Le mythe du patriarche Protestant

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christianc
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Le mythe du patriarche Protestant

Message par christianc » mer. 07 juin 2006 10:27

Suite à une controverse, j'ai fait quelques recherches sur l'existence d'un
"Patriarche Protestant" au 17ème siècle.

A défaut, ne trouvant pas de point en français fait à ce sujet , je vous poste , dans cette rubrique, des éléments d'élucidations de cette question.
Comme je les ai trouvé en anglais, j'en ai fait une traduction libre.


Je pense que vous connaissez la biographie de Cyrille Loukakis mieux que moi, et les polémiques que l'oeuvre qui lui a été attribuée a déclenché.

Mais peut être et c'est mon hypothèse a t'il été "chargé" à tort, et sa démarche a t'elle été mal comprise, ou a manqué de sagesse en des temps troublés.

C'est en tout cas la démarche d'un Archevêque, de l'Archevêque Chrysostome qui se positionne "en défenseur" de Loukakis.



Mais à défaut ...

http://fr.wikipedia.org/wiki/Cyrille_Loukaris

Origine de la polémique



Cyrille Loukaris ou Cyrille Lucaris (né en Crète le 13 novembre 1572-mort exécuté le 27 juin 1638), prélat et théologien orthodoxe.


Il fut primat de l'Église d'Alexandrie sous le nom de Cyrille III (d'Alexandrie) de 1601 à 1620.

Il occupait depuis plusieurs années le siège d'Alexandrie lorsqu'il fut élevé sur celui de Constantinople, 1621. Il établit la première imprimerie à Constantinople. S'étant montré disposé à un rapprochement entre l'église grecque et l'église réformée , il fut accusé de trahison par des fanatiques auprès du sultan Amurat IV, qui le fit étrangler, 1638.

Il fut également, et à plusieurs reprises, primat de l'Église de Constantinople sous le nom de Cyrille I (de Constantinople) : 1612, 1620–1623, 1623–1630, 1630–1633, 1633–1634, 1634–1635, 1637–1638.[/quote]


La confession de foi contestée...

A Genève est parue "en son nom" et en latin, une confession de foi calviniste, au 17ème siècle ce qui a suscité beaucoup de commentaires de part et d'autres.

Je n'ai pas la date exacte de parution. Toutefois cette confession de foi était nettement calviniste, deux sacrements, doctrine de la prédestination et de l'élection nettement affirmées.

Ce qui a amené une réponse, une interrogation, était il devenu protestant ?

La réponse ci-dessous fait le point sur cette question. (elle est reprise d'un avis autorisé, l'archeveque Chrysostome,spécialisé dans l'Orthodoxie ancienne).


The Myth of the "Calvinist Patriarch"

de l' Archevêque Chrysostome

Webmaster's Note:

Le centre d'information des chrétiens orthodoxe a demandé à l'Archevêque Chrysostome le Directeur Académique des Etudes Orthodoxes de revoir les commentaires faits par une publication protestantes Credenda Agenda dans leurs articles "Confessio Fidei" and "The Reformation that Failed" (de Chris Schlect; see Vol. 6, No. 5).



Un Contexte Historique complexe

Aujourd'hui il faut voir le monde Orthodoxe dans son contexte historique le plus étendu , le Patriarche Cyrille existait dans un monde, dans une réalité politique qui doit être sérieusement étudiée, pour voir quelles implications concernent l'Orthodoxie au niveau le plus général.

Après la chute de Constantinople l'Orthodoxie Orientale est tombée sous la domination Latine et le joug Turc. Sa survie était menacée, sa primauté intellectuelle et spirituelle abandonnée à l'Ouest, l'Orthodoxie du 16eme et 17eme siècle a un caractère historique qui ne peur être appliqué universellement à l'expérience de l'église et à son éthos, sans un examen très précis.

Des sources universitaires décorrellées des contextes littéraires et politiques


Trop d'études universitaires proviennent de sources secondaires et encyclopédiques, fournies par des universitaires qui ignorent les sources primaires et qui, dans le champs des études Orthodoxes échouent à comprendre la pensée des Pères.

Par examble, les intrigues politiques qui entourent le règne du Patriarche Cyrille sont très complexes.

Elles découlent de questions théologiques et politiques qui datent de son mentor et (certainement ) parent le Patriarche Meletis d'Alexandrie, à la forte opposition de Loukaris à l'église Latine et aux Uniates, une opposition qui l'a amené en conflit avec des cercles (à Alexandrie et à Rome) qui avaient des raisons principalement politiques d'être en sympathie avec Rome.

Le protestantisme de Loukaris comme explication des tensions


Pour expliquer toutes ces complications, certains ont supposé une opposition interne de l'Eglise Orthodoxe au soi-disant Protestantisme de Loukaris, ce qui est absurde.

Une telle réduction a aussi créé un mythe autour du Patriarche , une fabrication occidentale qui ignore les assertions historiographique des écrivains Orthodoxes grecs, qui ont une bien meilleure connaissance de l'Orthodoxie de cette époque que leurs équivalents Occidentaux.

Une confession de foi écrite en Latin, publiée à Genève


Dans cette veine il est assez étonnant que l'un de ces articles de Credenda essaie de faire quelque chose à partir du fait que la "Confession fidei" du patriarche a été publiée à Genève. Aurions nous pu l'imaginer publié dans le contexte de la Constantinople post-byzantine?

Quiconque a une connaissance élémentaire de la vie intellectuelle des Grecs de cette époque comprendrait très vite pourquoi ils ont publié à l'Ouest, et spécialement en Italie et en France.

Il est assez naïf d'attacher à la publication de Loukaris à Genève, plus d'importance qu'elle n'en a.

Loukaris avait il une si grande connaissance de la Théologie Réformée ?


La notion qu'elles ont été "composées" par Loukaris en Latin est une affirmation troublante. Elle a besoin d'être examinée, et ne dit rien pour soutenir la thèse selon laquelle Loukaris avait, par implication une si bonne appréciation et une si grande connaissance de la théologie Occidentale (Réformée).

Cela nous conduit dans une autre direction.

Quoiqu'il ait connu le Latin, il est clair, d'après ses autres écrits, et lettres, aussi bien que d'après les souvenirs biographiques de ses contenmporains, que le Patriarche Cyrille n'aurait pas pu produire un document aussi raffiné en latin que ce texte original "Confession".
Vraiment, la plupart des universitaires grecs même contestent le fait que le texte Grec, qui est apparu quatre ans après le texte latin soit l'oeuvre de Loukaris.

Mieux il est netemment soutenus par la plupart des universitaires grecs, spécialisés dans cette période que ce texte était essentiellement le travail d'universitaires calvinistes avec lesquels Loukaris communiquait régulièrement et qui ont condensé beaucoup de ses lettres pour pour fabriquer une confession de foi Calviniste.

