L'enfer non-définitif

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Stephanopoulos
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Message par Stephanopoulos » lun. 07 août 2006 7:31

Lecteur Claude a écrit : "D'un point de vue spirituel, il ne me paraît pas impossible que des gens soient à ce point matérialistes qu'ils ne se soient pas rendus compte de leur propre mort et qu'ils continuent à errer sur terre un certain temps."

Il y a de ça environs trois semaines, un ami (Il s'appelle Virasak et il est natif du Laos) m'a raconté une expérience qu'il a vécu lorsqu'il est arrivé en Suisse pour la première fois. Virasak ainsi que d'autres réfugiés politiques ont été placé, dans l'attente de trouver mieux, dans ce qui était l'hôtel Beau-Séjour à Vevey. Très vite, toute les chambres du 1er étage étaient occupées; Virasak se vit donc forcé de monter, seul, à l'étage.
C'est en commençant à faire sa toilette qu'il a entendu devant la porte de sa chambre des pas réguliers et lourds (un peu comme un pas de militaire). Il sort de sa chambre pour voir ce qui se passe, et ne voit personne. Voilà que les bruits recommencent à peine qu'il fut retourné dans sa chambre. A ce moment là, il se précipite dans le couloir et constate encore une fois qu'il n'y a personne à part lui à cet étage. A peine veut-il retourner dans sa chambre que la porte se ferme toute seule en claquant. Il descent alors vers la personne chargée de s'occuper de ces réfugiés, lui raconte ce qui lui est arrivé et lui demande des explications. Elle lui dit alors qu'une jeune femme enceinte s'était suicidée au 2ème étage. Virasak, malgré tout, décide de garder sa chambre. Loin de fondre de trouille, il rejoint sa chambre et continue sa toilette. Les bruits recommencent et là, Virasak se met à s'adresser à ce qu'on peut appeler un phantôme (il lui parle dans sa langue maternelle). Il dit au phantôme qu'il sait ce qui lui est arrivé, qu'il ne veut pas le (la) déranger, qu'il est un réfugié politique et qu'il ne restera pas longtemps. Je ne sais pas vous, mais là moi j'aurais été mort de trouille. Enfin, Virasak demande au phantôme de se montrer ou plutôt d'apparaître. Ce qu'il fit juste au-dessus de son lit. Virasak a donc vu cette femme phantôme mais, que de profil. Il m'a dit que c'était une belle jeune femme aux cheveux très longs qu'elle peignait comme si elle était devant un mirroir.

Voilà, j'ai essayé de vous racconter au mieux cette histoire! Il est clair que je n'ai pas les dons d'un Pierre Bellemare!

Je tiens à préciser que je crois à ce que Virasak a vécu. Le connaissant bien, je ne peut pas mettre sa parole en doute!

Une remarque: le bébé, lui, a semble-t-il pu monter vers le Ciel. (Rappellez-vous que cette jeune femme était enceinte)

Une question : est-ce-que l'expérience de Virasak ne va-t-elle pas à l'encontre de la théorie bouddhiste de la réincarnation? (Virasak est bouddhiste ou de culture bouddhique)


Lecteur Claude à écrit : "Je publierai - mais cela prendra plusieurs mois - la thèse papale sur le Purgatoire, exposée par le cardinal Julien Cesarini au concile de Ferrare-Florence (cf. Syropoulos, p. 281), la réponse de saint Marc d'Ephèse au nom des orthodoxes et les commentaires du métropolite Hiérothée de Naupacte et Saint-Blaise (Eglise de Grèce) qui replace la question du purgatoire dans la problématique plus vaste de la confusion introduite par la théologie scolastique entre l'essence et les énergies."

Cher Claude, je suis justement en train de copier les pages (pp.136 à 170) que vous mentionnez tirées de l'ouvrage du métropolite Hiérothée de Naupacte et Saint-Blaise, pour la réfutation des théories de Mme Murr Nehmé contenues dans son livre "Mahomet II". J'espère avoir fini à la fin de cette semaine (je n'ai reproduit, pour l'instant, que les pages 136 à 147!).

En fait, cette réfutation est une sorte de compilation tirée, pour la majorité des textes, de ce présent forum. C'est plus votre travail que le mien.
Merci donc à vous tous Claude, Antoine, Anne-Geneviève, Jean-Louis, Gorgios, Eliazar, Glicherie et ceux que j'ai oublié (mes excuses)!
Stephanopoulos

Jean-Louis Palierne
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Le feu purificateur (1/3)

Message par Jean-Louis Palierne » lun. 07 août 2006 9:01

Je n'avais pas bien siovi cette discussion, mais je m'aperçois que je peux apporter le texte du chapitre de mgr Hiérotheos Vlahos qu'en tant que traducteur je possède sur mon prdinateur. Je vais le fais reproduire en plusieurs parties. Il s'agit donc de son ouvrage sur la Vie de l'hommr qoe j'ai traduit pour les Éditions de l'Âge d'homme.

