Histoire de la Yougoslavie et de la Croatie.

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Cadoudal
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Message par Cadoudal » lun. 27 mars 2006 11:03

En historienne,vis à vis des photographies montrant Mgr à coté du dictateur croate,je dirai qu'il faut faire attention à l'arbre qui cache la foret.Voici un autre point de vue: 7/10/1998(www.amb-croatie.fr/actualites).

HORIZONS-DÉBATS
Mgr Stepinac et les deux douleurs de l'Europe

par Alain Finkielkraut

Ah, qu'il est doux d'être juif en cette fin de XXe siècle ! Nous ne sommes plus les accusés de l'Histoire, nous en sommes les chouchous. L'esprit du monde nous aime, nous honore, nous défend, prend en charge nos intérêts; il a même besoin de notre imprimatur. Les journalistes dressent des réquisitoires sans merci contre tout ce que l'Europe compte encore de collaborateurs ou de nostalgiques de la période nazie. Les Églises se repentent, les États font pénitence, la Suisse ne sait plus où se mettre et les Serbes nous dédient la destruction de la ville de Vukovar comme si nous étions leur belle et qu'ils avaient toréé pour nous.

Suis-je un mauvais coucheur ? Malgré l'émotion que ne peuvent manquer de provoquer certains actes de contrition authentiques et courageux, je n'éprouve pas une joie sans mélange à être aussi universellement courtisé. Je souhaiterais, par exemple, que ces nouveaux amis si démonstratifs soient tous également des amis scrupuleux de la vérité. La colère médiatique suscitée par la béatification du cardinal Stepinac m'irait droit au cœur s'il avait servilement soutenu le régime oustachi. Or tel n'est pas le cas.
La colère médiatique suscitée par la béatification du cardinal Stepinac m'irait droit au cœur s'il avait servilement soutenu le régime oustachi.
Or tel n'est pas le cas

Il suffit de se renseigner pour le savoir. Auprès des autorités de Zagreb ? Non. Auprès des historiens anglo-saxons (comme le fait remarquer Georges-Marie Chenu, les recherches sur la Yougoslavie sont peu développées en France) et auprès des juifs de Croatie. Une telle enquête apprend que, dès avril 1941, l'archevêque de Zagreb a protesté contre la législation antiserbe et antijuive promulguée par le régime, qu'il a organisé la fuite d'enfants juifs vers la Hongrie et vers la Palestine, qu'il en a caché beaucoup d'autres et que ses homélies étaient suffisamment tranchantes pour être reprises par les partisans et diffusées par la radio de Londres.

Voici ce qu'il déclarait en chaire lors de la fête du Christ-Roi, le 24 octobre 1942 : "Tous les hommes de toutes les races sont les enfants de Dieu ; tous sans distinction, qu'ils soient tziganes, noirs, européens civilisés, juifs ou fiers aryens, ont le même droit de dire : « Notre Père qui êtes aux cieux ». Pour cette raison, l'Église catholique a toujours condamné, et continue de le faire, toute injustice et toute violence commises au nom des théories de classe, de race ou de nationalité. On ne peut exterminer les tziganes ou les juifs parce qu'on considère qu'ils sont une race inférieure."

Pourquoi les actuels avocats de la cause juive, si nombreux et si fervents, n'ont-ils pas songé à s'informer en s'adressant aux juifs qu'ils prétendaient défendre ? Parce que ce ne sont pas les juifs qui les intéressent, surtout lorsqu'ils habitent l'arrière-cour de l'Europe. Ce qui les intéresse, c'est de se trouver beaux dans le miroir de l'antifascisme.
DOSSIER
L'ENGAGEMENT DES INTELLECTUELS FRANÇAIS PENDANT LA GUERRE


En 1941, l'évêque de Mostar s'appelait Alojzije Misic. Épouvanté par la violence des oustachis dans son diocèse, il interdit à son clergé de donner l'absolution à quiconque avait participé à des massacres de Serbes et, dès l'arrivée de Pavelic au pouvoir, il dénonça à Stepinac "le règne du carnage" qui venait de s'instaurer en Croatie. "Les hommes sont égorgés, assassinés, jetés vivants du haut des falaises, écrivait-il. Dans la ville de Mostar elle-même, ils ont été attachés par centaines, emmenés dans des wagons et tués comme des bêtes." En 1948, la justice de Tito s'abattit sur l'évêque Misic comme elle l'avait fait sur le cardinal Stepinac deux ans auparavant : il fut condamné à onze ans de prison pour collaboration avec l'État oustachi.

Ce n'est pas un des moindres crimes du communisme, en effet, que d'avoir manipulé l'enfer et transformé l'antifascisme en instrument d'oppression. Le fascisme, c'est le mal ; or tous nos ennemis sont mauvais ; donc tous nos ennemis sont fascistes : c'est parce qu'ils ont vécu cinquante ans sous la férule de ce syllogisme implacable que les Croates ont tant de difficultés aujourd'hui à faire la part des choses et à distinguer l'indispensable mémoire du mensonge déconcertant. Croit-on qu'on les y aide en redonnant vie et crédit au discours des manipulateurs ?

Mais qui se préoccupe d'aider réellement la Croatie, au besoin contre son gouvernement, à affronter son passé, à examiner sans complaisance la part d'ombre et même d'horreur de son histoire au lieu de ne connaître que ses griefs et de toujours se plaindre ? Qui pense à unifier l'Europe autrement que par l'économie, c'est-à-dire à faire en sorte que les deux grands malheurs du siècle cessent d'être exclusifs l'un de l'autre ? Notre époque est trop appliquée à prendre la pose pour se soucier de répondre aux vrais défis de la mémoire et du présent.

Alain Finkielkraut est professeur à l'École polytechnique.
Il a publié "Comment peut-on être croate?", Gallimard, 1992.



REFLEXION
Les protestations du cardinal Stepinac
Les soupçons de collaboration de l'archevêque de Zagreb avec le régime oustachi pendant la guerre ne sont pas fondés.

par Georges-Marie Chenu,
ancien ambassadeur de France en Croatie.

La béatification par le Pape du cardinal Stepinac, archevêque de Zagreb durant la Seconde Guerre mondiale, suscite en France des réactions contrastées. « Figure emblématique de la résistance croate au fascime et au communisme » pour les uns, le prélat mort en résidence surveillée en 1960 est accusé par d'autres, au mieux de « complicité passive » avec « le génocide de centaines de milliers de Serbes, juifs et Tsiganes par le régime oustachi ». A Paris, le bureau européen du centre Wiesenthal a demandé au Saint-Père de suspendre sa décision jusqu'aux conclusions d'une enquête impartiale comportant accès aux archives vaticanes.

DOSSIER
L'ENGAGEMENT DES INTELLECTUELS FRANÇAIS PENDANT LA GUERRE



Les recherches historiques sur la Yougoslavie royale puis communiste de 1919 à 1991 étant peu développées en France, c'est aux historiens anglo-saxons qu'il faut s'adresser pour savoir si Alojzije Stepinac a soutenu l'Etat indépendant croate _ mis en place en avril 1941 par l'Axe et dirigé par Ante Pavelic _, s'il a encouragé les conversions forcées des orthodoxes et fermé les yeux sur des crimes fascistes.

Au contraire, les faits montrent que l'archevêque de Zagreb n'est pas resté passif. Dès l'adoption, en avril 1941, d'une législation anti-serbe et anti-juive, il protesta par écrit auprès du ministre de l'intérieur. Après le premier massacre collectif de Serbes, il écrivit son indignation à Pavelic (mai 1941). En novembre, la Conférence des évêques dénonça la procédure des conversions collectives.

Les démarches écrites étant sans effet _ notamment une lettre à Pavelic de juillet 1941 sur les déportations de Serbes _, l'archevêque fit connaître son hostilité à l'action du gouvernement dans des sermons, prononcés le plus souvent dans sa cathédrale, à partir de mai 1942 et ensuite à de nombreuses occasions. Des extraits de ses homélies (contre « l'ordre nouveau », les « discriminations raciales », etc.), qui ont peu d'équivalents en Europe occupée, furent repris par les partisans et diffusés par la radio de Londres. Pourquoi Mgr Stepinac n'a-t-il pas rompu avec éclat avec un régime qu'il condamnait ? A l'envoyé du gouvernement en exil, Stanislav Rapotec, l'archevêque répondit, en avril 1942, que « s'il l'avait fait, il n'aurait plus été capable d'aider qui que ce soit ». « Il connaissait les terribles représailles des oustachis. En août 1941, le chanoine Lontchar, qui expliquait aux curés l'opposition des évêques aux conversions forcées, fut condamné à mort : il fut sauvé par le représentant du Saint-Siège à Zagreb auprès de la hiérarchie catholique et non pas de Pavelic.

Ayant choisi de résister au sein des institutions, Mgr Stepinac participa jusqu'à la fin à une vie protocolaire mais en « commandeur » qui, chaque fois qu'il pouvait s'exprimer, rappelait les principes dont devaient s'inspirer des responsables se disant chrétiens. Choix délicat et risqué, propre à entretenir des ambiguïtés. Mgr Stepinac était pour un Etat croate mais pas pour un régime oustachi !

En aucun cas on ne peut s'appuyer sur sa condamnation à seize ans de travaux forcés, en octobre 1946, pour prétendre que Mgr Stepinac a collaboré avec Pavelic qui, d'ailleurs, le détestait. Ce fut un procès politique destiné à ruiner l'autorité d'un prélat qui refusait une Eglise croate indépendante de Rome proposée par Tito en juin 1945 et qui condamnait très fort l'athéisme d'Etat. L'accusation brandit un faux et écarta des témoins en mesure de prouver que le prévenu avait sauvé des milliers de vies humaines, notamment juives et serbes.

Notre ignorance de l'histoire contemporaine des Balkans est si grande, les clichés si tenaces, les passions si fortes, qu'une recherche historique collective est indispensable. Mais à la condition d'être scientifique, c'est-à-dire d'être conduite hors des pressions, de porter aussi sur l'avant-guerre ainsi que tous les acteurs, et non pas sur une seule personnalité et une seule communauté, et enfin d'accéder à toutes les archives. Sont en jeu des événements qui ont broyé des centaines de milliers d'êtres humains, l'honneur d'un homme, la vérité et la justice.

