Iconoclasme - Adoration vs Vénération

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Bertrand
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Iconoclasme - Adoration vs Vénération

Message par Bertrand » mer. 30 nov. 2005 18:09

Bonjour à tous et à toutes ! :)

L'année passé j'avais ouvert le fil « Le canon des Saintes Écritures » et j'avais eu de l'informations intéressantes. Ces temps-ci je m'intéresse à défendre la vénération envers les icônes. Mon objectif n'est pas d'amener les Protestants à vénérer les icones, mais seulement à bien leur faire comprendre ( du meilleur de mes connaissances ) ce qu'est cette vénération — qui n'est pas de l'adoration ! — et sa légitimité. Ainsi comme vous le savez, le Protestantisme nous accuse, nous Catholiques comme Orthodoxes « d'adorer » les icônes et d'en faire ainsi des « idoles » !

Je m'adresse à vous tout simplement parce que je crois que c'est vous les « experts » en la matière. Vous avez aussi un vécue de vénération beaucoup coutumier et « intense » que nous Catholiques envers les icônes. C'est un peu normal car l'art de l'iconographie — avec tout ce qui l'entoure — origine de l'Orient.

Vous comprendrai qu'il est difficile de se taire quand nous sommes accusé d'idolâtrie quand on s'incline devant une icone ou quand on l'embrasse. Ce n'est pas une mince accusation...

J'aurai plusieurs points à aborder avec vous. Pour commencer je vous présente certains énoncés qui ( il me semble ) situe ce que comporte la vénération de l'icône et pour exemple celle ou on y retrouve la représentation du Christ.

Ce que j'aimerais avoir ici, c'est vos opinions sur la justesse de ces énoncées et y inclure les précisions ou corrections s'il ya lieu.

Une chose est certaine c'est que cette défense me permettra avant tout de mieux comprendre la vénération de l'icône et sa place dans la sainte liturgie.

Alors voici bien simplement ce que j'ai écris :

—> Celui qui vénère une icône du Christ :

1- ne prend évidemment pas le Christ Ressuscité, pour une idole,
2- ne prend ni la plaque de bois, ni la peinture pour un dieux,
3- ne croient pas que celle-ci est Dieu,
4- ne l'adore pas car il sait que cette icône n'est pas un dieux, n'est pas divine et n'est pas Dieu,
5- sait que celle-ci est une « représentation » picturale du Christ qui n'est pas une faux dieu mais que Celui-ci ( le Christ ) est le Christ, Dieu,
6- sait que l'image du Christ n'est qu'une approximation de celui-ci,
7- sait que l'image du Christ ne peut exprimer la réalité de la divinité et de la gloire du Christ mais qu'elle ne peut que les symboliser ( par les couleurs et l'auréole par exemples ).
8- le fait dans un grand respect,
9- peut l'exprimer soit par une inclinaison de la tête et/ou soit par un baiser.
10- en s'inclinant la tête devant celle-ci, le fait en son fort intérieur non pas pour la plaque de bois ou pour la peinture, mais pour celui qui y est représenté.
11- sait fort bien que l'image qui y est représenté est « morte et sans vie » mais qu'elle « représente » Celui qui est Le Ressuscité, Le Vivant.

—> MAIS celui qui devant une icône du Christ :

12 - adorerait ( avec l'intention et le ou les mots appropriés ) cette icône en pensant en son coeur qu'elle est ( la plaque de bois et/ou la peinture ) : un dieux, qu'elle est divine ou qu'elle est Dieu, serait idolâtre.

----------------------------

Alors j'attend vos commentaires déjà avec intérêt ! :)

Je vous salut en notre Seigneur Jésus-Christ.
Paix et joie :) en Lui.

Bertrand
Que votre langage soit toujours aimable, plein d'à-propos, avec l'art de répondre à chacun comme il faut ( Col 4, 6 ).

Anne Geneviève
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Message par Anne Geneviève » mer. 30 nov. 2005 19:42

L'icône en tant qu'objet matériel, bois peint, est une porte ouverte sur la présence de Celui qui est représenté. Il ne s'agit pas d'une illustration comme le soutenait le concile carolingien de Francfort et comme l'a repris ensuite l'Eglise romaine. Il s'agit d'une réelle mise en présence.
Bien entendu, personne ne va idolâtrer un morceau de bois ! Même les animistes qui "adorent" les arbres s'adressent à autre chose que l'écorce, à un esprit de la nature, à un ange, à un démon, à leur propre inconscient ou à leurs ancêtres défunts. A plus forte raison un chrétien baptisé sait qu'en vénérant l'icône, c'est au Christ lui-même qu'il adresse sa prière et son hommage.
Mais il y a vraiment un mystère de l'icône, un mystère de la présence, et je prends ce terme en son sens fort. Un sacrement, si vous préférez. C'est pourquoi l'iconographe respecte des canons rigoureux tout comme l'architecte qui construit une église ou le musicien qui compose une hymne.
"Viens, Lumière sans crépuscule, viens, Esprit Saint qui veut sauver tous..."

Bertrand
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Bonjour Anne Geneviève ! :)

Message par Bertrand » mer. 30 nov. 2005 21:51

Bonjour Anne Geneviève ! :)


Merci beaucoup d'avoir prit de votre temps pour me dire ce qu'est l'icône pour l'Église Othodoxe. C'est bien aimable à vous.


Je vous pose ici quelques questions pour approfondir le sujet:

1- Comment un chrétien pourrait — dans sa dévotion — faire de l'icône une idole ?

2- Comment peut-on justifier que l'on peut vénérer une icône au niveau biblique ?

3- Comment peut-on justifier que l'icône soit un mystère de la présence du Christ, un sacrement, et ce au niveau biblique ?

4- Si l'«image » du Christ n'est pas une illustration elle est quoi au juste ? Une « image » ou autres choses ?

5- Nous rendons un culte aux icônes, mais ne devons nous pas le rendre à Dieu seul et non à une icône ?

6- Dieu n'a t'il pas demandé dans l'AT que l'on ne se fasse pas d'image lui.

-------------------------


Je vous salut fraternellement en notre Seigneur. :)

Bertrand

Ps. Je vous rappel que je suis en faveur des icônes ! :)
Que votre langage soit toujours aimable, plein d'à-propos, avec l'art de répondre à chacun comme il faut ( Col 4, 6 ).

Claude le Liseur
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Re: fonction "Rechercher"

Message par Claude le Liseur » mer. 30 nov. 2005 22:58

Bertrand a écrit :Bonjour Anne Geneviève ! :)


Merci beaucoup d'avoir prit de votre temps pour me dire ce qu'est l'icône pour l'Église Othodoxe. C'est bien aimable à vous.


