a une utilisation optimale dans l’inquisition et le recours aux indulgences par la suite au XVI ème siècle sous Léon X. Tout ceci dans la droite ligne de l’invention du purgatoire qui est elle même la conséquence directe de l'abandon de la théologie des énergies incréées telle que les Pères l'enseignent. Effectivement le pape devenant vicaire du Christ devient par là même une sorte de lien entre Dieu et sa création. Mais vous avez raison de dénoncer, cette théologie de la satisfaction comme «détestable».

Chez Anselme je retiendrais plutôt l’introduction en théologie de la preuve ontologique de l’existence de Dieu. Cette ontologie rationnelle aura marqué toute la pensée occidentale depuis 1000ans.
Anselme cherchait en guise de preuve de l’existence de Dieu un argument fondé sur la seule logique et qui «n’aurait besoin d’aucune autre justification que lui-même» . L’existence de Dieu se déduit de son Idée. C’est ainsi que dans le "Proslogion" il énonce que rien n’est plus grand que Dieu. Nier son existence est contradictoire car on pourrait alors penser quelque chose de plus grand que Dieu, à savoir que Dieu existe. Donc il existe.
Ce type de preuve ontologique se retrouve chez Descartes en 1637, dans le Discours de la méthode où il exprime que l'existence de Dieu est comprise dans son essence. Spinoza reformulera dans l’Ethique en 1675, «J'entends par cause de soi ce dont l'essence enveloppe l'existence.» On retrouve le débat ensuite chez Leibniz, puis chez Kant, Schelling, Hegel, Heidegger, Sartre etc … Le choix de la pensée occidentale devient que seule la Raison fonde Dieu ou Dieu n’existe pas. C’est catastrophique, car la Raison se mutile là même où elle veut se fonder elle même.
Mais quel rapport avec la papauté? L’introduction par Anselme d’une ontologie rationnelle en théologie (à la place d’introduction je devrais dire substitution de la théologie des Pères par l’ontologie) prend sa naissance dans la théologie augustinienne où s'élabore l’idée d’une nature qui précède la personne, nature dans laquelle se constituent les relations trinitaires.
C’est ce même principe qui prévaut dans le concept papal d’apostolicité. Il y a une nature de la succession apostolique liée au siège qui précède la personne même de l'évêque de Rome et lui donne suprématie sur tout évêque.
En ratifiant le filioque, c’est cette idée d’une nature précédant la personne que la papauté a ratifiée, justifiant ainsi sa primauté universelle.

On est bien sûr très loin, dans l’ innovation d’Anselme, du témoignage apostolique tel que Pierre nous l’écrit dans sa première épître :
«Ce n'est pas, en effet, en suivant des fables habilement conçues, que nous vous avons fait connaître la puissance et l'avènement de notre Seigneur Jésus Christ, mais c'est comme ayant vu sa majesté de nos propres yeux. Car il a reçu de Dieu le Père honneur et gloire, quand la gloire magnifique lui fit entendre une voix qui disait: Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute mon affection. Et nous avons entendu cette voix venant du ciel, lorsque nous étions avec lui sur la sainte montagne.»
Nous avons chez Pierre un témoignage de Dieu comme personne et qui plus est comme personne incarnée.Il s'agit d'un témoignage de ce que les seuls sens ont perçu! La vue et l'ouïe! Dieu se donne à percevoir par les sens! La construction, par Anselme, d’un Dieu produit de la Raison, remplace l’expérience de la Transfiguration ; et la Théoria , seul critère de la vérité dans la foi, est balayée par la logique de la rationnalité à la recherche de ses preuves ontologiques. Plus proche de nous dans le temps en 1981, le débat lancé il y a 1000 ans se poursuit toujours: un Robert Nozick écrira dans Philosophical Explanations: « Dieu est tellement parfait qu'il n'a pas besoin d'exister.»

Du même coup rationalité technique et scientifique deviennent à leur tour fondement inépuisable de désespoir au lieu de contribuer à l’épanouissement de l’homme comme le voudrait Anne Geneviève dans sa plaidoierie de «l’usage fécond de la raison, toute la prodigieuse aventure scientifique dans sa louange justifiée de la raison.» Oui à condition de garder notre création à l'image de Dieu. St Basile nous enseigne qu’ il «nous est proposé de ressembler à Dieu autant qu’il est possible». Voilà la théologie des Pères! Mais comment l’homme pourrait-il être l’image d’un Dieu abstrait produit de la logique humaine ?

Si vous rajoutez à cela que la théologie augustinienne, repris par la scolastique, a remplacé la synergie développée dans la théologie patristique par l’arbitraire divin, vous pouvez effectivement aussi justifier l’arbitraire papal. Augustin nous dit que «Dieu refuse le salut aux hommes selon son choix non pas parce qu’ils ne l’ont pas voulu mais parce que Dieu lui-même ne l’a pas voulu.» (Lettre 217à Vital de Carthage.) Thomas d’Aquin reprendra cette théologie de l’arbitraire divin sous la forme suivante : «Mais pourquoi Dieu choisit-il ceux-ci pour sa gloire et pourquoi il réprouve ceux-là, il n’y a pas d’autre raison que la volonté divine, comme de la seule volonté de l’architecte dépend que cette pierre ci soit en cet endroit du mur et cette autre ailleurs.»

Nature précédant la personne et arbitraire sont les deux axiomes sur lesquels se fonde la papauté. Il y a un athéisme qui se définit par la négation de Dieu ou par l’indifférence à Dieu , mais il y a un athéisme occidental plus puissant et orchestré par la papauté qui est la défiguration de la Révélation.

Silouane
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Message par Silouane »

Merci Antoine pour vos éclaircissements... Oui, cette tendance (scolastique) à avoir recours à des concepts abstraits pour "fonder" (???) ou expliquer (???) Dieu (et antécéder en quelque sorte à la Révélation, ce qui est absurde) m'a toujours paru vide, stérile et étranger au réalisme vivant de l'Evangile et des Pères. Ca tue (ou plutôt exclut) l'Esprit. Et en ce sens, en effet, c'est un athéisme, en germe peut-être, mais quand même un athéisme. C'est comme si on avait voulu (re)verser le Vin (éternellement) neuf dans de vieilles outres (ou plutôt dans des outres complètement étrangères et incompatibles), tandis qu'on avait déjà des outres nouvelles! Quel pouvait en être l'intérêt pour ces gens qui pourtant croyaient (?) en la Révélation et la Tradition? Quel goût peut-on y trouver dès qu'il y a la Tradition vivante? Ce qui est sûr, ce sont les dégâts...

serge maraite
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Message par serge maraite »

Merci Harald, en quelques lignes vous mettez le doigt sur ce qui fait mal.
Il n'y a pas grand chose à ajouter sauf, peut-être de dire, au risque de me faire reprendre, que cette approche purement intellectuelle, rationnelle ou conceptuelle de Dieu n'a heureusement pas tout pollué "tout cassé".
En effet, si on lit des auteurs catholiques comme (Sainte) Hildegarde von Bingen ou plus récemment Edith Stein, voir même un protestant comme D. Bonhoeffer, on peut voir autre chose - je ne les ai pas lu intégralement et mes yeux sont sans doute encore trop marqués par le catholicisme: une amitié avec le Seigeur, une douce oraison, une confiance vivifiante. Contrairement peut-être au reproche classique de sentimentalisme voire de subjectivisme émotionnel égocentrique (et donc anti orthodoxe) adressés à notamment une petite Thérèse de Lisieux, ici, chez ces 3 personnes précitées (parmi beaucoup d'autres), je ne vois pas cela et veux à ce stade les garder dans mes lectures nourrissantes.
Le Père Placide Deseille a écrit sur les convergences et les divergences entre catholicisme et orthodoxie. Mais c'est peut-être un autre débat. A moins que, et j'aimerais que les convertis m'en parlent: dans une démarche sérieuse de conversion à l'orthodoxie: faut il faire "tabula rasa" et se d"décatholiciser" le plus possible (Je devine, sauf erreur, la réponse d'Antoine)? Ou plutôt, comme un Père Lev Gillet, si je l'ai bien lu, suivre un chemin qui est moins un chemin de rupture qu'un accomplissement, une découverte de la plénitude, de la Lumière ?

