la confession de foi de saint Grégoire Palamas

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Claude le Liseur
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la confession de foi de saint Grégoire Palamas

Message par Claude le Liseur » sam. 20 mai 2006 21:39

Comme Mihaela Ploscaru a lancé la discussion sur les confessions de foi et que Steve Godart a reproduit un vieux texte (1946) de Jugnet qui s'en prend à saint Grégoire Palamas et qui circule actuellement pas mal sur l'internet, mais qui a au moins le mérite de trancher avec la bouillie oecuménique, je me suis dis que cela valait peut-être la peine de publier sur le présent forum la confession de foi du grand saint de Thessalonique.

Traduite du grec en français dans le Messager de l'exarchat du patriarche russe en Europe occidentale, n° 21, Paris 1973, pp. 3-7, reprise in R.P. Alban Doudelet, Les Orthodoxes grecs, Brepols, Turnhout 1996, pp. 35-40.

Cette confession de foi du saint Nouveau Docteur exprime de manière merveilleuse la foi reçue de Notre Seigneur Jésus-Christ. On y trouvera l'économie trinitaire, l'incarnation, la résurrection, l'ascension, la procession du Saint-Esprit et son envoi dans le monde (paragraphe 1), la vénération des icônes, de la croix et des reliques (paragraphe 2), la tradition écrite et non écrite et l'eucharistie (paragraphe 3), les sept conciles oecuméniques (paragraphe 4), les conciles locaux et les conciles postérieurs aux conciles oecuméniques, en particulier les conciles de Sainte-Sophie, et la distinction entre l'essence et les énergies divines (paragraphe 5). Ce texte me paraît un résumé essentiel de la foi orthodoxe.