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1. Les débats de Ferrare-Florence sur le feu purificateur
Cette question fut le premier point soumis à la discussion entre latins et or-thodoxes à Ferrare. La séance solennelle d'ouverture de ce Concile eut lieu le 9 avril 1438, mais les discussions se déroulèrent plus tard, particulièrement au mois de juin de la même année. Nous suivrons le déroulement de ces discus-sions selon les Actes grecs du Concile et les informations autorisées qui nous ont été communiquées par Syropoulos.
Parmi les différences qui se manifestaient entre les deux Églises, on décida de commencer par celle du “feu purificateur”. Le représentant des latins, le car-dinal Julien Cesarini, disait qu'il faudrait commencer par l'examen de l'autorité du Pape, c'est-à-dire son “primat”, mais il préférait que l'on commençât par discuter « du feu purificateur afin que nous puissions nous aussi nous purifier en en parlant ». Saint Marc Evgénikos tomba d'accord avec cette proposition, mais il désirait d'abord savoir où les latins avaient pu trouver ces Traditions, depuis combien de temps ils y croyaient et quelles étaient exactement leurs vues sur ce sujet . Avant le commencement des discussions sur le feu purificateur, ce que l'on appelle le “Purgatoire”, saint Marc demanda à l'empereur Jean Paléologue de quelle manière il entendait que l'on répondît aux latins : « par la polémique et l'obstination ou bien habilement ? » La réponse de l'empereur fut « dites tout ce qui nous semble juste et engagez la polémique » . Cette réponse est très im-portante car, comme nous allons le voir, il préférait en réalité l'autre méthode, c'est-à-dire la méthode du compromis, et saint Marc fut obligé de garder le si-lence lors de la discussion concernant le feu purificateur.
En fait les deux délégations se rencontrèrent le 4 juin pour examiner cette question. C'est au cardinal Julien qu'il revint d'exposer les vues des latins. Il dit en particulier « qu'il existe bien un feu purificateur, c'est-à-dire que dans le siècle présent un feu purifie les âmes des pécheurs, ceux dont les péchés ont été pardonnés avec le concours de l'Église et les prières des prêtres, et qu'en outre ils sont délivrés de l'enfer par les liturgies et les aumônes ».
Pour entrer plus dans les détails, il dit qu'il existe trois lieux et trois catégo-ries. La première catégorie est celle des saints, dont les âmes se trouvent au ciel après leur mort ; la deuxième est celle des pécheurs non repentis, qui se trouvent dans l'Hadès, comme l'âme de Judas ; mais il existe aussi un troisième lieu, dans lequel se trouvent les âmes des hommes dont les péchés ont été pardonnés, parce qu'ils se sont confessés et qu'ils ont communié aux saints Mystères, mais « ils ont encore une dette ». Ce sont les âmes de ces derniers qui passent par le feu purificateur .
Selon Syropoulos, il dit aussi que les âmes des hommes qui se sont repentis et qui se sont confessés sincèrement, mais ne sont pas arrivés à accomplir la pénitence que leur a impartie leur père spirituel, ni produit les fruits du repentir pour la rémission de leurs péchés, « sont purifiées par le feu du Purgatoire, les unes plus rapidement, d'autres plus lentement, en fonction des péchés commis, et qu'après avoir été purifiées elles partent vers la jouissance » .
Pour exposer leur façon de voir les latins utilisèrent divers passages de la sainte Écriture et des Pères de l'Église. De la sainte Écriture, ils présentèrent ce passage de l'apôtre Paul : l'œuvre de chacun, ce qu'elle est, le feu l'éprouvera. Si l'œuvre de l'un reste ce qu'il a édifié, il recevra son salaire. si l'œuvre d'un autre est consumée, il sera mis à l'amende, mais il sera sauvé, comme à travers le feu. . Ils utilisèrent encore de nombreux autres passages tirés des Pères de l'Église .
Trois points ressortent clairement dans leurs manières de voir. Pour com-mencer, lorsque les latins parlaient du feu purificateur, ils le distinguaient net-tement du feu éternel. car ils parlaient d'un feu qui existe « dans le siècle pré-sent », « actuellement », c'est-à-dire avant le Second Avènement du Christ. Ensuite ils précisaient que ce feu est en réalité un feu créé, que ce n'est pas une énergie incréée de Dieu. Et enfin ils concluaient que les âmes des hommes sont purifiées par ce feu. Nous allons voir comment les thèses des orthodoxes se sont exprimées dans la discussion, mais surtout dans l'enseignement de saint Marc Evgénikos, que nous présenterons dans une autre section du présent chapitre.
Après que le cardinal Julien eût exposé ses vues, saint Marc prit donc la pa-role. D'après Sylvestre Syropoulos, saint Marc dit entre autres choses qu'on avait cru jusqu'alors que les latins défendaient une autre position, mais qu'on entend maintenant un exposé différent. Notons ces paroles très caractéristiques : « D'après les déclarations de votre Éminence, je ne trouve que peu de différen-ces entre nous sur cette question, et j'espère même qu'elle sera corrigée, Dieu voulant ». C'était naturellement afin de créer une ambiance amicale qu'il s'exprima ainsi, comme le dit Syropoulos ; il demanda cependant à consulter l'exposé écrit de ces considérations afin de préparer sa réponse.
Dans les Actes du Concile, tels qu'ils sont édités dans Mansi, immédiate-ment après la transcription des débats de cette première séance, on peut lire les discussions qui eurent lieu lors de la séance suivante, qui eut lieu le 14 juin, et fut consacrée aux réponses des orthodoxes. Syropoulos nous rapporte cependant un incident qui montre bien l'état d'esprit qui régnait sur ces discussions et ex-plique de façon pénétrante pourquoi saint Marc évita d'y prendre part, cepen-dant que c'est le métropolite Bessarion qui entreprit d'exposer le point de vue des orthodoxes : des discussions interminables avaient eu lieu entre orthodoxes sur le point de savoir ce qu'il fallait répondre aux considérations développées par les latins sur la question du feu purificateur. Finalement Marc Evgénikos et le métropolite Bessarion de Nicée rédigèrent chacun un texte qu'ils lurent à une réunion des orthodoxes. L'empereur fit son choix entre les deux textes. Il décida que l'on prendrait l'introduction du texte de Bessarion et que pour le corps du texte on prendrait ce qui paraissait utile dans ce texte ; la plus grande part, la meilleure, serait donc prise dans le texte de Marc, pour composer ainsi le “texte à présenter”. C'est ainsi que commença ce qui devait devenir « la querelle entre Éphèse et Nicée » .
Bessarion entreprit de parler, mais les autres intervinrent, et c'est pourquoi il est dit dans les Actes que « les Grecs se défendirent sur ces chapitres » . Il semble cependant que c'est dès le commencement le métropolite de Nicée Bes-sarion qui tint la partie principale, si l'on s'en fie aux informations que nous rapporte Syropoulos. Il dit en effet que saint Marc avait rédigé des paroles ex-cellentes, qui réfutaient les théories des latins. Les latins demandèrent alors à saint Marc de prendre la parole pour exposer le point de vue et l'enseignement de l'Église orthodoxe sur le sort de ceux que la mort enlève. Cependant saint Marc « ne le dit pas, empêché par l'empereur ». Les latins insistèrent pour sa-voir quelle était la cause qui empêchait saint Marc de parler, et l'invitèrent à s'exprimer, mais le saint « était paralysé par l'ordre impérial, retenu comme au frein et il se désolait ». C'est alors que Bessarion reprit la parole, quittant la place où il était assis à côté de saint Marc et « alla prendre place à l'endroit où siégeaient ceux dont nous avons dit qu'ils présidaient » .
Dans cet incident apparaissent bien toutes les difficultés auxquelles saint Marc dut faire face, car d'une part l'empereur l'empêchait de parler ; cependant que Bessarion n'éprouvait que haine pour lui. Saint Marc trouva cependant bien le moyen de répondre alors que les discussions se prolongeaient. Syropoulos écrit ainsi que « nous admirions comment l'évêque d'Éphèse savait apporter aussitôt une solution aux difficultés que suscitaient les citations de l'Écriture, sans se soucier des consignes de Jean » .
Mais revenons à l'intéressante discussion qui eut lieu à Ferrare entre ortho-doxes et latins au sujet du feu purificateur.
C'est Bessarion qui reçut de l'empereur la mission de répondre aux consi-dérations développées par les latins. Il commença par une analyse de ce passage de l'Apôtre : Si l'œuvre d'un autre est consumée, il sera mis à l'amende ; il sera sauvé, comme en passant par le feu . Par “œuvre”, il convient de comprendre, dit-il, les actes et la manière de vivre de cet homme qui vivait en ce monde. Le feu dont il est question dans le texte de l'Apôtre est le feu éternel, celui du siè-cle à venir, et il n'est pas question d'un autre feu. « Ce feu dont parle l'Apôtre, est dit du siècle à venir, non pas du siècle présent ». Quant au verbe “sera sau-vé”, il ne désigne pas “le salut”, l'apocatastase, il ne s'agit que de “ne pas dispa-raître”. Cela veut donc bien dire que le pécheur ne sera pas anéanti, mais qu'il restera “torturé éternellement par le feu” .
Les latins soutenaient que le feu existe à la fois dans le siècle présent - c'est donc celui qui opère la purification des âmes -, et aussi dans le siècle à venir, mais alors il ne s'agit plus d'un feu purificateur, mais d'un feu éternel. Ils disaient également que dès le siècle présent, le feu est un feu universel, c'est-à-dire que « tous sont purifiés par le feu ». Celui qui a commis de nombreux pé-chés doit être longuement purifié par le feu, cependant que celui qui n'a commis que peu de péchés doit subir une purification moins importante, et il est délivré « avec la collaboration de l'Église » .
Les réponses qu'apportèrent les latins justifiaient pleinement les positions de saint Marc qui, alors qu'il venait d'entendre l'exposé introductif du cardinal Julien, put répondre qu'il s'était formé sur l'enseignement des latins au sujet du feu purificateur une opinion différente de ce qu'il avait entendu dans cet exposé. Il apparaît effectivement qu'il y avait bien une différence : le fait est qu'au cours de la discussion il fut démontré qu'il y avait selon eux deux feux, le feu présent et le feu à venir, et que tous les hommes doivent passer par le feu purifi-cateur.
Les orthodoxes répondirent alors que dans l'Église orthodoxe, on ne fait pas de différence entre un feu présent et un feu à venir. Selon le commentaire orthodoxe, dans ce passage de l'Apôtre il est question du feu éternel. Les âmes des pécheurs vont dans un lieu obscur, un lieu d'affliction, « et ils souffrent par-tiellement, ils sont privés de la Lumière divine », et sont purifiés par les prières et les intercessions de l'Église. Mais cette purification et cette restauration de l'âme ne sont pas le résultat de l'action d'un feu purificateur, elles sont le fruit de l'énergie de la prière, de l'intercession et de l'aumône.
Au cours du déroulement des discussions, deux différences apparurent en-tre orthodoxes et latins. La première consistait en ce que les orthodoxes par-laient d'un lieu de châtiment et d'affliction, et non d'un feu, alors que les latins parlaient de « châtiment et de purification par le feu ». La deuxième différence consistait en ce que les orthodoxes disaient que le châtiment que les âmes des pécheurs impénitents subissent maintenant n'est pas encore le châtiment défini-tif, car eux aussi doivent attendre la résurrection des corps, de même d'ailleurs que les âmes des saints reçoivent dès maintenant les biens qui leur sont promis « mais pas totalement ». Ils ne pourront en effet jouir totalement de ces biens que lorsque, au moment de la résurrection des corps, leurs âmes se réuniront avec leurs corps. Les latins cependant disaient que les âmes des pécheurs ne reçoivent pas un châtiment total, car elles attendent de retrouver leurs corps pour pouvoir être châtiées complètement. et que les âmes des saints « reçoivent totalement leurs couronnes dans les cieux », mais qu'ils ne pourront connaître la jouissance éternelle « qu'après avoir revêtu leurs corps » .
Les latins demandèrent un exposé écrit des considérations des orthodoxes, pour pouvoir les étudier et les discuter en détail. Et de fait il y eut encore plu-sieurs autres discussions pour discuter ce point, en particulier les 25 et 27 juillet.
Dès les premières rencontres, les discussions s'étaient focalisées sur le pas-sage de l'Apôtre qui parle du salut « comme par le feu ». Les orthodoxes s'appuyèrent sur le commentaire qu'en donne saint Jean Chrysostome, com-mentaire que nous étudierons plus en détail par la suite, lorsque nous examine-rons l'enseignement de saint Marc sur le feu purificateur. Cependant, lorsque les latins revinrent dans la discussion, ils insistèrent sur le fait que les mots “se-ra sauvé” et “sauve” « doivent s'entendre pour le bien et non pour le mal ». Ils s'appuyaient pour cela sur des passages des saintes Écritures où il apparaît que sous l'expression “sera sauvé” il faut entendre « le salut, l'assistance, la libéra-tion des maux et le réconfort ». Ils citaient les paroles très caractéristiques de David Ô mon Dieu, sauve ton serviteur qui espère en toi ! de même que ce cri poussé par l'apôtre Pierre, alors qu'il se noyait : Seigneur, sauve-moi ! . Les orthodoxes leur opposèrent divers passages où ce mot prend un autre sens.
Lors de cette première phase des discussions, les orthodoxes n'entendaient pas révéler la totalité de leur enseignement sur cette question, « mais seulement utiliser indirectement le jeu des questions et des réponses ». Ils cherchaient à obtenir de cette manière une prolongation des travaux du Concile « jusqu'à l'arrivée des ambassadeurs des doges » . Le Pape avait envoyé des ambassa-deurs aux doges de Venise afin qu'ils envoient de l'aide à Constantinople, qui se trouvait alors dans une grande épreuve. C'est pour cette raison que les ortho-doxes s'efforçaient de prolonger les discussions, évitant d'exposer totalement et complètement leur façon de voir.
D'autre part les orthodoxes discutaient entre eux sur le point de savoir « si les saints ont reçu complètement les biens promis, ou s'ils ne les ont pas encore reçus ». Cela se passait le 16 juillet 1438. L'empereur leur demanda de consi-gner leurs sentiments par écrit, « et il y eut entre eux une grande querelle à ce sujet ». Finalement se dégagea l'opinion selon laquelle « ils ont reçu et ils n'ont pas reçu ; les âmes ont reçu en tant qu'âmes, mais ils recevront encore plus dans la résurrection avec leurs propres corps, et c'est alors qu'ils pourront resplendir comme le soleil, et même comme la Lumière qui émanait de notre Seigneur Jésus Christ sur le mont Thabor » .
Cette discussion sur le feu purificateur fut reprise à Florence, où l'on avait transféré les réunions du Concile. Nous n'avons cependant pas l'intention d'exposer, dans le présent chapitre, tout ce qui fut alors discuté, mais seulement ce qui fut dit concernant le feu purificateur, qui n'était que l'un des points sou-mis à la discussion. À Florence on put présenter une proposition de compromis. Selon cette proposition « Les âmes des justes ont entièrement reçu leur cou-ronne dans les cieux, dans la mesure où ce sont des âmes. Celles des pécheurs reçoivent leur totale condamnation. Les âmes dans un état intermédiaire demeu-rent dans un lieu de tourments, soit le feu, soit les ténèbres, soit la tempête, ou encore quelque chose d'autre, nous ne sommes pas contre » .
Ce texte était bien une proposition de compromis, parce qu'il apparaît dans les discussions que les latins revenaient sans cesse sur les mêmes points. Les latins proposèrent un texte écrit, espérant obtenir ainsi que les orthodoxes soient d'accord pour le signer et qu'ainsi « l'union soit établie ». Dans ce texte, qui concernait le feu purificateur, il était dit que ce feu existe bien, un feu auquel sont soumis touts ceux qui se sont repentis et se sont confessés. Une phrase inté-ressante y est très significative, qui montre bien toute la différence qui subsistait entre latins et orthodoxes. Les latins soutenaient que l'ordre des saints qui n'ont pas besoin de passer par le feu purificateur, « voit immédiatement la substance divine ». De même ils assuraient que tous ceux qui se sont purifiés, sitôt qu'ils sont passés par le feu purificateur, sont jugés dignes eux aussi « de voir direc-tement la substance divine » .
Selon les vues des franco-latins, qui nous sont ici présentées, les saints voient la substance même de Dieu, cependant que dans la Tradition orthodoxe on fait une distinction entre la substance et l'énergie divines, et il est dit claire-ment que les hommes peuvent avoir une participation aux énergies incréées de Dieu, mais non à sa substance. Si, dans le document que les latins présentèrent au Concile de Ferrare-Florence ils ont pu faire mention d'un feu provisoire des-tiné à purifier l'homme pour le conduire à participer à la substance même de Dieu, cela montre bien que ce feu purificateur, selon les conceptions des latins, est une réalité créée qui permet à l'homme d'accéder à la participation de la substance même de Dieu. Dans la Tradition orthodoxe nous savons cependant bien que c'est l'action de l'énergie purificatrice incréée de Dieu, qui nous pro-cure la purification, de même que notre illumination et notre déification sont le fruit de notre participation à l'énergie illuminatrice et déificatrice incréée de Dieu, et non à sa substance.
Il semble donc que l'enseignement concernant le feu purificateur nous ren-voie à l'identification hérétique de la substance et de l'énergie de Dieu, ce qui nous conduit au centre même des inepties latines, et dévoile le point principal à partir duquel ils se sont écartés de la théologie des Pères. À vrai dire, si l'on scrute attentivement toutes les différences qui existent entre orthodoxes et les latins, on pourra aisément constater qu'elles se ramènent à une différence uni-que, qui porte sur la vérité concernant la substance et l'énergie de Dieu.
Dans les rencontres non-officielles que les orthodoxes eurent avec les la-tins, au cours desquelles leur fut présenté le texte qu'ils devraient signer afin que l'union pût aboutir, les Orthodoxes auraient été tout à fait disposés à accep-ter leur proposition sur le feu purificateur, mais pas à leur donner satisfaction sur la question « de la substance et de l'énergie divine ». Il est écrit dans les Actes grecs que « ils nous pressèrent d'accepter cet écrit ; mais n'ayant pas l'autorisation impériale, nous ne l'avons pas accepté » .
Le feu purificateur fit encore l'objet de nombreuses discussions. Alors que sur d'autres questions on put aboutir à un accord, on restait toujours en désac-cord sur le feu purificateur et sur la consécration des saints Dons. À un moment les Orthodoxes dirent à propos de ce feu purificateur : « nous ne sommes pas divisés par le feu purificateur et il n'y a pas lieu de l'être » . Les latins vou-laient inscrire cette question du feu purificateur sur le procès-verbal d'accord et d'union. Il y avait dans la représentation orthodoxe des membres qui voulaient ajouter cette question du feu purificateur dans le procès-verbal d'accord afin de terminer ce travail, mais l'empereur s'y opposa . Finalement, il est écrit dans le procès-verbal du Concile que les justes sont directement reçus au ciel après leur mort, Ceux qui sont tombés dans le péché mortel sans s'en être repentis « tombent directement en enfer », et ceux qui ont péché et se sont repentis, sans réussir à présenter les justes fruits du repentir, « leur âme est purifiée après leur mort ». Par les prières des vivants, par les saints sacrifices et par les aumônes, leurs âmes seront soulagées et délivrées de leurs châtiments .
C'est naturellement ce texte que refusa de signer Marc d'Éphèse, Marc Ev-génikos. ainsi que plusieurs de ses partisans, dont certains avaient déjà quitté Florence. “L'Union des Églises” décidée à Ferrare-Florence ne fut donc pas complètement réalisée, et ce fut une grande bénédiction pour l'Orthodoxie. Le peuple orthodoxe, les clercs et les laïcs qui vivaient la Tradition orthodoxe, s'opposèrent à l'Union et par conséquent rien de ce qui avait été signé concer-nant le feu purificateur ne fut accepté.
Il est très caractéristique que le Synode réuni à Constantinople en 1722, dans une encyclique aux antiochiens orthodoxes, se référera entre autres à la question du feu purificateur. C'est un texte synodal qui présente une grande valeur et une grande signification.
Il y est dit qu'alors que les latins assurent qu'il existe trois lieux où vont les âmes des défunts, « nous, pieux fidèles, qui adhérons à la vérité et rejetons de telles innovations, nous confessons et nous recevons qu'il existe deux lieux pour les âmes des défunts, le Paradis et l'Enfer, pour les justes et pour les pécheurs, comme nous l'enseigne la sainte Écriture. Nous ne voulons pas reconnaître de troisième lieu ou “Purgatoire”, car ni l'Écriture ni les saints Pères ne nous ont rien enseigné de tel. Nous croyons cependant que ces deux lieux abritent de nombreuses demeures différentes […] Et aucun des maîtres de notre Église ne nous a jamais transmis ni enseigné l'existence d'un tel Purgatoire, mais tous disent qu'il n'existe qu'un seul et même lieu de châtiment, l'Hadès, de même qu'ils enseignent qu'il n'existe qu'un seul lieu lumineux et radieux, le Paradis. Ces deux lieux abritent cependant des demeures différentes, comme nous l'avons déjà dit, et puisque les âmes des justes et des saints vont sans aucun doute au Paradis et celle des pécheurs dans l'Enfer, parmi les pécheurs, ceux qui sont impies et ont péché sans se repentir d'une part sont punis éternellement, mais ceux qui ont péché modérément et se sont repentis pour leur part peuvent espérer leur libération de l'indicible miséricorde de Dieu, et en faveur de ceux qui ont péché modérément et qui se sont repentis, l'Église présente des prières et des intercessions et des services de mémoire et de miséricorde, afin que leurs âmes en tirent profit et soulagement. C'est pourquoi, lorsque l'Église prie pour les défunts, nous espérons que Dieu leur accorde le soulagement, non pas en passant par le feu et le Purgatoire, mais à cause de sa divine philanthropie, à laquelle on peut reconnaître l'infinie bonté de Dieu » .
De tout le récit que nous venons de rapporter, il apparaît clairement que dans la doctrine des latins sur le feu purificateur on trouve deux points intéres-sants, qui mettent bien en évidence la différence qui persiste entre leur ensei-gnement et celui de l'Orthodoxie. (1) Le premier point est qu'ils font une dis-tinction entre ce feu purificateur et le feu éternel de l'Enfer, chose qui ne ressort nulle part, ni de la sainte Écriture, ni de la tradition des Pères. (2) Et puisque par ce feu purificateur les hommes peuvent parvenir à la vision de la substance même de Dieu, et la doctrine des latins identifie la substance et l'énergie, puis-qu'ils parlent d'un actus purus et d'une énergie créée, le deuxième point qui sépare la doctrine des latins de la doctrine orthodoxe est qu'ils font de ce feu purificateur un feu créé. Nous allons voir de quels présupposés procède cette doctrine des latins et quelles conséquences elle comporte pour la vie spirituelle. Il était cependant nécessaire de souligner clairement à quel point elle diffère de la théologie des Pères de notre Église.
Jean-Louis Palierne
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Jean-Louis Palierne
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Le feu purificateur (2/3)