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne »

Non, je ne peox pas acquiescer à la façon dont Serge Maraïte pose le problème. Un certain nombre de catholiques cherchent à trouver l’Église dont ils se sentent frustrés, et pour la retrouver, ils s’adressent à l’Église orthodoxe. Mais ce n’est pas parce que le catholicisme les y conduit, c’est parce que mille ans de catholicisme n’ont pas réussi à étouffer le dépôt de la Vérité qui est l’héritage de nos Pères dans la foi. Ce n’est pas parce que ils ont été catholiques, c’est malgré leur passé de catholique. Ce n’est pas une progression vers plus de lumière, c’est un dépouillement des déformations que le catholicismes leur avait imposés. Ce n’est pas l’oraison des “mystiques” catholiques qui forme à la vie spirituelle orthodoxe, c’est le retour aux Pères, dont les “mystiques” catholiques se sont tant éloignés. Le catholicisme a tenté d’empoisonner les sources de la vie spirituelle par une quantité d’idées fausses, mais toutes ces idées, avec leur faux prestige de science, sont peu de choses par rapport à l’extraordinaire cohérence de la Révélation divine, que seule l’Église orthodoxe. Leurs sacrements ne sont d’aucune aide pour la vie spirituelle. Le seul vrai grand Mystère, c’est l’Église orthodoxe.
Jean-Louis Palierne
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Monique
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Message par Monique »

Serge Maraite a écrit :
Contrairement peut-être au reproche classique de sentimentalisme voire de subjectivisme émotionnel égocentrique (et donc anti orthodoxe) adressés à notamment une petite Thérèse de Lisieux,
C’est là une fausse vision de Thérèse de Lisieux, c’est l’image d’Epinal.
Quand on étudie la vie de cette femme, ce que j’ai fait quand j’étais catholique, et qu’on va au delà du langage mièvre, on rencontre une grande dame.
Thérèse de Lisieux a vécu sa courte vie de moniale dans l’enfer des pensées de blasphème, de négation de Dieu etc… jusqu’à effrayer son confesseur. Si elle avait été orthodoxe elle aurait trouver de l’aide chez son père spirituel.

Je me demande si les personnes qui cherchent Dieu véritablement et de tout leur cœur, et qui vivent dans un environnement où la vérité est dénaturée et pervertie, ne vivent pas une sorte de martyr. En tout cas elles se retrouvent dans une grande solitude spirituelle.

Sylvie
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Message par Sylvie »

Chère Monique,

Les directeurs de conscience disent alors que c'est une nuit de l'esprit comme celles décrites par saint Jean de la Croix. De plus, comme elles peuvent durer pendant de nombreuses années, le directeur invite à la patience. Donc, la personne souffrant de cette nuit peu être ainsi pendant 5, 10, 15 ans peut-être d'avantage.

Il n'y a pas de telles nuits chez les orthodoxes ?

Sylvie-Madeleine

Monique
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Message par Monique »

Chère Sylvie-Madeleine

non, il n'y a pas de nuit au sens où l'entende les catholiques.
Il y a des épreuves très douloureuses mais pas de nuit.
Je l'ai compris en lisant le livre de l'archimandrite Sophronie sur Saint Silouane; quand le Seigneur dit à St Silouane "tiens ton esprit en enfer et ne désespère pas", Il ne le plonge pas dans une nuit où l'on ne voit plus, mais lui donne un moyen pour vivre son épreuve.
Après la lecture de St Silouane, les nuits de Jean de la Croix m’ont paru fades et totalement à coté de la vie spirituelle et totalement inutiles pour m’aider dans ma vie.

Et puis il n’y a pas non plus de directeur de conscience, mais des pères spirituels, et ce n’est pas du tout la même chose.

Si Thérèse de Lisieux avait été orthodoxe, au lieux de juger ses pensées et d’en être offusqué, son père spirituel lui aurait appris comment lutter contre ces pensées comme les Pères l’enseignent.
Monique

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne »

Non il n’y a pas de nuit, il n’y a que des épreuves. Une fois de plus on constate que catholiques et orthodoxes semblent parler des mêmes choses, mais mettent sous leurs mots des significations très différentes. On peut se demander en quoi le catholicisme diffère de la Tradition de l’Église orthodoxe, et on a plusieurs fois tenté sur notre Forum de faire la liste des nombreux points de différence entre le catholicisme et l’Église orthodoxe. Je voudrais aujourd’hui essayer d’utiliser une autre approche. Il me semble que la méthode utilisée pour parler de la vie spirituelle est totalement différente entre la Tradition orthodoxe et les innovations introduites par le catholicisme — innovations illégitimes, bien sûr, car elles mettent en péril la transmission de la foi de nos Pères. Je voudrais seulement faire part de quelques réflexions sur ces différences, mais je ne suis pas parvenu à les classer dans un ordre logique.

Il y a des personnes qui pensent qu’enre le catholicisme et l’Orthodoxie il y a de nombreuses ressemblances et qui proposent de les classer dans une catégorie commune d’”Églises traditionnelles”, qui les différencierait des Églises protestantes. C’est tout à fait faux. À mon sens l’Église orthodoxe est l’Église traditionnelle unique, et le catholicisme est une déformation de cette antique Tradition dans un effort pour faire quelque chose d’autre. Certes un chrétien qui a été élevé dans le protestantisme, a fortiori celui qui vient d’un monde déchristianisé, peut considérer que presque tout ce qu’il voit dans l’Église orthodoxe a son homologue dans l’Église catholique. Mais lorsque catholiques et orthodoxes approfondissent leurs discussions, ils s’aperçoivent vite qu’ils donnent un sens différent aux mêmes choses, et que les rites apparemment communs sont là surtout pour appuyer les prétentions de l’Église catholique de se trouver en continuité avec l’Église ancienne.

Ce qui est frappant est que le catholicisme a toujours éprouvé le besoin de prouver sa continuité par rapport aux origines de l’Église. Réclamant la possession de cette continuité, qui fait illusion aux yeux de beaucoup, il considère même les églises orientales comme un “schisme”. Il met même beaucoup de soin à affirmer cette continuité, et certains orthodoxes s’y sont longtemps trompés, veillant par exemple à faire une différence dans la manière de recevoir les fidèles de l’Église catholique qui souhaitent entrer dans l’Église orthodoxe, et les fidèles des autres confessions chrétiennes.

