La hiérarchie orthodoxe ?

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tichon
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Inscription : sam. 07 janv. 2006 12:35

La hiérarchie orthodoxe ?

Message par tichon »

Bonjour

je suis en train de me pencher sur mon mémoire (universitaire) sur l'église orthodoxe russe pendant l'URSS. N'ayant que très peu de connaissances sur la structure hiérarchique de l'église orthodoxe, je voulais savoir s'il existe un petit récapitulatif qui mentionne tous les rangs et fonctions des clergés séculiers et monastiques ?

donc, ce que je cherche ressemble à ça :

patriarche
métropolite
archevêque
évêque
? - igoumen
archiprêtre - archimandrite ?
prêtre - ?
archidiacre - protodiacre

(évidemment le tout corrigé et un peu plus complet...)

si vous pouvez m'aider, ça serait vraiment sympa !

Avec mes meilleures salutations

Tichon

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur »

Vous trouverez la réponse à la plupart de vos questions dans les deux ouvrages suivants:

Martine Roty, Dictionnaire russe-français des termes en usage dans l'Eglise russe, Institut d'études slaves, 2e édition, Paris 1992

Andrei Ivanov, Dicţionar religios rus-român, Editura Bizantină, Bucarest 2003

Pour résumer, vous avez raison dans les grandes lignes.

Le primat de l'Eglise orthodoxe de Russie porte le titre de patriarche, rétabli en 1917.

L'Eglise de Russie, comme la plupart des Eglises orthodoxes locales, a perdu l'organisation canonique qui voulait que le territoire d'une Eglise soit divisé en régions métropolitaines avec un métropolite et des évêques suffragants. Cette organisation canonique n'a été maintenue à ce jour que par l'Eglise orthodoxe de Roumanie.

Par conséquent, les titres de métropolite et d'archevêque ont dans l'Eglise russe une signification surtout honorifique.
Au XIXe siècle et jusqu'en 1917, le titre de métropolite (митрополит) était lié aux sièges de Moscou, Kiev et Saint-Pétersbourg.
Le titre d'archevêque (архиепископ) est purement honorifique dans l'Eglise russe; il n'est pas lié à un siège, n'implique aucune autorité sur des suffragants et est conféré à titre viagier à des évêques éminents. Attention: dans les Eglises de Grèce et de Chypre, le titre d'archevêque (αρχιεπίσκοπος) a une toute autre importance, puisqu'il est porté par le primat de chacune de ces Eglises locales. En revanche, tous les évêques diocésains de Grèce portent le titre de métropolite, alors qu'ils n'ont pas de suffragants (la Grèce constitue une seule province ecclésiastique), mais, au mieux, des évêques auxiliaires. Je reconnais que c'est compliqué, mais le titre de métropolite est extrêmement rare en Russie, tandis qu'il est conféré à tous les évêques diocésains en Grèce; le titre d'archevêque est purement honorifique en Russie, il est porté par le seul primat en Grèce.

Attention à une grosse erreur de traduction si vous êtes confronté au mot russe архиерей, qui est un décalque du grec αρχιερεύς: ce mot se traduit simplement par "évêque", c'est-à-dire le Grand Prêtre, celui qui a la plénitude du sacerdoce. J'attire votre attention sur ce point parce que c'est un des mots les plus massacrés par la négligence des traducteurs: je l'ai vu traduit du russe vers le français par une agence de presse par "archevêque", et je l'ai vu traduit du grec vers l'anglais dans la traduction du beau catéchisme pour les enfants du métropolite Hiérothée (Vlachos) de Naupacte et Saint-Blaise par "archpriest"! Donc, je répète, ce mot ne veut dire ni archevêque, ni archiprêtre, mais simplement évêque.

Le titre d'higoumène est l'équivalent de celui d'abbé.

