Différences de pratiques au sein de l'église orthodoxe russe

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Mistra
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Différences de pratiques au sein de l'église orthodoxe russe

Message par Mistra » mar. 11 avr. 2006 0:25

Pour quelles raisons existe-t-il des différents au sein des églises orthodoxes russes ?

Antoine
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Message par Antoine » mar. 11 avr. 2006 10:16

Pour aucune raison et pour une multitude de prétextes.
L'Eglise est instrumentalisée par différentes tendances humaines qui n'ont pas grand chose à voir avec le contenu de la foi et qui ne savent pas s'abstraire du poids de l'histoire. L'Eglise est une grande famille et comme toute famille elle a ses histoires de famille. On pourrait même avancer que ce sont les histoires de famille qui constituent une famille et que toute généalogie est au service des histoires de famille.
Lorsque vous étudiez le Christianisme primitif issu des diverses factions du judaïsme, (car il n'y a pas de judaïsme mais des judaïsmes) il en était déjà ainsi, et l'histoire de l'Eglise est essentiellement l'histoire de ses divisions. Même les apôtres se disputaient entre eux. L'histoire de l'humanité est elle autre chose que l'histoire de ses conflits? N’est-elle pas condensée dans le mythe biblique de Caïn et Abel?
En ce qui concerne l'Eglise Russe, vous avez toutes les conséquences d'une persécution comme aucune Eglise n'en a jamais connue, avec toute la gamme de couleurs qui s'étend des traîtres, des collabos, et des lapsi jusqu'aux martyrs. Mais malgré ses divisons l'Eglise orthodoxe a su garder intact le dépôt de la foi car l'Esprit Saint repose sur elle, et le Christ a cloué nos divisions sur la croix.
En ce qui concerne la France vous avez donc trois juridictions de l'Eglise russe:
- L'Eglise sous la juridiction de patriarcat de Moscou.
- L'Eglise russe hors frontières .
- L'Eglise russe rattachée au patriarcat de Constantinople.
(On peut encore rajouter les uniates qui sont rattachés à Rome et n'appartiennent donc plus à l'Eglise.)

Les "hors frontières" et les "russes constantinopolitains" connaissent aussi des divisions internes entre ceux qui veulent maintenant réintégrer la juridiction de Moscou et ceux qui ne le veulent toujours pas, estimant prématuré le retour à une juridiction qui ne s’est pas encore acceptablement dégagée du pouvoir terrestre.
Rajoutez à cela l'éclatement des frontières au cours de l'histoire et l’éclatement récent du bloc soviétique. Par exemple : le berceau de la Russie orthodoxe se trouve à Kiev. Un Ukrainien est-il Russe ou sont-ce les Russes qui sont des Ukrainiens? Comment se déterminer historiquement dans les rivalités en Kiev, Moscou et St Petersbourg?
Regardez ce qu'a donné le changement de Capitale dans l'Empire Romain , de Rome à Constantinople. Les rivalités entre Antioche, Alexandrie et Constantinople.
Ce qui est difficile c'est de n'être "ni à Paul ni à Pierre mais au Christ". car quand vous décidez d'être au Christ vous choisissez inévitablement le chemin de la croix.
« Etre dans le monde sans être du monde », il n’y a que la sainteté qui puisse résoudre cette équation.

Vous trouverez une réponse à votre question dans le livre suivant :
Jean-Claude Roberti
Être orthodoxe en France aujourd’hui
Hachette Littératures
Professeur de civilisation et de littérature slaves à l'université de Rennes, spécialiste de l'histoire de l'Eglise orthodoxe et de la littérature russe, traducteur et prêtre orthodoxe, Jean-Claude Roberti est notamment l'auteur d'une Histoire de l'Eglise russe, Nouvelle Cité, 1991, et de Les Uniates, Cerf, 1992.

Vous pouvez également consulter les sites suivants qui ne sauraient dispenser des ouvrages cités ci-dessus:

http://oltr.france-orthodoxe.net/ et http://www.orthodoxie.com/

theodore
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Les Vieux -Croyants en Alaska

Message par theodore » jeu. 13 avr. 2006 0:03

J'ai vu une émission assez intéressante sur une communauté de Vieux -Croyants russes établis en Alaska , et s'exprimant toujours en russe, sorte d'isolat culturel à la manière de Amishs.
Mais qui sont exactement ces Vieux -Croyants et qu'elle est leur histoire, l'origine de leur schisme est elle la même que celles des vieux calendaristes?
La Croix est la volonté prête à toutes les douleurs.
Saint Isaac de Nisibe dit le Syrien

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » jeu. 13 avr. 2006 11:09

Au XVIIème siècle l’Église russe a subi une série d’attaques sévères de la part du monde catholique, attaques non seulement politiques et militaires, mais aussi ecclésiologiques et théologiques. Dans un effort de purification très vigoureuse anti-latine l’Église russe a adopté une série de mesures pour se rapprocher de la Tradition des autres Églises orthodoxes, la tradition dite grecque (en fait elle arrivait en Russie aussi par des Moldaves, des grecs “périphériques” ou des Palestiniens). Une purification trop brutale eut pour effet de révolter des fidèles attachés aux vieux rituels.