Je vous pose ici quelques questions pour approfondir le sujet:

1- Comment un chrétien pourrait — dans sa dévotion — faire de l'icône une idole ?

2- Comment peut-on justifier que l'on peut vénérer une icône au niveau biblique ?

3- Comment peut-on justifier que l'icône soit un mystère de la présence du Christ, un sacrement, et ce au niveau biblique ?

4- Si l'«image » du Christ n'est pas une illustration elle est quoi au juste ? Une « image » ou autres choses ?

5- Nous rendons un culte aux icônes, mais ne devons nous pas le rendre à Dieu seul et non à une icône ?

6- Dieu n'a t'il pas demandé dans l'AT que l'on ne se fasse pas d'image lui.

-------------------------


Je vous salut fraternellement en notre Seigneur. :)

Bertrand

Ps. Je vous rappel que je suis en faveur des icônes ! :)

Bertrand,

Je ne peux que vous conseiller d'avoir recours à la fonction "Rechercher". Toutes les réponses aux questions que vous posez ont été données en réponse à un post de Danilo, qui voulait aussi répondre à des réformés à propos de la vénération des icônes. Vous retrouverez même dans ce post le rappel de l'interdiction des statues dans l'Eglise orthodoxe, traduit d'après un catéchisme orthodoxe en langue allemande.

Toutefois, trois remarques à propos du premier post que vous avez écrit dans ce fil:

- L'icône n'est pas forcément orientale à l'origine, ou en tout cas pas plus que le christianisme en général. Par exemple, saint Grégoire de Tours parle expressément d'icônes dans un passage de la Vita Patrum. Vous savez que, même dans la Méditerranée orientale, on n'a presque pas d'icônes antérieures au IXe siècle à cause des destructions des iconoclastes. Le fait que l'on n'ait pas d'icônes occidentales qui aient survécu ne veut pas dire qu'il n'y en avait pas. Non seulement elles sont attestées dans la Vita Patrum, mais il ne faut pas oublier que l'Europe occidentale a aussi connu - avec un léger décalage par rapport à l'Empire des Romains - des iconoclastes (Claude de Turin) et des semi-iconoclastes (Charlemagne). Comme il n'y a jamais eu d'équivalent occidental du Triomphe de l'Orthodoxie et de restauration du culte des icônes, il est probable que les icônes occidentales qui avaient été détruites n'ont jamais été remplacées.

- Contrairement à une idée reçue, il y a des protestants qui vénèrent les icônes. Le cas est relativement fréquent dans l'Eglise anglicane. Je pense aussi à la communauté calviniste de Grandchamp (Eglise réformée du canton de Vaud) qui est connue pour ses icônes. J'ai moi-même vu une reproduction de l'icône de la Trinité de Roublev à la paroisse réformée installée dans l'ancien monastère de Romainmôtier, dans le Nord vaudois. Evidemment, je préfère ne pas me prononcer sur ce à quoi peut correspondre la présence de ses icônes dès lors qu'il n'y a aucun des présupposés théologiques de l'icône.

- Contrairement à une autre idée reçue, il y a des catholiques romains qui rejettent la vénération des icônes. C'est le cas de l'historien français Alain Besançon, qui est à la fois un catholique comme on n'en fait plus guère -ultramontain à la façon du XIXe siècle- et un adversaire résolu de la vénération des icônes, qu'il a pourfendue dans son L'image interdite. Une histoire intellectuelle de l'iconoclasme, Fayard, Paris 1994. (En fait, il est proche des positions des semi-iconoclastes.) La réception du IIe concile de Nicée (787) ne s'est en fait toujours pas complètement faite au sein de l'Eglise catholique romaine, où les Livres carolins sont loin d'être tout à fait passés de mode.

Claude le Liseur
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Re: fonction "Rechercher"

Message par Claude le Liseur » dim. 04 déc. 2005 13:15

lecteur Claude a écrit : Contrairement à une autre idée reçue, il y a des catholiques romains qui rejettent la vénération des icônes. C'est le cas de l'historien français Alain Besançon, qui est à la fois un catholique comme on n'en fait plus guère -ultramontain à la façon du XIXe siècle- et un adversaire résolu de la vénération des icônes, qu'il a pourfendue dans son L'image interdite. Une histoire intellectuelle de l'iconoclasme, Fayard, Paris 1994. (En fait, il est proche des positions des semi-iconoclastes.) La réception du IIe concile de Nicée (787) ne s'est en fait toujours pas complètement faite au sein de l'Eglise catholique romaine, où les Livres carolins sont loin d'être tout à fait passés de mode.
Dans la bibliothèque du chalet familial (Charles Dantzig a raison d'écrire que l'on trouve des choses étonnantes dans les bibliothèques des maisons de campagne), je viens de retrouver mon exemplaire du livre d'Alain Besançon.
Alain Besançon est un historien spécialiste de la Russie, ancien stalinien (cela aide plus dans une carrière d'"intellectuel" parisien que d'avoir toujours résisté au totalitarisme) et couvert d'honneurs (membre de l'Académie des sciences morales et politiques). Pour écrire dans le style de "Wladimir", "ses idées sont entièrement dirigées par son hostilité à l'égard" de la Russie et de l'Orthodoxie. Le problème, c'est que comme il confond les deux, la lecture des ses attaques contre l'Orthodoxie me laisse en général très indifférent. Très peu au fait en réalité de l'époque patristique et de la théologie byzantine, totalement ignorant de l'expérience de l'Orthodoxie arabe ou géorgienne (ce qui n'est pas surprenant à cause de la barrière de la langue) comme de l'Orthodoxie roumaine, grecque ou serbe (ce qui est plus difficile à excuser), il absolutise des expériences liées à l'histoire de la Russie et que n'ont pas du tout connues d'autres Eglises locales. Cette attitude visant à confondre la Russie et l'Orthodoxie dans une commune hostilité aboutit parfois à des résultats absurdes. Par exemple, dans un exposé donné à l'Académie des Sciences morales et politiques sur les frontières de l'Europe, il soutient l'idée que les pays de tradition orthodoxe ne font pas partie de l'Europe, ce qui lui permet d'exclure catégoriquement la Grèce et la Russie. Mais, évidemment, il ne peut pas, devant un auditoire d'érudits français, exclure la Roumanie sans sombrer dans le ridicule (à cause de la parenté linguistique). Donc, il écrit cette phrase que "les Roumains sont des super-Européens". Il se contredit ainsi par rapport à son affirmation que les pays orthodoxes ne sont pas européens: sachant que la Roumanie est orthodoxe à quelque 86%, contre environ 25% pour la Russie, et majoritairement fervente, il devrait au contraire écrire que les Roumains sont encore moins européens que les Russes s'il était cohérent. On voit là les limites de l'idéologie.

