les propositions de l'Eglise de Grèce quant à l'euthanasie

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Claude le Liseur
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les propositions de l'Eglise de Grèce quant à l'euthanasie

Message par Claude le Liseur » mer. 31 mai 2006 18:28

Traduction officielle du saint Synode, tirée du même site http://www.bioethics.org.gr/en/09_frame_01.html .


RÉPUBLIQUE HELLÉNIQUE

LE SAINT-SYNODE
DE L’ÉGLISE DE GRÈCE
Ioannou Genadiou 14 (115 21)
___________




PROPOSITIONS FONDAMENTALES
SUR LE PROBLÈME DE L’EUTHANASIE



I. État du problème
1) Le 28 novembre 2000, la Chambre des députés des Pays Bas s’est prononcée en faveur de la légalisation pour l’euthanasie. Le 16 mai 2002, l’euthanasie a également été dépénalisée en Belgique. L’Australie et certains Etats des Etats-Unis d’Amérique s’accordent avec les deux pays précités. Depuis quelques années la question est de plus en plus débattue par les instances législatives, les comissions compétentes, les médias, les congrès, les dialogues publics, etc.
Désormais vient se poser une question qui ne figurait pas il y a encore peu à l’actualité; le quotidien clinique la pousse constamment en avant et apparait un danger concret d’affaiblissement des consciences et d’altération des critères moraux. Les sensibilités des gens sont souvent canalisées vers un rationnel et une conception exigeant –ou, dans le meilleur des cas, justifiant- la protection juridique de l’euthanasie, même si encore de nos jours la majorité des sociétés et des états constitues réagissent à sa consécration.
2) Etant donné que c'est la première fois que nous assistons à la légalisation d'un tel acte, et que les considérations sociales actuelles, caractérisées par une rationalisation malsaine, sacrifient facilement à l’autel de la félicité et des intérêts restreints le respect à la vie et à la mort, la prise de position de la part de l’Eglise apparaît comme un besoin urgent.
3) Le terme d’euthanasie se réfère à l’accélération, avec l’assistance d’une tierce personne, soit par ses actes soit par ses omissions (active ou passive), de la mort d’un être humain, souffrant déjà ou à l’immédiat d’une maladie incurable et douloureuse, ayant ou pas sa pleine conscience, et s’étant personnelement prononcé sur la volonté constante de mettre fin à sa vie.