Peu à peu ils ont constitué des communautés séparées. Ils n’avaient pas d’évêques et donc bientôt plus de prêtres. On dit généralement en français “Vieux-Croyants”, mais il vaudrait mieux dire “Vieux-Ritualistes”. Certains se sont exilés en Sibérie, dans des régions périphériques, voire à l’étranger. Ils ont conservé des icônes qui observent la Tradition orthodoxe, et ils pratiquent une psaltique traditionnelle. Ils sont donc restés exempts des influences dites “Renaissance”.

L’Église du patriarcat russe a pris progressivement conscience que certains des reproches que lui adressaient les Vieux-ritualistes étaient historiquement justifiés, et aussi qu’elle s’était conduite à leur égard avec une sévérité et une violence injustifiable. Il y a eu des tentatives de rapprochement qui n’ont généralement pas abouti, mais il existe à Miscou une communauté qui a un évêque, une église, et qui célèbre de la même manière que tous les eutres Vieux-Croyants. Ils ont aussi des communautés en Roumanie. Un certain nombre ont émigré en Amérique, et là on peut remarquer effectivement que leur façon de vivre sont assez comparables à celles des Amish.
Jean-Louis Palierne
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Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » jeu. 13 avr. 2006 12:17

Pour un lecteur non russe, il y a deux ouvrages fondamentaux sur le sujet.

En français:

Pierre Pascal, Avvakoum et les débuts du Raskol, Mouton, Paris / La Haye 1963.

Fondamental, documentation remarquable, mais s'arrête à 1682. Certaines interprétations de l'auteur sont discutables. Toutefois, gage de sérieux, cet ouvrage semble être cité comme bibiliographie dans les ouvrages russes sur la question.

En allemand:

Peter Hauptmann, Rußlands Altgläubigen, Vandenhoeck & Ruprecht, Gottingue 2005.

L'ouvrage le plus à jour, le seul qui contient beaucoup d'informations sur l'histoire des Vieux-Croyants au XXe siècle, et en particulier depuis la fin du soviétisme. C'est en le lisant que j'ai appris l'information sur laquelle les media orthodoxes (ou se disant tels) francophones ne se sont guère étendus, à savoir qu'une partie des Vieux-Croyants de Russie a fini par se doter d'un patriarche, ce qui constitue une radicalisation du mouvement.

On trouve beaucoup d'informations utiles dans L'Empire des tsars et les Russes, de Anatole Leroy-Beaulieu, réédité dans la collection Bouquins chez Robert Laffont d'après l'édition de 1897. Un chapitre entier, intitulé "Le Raskol et les sectes", est consacré aux Vieux-Croyants et à leurs innombrables dissidences, avec beaucoup de notes sur leur sociologie, leur mode de vie, leur rapport aux autres, et un historique de l'évolution du mouvement au XIXe siècle. (Il tendait alors à se rapprocher de l'Eglise officielle.)

augustin717
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Message par augustin717 » jeu. 13 avr. 2006 17:53

Il y a dans un village pres du notre, en Roumanie, quelques familles de Vieux Croyants (rusi lipoveni), mais ils n'on pas d'eglse et, donc, ils vont a l'eglise paroissiale locale, orthodoxe roumaine.

Claude le Liseur
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Re: Les Vieux -Croyants en Alaska

Message par Claude le Liseur » dim. 16 avr. 2006 17:05

theodore a écrit :J'ai vu une émission assez intéressante sur une communauté de Vieux -Croyants russes établis en Alaska , et s'exprimant toujours en russe, sorte d'isolat culturel à la manière de Amishs.
Mais qui sont exactement ces Vieux -Croyants et qu'elle est leur histoire, l'origine de leur schisme est elle la même que celles des vieux calendaristes?
Votre question mérite une longue réponse. Je pense que nous serons plusieurs à vous répondre au fur et à mesure. Mais je vous prie d'être patient, car il y a beaucoup de choses à dire sur ce sujet.

Mercredi dernier, on nous a expliqué que le présent forum n'intéressait pas les croyants russes "en général". Et bien, la tragique et édifiante aventure des Vieux-Croyants de Russie est une histoire à première vue très localisée dans un contexte géographique et culturel particulier, mais dont j'ose penser qu'elle est susceptible d'intéresser les orthodoxes "en général", et même au-delà de l'Eglise orthodoxe, puisque des événements similaires se sont produits ou peuvent se produire dans d'autres religions (nous avons déjà parlé du cas de la Petite Eglise en France).