Ces limites de l'idéologie, qui nuisent à la cohérence de son discours, se retrouvent plus que jamais dans son attaque des positions des iconodoules dans L'image interdite. Il écrit son livre au nom du catholicisme romain le plus ultramontain - lâchons le mot: au nom d'un véritable papisme, façon Soloviev, parce que la soumission au Pontife romain y apparaît bien plus importante que tous les autres aspects spirituels ou théologiques du catholicisme romain. Or, s'il s'en tenait vraiment à cette soumission au Magistère vatican, il devrait accepter les conclusions de Nicée II que l'ECAR considère officiellement comme concile oecuménique. En fait, dans son texte, on se rend compte que l'hostilité à l'Orthodoxie - et à tout ce qui la caractérise, comme les icônes - l'emporte largement sur sa soumission au Pape.

On retrouve dans cette charge contre les icônes (pp. 191-200 de L'image interdite) la faiblesse de toutes les attaques de Besançon contre l'Orthodoxie: la confusion de celle-ci avec la Russie. Il n'attaque les orthodoxes qu'à travers des citations de Léonide Ouspensky, du prince Troubetzkoï, d'Olivier Clément, de Wladimir Weidlé et du RP Boris Bobrinskoy. Dans son ignorance de l'Orthodoxie grecque, il fait l'impasse sur le plus grand théologien de l'icône - et en même temps plus grand iconographe du XXe siècle - qu'est Photios Kontoglou. Cela donne à ses attaques un caractère bancal, puisqu'il évite ainsi de se confronter au plus grand défenseur contemporain des icônes. Quand le professeur Besançon essaie de sortir du contexte russe pour s'attaquer à Byzance en général, il ne peut le faire, dans sa méconnaissance de la culture grecque, serbe ou roumaine, qu'à travers une citation de Wladimir Soloviev: "Soloviev reprochait à Byzance le contraste ruineux entre l'orthodoxie pointilleuse de façade et l'hétérodoxie pratique." (Besançon, L'image interdite, p. 197). Je suppose que c'est avec ce genre de phrases vides que l'on devient un "grand philosophe religieux", mais, pour ma part, je trouve cette phrase d'une vacuité infinie. Soloviev pourrait faire ce reproche à n'importe quelle civilisation qui a un idéal spirituel, moral, esthétique, philosophique. Bien sûr qu'il y avait des sorciers dans l'Empire romain orthodoxe comme il y avait des brigands dans le Tibet bouddhiste, des prostituées dans l'Athènes de Périclès ou des seigneurs paillards dans la France des cathédrales. Il n'y a vraiment que pour l'Occident postérieur à 1968 ("mai 1968 ou les prodromes de l'Antéchrist", comme écrivait Nikita Struve) que Soloviev ne pourrait pas faire ce reproche: en effet, à partir du moment où la société ne se donne plus comme idéal que la satisfaction immédiate de besoins matériels, ayant évacué toute préoccupation d'ordre collectif (patriotisme par exemple), esthétique, spirituel ou moral, il n'y a évidemment plus de "contraste ruineux", puisqu'il n'y a plus aucun contraste entre l'absence d'idéal proclamée et l'absence d'idéal vécue. Et voilà, comment à la manière Soloviev ou Besançon, je viens de vous faire la démonstration de la supériorité de la civilisation de l'Europe postindustrielle sur toute autre forme de civilisation. (Curieux que Besançon soit en même temps un pourfendeur de la décadence de l'Occident.) Cela fait-il pour autant de moi un "grand philosophe religieux"?

Ce qui me laisse très indifférent aussi, c'est que Besançon reprend chez Soloviev la notion de "byzantinisme" et nous écrit des phrases solennelles comme "l'hybris de l'icône, qui fait partie de l'hybris du byzantinisme" (p. 197). Très bien, mais les édifices construits par Besançon et Soloviev s'effondrent par simple confrontation avec un orthodoxe grec enraciné dans sa foi et sa culture, qui n'a jamais entendu parler de "byzantinisme", mais continue, pour sa part, à parler de "romanité" (Ρωμαιοσύνη). Ceci aussi procède de la faiblesse de l'argumentation semi-iconoclaste du professeur parisien.

Cette ignorance de l'académicien Besançon à l'égard de tout ce qui n'est pas russe nous vaut une autre phrase aberrante, lorsqu'il écrit que l'icône peut aussi devenir prétexte "à se glorifier d'être disciple de Grégoire Palamas et non d'Augustin". Sait-il seulement qu'il est assez facile, dans la Grèce contemporaine, de se procurer des icônes du bienheureux Augustin? (En septembre 2003, j'en ai ainsi trouvé une qui était en vente au monastère de Loutraki, au-dessus de Corinthe, près des reliques de saint Patapios, mais je ne l'ai pas achetée.) L'historien parisien sait-il seulement que le divin Photios Kontoglou, la colonne contemporaine de l'Orthodoxie, avait dessiné l'esquisse d'une icône du bienheureux Augustin, esquisse publiée dans le livre de Nicolas Zias sur Kontoglou et reproduite dans la rubrique "Iconographie" du présent forum?


Je dois expliquer ce que j'entends par le "semi-iconoclasme" d'Alain Besançon. Il campe en fait sur les positions des Livres carolins. Il ne rejette pas la présence de peintures dans les églises et les images des saints. Ce qu'il nie et rejette absolument, c'est la théologie traditionnelle des images, telle que l'horos du VIIe concile oecuménique l'a synthétisée pour répondre de manière définitive aux iconoclastes. Il nie l'icône comme instrument par lequel la prière monte jusqu'au prototype, ce qui nous vaut des perles comme: "La deuxième circonstance a consisté dans une conception mesurée et modérée de l'image, que l'Occident latin n'a prise ni comme égale au prototype ni sans quelque participation à celui-ci." (Besançon, L'image interdite, p. 507.) En clair, pour Besançon, la théologie des images du catholicisme romain se situerait entre deux erreurs opposées, celle de l'iconoclasme et celle du VIIe concile oecuménique. Fort bien, mais pourquoi alors ce même catholicisme romain fait-il sien le VIIe concile oecuménique et le reconnaît-il, au moins en principe? Besançon ne nous le dit pas. Et toute son argumentation a ce goût d'anachronisme qui me donne l'impression de lire un livre écrit par un théologien carolingien de 792 essayant de présenter le VIIe concile oecuménique comme hérétique dans le but de justifier les prétentions impériales de Charlemagne. Cet anachronisme fondamental vient ainsi s'ajouter à la faiblesse déjà citée d'une confusion entretenue entre la Russie et l'Orthodoxie, qui font que les attaques du professeur Besançon contre l'Orthodoxie en général et l'icône en particulier, basées uniquement sur des exemples russes, des situations russes, des auteurs orthodoxes de tradition russe et un critique russe de l'Orthodoxie, font hausser les épaules au lecteur imprégné de tradition arabe, gréco-italienne ou roumaine, et qui aimerait bien que notre soviétologue iconomaque (Besançon avait écrit en 1977 un Court traité de soviétologie) se penche aussi sur son cas.