A propos de Mgr Stepinac, on doit écouter un témoin français. Le jour de la fête du Christ-Roi, en octobre 1942, l'archevêque, du haut de sa chaire, « avait flétri la doctrine nationale-socialiste en matière de race ». Le 6 novembre, Georges Geyraud, notre consul général à Zagreb, envoya à Vichy ce commentaire : « Cette expression solennelle de la réprobation qu'inspire à Mgr Stepinac le régime, s'ajoute aux protestations et représentations que le jeune et intrépide archevêque de Zagreb, au risque de représailles contre sa personne, multiplie auprès des pouvoirs publics. » (Archives du Quai d'Orsay.) Mgr Stepinac est accusé par les uns de complicité avec le régime oustachi pro-nazi, tandis que d'autres affirment qu'il a sauvé des milliers de vies humaines, notamment juives et serbes.



La Croix, 06/10/1998

MIDI MOINS SEPT
« Mgr Stepinac avait condamné le racisme des oustachis ».
Le rôle de l'archevêque de Zagreb entre 1941 et 1945 fait l'objet de trop de simplifications.

INVITE : Joseph Krulic, Historien.

Bruno Frappat : La visite de Jean-Paul II en Croatie et la béatification du cardinal Stepinac suscitent des controverses. Pouvez-vous resituer l'histoire récente de ce pays de 4,8 millions d'habitants ?

Joseph Krulic : La Croatie a proclamé son indépendance en juin 1991. Elle a connu une guerre très dure pendant sept mois en 1991-1992 et, à la suite d'un nouveau conflit, a récupéré en août 1995 la totalité de son territoire. Ce qui caractérise les Croates, dans l'ensemble des peuples de langue serbo-croate, c'est le rattachement à la catholicité.

_ Avec l'affaire Stepinac, on a l'impression, si on lit la presse française, que Jean-Paul II s'est mis dans un mauvais pas. Il aurait béatifié un « collabo », un archevêque proche des nazis...

_ Mgr Stepinac a sûrement été béatifié pour son rôle de martyr après 1945, plus que pour son rôle antérieur. En mai 1945, les partisans communistes de Tito entrent à Zagreb mais c'est en septembre que le cardinal Stepinac est emprisonné : il avait été reçu par Tito qui lui avait demandé de créer une Eglise nationale séparée du Saint-Siège. Il avait refusé. Mgr Stepinac et les autres évêques croates publièrent une lettre critiquant la politique du régime sur la liberté religieuse, la confiscation des biens ecclésiastiques, les persécutions, les meurtres de prêtres, etc.

_ C'est à la suite de cela qu'il est condamné

_ Il ne recouvrera jamais la pleine liberté. Il quittera sa prison de Leplogova _ où Tito avait lui-même été emprisonné avant guerre _ au début de 1952 et sera nommé cardinal par Pie XII. Il restera en résidence surveillée dans son village natal jusqu'à sa mort, en 1960.

_ Quel a été son comportement lorsque la Croatie vivait sous le régime fasciste des oustachis ?

_ Contrairement à ce qui est dit parfois, Stepinac a critiqué en privé, et par des lettres, le dictateur Pavelic qui, lui-même, le détestait. A deux occasions au moins, le 25 octobre 1942 et le 14 mars 1943, en chaire, à la cathédrale de Zagreb, il a condamné la politique raciste à l'égard des juifs et des Tsiganes. Il est vrai que le mot Serbe ne figure pas dans ces sermons. Ses propos avaient été cités par la BBC, ce qui mit en rage des dirigeants oustachis.

_ Le voyage de Jean-Paul II peut-il faciliter la réconciliation des communautés ?

_ Avec la communauté juive de Zagreb, la réconciliation est en grande partie faite, y compris grâce à des initiatives du président croate : il a présenté quasiment des excuses publiques pour la période 1941-1945. Avec les Serbes, la réconciliation est beaucoup plus difficile. Il n'est pas évident qu'ils comprennent la béatification du cardinal Stepinac.



La Croix, 06/10/1998

BEATIFICATION
Jean-Paul II en Croatie
Samedi 3 octobre, une foule émue a assisté à la béatification du cardinal Stepinac. Le Pape n'a pas évoqué les polémiques autour du cardinal et de la seconde guerre mondiale. Il a placé sa béatification sous le signe de la fidélité à l'unité de l'Eglise.

MARIJA BISTRICA, SPLIT
Guillaume Goubert, envoyé spécial.

Pour l'immense majorité des catholiques croates, la sainteté du cardinal Alojzije Stepinac ne fait aucun doute. C'est devant une foule émue que Jean-Paul II, samedi matin au sanctuaire marial de Marija Bistrica, a béatifié l'ancien archevêque de Zagreb, mort en 1960 alors qu'il était en résidence surveillée, quatorze ans après avoir été condamné comme « traître et ennemi de la patrie » par le régime communiste yougoslave.

Hors de Croatie, le cardinal Stepinac ne fait pas la même unanimité. Du côté de la Serbie et de certaines associations juives, on met en cause son attitude pendant la Seconde Guerre mondiale. On l'accuse d'avoir été complice des déportations, des exécutions et des conversions forcées de Serbes et de juifs menées par le régime oustachi, inféodé à l'Allemagne nazie, et qui proclama l'indépendance de la Croatie en 1941.

Jean-Paul II n'a pas voulu, à l'occasion de cette béatification, engager un travail de purification de la mémoire sur les responsabilités qui furent celles de catholiques croates dans les exactions d'alors. Ce qui, d'une certaine façon, l'a empêché de rappeler _ pour défendre sa mémoire _ ce que fit le cardinal Stepinac face aux crimes du régime oustachi.

« Il n'a pas eu peur des chaînes »

En effet, l'archevêque de Zagreb qui avait initialement approuvé, en 1941, la création de l'Etat indépendant de Croatie, ne resta pas inerte vis-à-vis des autorités. Il dénonça en chaire ce que subissaient juifs et Serbes. Il donna des instructions à son clergé pour sauver des vies (voir nos éditions du 3 octobre).

Tout cela, Jean-Paul II ne l'a évoqué qu'implicitement dans son homélie de la messe de béatification : « En la personne du nouveau bienheureux, se résume, pour ainsi dire, toute la tragédie qui a frappé les populations croates au cours de ce siècle marqué par les trois grands maux du fascisme, du nazisme et du communisme. (...) Significatives, à cet égard, sont les paroles que le nouveau bienheureux prononça en 1943, durant le second conflit mondial lorsque l'Europe se trouvait prise dans l'étau de violences inouïes : « Quel système soutient aujourd'hui l'Eglise catholique alors que le monde entier est en train de combattre pour un nouvel ordre mondial ? En condamnant les injustices, tous les massacres d'innocents, les incendies de villages pacifiques, la destruction du travail des pauvres, nous répondons : l'Eglise soutient ce système qui est aussi vieux que les dix commandements de Dieu. Nous sommes pour le système (...) qui a été inscrit par le doigt du Dieu vivant dans la conscience des hommes. »

Pour Jean-Paul II, le message essentiel du cardinal Stepinac qui a conduit à sa béatification tient en son engagement pour l'indépendance et l'unité de l'Eglise. Rendant hommage à celui qui refusa de prendre la tête d'une Eglise nationale comme le lui demandait le régime titiste, le Pape déclarait dimanche à Split : « Il a accompli sa mission d'évangélisateur en souffrant pour l'Eglise et il a scellé par la mort son message de foi. Il a préféré la prison à la liberté pour défendre la liberté et l'unité de l'Eglise. Il n'a pas eu peur des chaînes afin que ne soit pas enchaînée la parole de l'Evangile. »

G. G.
Je pense qu'il faut se pencher plus amplement sur les écrits de cet éveque,les photos ne suffisent pas. Il est plus facile de combattre une idéologie lorsqu'on est loin de celle-ci que lorsque l'on s'y trouve entre ses crocs.Mgr a combattu à l'intérieur de l'arene,en essayant de court-circuiter spirituellement et physiquement un régime qu'il désapprouve .Tout en s'affichant publiquement à coté de ce régime,il le combattait avec les moyens du bord.Il me semble que c'est Staline qui avait dit "Le Pape?Combien de divisions?"
Cette politique d'infiltration est bien plus dangereuse et d'autant plus ingrate à la fin de la guerre si on se contente du paraitre.Un exemple:les résistants français endossant le manteau de la collaboration pour pouvoir infiltrer les officines ennemies et communiquer aux réseaux FFI de si précieuses informations stratégiques. Il y avait le risque d'etre "harakiri" après la victoire des Alliés par la population et les résistants de la dernière heure(ma grand-mère en a connu de ces gens tournant au gré du vent cassaque à cette époque)s'il n'y avait personne, où plus de preuves pour affirmer que vous étiez résistant.


A lire et à méditer face aux clichés,aux raccourcis de tout genre sur l'Eglise de France durant la 2de guerre mondiale:LESOURD.P.PAILLAT.C.Dossier secret.L'Eglise de france,T2,De la Révolution à nos jours,éditions Presses de la Cité,1968,594p.

PP527-530.
" Tout ce que nous venons d'exposer démontre à notre avis impartialement que,sous ses divers aspects,l'Eglise de la France occupée a eu,de multiples manières,une attitude et une action patriotiques sans faiblesse et parfois héroique.
Ceux qui en doutent et essayent de jeter la suspicion sur tel ou tel éveque sont ceux qui ne tiennent pas compte de la désinformation des paroles et des écrits par les propagandes soit de vichy soit des Allemands.Voulant ou essayant toutes d'avoir l'Eglise avec elles,elles n'hésitaient pas à isoler des phrases,dénaturer,mutiler des textes pour compromettre malgré eux,prélats ou ecclésiastiques.Et ceux qui,sans remonter aux sources utilisent les yeux fermés,sans controle les produits de ces propagandes commenttent de mauvaises actions et présentent un visage déformé de l'Eglise de la france occupée.Des conversations privées,des boutades,isolées elles aussi,de ce qui avait précédé ou suivi ont été utilisées de la sorte ou parfois données comme étant des interviews.(...).De meme,la propagande de Vichy a intentionnellement exagéré dans le sens d'un cléricalisme politique les moindres manifestations religieuses auxquelles était melé le gouvernement du Maréchal.Alors que l'épiscopat évitait avec soin toute inféodation,la propagande agissait comme s'il y avait inféodation,et en propageait la rumeur.Il faut donc etre très prudent quand on porte un jugement sur l'action de l'Eglise pendant l'occupation ou lorsqu'on interprete tel ou tel extrait d'un document épiscopal,ou lorsqu'on met en cause tel ou tel personnage ecclésiastique comme par exemple Mgr Mayol de Lupé,aumonier de la L.V.F dont les faits et les gestes compromettants pour l'Eglise ont été présentés comme ceux d'un éveque qu'il n'était pas,ne figurant meme pas dans la liste officielle des prélats dans l'Annuaire pontifical et n'ayant jamais reçu de mandat officiel de la hiérarchie pour exercer ses fonctions d'aumonier."