Disons qu'au départ, il y avait un certain nombre de petits usages liturgiques qui avaient pris pied en Russie (sans altérer en rien la structure général du rit byzantin célébré en slavon) alors qu'ils restaient inconnus ailleurs (y compris en Ukraine et en Biélorussie). Dès le XVIe siècle, l'épiscopat russe s'était rendu compte du problème et avait fait appel au moine athonite, jadis compagnon de Savonarole dans sa révolution à Florence, saint Maxime le Grec, qui fut appelé en Russie pour corriger les traductions des livres liturgiques. Saint Maxime le Grec (mémoire le 21 janvier; son icône est sur la rubrique Iconographie du forum orthodoxe) fut victime d'une cable et emprisonné, et le problème resta entier. Il prit de plus en plus d'acuité au fur et à mesure que Moscou recevait la visite de prélats orthodoxes grecs, roumains, ukrainiens ou arabes.
Et puis on arriva au deuxième quart du XVIIe siècle, où la puissance de la Russie ne cessait de grandir, tandis que celle de la Pologne ne cessa de pâlir. Cela devait aboutir en 1654 à la libération des orthodoxes d'Ukraine centrale et orientale du joug polonais (rattachement politique à la Russie en 1654, mais rattachement religieux et transfert d'obédience de Constantinople à Moscou en 1689 seulement). Ce fait politique est important, parce qu'à partir de ce moment-là, les prélats russes allaient être en contact constant avec les prélats ukrainiens, et les divergences liturgiques n'allaient plus être supportables.
Avec une humilité remarquable, c'est le vainqueur sur le plan politique qui estima que ses usages devaient être corrigés. A vrai dire, le patriarche de Moscou, Nikon (Minov), commença ses réformes dès février 1653, mais c'est probablement le rapprochement avec les Ukrainiens qui devait leur donner un caractère irréversible.
Il y eut quatre conciles réformateurs, réunis à Moscou en 1654, 1655, 1656 et 1666. Ne nous leurrons pas sur l'intention de ces conciles: il ne s'agissait pas de changer les usages liturgiques, mais au contraire de rétablir les usages anciens tels qu'ils étaient conservés dans les autres Eglises locales. Ces changements portèrent sur des points très précis: triplement de l'Alléluia, correction de la prononciation du nom de Jésus, signe de croix avec trois doigts selon l'usage orthodoxe et non plus avec deux doigts. On voit que cela ne changeait rien sur le plan dogmatique ni dans la structure de la liturgie.

Mais c'était sans compter sur la réaction d'une partie du monachisme et du peuple. En effet, beaucoup de gens furent choqués par ces réformes: pour mineures qu'elles étaient, elles étaient visibles. Par exemple, certains crurent que le fait de corriger la prononciation du nom de Jésus revenait à remplacer le vrai Jésus-Christ par un faux Jésus-Christ.

J'espère que j'aurai l'occasion de signaler un jour que beaucoup des Vieux-Croyants actuels n'entrent pas du tout dans ce schéma, qu'ils ont maintenant des paroisses qui n'hésitent pas à célébrer en allemand ou en anglais sans aucunement imposer aux convertis qui les rejoignent le slavon et encore moins l'ancienne prononciation du nom du Sauveur et que, dans ce cas, il ne s'agit plus en fait que d'orthodoxes qui ont eu une histoire particulière. Mais, au début, il s'agissait vraiment d'une question de pratiques liturgiques qui donnaient à ces premiers Vieux-Croyants l'impression qu'on voulait leur faire adorer un autre Dieu que celui de leurs pères.

Il est à noter que la totalité de l'épiscopat russe (sauf un évêque) avait approuvé ces corrections, de même qu'en 1924 la totalité de l'épiscopat de Grèce (cette fois-ci sans aucune exception) allait approuver la correction du calendrier liturgique. Dans les deux cas, l'épiscopat n'a pas réussi à convaincre une partie notable du peuple.

Dans le cas des Vieux-Croyants russes, la révolte eut pour centre le monastère subarctique de Solovki et pour chef l'archiprêtre Avvakoum - version russe du prénom du prophète Habbacuc - (Petrovitch), un prêtre marié autrefois proche du patriarche Nikon. Donc, on le voit, aucun évêque.

La différence entre les Vieux-Croyants de Russie et les Vieux-Calendéristes de Grèce et de Roumanie, c'est que les seconds n'ont pas eu à attendre trop longtemps avant de voir passer dans leurs rangs - pour des raisons parfois discutables - des évêques: 11 ans pour les paléohimérologistes grecs (1935), 31 ans pour leurs homologues roumains (1955). Dans le cas des Vieux-Croyants de Russie, il a fallu attendre plus de 190 ans pour qu'un évêque les rejoigne; et encore, c'était un ancien métropolite d'Herzégovine du patriarcat de Moscou. Il a fallu attendre le 4 novembre 1923 - 270 ans après l'entrée en dissidence des Vieux-Ritualistes russes - pour voir un évêque orthodoxe russe, l'archevêque Nicolas (Pozdnev) de Saratov, rejoindre les rangs des Vieux-Croyants. C'est dire à quel point l'épiscopat de Russie avait pu être unanime dans l'approbation des corrections liturgiques. C'est aussi dire que les Vieux-Croyants ont dû se débrouiller pendant des générations - au minimum jusqu'en 1846 - sans aucun évêque, ni même apparence d'évêque. Cela ouvrait aussi la porte à des dérives sur lesquelles il nous faudra revenir.