Dans la foi orthodoxe, tout est dans tout, et réciproquement. Dès qu’on évoque un point précis de la foi, dès qu’on désire le commenter, on déclanche un processus où on éprouve le besoin de retracer toute la foi chrétienne. Mais inversement, dès qu’on aborde les points les plus profonds de la foi chrétienne, on est surtout capable d’écarter les idées fausses. On a pu parler à ce sujet de théologie “apophatique’, procédant bien souvent par négations. Il n’y a que quelques affirmations fondamentales, quelques phrases-clé, mais pas de “système”. C’est pouquoi il n’est pas possible de la découper en traités théologiques à la manière scolastique (Théologie, Triadologie, Pneumatologie, Christologie, Sotériologie, Angélologie, Ecclésiologie, etc. etc.). Toute tentative dans ce sens ne peut produire qu’une théologie de séminaire très appauvrie.

Le catholicisme cherche toujours à utiliser des concepts de forme substantive : consubstantialité, Incarnation, rédemption, sacrements, canonicité, pouvoir d’ordre, consécration, absolution, pratique dominicale etc. cependant que l’Orthodoxie utilise plutôt des sentences de forme verbale : L’unique Divinité est glorifiée en trois personnes, Dieu s’est fait homme pour que l’homme devienne Dieu, Dieu s’humilie pour vaincre la mort par la mort. Un simple couplet poétique de la Liturgie dominicale semble résumer une bibliothèque théologique : « Fils unique et Verbe de Dieu, Toi qui es immortel…» mais c’est une phrase complète, pas un concept chosifié.

L’Orthodoxie exprime une expérience spirituelle qui comporte toujours nécessairement une part de combat spirituel, une part d’ascèse, mais c’est une ascèse qui se traduit par une victoire sur la condition déchue, et non comme une participation à la souffrance, une nuit. L’ascète supporte l’épreuve, il ignore le désespoir.

L’Orthodoxie procède d’une Tradition qui remonte à la révélation remise par le Seigneur aux Apôtres, et cette Tradition vise en premier lieu à assurer la forme correcte qu’on doit donner aux saints Mystères. On reproche souvent à la culture populaire des pays de tradition orthodoxe de faire une place excessive au “ritualisme”. Certes il peut y avoir des dérives, mais dans l’Orthodoxie, plus que l’expression d’une foi abstraite, c’est la transmission des gestes et des formules qui porte la Tradition de la foi. Dans l’Église antique on enseignait longuement aux catéchumènes les gestes élémentaires de la foi chrétienne, avant de leur apprendre comment réciter le Symbole de la foi. C’est alors qu’on les baptisait et qu’on les faisait participer aux saints Mystères. Puis une catéchèse mystagogique leur révélait la signification des Mystères auxquels il venaient d’être initiés. Une conception rationaliste moderne, dont vit le catholicisme, et dont on peut d’ailleurs le considérer comme l’inventaire, veut un catéchisme préparatoire (et d’une manière générale une soigneuse préparation psychologique) avant chaque geste cultuel.

C’est une Église “catholique” qui exprime la foi “orthodoxe”. Elle est catholique en ce sens que les Mystères que chaque Église célèbre autour de son évêque en un point donné de l’espace et en un instant déterminé de la suite des temps, sont identiques aux saints Mystères qu'elle a toujours célébrés et célèbrera toujours et qu’elle célèbre en tout lieu, toutes nations, toutes races, toutes conditions confondues. En vérité même, c’est toute l’Église qui célèbre à chaque instant et en chaque lieu, d’un seul cœur constamment et unanimement.

Les saintes Écritures sont lues dans le texte grec des Septante. Elles parlent toujours et uniquement du salut du monde, tel que le Seigneur l’avait prédéterminé de toute éternité, et tel que la faute d’Adam et la déchéance de notre nature humaine n’ont pu sérieusement l’entraver. Dans l’Ancienne Alliance, les Chrétiens, c’est-à-dire les sauvés, les élus de la Nouvelle Alliance, voient l’Antitype du Mystère du Salut, révélé et réalisé dans l’Incarnation, la Passion et la Résurrection du Christ, victoire remporté par la mort volontaire de la Vie sur la mort, le péché et le diable.. Chaque parole de l’Ancien Testament, et en particulier des Psaumes et des Prophètes, sont la voix du Christ qui parle de Lui-même et de la condescendance de Dieu. Mais on ne scrute pas les Écritures dans le but d’y découvrir un ensemble de données notionnelles générales. Non seulement donc la foi procède de l’expérience plus que de la science, mais c’est l’histoire d’un événement inconcevable, imprévu même pour les consciences angéliques. Rien ne serait plus éloigné de l’esprit de l’Orthodoxie que de limiter la Révélation divine au corpus de notions définies et vérifiables que l’on peut extraire de l’Écriture grâce aux travaux de la critique textuelle. L’Église a conservé de l’Écriture un texte qu’on appelle le “Textus receptus”. Ce texte nous suffit. Il n’est pas inintéressant de connaître les hypothèses que l’on peut formuler sur des formes plus anciennes, sur des documents antérieurs hypothétiques, sur un original araméen, sur des notions sémitiques etc. Mais ce n’est pas cela qui nous est vraiment utile sur la voie du salut. Le textus receptus nous suffit. Et il est parfaitement stupide de recourir aux archétypes de la psychologie des profondeurs ou aux précédents de la mythologie païenne.

Dans les Écritures c’est Dieu Lui-même qui nous parle de Lui-même, et sa parole est toujours un événement. La critique textuelle, l’environnement historique et culturel, l’analyse lexicologique ne nous apportent qu’une aide insuffisante pour assimiler la signification des événements scripturaires. C’est le Seigneur Lui-même qui a commencé à nous révéler la portée de ces événements dans ses Paraboles, et les Évangiles nous rapportent parfois des éléments de commentaires que le Seigneur Lui-même donnait à ses disciples pour les instruire. Les Pères ont poursuivi ces commentaires dans la prière et dans la lutte contre les enseignements hérétiques. La continuité de ces commentaires patristiques est l’une des sources les plus précieuses de notre foi. Pour les catholiques, l’enseignement de l’Église est l’enseignement d’un certain nombre de vérités abstraites (dont beaucoup sont d’ailleurs des contre-vérités). Le commentaire des Pères a vite été oublié, considéré comme puéril, car il ne maniait pas un arsenal de concepts savants. D’ailleurs on considérait que “l’ère patristique” se terminait avec saint Jean Damascène, à qui on reconnaissait la gloire d’avoir systématisé l’acquis antérieur. Après serait venue la synthèse thomiste qui rendait inutile tout ce qui précède. « Les Pères, c’est très beau, c’est comme les lettres d’un fiancé à sa bien-aimée, mais nous n’en avons plus besoin, nous avons saint Thomas. » (En réalité ils avaient surtout Duns Scot et Bellarmin et les scolastiques tardifs, et il est probable que Thomas d’Aquin ait pas pris conscience au milieu de sa vie d’avoir été trompé par des textes tronqués et qu’il s’en soit repenti.)

La “crux interpretationis” de toute affirmation théologique est la proclamation fondamentale que « Christ, l’Un de la sainte Trinité, est Sauveur, par sa personne unique en deux natures unies inséparablement. » La signification fondamentale de la parabole du bon Samaritain est que le Seigneur est venu en ce monde pour sauver l’homme laissé à demi-mort par les démons et pour le confier aux bons soins de l’Église. Ce n’est pas d’abord une exhortation morale à la bienfaisance. Quand on veut appuyer les vérités de la foi sur des principes généraux et rationnels préexistants, on perd l’essentiel de la foi révélée, on démontre et on adore l’existence d’un Dieu qui n’est pas Celui qui s’est révélé à nous. « Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, non le Dieu des philosophes et des savants » avait dit Pascal.