II. La vie et la mort dans la théologie et la tradition Orthodoxes
4) Notre vie constitue le cadeau suprême de Dieu, son commencement et sa fin se trouvant uniquement entre Ses mains; «Lui, dans la main duquel est... l'esprit de toute chair d'homme » (Job 12 : 10). Il s’agit de l’espace où s’exprime la maitrise de soi, où se rejoignent la grâce de Dieu et la volonté indépendante de l’être humain pour atteindre son salut.
Tout effort de définition des limites de la vie par la seule volonté, pensée, décision ou capacité humaine dénude la vie de sa sainteté.
5) L’homme a été créé immortel par la grâce de Dieu. L’immortalité représente son état naturel. Cependant, la souffrance, l’usure et la mort ont fait leur venue au monde par le biais du péché. En définitive, c’est Dieu qui a permis l’existence de la mort, pour que le mal ne « devienne pas immortel ».
6) La vie sur le plan biologique ne définit pas l’ensemble du parcours de l’être humain. L’homme a été créé par Dieu avec le corps et l’âme dans une unité intégrale qui est cependant rompue par le fait même de la mort. A travers la mort, le corps se dissout, alors que l’âme se préserve pour s’unir à nouveau avec le corps désormais résuscité.
7) L’importance fondamentale de la vie présente se détermine en fonction de la possibilité de divinisation de l’être humain et de sa rédemption par la pénitence. Sans vie spirituelle, le maintien de la vie biologique de l'être humain perd son importance, fait preuve d’un manque de sens et recycle la mort.
8) Dès le moment de sa conception, l’être humain entre en contact avec l’expérience de la mort, parfois à travers les changements morphologiques du corps en raison de l’âge, autrefois par la maladie, ou encore par la perte d’une personne aimée. Néanmoins, la mort et ses conséquences sont transcendées par le Christ, qui par Sa mort a vaincu la mort. (« Viens, Seigneur Jésus! »).
9) La mort est un événement lié non seulement à la fin de la vie biologique mais à l’ensemble de l’existence humaine. Par ailleurs, considérant la prolongation de la vie au-delà de la mort biologique, la manière dont vit et meurt une personne a des répercussions sur son état éternel.
10) La conception séculière contemporaine considère la mort par rapport à l’euthanasie comme étant un droit et non pas un événement transcendant l’être humain ; comme un événement dont la venue peut être également définie par l’homme et non pas comme exclusivement déterminée par Dieu. Le respect face à ce cadeau divin exige sa protection par tous les moyens, ce qui se traduit d'une part par un effort de maintien de sa qualité et, d'autre part, par une intention de prolongation de sa durée. Selon l’enseignement chrétien, la durée de la vie et le moment de la mort ne sont aucunement déterminés par des droits humains.
III. L’importance de la souffrance
11) L’Église reconnaît avec sympathie l’infirmité de la nature humaine. C’est pourquoi elle accueille à toutes les occasions les malades, les patients et les souffrants, elle sollicite bénévolement pour l’exemption de toute « tristesse, colère, péril et besoin », elle souhaite que la fin de l’être humain soit «anodyne, honorant et pacifique», parfois même elle prie pour le soulagement des personnes souffrantes « priere au mourant ».
12) Malgré tout cela, elle discerne derrière la souffrance une bénédiction. La souffrance dans la vie humaine, comme toute épreuve, aide à trouver le salut et parfois est même meilleure que la santé selon Saint Grégoire Palamas (EPE, Thessalonique 1985, volume 9, p. 264). La souffrance physique, de même que la souffrance existentielle, est bénéfique car élargissant les limites de l’existence ; elle pourrait constituer un moyen d’exercice de l’humilité, de la patience et de l’amour, alors que ses défis pourraient représenter des incitations de préparation pour l’éternité.
13) Nous ne recherchons pas la souffrance et, lorsqu’elle arrive, nous essayons par tous les moyens d’y faire face. Dans les cas, cependant, où elle persiste ou est incurable, la patience et la persévérance accompagnées de la foi s’avèrent être particulièrement renforçatrices et bienfaisantes. La fonction positive ou négative de la souffrance dépend considérablement de la prise de position de l’homme qui se trouve face à elle. C’est pour cette raison qu’apprendre à accepter même les pires situations de la vie constitue la meilleure préparation pour pouvoir y faire face.

IV. Traitement médical de la souffrance
14) Grâce à un traitement approprié contre la douleur, la science actuelle de la médecine est en mesure de traiter efficacement et considérablement la plupart des formes de souffrance. Pour cette raison, la formation et l'information scientifique des médecins sont obligatoires. Dans un même temps cependant, les soins reconfortants du personnel soignant, ainsi que le soutien des parents et amis sont tous des éléments précieux pour que le patient puisse supporter son mal.
15) Dans les cas où le patient ne réagit pas aux traitements, il est bon que lui soient administrés des médicaments tranquillisants. L’amour impose le soulagement du patient par tous les moyens, il n’est pas permis que celui-ci soit tourmenté par la privation d’une suppression. Il est peut-être préférable de passer du sommeil à la mort.
L’Eglise salue et bénit les efforts des médecins, qui, par moyen du traitement appliqué, soulagent la douleur des patients jusqu’au dernier moment de la vie présente.

V. Les retombées de la technologie médicale contemporaine
16) La technologie médicale contemporaine a considérablement contribué au traitement de diverses maladies. En même temps, elle a aussi rendu la médecine fortement interventionniste, mettant souvent les patients dans des situations sans précédent, de nature purement médicale, qui mènent à de nouveaux dilemmes aboutissant à des questions sans réponse.
17) Les situations tragiques de vie problématique causées de nos jours par les évolutions dans le domaine de la médecine font reposer à elles seules la question à savoir si non seulement il est permis d'abréger la vie d’un homme, mais aussi s’il est correct d’empêcher sa mort. La technologie médicale et pharmaceutique ne prolonge pas uniquement la vie, mais aussi, dans certains cas, la procédure de la mort.
18) De l’autre côté, malgré le progrès spectaculaire de la médecine diagnostique et préventive, personne ne peut jamais être absolument sûr du caractère incurable d’une maladie ou de l’irrémédiable d’un état. Il existe toujours des marges d’erreur potentielle dans un avis médical ou de tournure inattendue d’une maladie, ou encore même d’une évolution miraculeuse.