Disons aussi qu'un halo de romantisme entoure les Vieux-Croyants qui auraient représenté l'Orthodoxie traditionnelle face à l'Eglise "officielle". La lecture du livre de Pierre Pascal -pourtant sympathisant - sur l'archiprêtre Avvakoum suffit à dissiper l'équivoque: vraiment, la saine théologie était du côté du patriarche Nikon (d'ailleurs, paraît-il, fort admiré par saint Jean II Maximovitch de Changhaï, Bruxelles et San Francisco qui fut un des grands évêques orthodoxes du XXe siècle), pas du côté des Vieux-Croyants.
Mais il semble que ce schisme des Vieux-Croyants, qui a entraîné à un moment jusqu'à un tiers des effectifs de l'Orthodoxie russe, et qui s'est ensuite répandu dans les pays baltes, en Roumanie, dans les Amériques et en Australie, a été pain bénit pour l'Etat quand celui-ci a décidé de s'attaquer à l'Eglise. Dès 1666, le patriarche Nikon, défenseur intraitable des libertés de l'Eglise face aux empiètements de l'Etat, fut mis hors jeu. Il est possible que Pierre le Grand aurait eu plus de difficultés à imposer en 1721 son fameux Règlement ecclésiastique d'inspiration luthérienne si l'Eglise de Russie n'avait pas été auparavant affaiblie par cette terrible hémorragie de fidèles que représenta le départ des Vieux-Croyants.

( à suivre...)
Dernière modification par Claude le Liseur le lun. 01 mai 2006 15:24, modifié 1 fois.

Vincenzo
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Message par Vincenzo » sam. 29 avr. 2006 1:41

S'il est permis de revenir à la question initiale :

"Pour quelles raisons existe-t-il des différents
au sein des églises orthodoxes russes ?"

peut être peut-on répondre de façon plus succinte.

Comme chaque année, nous venons d'entre la trahison de l'apôtre Pierre, suivi de son amer repentir.

Tant qu'il n'y a pas de repentir, il y a division.

C'est vrai dans toute famille, a fortiori dans la famille chrétienne.

La division n'est bien évidemment pas limitée à l'église russe.

Certes la trahison dont il est question ici n'est pas transparente pour tous. Mais fondamentalement c'est de ça qu'il s'agit.

Il ne faut pas s'en attrister outre mesure ; tandis que l'un tombe ici, Dieu relève un autre là-bas.

Lorsque St Pierre était tombé (dans sa pusillanimité), il était hors de l'Eglise ; mais il a suffit que le cocq chante ...

Chers frères orthodoxes, essayons d'entendre notre cocq à nous - et alors, alors seulement, nos divisions se vaporiseront comme la brume du matin devant les rayons caressants du Soleil.


Vincenzo

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » sam. 29 avr. 2006 18:52

Il ne faut pas traiter ces questions de divisions internes à l’Église à la légère. Les fidèles qui ont fait schisme et se sont séparés de l’Église russe au XVIIème siècle avaient tort, mais il avaient été heurtés dans leur foi par des réformes liturgiques maladroites et brutales. Ils n’ont pas agi à la légère, et ont dû subir de lourdes persécutions (qui étaient donc encore plus maladroites et brutales que les réformes liturgiques).

Et à notre époque l’Église des exilés hors frontières a trop succombé à la tentation de la politique, mais elle a su aussi maintenir le souci de la pureté de la foi orthodoxe face aux tentations œcuménisantes. Les Épîtres d’affliction du métropolite Philarète ont sauvé l’honneur de l’Église orthodoxe, mais en en tirant des “anathèmes”, l’Église hors frontières a montré qu’elle se prenait pour l’Église universelle en concile œcuménique. Maintenant elle a bien oublié lesdits anathèmes et elle négocie avec le Patriarcat…

Ce sont des circonstances dramatiques qui ont créé ces divisions, et les chrétiens qui se sont divisés ont montré que l’Église avait à leurs yeux une grande importance. Essayons d’y voir clair et de trouver notre chemin, mais ne haussons pas les épaules. Ce ne sont pas des dissensions ridicules ou des polémiques infantiles. Il y a là tout autre chose que dans le cas de ces ecclésioles qui pullulent en Occident.