Cette confession de foi calviniste qui ne tenait pas compte de la connaissance et de l'appréhension de la théologie réformée qu'avait le Patriarche.

Pour une analyse de texte, cf Professor Ioannis Karmiris, Orthodoxia kai Protestantismos (Athens, 1937). (Cf. Chrysostomos Papadopoulos, Kyrillos Loukaris [Athens, 1938].)


L'ignorance de la théologie Orthodoxe

C'est seulement en ignorant ses nombreux ouvrages théologiques, entièrement en concordance avec la théologie et les concepts traditionnels orthodoxes, ses confessions synodales, et ses justifications que l'on peut argumenter que le Patriarche Cyrille ait été un supporter du Calvinisme.

L'idée et l'utilité d'un Patriarche Protestant


L' idée fantasmagorique d'un Patriarche Protestant qui ait été contraint à trahir ses penchaants protestants est une partir du fantasme Occidental que les Réformateurs avaient l'habitude de jeter à la face de Rome (alimenté comme il l'était par le problème de l'Eglise d'Orient seulement après s'être , sans aucun résultat, "réunie" avec elle, un problèle que les Réformateurs Luthériens ont exploité à lé Diète de Worms).

Une idée réutilisées par les Latins

Cette idée fantastique était aussi, une de celle que les Latins ont utilisé dans leurs combats contre Loukaris, à mettre au compte des nombreuses années d'opposition entre Uniates et Jésuites en Europe, en le caractérisant comme un traitre à sa propre Foi. (Souvenons nous que les Latins avaient de Patriarche en profonde détestation. A la suite de manipulations jésuites et d'autres agents anti-orthodoxe à Constantinople, les "papistes" furent finalement capable de corrompre les Turcs pour qu'ils condamnent à mort le Patriarche Cyrille en 1638, et ainsi de le faire taire. Son corps fut jeté sans cérémonie dans le Bosphore)

Les fondements de la théologie Orthodoxe et de sa vie


L'Eglise Orthodoxe, qui dans son esprit constitue la succession de la véritable Eglise établie par le Christ a une théologie et une vie spirituelle assez étrangère aux occidentaux, qu'ils soient latins ou réformés.
La Sotériologie, les sacrements (ou de manière plus appropriées, les Mystères), l'anthropologie et la cosmologie chrétienne, on été mal comprise et mal représentée par l'Ouest (Nous pensons ici à l'erreur grossière des Occidentaux qui s'imaginent nos traditions théologiques comme neo-platoniciennes, ce qui manifeste une ignorance de l'Orthodoxie et du Neo-Platonicisme)).

Tous ces éléments sont des concepts dont nous débattons dans un contexte et avec une nomenclature étrangère à Rome et aux Protestants.

Parler aux Catholiques Romains


En parlant aux Catholiques Romains, notre Eglise , néammoins toujours parlé de 7 sacrements dans toutes les structures de description du langage Occidental (quoi qu'en fait nos Mystères soient sans nombre, et sans hiérarchie ce qui conduit à la notion de prophétie en Orthoddoxie).

Parler aux Protestants


En parlant aux Protestants , nous avons parlé de l'interaction de la Foi, des bonnes oeuvres et de la Providence Divine et de la Grace en des termes qu'ils pouvaient comprendre. (Alors qu'en fait une telle distinction nous était étrangère, les traditions Apophatiques et Hesychastes de la théologie Orthodoxe abordent le deuxième point de manière déconcertante pour les théologies Occidentaux).

La théologie systématique orthodoxes


Il est effectivement admis que certains penseurs Orthodoxes essaient aujourd'hui de former une théologie systématique et réponse à l'Ouest (sans ignorer le fait que c'est dans le domaine de la pratique spirituelle et non de la théologie confessionnelle, que toutes les propriétés de la théologie systématiques s'appliquent en Orthodoxie).


Mais tout ceci ne signifie pas que nos parlions le langage des hétérodoxes dans nos coeurs, seulement que nous partageons leurs préceptes théologiques.



Quand nous nous adressons aux Occidentaux selon leurs propres mots, nous essayons de les atteindre dans le langage qu'ils peuvent comprendre.

En mettant de coté la question de l'authenticité de sa confession, quand Loukaris évangélisait les Protestants, alors , quelque soient ses motifs et son langage, ses écrits, son témoignage son Orthodoxie n'ont jamais été compromis par ses actes.

Il n'est pas devenu ceux à qui il s'adressait. Je laisse aux autres le soin de juger la sagesse de ses actions.

Mais pour le caractériser il serait souhaitable d'étudier sa vie et son oeuvre comme un tout.

Une reconstruction Protestante qui ne cadre pas avec la réalité



Si certains Protestants peuvent faire du Patriarche Cyrille un Protestant, ces reconstructions ne changeront pas la vérité. Avec cette conception d'un patriarche fantome nous avons affaire à des créations issues d'une nomenclature théologique déconnectée de l'expérience réelle.

Les affrontements du 16eme siècle entre Orthodoxes, Latins, Uniates et Jésuites


Le 16eme siècle se relie à des affrotntements entre les Orthodoxes et Rome, face à la question des Uniates et à la présence des missions jésuites dans l'Est de l'Europe.

Dans ce contexte, c'est ce patriarche anti-latin, qui a soutenu l'opposition Protestante au Papisme,et qui a peut être autorisé ces écrits à être reformulés en publiés à Genève.


Mais une étude systématique de la vie et de la pensée de Loukaris permet d'écarter cette récupétation, le mythe d'un "patriarche protestant "suit ainsi la même voie que celui de la "Papesse Jeanne".

Source


http://www.orthodoxinfo.com/inquirers/ca4_loukaris.aspx

Les intertitres en gras sont de la traduction
Dernière modification par christianc le mer. 07 juin 2006 10:45, modifié 1 fois.

Claude le Liseur
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Re: Le mythe du patriarche Protestant

Message par Claude le Liseur » mer. 07 juin 2006 10:42

christianc a écrit :Suite à une controverse, j'ai fait quelques recherches sur l'existence d'un
"Patriarche Protestant" au 17ème siècle.

A défaut, ne trouvant pas de point en français fait à ce sujet , je vous poste , dans cette rubrique, des éléments d'élucidations de cette question.





The Myth of the "Calvinist Patriarch"

de l' Archevêque Chrysostome

Webmaster's Note:

Le centre d'information des chrétiens orthodoxe a demandé à l'Archevêque Chrysostome le Directeur Académique des Etudes Orthodoxes de revoir les commentaires faits par une publication protestantes Credenda Agenda dans leurs articles "Confessio Fidei" and "The Reformation that Failed" (de Chris Schlect; see Vol. 6, No. 5).