VI. La mission médicale
19) Depuis Hippocrate, la mission médicale était synonyme du traitement et du cadeau de la vie et incompatible avec l’assistance à la mort. Conformément à son fameux serment, le médecin se lie à «ne jamais administrer de médicament mortel, même si le patient le lui demande, et à ne jamais le lui conseiller».
20) Lorsqu’il n’est pas en mesure de guérir, le médecin assiste le patient dans sa lutte en atténuant sa douleur, en soulageant ses malaises, en apaisant ses craintes, en l’aidant à mieux gérer ses tourments, afin que l’homme puisse vivre avec dignité les derniers instants de sa vie.

VII. Motifs sociaux et psychologiques de l’euthanasie
21) La raison la plus profonde qui fait que de nos jours l’euthanasie préoccupe à ce point l’actualité et suscite une telle mobilité inédite est la dominance d’une conception et d’une pratique purement matérialistes, éphémères et hedonistiques ; la santé a acquis un caractère intensément économique et l'être humain est conçu de manière entièrement machinale et éphémère.
22) La société consommatrice contemporaine perçoit les personnes se trouvant à la phase terminale d’une maladie comme étant en dehors du système de production et de consommation, improductives en termes de progrès et d’évolution du système et constituant un obstacle au comfort et à la félicité du reste de leurs cocitoyens. C’est pourquoi elle est assez réticente à se montrer solidaire.
23) Dans un même temps, nous ne pouvons pas ignorer l’existence de causes psychologiques qui conduisent une personne à souhaiter l’euthanasie. Il s’agit d’habitude du désarroi en raison du malaise physique, de l’appréhension face à la douleur, de la déception due au dépérissement et de la peur de constituer un fardeau pour ses proches.
24) Si le patient constatait qu’un ou plusieurs de ces éléments sont mitigés par l’amour et l’intérêt que lui portent le personnel soignant, ses parents et ses amis, il serait fort improbable qu’il finisse par opter pour l’euthanasie. Il s’agit là d’un contrôle indirect exercé par la société contemporaine.
25) L’euthanasie est généralement sollicitée par des personnes en dépression psychologique. Cela signifie tout d'abord que les conditions dans lesquelles s’exprime la volonté de l’euthanasie sont telles qu’elles ne peuvent pas garantir leur équilibre mental et, ensuite, qu’avec un soutien approprié, du réconfort et éventuellement un traitement psychothérapeutique, ces mêmes personnes pourraient faire des choix différents au sujet de leur avenir.
Une maladie incurable et douloureuse influence à tel point l’équilibre psychique du patient que l’on pourrait prétendre qu’il est pratiquement impossible pour lui d’exprimer sa volonté avec clairvoyance et sagacité.

VIII. Retombées sociales de l’euthanasie
26) La pratique de l'euthanasie donne aux médecins et à la famille un pouvoir au-delà du leur, et ce avec des retombées hors de contrôle. Cela dépend de la description de l’état du patient faite par le médecin; la décision est prise par la famille, dont les motifs pourraient être suspects. Le caractère, la mentalité, la disposition du moment, la prise de position philosophique et religieuse, ou même des intérêts individuels, pourraient jouer un rôle déterminant dans la décision d’une personne demandant l’abrégement de sa vie.
27) Le rôle du médecin, tel qu’il a été jusqu’à présent conçu par nos sociétés, est celui de l’assistant précieux dans la lutte pour la santé et la survie. Son implication directe à la procédure de précipitation de la mort, même pour cause de compassion, vient gravement traumatiser la relation entre médecin et patient et altère la valeur de la vie humaine en tant que bien suprême.
28) Le soi-disant «droit à la mort», qui constitue le fondement juridique de l’euthanasie, pourrait se transformer en menace pour la vie des patients qui ne sont pas en mesure de couvrir financièrement les exigences de leur thérapie et de leur hospitalisation. Notre autonomie est limitée du fait que nous soyons des êtres sociaux.
29) En ouvrant littéralement la voie à l’euthanasie, d'une part sont facilités les projets d’intérêts illégaux, d’autre part est cultivée une logique raciste et eugénique, selon laquelle sont préférées les personnes en bonne santé, jeunes, riches et réussies. La conception qu’a la société de notre proche uniquement par la voie de la raison et de la morale des comités, de la production et des droits, sans considération de l’amour chrétien, conduit à la dépréciation de l’être humain.
30) La pratique de l’euthanasie dans certains pays représente un danger d’effets secondaires et de problèmes directs dans d’autres pays, notamment le surnommé «commerce de la mort» avec la pratique du déplacement illégal de ceux qui souhaitent l’euthanasie (le cas des Pays-Bas et de la Suisse).