Notons toutefois deux points sur lesquels je suis d'accord avec le professeur Besançon. Le premier point est qu'il reconnaît que cette foi iconodoule qu'il critique tellement a été le rempart de l'Orthodoxie: "Alors que l'islam avait profité des fissures ouvertes par le monophysitisme et le nestorianisme pour détacher du christianisme toute l'Afrique et tout le Moyen-Orient, quand il recouvrit, plus tard, les Balkans et la Russie, il ne put procéder aux conversions massives qui avaient marqué ses débuts. L'orthodoxie, purgée des hérésies avec l'iconoclasme, qui les résumait toutes, resta ferme dans sa foi." (p. 181)

Me plaît aussi cette mise en garde du professeur Besançon.
"D'où la mode actuelle des icônes, qui s'infiltrent aujourd'hui dans nos églises, y occupant les places d'honneur, à tel point que de médiocres reproductions d'icônes douteuses chassent parfois des autels non seulement la production des "sainteries" saintes-sulpiciennes, mais de bons tableaux d'un XIXe siècle sincère, sinon même de superbes toiles des siècles précédents." (p. 183) Je ne peux que partager cette inquiétude. L'arrivée dans un contexte catholique romain ou protestant d'icônes souvent de médiocre qualité, totalement détachées de leur contexte théologique et spirituel (je me souviens de cette icône posée par terre à l'église calviniste de Romainmôtier!), qui sont substituées sans aucun discernement aux productions caractéristiques de l'art religieux catholique romain, luthérien ou réformé, n'est sans doute pas gage d'un retour dans le sein de l'Eglise orthodoxe voulue et fondée par le Christ, mais bien plus tôt signe de dissolution de la tradition propre de chacun et prémisse de confusion. Je ne crois pas que cette mode des icônes, telle que la décrit Besançon, présage un retour à l'Orthodoxie; je crois plutôt que les icônes, dans ce contexte particulier, ouvrent la voie aux reproductions de versets du Coran ou aux statues de Vishnou.
Dernière modification par Claude le Liseur le mar. 06 déc. 2005 10:19, modifié 3 fois.

eliazar
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Iconoclasme

Message par eliazar » dim. 04 déc. 2005 20:19

AÏe Aïe Aïe ! Lecteur Claude a écrit :
.../... les attaques du professeur Besançon contre l'Orthodoxie en général et l'icône en particulier, basées uniquement sur des exemples russes, des situations russes, des auteurs orthodoxes de tradition russe et un critique russe de l'Orthodoxie, font hausser les épaules au lecteur imprégné de tradition arabe, gréco-italienne ou roumaine, et qui aimerait bien que notre iconomaque soviétologue (Besançon avait écrit en 1977 un Court traité de soviétologie) se penche aussi sur son cas.
Au secours, Claude ! Imprégné (avec modestie!) de tradition arabe, mais aussi de tradition gréco-italienne, à défaut de roumaine, je tiens à protester vigoureusement ici contre cette scandaleuse supposition : je n'aimerais pas du tout que Besançon se penche aussi sur l'iconographie arabe, ni grecque, ni même italienne ( et Dieu sait pourtant que ...)! Elles ne l'ont pas mérité... et il s'est déjà bien assez penché comme çà.

Par contre, tu as écrit quelque chose d'amusant à propos du déferlement commercialo-religieux de médiocres (et fausses) icônes dans les lieux de culte latins :
... / ...je me souviens de cette icône posée par terre à l'église calviniste de Romainmôtier!
Ton étonnement me porterait à croire que la Confédération a maintenu également dans ce domaine sa courageuse neutralité - car en France, on ne compte plus les belles et grandes églises anciennes, voire cathédrales, où une chapelle latérale a été "débarrassée" pour faire place à des murs nus (et sales, mais c'est un autre sujet) où une icône "photographique" encollée sur une planche de bois compressé est en effet posée au bas du mur, avec deux bougies ou veilleuses de cimetières allumées devant elle, et un petit tapis crassouillard posé devant le tout pour le cas où on voudrait s'asseoir ou s'accroupir devant.

Et dans ma période uniate, j'ai souvent été invité à prier "en commun" par des petits groupes genre charismatiques (qui me considéraient carrément comme orthodoxe puisque je chantais en grec!) chez lesquels c'était la règle de prier à voix confidentielle, chacun à son tour comme on donne la parole à des intervenants dans un congrès, et les intervenant(e)s en question tutoyant le copain Jésus, voire lui reprochant de "se foutre de telle ou telle et de la laisser marner dans sa gadouille sans rien faire pour elle, m... alors!", ou alors, à l'inverse, lui chuchotant des petits mots d'amour extraits non du Cantique des Cantiques (hélas, non!) mais de la presse des romans-photos ou de la collection Harlequin. La caractéristique de ces soirées intimes de défoulement piétiste était, partout où je suis allé, de placer par terre une icône de pacotille, de s'asseoir en rond autour ou devant, dans une obscurité presque totale, serrés les uns contre les autres dans la lueur clignotante de quelques veilleuses à l'agonie.

Du coup, on n'osait pas risquer de bousculer quelqu'un dans le noir en se sauvant sur la pointe des pieds. Et la gêne durait deux heures d'horloge!

Alors, çà a peut-être changé depuis vingt cinq ans (pas à Romainmôtier, d'accord, mais ils sont calvinistes, là-bas... çà veut tout dire) mais je dois dire que j'imagine mal ces anciens commensaux bavardant intimement avec l'ami Jésus, ou le poussant du coude pour qu'Il se secoue un peu pour les copines, si Son icône était à la place d'honneur, légèrement au-dessus de la ligne des yeux quand on se tient debout face à Lui, et si une veilleuse à huile était suspendue devant elle. Seulement voilà, je les entends déjà : "On ne peut tout de même pas rendre à l'icône du Sauveur des honneurs pontificaux, genre sedia gestatoria ou papamobile ?!"