"1. Il y a un seul Dieu, qui est avant tout, règne sur tous et demeure en tous (cf. Eph 4,6), est au-dessus de tout, que nous adorons et croyons dans le Père et le Fils et le Saint-Esprit : l'Unité, unie sans confusion et distinguée sans séparation; l'Unité est également Trinité toute-puissante.
Le Père est sans commencement, non seulement parce qu'Il est hors du temps, mais aussi parce qu'Il n'a absolument aucune cause; Il est la seule cause, origine et source de la divinité que nous contemplons dans le Fils et le Saint-Esprit, ainsi que la seule cause première des créatures; Il n'est pas seul Créateur, mais seul Père de l'unique Fils et principe de procession de l'unique Esprit Saint; Il existe éternellement, est éternellement Père et éternellement unique Père et unique principe de procession; Il est plus grand que le Fils et l'Esprit, mais ceci seulement en tant qu'Il est leur cause : pour tout le reste, Il est le même qu'eux et égal en honneur.
Du Père provient un seul Fils, sans commencement parce qu'Il est hors du temps, mais non sans commencement parce qu'Il a le Père comme principe, origine et source; c'est de Lui seul qu'Il provient par engendrement avant tous les siècles, sans corps, sans semence, sans altération et sans être séparé, puisqu'Il est Dieu provenant de Dieu : Il n'est pas un autre en tant que Dieu, mais un autre en tant que Fils; éternel et éternellement Fils et Fils unique, Il est éternellement tourné vers le Père, sans confusion; Il n'est pas cause et principe de la divinité que nous contemplons dans la Trinité, car Il a le Père comme cause et principe, mais Il est cause et principe de toutes les créatures, car tout a été créé par Lui.
Lui qui est de condition divine, n'a pas considéré comme une proie à saisir d'être l'égal de Dieu, mais, à la plénitude des temps, s'est anéanti lui-même en prenant notre condition (cf. Phil 2, 6-7), conçu selon la loi de la nature et enfanté par Marie, la toujours vierge, de par la bienveillance du Père et la collaboration du Saint-Esprit, à la fois Dieu et homme; en tant qu'homme véritable, Il est devenu en tout semblable à nous, à l'exception du péché (cf. Héb 4,15), demeurant ce qu'Il était – Dieu véritable –, unissant sans confusion ni changement les deux natures, volontés et énergies, tout en demeurant Fils unique en une seule hypostase, même après l'Incarnation. Il accomplissait toutes les oeuvres divines en tant que Dieu et toutes les actions humaines en tant qu'homme (cf. Jn 5, 17; 9,4) et était soumis aux passions humaines innocentes. Il était et demeurait impassible et immortel en tant que Dieu mais a souffert volontairement dans sa chair (cf. 1 Pi 4,1) en tant qu'homme. Il a été crucifié, est mort et a été enseveli, et est ressuscité le troisième jour, Lui qui est aussi apparu à ses disciples après sa résurrection. Il a promis la puissance d'en-haut (cf. Le 24,49) et enjoint de faire de tous les peuples des disciples, de baptiser au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, et de garder et enseigner tout ce qu'Il avait commandé (cf. Mt 28, 19-20), Il a été enlevé au ciel, s'est assis à la droite du Père (cf. Mc 16,19) et a revêtu notre humanité du même honneur et de la même place que Lui, en tant qu'unie à la divinité c'est avec cette humanité qu'Il va revenir avec gloire (cf. Mt 24,30) pour juger les vivants et les morts (cf. 2 Tm 4,1) et rendre à chacun selon ses œuvres (cf. Rm 2,6).
Monté ainsi auprès du Père, Il a envoyé sur ses saints disciples et apôtres l'Esprit Saint qui procède du Père (cf. in 15,26). Ce dernier est sans commencement comme le Père et le Fils parce qu'Il est hors du temps, mais non sans commencement parce qu'Il a Lui aussi le Père comme origine, source et cause : Il n'est pas engendré par Lui mais procède de Lui, car Il est issu, Lui aussi, du Père avant tous les siècles, sans semence et sans altération, non par engendrement mais par procession, inséparable du Père et du Fils en tant qu'Il provient du Père et repose sur le Fils, dans une union sans confusion et une distinction sans séparation. Il est Lui aussi Dieu provenant de Dieu, non un autre en tant que Dieu, mais un autre en tant que Paraclet, Esprit ayant sa propre hypostase, procédant du Père et envoyé par le Fils, c'est-à-dire manifesté, Lui aussi, comme cause de toutes les créatures, car elles ont été accomplies en Lui. Il est Lui-même revêtu de la même dignité que le Père et le Fils, à l'exception de la propriété d'être inengendré [propriété du Père] et de celle d'être engendré [propriété du Fils]. Il a été envoyé d'auprès du Fils à ses propres disciples, c'est-à-dire qu'Il a été manifesté : car de quelle autre manière aurait pu être envoyé d'auprès du Fils Celui qui est inséparable de Lui? de quelle autre manière, dis-moi, pourrait venir Celui qui se trouve partout ? Aussi est-Il envoyé non seulement d'auprès du Fils, mais aussi d'auprès du Père par le Fils, et vient-Il d'auprès de Lui-même quand Il est manifesté. Car c'est une oeuvre commune que l'envoi, c'est-à-dire la manifestation, de l'Esprit. Il est manifesté non selon l'essence – car personne n'a jamais vu ou exprimé la nature de Dieu – mais selon la grâce, la puissance et l'énergie, qui sont communes au Père, au Fils et à l'Esprit. Car propre à chacun d'Eux est l'hypostase de chacun et ce qui s'y rapporte. Mais commune est non seulement l'essence suressentielle –qui est entièrement innommable, ineffable et imparticipable, car elle est au-delà de tout ce qui peut être nommé ou participé –, mais encore la grâce, la puissance et l'énergie, l'éclat, la royauté et l'incorruptibilité, et en général, tout ce par quoi Dieu se communique et s'unit par la grâce aux saints anges et aux hommes, sans s'écarter de la simplicité, ni par le caractère séparé et distinctif des hypostases, ni par la pluralité des puissances et des énergies. Ainsi pour nous y a-t-il un seul Dieu tout-puissant dans une seule divinité. Car d'hypostases parfaites un composé ne peut être formé, et on ne peut non plus dire que ce qui est, du fait qu'il possède une ou des puissances, est composé en raison de cette puissance même.