Ne disons pas que quelqu’un est “hors de l’Église” simplement parce qu’il dit des bêtises ou qu’il se conduit mal (ce qui bien sûr peut arriver, et ce peut être grave). Il faut que l’Église se prononce en tant qu’Église, et condamne le quelqu’un en question. D’ici là il est tout à fait possible de polémiquer et de donner son avis et de rejeter la position du quelqu’un. Mais ne le déclarons pas “hors de l’Église”. Nous ne sommes que des personnes privées. L’Église est une institution qui a ses lois.
Jean-Louis Palierne
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Antoine
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Message par Antoine » dim. 30 avr. 2006 11:15

Vincenzo a écrit :Lorsque St Pierre était tombé (dans sa pusillanimité), il était hors de l'Eglise ; mais il a suffit que le cocq chante ...
Non, non et non! Je n'ai jamais lu chez aucun des Pères que Pierre dans son reniement s'était mis hors de l'Eglise, ainsi que tous les autres apôtres dans leur fuite. (Eglise dont on fait remonter la fondation à la pentecôte...)
On n'est pas hors de l'Eglise lorsqu'on faillit et les canons même sévères se sont opposés au re-baptème des "lapsi".
Chers frères orthodoxes, essayons d'entendre notre cocq à nous - et alors, alors seulement, nos divisions se vaporiseront comme la brume du matin devant les rayons caressants du Soleil.
Les plans dogmatiques, ecclésiologiques n'ont rien à voir avec celui du "Love and peace".
Chaque faute commise n'est pas assimilable à un reniement du Christ. On peut être pécheur sans avoir pour autant un coq à écouter. Je ne vois pas la relation entre le coq du reniement de Pierre et les divisions dont il est question dans ce fil. Quant aux "rayons caressants du soleil qui vaporisent la brume du matin" ils ne sont certainement pas comparables à la puissance de la croix...

Anne Geneviève
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Message par Anne Geneviève » dim. 30 avr. 2006 15:16

Réflexions peut-être idiotes sur le phénomène des vieux croyants, vieux calendaristes, etc. Il y a tout de même dans ces réactions populaires quelque chose qui me chiffonne et, plus je relis l’historique écrit par le lecteur Claude, plus ça me travaille. Dans les deux cas, la foi n’est pas en cause et les réformateurs ont raison sur le fond, qu’il s’agisse d’harmoniser le détail des rites avec les pratiques des autres Eglises orthodoxes ou d’adapter le calendrier ; dans les deux cas, cela déclenche un tollé et un schisme dans le peuple et certains monastères alors que l’épiscopat dans son ensemble est favorable à la réforme. Et dans les deux cas, les révoltés seront persécutés d’une manière qui ne fait honneur à personne.
Pourquoi ce hiatus entre l’épiscopat et le peuple ? Pourquoi cette méfiance ? Il me semble que deux éléments sont à prendre en compte : un manque d’instruction dans le peuple, de culture théologique et autre qui fait confondre tradition et habitudes ; et une méfiance venue de la mémoire collective qu’il ne faut jamais sous-estimer, de temps où des évêques avaient plongé dans les pires erreurs et où le mouvement populaire avait maintenu l’Eglise. La tentative d’union de Ferrare-Florence date de 1438 ; en 1654, cela fait à peine plus de deux siècles. La mémoire a pu se transmettre en particulier dans les monastères.
Cette lutte acharnée pour la prononciation du nom du Sauveur a sans doute quelque chose de surréaliste aujourd’hui surtout pour les convertis francophones que nous sommes, ayant tous au moins un vernis de culture biblique, étant donné les variantes linguistiques diverses et variées apparues au cours des siècles et selon les accents des peuples. On est parfois très loin du Ieschoua hébreu/araméen, surtout avec le « Jésus » français ou le « Djizeuss » anglais ! Je ne sais pas comment prononçaient ces braves Russes mais cela ne pouvait guère avoir davantage dérivé. Mais c’est notre minimum de culture, merci pour une fois à Charlemagne et Jules Ferry, qui nous permet de relativiser notre propre accent. Et de nous régaler d’un sermon de Pâques en langue jerriaise et du prologue de Jean en arpitan.
Dans des sociétés où l’on considérait encore il y a un siècle qu’un paysan ou un artisan n’a pas besoin de savoir lire, sans parler des femmes, donc où tout devait se transmettre par l’oral, un changement de prononciation pouvait écrouler l’univers. En tout cas écrouler toute la transmission familiale qui, forcément, s’appuyait sur le su par cœur. J’avais été frappée il y a quelques années par une anecdote racontée par Henri Gougaud. Il expliquait comment il avait recueilli des contes de veillées dans les Pyrénées auprès d’une vieille paysanne. Il enregistrait évidemment au magnétophone. A un moment, la femme s’interrompt et annonce : « Je me suis trompée. » Et elle reprend exactement le même texte. Ce qui avait varié, c’était une intonation. Gougaud lui a demandé, bien entendu, en quoi c’était si grave et la conteuse d’expliquer que, si elle se permettait une variante de ton, suivrait un jour une variante de mot et qu’au bout du processus, le conte en serait altéré et disparaîtrait au profit d’une autre histoire. Alors imaginons dans une culture orale une variante sur le nom du Fils de Dieu. Comment assurer que la catéchèse familiale resterait orthodoxe ? Seule une culture de l’écrit comme l’était celle de l’empire romain et comme l’est redevenue la nôtre peut accepter une telle altération.
L’Eglise est née dans une culture de l’écrit – doublement puisque chaque juif adulte devait lire en hébreu et en araméen et que l’empire placardait ses décrets sur les murs en latin et en grec et ne les faisait pas transmettre au peuple par crieur. C’est dans une culture de l’écrit qu’elle a grandi de concile en concile. L’histoire a fait qu’à certaines époques, la transmission de la lecture/écriture soit restreinte et ne concerne plus tout le peuple. L’Eglise l’a toujours assurée tant bien que mal pour ses clercs, majeurs ou mineurs. Mais dans ces conditions, comment le peuple reste-t-il profondément orthodoxe ?
"Viens, Lumière sans crépuscule, viens, Esprit Saint qui veut sauver tous..."