Le titre d'archiprêtre est attribué à certains prêtres mariés, le titre d'archimandrite à certains hiéromoines (moines prêtres). Il est à noter que l'attribution de ces titres n'est pas une simple nomination administrative; il s'agit bien d'une promotion ecclésiastique, marquée par une cérémonie particulière avec imposition des mains, même si l'archiprêtrise et l'archimandritat ne sont que des catégories à l'intérieur de la prêtrise, tandis que la prêtrise est un degré du sacerdoce différent du diaconat et que le passage du diaconat à la prêtrise se fait par une véritable ordination.
Autrefois, le titre d'archimandrite était rare, prestigieux et conféré uniquement au supérieur de plusieurs monastères, l'exemple type étant l'archimandrite de Messine, qui, après la conquête de l'Italie du Sud et de la Sicile par les Normands, avait autorité sur toutes les paroisses et tous les monastères orthodoxes qui subsistaient en Italie. Le titre est maintenant accordé de manière beaucoup plus généreuse.

Le titre de protodiacre est conféré à certains diacres mariés et celui d'archidiacre à certains hiérodiacres (moines diacres). Les mêmes remarques s'appliquent que précédemment, mais à l'intérieur du degré du diaconat, et plus de celui du sacerdoce.
Autrefois, il n'y avait guère qu'un archidiacre par diocèse, et celui-ci était en fait chargé de toutes les questions administratives du diocèse.

tichon
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Message par tichon »

Un grand merci pour ces informations précieuses qui me permettent de mieux avancer et de mieux comprendre certains points très mystérieux pour moi. :oops:

tichon
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Message par tichon »

Je me suis procuré ce dictionnaire, mais il me reste encore une question concernant le clergé et ses titres honorifiques en français. Je suis désireux de ne pas faire d'amalgame entre les termes français imprégnés du catholicisme et les termes russes à traduire, mais j'aimerais les rendre au mieux, afin qu'un lecteur francophone, ne connaissant rien à l'orthodoxie, puisse le comprendre au mieux.

Peut-on s'adresser au patriarche en l'appellant "Votre Sainteté" [Ваше Святейшество] ?
Peut-on appeler un archevêque/évêque "Votre (haute) éminence" [Ваше Высокопреосвященство] ?

Peut on appeler un prêtre "Mon père", prêtre, curé, pope ?

Jean-Louis Palierne
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Inscription : ven. 20 juin 2003 11:02

Message par Jean-Louis Palierne »

Depuis l’époque moderne et du partenariat entre les Églises et les États-Nations, les évêques ont pris l’habitude de se faire attribuer une série d’appellations parallèles à celles de la hiérarchie catholique, avec cette seule différence que chaque autocéphalie (c’est-à-dire en pratique chaque Église nationale) est considérée comme l’équivalent de l’Église catholique. D’où :
• pour le patriarche, “Sa Sainteté”, Et au vocatif “votre sainteté”.
• pour les métropolites, “Son Éminence”
• pour les évêques, “Son Excellence”.
• pour les prêtres, “mon père”.

L’Église russe a peu à peu créé une hiérarchie très complexe, avec le titre honorifique d’archevêque à titre personnel, et parmi les prêtres des protopresbytres (qui peuvent être “stavrophores” et des archiprêtres mitrés. L’émigration a multiplié ces distinctions.

La tradition byzantine, puis la coutume grecque (et balkanique) est plus sobre sur les titres et les appellations. Le titre d’archevêque était porté par des chefs d’Église autocéphales non-patriarcales. Il y en avait plusieurs du temps de l’Empire ottoman et de l’Empire austro-hongrois, mais il n’y en a plus que trois : la Sinaï, Chypre et la Grèce.

Mais les Églises grecques grecques et balkaniques ont multiplié les archimandrites, qui ne sont en fait que des prêtre célibataires supérieurs et épiscopables.
Jean-Louis Palierne
paliernejl@wanadoo.fr

tichon
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Message par tichon »

Jean-Louis Palierne a écrit : • pour le patriarche, “Sa Sainteté”, Et au vocatif “votre sainteté”.
• pour les métropolites, “Son Éminence”
• pour les évêques, “Son Excellence”.
• pour les prêtres, “mon père”.
merci. Qu'en est-il des archevêques ? ;-)

Tichon, le pinailleur, qui désire tout savoir ;-)

Laurence
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Inscription : ven. 20 janv. 2006 21:50

Message par Laurence »

Jean-Louis Palierne a écrit :
D’où :
• pour le patriarche, “Sa Sainteté”, Et au vocatif “votre sainteté”.
• pour les métropolites, “Son Éminence”
• pour les évêques, “Son Excellence”.
• pour les prêtres, “mon père”.
Le titre de Béatitude ne figure pas dans votre liste... N'est-ce pourtant pas le titre des Patriarches excepté de celui de Constantinople qui lui seul à droit a du "Votre Sainteté?"