IX. Remarques juridiques au sujet de la vie
31) La valeur de l’être humain est d’un caractère absolu et son expression principale, à savoir la vie humaine, est inconditionnellement protegée, à savoir indépendemment de sa qualité et indépendemment de la volonté de son porteur. Autrement dit, le droit de la libre disposition de soi-même par rapport à la vie n'est pas reconnu.
Cela est temoigné par des dispositions telles celles pénalisant la participation (incitation ou assistance) au suicide (article 301 du C.P.) ou à l’homicide avec consentement du patient incurable (article 300 du C.P.), ainsi que du fait que le consentement d’une victime de blessures corporelles graves ou dangereuses ne lève pas le caractère délictueux de l’acte.
32) La reconnaissance potentielle sur un plan égalitaire du droit de la disposition de soi-même en tant qu’expression du droit à la personnalité risquerait de provoquer une faille au système de protection absolue de la vie et ouvrirait la voie aux droits de disposition par d’autres acteurs, par exemple par les parents (desquels?) ou le médecin, lorsque le droit de la disposition de soi-même n’est plus applicable.
33) En cas de légalisation, l’euthanasie du «mourant», autrement dit la précipitation de la mort attendue, constituerait également un point de départ pour la légalisation de l’euthanasie du «patient incurable», dont la fin n’est pas proche. Dans ce cas, l’Etat se trouverait impliqué à des jugements évaluatifs et des choix relatifs à la valeur d’une vie particulière.
34) Le code pénal de la Grèce est considéré comme l’un des meilleurs et des plus complets en Europe. Pour l’instant, les articles 300 et 301 du C.P. pourraient constituer un guide satisfaisant dans tous les cas d’euthanasie.
35) L’objection de la conscience de quelconque médecin devant la demande «persistante et substantielle» du patient pour l’euthanasie est inviolable. Ce que l’on nomme le droit à la vie de quelqu’un ne peut pas conduire à l’exigence d’être assassinner par son médecin.