Pour une part importante, l’Orthodoxie s’exprime par la poésie, c’est-à-dire par une abondante hymnographie peu à peu élaborée au cours des siècles par des écrivains inspirés et reçus et rassemblés par l’Église. Les occidentaux et ceux des orthodoxes qui ont appris à pratiquer la science positiviste à l’occidentale ne veulent voir dans cette hymnographie qu’un pieux commentaire des sentiments que les fidèles doivent éprouver dans l’église. Il se trouve des modernistes pour réclamer qu’on racourcisse ces textes et qu’on les modifie “pour tenir compte des résultats des recherches herméneutiques modernes. » Il y aurait dans l’hymnographie orthodoxe beaucoup trop de légendes sans fondement scripturaire, d’interprétations piétistes et de longueurs sentimentales. Il n’en est rien. L’hymnographie qui nous est léguée par l’Église dans les livres liturgiques est un trésor inestimable, c’est l’une des formes de la Révélation (ainsi du reste que l’iconographie).

C’est ainsi que l’hymnographie des fêtes consacrées à la Mère de Dieu nous la montre comme l’Arche de la Nouvelle Alliance, dont l’insigne pureté provoque l’exultation de l’archange Gabriel venu lui annoncer que, seule dans toute la race humaine, Dieu le Verbe l’a élue pour tisser de son sang sa propre chair, cependant que l’hymnographie consacrée à la Dormition de la Mère de Dieu nous révèle que, Mère de la Vie, elle ne devait pas subir la souillure de la corruption de sa chair, et qu’elle a donc été ressuscitée corps et âme par son Fils et demeure intégralement vivante parmi nous. L’hymnographie de l’exaltation de la Croix vivifiante nous révèle qu’elle est avant tout le signe de la victoire remportée sur la Mort, le péché et le Diable, mais aussi la source des quatre fleuves de la vie humaine et encore le rappel de la nécessité pour chacun de nous de donner une réponse personnelle à l’appel que nous adresse le Christ, car chacun doit prendre sa croix, affronter les assauts du Diable et s’engager dans le combat de l’ascèse, et les représentations orthodoxe de la Croix ne montrent pas le corps du Crucifié.

Dans l’hymnographie, plusieurs cycles nous commentent les multiples facettes du Mystère du salut. Tout au long de l’année les offices nous le répètent inlassablement, dans le cycle des heures du jour, dans le cycle des huit tons, dans le cycle des onze évangiles de la Résurrection, dans le cycle des fêtes à date fixe (à la fois le calendrier des Saints et celui des grandes Fêtes de l’Église) et dans le cycle Carême-Pâques-Pentecôte la Fête des Fêtes. Et qui connaît en occident l’inlassable hymne triadologique des offices de minuit (au mésonyktikon) qui est un immense traité poétique de triadologie ? L’Orthodoxie considère que son hymnographie, telle qu’elle a été longuement élaborée, généralement par des moines, représente une source pour la foi, à côté de la Révélation scripturaire, à côté des définitions et des canons conciliaires, à côté des textes patristiques, et infiniment plus que les savants traités scolastiques et systématiques.
Jean-Louis Palierne
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Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur »

Sylvie a écrit :Merci Monique

Ceci démontre la grande nécéssité de plonger dans les lectures orthodoxes pour guérir le plus tôt possible.


Sylvie-Madeleine
Non, il ne s'agit pas de lire, mais de vivre.

Je sais que ce genre de remarque est difficile à comprendre pour quelqu'un qui n'est pas orthodoxe. A chaque fois que l'un d'entre nous fait la remarque que la vie de grâce, la vie en Eglise, est une expérience complètement différente de ce que l'on peut connaître hors de l'Eglise, nous avons toujours un lecteur hétérodoxe pour ricaner au lieu de se remettre en question.

J'ai pourtant essayé à plusieurs reprises d'expliquer que cela ne veut pas dire que les hétérodoxes sont moins intelligents, mais que tout simplement, il y a un stade à partir duquel l'expérience devient indicible et ne peut pas être objet de simple discussion. Quand j'ai essayé d'expliquer ce que cela veut dire en citant le proverbe grec η Ορθοδοξία βιώνεται ("l'Orthodoxie se vit"), cela n'a suscité que les sarcasmes de la part de tel ou tel de vos correspondants qui se veut un esprit fort, mais qui ferait peut-être mieux de faire preuve d'un peu d'humilité. J'avoue que j'ai de la peine à comprendre cette attitude, et que j'aurais de la peine à comprendre cette attitude même si je n'étais pas orthodoxe. Je suis comme Pascal: je crois les témoins qui se font égorger. Quand on voit les souffrances que les orthodoxes ont endurées pour conserver le dépôt de la foi reçue des Apôtres, et que l'Eglise, depuis deux mille ans, a survécu à tout, on peut se dire que ce trésor mérite un peu plus que tant de mépris.

Car tout de même, chaque jour, malgré les gnostiques, malgré Néron, Dioclétien, l'arianisme, le papisme, l'uniatisme, les sectes, le communisme, l'Islam, malgré même le messianisme national, depuis deux mille ans l'Orthodoxie réalise ce que Notre Seigneur avait annoncé: "Pas un iota ne passera" (Mt 5,18).

C'est d'ailleurs aussi l'attitude que moi, orthodoxe, j'observe à l'égard du bouddhisme. Je me suis ainsi un jour pris de bec avec une coreligionnaire qui en parlait avec autant de mépris que d'ignorance. Je ne suis pas bouddhiste, et je sais que le bouddhisme n'a pas la vérité. Mais, avant de porter des jugements à l'emporte-pièce, quand on est confronté à des religions qui tiennent depuis tant de siècles malgré tout ce que le monde a fait pour les détruire, on examine, on accepte que la vie à l'intérieur de ces religions puisse être différente de celle que l'on connaît dans les confessions sécularisées, on essaie de s'informer avant de se prendre pour le centre de l'univers. Ne pourrais-je pas attendre des chrétiens hétérodoxes la même circonspection?

J'ai essayé d'expliquer encore mieux les choses en citant un texte du RP Paul Florensky, qui fut fusillé par les communistes en 1937, et qui me paraissait d'une pédagogie exemplaire:
"L'orthodoxie se montre, elle ne se démontre pas. Voilà pourquoi, quiconque désire comprendre l'orthodoxie ne dispose que d'un seul moyen: l'expérience orthodoxe directe. L'on dit que l'on se sert, à l'étranger, d'appareils pour apprendre à nager sur le sol; de même, l'on peut devenir catholique ou protestant par la lecture, en cabinet, sans entrer en contact avec la vie. Mais pour devenir orthodoxe, il faut s'immerger d'un coup dans l'élément même de l'orthodoxie et y vivre; il n'y a pas d'autre voie." (RP Paul Florensky, La colonne et le fondement de la vérité, traduction du russe par le prince Constantin Andronikoff, L'Âge d'Homme, Lausanne 1975, p. 12; édition originale Столп и утверждение истины, Moscou 1914.)

J'ai aussi essayé d'expliquer les choses par la célèbre réflexion du cardinal Congar, qui n'était pas orthodoxe (ce qui n'est pas le problème ici), mais qui avait compris que le verbiage est une chose, et que la vie en est une autre: "tout est pareil et tout est différent".