Message par Jean-Louis Palierne » lun. 07 août 2006 9:03

2. L'enseignement de saint Marc Eugénikos sur le feu purificateur
Parmi les protagonistes du Concile de Ferrare-Florence, saint Marc, le mé-tropolite d'Éphèse, fait figure de porte-parole de l'enseignement patristique or-thodoxe sur toutes ces questions. Si l'on étudie son enseignement, on pourra vérifier à l'évidence qu'il est bien le porte parole de l'enseignement orthodoxe, et surtout qu'il est le représentant autorisé de la théologie de saint Grégoire Pa-lamas. C'est sur ce point que nous pouvons juger de la valeur de sa théologie. Étant donné l'intérêt que présente l'ensemble de ce qu'il dit en ce qui concerne la question qui nous occupe, il convient d'en faire une analyse détaillée.
Tout ce que nous allons analyser se trouve dans deux discours de saint Marc qui nous ont été transmis, et bien sûr ce sont les discours qu'il prononça lors des débats du Concile de Ferrare, ainsi que dans les quelques « chapitres » qui présentent le résumé de tout son enseignement, et dans lesquels il rejette la doctrine des latins sur l'existence d'un feu purificateur.
Le premier discours porte comme titre : Du très saint métropolite d'Éphèse seigneur Marc Evgénikos, réfutation des chapitres qu'ont présentés les latins concernant le feu purificateur . On peut constater que ce discours est celui qui avait été composé par saint Marc dès l'ouverture des débats, et naturellement sur les instructions de l'empereur. Le deuxième discours est intitulé : Du très-sage et digne de toute louange seigneur Marc d'Éphèse, deuxième plaidoirie devant les latins, dans laquelle est encore exposée la véritable opinion de l'Église des Grecs . Quant aux chapitres, ils portent en suscription : Dix argu-ments démontrant qu'il n'existe pas de feu purificateur .
Il est certes difficile de procéder à une présentation analytique de l'enseignement de saint Maxime sur cette question ; il faudrait qu'une thèse particulière analyse toutes ses considérations. Je tenterai cependant d'exposer dans ce qui suit ses positions générales concernant le feu purificateur, en m'efforçant de ne pas en altérer le contenu. Cela me paraît important parce que nous ne possédons malheureusement que peu d'éléments concernant le feu puri-ficateur, et dans ce qu'on nous présente, la pensée orthodoxe sur ce point n'est pas exposée dans son intégralité.
(a) Nécessité d'une véritable discussion théologique
Dès le début de sa première homélie, saint Marc souligne la nécessité d'entreprendre une véritable recherche portant sur les questions théologiques qui sont encore en suspens. Les lignes que voici sont très significatives à cet égard : « Il est nécessaire d'entreprendre beaucoup de véritables investigations et de discuter sur tout ce qui reste objet de discussions dans les dogmes et sur tous les mots qui sont forts et généreux dans chaque opinion » .
L'étude des questions dogmatiques qui restent en suspens doit être conduite dans le souci de dégager la vérité sans que s'y glisse le mensonge, en cherchant à utiliser dans chaque cas les arguments les meilleurs. D'une telle investigation, on peut espérer tirer un grand bénéfice, car la vérité se laissera deviner. « D'une telle investigation on doit s'attendre à tirer beaucoup de profit » . Le saint in-siste évidemment pour prédire que le gain ne sera grand que si les deux parties sont bien animées par le désir de trouver la vérité, et non par l'esprit de querelle ou bien si, sans se préoccuper de remporter la victoire par tous les moyens, elles acceptent d'être vaincues honnêtement . D'après ce que nous venons de dire, on comprendra qu'il y a là un blâme à l'égard des latins, qui recherchaient jus-tement le contraire. Ils ne cherchaient pas tant à trouver la vérité concernant le feu purificateur qu'à faire prévaloir leurs positions, sur ce point comme sur tant d'autres.
Citant le Concile des Apôtres, qui fut convoqué pour décider s'il fallait im-poser la circoncision aux nouveaux Chrétiens issus des Gentils, et insistant par-ticulièrement sur la discussion qui eut lieu entre les Apôtres, mais aussi sur l'unité d'esprit qui prévalut après, il disait que les latins, eux aussi, devaient dans ces discussions rechercher la vérité, même si devait s'ouvrir une grande discussion .
C'est donc ainsi que la discussion théologique s'avère nécessaire, lorsque les arguments s'opposent et que l'on recherche la paix et l'unité d'esprit. Mais si c'est la querelle qui domine, ainsi que la tentative d'imposer chaque point de vue, on ne peut en tirer aucun profit. C'est ce critère qu'il est nécessaire d'utiliser pour évaluer toute discussion dogmatique, car si l'Esprit saint n'agit pas et si la paix ne règne pas durant les discussions, il sera impossible que l'on trouve la vérité.
(b) Qu'il existe bien un Paradis et un Enfer
La doctrine qu'avançaient les latins concernant le feu purificateur est à mettre en rapport avec leur doctrine du Paradis et de l'Enfer. Il convient donc d'envisager cette question dans son ensemble.
Saint Marc rejette la doctrine du feu purificateur en utilisant comme argu-ment les paroles du Christ dans la parabole de l'homme riche et du pauvre La-zare. L'âme de Lazare se trouve dans le sein d'Abraham, cependant que l'âme de l'homme riche se trouve en Enfer. Ce que dans cette parabole le Seigneur a voulu désigner par “le sein d'Abraham” c'est, comme le dit saint Marc, « l'état final dans la destinée bienheureuse des amis de Dieu », cependant qu'il a dési-gné par l'Hadès « les tourments du châtiment ultime et de la condamnation éter-nelle des pécheurs ». Et bien sûr dans cette parabole, le Christ « n'a laissé au-cune place entre eux pour un autre lieu provisoire qui serait destiné aux tourments ». Il existe donc bien par conséquent un Paradis et un Enfer mais il n'existe pas de troisième lieu, provisoire, de tourments. Entre le Paradis et l'Enfer s'ouvre d'ailleurs un abîme, selon cette parabole, .
Nulle part dans la sainte Écriture on ne peut trouver qu'immédiatement après que l'âme est sortie du corps elle voit s'ouvrir devant elle un Paradis, un Enfer et un feu purificateur. Lorsque l'âme de l'homme est dépourvue de son corps, puisqu'elle est incorporelle et immatérielle, « elle ne saurait d'aucune manière être tourmentée par un feu corporel », car son corps s'est corrompu. C'est seulement après la résurrection des corps, lorsque l'âme aura fait son re-tour dans un corps devenu incorruptible et que toute la création se sera trans-formée, et après que le feu soit réparti c'est-à-dire lorsque le feu illuminateur se sera séparé du feu caustique, c'est alors que l'homme pourra faire l'expérience du feu éternel, exactement d'ailleurs comme les démons, car eux aussi ont une certaine forme de matière, et sont environnés d'une certaine épaisseur, et ils ont donc des corps aériens et combustibles . Seuls donc existent le Paradis et l'Enfer, et ils ne laissent aucun espace intermédiaire entre eux. Ce que connais-sent les âmes immédiatement après leur mort n'en est qu'un avant-goût.
On rencontre certes dans la sainte Écriture des passages qui parlent de l'Hadès dès avant l'incarnation du Christ et la défaite infligée à la mort par le sacrifice du Christ sur la Croix. Cependant l'Hadès, tel qu'il est décrit dans la sainte Écriture, ne peut être identifié avec le feu purificateur des latins. Cet Ha-dès est un lieu noétique, car les âmes des défunts n'ont à ce moment-là pas de figure . Les âmes des justes sont retenues dans l'Hadès jusqu'à l'heure de la venue du Sauveur, et seulement à cause du péché des Ancêtres, « pas du tout dans le feu et dans les tourments, mais comme internées dans une prison » . Il ne s'agit donc pas là de ce feu purificateur dont parlent les latins.
L'existence d'une sorte de feu purificateur provisoire entre le Paradis et l'Enfer est liée, d'une certaine manière, à la doctrine d'une restauration univer-selle [apocatastase] en ce qu'elle encourage l'indolence des insouciants. La restauration universelle et donc la fin du tourment éternel, telles qu'elles avaient été enseignées par Origène et qu'elles sont passées chez certains écrivains ec-clésiastiques postérieurs, ont été rejetées et anathématisées par le Ve Concile Œcuménique, parce qu'elles ajoutent à l'indolence des insouciants, qui pour-raient alors espérer une libération de leurs tourments. C'est pour la même raison que la doctrine du feu purificateur a été rejetée par l'Église, car elle accrédite l'impression qu'il est inutile de combattre en cette vie présente, puisque l'on attend une autre purification. « Pour les mêmes raisons il faut donc rejeter aussi loin de l'Église le dogme du feu purificateur, car il rend indolents ceux qui s'appliquaient, en les persuadant de ne pas combattre par tous les moyens dans la vie présente pour se purifier eux-mêmes, puisqu'ils doivent s'attendre à une autre purification » .
Désireux de préciser la question du Paradis et de l'Enfer, et pour exprimer la doctrine de l'Église, saint Marc ajoute qu'à leur mort les justes ne reçoivent pas leur béatitude tout entière, pas plus que les pécheurs ne sont emmenés vers le châtiment éternel où ils seront tourmentés éternellement, mais que tant la béa-titude que le châtiment « surviendront nécessairement après le dernier jour du Jugement et la résurrection de tous ». Justes et pécheurs se trouvent donc main-tenant « chacun dans le lieu qui lui est destiné », mais les justes se trouvent dans l'aisance et la liberté qu'ils partagent avec les Anges au ciel, jouissant de l'avant-goût du Royaume des Cieux, cependant que les pécheurs se trouvent enfermés dans l'Hadès, attendant dans la gêne et une inimaginable tristesse la sentence du Juge, car ils se savent déjà condamnés et prévoient le tourment éternel .
De cet enseignement que nous transmet saint Marc, il ressort bien qu'il ne saurait exister de situation intérimaire pour les âmes comprise dans le sens que lui donnaient les latins, c'est-à-dire comme une situation qui viendrait s'intercaler entre le Paradis et l'Enfer, un lieu particulier où existerait un feu purificateur. Mais il existe bien une situation intérimaire qui est le lot de toutes les âmes en ce sens qu'après que leur âme est sortie du corps, les justes doivent attendre la résurrection de leurs corps pour pouvoir jouir totalement du Paradis, cependant que les pécheurs doivent attendre de connaître la sentence définitive du Juge et leur châtiment éternel. Cependant la jouissance qu'auront les justes de la vue de Dieu, après que l'âme soit sortie du corps, est très supérieure à ce qu'elle avait été en cette vie. Il est très caractéristique que saint Marc puisse écrire qu'après leur mort les justes reçoivent la vision bienheureuse de Dieu, « et ce rayonnement venu d'en haut est plus pur et plus parfait que tout ce qu'ils avaient pu connaître en cette vie » .
Pour appuyer cette considération, saint Marc utilise de nombreux passages de la sainte Écriture, et les Pères de l'Église. Lors du Jugement dernier, qui aura lieu après le Second Avènement du Christ, les justes entendront les mots que voici : Venez, les bénis de mon Père, pour hériter du Royaume qui a été préparé pour vous. Cela implique qu'ils n'en avaient pas encore hérité après que leur âme se fût séparée du corps. Si d'ailleurs ils en avaient hérité, la résurrection des corps ne serait plus nécessaire, ni la venue du Juge et son redoutable Tribu-nal universel .
L'apôtre Paul écrit de même : car il faut que nous soyons tous révélés de-vant le tribunal du Christ, afin que chacun retrouve ce qui revient à son corps, pour ce qu'il a fait, soit en bien, soit en mal . Cela veut dire que jusqu'à ce que nous comparaissions devant ce Tribunal, et que nous soyons révélés devant le Christ, et même après la séparation de l'âme et du corps, « personne ne reçoit pour ce qu'il a fait en son corps »
Lorsque l'on demanda à saint Athanase le Grand si les justes reçoivent après la séparation de l'âme et du corps les biens promis et les pécheurs leur châtiment, il répondit : « Pas du tout ! Mais cette joie, dont jouissent les âmes des saints, est un certain soulagement, de même que la douleur qu'éprouvent les pécheurs est déjà un tourment » .
Saint Marc aboutit donc à cette conclusion que ni les justes ne peuvent re-cevoir définitivement les biens éternels, ni les pécheurs n'ont reçu leur sanction définitive, et ils n'ont pas encore été envoyés dans l'Enfer. D'ailleurs, jusqu'à la résurrection des corps, ils restent imparfaits « et comme coupés en deux, puis-que le corps leur fait défaut ». C'est seulement après le retour de leurs âmes dans les corps devenus incorruptibles qu'ils pourront recevoir leur salaire et le trophée de leurs combats .
Entre le Paradis et l'Enfer où sont donc reçus les justes et les pécheurs, immédiatement après la séparation du corps et de l'âme, la mort biologique, il ne saurait exister un autre feu purificateur. Ce dogme des latins ne peut pas s'inscrire dans la Tradition de l'Église.
(c) Qu'il n'y a pas de feu purificateur
Tout ce qui vient d'être dit ne vise à rien d'autre qu'à prouver l'inexistence du feu purificateur. Porteur de la Tradition orthodoxe, saint Marc renverse les théories des latins en s'appuyant sur des arguments inébranlables qui lui per-mettent de présenter la conception orthodoxe sur cette question.
Il commence par démontrer qu'il n'est nulle part question d'un feu purifi-cateur dans la sainte Écriture ou dans la tradition des saints Pères. Partout où l'on semble parler d'un feu purificateur, il faut comprendre qu'il s'agit en réali-té du feu éternel et incréé, celui qui châtiera les pécheurs après le Second Avè-nement du Christ. Nous y reviendrons plus loin, mais il faut remarquer ici que la doctrine des latins concernant un feu purificateur qui viendrait prendre place avant le Second Avènement du Christ ne repose sur aucun appui, et qu'il n'est même pas possible d'en trouver le moindre indice dans la sainte Écriture.