M'enfin ! C'est évident : un copain, c'est un copain.
Dernière modification par eliazar le ven. 09 déc. 2005 10:57, modifié 1 fois.
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Message par Anne Geneviève » lun. 05 déc. 2005 19:05

Cher Bertrand

Quelques mots tout de même pour répondre à vos questions – et que ça ne vous empêche pas d’aller lire les réponses à Danilo.

1. Dès que l’on sort de l’orthodoxie, on ne cesse de fabriquer des idoles, c’est à dire de fausses représentations de Dieu ou du cosmos. Mais les plus redoutables ne sont pas peintes sur bois : elles sont dans les têtes et dans les cœurs de ceux qui alimentent ces représentations erronées. Je m’étais amusée à les lister pour un article qui d’ailleurs n’est jamais paru. J’en reprends la liste : le grand gendarme galactique, le dieu gazeux diffus dans l'univers, l'architecte qui ne travaille qu'avec les grands nombres et dédaigne les détails individuels, l'esprit de l'évolution, le ronchon coincé, le dieu dégringolant dans le monde, l'hidalgo offensé et vengeur, le macho virulent, auquel répond désormais la féministe initiatrice, le distributeur automatique, sans oublier l'héroïque raide ou colonel des armées célestes, le ou la sadique, le dieu perché en haut de l'échelle et celui qui serait toujours aux abonnés absents. On reconnaîtra par ordre d'entrée en scène le dieu des moralistes toujours prêt à punir la transgression, le panthéisme cosmique et le new age, certaines thèses courantes en franc-maçonnerie, Hegel et certaines hypothèses sur la complexification croissante, le dieu des conservateurs qui s'oppose à tout changement, la Naturphilosophie allemande, la théologie catholique romaine du concile de Trente de la satisfaction, le Dyu indoeuropéen et certaines conceptions islamiques sunnites, l'hypothèse Gaïa extrême, l'augmentation statistique de la vente de cierges votifs pendant les périodes d'examens, le fascisme, les Baals exigeant des sacrifices humains, la démarche gnostique, le sentiment d'absence qui a même donné lieu à une théologie, et on pourrait en trouver quelques autres. La liste n'est pas exhaustive.

2. Jean 14, 8-9.

3. L’orthodoxie ne se base pas sur la Bible seule mais d’abord et surtout sur la Tradition, voir le fil lancé par Jean Louis Palierne. Et pour la théologie de l’icône, il faut lire saint Jean Damascène.

4.Par les canons de sa composition, écriture graphique à la fois sobre et symbolique, elle est prière, théologie et, je le répète, porte ouverte sur la présence.

5. Mais c’est bien à Dieu que l’on rend un culte à travers l’icône !

6. Dans l’AT = avant l’incarnation du Verbe. L’image devient licite lorsque la christologie est comprise : une hypostase et deux natures unies sans confusion ni séparation, deux natures dont l’une, l’humaine, est représentable. Mais la présence dont je parlais est présence hypostatique et, ainsi, le visible renvoie à l’invisible et le représentable au non-représentable.
"Viens, Lumière sans crépuscule, viens, Esprit Saint qui veut sauver tous..."

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » lun. 05 déc. 2005 22:16

lecteur Claude a écrit :Ce qui me laisse très indifférent aussi, c'est que Besançon reprend chez Soloviev la notion de "byzantinisme" et nous écrit des phrases solennelles comme "l'hybris de l'icône, qui fait partie de l'hybris du byzantinisme". Très bien, mais les édifices construits par Besançon et Soloviev s'effondrent par simple confrontation avec un orthodoxe grec enraciné dans sa foi et sa culture, qui n'a jamais entendu parler de "byzantinisme", mais continue, pour sa part, à parler de "romanité" (Ρωμαιοσύνη). Ceci aussi procède de la faiblesse de l'argumentation semi-iconoclaste du professeur parisien.

Cette ignorance de l'académicien Besançon à l'égard de tout ce qui n'est pas russe nous vaut une autre phrase aberrante, lorsqu'il écrit que l'icône peut aussi devenir prétexte "à se glorifier d'être disciple de Grégoire Palamas et non d'Augustin". Sait-il seulement qu'il est assez facile, dans la Grèce contemporaine, de se procurer des icônes du bienheureux Augustin? (En septembre 2003, j'en ai ainsi trouvé une qui était en vente au monastère de Loutraki, au-dessus de Corinthe, près des reliques de saint Patapios, mais je ne l'ai pas achetée.) L'historien parisien sait-il seulement que le divin Photios Kontoglou, la colonne contemporaine de l'Orthodoxie, avait dessiné l'esquisse d'une icône du bienheureux Augustin, esquisse publiée dans le livre de Nicolas Zias sur Kontoglou et reproduite dans la rubrique "Iconographie" du présent forum?
Bien, comme il faut se rendre à l'évidence que la rubrique "Iconographie" n'est pas très fréquentée, voici le lien vers l'esquisse d'une icône de l'évêque d'Hippone par Photios Kontoglou:

viewtopic.php?t=1118

Bertrand
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Bonjour lecteur Claude ( et les autres ! ) :)

Message par Bertrand » jeu. 08 déc. 2005 23:54

Bonjour lecteur Claude ( et les autres ! ) :)


En premier lieu j'aimerais vous demander une faveur !
Pourrai-je vous appeler simplement Claude ?

Deuxièmement je vous remercie beaucoup pour le lien en réponse à Danilo. Il y a de l'information que j'ai trouvé fort intéressante et particulièrement au sujet de la communauté Calviniste de Grandchamp (Eglise réformée du canton de Vaud), qui à ma grande surprise aurait une vénération envers les icônes !

Maintenant comme vous pouvez vous en douter j'aimerais ÉNORMÉMENT ( et c'est peu dire ! ) entrer en contact avec cette communauté. Mais comment ? J'ai essayé de trouver leur adresse, mais je n'ai pas encore réussis. Si jamais par hasard (!) vous la trouvez, n'hésitez pas à me la communiquer.

Troisièmement je m'excuse de ne pas être assez présent sur le fils que j'ai crée.
Je dois vous dire que présentement je discute intensivement ( mais pour ma part cela est dans la paix ) avec un Calviniste ( disons strict ) sur la légitimité de la vénération des icônes qui pour lui est inacceptable puisque perçue comme de l'idolâtrie.