Soit dit en passant, ce titre "Votre Sainteté" m'a toujours semblé peu modeste...

tichon
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Message par tichon »

Laurence a écrit :Le titre de Béatitude ne figure pas dans votre liste... N'est-ce pourtant pas le titre des Patriarches excepté de celui de Constantinople qui lui seul à droit a du "Votre Sainteté?"
et moi qui croyais que le Patriarche de Constantinople n'était qu'un patriarche parmi les autres ?

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne »

C’est vrai. J’avais oublié le patriarche œcuménique. Honte à moi ! Et merci à Laurence, qui me corrige.

Cela dit, il est vrai que le patriarche œcuménique n’est qu’un patriarche parmi les autres, mais il est également vrai que les patriarches ne sont que des évêques parmi les autres, et on pourrait en dire de même des métropolites etc.

Il faut rappeler que tous les évêques sont égaux. Mais ils doivent être ordonnés par un synode épiscopal, qui délègue au moins trois évêques, ils doivent ensuite participer aux réynions de ce synode, y faire part de toutes les affaires importantes, des décisions qu’ils ont prises et des difficultés qu’ils ont rencontré. Ils doivent vérifier dans ces réunions leur communion dans la foi, et c’est toujours par l’intermédiaire de ces synodes qu’ils participent à la vie de l’Église répandue par l’univers entier. Ils peuvent être jugés, condamnés et déposés par ces synodes.

Un synode doit se réunir dans le cadre d’une circonscription de l’administration civile. Dans l’Empire de l’époque, depuis les réformes administratives de Dioclétien, on comptait un certain nombre de “provinces” et tout naturellement l’Église a adopté ce cadre, s’organisant en synodes provinciaux présidés par des métropolites. Les empires se sont succédé, les découpages administratifs ont évolué, mais les termes antiques sont toujours en usage.

Le président d’un synode, donc le métropolite, doit agir au nom de tous ses collègues, leur rendre compte de tout ce qu’il fait, de même qu’eux doivent l’informer de tout ce qu’ils font. On voit que le président d’un synode ne peut être considéré comme un “chef”.

Ce qui a le plus nui à la synodalité des Églises orthodoxes, c’est leur caractère national, qui fait d’elles un interlocuteurs privilégié dans le cadre de chaque nation, de chaque patriarche une sorte de chef de l’état des consciences, du synode patriarcal un second parlement et du synode restreint un gouvernement parallèle. Il ne s’agit plus d’une vie véritablement synodale. On comprend que dans ces conditions l’humilité des hiérarques se soit attiédie. S’en trouve-t-il encore beaucoup qui utilisent la formule qu’employaient traditionnellement leurs précévesseurs quand ils se désignaient eux-mêmes dans les Actes officiels : “Notre médiocrité” ?

Mais il ne peut pas y avoir de fonctionnement d’une réunion (d’un synode) de l’Église à quelque échelon que ce soit sans que quelqu’un assure la présidence, et au niveau de la “Pentarchie des patriarches”, ce rôle était joué jadis par l’évêque de Rome. Depuis qu’il a déchu de l’Orthodoxie, ce rôle est dévolu au patriarche de Constantinople. Il faut noter que ce rôle implique également qu’il doive exercer un dernier appel dans tous les cas où un jugement est porté portant la condamnation d’une personne. On ne peut donc nier que le patriarche de Constantinople aît un rôle singulier à jouer — comme les présidents de tout synode chacun à son échelle, mais le patriarche œcuménique à l’échelle de l’ensemble de l’Église répandue par tout l’univers .

C’est ce rôle qu’il a joué récemment en invitant l’Église de Grèce à adopter une procédure correcte pour condamner un évêque afin que lui puisse ultérieurement le juger en appel.
Jean-Louis Palierne
paliernejl@wanadoo.fr

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur »

Que notre ami "tichon" ne s'étonne pas que le patriarche de Constantinople porte des titres aussi prestigieux que ceux de "Toute Sainteté" ou de "patriarche oecuménique": cela ne remet pas en cause l'égalité fondamentale entre les patriarches.