jaune
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Message par jaune » dim. 30 avr. 2006 17:09

Cette question aussi me chiffone,elle rejoint â mon sens celle ci :pourquoi tant de raideurs ,malveillances,refus de l'autre,du pauvre,de l'étranger parmi les Chrétiens?Comment dans des pays de tradition Orthodoxes à t'il put naitre tant de servage et de malices?
Mon idée est celle ci:
La finalité du Christiannisme,c'est la deification de l'homme.
Tout les chrétiens participant du Corps du Christ ,érudits,pauvres,tous peuvent devenir saints et y sont appélés personnellement par celui qui peut tout.
Dieu donne sans compter,gratuitement.
Comme le dit Saint maxime le confesseur ,Dieu à soif et faim de nôtre divinisation.
Les refus variés mais au fond si semblable de chaqun de nous devant cette amour fou de Dieu explique à mon sens les crispations qui ont pu naitre et naissent dans le peuple des baptisés.
Tant de laideur parcque nous sommes aujourd'hui comme dans les temps passés trop endurcis de coeur et d'esprit.
Jeune,vieux,pauvre,riche,instruit ou non,la croix fait peur à celui qui n'aime pas.Moi le premier.
Sans la croix ,sans sainteté,pas de christiannisme, mais une religion parmi d'autres.

Vincenzo
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Message par Vincenzo » lun. 01 mai 2006 1:51

Antoine a écrit :
Non, non et non! Je n'ai jamais lu chez aucun des Pères que Pierre dans son reniement s'était mis hors de l'Eglise

Je n’ai jamais lu chez aucun père de l’Eglise que le reniement du Christ était une façon d’adhérer à l’Eglise.

« Car quiconque aura honte de moi et de mes paroles au milieu de cette génération adultère et pécheresse, le Fils de l'homme aura aussi honte de lui, quand il viendra dans la gloire de son Père, avec les saints anges » (St Marc 8-38)

Le reniement est l’une des choses les plus graves, c’est bien pourquoi dans les prisons communistes on essayait à tout prix de l’extorquer.

Rappelons-nous ces chrétiens du temps de Pline : «ne fidem fallerent, ne depositum appellati abnegarent ».

Les jésuites ont inventé le principe de la « reservatio mentalis », consistant à prétendre qu’on peut dire un mensonge si intérieurement on pense autre chose – mais on sait que « ça ne marche pas comme ça ».

St Pierre « pleura amèrement » (Luc 22-62), par sa pénitence il lava son reniement. Ce que Juda n’a pas fait.

Mais à moi de vous retourner la question : qu’est-ce qui vous fait croire que vous pouvez renier le Christ et toutefois demeurer dans l’Eglise ? Pensez-vous qu’il faut un Jugement ecclésiastique officiel ou un Concile œcuménique pour qu’on soit hors de l’Eglise ?


Vincent.

hilaire
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Message par hilaire » lun. 01 mai 2006 12:13

Christos Anesti !

permettez moi de laisser la paroles aux Pères de l'Eglise (c'est une très courte recherche pardonnez moi si elle est trop parcellaire ou incomplète).