Ce qui fait problème ( entres autres ! ) pour lui ce n'est pas l'icône en tant que telle, ni le fait d'en posséder une mais plutôt le fait de lui rendre un culte. Il est le problème ( bougies, encens, inclinaison de la tête ou du haut du corps et baisé de l'icône ) ! Pour rejeter ce culte il se réfère au passage de l'Écriture qui dit :

« C'est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, et à Lui seul tu rendras un culte. » Mt 4, 10

Il y a aussi le passage d'Exode 20 1-5. Mais en ce moment j'ai djéà passablement traité de ce passage, surtout au niveau exégétique.

Voici ce qui peut résumer sa façon de concevoir le culte de la vénération d'icônes comme étant un culte « idolâtrique » :

« Le Christ n'est pas une idole, et des images où on le représente n'en sont pas non plus. Mais ces mêmes images deviennent des idoles lorsqu'on les emplois dans le culte ainsi que lorsqu'on leur rend un culte pour une raison quelconque. »

—> Que pensez vous de cela ?

On sait que Sérénus évêque de Marseille avait fait enlever ( et même brisée ) des icônes dans des églises. Le pape Grégoire II lui écrivit une lettre pour déplorer cette action :

« Ce n'est pas sans raison que l'antiquité a permis de peindre dans les églises la vie des saints. En défendant d'adorer ces images, vous méritez l'éloge ; en les brisant, vous êtes dignes de blâme. Autre chose est d'adorer une image, autre chose d'apprendre par le moyen de l'image à qui doivent aller nos adorations. Or ce que l'Ecriture est pour ceux qui savent lire, l'image l'est pour les illettrés... »


—> Ici je vous assure que j'aimerais bien savoir comment des fidèles pouvaient adorer ces icônes.


Bon pour l'instant je m'arrête ici car je manque de temps.


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Je vous salut tous en Jésus notre Sauveur. :)

Bertrand
Que votre langage soit toujours aimable, plein d'à-propos, avec l'art de répondre à chacun comme il faut ( Col 4, 6 ).

Claude le Liseur
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Re: Bonjour lecteur Claude ( et les autres ! ) :)

Message par Claude le Liseur » ven. 09 déc. 2005 10:43

Bertrand a écrit : Deuxièmement je vous remercie beaucoup pour le lien en réponse à Danilo. Il y a de l'information que j'ai trouvé fort intéressante et particulièrement au sujet de la communauté Calviniste de Grandchamp (Eglise réformée du canton de Vaud), qui à ma grande surprise aurait une vénération envers les icônes !
Maintenant comme vous pouvez vous en douter j'aimerais ÉNORMÉMENT ( et c'est peu dire ! ) entrer en contact avec cette communauté. Mais comment ? J'ai essayé de trouver leur adresse, mais je n'ai pas encore réussis. Si jamais par hasard (!) vous la trouvez, n'hésitez pas à me la communiquer.
Votre désir n'est pas difficile à satisfaire. Il suffit de rentrer dans le moteur de recherche Google le mot "Grandchamp" pour avoir le site Internet de la communauté de moniales calvinistes de Grandchamp, dépendant de l'Eglise évangélique réformée du canton de Neuchâtel (et non du canton de Vaud comme je l'avais écrit par erreur): http://www.grandchamp.org/pages/fr/main.html . (Grandchamp se trouve non loin de Cortaillod, l'ancienne capitale de l'industrie du câble en Suisse - industrie malheureusement passée entre les mains d'Alcatel, qui a depuis longtemps oublié qu'elle fut naguère la Compagnie alsacienne de bles et téléphones pour n'être plus aujourd'hui qu'une entreprise apatride rentrée dans le moule du mondialisme impérialiste anglo-saxon.) Ce site donne toutes les coordonnées postales et téléphoniques de la communauté de Grandchamp, ainsi que de sa communauté soeur de Sonnenhof en Alémanie (demi-canton de Bâle-Campagne). Toutefois, je n'ai entendu parler d'icônes qu'à Grandchamp et je ne sais pas quelle est la situation à Sonnenhof.
Je vous invite à visiter le site Internet des moniales calvinistes de Grandchamp. Il y a beaucoup de photographies intéressantes, où vous pouvez par exemple les voir occupées à des danses sacrées (ce qui montre que l'on n'a pas le calvinisme triste chez nous en Suisse). Sur une des photos, on voit l'autel calviniste avec, derrière, une reproduction de l'icône de la Trinité de saint André Roublev.

Bertrand a écrit :Troisièmement je m'excuse de ne pas être assez présent sur le fils que j'ai crée.
Je dois vous dire que présentement je discute intensivement ( mais pour ma part cela est dans la paix ) avec un Calviniste ( disons strict ) sur la légitimité de la vénération des icônes qui pour lui est inacceptable puisque perçue comme de l'idolâtrie.

Ce qui fait problème ( entres autres ! ) pour lui ce n'est pas l'icône en tant que telle, ni le fait d'en posséder une mais plutôt le fait de lui rendre un culte. Il est le problème ( bougies, encens, inclinaison de la tête ou du haut du corps et baisé de l'icône ) ! Pour rejeter ce culte il se réfère au passage de l'Écriture qui dit :

« C'est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras, et à Lui seul tu rendras un culte. » Mt 4, 10

Il y a aussi le passage d'Exode 20 1-5. Mais en ce moment j'ai djéà passablement traité de ce passage, surtout au niveau exégétique.

Voici ce qui peut résumer sa façon de concevoir le culte de la vénération d'icônes comme étant un culte « idolâtrique » :

« Le Christ n'est pas une idole, et des images où on le représente n'en sont pas non plus. Mais ces mêmes images deviennent des idoles lorsqu'on les emplois dans le culte ainsi que lorsqu'on leur rend un culte pour une raison quelconque. »

—> Que pensez vous de cela ?
Ecoutez, il n'y a pas beaucoup à se creuser la tête pour répondre à cela. Votre interlocuteur reprend les arguments de tous les hérétiques iconomaques de tous les temps, et l'horos du VIIe concile oecuménique, cité dans cette réponse à Danilo, lui a répondu d'avance.
Il lui faudrait quand même comprendre une bonne fois pour toute que la vénération portée à l'icône remonte au prototype, et qu'ainsi la vénération des icônes est un culte excellent rendu à la majesté divine. Donc, l'argument tiré de l'Evangile tombe: nous n'adorons que Dieu seul, et nous l'adorons de la manière qu'il faut. Nous sommes vraiment dans l'Orthodoxie (="juste glorification").