X. La proposition de l’Église
36) Dès lors, les causes spirituelles les plus profondes qui mènent à la considération positive de l’euthanasie sont habituellement le matérialisme incommensurable, le dénuement spirituel de l’homme, le défaut de la foi ou la négation de Dieu, la conception de la souffrance et de la maladie comme un manque de chance ou une injustice, la désacralisation de la vie, sa mise en rapport uniquement avec la beauté extérieure et la vigueur physique et économique, et la conception de la mort comme un événement sociobiologique inévitable, et non pas une étape intermédiaire dans le parcours de l'être humain.
Dans une telle société, les notions du sacrifice, de la patience, de l’espérance et de la persévérance sont inconnues, alors que les notions du merci, de la compassion et de la miséricorde sont faussement interpretées.
37) Tout en étant justifiée sur le plan séculier comme «une mort avec dignité», l’euthanasie constitue dans sa forme active un suicide assisté, à savoir une combinaison de meurtre et de suicide. C'est pourquoi elle constitue un phénomène social décadent qui déprécie l'être humain.
38) Les moments de notre vie qui sont liés à son commencement et à sa fin, de même que ceux de la faiblesse, de la souffrances et de nos épreuves, recèlent une sainteté unique et constituent un mystère qui nécessite un respect particulier de la part des parents, des médecins, du personnel soignant et de la société dans son ensemble. Si ces moments-là sont considérés de manière spirituelle et avec de la prière, ils facilitent l’humilité et la quête de Dieu et offrent à l’être humain l’expérience de la grâce divine et du miracle.
39) Ces mêmes moments favorisent le reliement des personnes, le développement d’une société d'amour chrétien, l'expression de la solidarité et de la miséricorde. La sollicitation de l'euthanasie par certains patients est en réalité la question qu'ils nous posent quant à notre amour pour eux et notre volonté de les garder auprès de nous. C’est dans ces moments-là que l’on peut vivre la grâce de Dieu et l’amour des êtres humains.
40) L’Église reconnaît la faiblesse de la nature humaine et pense que « la mort est meilleure qu’une vie amère et le repos éternel est meilleur qu’une maladie persistante » (Sagesse de Sirah chap. 17)). Pour cette raison, elle se montre très compréhensive face à ceux qui fléchissent devant la douleur insupportable et la mort. La parole de sa vérité reste dans tous les cas charitable et sa bienveillance est ornée par la vérité.
41) Par sa nature, l’amour n’est pas un simple sentiment mais de la souffrance et de la participation à la croix du frère souffrant. Aimer ne signifie pas acquitter quelqu’un du fardeau de la vie, mais assumer aussi personnellement l’accablement de sa souffrance ou lui offrir sa vie ou, encore plus, lui offrir la vérité et l’amour de Dieu. L’amour ne peut être conçu qu’en la vérité.
42) Notre Église croit en l’immortalité de l’âme, en la ressurection du corps, en la perspective éternelle et la réalité, en la peine, « car je porte sur mon corps les marques de Jésus » (Gal. 6 :17), en les épreuves comme motifs et occasions de salut, en la possibilité de création d’une société d’amour et de solidarité entre les hommes. Conformément à tout cela :
a) elle déclare que notre vie se trouve uniquement entre les mains de Dieu, que tout ce qui nous arrive est pour notre bien, que nous n’avons pas le droit de changer le dessin de Dieu, et
b) que toute mort résultant de choix humains -aussi «bonne» qu’elle soit appelée- est rejettée en tant que «vanité» insultant Dieu. Tout acte médical qui précipite consciemment le moment de la mort est condamné comme antidéontologique et insultant la fonction médicale.
Les êtres humains prient, nous ne décidons pas de la vie ou de la mort.
43) Face à l’aspect actuel de l’euthanasie, comme précipitation et provocation de la mort, l’Église propose au contraire l’euthanasie comme transcendance de la mort. Le bien-être et l'euthanasie signifient pour l’Eglise la vie et la mort avec substance et perspective. Le choix de la mort est un péché, lorsqu’il découle de la négation de la volonté de Dieu. Contrairement, lorsqu’il provient de l’amour de Dieu, le désir de la mort est une bénédiction unique, une grâce particulière et une rare vertu («Le désir de m'en aller et d'être avec Christ » (Philippiens 1 :23)
44) La tradition ecclésiastique affiche nombreux exemples de saints qui n’ont pas voulu avoir recours aux médecins ou aux médicaments pour être guéri, mais se sont au contraire entièrement laissés à la providence de Dieu pour l'évolution ultérieure de leur santé et de leur vie. Il existe des cas d'ascètes qui ont eu recours à l'utilisation de médicaments ou d’autres moyens médicaux et qui ont considéré cette tentative comme une déviation de la perfection.
Cela ne laisse pas sousentendre une attitude ambiguë de la part de l’Église, mais démontre le resprect absolu de la liberté de l’homme et de l’importance de ses intentions intimes.