Saint Augustin : Tous les évangélistes ne racontent pas dans le même ordre le renoncement de Pierre, qui vint s'ajouter aux outrages auxquels le Sauveur fut en butte pendant cette nuit. Saint Matthieu et saint Marc, ne le placent qu'après le récit de ces outrages, saint Luc raconte, tout d'abord le triple renoncement de cet Apôtre. Saint Jean commence le récit de la chute de Pierre, à ces paroles: « Cependant Simon Pierre suivait Jésus, ainsi qu'un autre disciple avec lui. »
Il serait peut-être téméraire d'affirmer quel est ce disciple, puisque l'Evangéliste ne nous dit point son nom, cependant, c'est sous cette dénomination générale que saint Jean a coutume de se désigner, en ajoutant: « Celui qu'aimait Jésus. » Peut-être donc est-ce lui-même dont il est ici question.
Mais qu'y a-t-il d'étonnant que Dieu ait prédit la vérité, et que l'homme se soit trompé en présumant trop de lui-même ? Or, nous devons remarquer, dans cette première négation de Pierre, qu'on renonce à Jésus-Christ non-seulement quand on nie qu'il soit le Christ, mais quand on nie que l'on est chrétien. En effet, Nôtre-Seigneur n'avait pas dit à Pierre: Vous nierez que vous êtes mon disciple, mais: « Vous me renierez moi-même; » Pierre a donc renié Jésus-Christ, en niant qu'il fût son disciple. Et que fit-il autre chose en cela que de nier qu'il fût chrétien ? Combien d'enfants et de jeunes filles on a vu, par la suite, mépriser la mort pour confesser hautement le nom de Jésus-Christ, et entrer dans le royaume des cieux en lui faisant violence, ce que ne put faire, alors celui qui avait reçu les clefs du royaume des cieux ! Voilà pourquoi Nôtre-Seigneur avait dit: « Laissez ceux-ci s'en aller, car je n'ai perdu aucun de ceux que vous m'avez donnés. » Et si Pierre s'en était allé après avoir renié Jésus-Christ, sa perte était infaillible.

Saint Chrysostome: Il cache ici son nom par un sentiment d'humilité. L'action qu'il raconte est des plus glorieuses, puisqu'il est le seul qui suive Jésus, et que tous les autres ont pris la fuite. Cependant il donne à Pierre la première place dans son récit, et il semble céder à la nécessité en parlant de lui-même. Il vous apprend en même temps toute la valeur de son récit sur les faits qui se sont passés dans la cour du grand-prêtre, et dont il a été le témoin oculaire. Mais il se dérobe aux éloges qu'il méritait en ajoutant: « Or, ce disciple était connu du grand-prêtre. » Il ne cherche donc point à se prévaloir comme d'un acte héroïque d'avoir suivi Jésus seul jusque chez le grand-prêtre, et il en donne la raison pour ne pas laisser supposer qu'il a fait preuve en cela de courage et d'élévation de caractère. Quant à Pierre, l'amour le conduisit jusque-là, mais la crainte le retint à la porte: « Mais Pierre se tenait dehors à la porte. »
L'Evangéliste nous fait voir que Pierre lui-même serait entré dans l'intérieur de la maison si on le lui eût permis: « L'autre disciple, qui était connu du grand-prêtre, sortit donc et parla à la portière, et elle fit entrer Pierre. » Il ne le fit pas entrer lui-même, parce qu'il suivait Jésus-Christ et se tenait près de lui. « Cette servante qui gardait la porte dit à Pierre: « Etes-vous aussi des disciples de cet homme ? Il lui répondit: Je n'en suis point. » Que dites-vous là, ô Pierre ? n'est-ce pas vous qui avez dit, il y a peu d'instants: « Et s'il le faut, je donnerai ma vie pour vous ? » Qu'est-il donc arrivé, que vous ne puissiez même pas supporter la question d'une simple servante ? Ce n'est point un soldat qui vous interroge, c'est une pauvre portière. Et encore ne lui dit-elle pas: Etes-vous le disciple de ce séducteur ? mais: « Etes-vous le disciple de cet homme ? » question qui paraissait dictée par un sentiment de compassion. Elle lui dit: « Etes-vous aussi ? » parce que Jean était dans l'intérieur de la cour.
C'est donc par un secret dessein que la Providence permit que Pierre tombât le premier, pour que la vue de sa propre chute lui inspirât plus de douceur pour les pécheurs. En effet, Dieu permit que Pierre, qui était le maître et le docteur de l'univers, succombât et obtînt son pardon, pour donner aux juges des consciences la loi et la règle de miséricorde qu'ils devraient suivre à l'égard des pécheurs. C'est pour cela, je pense, que Dieu n'a point confié aux anges la dignité du sacerdoce, parce qu'étant impeccables ils auraient poursuivi sans miséricorde le péché dans ceux qui le commettent. C'est un homme, sujet à toutes les passions, que Dieu établit au-dessus des autres hommes, afin que le souvenir de ses propres faiblesses lui inspire plus de douceur et de bonté pour ses frères.