Cette théorie selon laquelle il serait possible que les âmes soient soumises à un feu purificateur, qui serait assuré par un feu provisoire afin de les libérer de leurs péchés, « nous ne la trouvons jamais exprimée explicitement, ni dans les prières et les hymnes sacrés, ni dans les paroles de nos maîtres » . On peut cer-tes trouver certains textes, ceux qu'utilisent les latins, qui semblent concerner cette question, mais il s'agit de passages qui font l'objet d'une mauvaise inter-prétation, c'est-à-dire qu'ils sont utilisés au service d'une autre tradition de commentaires de l'Écriture, comme nous pourrons le constater plus en détail plus bas.
On peut trouver dans les textes des Pères que les pécheurs qui ne se sont pas repentis « sont châtiés dans une certaine mesure », mais non qu'ils sont tombés dans l'Enfer. Dans les textes de la sainte Écriture et des saints Pères il est question du chagrin qu'éprouvent ceux qui se trouvent dans la situation in-termédiaire, un chagrin qui est pour eux un châtiment et une punition, soit pour la honte et le tourment de leur conscience, soit aussi pour le regret ou le confi-nement dans l'obscurité, soit encore pour la crainte et l'incertitude quant au fu-tur, soit aussi pour le refus de la vision divine, en fonction de ce qu'ils ont fait, mais jamais il n'y est question d'un feu « corporel capable de châtier et purifier les âmes incorporelles » ; Lorsqu'ils expliquent les passages de la sainte Écri-ture qui en parlent, aucun des Pères de l'Église ne les a jamais interprétés en un sens qui serait en rapport avec le feu purificateur qu'enseignent les latins .
Dans le Discours sur la Montagne, le Seigneur dit que celui qui appelle “fou” son frère « est digne du Jugement ». Et saint Marc d'expliquer qu'il n'entend pas par là « l'envoyer au feu purificateur, mais dans la géhenne ». Il devra rendre compte de chaque parole oiseuse « en tout cas au jour du Juge-ment, mais ce n'est pas la doctrine du feu qui pourra le purifier » .
Dans la sainte Écriture, il est dit que la vision de Dieu sera la récompense finale de tous ceux qui auront purifié leur cœur, selon ce qu'a promis le Christ : bienheureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu . Il existe naturelle-ment des degrés de la vision de Dieu, en fonction des degrés de la purification. De même par conséquent que les hommes ne connaîtront pas tous le même de-gré de purification, de même bien sûr le feu purificateur n'est pas nécessaire si la purification est incomplète chez certains. Il apparaît dans toute la sainte Écri-ture que ceux qui sont moins purifiés verront moins Dieu. Les hommes verront Dieu dans la mesure de leur purification, et c'est justement pour cette raison qu'il n'est pas nécessaire qu'il y ait une purification après qu'ils auront quitté cette vie .
Il n'est donc littéralement rien dit dans la sainte Écriture de l'existence d'un feu purificateur provisoire qui interviendrait après que l'âme ait quitté le corps, mais en outre c'est toute la doctrine des latins, avec ses innovations, qui ne s'accorde pas du tout avec l'esprit de l'Écriture. Il ne reste aucune place pour un feu purificateur qui viendrait s'intercaler entre la mort de chaque homme et le Second Avènement du Christ.
(d) Objections théologiques contre l'existence d'un feu purificateur
Les discours que saint Marc Evgénikos avait prononcés au Concile de Fer-rare-Florence sur la question du feu purificateur sont immensément riches et il serait naturellement impossible d'en présenter toute la richesse de son ensei-gnement dans une analyse qui entend rester sommaire. Par nécessité nous limi-terons donc à un exposé concis et lacunaire, mais malgré la difficulté inhérente à tout résumé de l'enseignement de saint Marc, nous nous efforcerons de ne pas en altérer le contenu, et de dégager ses vues générales concernant la question qui nous occupe.
En guise de conclusion de son premier discours, il présente les raisons pour lesquelles il est impossible pour un orthodoxe d'admettre l'existence d'un feu purificateur au sens que lui donnent les latins, c'est-à-dire comme l'existence d'un feu créé, provisoire et venant s'intercaler entre la mort et le Second Avè-nement du Christ. Ces raisons sont selon lui les suivantes :
(1) Puisque c'est la nostalgie du divin, c'est-à-dire l'amour lui-même, qui purifie les hommes et les rend semblables à Dieu, comment peut-on dire que ce même désir ne pourrait pas survenir aussi après la mort, et serait donc incapable de nous purifier de nos petits péchés, et pourquoi y aurait-il besoin pour cela d'un feu purificateur ?
(2) Il sied à la bonté de Dieu de ne pas négliger le bien dans les petites choses et de châtier les petits péchés. Mais un peu de bien parmi de grands péchés ne vaut aucune récompense. Il n'est pas non plus néces-saire de citer devant le tribunal le peu de mal commis par ceux qui ont réussi de grands exploits. C'est pour cette raison que le feu purificateur n'est pas nécessaire.
(3) Dans le cas des pécheurs, le peu de bien qu'ils ont fait ne reçoit pas sa récompense, si ce n'est une différence dans le châtiment. Il en est de même pour les saints : le peu de mal qu'ils ont commis ne suffit pas à leur mériter l'enfer, mais peut seulement causer une différence dans la béatitude. Puis donc qu'il peut exister des degrés dans le châtiment et dans la récompense, il n'est aucun besoin d'un feu purificateur.
(4) Il résulte des points précédents que la vision de Dieu est accordée éga-lement à tous les hommes, mais qu'ils le voient différemment selon le degré de purification auquel ils ont accédé. C'est pourquoi ceux qui n'ont pas purifié leur intellect « n'ont aucun besoin d'un feu purifica-teur ».
(5) Dans son homélie pascale, saint Grégoire le Théologien déclare pure-ment et simplement qu'il ne saurait y avoir de purification « au-delà de la nuit présente », c'est-à-dire qu'aucune purification ne peut plus in-tervenir après la vie même, qui est ainsi décrite comme une nuit.
(6) Dans ce discours, saint Grégoire le Théologien dit qu'il est préférable pour nous d'être purifiés dès ici-bas plutôt que d'être envoyés dans les tourments de l'Enfer, « car ce sera alors le moment de la sanction, non de la purification ». Il est en effet bien évident qu'il n'y a plus de pos-sibilité de purification dès lors que l'âme est sortie du corps, l'Enfer est alors la seule conséquence possible.
(7) Dans la parabole de l'homme riche et du pauvre Lazare, le Christ « ne laisse aucune place pour un lieu de tourments provisoire, car un gouf-fre immense et infranchissable s'ouvre entre eux et cause une sépara-tion directe et totale ».
(8) Dès lors qu'elle s'est séparée du corps, une âme incorporelle et imma-térielle ne peut être tourmentée par un feu corporel. C'est un feu éter-nel qui existera après le Second Avènement du Christ et après, lorsque l'âme aura retrouvé un corps incorruptible.
(9) L'Hadès, dans lequel sont descendues les âmes des justes de l'Ancien Testament, n'entre pas dans la catégorie du feu et des tourments, mais représente un lieu d'arrêt et de détention provisoire, dans l'attente du Jugement définitif. C'est alors seulement que l'Enfer ouvrira ses por-tes. C'est pour cette raison qu'il n'est pas nécessaire qu'il y ait un feu purificateur.
(10) Les saints Pères, qui vivaient sur terre dans une cité angélique et qui étaient instruits durant leur vie par des visions, des songes et des miracles de l'enfer éternel réservé aux pécheurs et aux impies, comme nous le décrit la parabole de l'homme riche et du pauvre Lazare, « ne nous ont absolument rien révélé de l'existence d'un feu purificateur anticipé ».
(11) Il faut rejeter le dogme concernant le feu purificateur parce qu'il conduit les hommes à l'indolence, c'est-à-dire à s'abstenir de lutter dès cette vie pour leur purification, dans l'attente de quelque purification future, exactement pour les mêmes raisons qu'il convient de rejeter le dogme de la restauration universelle [apocatastase], car il conduit les hommes vers le même résultat ;
Saint Marc développe encore les mêmes arguments lorsqu'il argumente sur l'inexistence du feu purificateur. Il y explicite ainsi les raisons pour lesquelles nous ne pouvons pas accepter l'existence d'un tel feu, provisoire et créé. Dans ces raisonnements, les arguments de saint Marc sont articulés autour des trois points suivants :
(1) Le premier point est que, selon l'enseignement de la sainte Écriture et de la Tradition de notre Église, il existe des degrés dans la vision de Dieu, selon la purification que l'homme aura atteinte en cette vie. Celui qui est plus purifié verra plus parfaitement la gloire de Dieu. Il peut exister une plus petite et une plus grande vision de Dieu, en fonction du degré de purification. Celui qui n'a commis que quelques péchés « lui aussi pourra voir Dieu, sans avoir besoin du feu purificateur » : il suffit pour cela de l'amour de Dieu pour les hommes, à un degré bien sûr proportionnel. Cependant la doctrine latine du feu purificateur anéantit en quelque sorte cette différence dans la jouissance de la gloire de Dieu. Si en effet les hommes qui font partie de cette catégorie doivent passer par un feu purificateur provisoire, il s'ensuit que les âmes des hommes « se trouvent toutes dans la même vision de Dieu, qui est la béatitude ». C'est ce-pendant là une erreur, car le Christ Lui-même a dit que dans le Royaume de son Père, il y a beaucoup de demeures .
(2) Le deuxième argument est qu'après qu'il a quitté cette vie, il n'est plus possible de changer la volonté d'un homme par un feu purificateur. « Tant le mouvement de la volonté que celui des choses sont circonscrits à cette vie ». La volonté ne peut se transformer qu'aussi longtemps que l'homme se trouve dans la vie présente ; là où il se trouvera après sa mort, elle demeurera immuable. « Tant la récompense que la sanction dépendent [de cette volonté devenue im-muable], et non de l'action d'un feu purificateur ». Si donc la droiture de la vo-lonté est exigée pour la béatitude, et si aucun feu purificateur n'est plus capable de détourner cette volonté du mal vers le bien, puisqu'elle restera telle que l'homme a vécu dans cette vie biologique, le feu purificateur ne peut plus rien y ajouter qui puisse conduire à la béatitude. Cela veut dire encore une fois que les hommes ne peuvent être purifiés par aucun feu purificateur.
(3) Le troisième argument est que, de même qu'il existe des degrés de béa-titude dans le Royaume des cieux, de même il existe des degrés dans les tour-ments. Et comme nous le disions plus tôt, il n'est pas possible que le peu de bien qu'ont pu faire les pécheurs reçoive sa rétribution « mais seulement une diffé-rence dans les tourments ». De même le peu de mal qui peut exister chez les justes « ne conduit pas à l'Enfer, mais seulement à une différence dans la béati-tude ». C'est pour cette raison que le feu purificateur ne saurait exister, comme le disent les latins .
(e) Explication du texte de l'Apôtre
Dans le dessein de soutenir l'existence du feu purificateur, les latins utili-sent divers passages des saintes Écritures. C'est justement pour cette raison que saint Marc Evgénikos dans ses discours, qui sont des textes de controverse et qui furent utilisés dans les discussions du Concile de Ferrare-Florence, prend la peine de fournir un commentaire orthodoxe de ces passages de la sainte Écriture pour démontrer que les latins commettent en réalité une erreur d'interprétation qu'ils tentent d'utiliser à l'appui de leurs innovations dogmatiques.
Le principal des passages qu'envisagent ces discours est celui que nous avons cité, tiré de la Ière Épître aux Corinthiens, C'est le passage où il est dit que l'œuvre de chaque homme sera soumise à l'épreuve du feu. Voici exacte-ment ce qu'écrit l'apôtre Paul dans ce texte :
Que chacun veille à la manière dont il édifie. Personne ne peut en effet poser d'autre fondement que Celui qui a été posé, qui est Jésus Christ. Si sur ce fondement quelqu'un édifie de l'or, de l'argent, des pierres pré-cieuses, du bois, du foin, de la paille, l'œuvre de chacun deviendra évi-dente. Le Jour en effet la manifestera, car ce sera révélé dans le feu. Et l'œuvre de chacun, ce qu'elle est, le feu l'éprouvera. Si l'œuvre de l'un reste ce qu'il a édifié, il recevra son salaire. si l'œuvre d'un autre est consumée, il sera mis à l'amende, mais il sera sauvé, comme à travers le feu .
Selon les paroles de saint Marc, alors que ce passage semble bien intro-duire l'idée d'un feu purificateur, « plus que tout autre, c'est ce passage qui le réfute ». Les raisons qui le démontrent sont les suivantes : (1) l'apôtre Paul dit qu'il s'agit d'une épreuve par le feu, et non d'une purification par le feu. (2) Toutes les œuvres, et même les œuvres les meilleures et les plus honorables, devront passer par ce feu, ce qui signifie qu'elles n'ont pas toutes besoin du feu. (3) L'Apôtre dit que seules les œuvres des méchants seront brûlées et qu'eux seront mis à l'amende. alors que selon l'explication qu'en donnent les latins, ceux qui auront été purifiés en tireraient profit. (4) Tout ce qui est dit là par l'Apôtre concerne le jour du Jugement et du siècle à venir, et il ne s'agit nulle-ment d'un prétendu feu purificateur qui viendrait s'intercaler entre le Paradis et l'Enfer. Cela n'est d'ailleurs dit nulle part dans la sainte Écriture. Bien plus, le Christ est tout à fait catégorique lorsqu'il dit qu'i!s s'en iront, ceux-ci vers l'Enfer éternel, mais les justes vers la vie éternelle .
Il s'agit donc essentiellement d'une grâce incréée de Dieu, agissant aussi bien pour illuminer les justes que pour consumer les pécheurs. Les passages de la sainte Écriture que cite saint Marc sont bien d'accord sur ce point. C'est ainsi que David, roi et prophète, peut dire : Devant Lui un feu dévorera, autour de Lui une tempête déchaînée . Et aussi : Le feu s'avancera devant Lui, consumant alentour ses ennemis . Et le prophète Daniel d'écrire : Un fleuve de feu s'étendait Lui .