Déclaration du cardinal Liénart(eéveque de Lille),"l'un des plus éminents prélats de cette France occupée" illustrant cette politique :
(...)."Je n'évoquerai ici que les protestations renouvelées contre les exécutions d'otages,les condamnations à mort,la déportation d'hommes et de femmes,le massacre d'Ascq.
"Je sais bien que notre résistance a paru timide aux yeux de certains,parce que nous ne l'avons pas accompagnée de protestations publiques retentissantes.Mais le pasteur qui défend sin troupeau a mieux à faire que de crier au loup;il l'affronte et lui arrache ses victimes.Nous avons préféré n'ameuter personne et remplir simplement notre devoir.
"D'autres ont courageusement lutté pour délivrer le sol de la patrie.Nous avons lutté pour sauver son ame.Ce n'était pas moins nécessaire et nous pensons qu'ainsi nous avons pas moins bien servi la France".

Les brebis galeuses(pretres antisémites,tortionnaires,etc)ne doivent pas occulter celles qui ont agi avec honneur et droiture.Si des présidents saluent celui de Chine est-ce pour autant qu'ils approuvent sa dictature,son régime oppressif policier? certes pas.En faculté on m'a appris à penser par moi-meme,ce n'est guère aisé car nul n'est totalement objectif et puis c'est un travail toujours remis à plat avec les études,les documents qui apparaissent régulièrement.Mais c'est la condition sinequanum pour etre impartial.Je pense que dans le cas de cet éveque,une question de prime abord s'impose :à qui profite le crime?
Meme question pour Mihailovic... .
La Révolution française avait tout interet à ce que la monarchie=dictature,despotisme afin de pouvoir se légitimer aux yeux de la population ,aussi ses bains de sang ,ses mariages républicains au bord des berges de la Loire n'étaient que justice face aux "brigands"
:horrible adversaires de la Liberté chérie!Donc attention aux manipulations des faits, des textes... .En enluminure comme en Histoire,en sciences politiques il a souvent une deuxième voire une troisième lecture... qui expliquent bien des choses.
Kenavo et merci encore pour l'exposition simple des événements dans cette poudrière que sont les Balkans.

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » lun. 27 mars 2006 13:29

Cadoudal a écrit :En historienne,vis à vis des photographies montrant Mgr à coté du dictateur croate,je dirai qu'il faut faire attention à l'arbre qui cache la foret.Voici un autre point de vue: 7/10/1998(www.amb-croatie.fr/actualites).
J'en déduis donc que vous n'avez regardé que les photographies (qui vous paraissent comme l'arbre qui cache la forêt), puisque vous ne faites aucun commentaire sur les faits et dates que je vous ai donnés. Merci de votre attention quand on répond à une de vos questions.

Je trouve même un peu méprisant de ne vous attarder sur les photos comme si je ne vous avais pas donné des témoignages écrits. Vous noterez que j'ai choisi des témoignages émanant des Italiens, des Allemands (rapport du chef des SS en poste à Zagreb à Himmler sur les atrocités oustachis), du gouvernement yougoslave en exil (qui comptait parmi ses ministres un des dirigeants du Parti paysan croate, soit dit au passage), des Alliés, du cardinal Tisserant et des Oustachis eux-mêmes. J'ai donné donc des sources venant de tous les camps - en hésitant les sources communistes, puisque je devinais d'avance que vous les auriez discréditées, comme si les communistes étaient absolument incapables de parfois dire la vérité. Vous me répondez par un copier-coller d'une source on ne peut plus objective: le site Internet de l'ambassade de Croatie à Paris. Je dois rire ou pleurer?

Je vous ai fait un petit résumé de l'activité de Stepinac pendant la deuxième guerre mondiale. Je vous ai donné des faits. Je ne fais pas de la désinformation comme le sieur Finkielkraut. Ce que je vous ai reproduit sur le forum n'est qu'un petit extrait d'une abondante documentation. Je vous ai donné des faits. Les textes que vous utilisez pour me répondre ne donnent pas un seul fait.

Je vous ai cité des archives. Je vous ai cité le livre d'un homme comme Rivelli qui a travaillé vingt ans sur le sujet. Vous me répondez en me citant Finkielkraut. Et pourquoi pas Bernard-Henri Lévy, Antoine Garapon, André Glucksmann, Mirko Grmek, comme on sait tous autorités incontestables sur les questions yougoslaves? Ou toute la liste des nouveaux philosophes dont la particularité est de ne plus faire de philosophie?

Vous ne vous rendez même pas compte que, dans le texte que vous citez, Finkielkraut ne parle que des victimes juives et tsiganes, alors que 90% environ des victimes du régime oustachi furent des chrétiens orthodoxes assassinés dans une vaste Saint-Barthélémy qui ne semble guère émouvoir le grand philosophe? Cela vous paraît normal qu'il n'ait pas même un mot pour évoquer ce million de morts tués dans des conditions atroces dont je pourrais vous envoyer de fort éloquentes photos, puisqu'il n'y a semble-t-il que les photos qui attirent votre attention? Moi, quand je lis le texte de Finkielkraut, je suis atterré devant tant de tribalisme et d'anti-humanisme, et j'ai envie de lui demander si pour lui les chrétiens orthodoxes sont des hommes au même titre que les Juifs et les Tziganes ou si nous sommes à ce point-là une sous-humanité (peut-être parce que nous sommes les disciples de Jésus-Christ?) que nous ne méritions même pas d'être mentionnés dans les écrits de ce haut personnage?

Je note aussi que Finkielkraut passe comme chat sur braise sur les milliers d'opposants politiques croates massacrés jusqu'au dernier jour, puisqu'ils furent encore assassinés par dizaines à Jasenovac le 21 avril 1945.

Il est évidemment plus facile de faire des copier-coller à partir d'Internet que de saisir les textes qui sont dans les sources primaires. La petite chronologie sur les événements survenus dans l'Etat indépendant de Croatie m'a demandé quelque six heures de travail pris sur mon peu de temps libre. Je me suis donc abstenu de vous recopier toutes les déclarations scandaleuses de Stepinac. Parce que j'ai autre chose à faire de mon temps.

Toutefois, je vous ai reproduit le texte d'août 1941 par lequel Stepinac proteste contre l'intervention humanitaire de l'armée italienne au secours de la population juive et orthodoxe de la Krajina de Knin:

"C'est ainsi que dans les territoires croates annexés à l'Italie, on observe une continuelle décadence de la vie religieuse, et même une certaine tendance au passage du catholicisme vers le schisme. La faute et la responsabilité devant Dieu et devant l'Histoire sera celle de l'Italie catholique si cette région la plus catholique de la Croatie doit cesser de l'être à l'avenir."

Je constate qu'à cela vous n'avez rien, absolument rien, à répondre à cela, sinon les réflexions de gens qui tournent autour du pot, qui font comme si ces déclarations n'avaient jamais existé. Je vous mets sous les yeux des documents. Vous me répondez par des citations de gens qui s'adressent à un public auquel ils cachent soigneusement les documents et les témoignages de ce genre. Conclusion: vous vous moquez de moi.

Les photos ne sont pas l'arbre qui cache la forêt, puisque leur seul but était de montrer le Poglavnik et son archevêque côte à côte, pour que l'on voit bien ce que pouvait être cette caricature d'Arthur et de Merlin.
Les faits, vous les aviez dans le texte.

Le coup d'accuser les communistes de désinformation montre que vous n'avez peut-être pas lu mon message. Quand, en février 1942, Radio-Londres commençait à parler des crimes de Stepinac, ce n'était pas les communistes qui étaient derrière cela. Ce n'était pas non plus les communistes qui étaient derrière la protestation des prêtres catholiques slovènes ou des notables musulmans de Banja Luka.

J'ai donné des faits, qui sont précisément les faits cachés par les auteurs que vous citez. Pour le reste, je suis tranquille. On ne peut pas tromper tout le monde tout le temps. La vérité est en marche et rien ne l'arrêtera. Et elle dira ce que furent les Stepinac.

Par exemple, notez que M. Chenu, comme exemple de résistance du clergé croate au régime oustachi, cite le cas du chanoine "Lontchar". Si vous avez lu mon précédent message, vous aurez remarqué que j'ai eu l'honnêteté de parler de lui. Et tous les apologistes de Stepinac ne font jamais que citer le cas de ce chanoine. Ce fait aussi est relevé par Rivelli dans son livre. C'est ce chanoine qu'il aurait fallu béatifier. Pas Stepinac qui siégeait au Parlement oustachi.

Car, au passage, le chanoine "Lontchar" dont il est question n'est autre que le R.P. Lončar dont j'ai parlé dans mon message sur les justes du clergé catholique croate. Ce qui confirme que vous n'avez tout simplement pas lu mes messages. Ou alors pardonnez-moi d'écrire les noms comme ils s'orthographient.

Si vous aviez pris la peine de les lire, vous auriez pu remarqué que je donnais plus d'informations en faveur du clergé catholique croate que "votre autre son de cloche", puisque, en dehors de Lončar et de l'évêque de Mostar, je parlais aussi du 3e juste du clergé catholique croate, le R.P Rihar déporté à Jasenovac, et, selon toute vraisemblance, mort là-bas. Présenter comme un scoop le fait que les sources de l'ambassade de Croatie aient trouvé deux hommes honorables dans le clergé catholique de l'Etat indépendant de Croatie (lequel recouvrait au passage la totalité de l'actuelle Bosnie-Herzégovine et une partie de l'actuelle Serbie) alors que je vous avais parlé de ces trois justes, y compris de celui qui a le plus souffert et que vos sources ne mentionnent pas, cela montre simplement que vous ne lisez pas les réponses que l'on adresse à vos questions. Permettez-moi de trouver cette attitude méprisante à l'égard de vos interlocuteurs.