Le patriarche d'Alexandrie est le seul à porter les titres de "pape" (depuis que l'autre pape, le patriarche de Rome, a quitté l'Eglise) et de "juge de l'univers". Et bien, le titre de "juge de l'univers", qui est quand même extraordinaire en soi et qui paraît plus prestigieux encore que les titres accordés au patriarche de Constantinople, ne l'empêche pas de n'être que le deuxième par rang d'honneur derrière le patriarche de Constantinople.

Le patriarche d'Antioche est aussi, à ma connaissance, le seul à porter le titre de "treizième apôtre", et il n'est que troisième par rang d'honneur.

Ces titres ont aussi été donnés par l'Eglise à ces patriarches pour rendre hommage à un passé glorieux ou rappeler le souvenir d'une fondation apostolique.

Mais la τάξης (taxis), c'est-à-dire le rang d'honneur des patriarcats au sein de l'Eglise, implique aussi des fonctions de coordination que Jean-Louis Palierne a excellement rappelé dans son message.
Dans le passé, des Eglises locales, arguant du fait qu'elles avaient beaucoup plus de fidèles ou beaucoup plus de soutiens politiques que le patriarcat de Constantinople et les trois patriarcats d'Orient, ont essayé de bouleverser la τάξης. Cela n'a jamais été accepté par l'Eglise. Et il y a à mes yeux une certaine fidélité à ce que l'Eglise continue à donner le premier rang d'honneur à quatre Eglises locales qui ont été si malmenées par l'Histoire, dépouillées, martyrisées, mais qui n'ont jamais capitulé.

Quand, suite à la fausse union de Florence, l'empereur des Romains Jean Paléologue imposait à Constantinople un patriarche unioniste et que les évêques de son ressort qui restaient fidèles à la foi durent se séparer de lui pour former la Synaxe (par opposition au saint Synode peuplé de créatures de l'Empereur), ce furent les trois patriarcats d'Orient, encore plus pauvres et petits qu'aujourd'hui qui, sans trembler, réunirent en 1444 le concile de Jérusalem pour déposer le patriarche unioniste de Constantinople et ceux qui le suivaient. (Il en a été question sur ce forum.)

En un certain sens, la τάξης nous rappelle que les circonstances extérieures ne sont pas tout et que des Eglises faibles à vue humaine restent particulièrement vénérables. Je le dis avec d'autant plus d'impassibilité que mon Eglise bien-aimée n'a que le septième rang d'honneur dans la τάξης.

tichon
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Message par tichon »

Je commence à comprendre la place "spéciale" qui est réservée au patriarche de Constantinople.

Par contre, le système de "taxis" reste encore très flou et incompréhensible pour moi...

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne »

Je crois qu'il faut revenir à quelques principes généraux :

• L’évêque reçoit avec le charisme épiscopal celui du discernement. C’est à lui d’enseigner (donc de discerner les besoins), de juger pour soigner (donc de discerner les maladies spirituelles) et de promouvoir dans le clergé (et donc de discerner les personnes). Il a ce charisme exclusif pour son diocèse, et exclusivement là.

• La fonction épiscopale est attribuée par un synode épiscopal (qui choisit l’homme et l’ordonne). Le nouvel évêque devient membre de ce synode.

• Les membres du synode doivent se réunir régulièrement, mettre en commun leurs problèmes et leurs décisions et vérifier mutuellement leurs orientations. Ils peuvent être jugés, condamnés par ce synode.

• Il n’y a pas de synode sans président, qui parle au nom de tous et conduit les débats. Les autres membres doivent lui faire part, en dehors des réunions, de tout ce qui en vaut la peine, et lui doit les informer de ce qu’il fait en leur nom.

• L’Église a toujours considéré qu”elle doit s’aligner sur les circonscriptions de l’administration civile. De là viennent les noms de “synode provincial” zr de “métropole” (en grec c’était le nom du chef-lieu).

• Les synodes des super-provinces (il y en a eu une quinzaine dans l’Empire romain, grosso modo grands comme les nations modernes) étaient plutôt des lieux de discussions générales (dogmatiques et canoniques) et d’appel pour les décisions provinciales contestées.