Un Contexte Historique complexe

Aujourd'hui il faut voir le monde Orthodoxe dans son contexte historique le plus étendu , le Patriarche Cyrille existait dans un monde, dans une réalité politique qui doit être sérieusement étudiée, pour voir quelles implications concernent l'Orthodoxie au niveau le plus général.

Après la chute de Constantinople l'Orthodoxie Orientale est tombée sous la domination Latine et le joug Turc. Sa survie était menacée, sa primauté intellectuelle et spirituelle abandonnée à l'Ouest, l'Orthodoxie du 16eme et 17eme siècle a un caractère historique qui ne peur être appliqué universellement à l'expérience de l'église et à son éthos, sans un examen très précis.

Des sources universitaires décorrellées des contextes littéraires et politiques


Trop d'études universitaires proviennent de sources secondaires et encyclopédiques, fournies par des universitaires qui ignorent les sources primaires et qui, dans le champs des études Orthodoxes échouent à comprendre la pensée des Pères.

Par examble, les intrigues politiques qui entourent le règne du Patriarche Cyrille sont très complexes.

Elles découlent de questions théologiques et politiques qui datent de son mentor et (certainement ) parent le Patriarche Meletis d'Alexandrie, à la forte opposition de Loukaris à l'église Latine et aux Uniates, une opposition qui l'a amené en conflit avec des cercles (à Alexandrie et à Rome) qui avaient des raisons principalement politiques d'être en sympathie avec Rome.

Le protestantisme de Loukaris comme explication des tensions


Pour expliquer toutes ces complications, certains ont supposé une opposition interne de l'Eglise Orthodoxe au soi-disant Protestantisme de Loukaris, ce qui est absurde.

Une telle réduction a aussi créé un mythe autour du Patriarche , une fabrication occidentale qui ignore les assertions historiographique des écrivains Orthodoxes grecs, qui ont une bien meilleure connaissance de l'Orthodoxie de cette époque que leurs équivalents Occidentaux.

Une confession de foi écrite en Latin, publiée à Genève


Dans cette veine il est assez étonnant que l'un de ces articles de Credenda essaie de faire quelque chose à partir du fait que la "Confession fidei" du patriarche a été publiée à Genève. Aurions nous pu l'imaginer publié dans le contexte de la Constantinople post-byzantine?

Quiconque a une connaissance élémentaire de la vie intellectuelle des Grecs de cette époque comprendrait très vite pourquoi ils ont publié à l'Ouest, et spécialement en Italie et en France.

Il est assez naïf d'attacher à la publication de Loukaris à Genève, plus d'importance qu'elle n'en a.

Loukaris avait il une si grande connaissance de la Théologie Réformée ?


La notion qu'elles ont été "composées" par Loukaris en Latin est une affirmation troublante. Elle a besoin d'être examinée, et ne dit rien pour soutenir la thèse selon laquelle Loukaris avait, par implication une si bonne appréciation et une si grande connaissance de la théologie Occidentale (Réformée).

Cela nous conduit dans une autre direction.

Quoiqu'il ait connu le Latin, il est clair, d'après ses autres écrits, et lettres, aussi bien que d'après les souvenirs biographiques de ses contenmporains, que le Patriarche Cyrille n'aurait pas pu produire un document aussi raffiné en latin que ce texte original "Confession".
Vraiment, la plupart des universitaires grecs même contestent le fait que le texte Grec, qui est apparu quatre ans après le texte latin soit l'oeuvre de Loukaris.

Mieux il est netemment soutenus par la plupart des universitaires grecs, spécialisés dans cette période que ce texte était essentiellement le travail d'universitaires calvinistes avec lesquels Loukaris communiquait régulièrement et qui ont condensé beaucoup de ses lettres pour pour fabriquer une confession de foi Calviniste.

Cette confession de foi calviniste qui ne tenait pas compte de la connaissance et de l'appréhension de la théologie réformée qu'avait le Patriarche.

Pour une analyse de texte, cf Professor Ioannis Karmiris, Orthodoxia kai Protestantismos (Athens, 1937). (Cf. Chrysostomos Papadopoulos, Kyrillos Loukaris [Athens, 1938].)


L'ignorance de la théologie Orthodoxe

C'est seulement en ignorant ses nombreux ouvrages théologiques, entièrement en concordance avec la théologie et les concepts traditionnels orthodoxes, ses confessions synodales, et ses justifications que l'on peut argumenter que le Patriarche Cyrille ait été un supporter du Calvinisme.

L'idée et l'utilité d'un Patriarche Protestant


L' idée fantasmagorique d'un Patriarche Protestant qui ait été contraint à trahir ses penchaants protestants est une partir du fantasme Occidental que les Réformateurs avaient l'habitude de jeter à la face de Rome (alimenté comme il l'était par le problème de l'Eglise d'Orient seulement après s'être , sans aucun résultat, "réunie" avec elle, un problèle que les Réformateurs Luthériens ont exploité à lé Diète de Worms).

Une idée réutilisées par les Latins

Cette idée fantastique était aussi, une de celle que les Latins ont utilisé dans leurs combats contre Loukaris, à mettre au compte des nombreuses années d'opposition entre Uniates et Jésuites en Europe, en le caractérisant comme un traitre à sa propre Foi. (Souvenons nous que les Latins avaient de Patriarche en profonde détestation. A la suite de manipulations jésuites et d'autres agents anti-orthodoxe à Constantinople, les "papistes" furent finalement capable de corrompre les Turcs pour qu'ils condamnent à mort le Patriarche Cyrille en 1638, et ainsi de le faire taire. Son corps fut jeté sans cérémonie dans le Bosphore)

Les fondements de la théologie Orthodoxe et de sa vie


L'Eglise Orthodoxe, qui dans son esprit constitue la succession de la véritable Eglise établie par le Christ a une théologie et une vie spirituelle assez étrangère aux occidentaux, qu'ils soient latins ou réformés.
La Sotériologie, les sacrements (ou de manière plus appropriées, les Mystères), l'anthropologie et la cosmologie chrétienne, on été mal comprise et mal représentée par l'Ouest (Nous pensons ici à l'erreur grossière des Occidentaux qui s'imaginent nos traditions théologiques comme neo-platoniciennes, ce qui manifeste une ignorance de l'Orthodoxie et du Neo-Platonicisme)).

Tous ces éléments sont des concepts dont nous débattons dans un contexte et avec une nomenclature étrangère à Rome et aux Protestants.