Il faut accorder une importance particulière à la phrase suivante de l'Apôtre : Si l'œuvre d'un autre est consumée, il sera mis à l'amende, mais il sera sauvé, comme à travers le feu. Pour commenter ce verset, saint Marc dit que cette œuvre que le feu consumera et qui devra complètement disparaître est la mauvaise disposition, ou énergie ; le verbe sera mis à l'amende fait allusion aux lourdes sanctions qui pèseront sur les pécheurs, cependant que le verbe sera sauvé indique seulement qu'ils seront conservés. On notera particulièrement ces mots de saint Marc : « Il les sauvera cependant, c'est-à-dire qu'il les retiendra et les emprisonnera à perpétuité, mais sans les anéantir pour leur méchanceté » .
Cela veut dire que la Grâce de Dieu conservera même les pécheurs et res-suscitera leur nature, mais qu'ils resteront éternellement prisonniers de l'Enfer. Ici par conséquent le mot “salut” se rapporte à la conservation.
Cette interprétation de saint Marc Evgénikos n'est pas une trouvaille de son cru, elle représente bien l'enseignement des saints Pères de notre Église. Ce que saint Marc rapporte ici, c'est ce qu'on pouvait déjà trouver dans les commentai-res de saint Jean Chrysostome ou bien dans l'enseignement de saint Basile sur le feu du siècle à venir.
Saint Jean Chrysostome, qui est la bouche de Paul, tout comme l'apôtre Paul est la bouche du Christ, écrit exactement ceci : « les mots il sera sauvé signifient “le pécheur comme par le feu”, c'est-à-dire qu'il sera châtié par le feu, sans être pour autant anéanti avec ses œuvres et ses dispositions mauvai-ses » . Nous retrouvons donc ici l'enseignement orthodoxe qui dit bien que l'homme est une personne, qu'il ne peut jamais être conduit au néant, à l'inexistence, et qu'en ressuscitant, le Christ a fait don de la résurrection à tous les hommes, tant justes qu'injustes, c'est-à-dire de cette résurrection qui aura lieu lors de son Second Avènement, car il y aura alors une restauration de la nature, mais non de la liberté, et c'est alors que les justes pourront jouir du « toujours être dans le bien [aei eu einai] », mais ce que les pécheurs recevront, ce sera « d'être toujours dans le hélas ! [aei feu einai] ».
Pour commenter le verset du Psaume : La voix du Seigneur partageant la flamme de feu, saint Basile le Grand dit que, puisque le feu a deux facultés, une faculté illuminatrice et une faculté caustique, la voix du Seigneur répartira ce feu « en sorte que le feu de l'enfer est sans lumière, et que le feu du repos reste un feu qui ne brûle pas » .
Commentant ce passage de saint Basile, saint Marc dit que les œuvres de lumière des justes paraîtront plus brillantes encore, et que les justes deviendront les héritiers de la Lumière. Mais les pécheurs pâtiront du rejet de leurs œuvres, cependant « qu'ils seront sauvés d'un salut qui sera pire encore qu'une perdi-tion, car ils demeureront conservés dans le feu (c'est avant tout cela le sens de ces mots “être sauvés”), afin qu'ils ne puissent plus même espérer trouver leur salut dans la force destructive du feu pour être anéantis du même coup » . En même temps, saint Marc souligne que s'il existe un exégète qui comprend par ce salut qu'ils pourront être sauvés de l'enfer, et s'il comprend le passage par le feu dans le sens d'une purification, « il prouve qu'il n'a absolument rien com-pris » .
Saint Marc d'Éphèse estime que le commentaire qu'en donne saint Jean Chrysostome est digne de toute louange, et tous les maîtres de notre Église vont d'ailleurs dans le même sens. Le commentaire de saint Jean Chrysostome est ainsi « le plus exact et le plus véridique de tous » . C'est en restant dans ce ca-dre qu'il ajoute lui-même un commentaire au sujet des événements qui s'étaient déroulés à Corinthe et qui avaient fourni à l'apôtre Paul un prétexte pour écrire ces mots.
Saint Marc souligne que dans ce cas l'apôtre Paul fait allusion à ce chrétien de Corinthe qui était tombé dans la fornication. C'était l'un de ces maîtres qui, depuis qu'il avait commis une grave transgression, « s'en tenait quand même à un enseignement valable, présentant un contenu non méprisable, mais plaçant sa confiance dans la sagesse profane et l'amour des richesses » . Il semble donc que l'apôtre avait en vue un maître qui, tout en ayant péché, continuait cepen-dant à enseigner, plaçant sa confiance dans la sagesse profane et dans le trésor de la raison. Il tire ses informations de ce qui est dit dans le chapitre qui en parle dans l'épître de l'apôtre Paul.
D'après saint Marc, ces paroles « concernent donc manifestement celui qui avait forniqué ». Non seulement ce maître ne recevra pas la récompense qu'aurait pu lui valoir son enseignement, mais toute son œuvre d'enseignement sera consumée. Il ne lui restera donc plus qu'à être condamné pour ses actes.
Mais ce maître ne se consumera pas en même temps que son enseigne-ment, il sera sauvé et devra comparaître devant le tribunal pour y rendre compte de ce qu'il a commis et recevoir son châtiment éternel, sans pou-voir tirer aucun profit de son enseignement qui aura été consumé… et il sera sauvé d'un salut pire que la perte : il eût été meilleur pour lui qu'il ne fût jamais né plutôt que d'être sauvé de cette façon, en subissant une telle sanction .
Il faut signaler que saint Marc reprend constamment les paroles de saint Jean Chrysostome selon qui être sauvé doit se comprendre comme signifiant être conservé. « Le salut doit se comprendre seulement comme “ne pas être anéanti” avec les œuvres, survivre à ce qui est détruit ». Cet homme se présente-ra devant le Christ “couvert de brûlures”. Ce feu dont parle l'apôtre Paul n'est d'ailleurs que le feu d'une épreuve, « il ne s'agit point de ce feu qui est destiné aux pécheurs dans l'éternité » . Il est donc bien clair que saint Marc distingue ici le feu de l'épreuve, lors du Second Avènement du Christ, du feu éternel de l'enfer. Ce feu du Jugement n'est naturellement pas un feu créé, il s'agit donc bien d'un feu incréé. Je pense que cette différence montre qu'il y a d'abord l'épreuve du Jugement rendu par le Christ Lui-même, et d'autre part la dimen-sion caustique de l'énergie divine, qui joue son rôle dans l'état spirituel de l'homme.
Pour réfuter la position selon laquelle le terme de “salut” ne pourrait pas être employé pour désigner le mal mais seulement pour désigner le bien, saint Marc utilise le passage que voici, qui se trouve dans le livre de Job. Venant an-noncer à Job la catastrophe qui vient d'arriver, le messager de mauvaises nou-velles lui déclare : seul j'ai été sauvé, et je viens te l'annoncer . “Il a été sau-vé”, c'est-à-dire qu'il a échappé à la catastrophe et qu'il vient pour annoncer le malheur .
La parole de l'Apôtre ne saurait donc confirmer le feu purificateur, comme le prétendent les latins. Elle indique clairement le Jugement qui va venir, la condamnation du pécheur, qui est conservé, c'est-à-dire qu'il va passer par le feu sans être anéanti avec ses œuvres mauvaises.
(f) Passages patristiques présentés à la discussion
Dans le but d'étayer cette innovation que représentait leur enseignement sur le feu purificateur, les latins eux aussi recoururent à des textes patristiques. S'ils le firent, c'était parce qu'ils voulaient réponde aux questions des ortho-doxes qui cherchaient à comprendre où les latins avaient bien pu trouver leur inspiration pour inventer un enseignement aussi étranger à l'Église orthodoxe. Nous allons cependant voir que les latins avaient altéré les textes des Pères, comme ils l'avaient du reste déjà fait pour les passages de la sainte Écriture.
Sans avoir l'ambition de fournir ici une analyse détaillée de cet aspect du débat, nous nous contenterons de l'examiner rapidement pour en tirer les conclusions qui s'imposent.
Les latins utilisaient « certains textes du Ve Concile œcuménique » d'où il ressort qu'il admet l'enseignement de saint Augustin et de saint Ambroise. Par la suite ils utilisèrent des passages de saint Grégoire du Dialogue (saint Grégoire le Grand, pape de Rome), des prières de saint Basile, des textes de saint Gré-goire de Nysse, ainsi que des écrits du divin Denys l'Aréopagite, du grand Épi-phane et du divinement inspiré saint Jean Damascène. Ils produisirent égale-ment une référence au bienheureux Théodoret .
En utilisant tous ces textes patristiques, les latins pensaient pouvoir justifier la conclusion que la justice divine ne laisse rien sans le sanctionner, et que c'est là la raison pour laquelle il faut bien qu'existent des lieux pour tous ceux qui n'ont pas reçu leur dû en cette vie, et qui méritent de ne recevoir ni le Paradis ni l'Enfer ; un lieu donc où ils pourront recevoir leur châtiment et leur purification. Les latins pensaient alors pouvoir aboutir à cette conclusion : « il reste donc qu'un lieu séparé doit exister, dans lequel doit s'opérer la purification afin que chacun puisse retrouver la pureté qui lui permettra de s'élever directement jus-qu'à la jouissance céleste » .
Vrai porteur de la Tradition orthodoxe et interprète autorisé de la Tradition des saintes Écritures et des paroles des saints Pères, saint Marc Evgénikos ana-lyse et interprète tous ces textes à la manière orthodoxe, en rejetant les considé-rations des latins. Il démontre à l'évidence qu'aucun de ces textes des Pères ne fait clairement mention de l'existence d'un prétendu feu purificateur. Aucun ne pourrait par conséquent être invoqué pour justifier l'existence d'un Purgatoire, comme l'affirment les latins. Tout simplement, dans les efforts qu'ils déployè-rent pour établir cette existence, les latins furent conduits à altérer les paroles des Pères ou à en fournir de mauvaises interprétations.
C'est ainsi que saint Marc démontre que certains de ces passages ne parlent absolument pas du feu purificateur, comme les passages tirés de saint Augustin et de saint Ambroise, cependant que d'autres font l'objet de contresens, comme ceux de saint Basile, de saint Denys l'Aréopagite, de saint Jean Damascène, de saint Grégoire de Nysse etc.
Il convient d'ailleurs de souligner que saint Grégoire de Nysse ne parle pas de la restauration universelle [l'apocatastase de toutes choses] d'une manière philosophique ou hérétique - c'est ainsi que certaines études contemporaines voudraient nous le présenter sous l'influence de la tradition herméneutique oc-cidentale - mais qu'il s'inscrit dans le cadre de la tradition ecclésiastique occi-dentale. C'est ce que nous étudierons plus loin dans le chapitre que nous consa-crons particulièrement à ce saint.
Il faut remarquer que la manière dont les latins utilisent certains passages du Ve Concile œcuménique fait également l'objet d'un examen attentif et criti-que de la part de saint Marc, qui affirme qu'il n'est pas possible que le Ve Concile œcuménique ait affirmé une telle doctrine. Ce qui amène saint Marc à en déduire la conclusion très caractéristique que voici : « ni l'Écriture, ni le cin-quième des Conciles œcuméniques ne nous ont en effet rien transmis sur l'existence ni d'un double enfer, ni d'un double paradis ». .
Dans son deuxième discours, saint Marc analyse en détail cette question, présentant à la fois les passages des saints Pères qui concernent les événements à venir, sans faire de mention évidente de l'existence d'un feu purificateur, et en particulier l'enseignement de saint Grégoire de Nysse, et exposant comment l'Église envisage cette grave question. Nous ne sommes cependant pas encore arrivés ici au moment opportun pour en parler.
D'une manière générale, saint Marc souligne toutes les aberrations des la-tins qui n'hésitent pas à altérer ce que fut l'enseignement des saints Pères concernant cette question. Ne cherchant pas à s'appuyer sur les prémisses de l'Orthodoxie pour comprendre ce que veulent dire les Pères de l'Église, ils échouent à en présenter une explication correcte.
Il est certes bien question dans l'enseignement orthodoxe de la rémission des péchés et de l'importance des services de prières présentées en mémoire des défunts. Mais les latins s'avèrent incapables de comprendre correctement ces deux éléments. Par conséquent tout ce qu'ils pourront dire ne présente qu'un lointain rapport avec l'enseignement de l'Église.
Selon la Tradition orthodoxe, la rémission des péchés consiste à affranchir les hommes de la menace de l'Enfer et du châtiment. Il y a trois manières d'aboutir à cette libération, qui peut être effectuée à divers moments. La pre-mière libération est celle qui a lieu à l'instant du Baptême ; la deuxième est celle qui intervient après le Baptême, par la conversion des hommes et leur re-pentir au sujet de la vie présente ; la troisième est le soulagement qui intervient après la mort, par l'effet des prières, des bienfaits et de tout ce qu'accomplit l'Église du Christ.
La première rémission des péchés n'exige aucun labeur de notre part, et elle présente pour tous une valeur égale. Elle n'est l'œuvre que de la Grâce et ne requiert de l'homme d'autre geste que la foi. La seconde rémission, celle qui intervient après le Baptême, est le fruit d'un difficile labeur ; elle exige de l'homme qu'il se convertisse et conçoive de la componction. La rémission qui pourra intervenir après la mort sera elle aussi difficile, car elle est étroitement liée à la conversion « et à la conscience affligée et douloureuse d'avoir perdu la récompense », mais elle est obtenue sans qu'intervienne la crainte du châtiment, car il n'est alors plus possible qu'il y ait à la fois rémission des péchés et châti-ment.