Le problème est que je me heurte souvent à la transposition dans le domaine religieux de ce qu'est l'ethnocentrisme dans le domaine culturel. Nous sommes confrontés à des gens qui arrivent avec des idées préconçues, et qui ne peuvent tout simplement pas accepter que les choses puissent différer de leurs préjugés. Préjugés du genre: "Vous êtes comme les catholiques", ou "Votre théologie est platonicienne" (face à ce genre de personnes, il est très difficile de faire comprendre que la théologie orthodoxe est basée sur l'expérience du Royaume). Je ne leur demande pas de devenir orthodoxes, je leur demande juste l'effort d'accepter que les faits soient têtus et que la réalité n'entre pas dans le cadre dans lequel ils veulent l'enfermer.

Un des préjugés les plus tenaces concerne la nature du dogme. La dogmatique a connu en Europe occidentale une grande dévalorisation au moment de la "crise de consience européenne" (Paul Hazard), qui est une conséquence de la rabies theologica du XVIIe siècle avec ses querelles sans fin sur la grâce, elles-mêmes conséquences d'un présupposé de départ augustinien complètement étranger à l'Orthodoxie. Le dogme a une très mauvaise image, voire devient complètement inutile lorsqu'il n'est plus question que d'obéir au Pape, quelles que soient les variations dogmatiques de son enseignement. Et je ne caricature pas: je connais des gens comme ça, qui s'enferment dans des raisonnements circulaires dits de Münchhausen (le baron qui s'accroche à la lune par ses propres cheveux), du type "l'Eglise catholique romaine a forcément raison puisque le Pape est à sa tête", et peu importe que cela soit ou ne soit pas en accord avec l'enseignement reçu de Notre Seigneur.

Or, et voilà un point que beaucoup ne peuvent pas comprendre parce qu'ils n'arrivent pas à accepter que l'Orthodoxie soit expérience et non objet de discours, c'est que cet enseignement est préservé à tout prix jusqu'à ce jour, non pour le plaisir de préserver des formes, mais parce que c'est de cet enseignement que vit l'Eglise et que l'homme surmonte sa condition déchue.

Dans l'Orthodoxie, tout est lié. Le dogme n'est pas une espèce de loi extérieure imposée par une hiérarchie. Il est garde-fou et aide sur le chemin de la déification. La plupart des hétérodoxes actuels n'arrivent plus à comprendre pourquoi saint Athanase a tant souffert pour un iota. Que cela ne corresponde plus à leur mentalité qui est en fait profondément sécularisée même chez ceux qui se disent traditionalistes ou religieux, c'est un fait que je ne conteste pas. Ce que je leur reproche, c'est cet entêtement à ne pas comprendre que cela puisse être différent chez nous. Je me demande d'ailleurs si cette mentalité, qui refuse la simple idée que la vie dans l'Orthodoxie puisse se dérouler sur d'autres modes que ceux auxquels ils sont habitués dans leur confession, n'est pas une manifestation dans le domaine religieux de l'uniformité totalitaire du mondialisme qui en veut beaucoup à l'Orthodoxie parce qu'elle donne sa véritable nature à chaque nation à qui elle apporte l'Evangile.

Quand, sur ce forum, l'un ou l'autre aborde des questions dogmatiques, ce n'est pas pour le plaisir de la discussion sans but, mais c'est parce que ces questions ont une influence directe sur le but final de notre existence.

A part cela, nous ne faisons aucun prosélytisme. Je rappelle encore une fois, et même si cela devient lassant, que le présent forum a été fondé par des orthodoxes pour parler de questions orthodoxes. Nous sommes tout à fait disposés à répondre à de véritables questions posées par des visiteurs non orthodoxes. En revanche, pour ma part, je ne me vois pas dans la fonction qui consiste à apporter du grain à moudre. Je ne comprends pas l'attitude de ceux qui viennent dans le seul but que nous leur apportions des arguments pour ne pas devenir orthodoxes, alors que, précisément, personne ne leur a demandé de devenir orthodoxe: mais qu'est-ce qui les taraude ainsi, qu'est-ce qui les travaille au corps, pour qu'ils viennent poster sur ce forum des arguments contre l'Orthodoxie copiés-collés n'importe où et réfutés aussitôt que postés? Cherchent-ils à nous faire apostasier ou à se convaincre eux-mêmes qu'ils ont raison de ne pas faire une démarche à laquelle personne ne les a pourtant incités? Bizarre, illogique, et lassant à la longue.

Vous comprendrez - ou vous ne comprendrez pas - qu'il faut fixer des priorités et que nous avons tous mieux à faire.

Je le répète une deuxième fois dans ce message: nous ne faisons pas de prosélytisme. Un forum catho ou musulman peut faire du prosélytisme. Pour un forum orthodoxe, c'est impossible par nature. Η Ορθοδοξία βιώνεται! L'Orthodoxie est expérience vivante et réelle, comment peut-on avoir une expérience dans le monde virtuel? Nous pouvons répondre à des questions, nous pouvons expliquer des choses, nous ne pouvons pas remplacer l'expérience que nos interlocuteurs ne veulent de toute façon pas vivre.

C'est pour les raisons que j'ai évoquées plus haut que, dans les paroisses orthodoxes qui sont trop libérales en matière de conversions, 95% des convertis repartent assez vite. Ils viennent avec leurs préjugés ("tout est pareil", "mon opinon personnelle est le critère unique de la vérité", "les dogmes ne servent à rien", "la religion, on en parle ou on écrit dessus, on ne la vit pas", "au fond ce n'est pas si différent de mon ancienne religion", pour citer les plus courants), ils sont reçus dans l'Eglise alors qu'ils ne se sont pas vraiment convertis, ils ne veulent surtout pas se transformer, ils ne veulent renoncer à aucune de leurs idées-force qui sont d'ailleurs souvent issues de l'air du temps, ils restent tièdes et ils repartent sans même avoir profité de ce qui était à leur disposition. Du trésor qui était, là, sous leurs yeux, et qu'ils pouvaient saisir. Dieu merci, nous n'avons point les croyances des mahométans; nous ne forçons personne à entrer, nous n'empêchons personne de sortir et ne pratiquons pas l'ostracisme à l'égard de l'apostat. A mes yeux, là-dedans, les seuls qui sont blâmables sont les prêtres qui baptisent ou chrisment sans examen des personnes dont ils savent pourtant qu'elles n'ont pas de raison profonde d'entrer dans l'Eglise ou qu'elles ne feront pas preuve de constance.

Toutefois, c'est aussi une caractéristique surprenante de notre temps que de voir la facilité avec laquelle certaines personnes passent d'une religion à une autre pour en passer à une troisième ou revenir à la première sans recherche, sans approfondissement, sans écoute, mais en fait parce que cela procède du believing without belonging et de la religion à la carte. Là encore, que l'on ne me fasse pas dire ce que je n'ai pas dit: la démarche de Jean Eracle, passant du catholicisme romain au christianisme orthodoxe puis au bouddhisme zen, était respectable parce que ses changements d'orientation procédaient d'un effort sérieux et qu'il était absolument sincère dans ce qu'il faisait. Plus déplaisante est l'attitude des papillons métaphysiques, des insincères, des amateurs d'exotisme, des artisans de leur propre vaine gloire et surtout, surtout, des gens qui se moquent des efforts que l'on fait pour eux, des "aspirateurs" qui prennent tout et ne donnent rien et de ceux qui finissent par rendre le mal pour le bien. En ce qui concerne ces gens, il est toujours préférable qu'ils se rendent compte le plus tôt possible qu'on ne manie pas l'Orthodoxie si facilement qu'ils le croient et qu'ils repartent avant d'avoir fait trop de dégâts. Je suis frappé par le mal que ces faux convertis peuvent faire autour d'eux, par la manière dont ils s'ingénient à ridiculiser ceux qui les ont accueillis.