Parler aux Catholiques Romains


En parlant aux Catholiques Romains, notre Eglise , néammoins toujours parlé de 7 sacrements dans toutes les structures de description du langage Occidental (quoi qu'en fait nos Mystères soient sans nombre, et sans hiérarchie ce qui conduit à la notion de prophétie en Orthoddoxie).

Parler aux Protestants


En parlant aux Protestants , nous avons parlé de l'interaction de la Foi, des bonnes oeuvres et de la Providence Divine et de la Grace en des termes qu'ils pouvaient comprendre. (Alors qu'en fait une telle distinction nous était étrangère, les traditions Apophatiques et Hesychastes de la théologie Orthodoxe abordent le deuxième point de manière déconcertante pour les théologies Occidentaux).

La théologie systématique orthodoxes


Il est effectivement admis que certains penseurs Orthodoxes essaient aujourd'hui de former une théologie systématique et réponse à l'Ouest (sans ignorer le fait que c'est dans le domaine de la pratique spirituelle et non de la théologie confessionnelle, que toutes les propriétés de la théologie systématiques s'appliquent en Orthodoxie).


Mais tout ceci ne signifie pas que nos parlions le langage des hétérodoxes dans nos coeurs, seulement que nous partageons leurs préceptes théologiques.



Quand nous nous adressons aux Occidentaux selon leurs propres mots, nous essayons de les atteindre dans le langage qu'ils peuvent comprendre.

En mettant de coté la question de l'authenticité de sa confession, quand Loukaris évangélisait les Protestants, alors , quelque soient ses motifs et son langage, ses écrits, son témoignage son Orthodoxie n'ont jamais été compromis par ses actes.

Il n'est pas devenu ceux à qui il s'adressait. Je laisse aux autres le soin de juger la sagesse de ses actions.

Mais pour le caractériser il serait souhaitable d'étudier sa vie et son oeuvre comme un tout.

Une reconstruction Protestante qui ne cadre pas avec la réalité



Si certains Protestants peuvent faire du Patriarche Cyrille un Protestant, ces reconstructions ne changeront pas la vérité. Avec cette conception d'un patriarche fantome nous avons affaire à des créations issues d'une nomenclature théologique déconnectée de l'expérience réelle.

Les affrontements du 16eme siècle entre Orthodoxes, Latins, Uniates et Jésuites


Le 16eme siècle se relie à des affrotntements entre les Orthodoxes et Rome, face à la question des Uniates et à la présence des missions jésuites dans l'Est de l'Europe.

Dans ce contexte, c'est ce patriarche anti-latin, qui a soutenu l'opposition Protestante au Papisme,et qui a peut être autorisé ces écrits à être reformulés en publiés à Genève.


Mais une étude systématique de la vie et de la pensée de Loukaris permet d'écarter cette récupétation, le mythe d'un "patriarche protestant "suit ainsi la même voie que celui de la "Papesse Jeanne".

Source


http://www.orthodoxinfo.com/inquirers/ca4_loukaris.aspx

Les intertitres en gras sont de la traduction

Le métropolite Chrysostome d'Etna est un évêque du mouvement vieux-calendériste modéré de Mgr Cyprien de Phyli et Oropos, en résidence en Californie. Il est reconnu pour sa grande érudition (ce qui, bien sûr, n'est pas pour autant un gage d'infaillibilité) et, à ce titre, a été appelé à donner des cours à la faculté de théologie patriarcale de Bucarest.

Le titre de son article est une allusion au chapitre que le grand historien anglican Steven Runciman a consacré à Cyrille Ier Loukaris dans son livre The Great Church under Captivity, où il appelle Cyrille Ier "le patriarche calviniste".

La thèse que défend ici Mgr Chrysostome était déjà défendue du temps de Cyrille Loukaris, et j'avais indiqué dans ma réponse à "Athanase" du 29 mai dernier que les avis étaient partagés sur la personne de Cyrille Loukaris.

En effet, si sa confession de foi de 1629 a été condamnée à sept reprises par des conciles orthodoxes (une fois du vivant de Cyrille Ier en 1636, et six fois après la mort de celui-ci), il n'en reste pas moins que beaucoup de témoins, déjà à cette époque, pensaient qu'il avait surtout signé cette confession pour s'attirer la protection des Provinces-Unies dans un contexte difficile où les puissances catholiques romaines étaient intervenues auprès des Turcs pour faire détruire l'imprimerie grecque que Cyrille Ier avait établie à Constantinople. (A cause de l'hostilité des musulmans à l'imprimerie, les Grecs étaient forcés d'imprimer tous leurs livres à Venise, à Vienne, en Valachie ou en Moldavie, ces deux dernières principautés ayant conservé une relative autonomie malgré leur intégration dans l'Empire ottoman.)

En quelque sorte, deux visions s'opposent à propos de la personne de Cyrille Loukaris. Pour les uns, il s'était converti au calvinisme. Pour les autres, il a signé tout ce qu'on lui demandait de signer, pour s'attirer les secours des Provinces-Unies, tout en restant orthodoxe. Il se situerait dès lors dans une tradition qui a commencé avec le concile de Florence (tous les hiérarques, sauf saint Marc d'Ephèse, signant, pour sauver leur vie, un acte d'union auquel ils ne croyaient pas et qu'ils s'empresseraient de renier dès leur retour loin de la menace de l'Inquisition) et qui a connu son dernier fleuron avec la fausse union de Balamand (des théologiens signant n'importe quoi pour faire échec à l'agression uniate - cf. les propos sans équivoque du patriarche de Moscou S.B. Alexis II à propos de l'accord de Balamand; je les ai traduits du russe vers le français sur le présent forum, et je regrette qu'aucun russophone ne se soit manifesté pour améliorer ma traduction). Le texte de Mgr Chrysostome d'Etna que vous avez traduit de l'anglais se rapproche du deuxième point de vue sur Cyrille Loukaris.

Notez toutefois que les tenants des deux opinions s'accordent pour considérer que Cyrille Ier avait été psychologiquement très marqué par les horreurs de la persécution menée par les uniates contre les orthodoxes en Ukraine et dont il avait été le témoin, au point d'en oublier que les orthodoxes de Transylvanie subissaient aussi des persécutions de la part des magnats calvinistes magyars.