Dans ce troisième cas comme dans le premier, la Grâce de Dieu intervient en abondance avec la contribution des prières « mais c'est bien peu que notre contribution ». Entre ces deux cas, la rémission intermédiaire est effectuée par la Grâce de Dieu, mais notre travail propre est tenu d'y apporter une plus grande contribution : « La rémission intermédiaire au contraire doit peu à la Grâce, mais tire l'essentiel de son efficacité de notre propre travail ». Le premier mode de rémission, c'est-à-dire la rémission qui nous est apportée par le saint Bap-tême, diffère également de la dernière rémission, la rémission qui interviendra après la mort, en ceci que la première rémission nous pardonne tous nos péchés, cependant que la dernière rémission n'a plus à nous pardonner que les péchés qui n'ont pas abouti à notre mort spirituelle, et surtout ceux dont l'homme a pu se repentir durant sa vie biologique.
C'est bien là l'enseignement de l'Église orthodoxe, tel que l'exprime saint Marc, et c'est pourquoi elle prie pour la rémission des péchés des défunts. Si elle implore Dieu de pardonner leurs péchés aux chrétiens qui se sont repentis. c'est-à-dire à ceux qui sont morts dans la foi, sans définir ce que peut être leur châtiment, c'est qu'elle est convaincue que pour de tels péchés, « la bonté de Dieu sait surpasser sa justice ». C'est pour cette raison que nous faisons mention dans l'Église orthodoxe de la bonté de Dieu et non de la justice divine .
C'est en rapport avec la rémission des péchés qu'il convient de poser la question des services de prières de mémoire. L'Église orthodoxe célèbre des services à la mémoire des fidèles défunts et prie Dieu en leur faveur, mais elle le fait d'une manière différente et pour des raisons différentes de ce que fait l'Église latine. Nous pouvons même dire que les services de prières qui sont célébrés pour la mémoire des fidèles défunts, tels qu'ils sont en usage dans l'Église orthodoxe, sont incompatibles avec la doctrine des latins sur le feu puri-ficateur. Leur doctrine présuppose en effet la possibilité d'une purification par le châtiment, alors que nos services de mémoire visent à assurer aux défunts une progression dans le déroulement de cet infini cheminement qui conduit les hommes vers leur déification. Saint Marc nous donne d'ailleurs plusieurs in-formations à ce sujet.
Les services de mémoire qui sont pratiqués dans l'Êglise orthodoxe prient en faveur de tous les hommes qui sont morts dans l'espoir de la Résurrection et dans la foi en Jésus Christ. Comme toutes les prières de l'Église, ces services de mémoire sont par conséquent utiles à tous ceux qui sont morts, les justes comme les impies, les saints comme les pécheurs. Certes ce sont des prières différentes qui sont dites en faveur de chaque catégorie de chrétiens. Nous faisons même par exemple des prières pour les saints et nous offrons des collyves en leur mé-moire, mais puisque nous disposons de témoignages sur leur sainteté et qu'ils ont été inscrits dans la liste des saints parce que nous savons qu'ils ont été ad-mis dans leur chœur, notre prière est une prière différente. Nous ne prions pas Dieu d'avoir pitié d'eux, mais nous prions « pour leur honneur et leur mé-moire » et nous demandons leur intercession.
Au sujet de l'utilité des prières en faveur des défunts, saint Marc écrit ces mots : « Nous faisons la même chose en faveur de tous ceux qui se sont endor-mis dans la foi, et nous disons qu'il convient de faire des prières pour tous conjointement et de les leur offrir pour qu'elles soient utiles et puissantes à leur profit » . Il convient donc dans la foi orthodoxe de faire des prières pour tous les défunts.
Depuis les origines, l'Église prie pour les pécheurs qui sont enfermés dans l'Hadès, « afin qu'ils en ressentent au moins un petit soulagement, si ce n'est une totale libération ». On prie surtout pour tous ceux qui sont morts dans la foi « même s'ils sont pécheurs ». Il existe certes des cas de saints qui ont prié aussi pour les impies, mais « l'Église de Dieu n'oublie jamais de prier aussi pour eux » . Les pécheurs, et ceux qui après leur mort sont enfermés dans l'Hadès, tirent profit de ces prières, d'une part parce qu'ils n'ont pas encore été condam-nés définitivement, et qu'ils ne savent pas encore ce que sera la sentence défini-tive du Juge, mais d'autre part aussi parce qu'ils ne se trouvent pas encore dans l'Enfer, ce qui ne pourra survenir qu'après le Second Avènement du Christ. Si cela vaut pour les pécheurs, combien plus de profit encore tireront de ces prières ceux qui se seront convertis, sans parvenir à achever cette conversion et à obte-nir l'illumination de leur intellect ? S'ils n'ont commis que de petits péchés, des péchés légers, ils pourront recevoir l'héritage réservé aux justes et aller dans les demeures de ceux-ci, et « leurs difficultés seront allégées, ils pourront nourrir des espérances plus fondées » .
Les services de mémoire et toutes les prières de l'Église profitent cepen-dant aussi aux justes comme à ceux qui ont vécu dans la sainteté. C'est là l'enseignement central de notre Église. Saint Marc souligne que les paroles de la divine Liturgie démontrent que « la puissance du sacrifice mystique s'étend même jusqu'à tous ceux qui jouissent déjà de la béatitude auprès de Dieu ». C'est bien ce qui apparaît dans la prière de la Liturgie de saint Jean Chrysos-tome en leur faveur :
Nous T'offrons encore ce culte raisonnable pou ceux qui ont trouvé le re-pos dans la foi, les Ancêtres, les Pères, les Patriarches et les Prophètes, les Apôtres, les Martyrs, les Confesseurs, les Ascètes et pour toute âme juste décédée dans la foi.
Même si, lorsque nous prions pour les saints, ce n'est pas que nous cherchions à accroître les biens qui leur sont échus, mais « nous le faisons en leur honneur, et c'est ainsi que d'une certaine manière le sacrifice est célébré aussi pour eux, et qu'il est donc bien porté à leur compte » .
Dans un autre passage, saint Marc analyse en détail quel profit peuvent ti-rer les saints lorsqu'ils font l'expérience de ce feu qui se trouve toujours autour de Dieu, et qui est son énergie incréée. Il écrit donc : « Car dans la mesure où ils ne présentent rien d'une quelconque œuvre mauvaise, pas le moindre signe de mal, ce feu les fait apparaître encore plus brillants, tels que de l'or éprouvé par la fusion… » . D'après ce passage comme d'autres passages concordants des saints Pères, il apparaît bien que les saints brillent encore plus et qu'ils s'emplissent encore plus de la participation à la gloire de Dieu.
Saint Marc utilise le passage de saint Denys l'Aréopagite dans lequel il ap-paraît que le hiérarque prie aussi pour ceux qui sont morts en suivant la vie di-vine. La citation de ce passage permet à notre saint de dire que la puissance de la prière, et tout particulièrement celle du sacrifice divin, « s'étend jusqu'aux justes et à ceux qui ont saintement vécu ». Et cela ne doit pas nous étonner, car même les saints sont imparfaits en rapport avec Celui qui est la Perfection même, et il est donc tout à fait possible qu'ils s'emplissent encore plus de la gloire divine. En particulier il écrit que la puissance de la prière et de la saint Liturgie s'étend même jusqu'aux justes et à ceux qui ont saintement vécu « dans la mesure où eux aussi, imparfaits, connaissent un progrès permanent vers le bien et ne jouissent pas encore de la parfaite béatitude » .
Il en résulte donc que les prières de l'Église concernent tout les hommes, les pécheurs comme les justes, mais que leur effet diffère selon l'état spirituel que chacun a su s'acquérir au cours de sa vie. Ce qui amène notre saint à conclure que puisque les prières de l'Église concernent tous les hommes, il n'y a aucune nécessité que nous passions par un feu purificateur. Ce sont la bonté de Dieu et son amour pour les hommes qui opèrent la purification nécessaire et accordent le salut.
Tout l'enseignement de saint Marc est un enseignement parfaitement or-thodoxe ; il correspond à l'enseignement que nous délivrent de nombreux textes des Pères. Il n'entre bien sûr pas dans notre dessein d'y ajouter quelque chose ; il nous reste seulement à rappeler que selon l'enseignement orthodoxe il existe trois stades du développement spirituel, qui sont la purification du cœur, l'illumination de l'intellect et la divinisation de l'homme. La perfection de l'homme reste toujours à parfaire : sans cesse cet homme connaît une améliora-tion de son état spirituel, et cette progression se poursuivra aussi dans le siècle à venir. Lorsque l'homme accède par conséquent par le repentir à l'étape de la purification, mais que la mort l'empêche de venir à bout de cette purification et de passer à l'étape de l'illumination, il pourra obtenir celle-ci grâce aux prières et aux services de mémoire que fait l'Église. C'est-à-dire qu'il pourra connaître un accroissement constant de sa participation à l'énergie purificatrice, illumina-trice et divinisante de Dieu. C'est ainsi qu'il convient de comprendre beaucoup de ces épisodes que nous pouvons rencontrer dans les vies des saints, où nous voyons que la prière des saints intervient pour justifier leurs enfants spirituels. Si nous nous rappelons que la justification représente une illumination de l'intellect, et qu'elle consiste principalement et avant tout en ce que nos péchés nous sont pardonnés, de tels faits deviennent plus compréhensibles pour nous.
(g) Que le feu éternel est bien un feu incréé
Nulle part il n'est question chez les saints Pères de l'existence d'un châti-ment par un prétendu feu purificateur, par lequel les hommes devraient passer après leur mort, et surtout ceux qui n'ont pas réussi à satisfaire à la pénitence [le canon] qui leur était imposée. Dans l'enseignement des saints Pères, nous ve-nons de le voir, il est clairement question de l'existence d'un Paradis et d'un Enfer après le Second Avènement du Seigneur, et auparavant d'un avant-goût de ce Paradis ou de cet Enfer après que l'âme se soit écartée du corps. Jusqu'au Second Avènement du Christ, l'Église célébrera des services de mémoire, dont les effets concerneront tous ceux qui se sont déjà endormis dans la foi, aussi bien les pécheurs que ceux qui sont justes et saints. Nulle part les saints ne nous parlent de l'existence d'un prétendu feu purificateur destiné aux chrétiens qui se sont convertis sans avoir achevé leur conversion.
Selon saint Marc, là où il est question d'un feu dans la sainte Écriture et dans les textes patristiques, il faut entendre qu'il s'agit du feu éternel de l'Enfer, qui est lui bien sûr un feu incréé et non pas un feu créé, c'est-à-dire qu'il ne s'agit pas d'une quelconque réalité créée, mais d'une énergie incréée de Dieu, qui vient donner à ceux qui n'ont pas connu la guérison, une vie qui est un feu.
Dans un passage de sa première homélie, il souligne que « là où dans ces chants et ces prières il est question de feu, ce n'est pas un feu provisoire et puri-ficateur que les saints prient Dieu d'épargner à ceux qui sont morts dans la foi, mais bien le feu éternel et l'enfer infini… » .
Le feu dont il est question dans les textes ecclésiastiques n'est pas un feu temporaire, c'est le feu éternel. Citant un passage de saint Grégoire le Théolo-gien il fait remarquer « qu'il ne parle pas d'un feu provisoire et temporaire, mais d'un feu bien plus redoutable et bien plus long » .
Le feu de l'enfer n'est donc pas une substance créée, c'est le Feu incréé. Pour les saints, la Lumière est une vision de Dieu, dit saint Marc. Et cette Lu-mière est naturellement la Gloire incréée de Dieu. Saint Marc met en parallèle la Lumière incréée et le feu de l'Enfer. Il dit alors que le feu éternel n'est pas une substance « pas plus que la Lumière pour ceux qui en sont dignes ». Pour déve-lopper cette considération, il souligne que les saints de l'Église « ont conçu d'une manière plutôt allégorique » ce feu éternel et ces enfers infinis. Il s'agit d'une allégorie, puisque ni la Lumière que voient les justes, ni le feu qui attend les pécheurs ne sont ni créés ni corporels. Ce sont bien des faits réels et des si-tuations véritables, mais ce ne sont pas des situations comparables à celles que nous pouvons connaître dans notre monde sensible.
Il est certes vrai que la sainte Écriture utilise de nombreuses images pour nous montrer quelle est la situation réservée à ceux qui sont tourmentés, comme l'image du feu, celle du ver, des serpents ou du grincement de dents. Toutes ces images ne sont utilisées que pour exprimer d'autres réalités. Ce que les saints entendent par “feu”, c'est qu'il est possible de se trouver dans l'ignorance de Dieu « car on ne doit comprendre ici ni un feu corporel ni une obscurité envi-ronnante autre qu'une ignorance de Dieu ». Lorsqu'il parle de l'ignorance de Dieu il veut naturellement dire que les pécheurs ne pourront point participer à Dieu, car nous savons qu'ils verront Dieu, c'est-à-dire qu'ils auront la vision de Dieu, mais sans pouvoir bénéficier d'aucune participation avec Lui - la connaissance de Dieu dans la Tradition orthodoxe est d'ailleurs comprise comme une participation à Dieu. Le ver, comme toute sorte de serpents veni-meux et carnivores, n'est qu'un truchement utilisé pour nous dépeindre ce que sera le tourment de ceux qui sont tourmentés par leur conscience et par toute l'amertume du repentir. C'est exactement la même chose que signifie le grin-cement de dents, c'est-à-dire qu'il désigne l'amère lamentation et la démence de ceux qui sont déchirés contre eux-mêmes .
Il est donc clair que lorsque la Tradition ecclésiastique nous parle du feu, elle entend parler du feu éternel et incréé. Cela implique qu'il ne saurait s'agir d'un quelconque feu purificateur provisoire, mais bien d'un vécu par certains hommes de la Grâce incréée comme d'un feu, en raison de leur impureté. C'est justement pour cette raison qu'il est exclu que puisse exister un prétendu “feu purificateur”, comme le voudraient les latins.