Toute comparaison faite avec l'attitude de l'épiscopat catholique français par rapport au maréchal Pétain est proprement scandaleuse. Le maréchal Pétain avait été investi comme chef du gouvernement selon les formes légales - ce qu'il en a fait ensuite est une autre affaire. Le maréchal Pétain n'a jamais organisé des abattoirs humains dans son pays.
En revanche, les Oustachis étaient des traîtres dont le gouvernement était tout à fait illégitime et dont les actes génocidaires ont commencé dès leur arrivée au pouvoir.
De même que la confusion entretenue entre "collabo" (c'est-à-dire celui qui a collaboré avec l'armée d'occupation après la défaite de l'armée de son pays) et "traître" (c'est-à-dire celui qui a travaillé à la défaite de son pays) est fallacieuse. Et ramener tout le débat à la collaboration avec Hitler, en oubliant totalement les particularités du régime oustachi qui était indépendant dans sa politique d'extermination.

Je note aussi que, jusqu'à 1990-1991, personne ne niait les atrocités du régime oustachi. A partir de 1990-1991, on a vu toute une machine négationniste se mettre en branle. Dans le but final de justifier Stepinac. Et bien, je laisse la machine tourner comme elle veut. J'ai passé six heures à recopier une partie des faits. Je pourrais passer des jours entiers à reproduire toutes les informations que je détiens. Les négateurs peuvent nier autant qu'ils voudront. Ils ne peuvent plus faire disparaître les preuves, et celles-ci sont accablantes.
Dernière modification par Claude le Liseur le lun. 27 mars 2006 20:04, modifié 6 fois.

Dzma
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Message par Dzma » lun. 27 mars 2006 15:09

Sur l'histoire de la Yougoslavie et les relations entre ses habitants, je pense qu'il est aussi nécéssaire d'amener une précision: On pointe souvent du doigt les Serbes, à juste raison sur certains sujets. On laisse croire que les vélléités d'expansionisme ou de domination sur les autres Slaves du Sud ne furent que de la volonté des Serbes. C'est FAUX; Il faudrait aussi se souvenir que certains défenseurs de la cause Croates soutinrent la supériorité de leur ethnie sur les autres Slaves comme Ante Starcevic qui disait que: "les Serbes étaient des Croates orthodoxes, et qu’il fallait soit les convertir, soit les massacrer." .

Je ne ferai pas de l'anti-Croatisme car c'est un pays et un peuple que j'aimerais beaucoup découvrir.... Cependant je trouve anormal que dès que l'on parle des malheurs Yougoslaves, seuls la Serbie Orthodoxe soit pointée du doigt.

Ce qui se déroula lors de la 2nde guerre Mondiale n'est qu'une illustration de cette incompréhension mutuelle.

Pour ce qui est des Tchetniks de Draza Mihailovic, le principal handicap fut sans doute de n' être composé presque exclusivement de Serbes ; ce qui fit que les autres membres de l'Etat ne se reconnaissèrent pas en ce mouvement...

Il est aujourd'hui l'heure de savoir tirer les leçon de ce passé douloureux, qui ne doit certainement pas être oublié, et permettre la coexistence de tous les Peuples...

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » lun. 27 mars 2006 20:02

Dzma a écrit :Sur l'histoire de la Yougoslavie et les relations entre ses habitants, je pense qu'il est aussi nécéssaire d'amener une précision: On pointe souvent du doigt les Serbes, à juste raison sur certains sujets. On laisse croire que les vélléités d'expansionisme ou de domination sur les autres Slaves du Sud ne furent que de la volonté des Serbes. C'est FAUX; Il faudrait aussi se souvenir que certains défenseurs de la cause Croates soutinrent la supériorité de leur ethnie sur les autres Slaves comme Ante Starcevic qui disait que: "les Serbes étaient des Croates orthodoxes, et qu’il fallait soit les convertir, soit les massacrer." .

Je ne ferai pas de l'anti-Croatisme car c'est un pays et un peuple que j'aimerais beaucoup découvrir.... Cependant je trouve anormal que dès que l'on parle des malheurs Yougoslaves, seuls la Serbie Orthodoxe soit pointée du doigt.

Ce qui se déroula lors de la 2nde guerre Mondiale n'est qu'une illustration de cette incompréhension mutuelle.

Pour ce qui est des Tchetniks de Draza Mihailovic, le principal handicap fut sans doute de n' être composé presque exclusivement de Serbes ; ce qui fit que les autres membres de l'Etat ne se reconnaissèrent pas en ce mouvement...

Il est aujourd'hui l'heure de savoir tirer les leçon de ce passé douloureux, qui ne doit certainement pas être oublié, et permettre la coexistence de tous les Peuples...

Alors, vous devriez d'abord demander au gouvernement croate d'arrêter la persécution de sa petite minorité orthodoxe que le Conseil de l'Europe et l'Union européenne l'ont contraint à épargner. Vous devriez demander des explications sur l'assaut mené contre la résidence de l'évêque orthodoxe Photios de Dalmatie à Sibenik l'année dernière.

Vous devriez encore demander à leurs émigrés d'arrêter leur glorification incessante de l'Oustacha jusque dans ma bonne ville. Où je ne suis peut-être qu'un affreux adepte de la laïcité pas convaincu par les mérites surnaturels du "bienheureux" Stepinac, mais où je suis quand même chez moi.



En ce qui concerne le Parti du droit, j'en ai cité sur le forum des textes des années 1895 qui appellent déjà explicitement à l'extermination de la population orthodoxe de ces régions. Cette idéologie a joué un rôle déterminant dans la formation de l'idéologie impérialiste cléricale austro-hongroise qui a déclenché la première guerre mondiale. Quand on connaît les textes de Starčević, on sourit face à la désinformation qui nous présente Pavelić comme un séide d'Hitler. Pavelić a mis en application ce que Starčević avait réclamé cinquante ans plus tôt. Hitler et Pavelić procèdent en réalité du même terreau, le catholicisme Habsbourg de conquête religieuse, dont on a vu les effets en Bohême (la guerre de Trente Ans, cela vous dit-il quelque chose?) et en Transylvanie, via Karl Lueger dans un cas et via Ante Starčević et Josip Frank dans l'autre cas. Simplement, chez Hitler, cette intolérance est totalement laïcisée, même si elle conserve encore quelques relents Habsbourg dans la manière dont il traitera la Serbie occupée (toujours le Serbien muß sterben!), alors que, chez Pavelić, elle conserve toute son caractère religieux. En fait, Pavelić est avant tout une sorte de Torquemada, Guise ou Josaphat Kuncewicz égaré dans le XXe siècle. Mais en nettement plus sanguinaire et arbitraire que Torquemada.

Il faudrait aussi cesser de surestimer le caractère ethnique de la lutte menée par le Parti du droit de Frank et Starčević. Celui-ci ne s'en prenait pas qu'aux Serbes. A la fin du XIXe siècle, la presse du Parti du droit s'en prenait non seulement aux Serbes, mais aussi aux Valaques (= Roumains) et aux Albanais (peuple qui a toujours eu une forte composante orthodoxe). Dans les discours de l'Etat oustachi, les Serbes étaient sans arrêt traités de Valaques, ce qui montre bien la composante religieuse, et non pas ethnique, de cette politique génocidaire.

Pour ce qui est de la Résistance yougoslave, il faut bien comprendre que, chez les royalistes aussi bien que les communistes, les Serbes étaient l'écrasante majorité et les Slovènes constituaient la grande majorité du reste, tout simplement parce que c'était les deux ethnies où il y avait le plus de résistance nationale à une occupation allemande. Dans le cas des Serbes (qui étaient de toute façon la population la plus nombreuse de Yougoslavie) s'ajoutait la nécessité de rejoindre la Résistance pour ne pas être égorgé par les Oustachis: dans ces conditions là, mieux valait mourir les armes à la main. Les atrocités du régime oustachi ont beaucoup fait pour renforcer la Résistance en ne donnant pas d'autres choix aux Serbes que de se battre. Mais il ne faut pas négliger le rôle des Slovènes dans la Résistance.
Si Tito a pu ensuite avoir une armée d'apparence plus diversifiée que Mihailović, c'est à partir de la décision de janvier 1942 d'accepter sans réserves les anciens criminels oustachis qui rejoindraient ses troupes. Cette décision, Mihailović ne pouvait pas avoir le cynisme de la prendre.

GIORGOS
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Livre du baron Avro Manhattan

Message par GIORGOS » lun. 27 mars 2006 20:44

En me mêlant dans ce fil sans avoir été appelé j’ose faire l’indication du livre (en anglais) du toujours alerté baron Avro Manhattan :

http://www.srpska-mreza.com/library/fac ... tican.html

L’auteur, ancien journaliste, et membre de la famille royale italienne des Savoie, partage ici son information sur la situation des serbes et les action des oustachis.
Giorgos
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Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » mar. 28 mars 2006 20:36

Et comme quoi on peut apprendre plus sur les justes de Croatie pendant la période oustachie en lisant des livres qu'en faisant des copier-coller du site de l'ambassade de Croatie à Paris, voici ce que le professeur Marko S. Marković explique à propos de deux des trois justes dont j'ai parlé ("La responsabilité de l'Eglise catholique dans le génocide des Serbes par les Oustachis au cours de la seconde Guerre mondiale", in Regards sur l'Orthodoxie, L'Âge d'Homme, Lausanne 1997, pp. 186 s.):

"Parmi les ecclésiastiques croates, on peut citer l'évêque Aloïse Mišić. Déjà le 30 juin 1941, il adresse une lettre-circulaire à son clergé où il ose dire: "La Sainte Eglise ne veut et ne pourra pas absoudre ni libérer de leurs péchés tous ceux qui, contrairement aux lois divines, assassinent, anéantissent ou s'approprient les biens d'autrui." Les oustachis faisant semblant de ne pas se sentir visés, Mgr Mišić précise, le 18 août de la même année, dans une lettre publiée par le journal "Dobri Pastir" ("Le Bon Berger", n° 10, p. 3-4): "Les tyrans donnent des ordres et pendant que les nouveaux convertis assistent à la messe dans l'église, ces prétoriens les emmènent sans considération de leur âge et sexe, les traitent comme des esclaves... et les expédient presque en masse dans l'éternité." (NdL: Mgr Mišić faisait ici allusion à la pratique parfois utilisée par les Oustachis de massacrer les orthodoxes à qui ils avaient promis la vie sauve en échange de leur conversion au catholicisme, selon le slogan oustachi: "Vous avez sauvé vos âmes, mais vos corps nous appartiennent".) Un prêtre de Zagreb, Josip Lončar, eut aussi le courage de protester dans le sermon qu'il fit, en août 1941, sur le thème "Tu ne tueras point!". Arrêté et condamné à mort, sa peine fut commuée en travaux forcés sur l'intervention de l'observateur pontifical, Mgr Marcone." (NdL: et non du "bienheureux" Stepinac dont relevait pourtant le R.P. Lončar !)