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » mer. 07 juin 2006 15:00

Ce sont les “années noires” de l’Orthodoxie. L’Église orthodoxe a été soumise à la pression des Croisades, puis à celle de l’Uniatisme polono-lituanien, puis austro-hongrois, puis à un bourrage de crâne des étudiants orthodoxes dans les université occidentales, puis à une infiltration des catholiques à la cour de Moscou, puis à la réaction du métropolite de Kiev Pierre Moghila qui, pour donner à l’Orthodoxie la force de résister à l’influence protestante rédigea une Confession de la foi orthodoxe apputée sur des arguments et des concepts scolastiques, puis à des pressions venues des Réformés, puis à l’asservissement de l’Église russe par Pierre le Grand qui soutint l’action de l’Archevêque Théiohane Prokopovitch pour donner à l’Église russe une forme luthérienne. Ceci n’est certainement qu’un résumé très succinct de quelques épisodes de cette histoire. Tout au long de ces échanges les Orthodoxes, qui avaient oublié les Pères, étaient persuadés qu’ils devaient atteindre une science et une organisations égales à la science et à l’organisation des Églises occidentales pour pouvoir soutenir leur assaut. C’est une très longue histoire, qui est très loin d’être vraiment connue.

Une partie importante de cette histoire concerne l’Église russe. Elle a été décrite par le père Georges Florovsky dans l’ouvrage que j’ai traduit aux éditions de l’Äge d’homme “Les voies de la Théologie russe”. Elle avait fait également l’objet de conférences en 1915 du saint évêque martyr Hilarion Troïtsky.
Jean-Louis Palierne
paliernejl@wanadoo.fr

christianc
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Message par christianc » jeu. 08 juin 2006 9:06

Merci pour ces précisions :D

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » jeu. 27 juil. 2006 19:37

Pour revenir sur ce sujet, je tiens à répéter qu'il y a trois hypothèses à propos de la Confession de foi calviniste publiée à Genève et attribuée au patriarche Cyrille Loukaris.

N'attachons pas trop d'importance aux deux compères qui se promènent de forum en forum à travers l'Internet pour dire que cette confession de foi montrerait que les "Byzantins" seraient en accord avec leur foi (quoique ces deux-là soient si peu représentatifs du protestantisme). Nous l'avons dit et répété, cette confession a été condamnée par six conciles successifs de l'Eglise orthodoxe, avant et après la mort de Cyrille Loukaris.

Par la suite, christianc, qui est lui aussi protestant, mais plus représentatif, a fait évoluer le débat vers une autre question, qui n'est plus celle de la Confession (calviniste et inacceptable d'un point de vue orthodoxe), mais celle des convictions personnelles du patriarche Cyrille Loukaris.

Il y a trois hypothèses envisageables.


1. Cyrille Loukaris est bien l'auteur de la Confession et celle-ci reflète ses convictions. Le personnage relève alors de l'histoire du calvinisme plutôt que de celle de l'Orthodoxie.

Ce qui plaide contre cette thèse: difficile d'imaginer un patriarche de Constantinople ayant totalement embrassé la foi calviniste sans que cela ne soit vraiment remarqué.

En revanche, le fait que la confession ait été rédigée en latin ne plaide pas contre cette thèse, Cyrille Loukaris étant un ancien étudiant de l'université de Padoue en Vénétie.

2. Cyrille Loukaris a bien signé et approuvé la Confession publiée à Genève, mais celle-ci ne reflète pas ses convictions. C'est hélas possible, car nous avons bien des exemples dans l'Histoire de l'Eglise de théologiens qui ont signé, sans y croire un seul instant, des textes qui étaient censés procurer un avantage diplomatique à leur Eglise locale et qui étaient des aberrations sur le plan religieux.
La fausse union de Florence a été signée par des évêques qui, à trois exceptions près, n'y croyaient absolument pas et se sont empressés de renier leur signature dès qu'ils sont retournés dans leur diocèse. Ils n'avaient pas tous, comme saint Marc d'Ephèse, le courage d'affronter la perspective du bûcher promis par le Pape à ceux qui ne signeraient pas l'union (bûcher auquel saint Marc échappa, comme on sait, grâce à un moment de repentir de l'empereur Jean VIII Paléologue).
La fausse union de Balamand, document absurde sur le plan de la foi, était censée être un frein à l'uniatisme (cf. les propos sans équivoque de S.B. Alexis II de Moscou sur le sujet; je les ai traduits sur le forum il y a un peu plus de deux mois).
On peut donc imaginer un Cyrille Loukaris, acculé par les persécutions qu'il subissait de toute part (les Turcs avaient détruit son imprimerie à la demande des puissances catholiques), signant n'importe quoi pour s'attirer la protection des Pays-Bas.

3. Cyrille Loukaris n'a jamais approuvé la confession publiée à Genève. Les calvinistes se sont réclamés de son parrainage et les papistes ont laissé se répandre cette rumeur parce que cela permettait de discréditer un de leurs plus grands adversaires. Ceci est possible, car l'accusation de protestantisme a été utilisée contre un grand patriarche résistant aux menées jésuites au XVIIIe siècle (j'y reviendrai). Après tout, il n'est peut-être pas innocent qu'un monument de désinformation anti-orthodoxe et de propagande uniate comme le Dictionnaire encyclopédique de l'Orient chrétien du jésuite maltais Edward Farrugia affirme avec tant d'assurance, et sous la plume du RP Farrugia lui-même, que Loukaris était calviniste (page 466 de l'édition roumaine - je ne me suis pas encore procuré l'original italien).

Cette thèse est en gros celle que défend Mgr Chrysostome d'Etna.

Je voudrais maintenant apporter une contribution tirée du Synaxaire en français du moine Macaire de Simonos-Petras, tome V, Editions To Perivoli tis Panaghias, Thessalonique 1996, p. 331.

Je me permets de relancer le sujet car il s'agit d'un extrait de la vie d'un saint que nous allons fêter dans quelques jours (le 5 août): saint Eugène d'Aitolie.

"Au bout de huit ans, Corydalleus fut convoqué à Constantinople par Cyrille Loukaris qui venait d'être élu pour la cinquième fois Patriarche OEcuménique, et il emmena avec lui son disciple. Eugène ne manquait pas cependant de lui reprocher ses égarements quant au mystère de la sainte Eucharistie et ses accès de colère. Souffrant des persécutions infligées à Cyrille Loukaris, qui aboutirent à l'exécution du Patriarche (1638), et affligé de voir l'Eglise déchirée par la politique et soumise aux intérêts étrangers, Eugène décida de consacrer sa vie à la défense de l'Orthodoxie. Cette attitude lui attira la haine du nouveau patriarche pro-latin, Cyrille Kondaris, qui fit perquisiitionner chez lui, à la recherche de l'office qu'Eugène avait composé en l'honneur de Cyrille Loukaris, qu'il considérait comme martyr. Conduit au Patriarcat, il défendit la mémoire de son bienfaiteur devant le Patriarche qui, fulminant de colère, le déposa et le fit chasser. Kondaris, bientôt tombé en disgrâce, fut assassiné par les Turcs, et le nouveau patriarche, Parthénios, rétablit Eugène dans sa charge en louant sa piété."