Nous pouvons dire d'une manière générale que l'enseignement de saint Marc Evgénikos, tel qu'il apparaît dans les homélies prononcées lors du Concile de Ferrare-Florence, se situe tout entier à l'intérieur de la Tradition de l'Église orthodoxe concernant la vie de l'homme après que l'âme soit sortie du corps. Saint Marc doit être considéré comme l'interprète autorisé de l'enseignement de l'Église, car il est bien le porteur de la Tradition orthodoxe. Il est ainsi démontré que l'enseignement des latins sur le feu purificateur n'est en fait qu'une illusion étrangère à l'Église et qu'il n'enseigne qu'une invention, une opinion innovante, que l'Église orthodoxe ne peut accepter. Saint Marc révèle encore une fois sur cette question qu'il est bien l'interprète autorisé de la Tradition orthodoxe.
Jean-Louis Palierne
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Jean-Louis Palierne
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Le feu purificateur 3/3

Message par Jean-Louis Palierne » lun. 07 août 2006 9:11

3. À quoi mène l'enseignement des latins sur le feu purificateur
Il est encore une question qu'il est intéressant de se poser à propos du feu purificateur. Pour quelle raison les latins ont-ils été conduits à adopter leur en-seignement ? L'innovation à laquelle ils ont procédé obéissait bien en effet à une logique, elle n'est pas apparue par un effet du hasard.
Comme on peut le vérifier en étudiant cette question, il faut remarquer que cet enseignement concernant le feu purificateur s'insère organiquement dans le cadre de l'ensemble de la théologie des latins et qu'il s'est développé dans l'atmosphère qu'elle a créée. Il ne s'agit donc pas d'un événement fortuit, mais bien d'un symptôme de l'évolution qu'a connue la théologie de l'Occident dans son ensemble, telle qu'elle s'est développée depuis qu'elle s'est séparée de la théologie orthodoxe. Nous avons déjà eu l'occasion d'observer ce fait dans les analyses précédentes ; tentons maintenant de l'étudier et de l'analyser plus en détail.
Nous pouvons énumérer cinq mobiles qui ont conduit la pensée théologi-que occidentale à inventer cet enseignement concernant le feu purificateur.
(1) Tout d'abord il faut noter l'absence en occident de toute théologie de la vigilance [théologie neptique]. C'est lorsqu'elle s'est écartée de la théologie orthodoxe, et tout particulièrement de la tradition neptique de la purification du cœur, de son illumination et de la vision de Dieu, que la théologie occidentale a posé les conditions préalables au développement de l'enseignement concernant le feu purificateur.
On peut dire cela en partant de ce point de vue que c'est seulement dans le cadre de la théologie du silence [théologie hésychaste] et de la vigilance [théo-logie neptique] de l'Église orthodoxe que l'on peut parler d'une énergie de Dieu qui purifie l'homme comme le ferait un feu. C'est en considération de cette ac-tion que la Grâce de Dieu reçoit un nom particulier et qu'on peut la qualifier d'énergie purificatrice, illuminatrice et déifiante. Autrement dit, lorsque l'énergie incréée de Dieu intervient pour purifier l'homme, elle peut être quali-fiée de purificatrice ; lorsqu'elle l'illumine, on peut la dire illuminatrice, et lors-qu'elle le fait dieu, elle devient déifiante.
C'est le Christ Lui-même qui l'a dit : Je suis venu jeter un feu sur la terre, et combien voudrais-je qu'il ait déjà pris ! Et l'apôtre Paul écrit : Car notre Dieu est un feu dévorant .
Désirant ramasser toute la tradition neptique sur cette question, saint Jean Climaque dit que nous vivons la Grâce de Dieu tout d'abord comme un feu, une flamme, et c'est ensuite qu'elle se fait lumière. « Lorsqu'il vient résider dans le cœur, le feu qui est au-dessus des cieux consume certains parce qu'ils ne se sont pas purifiés, cependant qu'il en illumine d'autres à la mesure de leur perfec-tion ». Le même feu peut donc être qualifié de “feu dévorant” et de “feu illumi-nant”. C'est pourquoi certains sont sortis de leur prière comme s'ils sortaient d'une fournaise ardente, débarrassés de leur souillure. cependant que d'autres, lorsque la prière est finie, se ressentent comme s'ils en sortaient illuminés et revêtus du vêtement de l'humilité et de la réjouissance .
Dans un autre passage, saint Jean Climaque dit que tout notre labeur nous est imposé jusqu'à ce que le feu de Dieu pénètre dans notre sanctuaire, dans notre cœur. Et Dieu, qui est feu, vient pour consumer « toute fièvre et tout mou-vement, tout élan, tout endurcissement et tout aveuglement, tant au dehors qu'en dedans, tant visible que spirituel » .
D'une manière générale, dans toute la Tradition ecclésiastique, il est ques-tion du feu qui entre dans le cœur, c'est-à-dire de la Grâce incréée de Dieu dont chacun ressent en son cœur qu'elle vient pour consumer les passions . Ce feu bien sûr est un feu incréé, ce qui revient à dire qu'il s'agit de la Grâce incréée de Dieu, qui vient pour consumer les passions et purifier le cœur, et c'est pour cette raison qu'on peut aussi parler d'une “Grâce purificatrice”, et il en est ainsi pen-dant toute la durée du combat que mène l'homme pour obtenir sa guérison. Ce premier degré de la vie spirituelle est un degré essentiel. C'est le même feu, c'est-à-dire la Grâce purificatrice, qui va venir agir chez tous ces défunts qui s'étaient engagés sur l'itinéraire de la purification sans pouvoir réussir à se puri-fier complètement. Et comme nous l'avons dit précédemment, c'est donc ainsi que par les services de mémoire et les prières de l'Église l'homme se purifie et peut alors aborder les étapes du perfectionnement spirituel puisque aussi bien ce perfectionnement ne saurait connaître aucun terme.
Comme ils avaient perdu la théologie de la vigilance [neptique] et qu'ils ne vivaient pas dans leur expérience ce type de situation, il est naturel que les latins n'aient pas su interpréter correctement les textes patristiques. Ils ont cru com-prendre que dans les textes de la sainte Écriture et des saints Pères, lorsqu'il est question du feu, il s'agissait d'un feu qui vient purifier l'homme et qu'il se poursuit après la mort pour ceux qui avaient seulement commencé d'entrer dans la conversion, au stade de la purification ; mais ne disposant pas de l'expérience spirituelle de cet enseignement, ils ont mal interprété les textes patristiques. C'est ainsi qu'ils en sont venus à parler d'un feu créé du châtiment, par lequel les hommes doivent passer. Mais il est clair que ce terme recevait une tout autre acception dans l'enseignement orthodoxe patristique.
(2) La deuxième raison qui se trouve à l'origine de cet enseignement sur le feu purificateur est la confusion qui s'était introduite entre l'essence et l'énergie de Dieu - confusion qui a d'ailleurs été à l'origine de tant de maux pour l'Occident.
Grâce à la théologie orthodoxe, nous savons bien que Dieu a une essence et des énergies. Il n'y a pas d'essence qui n'ait une énergie. Si l'essence est in-créée, l'énergie aussi est incréée ; mais si l'essence est créée, alors l'énergie aussi est incréée. L'essence de Dieu est incréée, et c'est pourquoi nous disons que son énergie aussi l'est. L'amour, la paix, la justice etc, sont des énergies de Dieu, et elles ne sont certainement pas an-hypostatiques, mais elles sont bien en-hypostasiées ; il n'est d'ailleurs pas possible qu'existe une énergie qui ne renvoie à une hypostase, car c'est la personne qui agit l'énergie. Cette vérité théologique nous permet d'éviter bien des dangers et de nous tenir à l'écart des déviations hérétiques.
L'Occident à l'opposé ignore tout d'une telle distinction. Dans l'espoir de sauvegarder l'unicité de Dieu et pour conserver dans son intégrité la distinction entre Dieu et le monde, les théologiens scolastiques identifient l'énergie de Dieu avec son essence, en l'appelant actus purus, tout en concevant comme créée l'action providentielle et salvatrice de Dieu. C'est ainsi que Dieu, selon la théo-logie occidentale, n'entretient pas de rapports véritables avec le monde, mais passe toujours par des intermédiaires créés et des énergies créées. Mais ce que cette doctrine met en cause, c'est tout le fondement et tout le contenu du salut de l'homme .
Si nous examinons avec attention l'ensemble des différences qui séparent l'Église orthodoxe de celle des latins, nous allons constater qu'elles dérivent toutes de cette différence théologique décisive. C'est précisément ce qui ressort de la doctrine des latins concernant le feu purificateur. Pour commencer ils par-lent d'un vécu du feu purificateur, qui est un feu créé puisque Dieu n'entretient pas une communication immédiate avec la création, mais par la suite ils parlent de la vision de l'essence incréée de Dieu par ceux qui ont été purifiés. C'est-à-dire que lorsque les hommes sont passés par le feu purificateur, ils parviennent à la vision de l'essence de Dieu. Mais cette doctrine, entre autres, puisqu'elle concerne notre salut, efface nécessairement la distinction entre créé et incréé, entre ce qui est selon la nature et ce qui est selon la Grâce.
Dans l'Église orthodoxe à l'opposé, le salut s'identifie à la participation de l'homme à la Lumière et à l'énergie déifiante et incréée de Dieu. Alors le salut peut être bien réel, et Dieu rester Dieu.
(3) La doctrine concernant le feu purificateur fait partie intégrante de la tradition franco-latine telle qu'elle s'exprime dans ce que l'on appelle la théolo-gie scolastique. Comme nous le disions plus haut, la théologie scolastique, qui s'est séparée de la théologie empirique, neptique et hésychaste de la théologie orthodoxe, est en réalité à l'origine d'une multitude de maux pour l'Occident.
Selon la théologie occidentale, qui s'appuie sur saint Augustin, Adam a hé-rité de la culpabilité de nos ancêtres au nom de tous ses descendants, et la jus-tice divine a condamné toute l'humanité à l'Enfer, lui fixant la mort pour châti-ment . Si l'on suit donc la théologie franco-latine, l'enfer et la mort constituent un châtiment voulu par Dieu et non une maladie comme l'enseigne la théologie orthodoxe.
C'est comme conséquence de cette doctrine que les franco-latins ont été conduits à inventer leur théorie de l'Enfer et du feu purificateur. Comme ils s'étaient persuadés que les damnés ne peuvent pas voir Dieu, les Francs en ont déduit que le feu de l'Enfer doit être créé. C'est dans le cadre de cette vision déformée qu'il faut lire l'Enfer de Dante, où l'on peut voir les damnés tourmen-tés par une réalité créée, le feu de l'Enfer. C'est ainsi que les latins ont pu en arriver à une conception d'un monde à trois étages, qui se compose d'un paradis immuable réservé aux élus, d'une terre soumise au changement et destinée à éprouver les hommes, et d'entrailles souterraines destinées aux damnés et à ceux qui sont en cours de purification .
Naturellement les latins parlent aussi, comme nous venons de le voir, de la vision de l'essence divine par les justes et par ceux qui ont été purifiés. En d'autres termes, les sauvés verront Dieu et les archétypes de tous les êtres, qui se trouvent en Lui, par la Grâce et par leur raison. C'est par cette vision de l'essence divine que les âmes seront libérées du poids de leurs désirs, de leurs emportements et de leur instabilité et c'est alors qu'elles pourront devenir im-muablement bienheureuses . Il nous suffira de souligner que l'Église orthodoxe n'admet pas de telles considérations, car ce ne sont pas les archétypes des êtres qui se trouvent en Dieu : c'est par son énergie incréée que Dieu est le créateur du monde, qu'il veille sur lui dans sa providence et qu'il le sauve.
De même les franco-latins n'ont pas su comprendre correctement la théolo-gie apophatique et ont préféré développer leur théologie sur le mode scolasti-que. Dans la théologie orthodoxe la gloire de Dieu se traduit par l'usage d'antithèses : entre la lumière et la nuée obscure, entre le feu et les ténèbres. Le premier terme de cette antithèse nous montre la gloire des justes, le second la situation des pécheurs. Si l'on utilise ces antithèses, ce n'est pas qu'en Dieu existent véritablement de telles antithèses, c'est seulement afin d'exprimer cette vérité qu'il n'existe aucune similitude entre la gloire incréée de Dieu et la gloire des créatures
Ce sont bien là en tout cas les prémisses sur lesquelles repose cette théolo-gie franco-latine, ce sont elles qui ont conduit les théologiens occidentaux à élaborer leur doctrine sur le feu purificateur auquel sont condamnés les pé-cheurs qui se sont convertis pour qu'ils puissent parvenir à la vision de l'essence de Dieu. C'est pourquoi nous pouvons dire que le dogme élaboré par les latins concernant le feu purificateur ne doit pas être considéré indépendam-ment des structures fondamentales de la théologie scolastique des latins.
(4) La quatrième raison du développement de ce dogme est que les latins enseignent que la justice divine exigerait d'être satisfaite. Selon Anselme de Canterbury, ce serait une nécessité de la nature divine que d'exiger un châtiment ou d'exiger le salut d'un homme. À l'opposé de l'enseignement des saints Pè-res, chez lesquels il est question du péché comme d'une maladie et du salut comme d'un effet de l'amour de Dieu, qui permet à l'homme d'obtenir sa guéri-son - mais bien sûr avec sa collaboration -, Anselme évoque une offense qui serait faite à la justice de Dieu, et parle de la nécessité de l'apaiser .
Comme on pouvait s'y attendre, une telle manière d'envisager le salut de l'homme devait conduire les latins à la doctrine du feu purificateur, c'est-à-dire à la théorie d'un châtiment de l'homme destiné à satisfaire Dieu. Un tel ensei-gnement altère naturellement l'ensemble de la vie spirituelle, car elle le place au niveau d'une transaction de marchandage entre offensé et coupables.
(5) La dernière raison qui a présidé au développement de la doctrine se trouve dans les connexions politico-économiques du papisme. À partir du mo-ment où les franco-latins eurent abandonné la théologie empirique de l'Église d'Orient, et dès lors qu'ils eurent perdu le contact avec la tradition neptique et hésychaste de l'Église orthodoxe, il était inévitable qu'ils dérivent vers des conceptions anthropocentriques. La structure féodale imposée à l'ensemble de la société, l'élan constructeur et la croissance économique, le conflit avec le pouvoir politique etc, vinrent apporter leur contribution au développement du dogme sur le feu purificateur. C'est ainsi que le peuple fut écrasé et l'Église encouragée à la réédification de la création.
Le rapport qui était ainsi établi entre le feu purificateur et les offrandes ma-térielles des fidèles provoqua le dégoût du peuple envers la Papauté. On rap-porte que c'est pour l'achèvement de la construction de la basilique de saint Pierre à Rome et pour l'entretien de la cour papale que fut inventée cette conception du feu purificateur, le prétendu Purgatoire. Il faut cependant bien remarquer que ce n'est pas simplement en vue de l'exploitation du peuple que fut inventé le dogme du feu purificateur car il venait s'insérer, comme nous ve-nons de le voir, dans la théologie scolastique des franco-latins. Il fut cependant bel et bien utilisé pour des fins économiques.

De l'analyse qui précède nous pouvons tirer la conclusion suivante : de même que la théologie orthodoxe représente un tout, une globalité pourrait-on dire, et que lorsque quelqu'un touche à un point de cette globalité il touche à l'ensemble de cette globalité ; il en va de même pour la théologie franco-latine. Tous les dogmes qui y ont été nouvellement introduits se trouvent en liaison réciproque et procèdent d'une origine commune.
Cela signifie que ce sont l'adoption d'une théologie scolastique et le rejet de la théologie thérapeutique et empirique, qui se trouvent à la source de nom-breux maux pour l'Occident. La doctrine du feu purificateur n'est pas sans rap-port avec le rejet de la doctrine de la distinction sans séparation entre l'essence et l'énergie en Dieu.
Le feu purificateur se présente à la fois comme le fruit et le résultat de la théologie scolastique des franco-latins ; elle n'entretient aucun lien avec la théo-logie orthodoxe, telle que l'a enseignée le Christ, telle que la vivaient les Apô-tres et telle que les saints Pères nous l'ont transmise.

===============


J'ajouterai une petite remarque concernant les fantômes et la rémanences des défunts dans la vie terrestre. Il est parfaitement possible que des chrétiens qui se sont laissés attacher à ce monde par diverses passions, fort variables, aient du mal à s'en détacher et à répondre aux arraques des démons durant leur transition, leur migration vers leurs demeures spirituelles après leur mort. Gardons-nous d'entrer dans leur jeu. Le meilleur moyen que nous ayons de répondre à leurs sollicitations est la prière, la prière de l'Église et la prière privée.

Cela prouve que la vie continue après la mort à passer par divers événements, que l'Église décrit le plus souvent en utilisant l'image des péages.
Jean-Louis Palierne
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Stephanopoulos
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Message par Stephanopoulos » lun. 07 août 2006 15:47

Merci infiniment Jean-Louis pour vos interventions!
Stephanopoulos

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » lun. 07 août 2006 19:57

Stephanopoulos a écrit :Lecteur Claude a écrit : "D'un point de vue spirituel, il ne me paraît pas impossible que des gens soient à ce point matérialistes qu'ils ne se soient pas rendus compte de leur propre mort et qu'ils continuent à errer sur terre un certain temps."

Il y a de ça environs trois semaines, un ami (Il s'appelle Virasak et il est natif du Laos) m'a raconté une expérience qu'il a vécu lorsqu'il est arrivé en Suisse pour la première fois. Virasak ainsi que d'autres réfugiés politiques ont été placé, dans l'attente de trouver mieux, dans ce qui était l'hôtel Beau-Séjour à Vevey. Très vite, toute les chambres du 1er étage étaient occupées; Virasak se vit donc forcé de monter, seul, à l'étage.
C'est en commençant à faire sa toilette qu'il a entendu devant la porte de sa chambre des pas réguliers et lourds (un peu comme un pas de militaire). Il sort de sa chambre pour voir ce qui se passe, et ne voit personne. Voilà que les bruits recommencent à peine qu'il fut retourné dans sa chambre. A ce moment là, il se précipite dans le couloir et constate encore une fois qu'il n'y a personne à part lui à cet étage. A peine veut-il retourner dans sa chambre que la porte se ferme toute seule en claquant. Il descent alors vers la personne chargée de s'occuper de ces réfugiés, lui raconte ce qui lui est arrivé et lui demande des explications. Elle lui dit alors qu'une jeune femme enceinte s'était suicidée au 2ème étage. Virasak, malgré tout, décide de garder sa chambre. Loin de fondre de trouille, il rejoint sa chambre et continue sa toilette. Les bruits recommencent et là, Virasak se met à s'adresser à ce qu'on peut appeler un phantôme (il lui parle dans sa langue maternelle). Il dit au phantôme qu'il sait ce qui lui est arrivé, qu'il ne veut pas le (la) déranger, qu'il est un réfugié politique et qu'il ne restera pas longtemps. Je ne sais pas vous, mais là moi j'aurais été mort de trouille. Enfin, Virasak demande au phantôme de se montrer ou plutôt d'apparaître. Ce qu'il fit juste au-dessus de son lit. Virasak a donc vu cette femme phantôme mais, que de profil. Il m'a dit que c'était une belle jeune femme aux cheveux très longs qu'elle peignait comme si elle était devant un mirroir.

Voilà, j'ai essayé de vous racconter au mieux cette histoire! Il est clair que je n'ai pas les dons d'un Pierre Bellemare!

Je tiens à préciser que je crois à ce que Virasak a vécu. Le connaissant bien, je ne peut pas mettre sa parole en doute!

Une remarque: le bébé, lui, a semble-t-il pu monter vers le Ciel. (Rappellez-vous que cette jeune femme était enceinte)

Une question : est-ce-que l'expérience de Virasak ne va-t-elle pas à l'encontre de la théorie bouddhiste de la réincarnation? (Virasak est bouddhiste ou de culture bouddhique)

Cher Stephanopoulos,

Je n'ai aucune raison de mettre en cause a priori le témoignage de votre ami Virasak, et puis, vous vous souvenez:

There are more things in heaven and earth, Horatio,
Than are dreamt of in your philosophy.


(Il y a plus de choses dans le ciel et sur la terre, Horace, que n'en rêve votre philosophie - William Shakespeare, Hamlet, acte I, scène 5)
Alors, pourquoi pas?

Quant à la question que vous me posez d'une éventuelle contradiction entre l'expérience vécue par le jeune Virasak et la croyance bouddhique à la réincarnation, je ne suis pas compétent pour en parler. Toutefois, en partant du peu de choses que je sais sur le bouddhisme, je ne pense pas que cette expérience ait de quoi chambouler la foi d'un bouddhiste. Déjà, il y a tant de différences entre le Petit Véhicule (en tant que Laotien, votre ami est du Petit Véhicule - qui préfère se faire appeler la Voie des Anciens, Theravada), le Grand Véhicule et le Véhicule de Diamant; ensuite, il semble que la réincarnation telle qu'elle est envisagée par les différentes écoles bouddhiques n'a que peu de choses à voir avec l'image que s'en font les Occidentaux. Ce que je peux affirmer malgré mon ignorance honteuse de la religion qui a forgé la civilisation d'une grande partie de l'Asie, c'est que les Tibétains (adeptes du Véhicule de Diamant) croient que l'âme, après sa mort, vit des expériences qui ne sont pas sans rappeler celles que nous décrit l'enseignement orthodoxe et patristique et que les Chinois, peuple tout de même marqué par le bouddhisme, ont un folklore dans lequel abondent les histoires de fantômes.