Dans le cadre restreint de ce forum, même si l'idéal pour moi reste les discussions entre orthodoxes sur les questions ecclésiales, je suis toujours disposé à répondre aux vraies questions - liturgiques, historiques, dogmatiques, canoniques, spirituelles quoi que ce soit plus difficile dans ce dernier cas - qu'un hétérodoxe peut poser sur l'Eglise orthodoxe. Bien sûr, dans les rares cas où il y a une vraie démarche de conversion (il y en a quand même eu une cette année), c'est un devoir, et un devoir agréable à remplir, d'aider notre frère malade à trouver le médecin de nos âmes et de nos corps, par les renseignements que nous pouvons lui donner, mais en sachant que le contact virtuel ne pourra jamais remplacer pour lui la simple participation à la vie liturgique ou le contact humain. Mais - et je l'affirme avec force - je ne comprends pas, et je n'approuve pas, l'attitude de ceux qui viennent sur ce forum dans l'espoir, en apparence de nous pousser à renier notre foi, en réalité de conforter leur foi à eux, chancelante pour des raisons que nous ignorons. Cela devient même carrément déplaisant quand c'est le fait de personnes qui se disent proches de l'Orthodoxie, mais qui n'ont en fait pas de besoin spirituel, pas de démarche réelle.

Nous ne pouvons rien apporter à ces personnes, d'abord parce que nous sommes inébranlables dans notre foi, et ensuite parce que nous ne pouvons pas apporter de solution à leur contradiction interne majeure: Pourquoi veulent-ils des arguments pour ne pas rejoindre une Eglise dans laquelle personne ne les a appelés? Purquoi veulent-ils des arguments pour quitter aujourd'hui l'Orthodoxie qu'ils ont rejoint hier de leur plein gré? A ce stade-là, c'est une simple question de pudeur: en quoi sommes-nous juges de leurs débats intérieurs? Et pourquoi ne respectent-ils pas à leur tour le for intérieur des orthodoxes qui font vivre ce forum?
Or, il me semble que la vertu de la pudeur devrait être indépendante de l'animosité que tel ou tel éprouve à l'égard de la foi orthodoxe.

Vous savez, dans le très beau film Ararat, d'Atom Egoyan, il y a cette scène où Charles Aznavour, qui joue le rôle d'un cinéaste venu dans l'Ontario tourner un film sur un épisode du génocide arménien, écoute patiemment le boniment d'un acteur turc qui joue dans son film et qui lui débite la thèse officielle de la République turque selon laquelle le génocide n'a pas eu lieu. A la fin du discours de l'autre, Aznavour le met dans un taxi, puis se retourne vers l'acteur qui incarne son neveu dans le film, et lui dit avec un sourire rempli d'ataraxie: "Tu sais, je me demande comment on peut nous haïr à ce point". Et de ne manifester aucune autre réaction.

Et bien, pour ma part, quand je vois la haine de certains à notre égard, surtout quand cette haine s'accompagne de la bêtise à front de taureau qui trouve tant à s'exprimer dans les vastes étendues virtuelles du cyberspace ("l'Orthodoxie ne pense pas comme moi; vous expliquez ce que pense l'Orthodoxie; donc vous êtes des ultra" - nous sommes des ultra parce que les faits ne correspondent pas à la pensée de Monsieur; quel solipsisme totalitaire, soit dit en passant), et bien je me dis que nous devons vraiment être les gardiens d'un grand, d'un merveilleux trésor de guérison.

Le médecin de nos âmes et de nos corps est là et tient ce merveilleux médicament dans ses bras. Chaque malade est libre d'aller ou pas vers le médecin. Il se trouve que certains malades refusent la guérison et se mettent à haïr le médecin, ou que d'autres haïssent les malades qui ont accepté le médecin et le médicament. Ils font l'usage qu'ils veulent de leur liberté. Et de cela, personne d'autre qu'eux n'est responsable.

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne »

Je crois qu’il ne faut pas se laisser s’irriter de ce que constamment des gens viennent nous titiller et tenter de nous mettre en difficulté — et parfois ils sont vraiment bien embarrassants. C’est une chose parfaitement inévitable. La prétention que nous avons d’avoir rejoint le havre de paix et de vérité qu’est l’Église orthodoxe et d’avoir retrouvé la Tradition et la foi de nos Pères — et je crois que c’est vrai : nous l’avons trouvé — cette prétention parait aux yeux de beaucoup de ceux qui nous entoure comme une sotte insuffisance, une vanité ridicule, un orgueil inacceptable. Même ceux qui sont véritablement à la recherche de la vérité sont pris d’un prurit de scepticisme hyper critique et sacartistique. Nou-mêmes nous nous sommes probablement tous trouvés dans ce cas, et même après être entrés dans l’Église beaucoup de fidèles ont du mal à assimiler tout ce qui est nouveau pour eux et parfois regardent en arrière.

C’est que l’époque où nous vivons a secrété un mode de vie et de pensée qui se veut ennemi de la foi. Nous avons beaucoup de mal à échapper à cette influence omniprésente. Nous verrons de plus en plus de gens se réveiller du profond sommeil où cette influence les a plongés, se poser des problèmes et venir poser des questions; Véritablement je l’espère, car je crois que le désarroi des catholiques ne peut qu’aller en croissant. Nous voyons sous nos yeux le naufrage du Titanic, seulement un peu au ralenti. Les gens se précipitent vers les canots de sauvetage. Mais en arrivant dans le canot ils commencent par demander à avoir leurs aises dans une chambre confortable. Il faudra qu’ils apprennent peu à peu que la sauvetage (le salut) a ses exigences, et qu’on est encore mieux sauvés lorsqu’on se plie à ces exigences. Et les marins du canot en ont ras le bol de ce type de comportement. Il faut pourtant bien aider les gens, parfois en les bousculant un peu (le moins possible).

Nous voulons ne parler ici que de questions relatives à l’Orthodoxie. Mais nous dérapons trop souvent sur des questions qui nous passionnent et qui suscitent des débats interminables; Moi aussi j’ai du mal à me retenir sur certaines questions, et souvent je ferais mieux de me taire.

Nous ne voulons pas faire de prosélytisme, et il y a des gens qui viennent ici pour “faire de la retape” chacun pour sa boutique. Bon ceux-là il est facile de les écarter. Mais il y a aussi des gens qui viennent pour agiter des débats qui sèment la confusion et le désordre. Il serait nécessaire que que nous gardions notre sang froid poliment pour recadrer la discussion fermement et calmement. Ce n’est pas qu’ils ne veulent pas remettre en cause certains de leurs présupposés, c’est que nous ne savons pas leur en montrer la nécessité, ou que nous n’avons pas l’autorité nécessaire pour les convaincre de les remettre en cause. Mais ce n’est pas notre dignité que nous avons à faire respecter s’ils ne le font pas.