2. En outre, nous vénérons de manière relative la sainte icône du Fils de Dieu, circonscrit parce qu'Il est devenu homme pour nous, en reportant la vénération sur le prototype, à cause de la relation qui les unit; nous vénérons également le précieux bois de la croix, et tous les emblèmes des saintes souffrances, comme les trophées de la victoire divine sur l'ennemi commun de notre race; nous vénérons encore l'image de la précieuse croix, les temples divins, les lieux consacrés et les vases sacrés ainsi que les enseignements transmis par Dieu, à cause de Dieu qui habite en eux. De même encore, nous vénérons les icônes de tous les saints à cause de l'amour que nous avons pour eux et de Dieu qu'ils ont aimé et servi en vérité, en reportant notre pensée, dans cette vénération, aux modèles des icônes. Nous vénérons également les reliquaires des saints, car la grâce sanctifiante ne s'est pas retirée de leurs saints ossements, comme la divinité non plus n'a pas été séparée du corps du Seigneur, pendant les trois jours, par la mort.
3.Nous croyons que le mal n'existe pas selon l'essence, et que l'origine du mal n'est pas autre que la déviance des êtres doués de raison qui se servent mal de la volonté libre donnée par Dieu.
Nous honorons toutes les traditions ecclésiastiques, écrites et non écrites, et avant tout le tout divin et très saint sacrement – encore appelé communion et synaxe – à partir duquel les autres sacrements atteignent leur perfection. Dans ce sacrement – en mémoire de Celui qui s'est anéanti Lui-même sans s'épuiser, a pris chair et a souffert pour nous – selon Son divin enseignement et Son activité propre, sont offerts et divinisés les saints dons : le pain et le calice sont transformés en ce corps même et ce sang vivifiants et se donnent en participation et communion ineffables à ceux qui s'en approchent avec piété.
Tous ceux qui ne confessent ni ne croient comme le Saint-Esprit l'a prédit par les prophètes, comme le Seigneur l'a annoncé en apparaissant dans la chair, comme les apôtres, envoyés par Lui, l'ont proclamé, comme nos pères, leurs successeurs, nous l'ont enseigné, mais ou sont les instigateurs d'une hérésie particulière ou ont suivi les initiateurs du mal, nous les excluons et les frappons d'anathème.
4. Nous acceptons et honorons les saints Conciles oecuméniques : celui des 318 Pères théophores, tenu à Nicée contre Arius, l'ennemi de Dieu, qui rabaissait de manière impie le Fils de Dieu au rang de créature et divisait en créé et incréé la Divinité que nous adorons dans le Père, le Fils et le Saint-Esprit; après celui-ci, le concile des 150 saints Pères tenu à Constantinople contre Macédonius de Constantinople qui, de manière impie, rabaissait l'Esprit Saint au rang de créature et, non moins que le précédent, divisait l'unique Divinité en créé et en incréé; après ce dernier concile, celui des 200 Pères, tenu à Éphèse contre Nestorius, patriarche de Constantinople, qui rejetait l'unité selon l'hypostase de la divinité et de l'humanité dans le Christ et ne voulait absolument pas appeler Mère de Dieu la Vierge qui a véritablement enfanté Dieu; et le quatrième concile, celui des 630 Pères réunis à Chalcédoine contre Eutychès et Dioscore qui enseignaient de manière erronée une seule nature dans le Christ; et après celui-ci, le concile des 165 Pères, tenu à Constantinople contre Théodore et Diodore qui partageaient les idées de Nestorius et soutenaient ses positions dans leurs ouvrages, et aussi contre Origène, Didyme et un certain Évagre, des anciens, mais qui ont tenté d'introduire des mythes dans l'Église de Dieu; et ensuite, le concile des 170 Pères, tenu dans la même ville contre Serge, Pyrrhus et Paul qui ont siégé à Constantinople et qui ont rejeté dans le Christ les deux énergies qui correspondent aux deux natures; et encore le concile qui se tint à Nicée pour la deuxième fois, des 367 Pères contre les lconomaques.
5. Nous reconnaissons également tous les saints Conciles qui ont été réunis, par la grâce de Dieu, en tout temps ou lieu pour le renforcement de la religion et de la vie selon l'Évangile. Dans leur nombre figurent aussi ceux qui ont été réunis en cette capitale, dans la célèbre église de la sainte Sagesse de Dieu, contre Barlaam le Calabrais et Akindynos, adepte et rusé défenseur des idées de ce dernier. Ils enseignent que la grâce commune du Père, du Fils et de l'Esprit, et la lumière du siècle à venir – grâce à laquelle les justes brilleront comme le soleil (cf. Mt 13,43), comme aussi le Christ l'a montré par avance quand Il a resplendi sur la montagne – et simplement toute puissance et activité de la Divinité en trois hypostases, et tout ce qu'il y a de distinct d'une manière quelconque dans la nature divine, est créé et divisent, eux aussi, de manière impie la Divinité une en créé et incréé. Quant à ceux qui pieusement révèrent comme incréée cette très divine lumière, ainsi que toute puissance et activité divine – puisque rien de ce qui appartient à Dieu par nature n'est transitoire –, ils les traitent de dithéistes et polythéistes, comme les Juifs, les Sabelliens et les Ariens aussi nous appellent. Mais nous, nous rejetons ceux-ci et ceux-là comme réellement athées et polythéistes, et les retranchons complètement de l'ensemble des fidèles – tout comme le fait la sainte Église catholique et apostolique du Christ par le Tome Synodique et Hagioritique –, nous qui croyons en la divinité une en trois hypostases et toute-puissante, sans que jamais Son unité et Sa simplicité ne soient altérées du fait des puissances ou des hypostases.

En outre, nous attendons la résurrection des morts, et la vie sans fin du siècle à venir. Amen."
Dernière modification par Claude le Liseur le dim. 21 mai 2006 20:12, modifié 1 fois.

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