Le professeur Marković cite par ailleurs des justes du clergé catholique slovène, et non croate: Mgr Ujčić, nonce apostolique à Belgrade, qui transmit au Vatican la lettre de protestation d'un groupe de prêtres catholiques slovènes du 1er mars 1942, et le R.P. Franjo Žužek, qui, au péril de sa vie, fit tout son possible pour cacher et sauver un grand nombre de chrétiens orthodoxes pendant la semaine du massacre de Glina. Le lecteur qui, contrairement à notre amie "Cadoudal", aura pris la peine de lire ma réponse, notera que j'ai bien mentionné la lettre de protestation d'un groupe de prêtres slovènes. Cette lettre demandait entre autres l'arrêt des conversions forcées, conversions forcées dont le "bienheureux" Stepinac, de son côté, avait approuvé les modalités.

Ensuite, je ne comprends pas l'étrange logique des messages cités par "Cadoudal". En quoi le fait que Mgr Mišić ait protesté contre les massacres exonérait Stepinac qui les a approuvés? Lequel des deux a-t-on béatifié? Il me semble, de mon point de vue chrétien, que Mišić était une personne différente de Stepinac, et que les mérites de l'un ne justifiaient pas les crimes de l'autre.

Cadoudal
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Message par Cadoudal » mer. 29 mars 2006 18:30

"La politesse coute peu,elle achète tout".
Montaigne.

Il y a méprise,en aucun cas j'ai méprisé vos propos que j'ai lu avec attention(deux fois).Si je ne me suis pas fait comprendre,toute la faute est pour moi. Le papier-collé apportait des renseignements nouveaux,ce n'est pas négatif.Pour juger si Mgr Stépinac est innocent il faudrait disposer de tout ses écrits,du procès truqué(comme pour Pétain la sentence était déjà connue en avance),des rapports du consul de France au Zagreb(1939-1943),etc.
J'ai apprécié également les propos des autres intervenant.Relisez moi,rien n'est insultant,j'y fais des remarques ,je pose des questions... .
Si vous m'aviez point comprise,d'une manière chevaleresque (la courtoisie est chose précieuse en nos jours d'impolitesse)vous me l'auriez fait remarquer,tout simplement.
Un livre pour prendre connaissance des arguments objectifs ou pas que développe ses défenseurs:LANDERCY.M.Le Cardinal Stepinac.Martyr des droits de l'homme,éd.Apostolat des éditions,19?? .
Bon sans rancune,cordialement Cadoudal.

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » mer. 29 mars 2006 21:36

Cadoudal a écrit :"La politesse coute peu,elle achète tout".
Montaigne.

Il y a méprise,en aucun cas j'ai méprisé vos propos que j'ai lu avec attention(deux fois).Si je ne me suis pas fait comprendre,toute la faute est pour moi. Le papier-collé apportait des renseignements nouveaux,ce n'est pas négatif.Pour juger si Mgr Stépinac est innocent il faudrait disposer de tout ses écrits,du procès truqué(comme pour Pétain la sentence était déjà connue en avance),des rapports du consul de France au Zagreb(1939-1943),etc.
J'ai apprécié également les propos des autres intervenant.Relisez moi,rien n'est insultant,j'y fais des remarques ,je pose des questions... .
Si vous m'aviez point comprise,d'une manière chevaleresque (la courtoisie est chose précieuse en nos jours d'impolitesse)vous me l'auriez fait remarquer,tout simplement.
Un livre pour prendre connaissance des arguments objectifs ou pas que développe ses défenseurs:LANDERCY.M.Le Cardinal Stepinac.Martyr des droits de l'homme,éd.Apostolat des éditions,19?? .
Bon sans rancune,cordialement Cadoudal.
Chère Madame,

Quelques remarques au passage.

1. Comme vous le savez, je fais un métier dont feu Me Dominique Poncet, notre maître à tous, disait "qu'il tue ceux qu'il fait vivre" et dont la caractéristique est que la vingt-cinquième heure y est toujours une heure.
Vous comprendrez donc que, si, sortant de ma semaine de cinquante heures je prends six heures pour répondre à votre question en vous recopiant un certain nombre d'informations pas toujours connues du grand public parce que, vraiment trop pomme, je crois naïvement que vous êtes venue poser des questions comme vous l'aviez affirmé, ce n'est pas pour que vous me répondiez "vis à vis des photographies montrant Mgr à coté du dictateur croate,je dirai qu'il faut faire attention à l'arbre qui cache la foret" comme si je n'avais rien écrit et si les faits que j'ai mentionnées ne méritaient même pas un début de réponse. Comme quoi il ne suffit pas de citer Montaigne.
Car la moindre des politesses serait d'avoir un peu de sincérité ou au moins de ne pas prendre vos interlocuteurs pour des imbéciles. Vous débarquez sur ce forum en posant une question: "y a-t-il eu des massacres de Serbes?" et en demandant quel était le degré d'implication de la hiérarchie catholique romaine croate. Je prends la peine de vous donner une réponse circonstanciée avec des faits, des dates, des lieux. Et vous revenez aussitôt à la charge en me jetant un copier-coller du site Internet de l'ambassade de Croatie, avec des textes qui ne répondent à aucun des points que j'ai évoqués, précédé d'une réflexion méprisante sur les photos qui sont l'arbre qui cache la forêt. Réflexion méprisant, mais pas du tout innocente, puisqu'elle vous permet de faire l'impasse sur les vérités dérangeantes que j'ai rappelées.
Et surtout, quand vous venez poser une question avec l'air de quelqu'un qui veut s'informer, et que lorsque l'on donne l'information, vous essayez de lancer une polémique, il y a trois remarques à faire. D'abord que ce n'est pas le lieu de faire de la polémique. Ensuite, chère Madame, il y a des choses sérieuses sur cette terre. La vie ne consiste pas à jouer une partie de foot macabre en niant les victimes. Ayez au moins le respect des morts. Et enfin, si votre but est de lancer une polémique, pourquoi ne pas avoir annoncé la couleur dès le début, au lieu de faire semblant de poser des questions auxquelles vous croyez avoir la réponse? Cela dénote un mépris pour vos interlocuteurs qui devrait vous dispenser de parler de politesse. Si vous aviez dit de but en blanc que vous veniez faire l'apologie de Stepinac, je n'aurais pas perdu mon temps à vous faire une réponse circonstanciée. Je vous aurais signalé que ce n'est pas le lieu de faire l'apologie des criminels oustachis.

2. Les copier-coller n'apportaient absolument rien et, surtout, ne répondaient pas à mon message. Le minimum, dans un dialogue, c'est de répondre à ce que votre interlocuteur vous dit. Cela aussi me confirme dans mes soupçons quant aux raisons de votre passage sur ce forum, où vous venez manifestement poser des questions auxquelles vous croyez avoir déjà les réponses.


3.
Cadoudal a écrit :Pour juger si Mgr Stépinac est innocent il faudrait disposer de tout ses écrits,du procès truqué(comme pour Pétain la sentence était déjà connue en avance),des rapports du consul de France au Zagreb(1939-1943),etc.
Il se trouve que, contrairement aux types qui tiennent le site Internet de l'ambassade de Croatie, personne ne me salarie pour publier des documents sur la question. Je ne vais évidemment pas passer dix ouiquendes d'affilée à saisir la documentation que j'ai sur le personnage.
Mais, maintenant, appliquons votre méthode hypercritique à vos propres affirmations ou à un autre sujet voisin:

"Prouvez-moi votre affirmation que le procès de Stepinac était truqué. Pour juger si le procès était truqué, il faudrait disposer de toutes les pièces et des rapports du consul de France à Zagreb en 1948."

"Donnez-moi la moindre preuve que la sentence était connue par avance au procès du Maréchal Pétain." (Au passage, la comparaison entre les collabos et les traîtres est insultante pour les collabos; la comparaison entre Pétain et Stepinac est insultante pour Pétain.)

"Pour juger si Staline est un tyran sanguinaire il faudrait disposer de tous ses écrits,des rapports du consul de France à Moscou (1924-1953),etc."

4.
Cadoudal a écrit : Un livre pour prendre connaissance des arguments objectifs ou pas que développe ses défenseurs:LANDERCY.M.Le Cardinal Stepinac.Martyr des droits de l'homme,éd.Apostolat des éditions,19?? .
Celle-là, je l'attendais tellement, c'était le véritable test, et cela montre bien que vous n'êtes pas venue sur le présent forum pour poser une question.

En vous voyant recommander ce livre - dont je peux supposer que vous ne l'avez pas lu, puisque vous n'en donnez pas la date de publication- , je me rends compte que le tableau n'est pas complet et je m'étonne que vous ne citiez pas ce livre sans lequel votre message ne serait pas complètement signé; en effet il manque, le fabuleux, l'extraordinaire

Michel Lespart

Les oustachis, terroristes de l'idéal

Collection "C'étaient des hommes" (!) dirigée par Dominique Venner

Editions de la Pensée moderne

Paris 1976

"pour prendre connaissance des arguments objectifs ou pas" que développent les défenseurs du régime oustachi, tant qu'on y est... avec toute la question du génocide de la population orthodoxe de Croatie, Slavonie, Dalmatie, Bosnie et Herzégovine ramenée à ces lignes sublimes page 152:

"L'Oustacha, qu'il dirige, se transforme de la même façon. Le groupement clandestin des "Révoltés" est devenu un corps reconnu de plus de 60'000 hommes qui auraient une certaine tendance à copier les manières de l'Allgemeine SS...
Ce sont eux qui dirigent la répression contre les "Tchetniks" de Mihaïlovitch. Pour l'instant - et toujours en tenant compte de la mentalité balkanique - elle ne dépasse pas le cadre des "opérations de police" en usage en pareil cas: les opposants sont parqués dans des camps, et les Tchetniks, vrais ou faux, sont abattus... Mais, vu le pays, les vengeances particulières s'en mêlent et la Save, qui coule du Nord au Sud, charrie déjà bon nombre de cadavres serbes qui portent, sur leur ventre gonflé, une pancarte explicite "Retour au pays"...."