De même ils est fort agaçant de devoir constamment rappeler à nos interlocuteurs de faire une recherche dans les recoins anciens du Forum. Mais nous n’avons pas à les engueuler s’ils ne le font pas. De même que nous faisons pas de prosélytisme, nous n’avons pas à faire acte d’autorité. Il faudrait savoir ne pas être blessants.
Jean-Louis Palierne
paliernejl@wanadoo.fr

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne »

Serge,

Je ne parle qu’en mon nom propre et je ne prétends à aucune autorité. Mais je dois dire qu’il me semble qu’il ne saurait suffire d’un rapprochement irénique pour que les chrétiens surmontent leurs divisions. Ce n’est pas uniquement une question de bons sentiments. Lorsqu’ils veulent remonter aux sources de la Tradition patristique, les chrétiens d’Occident ne peuvent faire l’économie d’un aveu d’erreur. Il faudra toujours un moment pénitentiel difficile. Les mouvements religieux propres à l’Occident leur ont bourré la crâne. Ces mouvements, ces organisations, même lorsqu’elles se parent du titre d’Églises, sont issues de manœuvres frauduleuses. Tôt ou tard, d’une manière ou d’une autre, tous ceux qui sont passés par le moule occidental, sous quelque variante que ce soit, doivent en convenir et passer par une étape de dépouillement, qio pour beaucoup sera une épreuve pénible.

Si un chrétien d’Occident veut approcher la vérité orthodoxe — et je suis convaincu qu’ils sont nombreux à le désirer et qu’ils seront de plus en plus nombreux — ils doit s’apercevoir à un moment ou à un autre que les notions mêmes de religion, de vérité, d’Église, de sacrement etc qu’on leur a enseignées, sont des idées fausses. Je répète en effet que le catholicisme a empoisonné les sources mêmes de la vie spirituelle.

Mais ils sont nombreux, et ils seront de plus en plus nombreux à mettre en doute l’autorité spirituelle de ceux qui prétendent diriger les Églises d’Occident. Les ex-fidèles de ces Églises ne marchent plus derrière leurs chefs. Ils ne savent pas encore où aller, mais ils ne peuvent pas ne pas trouver un jour la bonne direction.

Et quand ils trouvent ils sont tout étourdis, et c’est normal. Le cercle des convertis récents est un cercle restreint, un univers de convalescents encore fragiles, hésitants et maladroits.

Il y a quelques mois, sans l’annoncer explicitement, le Vatican a fait un pas important dans ce sens, dont bien peu de ses fidèles se sont aperçus. Mais ce n’est qu’un début, et le pape n’a pas fini de manger son chapeau. Ce n’est certes pas la fermeté des hiérarques orthodoxes qui a remporté ce brillant succès. D’ailleurs ils en ont encore moins pris conscience que les fidèles du Vatican.

Les orthodoxes originaires des pays de tradition orthodoxes ont du mal à prendre conscience de la profondeur du mal-être spirituel occidental. Lorsque, à la suite du Concile romain Vatican II il y a quarante ans, ils ont vu les responsables catholiques adopter une nouvelle attitude à l’égard des “immigrés orthodoxes” ils ont eu l’impression d’être enfin reconnus comme des égaux. Beaucoup en sont encore sur cette impression (il est vrai que dans la période précédente ils avaient fait l’objet d’un mépris profond et parfois ostensible).

Mais il faut comprendre que ce sont les organisations religieuses de l’Occident qui battent en retraite. Elles en sont encore à tenter de se replier en bon ordre, et maintenant le Vatican recherche l’alliance orthodoxe sur la scène européenne.

En tout cas je n’attache pas trop d’importance aux hésitations et aux coups d’œil en arrière d’un certain nombre de gens.
Dernière modification par Jean-Louis Palierne le lun. 23 oct. 2006 18:33, modifié 1 fois.
Jean-Louis Palierne
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Kolia
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Message par Kolia »