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » lun. 01 mai 2006 15:11

Le reniement du Christ n’est pas une façon d’adhérer à l’Église (était-il besoin de le dire ?) Mais Pierre par son reniement ne s’est pas mis hors de l’Église, d’abord parce que l’Église n’existait pas encore consciemment Elle a été fondée ouvertement par la descente du Saint Esprit sur les Apôtres cinquante jours après le reniement de Pierre. De plus il n’est pas si facile de sortir de l’Église. Lorsque l’Église a épuisé toutes les tentatives de réconciliation et épuisé une longue patience à l’égard de quelqu’un qui s’obstine contre la volonté divine, les évêques synodalement réunis prononcent un anathème, c’est-à-dire qu’ils le remettent à la justice divine. Dieu merci ça n’est pas arrivé souvent.

L’Église a la culture de l’écrit, Anne-Geneviève a bien raison de le souligner, mais elle est née et elle continue à vivre d’une Tradition qui déborde largement ce qui est écrit. Saint Basile disait qu’il y a une Tradition orale et une Tradition écrite, et que la première est supérieure à le seconde, et que d’ailleurs c’est la Tradition orale qui nous transmet la Tradition écrite. Les protestants ne veulent s’appuyer que sur le seul teste des Écritures saintes. C’est le principe de la Sola Scriptura.

Aux tout débuts de l’Église, la Tradition orale était strictement orale. Ce qui n’a pas manqué de provoquer un certain nombre de difficultés et de variantes. Ainsi est apparue la nécessité de transcrire un certain nombre d’éléments. Mais ce sont des éléments justement qu’il est difficile de transcrire, et les usages locaux tendaient à diverger.

Saint Basile citait le signe de la Croix, la prière eucharistique adressée à Dieu debout tournés vers l’Orient en signe d’espérance eschatologique, les rites du Baptême et de la bénédiction du saint Chrême. On attribue d’ailleurs à saint Basile puis à saint Jean Chrysistome la transcription des deux textes de les Anaphores. Le Concile de Nicée avait rédigé un texte ne varietur de la profession de foi baptismale, et on dit que c’est saint Athanase, jeune diacre qui accompagnait son évêque au Concile qui rechercha et compila les divers textes utilisés dans les Églises locales. D’autres éléments circulaient sous le nom des Apôtres, et saint Hippolyte nous a laissé une version de la Tradition Apostolique. Un bienheureux resté anonyme nous a transmis le texte des Canons apostoliques dans lequel le Concile de Nicée a reconnu la version authentique, rejetant un texte altéré appelé Constitutions Apostoliques. Peu à peu l’Église a donc donné une forme écrite à certains éléments de la Tradition orale.

On ne peut donc pas résumer l'Église a un mouvement du cœur généreux et informulé. La Tradition de la foi de nos pères est toujours encore bien plus vaste que ce que nous pouvons formuler. Elle est toujours vivante dans le cœur de l’Église. C’est cela aussi la déification de l’homme : Dieu a voulu que nous formions l’Église, qui est son Corps, mais qui est aussi une société humaine à laquelle il a donné une forme précise et des règles concrètes. Et nous ne sommes jamais membres de l’Église sans passer par l’épreuve de combats incessants contre les tentations illusoires de Satan C’est pourquoi nous devons demander au Père de ne pas nous laisser consentir à l’épreuve.

Dieu a confié aux évêques le charisme nécessaire pour qu’ils soient de véritables défenseurs de la foi. Il arrive que certains tentent de réformer l’Église pensant l’adapter mieux ainsi au goût du temps. Non seulement ils ont tort — la Tradition de l’Église est parfaite — mais ils causent ainsi de profondes blessures au cœur de leurs fidèles. Certaines des réactions des fidèles blessés sont maladroites, et s’attardent sur des détails, et souvent cela vient de ce que l’on voudrait ainsi revenir à des usages d’avant les réformes brutales, mais qui eux s’étaient infiltrés sans qu’on y prenne garde. Ce dont nous avons besoin, c’est d’un authentique retour aux sources de la Tradition de l’Église. Ce n’est pas un rêve. Il y a un peu partout des gens qui s’y efforcent.

Depuis près de mille ans la pression de l’Occident, son prestige (tout à fait illusoire), sa violence, sa richesse ont pesé sur l’Église orthodoxe et ont poussé ses hiérarques à adopter divers programmes de modernisation, espérant se mettre ainsi au niveau de l’Occident. C’était une erreur, ou plutôt une suite d’erreurs. Mais ce n’est pas eux qui font l’Histoire. Ce n’est pas non plus les intégristes. C’est le Seigneur Lui-même qui est l’unique Tête de son Église. Il accepté son humiliation. Nous ne connaissons pas l’avenir. Ma confiance (mais c’est peut-être de l’optimisme béat) est qu’elle renaît actuellement de son humiliation grâce à de nombreuses humbles initiatives. Mais ne jetons pas trop vite la pierre aux intégristes.
Jean-Louis Palierne
paliernejl@wanadoo.fr

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