• L’Église considérait que seules les très grandes villes peuvent avoir des évêques capables, et des successions assez continues pour parler des orientations très générales et trancher les conflits les plus graves. C’est pourquoi la Gaule, ou l’Espagne, ou l’Illyrie, ou la Thrace, ou le Pont, ne purent jamais dégager des patriarches (bien qu’il y eût parfois des personnalités remarquables, mais pas de capitales permanentes). Seules Rome, Antioche et Alexandrie le pouvaient. Puis Constantinople (mais ses patriarches venaient parfois d’ailleurs) et Jérusalem (centre universel de pélerinages. D’où la pentarchie.

Ce sont ces principes qui forment la “taxis”.
Jean-Louis Palierne
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augustin717
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Message par augustin717 »

J'ai une question a poser.
Il y avait, au cours du XIXe et au commencement du XXe siecle, au moins, dans notre eglise de Transylvanie de soi-disants "diacres de ceremonies" mais qui n'etaient pas de diacres, mais des pretres qui, a certaines occasions, remplissaient dans la liturgie le role reserve normalement a un diacres.
Savez-vous quelque chose de pareil dans d'autres Eglises Orthodoxes?
Porrait-il s'agir d'une influence catholique romaine?

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne »

Dans l'Eglise orthodoxe, si un diacre n’est pas disponible, le prêtre dit les paroles et fait les gestes qui devraient être dits et faits par le diacre en son absence, mais continue à porter les ornements sacerdotaux.

Effectivement dans l’Église romaine c’était l’usage que dans certaines grandes cérémonies, en l’absence de diacres (habituelle alors dans l’Église romaine, car le diacre n’était pour eux qu’un prêtre stagiaire pour un an) un prêtre “faisait” diacre ou même sous-diacre en portant les ornements correspondants. La seule mission réelle du sous-diacre était de chanter le renvoi final “Ite Missa est” sur une longue vocalise. C’était une mission périlleuse et redoutée.

Les bons liturgistes orthodoxes considèrent que ce serait une erreur que d’introduire dans la liturgie orthodoxe l'errance romaine obligeant un pêtre à "faire diacre" en portant les ornements diaconaux..

Dans l’Empire austro-hpngrois et à son voisinage, dans les Balkans, et même dans les régions les plus héroïquement et les plus irréductiblement attachées à la foi orthodoxe, s’étaient introduits subrepticement des usages parfois minimes, parfois plus graves, d’origine romaine, le plus souvent introduits dans l’usage des orthodoxes par la conviction que l’Orthodoxie a vocation d’être une grande religion, au moins aussi grande que le Catholicisme, et on tenait à montrer qu’on pouvait faire aussi bien.

Je me souviens qu’à l’Église serbe de Paris, vers 1990, on sonnait la sonnette de l’élévation pendant l’Anaphore « Puisqu’ils ne doivent pas entendre ce qu’on dit (les fidèles), il faut bien qu’ils sachent le moment où ça se passe. » Quant à l’archidiacre il portait une soutane romaine avec une ceinture rouge de cardinal.

Je suis convaincu qu’on pourrait trouver de nombreux exemples analogues.
Jean-Louis Palierne
paliernejl@wanadoo.fr

augustin717
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Message par augustin717 »

Monsieur Palierne,
Je vous remercie pour votre reponse.
A propos des particularites liturgiques de l'Eglise Serbe et il me semble que nos usages de Transylvanie et Banat sont plus proches aux usages serbes et, peut etre, rutheniens, qu'aux usages des orthodoxes roumains d'au dela des Carpathes. Chez nous aussi on sonne une clochette a main a certains stages de la liturgie (Le Grand "Vohod"/ La Grande Entrance), au moment de la consecration on sonne les grandes cloches de l'eglise pour trois fois; les pretres d'un certain grade porte
des ceintures rouges, l'habit traditionel de nos pretres semble plutot a la soutane romaine qu'au "rasa", d'une forme tres large, des Grecs, on s'agenouille beaucoup pendant la liturgie etc.
Mais cela s'explique tres bien par le fait que nous avons ete sous la houlette du metropolite de Karlovitz et nos eveques ont ete serbes jusqu'a 1860, approximativement.

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