Ceci est ma première contribution sur ce fil, excusez ma maladresse de novice. La situation ecclésiastique en Europe occidentale est maintenant à peu près élucidée et il n’est pas besoin de ressasser indéfiniment les analyses et d’amonceler les preuves. Job sur son fumier ne perdit pas son temps à l’analyser longuement : il avait à faire face aux tentations présentes. Pour nous, la question est de savoir, maintenant et concrètement, quoi faire dans l’ordre de la sanctification personnelle, du témoignage de la foi, du service des frères pour qu’ils soient, avec nous, aptes à se tenir debout lorsque sera venu le temps de la colère. Car il viendra nécessairement puisque toute maison divisée contre elle-même va à une ruine que ceux qu’elle menace ignorent jusqu’au dernier moment. C’est là ce qui m'interesse dans votre forum.
Il va sans dire que le privilège du novice est de tester le lieu où il est entré pour voir s’il y est bien à sa place. Et c’est à ce titre que je voudrais faire quelques remarques brèves sur des propos tenus dans les jours qui ont précédé.
Jean-Louis Palierne Posté le: Mar 17 Oct 2006 19:35 
...Ce n’est pas l’oraison des “mystiques” catholiques qui forme à la vie spirituelle orthodoxe, c’est le retour aux Pères, dont les “mystiques” catholiques se sont tant éloignés.
Certes, mais pour beaucoup d’entre nous, la vie spirituelle orthodoxe aurait été inaccessible si l’expérience de la prière dans la communion catholique, à l’école des mystiques (qu’ils soient carmélitains, rhéno-flamands ou de l’Ecole française), n’avait servi de pédagogue. Pour ma part, je confesse ma dette à Thérèse d’Avila qui fut mon guide et ma bouée spirituelle à l’heure où je sombrais, dans ma jeunesse. En m’indiquant la voie de l’acquisition d’un cœur désireux de Dieu, elle m’a préparé directement à entendre, le temps venu, la voix du pèlerin russe, du saint Starets Silouane et de tous les saints pères, depuis ceux du désert jusqu’à saint Grégoire Palamas. Si les mystiques occidentaux (notamment carmélitains) ont exprimé leur expérience dans des catégories occidentales propres à leur temps, peut-on le leur reprocher ? Cela rend-il leur expérience caduque ? L’Esprit-Saint ne serait-il répandu que sur les orthodoxes, n’envahirait-il pas toute volonté consentante et droite pour la mener à la vérité tout entière ?
Naturellement, celui qui découvre l’orthodoxie devrait trouver en elle la plénitude c’est-à-dire tout le nécessaire pour accomplir son propos et, s’il manifestait un intérêt trop marqué pour des “ailleurs mystiques” alors qu’il n’est pas encore enraciné dans la grande tradition, ce ne serait pas un très bon signe. De ce point de vue, j’aime que les commençants soient un peu fanatiques (à prendre cum grano salis!). Cependant, un orthodoxe déjà avancé devrait être capable de regarder les autres traditions spirituelles avec un niveau d’intelligence raisonnable et être apte à les situer à leur juste place, sans condescendance.
Avec un niveau d’intelligence raisonnable, ai-je dit plus haut, car les choses sont plus complexes qu’on le croit généralement et il existe chez les orthodoxes des formules qui tiennent lieu de pensée personnelle. Je pense à un mini débat où Monique, répondant à une question, disait :
Monique 18 octobre.
Chère Sylvie-Madeleine, non, il n'y a pas de nuit au sens où l’entende (sic) les catholiques.
Sur ce point, je ne crois pas que Monique soit parfaitement informée. Les Nuits (car il y en a deux dans la spiritualité carmélitaine, celle des sens et celle de l’esprit) ne sont pas des obscurités, loin de là. Thérèse d’Avila parle de nuits qui sont à l’image de celles qu’elle connaît, les nuits d’Espagne que Corneille décrit par un oxymoron : cette obscure clarté qui tombe des étoiles... La théologie de la nuit carmélitaine est bien celle de la lumière, c’est la même théologie que celle de la lumière du Thabor qui plonge Pierre, Jacques et Jean dans la nuit, les aveuglant comme sera aveuglé Saül plus tard lorsqu’il sera terrassé sur le chemin de Damas en présence du Ressuscité. C’est la même nuit, la même inconnaissance, dans laquelle se trouva saint Antoine, enfermé dans son tombeau, qui demanda au Christ après l’assaut des démons : “Où étais-tu...?” et qui entendit : “J’étais là Antoine, j’attendais pour te voir combattre...”
Thérèse d’Avila, pour faire comprendre ce qui se passe dans la nuit des sens, renvoie à la péricope évangélique du jeune homme riche. La nuit des sens est un passage (toujours à refaire) de l’obéissance servile à l’obéissance aimante parce que l’on passe de la prière au Dieu invoqué à l’adoration du Dieu présent. La théologie de la nuit carmélitaine est aussi celle de la présence du Ressuscité. Je n’ai malheureusement pas le temps de rechercher les passages chez les auteurs spirituels des premiers siècles qui pourraient illustrer cette similitude, notamment tout ce qui concerne les modalités du passage de la crainte à l’amour. Il me semble que cette nuit des sens carmélitaine pourrait s’apparenter aux premiers pas dans l’apatheia chez Evagre le pontique, premier pas qui sont à la fois la perte de goût de tout ce qui n’est pas l’Aimé (la nuit) et l’entrée dans une charité unifiante (la lumière) s’exprimant dans le désir de partager avec le Christ et sa croix et sa résurrection.
Il paraît donc qu’il faut user de la plus grande circonspection dans les affirmations qu’on assène, le malheur voulant, d’après mon expérience, que les orthodoxes disent systématiquement -soyons aimable- une “approximation” lorsqu’ils parlent des catholiques
Une autre chose encore, pardonnez-moi, Jean Louis :
Jean-Louis Palierne Posté le: Mar 17 Oct 2006 19:35 
Le catholicisme a tenté d’empoisonner les sources de la vie spirituelle par une quantité d’idées fausses, mais toutes ces idées, avec leur faux prestige de science, sont peu de choses par rapport à l’extraordinaire cohérence de la Révélation divine, que seule l’Église orthodoxe
Leurs sacrements ne sont d’aucune aide pour la vie spirituelle. Le seul vrai grand Mystère, c’est l’Église orthodoxe.
Jean-Louis Palierne à Serge 23 oct
Je répète en effet que le catholicisme a empoisonné les sources mêmes de la vie spirituelle.
Je ne pense pas que le catholicisme ait eu la volonté délibérée d’empoisonner, comme vous dites, les sources de la vie spirituelle. Ils ne sont pas ignorants au point de ne pas savoir que la source de la vie spirituelle, c’est le Saint-Esprit et qu’il est difficile de lui faire avaler quoi que ce soit. Il est plus vraisemblable que les chrétiens occidentaux, s’étant éloignés de la véritable tradition ecclésiale ont connu des errements dans le domaine de la vie spirituelle du fait que, à la vigilance du corps ecclésial tout entier, s’est substituée l’autorité d’une hiérarchie qui ne s’est plus préoccupée que de son propre statut et de sa survie. C’est ainsi que, pour des raisons politiques, sont apparus et se sont développés les dogmes nouveaux promulgués au XIXème siècle.
Quant aux sacrements, ils ne sont pas plus une aide pour la vie spirituelle dans le catholicisme qu'ils ne le sont dans l’Orthodoxie. Dans l’Eglise orthodoxe, les sacrements ne sont pas une aide mais la vie nouvelle et spirituelle elle-même (le Christ et l’Esprit) donnée en partage.
Si je suis bien d’accord avec vous pour dire que les “sacrements catholiques” n’en sont pas stricto sensu et que, par conséquent, ils ne fondent pas l’église, je ne dirai pas cependant qu’ils n’apportent aucune aide spirituelle. Même si je crois qu’un rassemblement de chrétiens catholiques, réunis pour la messe dans l’intention droite de plaire à Dieu et de se conformer à sa volonté, ne reçoit pas la grâce sacramentelle, cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas de grâce du tout, je veux dire : grâce personnelle pour chacun, conformément à sa disposition intérieure, afin que chacun progresse dans la connaissance et l’amour de Dieu en vérité.
Tout cela est bien long pour une première communication et pas exactement dans le fil. Les autres seront rares et courtes. Promis ... quoique... J’ai des choses à dire sur le problème des confesseurs, pères spirituels et autres startsy.
Kolia.

Antoine
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Message par Antoine »

Kolia je note aussi chez vous la même contradiction que celle que vous reprochez à JL Palierne.
Quant aux sacrements, ils ne sont pas plus une aide pour la vie spirituelle dans le catholicisme qu'ils ne le sont dans l’Orthodoxie.
[…]
Si je suis bien d’accord avec vous pour dire que les “sacrements catholiques” n’en sont pas stricto sensu et que, par conséquent, ils ne fondent pas l’église, je ne dirai pas cependant qu’ils n’apportent aucune aide spirituelle.
Alors aide ou pas aide? Il ne faut pas reprocher des propos à la lettre pour commettre dans ces reproches, à quelques mots d'intervalle la même erreur prise à la lettre.

Quant à la grâce nous avons toujours différencié la grâce sacramentelle dont l’Eglise catholique est dépourvue de la grâce individuelle à l'oeuvre dans chacune des relations personnelles que les fidèles entretiennet avec le Christ. Même lorsque cette relation est sous le mode du rejet du Christ par la personne humaine.
Vous écrivez :
Même si je crois qu’un rassemblement de chrétiens catholiques, réunis pour la messe dans l’intention droite de plaire à Dieu et de se conformer à sa volonté, ne reçoit pas la grâce sacramentelle, cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas de grâce du tout, je veux dire : grâce personnelle pour chacun, conformément à sa disposition intérieure, afin que chacun progresse dans la connaissance et l’amour de Dieu en vérité.
C’est exactement ce que vous trouverez sur le forum en beaucoup d’endroits. Jl Palierne a toujours défendu que l’Esprit soufflait où il voulait et que les autres confessions n’étaient donc pas dépourvues de grâce. J’en ai pour ma part toujours donné comme interprétation que cela ne concernait pas la grâce sacramentelle reçue dans la seule et unique Eglise pentecostale du Christ qu’est l’Eglise orthodoxe, mais que cette phrase signifiait que l’Esprit soufflait pour amener tout un chacun à son Eglise afin qu’il y vive justement de la grâce sacramentelle.

Selon votre message il apparaît que vous étiez catholique romain. Qu’est-ce qui vous a donc amené à devenir orthodoxe ? Car Les écrits de Thérèse d’Avila ne sont certainement pas faits pour détourner ses lecteurs du catholicisme... Je suppose donc que vous avez dû décelé beaucoup de manques ou d’erreurs dans les écrits spirituels des auteurs catholiques romains que vous avez fréquentés et que ce sont ces manques et erreurs qui vont ont laissé découvrir que la plénitude était dans l’orthodoxie.
Nous connaissons l’itinéraire du Père Placide Deseille que j’ai publié sur le forum. Il y parle tout comme vous des auteurs qu’il a fréquentés et qui l’ont amené à l’orthodoxie. Si je ne suis pas indiscret en vous demandant de soulever un peu le voile de la pudeur spirituelle, pourriez vous nous expliquer un peu votre itinéraire.
Il va sans dire que le privilège du novice est de tester le lieu où il est entré pour voir s’il y est bien à sa place.
Une seule réponse : Soyez le bienvenu.
Dernière modification par Antoine le mar. 28 nov. 2006 17:42, modifié 1 fois.

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