Ceci m'a paru intéressant, car il ne s'agit pas de spéculations que nous faisons avec bientôt quatre siècles de recul, mais du témoignage d'un saint de l'Eglise orthodoxe qui fut un collaborateur direct de Cyrille Loukaris. On peut déduire deux choses de ce témoignage, qui vont à l'appui de la thèse 1 comme de la thèse 3:

* Cyrille Loukaris, à force de fréquenter les diplomates néerlandais, aurait adopté des positions proches de celles des calvinistes sur l'eucharistie, en tout cas suffisamment éloignées de la juste doctrine pour que saint Eugène le réprimande.

* Les convictions calvinistes de Cyrille Loukaris, si tant est qu'elles aient existées, devaient être bien discrètes, puisque saint Eugène, qui avait été son collaborateur et qui l'avait réprimandé dans ses moments d'égarement, le considéra comme un patriarche mort dans la foi orthodoxe et martyr, au point de lui composer un office liturgique.

En tout cas, je suis pour le moins fasciné de voir, en l'an 2006, des personnages s'agiter sur Internet en présentant avec tant d'assurance et de certitude Cyrille Loukaris comme un grand témoin de la foi calviniste, alors qu'un homme de grand discernement et qui avait travaillé avec lui - saint Eugène d'Aitolie - le considérait comme mort martyr par fidélité à la foi orthodoxe.

Il est en effet piquant de voir que des gens de 2006 sont mieux à même de se prononcer sur les convictions les plus intimes de Cyrille Loukaris que quelqu'un qui le voyait tous les jours, ou presque, en 1638.

Pour ma part, je ne peux que constater qu'il est à l'heure actuelle impossible de se prononcer sur l'opinion que le patriarche Cyrille Loukaris avait quant à la Confession de foi qui lui fut attribuée.

La seule certitude reste que ladite Confession est contraire et étrangère à la foi orthodoxe et, comme telle, rejetée par l'Eglise.

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » jeu. 27 juil. 2006 22:28

Merci pour ces précisions. Il faut toujours rendre à César ce qui est à César. J’ai l’impression que le calvinisme n’a eu que peu d’influence sur l’histoire de l’Église orthodoxe, mais c’est la “Confession” de Cyrille Loukaris qui aurait amené le métropolite de Kiev Pierre Moghila à entreprendre de défendre la foi orthodoxe en utilisant les méthodes et les concepts latins. Cette deuxième influence s’est révélée beaucoup plus désastreuse que la précédente.
Jean-Louis Palierne
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Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » lun. 21 août 2006 18:58

"Ne dites pas que je doute... on finirait par le croire." (Eric Werner)

Dans le numéro 1 de son bulletin Orthodoxie, publié en septembre 1978, réimprimé des années plus tard, et aujourd'hui saisi sur Internet, le hiéromoine matthéiste Cassien (Braun) avait traduit en français l'article du divin Kontoglou "Les humbles iconographes de la période turque".

Voici donc des propos de Photios Kontoglou qui risquent un peu de porter l'estocade à la thèse des duettistes "Athanase" et "Augustinus" (cf. http://orthodoxie.club.fr/bul/01.htm#Iconographes ; les passages soulignés l'ont été par moi):

"Alors en effet furent éprouvés et martyrisés pour la foi du Christ des milliers de chrétiens, jeunes et simples le plus souvent, ne connaissant d'autres paroles du Seigneur que: "Celui qui croit en Moi, même s'il meurt, vivra" et "Quiconque me renie devant les hommes, je le renierai moi aussi devant mon Père qui est dans les cieux."

L'un de ces témoins de la foi, le patriarche Loukaris, écrivait : "Nous autres, chrétiens orthodoxes, même si nous ne possédons pas la sagesse extérieure de ce monde, Dieu, par sa grâce, nous a donné la sagesse intérieure et spirituelle, beauté de notre foi orthodoxe; en cela nous l'emportons sur les Latins, nous l'emportons sur les peines et les labeurs, pour le poids de notre Croix, pour le sang que nous versons dans la foi et l'amour du Christ. Si le Turc avait régné dix ans en France, qui sait si l'on y trouverait encore des chrétiens ? Or, en Grèce, après 300 ans, il y a toujours des chrétiens, ils persistent dans leur foi malgré brimades et tortures, et le mystère de la piété resplendit. Vous (occidentaux), vous me dites que nous n'avons pas la science. Je n'en veux pas de votre science : en avant vers la Croix du Christ !"

Opprimés, les Grecs rentraient en eux-mêmes et, nus et pauvres, s'offraient à Dieu. Leur situation était semblable à celle des premiers chrétiens. Le martyre purifiait leur âme comme l'or dans le creuset. C'est pourquoi toutes leurs créations, qu'il s'agisse de peinture sacrée, de vies de saints, de chant liturgique ou populaire, eurent la bonne odeur de la foi du Christ qui n'est pas donnée à ceux qui n'ont pas été humiliés et qui ne savent pas le chemin des larmes."

"Nous autres, chrétiens orthodoxes, même si nous ne possédons pas la sagesse extérieure de ce monde, Dieu, par sa grâce, nous a donné la sagesse intérieure et spirituelle, beauté de notre foi orthodoxe" (Cyrille Loukaris). Etonnante déclaration de la part de quelqu'un qu'on cherche maintenant à nous présenter comme un docteur, voire un martyr, de la religion calviniste (et pourquoi pas de l'iconoclasme, tant qu'on y est).

Ajoutons que cette phrase du patriarche Cyrille Loukaris, "Si le Turc avait régné dix ans en France, qui sait si l'on y trouverait encore des chrétiens ? Or, en Grèce, après 300 ans, il y a toujours des chrétiens, ils persistent dans leur foi malgré brimades et tortures, et le mystère de la piété resplendit", est très connue. L'actuel archevêque d'Athènes et de toute l'Hellade, Mgr Christodoule (Paraskivaïdis), l'avait cité dans une homélie lorsqu'il était encore métropolite de Démétrias. Elle ne reposait d'ailleurs pas sur des fantasmes ou un triomphalisme, mais sur un fait qui alarmait à l'époque le Vatican et qui a été corroboré par les historiens: dans les parties de l'Europe qui étaient alors occupées par les Turcs, le catholicisme reculait beaucoup plus que l'Orthodoxie face à l'Islam (le fait était particulièrement frappant en Albanie).