Sublime, non, et je m'étonne que notre amie Bérangère Cadoudal ne le cite pas pour "faire entendre un autre son de cloche". Pas un mot sur les décrets pris par le régime oustachi dès sa fondation. Pas un mot sur la destruction de l'Eglise orthodoxe sur le territoire de l'Etat indépendant de Croatie. Et tout ceci se passant bien sûr alors que la Résistance ne comptait encore que quelques dizaines de soldats refusant la capitulation de leur pays et isolés au fond des forêts.

Si votre politesse consiste à mettre sur pied d'égalité les martyrs et leurs bourreaux, les vrais chercheurs et les désinformateurs, les gens qui ont eu un comportement honorable dans la mesure de ce qu'ils pouvaient faire et les criminels, alors je vous la laisse.
Dernière modification par Claude le Liseur le lun. 03 avr. 2006 23:17, modifié 1 fois.

hilaire
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Message par hilaire » mer. 29 mars 2006 21:54

oui, le même genre d'argument dangereux qui relativise un génocide de 6 millions de personnes sous prétexte que les études scientifiques sont formelles, il n'y en a eu que 5 millions, de tués.

on rapellera (si tant est que ce soit vraiment nécessaire) qu' Hitler, Staline, Pol pot, et autres Mao ne furent pas des hommes d'église, et qu'on a pas songé à un moment à les canoniser ceux là, ni à en faire des martyrs du droit de l'homme...

Alexandr
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Message par Alexandr » jeu. 30 mars 2006 13:21

Bonjour,

Est-ce que vous auriez des informations sur l'eglise orthodoxe croate? Sur wikipedia, j'ai trouvé ceci : "L'Église orthodoxe croate fut une éphémère Église orthodoxe dans le cadre de l'État indépendant de Croatie (NDH) d'Ante Pavelić pendant la Seconde Guerre mondiale. Au service de l'idéologie nationaliste du régime, elle ne lui survivra pas."

Mais quelqu'un ici a dit que cette eglise avait été monté par les allemands pour protéger les Serbes?

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » jeu. 30 mars 2006 21:02

Alexandr a écrit :Bonjour,

Est-ce que vous auriez des informations sur l'eglise orthodoxe croate? Sur wikipedia, j'ai trouvé ceci : "L'Église orthodoxe croate fut une éphémère Église orthodoxe dans le cadre de l'État indépendant de Croatie (NDH) d'Ante Pavelić pendant la Seconde Guerre mondiale. Au service de l'idéologie nationaliste du régime, elle ne lui survivra pas."

Mais quelqu'un ici a dit que cette eglise avait été monté par les allemands pour protéger les Serbes?
Réponse brève, faute de temps (j'arrive tout juste du travail) et en attendant des informations plus complètes.

Cette "Eglise orthodoxe croate" fut créée au printemps 1942 et confiée à un évêque russe réduit à l'état laïc par le synode russe hors frontières (qui siégeait à Sremski Karlovci en Serbie et y siégea jusqu'en 1945), Mgr Hermogène.

Le but était de la propagande oustachie: face aux media anglo-saxons qui évoquaient la persécution des orthodoxes dans le NDH (Etat indépendant de Croatie), il fallait présenter un semblant d'Orthodoxie. En quelque sorte, une Eglise "Potemkine", un truc à montrer aux visiteurs des pays neutres, et surtout pas la vraie Eglise orthodoxe qui existait jusqu'en 1941 sur les territoires annexés par le NDH et qui dépendait du patriarcat de Belgrade. Cette "Eglise orthodoxe croate" confiée à un évêque russe est du même ordre que la cathédrale Sainte-Sophie de Kiev qu'on avait rendu au culte pour une journée lors de la visite d'Edouard Herriot en Union soviétique avec des tchékistes déguisés en prêtres.

Des détails sur le primat de cette "Eglise orthodoxe croate":

"Ses plans (NdL: ceux de Pavelić) avaient trouvé un instrument en la personne de l'ancien archevêque russe d'Ekaterinoslav, Mgr Hermogène (Malsinov) qui, réfugié en Yougoslavie après la révolution bolchévique, avait accepté de devenir le complice du régime oustachi en créant une Orthodoxie croate en fait inexistante et en usurpant le siège de Mgr Dosithée, évêque serbe de Zagreb devenu fou sous la torture. Le Synode russe hors frontières, établi en Serbie à Sremski Karlovtsi (sic), avait déposé son ancien membre égardé." (Dr Jean Besse, L'église orthodoxe roumaine de Paris, DUC, Paris 1994, p. 111.)

En tout cas, l'effet de propagande recherché par le Poglavnik dure encore. Vous pouvez trouver sur Internet des sites croates en anglais qui vous expliquent que la fondation de l'"Eglise orthodoxe croate" par Pavelić montre bien que le NDH en voulait aux Serbes à cause de leur ethnie, et pas de leur religion. Certains vont jusqu'à vous expliquer que le Poglavnik libérait ainsi les orthodoxes de Croatie de la domination du patriarcat de Belgrade (j'ai l'impression qu'il libérait plutôt les orthodoxes de Croatie de la vie...). Mais, dans ce cas, si la haine du régime de Pavelić et Stepinac avait été ethnique et non religieuse, pourquoi le décret du 19 avril 1941 - une semaine après la fondation de l'Etat croate - imposait-il aux orthodoxes de porter un brassard avec la lettre P pour Pravoslavni et pas la lettre S pour Srbin? Si l'on en croit ces sites pro-oustachis, Pavelić aurait été jusqu'à libérer 3'000 orthodoxes de ses prisons et de ses camps de concentration et à rendre 3 églises au culte afin de doter "l'Eglise orthodoxe croate" d'un troupeau à montrer aux visiteurs des pays neutres.

Cela, c'est la version oustachie. La version orthodoxe, c'est que cette "Eglise" créée de toute pièce était l'avant-chambre de l'uniatisme, que Mgr Hermogène, en lointain précurseur de Mgr Nicodème (Rotov) de Léningrad, s'était fait catholique romain en secret, et qu'il aurait eu un clergé constitué de prêtres uniates et même de prêtres de rit tridentin prêtés par Mgr Stepinac pour cette opération.

Ce qui me pousse à croire la version orthodoxe, c'est l'accueil enthousiaste fait par le Vatican à la constitution de cette "Eglise orthodoxe croate" que les sites croates nous présentent aujourd'hui comme un moyen de préserver la religion orthodoxe dans le NDH. Extrait du rapport de Rusinović, ambassadeur croate auprès du Saint-Siège, en date du 9 mai 1942:

"Par cet acte, le Saint-Siège voit s'ouvrir la voie vers l'union religieuse et la disparition du schisme (NdL: c'est-à-dire de l'Orthodoxie!) en Croatie."

Le patriarcat oecuménique de Constantinople, à qui le Poglavnik s'était adressé, refusa catégoriquement de reconnaître cette Eglise créée par le pouvoir terroriste, pas plus qu'aucune autre Eglise orthodoxe.

Ce qui reste une tache sur la mémoire du patriarche Nicodème (Munteanu) de Roumanie -alors que l'Eglise orthodoxe en Transylvanie était confrontée à une tentative similaire de création d'une Eglise fantoche, cette fois-ci par l'amiral Horthy qui cherchait à faire sacrer évêque un prêtre russe nommé Popoff-, c'est que, plus de deux ans plus tard, probablement sous la pression du maréchal Antonescu, il a rompu avec cette position unanime du plérôme des Eglises et a envoyé le métropolite Bessarion (Puiu) de Bucovine à Zagreb pour sacrer évêque de Sarajevo (le 15 août 1944) l'unique "suffragant" de Mgr Hermogène, l'aventurier ecclésiastique Spiridon Trifka. Certains disent que Sa Béatitude a fait cela pour contribuer à sauver les quelques orthodoxes survivants dans le NDH, mais pourquoi en 1944 plutôt qu'en 1942?

Alexandr
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Message par Alexandr » ven. 31 mars 2006 13:35

Merci beaucoup.

Mais, attendez...
Si j'ai bien compris, Vatican II transforme une papauté anti-orthodoxe en une papauté voulant se lier aux orthodoxes? Mais pas trop, car il y a la béatification de Stepinac. Il y a des histoires qui me dépassent...

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » lun. 24 avr. 2006 21:13

Cadoudal a écrit :En historienne,vis à vis des photographies montrant Mgr à coté du dictateur croate,je dirai qu'il faut faire attention à l'arbre qui cache la foret.Voici un autre point de vue: 7/10/1998(www.amb-croatie.fr/actualites).

HORIZONS-DÉBATS
Mgr Stepinac et les deux douleurs de l'Europe

par Alain Finkielkraut

Ah, qu'il est doux d'être juif en cette fin de XXe siècle ! Nous ne sommes plus les accusés de l'Histoire, nous en sommes les chouchous. L'esprit du monde nous aime, nous honore, nous défend, prend en charge nos intérêts; il a même besoin de notre imprimatur. Les journalistes dressent des réquisitoires sans merci contre tout ce que l'Europe compte encore de collaborateurs ou de nostalgiques de la période nazie. Les Églises se repentent, les États font pénitence, la Suisse ne sait plus où se mettre et les Serbes nous dédient la destruction de la ville de Vukovar comme si nous étions leur belle et qu'ils avaient toréé pour nous.