Demandez aussi à votre ami s'il est vraiment chrétien, ou s'il ne serait pas un peu juif par hasard. Parce qu'il me paraît difficile d'être, en toute logique et sans contradiction, chrétien et iconomaque. L'Incarnation du Fils unique et Verbe de Dieu a naturellement pour conséquence la licéité de l'image. Si le Verbe s'est fait chair, a vécu parmi nous et accepté de se laisser circonscrire, alors nous pouvons et devons le représenter. De toute façon, Il l'a voulu Lui-même (épisode du Mandylion envoyé à saint Abgar V le Noir, roi d'Osrohène) et ses disciples L'ont suivi (épisode de l'icône de la Théotokos peinte par le saint évangéliste Luc).
Ce qui rend la discussion très difficile avec ce type de protestants (contrairement aux luthériens, par exemple, qui donnent encore une certaine place à la tradition et ont une approche beaucoup plus équilibrée de l'Ecriture, en suivant l'intuition du docteur Luther sur "le canon dans le canon"), c'est que leur principe du sola scriptura poussé à l'extrême les amène à réinventer chaque jour le christianisme par mépris de l'Histoire et de la Tradition. Or, c'est l'Eglise qui a fondé l'Ecriture, et pas l'Ecriture qui a fondé l'Eglise. L'Ecriture représente seulement une partie de la tradition (la tradition écrite) de l'Eglise. Et c'est l'Eglise orthodoxe seule qui a fixé le canon des Ecritures, l'Eglise qui a distingué le vrai du faux et l'inspiré de l'apocryphe. Demandez à votre ami calviniste s'il ne coranise pas quelque peu, en ce sens que l'Ecriture devient dans son contexte une sorte de Coran incréé tombé du ciel.

Vous pouvez aussi lui rappeler que le Christ est venu accomplir la Loi et les Prophètes, et que nous ne vivons plus sous le règne de la Loi, mais sous celui de la grâce. Il y a des dispositions pédagogiques de l'Ancien Testament qui avaient un sens dans le cadre de l'Histoire sainte et de la préparation de l'Incarnation, et qui n'ont plus de sens après l'Incarnation. Là encore, le Christ a instruit ses saints disciples et apôtres sur ce qu'il convenait de faire, et ses instructions constituent le dépôt de la foi qui a été conservé par l'Eglise orthodoxe qu'Il a fondée. Evidemment, quand on se tient volontairement en dehors de l'Eglise orthodoxe, on n'a plus ce dépôt de la foi apostolique et on peut être tenté de réinventer quelque chose à partir de sa lecture personnelle de l'Ecriture (dans le cas d'un calviniste).

Votre ami vous cite des versets de l'Ancien Testament (qui concerne les idoles - comme s'il était possible de confondre une icône du Verbe incarné et une idole de Baal) à l'appui de son opinion. Vous pouvez lui demander s'il accorde la même valeur aux versets de l'Ancien Testament à propos de la lapidation des femmes adultères; j'aimerais bien voir sa réponse...

C'est aussi à dessein que, dans la réponse que j'avais écrite à Danilo, j'avais traduit un passage du catéchisme orthodoxe allemand de l'archiprêtre Serge Heitz, à propos de l'interdiction que l'Eglise orthodoxe maintient en ce qui concerne les statues. Cela aussi nous exonère d'avance de l'utilisation polémique de l'interdiction d'avoir des images taillées, puisque nous n'avons en effet pas de statues dans nos églises.

En revanche, ce qui est scandaleux, c'est l'icône de la Trinité sous la forme du Christ et d'un vieillard à barbe blanche surmontés d'une colombe, représentation qui a dû être importée d'Italie en Grèce au XIIe siècle, et qui est maintenant répandue à profusion , sans que le clergé ait fait le rappel à l'ordre nécessaire. Cette représentation de la Trinité est vraiment contraire à la Tradition; on ne devrait représenter la Trinité qu'à travers l'icône du Christ ("qui m'a vu a vu le Père") ou à travers l'icône de la Philoxénie (Hospitalité) d'Abraham (qui évoque une théophanie trinitaire de l'Ancien Testament).
Bertrand a écrit :On sait que Sérénus évêque de Marseille avait fait enlever ( et même brisée ) des icônes dans des églises. Le pape Grégoire II lui écrivit une lettre pour déplorer cette action :

« Ce n'est pas sans raison que l'antiquité a permis de peindre dans les églises la vie des saints. En défendant d'adorer ces images, vous méritez l'éloge ; en les brisant, vous êtes dignes de blâme. Autre chose est d'adorer une image, autre chose d'apprendre par le moyen de l'image à qui doivent aller nos adorations. Or ce que l'Ecriture est pour ceux qui savent lire, l'image l'est pour les illettrés... »


—> Ici je vous assure que j'aimerais bien savoir comment des fidèles pouvaient adorer ces icônes.
Là encore, l'horos du VIIe concile oecuménique a répondu à cette question. L'ambiguïté, ici, ne vient que de la pauvreté théologique du latin par rapport au grec. Comme vous le savez, le grec fait une différence très claire entre le culte de lâtrie (dû à Dieu seul) et le culte de doulie (qui s'adresse à Dieu à travers les saints, la Croix, l'Evangile, les icônes). Il vous suffit là encore de relire ces textes.

Je m'excuse si ma réponse peut vous paraître passéiste, mais vous comprenez que cette question a déchiré pendant plus d'un siècle l'Empire des Romains, que des milliers d'orthodoxes ont été martyrisés par les iconoclastes au cours de cette période et que cela a permis aux orthodoxes de prendre conscience du danger iconoclaste et d'y répondre avec des arguments pérennes. On ne peut pas éternellement perdre notre temps à reprendre des polémiques qui ont déjà eu lieu au VIIIe siècle, alors que toutes les réponses données à cette époque restent valables, actuelles et valides.
Dernière modification par Claude le Liseur le sam. 10 déc. 2005 14:28, modifié 1 fois.

eliazar
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Iconoclasme - Adoration vs Vénération

Message par eliazar » ven. 09 déc. 2005 15:26

Dans sa réponse à Bertrand, Claude a écrit :
.../...Demandez aussi à votre ami s'il est vraiment chrétien, ou s'il ne serait pas un peu juif par hasard.
Il est traditionnel en effet de faire remonter à Moïse (Exode 20, 4) l'interdiction des images. Mais une pudeur qui frôle parfois la mauvaise foi retient depuis longtemps les Juifs, mais aussi une bonne partie des Protestants, de reconnaître que cette interdiction concernait les images taillées (statues ou bas-reliefs, en somme) et qu'elle n'a jamais été ni totale, ni complètement observée au cours des siècles en ce qui concerne les images peintes.