On est tout de même en droit de se demander si un patriarche de Constantinople capable de faire l'éloge de l'Orthodoxie en des termes aussi vibrants ("le mystère de la piété resplendit") et de s'adresser de manière aussi peu amène aux hétérodoxes ("je n'en veux pas de votre science" - la "science" en question est évidemment la théologie de type scolastique, qui allait plus tard pénétrer une partie de l'Orthodoxie via l'académie de Kiev; Cyrille Loukaris n'était en tout cas pas un obscurantiste) a vraiment, en même temps, renié la foi orthodoxe en rédigeant une Confession de foi calviniste rédigée en latin et publiée à Genève en 1628.

Il est possible qu'il l'ait fait. Mais alors, c'était un hypocrite au double discours, au double langage et à la double vie. Ou un diplomate qui signait n'importe quel document susceptible de lui apporter l'aide de Genève et des Provinces-Unies. L'Histoire de l'Eglise, depuis au moins un millénaire, abonde en hypocrites et en négociateurs qui se croient plus malins que le peuple. Mais qu'est-ce qui me permet d'affirmer que l'homme qui prononçait un pareil éloge de l'Orthodoxie a vraiment écrit le texte en latin par lequel il est censé l'avoir rejetée?

Il est donc aussi possible qu'il ne l'ait pas fait. Telle était l'opinion de saint Eugène d'Aitolie, de Photios Kontoglou et du métropolite Chrysostome d'Etna.

En tout cas, il est difficile d'être aussi catégorique que ceux qui parlent sans connaître le sujet.

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » jeu. 24 août 2006 21:23

lecteur Claude a écrit :
"Nous autres, chrétiens orthodoxes, même si nous ne possédons pas la sagesse extérieure de ce monde, Dieu, par sa grâce, nous a donné la sagesse intérieure et spirituelle, beauté de notre foi orthodoxe" (Cyrille Loukaris). Etonnante déclaration de la part de quelqu'un qu'on cherche maintenant à nous présenter comme un docteur, voire un martyr, de la religion calviniste (et pourquoi pas de l'iconoclasme, tant qu'on y est).

Ajoutons que cette phrase du patriarche Cyrille Loukaris, "Si le Turc avait régné dix ans en France, qui sait si l'on y trouverait encore des chrétiens ? Or, en Grèce, après 300 ans, il y a toujours des chrétiens, ils persistent dans leur foi malgré brimades et tortures, et le mystère de la piété resplendit", est très connue. L'actuel archevêque d'Athènes et de toute l'Hellade, Mgr Christodoule (Paraskivaïdis), l'avait cité dans une homélie lorsqu'il était encore métropolite de Démétrias. Elle ne reposait d'ailleurs pas sur des fantasmes ou un triomphalisme, mais sur un fait qui alarmait à l'époque le Vatican et qui a été corroboré par les historiens: dans les parties de l'Europe qui étaient alors occupées par les Turcs, le catholicisme reculait beaucoup plus que l'Orthodoxie face à l'Islam (le fait était particulièrement frappant en Albanie).

On est tout de même en droit de se demander si un patriarche de Constantinople capable de faire l'éloge de l'Orthodoxie en des termes aussi vibrants ("le mystère de la piété resplendit") et de s'adresser de manière aussi peu amène aux hétérodoxes ("je n'en veux pas de votre science" - la "science" en question est évidemment la théologie de type scolastique, qui allait plus tard pénétrer une partie de l'Orthodoxie via l'académie de Kiev; Cyrille Loukaris n'était en tout cas pas un obscurantiste) a vraiment, en même temps, renié la foi orthodoxe en rédigeant une Confession de foi calviniste rédigée en latin et publiée à Genève en 1628.

L'actuel (et parfaitement francophone, au demeurant) archevêque d'Athènes et de toute la Grèce, S.B. Christoudoule, a cité la phrase du patriarche Cyrille Loukaris dans une homélie qu'il a prononcée, alors qu'il était encore métropolite de Démétrias, à l'occasion du dimanche de l'Orthodoxie de l'année du salut 1980. Cette homélie a été jugée suffisamment intéressante pour être traduite en français dans la Documentation catholique,77, 1980, pp. 710-711. En voici un extrait (cf. RP Alban Doudelet, Les Orthodoxes grecs, Brepols, Turnhout 1996, p. 81):

"(...) Le phénomène de notre peuple, qui s'est tenu inébranlablement à l'écart des principes étrangers tout au long de son histoire, qui a dressé une muraille de Chine infranchissable et invisible devant les influences étrangères, qui a fermement conservé sa mémoire historique, est fondamentalement dû à notre Orthodoxie. "Si les Turcs avaient régné dix ans en France - a écrit Cyrille Loukaris -, on n'y aurait plus trouvé de Chrétiens." Chez nous, au contraire, quatre cents ans d'esclavage n'ont pas suffi à détourner le lit du fleuve de notre tradition nationale, à telle enseigne que K. Paparrigopoulos a souligné à juste titre que la nation de 1821 était celle de 1453, restée la même, sans aucun changement. (...)"

J'ai reproduit ce passage - intéressant, en lui-même, tant il est vrai que les trentes premières années de l'Etat grec indépendant ont peut-être fait plus de mal à la romanité et à l'Orthodoxie que les siècles de la turcocratie, de fait de la volonté obstinée du roi Othon de soumettre l'Eglise au pouvoir politique - pour montrer que la phrase du patriarche Cyrille Loukaris, citée par Photios Kontoglou dans son article, est si connue qu'elle a aussi été citée sur la chaire de vérité.

Certes, que Cyrille Loukaris ait écrit un éloge aussi vibrant et enflammé de la foi orthodoxe n'exclut pas qu'il ait été calviniste en même temps: il y a toujours eu des adeptes du double discours.

Mais, tout de même, on peut aussi lui accorder le bénéfice du doute, et s'étonner qu'un homme qui faisait de pareilles déclarations d'amour envers l'Orthodoxie ait en même temps cru que la vérité était à Genève.

Nikolas
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Re: Le mythe du patriarche Protestant

Message par Nikolas » jeu. 04 avr. 2013 22:09

Claude le Liseur a écrit : Il est donc aussi possible qu'il ne l'ait pas fait. Telle était l'opinion de saint Eugène d'Aitolie, de Photios Kontoglou et du métropolite Chrysostome d'Etna.
Ils ne sont visiblement pas les seuls à consider que la fameuse (ou fumeuse) "confession de foi" n'est pas de Cyrille Loukaris. A cette liste l'on peut ajouter Athanasios Paliouras et son texte : http://www.ec-patr.org/list/index.php?lang=en&id=202 publié sur le site du Patriarcat de Constantinople, que je résume brièvement:

De son article l'auteur affirme que le patriarche s'est retrouvé au sein du conflit entre la papauté et les réformateurs. Après avoir établis des contacts diplomatiques avec l'Angleterre et les Pays-Bas en passant par leur églises, le Patriarche s'est retrouvé pris en grippe par les jésuites, tentant de le discréditer en le faisant passer pour calviniste. Et avec l'appui politique de la France et de l'Autriche auprès de la Porte ont tentés à plusieurs reprises de le faire déposé mais à chaque fois réélu (à cinq reprises) patriarche de Constantinople avec le soutient du clergé et du peuple orthodoxe. Loukaris d'écrire : Ils (les Jésuites) «chercher notre destruction et la ruine du Patriarcat et de toute l'Eglise des Grecs».
De leur côté les calvinistes tentèrent d'influencer par divers moyen politique, diplomatique et financier, le patriarcat. Il réussir par influencer quelques proches dans l'entourage patriarcal. Mais néanmoins lors de la publication par les calvinistes de Genève de la Sainte Bible traduite en grec moderne par Maximos Callipolitis. Le patriarche Cyrille se trouva obligé de sanctionner cette traduction de Callipolitis parcequ'elle contenait des vues calvinistes qui pourrait causer de la confusion pour le peuple. Et en 1629 les calvinistes de Genève publièrent la première édition latine de la fameuse "confession de Loukaris". L'auteur cite J. Carmiris qui explique que cette publication à causé un grande trouble et une grande agitation dans l'Eglise. Précisant que dès le début presque tout le monde croyait qu'il s'agissait d'un faux.
Le patriarche Cyrille lui-même nia à plusieurs reprise avoir jamais écrit cette confession mais ne le fit jamais par écrit. Témoignant par sa vie, ses actes et ses lettres de sa foi orthodoxe. Ce trouve mentionné quelques uns des grands actes qui ponctuèrent le pontificat de Cyrille. On notera la mise en place en 1627 d'une imprimerie patriarcale pour la publication d'ouvrages orthodoxes qui devait revigorer la foi soumise à rude épreuve dans le monde orthodoxe.

Il y a aussi le Saint et sacré synode du patriarcat d'Alexandrie et de toute l'Afrique, qui a la suite de saint Eugène d'Aitolie considère le Patriarche Cyrille Loukaris comme un saint hiéromartyr, l'ayant officiellement canonisé en Juin 2009 avec pour jour de commémoration le 27 juin, jour de son martyr.
On trouvera quelques photos et icônes ci-dessous:
http://www.patriarchateofalexandria.com ... ils&id=373
http://www.johnsanidopoulos.com/2011/06 ... ed-by.html
http://www.johnsanidopoulos.com/2012/06 ... ch-of.html

Visiblement les partisant d'un patriarche calviniste semble de plus en plus en contradiction avec les faits.

D'ailleurs cher Claude, vous écriviez ici viewtopic.php?p=15729#p15729
On verrait aussi que les événements des quelques décennies qui précédèrent la confession de foi de Mgr Joseph Stoica laissent planer le plus grand doute quant au fait que le patriarche de Constantinople Cyrille Loukaris se soit vraiment converti au calvinisme. Un de nos lecteurs protestants nous avait signalé ici même, voici deux ans, qu'il considérait que le "patriarche protestant" était un "mythe"; c'est en effet dans l'histoire de cette région, pourtant bien éloignée du Bosphore, que l'on trouve quelques éléments qui paraissent bien peu compatibles avec une éventuelle confession de foi calviniste de Cyrille Loukaris.
Peut être pouvez vous nous en dire plus?

La seule chose qui me laisse dubitatif c'est le fait que les synodes qui anathématisèrent cette "confession de foi" calviniste semble avoir aussi placé personnellement Cyrille Loukaris sous l'anathème, comme vous l'écrivez dans ce message viewtopic.php?p=12151&sid=d32617182fc1c ... be0#p12151 ou encore comme cela est mentionné dans ce message de JL Palierne viewtopic.php?p=12159#p12159 ?
Un synode peut-il canonisé une personne anathématisé par d'autres synodes?

Claude le Liseur
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Re: Le mythe du patriarche Protestant

Message par Claude le Liseur » ven. 05 avr. 2013 11:33

Nikolas a écrit :
(...)

Il y a aussi le Saint et sacré synode du patriarcat d'Alexandrie et de toute l'Afrique, qui a la suite de saint Eugène d'Aitolie considère le Patriarche Cyrille Loukaris comme un saint hiéromartyr, l'ayant officiellement canonisé en Juin 2009 avec pour jour de commémoration le 27 juin, jour de son martyr.
On trouvera quelques photos et icônes ci-dessous:
http://www.patriarchateofalexandria.com ... ils&id=373
http://www.johnsanidopoulos.com/2011/06 ... ed-by.html
http://www.johnsanidopoulos.com/2012/06 ... ch-of.html

Visiblement les partisant d'un patriarche calviniste semble de plus en plus en contradiction avec les faits.

D'ailleurs cher Claude, vous écriviez ici viewtopic.php?p=15729#p15729
On verrait aussi que les événements des quelques décennies qui précédèrent la confession de foi de Mgr Joseph Stoica laissent planer le plus grand doute quant au fait que le patriarche de Constantinople Cyrille Loukaris se soit vraiment converti au calvinisme. Un de nos lecteurs protestants nous avait signalé ici même, voici deux ans, qu'il considérait que le "patriarche protestant" était un "mythe"; c'est en effet dans l'histoire de cette région, pourtant bien éloignée du Bosphore, que l'on trouve quelques éléments qui paraissent bien peu compatibles avec une éventuelle confession de foi calviniste de Cyrille Loukaris.
Peut être pouvez vous nous en dire plus?

La seule chose qui me laisse dubitatif c'est le fait que les synodes qui anathématisèrent cette "confession de foi" calviniste semble avoir aussi placé personnellement Cyrille Loukaris sous l'anathème, comme vous l'écrivez dans ce message viewtopic.php?p=12151&sid=d32617182fc1c ... be0#p12151 ou encore comme cela est mentionné dans ce message de JL Palierne viewtopic.php?p=12159#p12159 ?
Un synode peut-il canonisé une personne anathématisé par d'autres synodes?

Merci. J'ignorais totalement que Cyrille Loukaris avait été canonisé.
La contradiction s'explique de la manière suivante: au XVIIe siècle, on fait circuler une profession de foi calviniste attribuée à Cyrille Loukaris. Plusieurs synodes se réunissent et anathématisent cette confession de foi et son auteur (c'est-à-dire Cyrille dans l'esprit des pères conciliaires). Ensuite, trois siècles de recherches aboutissent à la conclusion que le patriarche Cyrille est mort orthodoxe. Les anathèmes tombent d'eux-mêmes.
Je ne pense pas que le synode du deuxième siège de l'Eglise ait pris cette décision de canonisation sans examen des questions controversées.

Saint hiéromartyr Cyrille, prie pour nous!

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