Suis-je un mauvais coucheur ? Malgré l'émotion que ne peuvent manquer de provoquer certains actes de contrition authentiques et courageux, je n'éprouve pas une joie sans mélange à être aussi universellement courtisé. Je souhaiterais, par exemple, que ces nouveaux amis si démonstratifs soient tous également des amis scrupuleux de la vérité. La colère médiatique suscitée par la béatification du cardinal Stepinac m'irait droit au cœur s'il avait servilement soutenu le régime oustachi. Or tel n'est pas le cas.
La colère médiatique suscitée par la béatification du cardinal Stepinac m'irait droit au cœur s'il avait servilement soutenu le régime oustachi.
Or tel n'est pas le cas

Il suffit de se renseigner pour le savoir. Auprès des autorités de Zagreb ? Non. Auprès des historiens anglo-saxons (comme le fait remarquer Georges-Marie Chenu, les recherches sur la Yougoslavie sont peu développées en France) et auprès des juifs de Croatie. Une telle enquête apprend que, dès avril 1941, l'archevêque de Zagreb a protesté contre la législation antiserbe et antijuive promulguée par le régime, qu'il a organisé la fuite d'enfants juifs vers la Hongrie et vers la Palestine, qu'il en a caché beaucoup d'autres et que ses homélies étaient suffisamment tranchantes pour être reprises par les partisans et diffusées par la radio de Londres.

Voici ce qu'il déclarait en chaire lors de la fête du Christ-Roi, le 24 octobre 1942 : "Tous les hommes de toutes les races sont les enfants de Dieu ; tous sans distinction, qu'ils soient tziganes, noirs, européens civilisés, juifs ou fiers aryens, ont le même droit de dire : « Notre Père qui êtes aux cieux ». Pour cette raison, l'Église catholique a toujours condamné, et continue de le faire, toute injustice et toute violence commises au nom des théories de classe, de race ou de nationalité. On ne peut exterminer les tziganes ou les juifs parce qu'on considère qu'ils sont une race inférieure."

Pourquoi les actuels avocats de la cause juive, si nombreux et si fervents, n'ont-ils pas songé à s'informer en s'adressant aux juifs qu'ils prétendaient défendre ? Parce que ce ne sont pas les juifs qui les intéressent, surtout lorsqu'ils habitent l'arrière-cour de l'Europe. Ce qui les intéresse, c'est de se trouver beaux dans le miroir de l'antifascisme.
DOSSIER
L'ENGAGEMENT DES INTELLECTUELS FRANÇAIS PENDANT LA GUERRE


En 1941, l'évêque de Mostar s'appelait Alojzije Misic. Épouvanté par la violence des oustachis dans son diocèse, il interdit à son clergé de donner l'absolution à quiconque avait participé à des massacres de Serbes et, dès l'arrivée de Pavelic au pouvoir, il dénonça à Stepinac "le règne du carnage" qui venait de s'instaurer en Croatie. "Les hommes sont égorgés, assassinés, jetés vivants du haut des falaises, écrivait-il. Dans la ville de Mostar elle-même, ils ont été attachés par centaines, emmenés dans des wagons et tués comme des bêtes." En 1948, la justice de Tito s'abattit sur l'évêque Misic comme elle l'avait fait sur le cardinal Stepinac deux ans auparavant : il fut condamné à onze ans de prison pour collaboration avec l'État oustachi.

Ce n'est pas un des moindres crimes du communisme, en effet, que d'avoir manipulé l'enfer et transformé l'antifascisme en instrument d'oppression. Le fascisme, c'est le mal ; or tous nos ennemis sont mauvais ; donc tous nos ennemis sont fascistes : c'est parce qu'ils ont vécu cinquante ans sous la férule de ce syllogisme implacable que les Croates ont tant de difficultés aujourd'hui à faire la part des choses et à distinguer l'indispensable mémoire du mensonge déconcertant. Croit-on qu'on les y aide en redonnant vie et crédit au discours des manipulateurs ?

Mais qui se préoccupe d'aider réellement la Croatie, au besoin contre son gouvernement, à affronter son passé, à examiner sans complaisance la part d'ombre et même d'horreur de son histoire au lieu de ne connaître que ses griefs et de toujours se plaindre ? Qui pense à unifier l'Europe autrement que par l'économie, c'est-à-dire à faire en sorte que les deux grands malheurs du siècle cessent d'être exclusifs l'un de l'autre ? Notre époque est trop appliquée à prendre la pose pour se soucier de répondre aux vrais défis de la mémoire et du présent.

Alain Finkielkraut est professeur à l'École polytechnique.
Il a publié "Comment peut-on être croate?", Gallimard, 1992.



REFLEXION
Les protestations du cardinal Stepinac
Les soupçons de collaboration de l'archevêque de Zagreb avec le régime oustachi pendant la guerre ne sont pas fondés.

par Georges-Marie Chenu,
ancien ambassadeur de France en Croatie.

La béatification par le Pape du cardinal Stepinac, archevêque de Zagreb durant la Seconde Guerre mondiale, suscite en France des réactions contrastées. « Figure emblématique de la résistance croate au fascime et au communisme » pour les uns, le prélat mort en résidence surveillée en 1960 est accusé par d'autres, au mieux de « complicité passive » avec « le génocide de centaines de milliers de Serbes, juifs et Tsiganes par le régime oustachi ». A Paris, le bureau européen du centre Wiesenthal a demandé au Saint-Père de suspendre sa décision jusqu'aux conclusions d'une enquête impartiale comportant accès aux archives vaticanes.

DOSSIER
L'ENGAGEMENT DES INTELLECTUELS FRANÇAIS PENDANT LA GUERRE



Les recherches historiques sur la Yougoslavie royale puis communiste de 1919 à 1991 étant peu développées en France, c'est aux historiens anglo-saxons qu'il faut s'adresser pour savoir si Alojzije Stepinac a soutenu l'Etat indépendant croate _ mis en place en avril 1941 par l'Axe et dirigé par Ante Pavelic _, s'il a encouragé les conversions forcées des orthodoxes et fermé les yeux sur des crimes fascistes.

Au contraire, les faits montrent que l'archevêque de Zagreb n'est pas resté passif. Dès l'adoption, en avril 1941, d'une législation anti-serbe et anti-juive, il protesta par écrit auprès du ministre de l'intérieur. Après le premier massacre collectif de Serbes, il écrivit son indignation à Pavelic (mai 1941). En novembre, la Conférence des évêques dénonça la procédure des conversions collectives.

Les démarches écrites étant sans effet _ notamment une lettre à Pavelic de juillet 1941 sur les déportations de Serbes _, l'archevêque fit connaître son hostilité à l'action du gouvernement dans des sermons, prononcés le plus souvent dans sa cathédrale, à partir de mai 1942 et ensuite à de nombreuses occasions. Des extraits de ses homélies (contre « l'ordre nouveau », les « discriminations raciales », etc.), qui ont peu d'équivalents en Europe occupée, furent repris par les partisans et diffusés par la radio de Londres. Pourquoi Mgr Stepinac n'a-t-il pas rompu avec éclat avec un régime qu'il condamnait ? A l'envoyé du gouvernement en exil, Stanislav Rapotec, l'archevêque répondit, en avril 1942, que « s'il l'avait fait, il n'aurait plus été capable d'aider qui que ce soit ». « Il connaissait les terribles représailles des oustachis. En août 1941, le chanoine Lontchar, qui expliquait aux curés l'opposition des évêques aux conversions forcées, fut condamné à mort : il fut sauvé par le représentant du Saint-Siège à Zagreb auprès de la hiérarchie catholique et non pas de Pavelic.

Ayant choisi de résister au sein des institutions, Mgr Stepinac participa jusqu'à la fin à une vie protocolaire mais en « commandeur » qui, chaque fois qu'il pouvait s'exprimer, rappelait les principes dont devaient s'inspirer des responsables se disant chrétiens. Choix délicat et risqué, propre à entretenir des ambiguïtés. Mgr Stepinac était pour un Etat croate mais pas pour un régime oustachi !

En aucun cas on ne peut s'appuyer sur sa condamnation à seize ans de travaux forcés, en octobre 1946, pour prétendre que Mgr Stepinac a collaboré avec Pavelic qui, d'ailleurs, le détestait. Ce fut un procès politique destiné à ruiner l'autorité d'un prélat qui refusait une Eglise croate indépendante de Rome proposée par Tito en juin 1945 et qui condamnait très fort l'athéisme d'Etat. L'accusation brandit un faux et écarta des témoins en mesure de prouver que le prévenu avait sauvé des milliers de vies humaines, notamment juives et serbes.

Notre ignorance de l'histoire contemporaine des Balkans est si grande, les clichés si tenaces, les passions si fortes, qu'une recherche historique collective est indispensable. Mais à la condition d'être scientifique, c'est-à-dire d'être conduite hors des pressions, de porter aussi sur l'avant-guerre ainsi que tous les acteurs, et non pas sur une seule personnalité et une seule communauté, et enfin d'accéder à toutes les archives. Sont en jeu des événements qui ont broyé des centaines de milliers d'êtres humains, l'honneur d'un homme, la vérité et la justice.

A propos de Mgr Stepinac, on doit écouter un témoin français. Le jour de la fête du Christ-Roi, en octobre 1942, l'archevêque, du haut de sa chaire, « avait flétri la doctrine nationale-socialiste en matière de race ». Le 6 novembre, Georges Geyraud, notre consul général à Zagreb, envoya à Vichy ce commentaire : « Cette expression solennelle de la réprobation qu'inspire à Mgr Stepinac le régime, s'ajoute aux protestations et représentations que le jeune et intrépide archevêque de Zagreb, au risque de représailles contre sa personne, multiplie auprès des pouvoirs publics. » (Archives du Quai d'Orsay.) Mgr Stepinac est accusé par les uns de complicité avec le régime oustachi pro-nazi, tandis que d'autres affirment qu'il a sauvé des milliers de vies humaines, notamment juives et serbes.



La Croix, 06/10/1998

MIDI MOINS SEPT
« Mgr Stepinac avait condamné le racisme des oustachis ».
Le rôle de l'archevêque de Zagreb entre 1941 et 1945 fait l'objet de trop de simplifications.

INVITE : Joseph Krulic, Historien.

Bruno Frappat : La visite de Jean-Paul II en Croatie et la béatification du cardinal Stepinac suscitent des controverses. Pouvez-vous resituer l'histoire récente de ce pays de 4,8 millions d'habitants ?