C’est pourquoi, nous devons discerner derrière toute considération du patient l’état le plus profond de son âme qui interprète sa volonté et son choix. En refusant la thérapie à l’hôpital et en préférant sa vie ascétique, un ascète n’opte pas pour l’euthanasie. Au contraire, celui qui, sans espoir et persévérence, refuse l’assistance et le soulagement médicaux raccourcit sa vie de manière condamnable.
45) La prestation de soins médicaux et de thérapies ne constitue pas sur le plan juridique un droit médical en tant que tel, mais uniquement une obligation, du moment et dans la mesure où le patient la souhaite. Par ailleurs, la venue de la mort «par omission» d’application du traitement approprié, en raison du refus du patient, à bon escient, d’accepter l’assistance médicale ne constitue ni homicide ni participation à suicide. Néanmoins, le médecin a l’obligation morale d’aider son patient à consentir aux efforts consacrés à sa survie.
46) Dans le cas où le patient n’est pas conscient mais il existe une possibilité de guérison, le médecin se doit d’assister par tous les moyens la conservation de la vie humaine.
47) Lorsque le patient n’a pas conscience et qu’il est certain qu’il n’existe aucune chance de guérison, l’absence de conscience du patient est compensée par la conscience du médecin et de la famille. C'est pour cette raison qu'est soulignée la nécessité d’une conscience cultivée des médecins. Dans les cas où, s’appuyant sur ses connaissances, son intuition, son exprérience, l’amour qu’il porte au patient et sa foi en Dieu, le médecin considère qu’il faut éviter l’utilisation de moyens aggréssifs qui tourmentent plutôt que de guérir le patient, cela ne contrevient pas à son intégrité morale.
48) L’intervention médicale doit être pratiquée jusqu’au moment où les complications et les problèmes supplémentaires qu’elle engendre commencent à tourmenter plutôt que soulager. La souffrance nous est envoyée par Dieu; elle ne doit ni être causée ni être prolongée par la médecine. La prolongation de la vie et le soulagement de la douleur doivent s’accorder à la volonté de Dieu et non pas constituer l’objectif proprement dit.
49) Le médecin ne devrait pas être amène à pratiquer ou à participer à la prolongation artificielle des limites naturelles de la vie et l’allongement d’une situation pour une durée indéterminée par l’usage d'excès thérapeutiques, aboutissant même au mépris de la dignité humaine du patient (avec toutes les conséquences que cela peut entraîner pour son entrourage, l’hémorragie financière ou même la ruine, et la provocation d’impasses psychologiques conséquents).
50) Il est considéré que se trouvent dans la marge entre euthanasie par omission et euthanasie active tous les cas où :
(a) une méthode de maintien en vie est déjà appliquée (par ex. par moyens méchaniques) sans perspective de récupération, et dès lors la question qui se pose est de savoir s’il est permis d’interrompre l’alimentation par acte positif
(b) des calmants et des médicaments anti-douleur, pouvant potentiellement entraîner la mort, sont consciemment administrés.
Dans le premier cas, l’acte positif vient peser sur la conscience pour cause de participation à la mort du patient, alors que, dans le deuxième cas, l’absence d’intervention immédiate et de certitude à ce sujet ne cause pas de tels problèmes de conscience. A ce point, c’est le soulagement du patient qui est direct et garanti.
51) En ce qui concerne l’euthanasie pure et nette par acte positif, il n’existe aucune possibilité de justification, et c’est pour cela que même sa légalisation conditionnelle est moralement inacceptable.
Un homme politique et, dès lors, un législateur ne peut pas se déclarer régulateur de la vie et de la mort.
52) Il est nécessaire de cultiver des relations saines d’amour et de communion de meme que de tout ce qui renforce l’être humain dans ses efforts de confrontation de la mort et de la douleur et pour faire face aux épreuves et les transformer d’angoisse personnelle en occasion de participation et de communion sains.
53) Dans les cas où le patient succombe à la panique et se retrouve dominé par la tentation de choisir l'euthanasie, l'Église peut par sa présence, ses paroles reconfortantes, ses prières efficaces, le sacrement de l'extrême-onction, et son amour offrir tellement d’espoir et de soulagement que la crainte face à la douleur et le désir de la mort soient oubliés. A ce moment, l’euthanasie se trouve absente pas seulement dans la conviction de l’Église, mais également dans les choix du patient.
54) Afin de rendre plus forte sa présence aux moments de la prise des décisions cruciales et des épreuves, l’Église ne doit pas rester dans l’attente des patients mais se doit d’aller les rencontrer, de manière discrète et efficace, dans les hôpitaux. Pour ce faire, il est conseillé d’une part de soutenir l'institution des prêtres d’hôpitaux et de procéder, d’autre part, à l’organisation de groupes de volontaires dans les hôpitaux pour offrir un soutien éclairé aux gravement malades. Si l’abandon mène à l’euthanasie, l’amour, le reconfort et l’espoir réel renforcent de leur côté l’amour de la vie.

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