Pourtant nous savons que des images taillées (notamment celles des Chérubins d'Exode 25, 18 + Ex. 26, 1 + Ex. 37,9 - qui étaient "au bout du propitiatoire" dans le Temple de Jérusalem) étaient bien acceptées dans le culte même. Il faut relire à ce sujet le court mais explicite chapitre 5 du second Livre des Chroniques. Et saint Paul le rappelle explicitement dans son épître aux Hébreux (ch. 9, verset 5).

Or, il en fut dès l'origine de même pour les images non taillées : d'autres chérubins étaient par exemple représentés sur le voile du Saint des Saints (2 Chroniques 3, 14). Mais tous ces passages sont trop connus pour qu'on aie besoin de les rappeler encore. Par contre, la découverte en 1932 de la synagogue de Doura Europos, à la frontière de l'Irak et de la Syrie actuels, est encore incompréhensiblement passée par pertes et profits dans les milieux dits "religieux". Cette synagogue datant des années 250 de notre ère est une preuve éclatante de ce que les Juifs de la première diaspora (après la prise de Jérusalem et la mise à sac du Temple par les Romains, en 70) avaient bien l'habitude de peindre des images sacrées sur les murs du lieu de prière.

Voici ce qu'en écrit Mme Gabrielle SED-RAJNA, directeur de recherche honoraire au C.N.R.S., dans l'Encyclopaedia Universalis (éd. de 2004):
.../...Dans la Diaspora, des synagogues existaient depuis le IIIe siècle avant notre ère. Il semble que des salles de prière étaient en fonction en Palestine même, alors que le Temple existait encore. Le véritable essor de l'architecture des synagogues commence aux IIIe-IVe siècles de notre ère, en Galilée, qui devint le centre des instances religieuses reconstituées. Les vestiges de plus de cinquante synagogues identifiées en Galilée et sur les hauteurs du Golan témoignent de l'ampleur de la renaissance de la culture artistique de l'époque. (Pour l'architecture de ces édifices, cf. SYNAGOGUE.) Cette renaissance concernait aussi la décoration des édifices, bien que dans ce domaine les informations soient incomplètes, car, à quelques rares exceptions près, les murs des bâtiments ne sont pas conservés. L'hypothèse de salles de prière décorées de peintures ne peut pas être rejetée. Les fragments de fresques provenant du quartier résidentiel de Jérusalem ou de Massada montrent que la pratique était répandue. Quelques allusions du Talmud de Jérusalem (‘Aboda Zara III, 1 et 3), autorisant peintures et mosaïques à des fins esthétiques, se référaient probablement à des réalisations concrètes. Une seule synagogue, à Doura-Europos, dont les murs sont conservés sur presque toute leur hauteur, a livré le plus grand ensemble de peintures murales de l'Antiquité.

Cette ville périphérique de l'Empire, située sur les bords de l'Euphrate, à vocation à la fois militaire et économique, fut fondée par Nicanor, général de Séleucos Ier. Passée sous domination parthe (en 113 avant notre ère), puis romaine (165), la ville succomba à l'attaque des Sassanides en 256, qui la détruisirent et déportèrent ses habitants. Lors des travaux de fortification entrepris pour se protéger de l'attaque des Sassanides, quelques édifices, situés près du rempart de la ville, furent entièrement remblayés de sable. Grâce à cette opération de défense, les murs de ces édifices furent en partie conservés, et parmi eux ceux d'une synagogue, découverte en 1932.

La première synagogue, installée à la fin du IIe siècle, dans une demeure privée fut considérablement agrandie vers 244-245 de notre ère. Lors de ce remaniement, la décoration de la salle fut également modifiée. Des peintures de la première synagogue, seules celles qui décorent l'extrados du ciborium (baldaquin placé au-dessus de la niche de la Tora) furent conservées. Lors du remaniement, on ajouta autour de la salle trois registres de peintures illustrant un choix d'épisodes bibliques. Les peintures de Doura-Europos offrent les plus anciens exemples connus d'une traduction en images du texte biblique. De plus, la complexité des compositions suggère que les peintres travaillèrent à partir de modèles. La mise en images du texte sacré serait donc antérieure au milieu du IIIe siècle. En outre, de nombreux éléments de ces peintures sont intimement liés à la littérature rabbinique, ce qui mène à la conclusion que les modèles provenaient également de milieux juifs. Des thèmes bibliques dans les monuments et manuscrits chrétiens n'étant attestés qu'à partir des IVe-Ve siècles, l'antériorité des illustrations juives de la Bible paraît incontestable. Plusieurs arguments suggèrent de chercher le berceau de cet art dans la région d'Antioche. Les peintures de la synagogue de Doura-Europos offrent également le plus ancien exemple connu d'une décoration programmée dans une salle à vocation religieuse : au point principal de la salle se trouve une composition chargée d'un message symbolique - ici, l'image du Temple dont la reconstruction est attendue à l'ère messianique -, les peintures sur les parois latérales explicitent cette symbolique par un choix d'épisodes de l'Histoire sainte. Dans les églises chrétiennes, de telles décorations à programme ne sont connues qu'à partir du Ve siècle.
Les phrases mises ici en caractères gras l'ont été par moi; je laisserai à Mme SED-RAJNA la responsabilité de la dernière phrase de cet extrait (in JUDAÏSME - L'Art Juif), qui vaut son pesant d'or, s'agissant justement de Doura-Europos où les restes de la plus ancienne église chrétienne ornée de fresques avaient été retrouvés douze ans avant ceux de cette synagogue ! Ce qu'elle ne peut pas ignorer... Mais peut-être cette petite phrase est-elle à lire sous le seul point de vue innocent des "décorations à programme" - d'autant qu'elle n'explique pas autrement la définition qu'elle en propose.

En tout cas, lorsqu'elle affirme que :"des thèmes bibliques dans les monuments et manuscrits chrétiens ne sont attestés qu'à partir des IVe-Ve siècles" elle fait majestueusement l'impasse sur le David -et-Goliath de l'église chrétienne de Doura-Europos. Et peut-être sur quelques autres témoignages ?
< Demeurons dans la Joie. Prions sans cesse. Rendons grâce en tout... N'éteignons pas l'Esprit ! >

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