Joseph Krulic : La Croatie a proclamé son indépendance en juin 1991. Elle a connu une guerre très dure pendant sept mois en 1991-1992 et, à la suite d'un nouveau conflit, a récupéré en août 1995 la totalité de son territoire. Ce qui caractérise les Croates, dans l'ensemble des peuples de langue serbo-croate, c'est le rattachement à la catholicité.

_ Avec l'affaire Stepinac, on a l'impression, si on lit la presse française, que Jean-Paul II s'est mis dans un mauvais pas. Il aurait béatifié un « collabo », un archevêque proche des nazis...

_ Mgr Stepinac a sûrement été béatifié pour son rôle de martyr après 1945, plus que pour son rôle antérieur. En mai 1945, les partisans communistes de Tito entrent à Zagreb mais c'est en septembre que le cardinal Stepinac est emprisonné : il avait été reçu par Tito qui lui avait demandé de créer une Eglise nationale séparée du Saint-Siège. Il avait refusé. Mgr Stepinac et les autres évêques croates publièrent une lettre critiquant la politique du régime sur la liberté religieuse, la confiscation des biens ecclésiastiques, les persécutions, les meurtres de prêtres, etc.

_ C'est à la suite de cela qu'il est condamné

_ Il ne recouvrera jamais la pleine liberté. Il quittera sa prison de Leplogova _ où Tito avait lui-même été emprisonné avant guerre _ au début de 1952 et sera nommé cardinal par Pie XII. Il restera en résidence surveillée dans son village natal jusqu'à sa mort, en 1960.

_ Quel a été son comportement lorsque la Croatie vivait sous le régime fasciste des oustachis ?

_ Contrairement à ce qui est dit parfois, Stepinac a critiqué en privé, et par des lettres, le dictateur Pavelic qui, lui-même, le détestait. A deux occasions au moins, le 25 octobre 1942 et le 14 mars 1943, en chaire, à la cathédrale de Zagreb, il a condamné la politique raciste à l'égard des juifs et des Tsiganes. Il est vrai que le mot Serbe ne figure pas dans ces sermons. Ses propos avaient été cités par la BBC, ce qui mit en rage des dirigeants oustachis.

_ Le voyage de Jean-Paul II peut-il faciliter la réconciliation des communautés ?

_ Avec la communauté juive de Zagreb, la réconciliation est en grande partie faite, y compris grâce à des initiatives du président croate : il a présenté quasiment des excuses publiques pour la période 1941-1945. Avec les Serbes, la réconciliation est beaucoup plus difficile. Il n'est pas évident qu'ils comprennent la béatification du cardinal Stepinac.



La Croix, 06/10/1998

BEATIFICATION
Jean-Paul II en Croatie
Samedi 3 octobre, une foule émue a assisté à la béatification du cardinal Stepinac. Le Pape n'a pas évoqué les polémiques autour du cardinal et de la seconde guerre mondiale. Il a placé sa béatification sous le signe de la fidélité à l'unité de l'Eglise.

MARIJA BISTRICA, SPLIT
Guillaume Goubert, envoyé spécial.

Pour l'immense majorité des catholiques croates, la sainteté du cardinal Alojzije Stepinac ne fait aucun doute. C'est devant une foule émue que Jean-Paul II, samedi matin au sanctuaire marial de Marija Bistrica, a béatifié l'ancien archevêque de Zagreb, mort en 1960 alors qu'il était en résidence surveillée, quatorze ans après avoir été condamné comme « traître et ennemi de la patrie » par le régime communiste yougoslave.

Hors de Croatie, le cardinal Stepinac ne fait pas la même unanimité. Du côté de la Serbie et de certaines associations juives, on met en cause son attitude pendant la Seconde Guerre mondiale. On l'accuse d'avoir été complice des déportations, des exécutions et des conversions forcées de Serbes et de juifs menées par le régime oustachi, inféodé à l'Allemagne nazie, et qui proclama l'indépendance de la Croatie en 1941.

Jean-Paul II n'a pas voulu, à l'occasion de cette béatification, engager un travail de purification de la mémoire sur les responsabilités qui furent celles de catholiques croates dans les exactions d'alors. Ce qui, d'une certaine façon, l'a empêché de rappeler _ pour défendre sa mémoire _ ce que fit le cardinal Stepinac face aux crimes du régime oustachi.

« Il n'a pas eu peur des chaînes »

En effet, l'archevêque de Zagreb qui avait initialement approuvé, en 1941, la création de l'Etat indépendant de Croatie, ne resta pas inerte vis-à-vis des autorités. Il dénonça en chaire ce que subissaient juifs et Serbes. Il donna des instructions à son clergé pour sauver des vies (voir nos éditions du 3 octobre).

Tout cela, Jean-Paul II ne l'a évoqué qu'implicitement dans son homélie de la messe de béatification : « En la personne du nouveau bienheureux, se résume, pour ainsi dire, toute la tragédie qui a frappé les populations croates au cours de ce siècle marqué par les trois grands maux du fascisme, du nazisme et du communisme. (...) Significatives, à cet égard, sont les paroles que le nouveau bienheureux prononça en 1943, durant le second conflit mondial lorsque l'Europe se trouvait prise dans l'étau de violences inouïes : « Quel système soutient aujourd'hui l'Eglise catholique alors que le monde entier est en train de combattre pour un nouvel ordre mondial ? En condamnant les injustices, tous les massacres d'innocents, les incendies de villages pacifiques, la destruction du travail des pauvres, nous répondons : l'Eglise soutient ce système qui est aussi vieux que les dix commandements de Dieu. Nous sommes pour le système (...) qui a été inscrit par le doigt du Dieu vivant dans la conscience des hommes. »

Pour Jean-Paul II, le message essentiel du cardinal Stepinac qui a conduit à sa béatification tient en son engagement pour l'indépendance et l'unité de l'Eglise. Rendant hommage à celui qui refusa de prendre la tête d'une Eglise nationale comme le lui demandait le régime titiste, le Pape déclarait dimanche à Split : « Il a accompli sa mission d'évangélisateur en souffrant pour l'Eglise et il a scellé par la mort son message de foi. Il a préféré la prison à la liberté pour défendre la liberté et l'unité de l'Eglise. Il n'a pas eu peur des chaînes afin que ne soit pas enchaînée la parole de l'Evangile. »

G. G.
Je pense qu'il faut se pencher plus amplement sur les écrits de cet éveque,les photos ne suffisent pas. Il est plus facile de combattre une idéologie lorsqu'on est loin de celle-ci que lorsque l'on s'y trouve entre ses crocs.Mgr a combattu à l'intérieur de l'arene,en essayant de court-circuiter spirituellement et physiquement un régime qu'il désapprouve .Tout en s'affichant publiquement à coté de ce régime,il le combattait avec les moyens du bord.Il me semble que c'est Staline qui avait dit "Le Pape?Combien de divisions?"
Cette politique d'infiltration est bien plus dangereuse et d'autant plus ingrate à la fin de la guerre si on se contente du paraitre.Un exemple:les résistants français endossant le manteau de la collaboration pour pouvoir infiltrer les officines ennemies et communiquer aux réseaux FFI de si précieuses informations stratégiques. Il y avait le risque d'etre "harakiri" après la victoire des Alliés par la population et les résistants de la dernière heure(ma grand-mère en a connu de ces gens tournant au gré du vent cassaque à cette époque)s'il n'y avait personne, où plus de preuves pour affirmer que vous étiez résistant.


(...)
Je relis ce messsage et je trouve qu'il ne manque pas de toupet, car un souvenir me revient.

Je ne reviendrai pas sur le fait que ces textes s'adressent à des gens qui ne se sont pas intéressés à la question, que l'on ne dit mot sur les documents qui accablent le cardinal Stepinac comme sa lettre de protestation à l'ambassadeur d'Italie parce que l'armée italienne avait rouvert les églises orthodoxes au culte, et qu'en bref ce n'est que de la propagande à l'usage de ceux qui ne veulent pas savoir.

On cherche à nous présenter, via les textes de Finkielkraut ou Chenu, le "bienheureux Stepinac" comme un adversaire de Pavelić qui "le détestait". Alors pourquoi celui-ci l'avait-il fait membre du Parlement oustachi et pourquoi lui avait-il décerné la plus haute décoration de l'Etat oustachi?

Mais le souvenir qui m'a fait revenir à ce message et trouvé qu'il me manquait pas de toupet, c'est qu'à l'époque où le "bienheureux" Stepinac gagnait son auréole en "résistant" comme nous l'apprennent Finkielkraut et Chenu, le patriarche Gabriel de Serbie, lui, était interné au camp de concentration de Dachau avec le saint évêque Nicolas Velimirović.

Visiblement, il y a des résistances qui coûtent moins cher que d'autres. Peut-être parce qu'elles sont si discrètes qu'il faut être Finkielkraut pour les dénicher plus de cinquante ans après?

Dzma
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Message par Dzma » mar. 25 avr. 2006 14:44

Alors, vous devriez d'abord demander au gouvernement croate d'arrêter la persécution de sa petite minorité orthodoxe que le Conseil de l'Europe et l'Union européenne l'ont contraint à épargner. Vous devriez demander des explications sur l'assaut mené contre la résidence de l'évêque orthodoxe Photios de Dalmatie à Sibenik l'année dernière


Même avec un peu de retard, je tiens à préciser que personnellement je n'ai aucun moyen de pression sur le gouvernement de Zagreb. Le problême est que si la Communauté Internationale ne fait pas plus de pression c'est que, quelques part, la politique du 2 poids, 2 mesures est en vigueur. (Du fait des liens entre Zagreb et le Vatican??????)

Ensuite les Croates qui prennent Pavelic , Stepinac et les oustachis pour des héros sont comme les quelques Serbes qui idolatrent Milosevic ou Karadzic: Si ils avaient réellement conscience de la véritable nature de ces personnages, leur jugement serait certainement viscéralement différent.

Alexandr
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Message par Alexandr » mar. 25 avr. 2006 17:49

Il faut comparer ce qui est comparable avec du recul, et pour cela, il faut que la vérité soit établi contre tout desinformation (exemple ici , ce qui n'empêche pas d'aller voir ailleurs.)
Dernière modification par Alexandr le jeu. 27 avr. 2006 12:10, modifié 1 fois.

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