Pour le reste, merci à Jean-Louis Palierne et à vous de remédier à ma paresse et à mon incurie en publiant ici la discussion de Florence sur le purgatoire, et les implications de cette doctrine. Il est tout de même triste de devoir d'abord rappeler ce qu'est le purgatoire dans la théologie catholique romaine avant de donner la réponse orthodoxe, et cela en partie parce qu'il y a aujourd'hui des théologiens romano-catholiques qui en présentent une vision édulcorée, séduisante et brumeuse qui n'a rien à voir avec l'enseignement d'un Magistère dont ils sont si prompts à se réclamer en d'autres circonstances. Je me demande si ce n'est pas un de ces néo-théologiens qui avait persuadé l'intervenant qui a ouvert ce fil de l'existence chez les orthodoxes d'un "enfer non définitif" dont je serais bien en peine de trouver trace dans notre théologie...

Pascal-Yannick
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Re: Le feu purificateur (1/3)

Message par Pascal-Yannick » mar. 08 août 2006 4:26

Jean-Louis Palierne a écrit :Dans la Tradition orthodoxe nous savons cependant bien que c'est l'action de l'énergie purificatrice incréée de Dieu, qui nous pro-cure la purification, de même que notre illumination et notre déification sont le fruit de notre participation à l'énergie illuminatrice et déificatrice incréée de Dieu, et non à sa substance.
Jésus a bien dit que celui qui mange sa chair et boit son sang demeure en Lui et qu'Il le ressuscitera.Alors dans ce cas l'Homme est bel et bien sauvé par la substance divine.Me trompe-je?
Pascal-Yannick.
PS:La citation est tirée d'un travail de traduction fait par Jean-Louis Palierne sur le concile de Florence.Il s'agit donc d'une citation "indirecte".
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Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » mar. 08 août 2006 11:37

Celui qui mange la chair du Christ et boit son sang demeure en Lui et ressuscitera pour participer pleinement à l’Église, qui est le Corps du Christ, l’une des trois Hypostases de la sainte Trinité, la Divinité tri-une. Ces trois Hypostases partagent en effet une unique Divinité, la Nature ou la Substance divine : le Père, le Fils et l’Esprit Saint sont con-substantiels. Par ses divines énergies incréées le Dieu tri-un “déborde” constamment de Lui-même, pour se communiquer à tout le créé. Lorsque nous communions aux saints Dons, nous ne communions pas seulement à la substance charnelle du Corps et du Sang du Christ, mais à toute sa Personne divino-humaine, hypostase unique en deux natures, qui s’offre à nous par les multiples énergies du Mystère du Salut.
Jean-Louis Palierne
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Claude le Liseur
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Re: Le feu purificateur (1/3)

Message par Claude le Liseur » mar. 08 août 2006 20:39

Pascal-Yannick a écrit :
Jean-Louis Palierne a écrit :Dans la Tradition orthodoxe nous savons cependant bien que c'est l'action de l'énergie purificatrice incréée de Dieu, qui nous pro-cure la purification, de même que notre illumination et notre déification sont le fruit de notre participation à l'énergie illuminatrice et déificatrice incréée de Dieu, et non à sa substance.
Jésus a bien dit que celui qui mange sa chair et boit son sang demeure en Lui et qu'Il le ressuscitera.Alors dans ce cas l'Homme est bel et bien sauvé par la substance divine.Me trompe-je?
Pascal-Yannick.
Mon cher Pascal-Yannick,

Votre message est intéressant et mériterait de longs développements. Disons que Mgr Hiérothée utilise un terme que Jean-Louis Palierne traduit par "substance" et qui vous rappelle l'idée de "transsubstantiation".
Il y a donc une confusion que l'on peut faire disparaître en remplaçant "substance" par "essence".
Mgr Hiérothée de Naupacte fait allusion dans son texte à un point essentiel de l'expérience spirituelle orthodoxe et de la tradition apostolique, qui est la distinction entre l'essence et les énergies. Ici, Mgr Hiérothée rappelle que notre notre illumination et notre déification sont le fruit de notre participation à l'énergie illuminatrice et déificatrice incréée de Dieu, et non à son essence (οuσία), mot que l'on peut aussi traduire par substance, mais qui ne correspond pas au mot substance dans le sens de transsubstantiation.

En effet, je vous suppose catholique romain ou issu d'un milieu catholique romain, et je crois comprendre que si le mot "substance" vous a immédiatement fait penser à l'eucharistie, c'est par influence de la "transsubstantiation" thomiste.
Or, un orthodoxe dira qu'il communie au Corps et au Sang de Notre Seigneur Jésus-Christ, et il ne lui viendra pas à l'esprit de parler de "transsubstantiation" dans ce sens, et voici pourquoi:

"Le terme "transsubstantiation" vient de la scolastique latine médiévale; d'après les catégories philosophiques aristotéliciennes, la "transsubstantiation" est un changement de substance ou une réalité sous-jacente des Saints Dons sans changement des accidents, c'est-à-dire de l'apparence du pain et du vin. La théologie Orthodoxe, cependant, ne tente pas de "définir" le Mystère en termes de catégories philosophiques, et préfère donc le simple mot "changement"." (RP Michel Pomazansky, Théologie dogmatique orthodoxe, traduction du russe en français, Cornerstone Press, Albany NY 1999, note 5 p. 311.)

Et, en effet, la Tradition utilise le mot de changement, μεταβολή en grec, transformatio en latin. Et pour citer les commentaires d'un autre théologien:

"These words do not anticipate "transusbtantiation" (S.T. IIIa, q. 75 a. 8) which not only presumes to decipher the inexplicable, but assumes an Aristotelian metaphysics of "substance" and "accidents"."

(RP Michel Azkoul, Once Delivered to the Saints, Saint Nectarios Press, Seattle WA 2000, note 26 p. 176.)

Ma traduction:

"Ces mots ne préfigurent pas celui de "transsubstantiation" (S.T. IIIa, q. 75 a. 8), qui non seulement prétend décrypter l'inexplicable, mais adopte une métaphysique aristotélicienne de "substance" et d'"accidents"."

Autrement dit, la phrase du métropolite de Naupacte et Saint-Blaise vous a paru illogique, parce que la "substance" dont parle celui-ci est en fait l'essence divine, tandis que la "substance" qui est associée dans votre esprit à l'eucharistie est en fait la substance opposée aux accidents dans la métaphysique aristotélicienne dont Thomas d'Aquin reprend le vocabulaire. Ce sont deux sens différents du mot substance.

Pascal-Yannick
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Message par Pascal-Yannick » mer. 09 août 2006 0:58

Merci Jean-Louis Palierne et lecteur Claude pour vos réponses.En effet il y avait une confusion de ma part entre "substance" au sens de transsustantiation lors de l'eucharistie VS(opposé à) et "substance" au sens d'essence divine.Confusion liée à mon romano-catholicisme.
Et la Vérité vous rendra libre

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » mer. 09 août 2006 17:19

Effectivemeny il y avait un danger de confusion dans l’emploi du mot “substance” pour traduire le grec “ousia” dans la mesure où cemot a donné lieu dans l’Église catholique de jadis à tout un développement inutile et parasite pour tenter d’expliquer logiquement ce Mystère étrange de l’Eucharistie où Celui qui s’offre et qui est offert transforme nos offrandes humaines et terrestres en un sacrifice non-sanglant et nous invite à goûter et à voir son Corps et son Sang.

L’explication de la scolastique ne fait qu’accroître la confusion. Mais je crois que nous ne devons pas trouver dans cette bévue scolastique une excuse pour éviter le mot “substance” pour traduire le grec “ousia”. Le mot “essence" ne nous semble bon que parce que nous nous habituons à voir le principe de chaque chose dans sa définition intelligible et rationnelle, dont l’apparence visible ne serait qu’un habillement, l'ombre des réalités rationnelles. Cela reviendrait à passer d'Aristote à Platon, c'est-à-dire à tomber de Charybde en Scylla. Nous recherchons alors “la raison” au-delà des "choses".

Mais nous ne devons pas céder à cette tentation. La matière est le premier degré de la Création, et le Créateur qui est aussi notre Sauveur nous sauve tout entier corps et âme. La Création tout entière entrera au Royaume.

Dans l’Eucharistie de toute la Substance divine du Père, du Fils et du Saint Esprit qui vient sanctifier la totalité de notre substance humaine. Voilà pourquoi les Pères du Concile de Nicée ont choisi le terme “consubstantiel” comme équivalent du grec “homoousios” affirmant que le Fils partage une même substance divine avec son Père.

Il y a quelques jours Claude nous a montré une icône moderne représentant les 318 Pères du Concile de Nicée. Conformément à la Tradition, l’iconographe n’a pas oublié de montrer au premier plan la scène fameuse où saint Épiphane de Chypre — un homme très simple qu’on nous montre affublé d’un chapeau du berger — confondit les sophismes d’un philosophe païen — figuré sur l’icône portant le grand manteau sombre des philosophes — qui raillait cette Trinité chrétienne tri-une et consubstantielle. Épiphane prit un petit objet de terre cuite et le serra dans sa main. De l’argile tomba à terre, de l’eau coula et une flamme jaillit. Épiphane rouvrit sa main et la terre cuite réapparut. Le Dieu tri-un n’avait pas eu honte de prendre des réalités substantielles comme exemples pour prouver la réalité tri-une de la Substance divine.

Les Pères du Concile de Nicée en utilisant le composé paradoxal “consubstantialem” comme équivalent du néologisme grec tout aussi paradoxal “omoousion”, savaient bien sûr que l’Évangile traduit en latin (antérieurement à la “Vulgate”) traduisait déjà le grec “épiousion” qu’on trouve dans le “Notre Père” par “substantialem” (et non par “quotidianum” comme la Vulgate). Ils mettaient en cohérence le “Credo” et le “Notre Père”.

Soyons fidèles à leur rigueur. L’apparence plus philosophique du mot “essentiel” cache une infidélité à ces choix lexicaux fondamentaux des Pères latins. C’est pourquoi je préfère utiliser “consubstantiel” dans le Credo, là où les Grecs disent “homoousion” (et les Slaves traduisent très correctement “edinosushny”) et “substantiel” dans le “Notre Père” pour “epiousion” en grec et “nasushny” en slave”.

C’est pouquoi, en traduisant le texte de mgr Hiérothée je dis que “que notre illumination et notre déification sont le fruit de notre participation à l'énergie illuminatrice et déificatrice incréée de Dieu, et non à sa substance.” et je ne crois pas qu’il soit bon de traduire par “essence”. Quant à la métaphysique scolastique, à vrai dire je m’en soucie peu. Auriez-vous flirté avec le néo-thomisme ?
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Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » mer. 09 août 2006 18:53

Jean-Louis Palierne a écrit :Effectivemeny il y avait un danger de confusion dans l’emploi du mot “substance” pour traduire le grec “ousia” dans la mesure où cemot a donné lieu dans l’Église catholique de jadis à tout un développement inutile et parasite pour tenter d’expliquer logiquement ce Mystère étrange de l’Eucharistie où Celui qui s’offre et qui est offert transforme nos offrandes humaines et terrestres en un sacrifice non-sanglant et nous invite à goûter et à voir son Corps et son Sang.

L’explication de la scolastique ne fait qu’accroître la confusion. Mais je crois que nous ne devons pas trouver dans cette bévue scolastique une excuse pour éviter le mot “substance” pour traduire le grec “ousia”. Le mot “essence" ne nous semble bon que parce que nous nous habituons à voir le principe de chaque chose dans sa définition intelligible et rationnelle, dont l’apparence visible ne serait qu’un habillement, l'ombre des réalités rationnelles. Cela reviendrait à passer d'Aristote à Platon, c'est-à-dire à tomber de Charybde en Scylla. Nous recherchons alors “la raison” au-delà des "choses".

Mais nous ne devons pas céder à cette tentation. La matière est le premier degré de la Création, et le Créateur qui est aussi notre Sauveur nous sauve tout entier corps et âme. La Création tout entière entrera au Royaume.

Dans l’Eucharistie de toute la Substance divine du Père, du Fils et du Saint Esprit qui vient sanctifier la totalité de notre substance humaine. Voilà pourquoi les Pères du Concile de Nicée ont choisi le terme “consubstantiel” comme équivalent du grec “homoousios” affirmant que le Fils partage une même substance divine avec son Père.

Il y a quelques jours Claude nous a montré une icône moderne représentant les 318 Pères du Concile de Nicée. Conformément à la Tradition, l’iconographe n’a pas oublié de montrer au premier plan la scène fameuse où saint Épiphane de Chypre — un homme très simple qu’on nous montre affublé d’un chapeau du berger — confondit les sophismes d’un philosophe païen — figuré sur l’icône portant le grand manteau sombre des philosophes — qui raillait cette Trinité chrétienne tri-une et consubstantielle. Épiphane prit un petit objet de terre cuite et le serra dans sa main. De l’argile tomba à terre, de l’eau coula et une flamme jaillit. Épiphane rouvrit sa main et la terre cuite réapparut. Le Dieu tri-un n’avait pas eu honte de prendre des réalités substantielles comme exemples pour prouver la réalité tri-une de la Substance divine.

Les Pères du Concile de Nicée en utilisant le composé paradoxal “consubstantialem” comme équivalent du néologisme grec tout aussi paradoxal “omoousion”, savaient bien sûr que l’Évangile traduit en latin (antérieurement à la “Vulgate”) traduisait déjà le grec “épiousion” qu’on trouve dans le “Notre Père” par “substantialem” (et non par “quotidianum” comme la Vulgate). Ils mettaient en cohérence le “Credo” et le “Notre Père”.

Soyons fidèles à leur rigueur. L’apparence plus philosophique du mot “essentiel” cache une infidélité à ces choix lexicaux fondamentaux des Pères latins. C’est pourquoi je préfère utiliser “consubstantiel” dans le Credo, là où les Grecs disent “homoousion” (et les Slaves traduisent très correctement “edinosushny”) et “substantiel” dans le “Notre Père” pour “epiousion” en grec et “nasushny” en slave”.

C’est pouquoi, en traduisant le texte de mgr Hiérothée je dis que “que notre illumination et notre déification sont le fruit de notre participation à l'énergie illuminatrice et déificatrice incréée de Dieu, et non à sa substance.” et je ne crois pas qu’il soit bon de traduire par “essence”. Quant à la métaphysique scolastique, à vrai dire je m’en soucie peu. Auriez-vous flirté avec le néo-thomisme ?
Mon cher Jean-Louis, loin de moi l'idée de m'en prendre à vos traductions, et j'ai maintes fois dit tout le bien que j'en pensais.

Si j'ai récrit la phrase du métropolite de Naupacte en remplaçant "substance" par "essence", c'était pour dissiper la confusion créée chez notre interlocuteur par la "substance" de la scolastique.

Je vous signale aussi, pour prendre l'exemple d'une langue voisine de la nôtre, que le roumain traduit de deux manières le οuσία du grec, et que cela a influencé ma réponse à Pascal-Yannick.

Quand il s'agit du "consubstantiel" du Credo, ομοούσιον τω Πατρί, la langue roumaine dit de o fiinţă cu Tatăl; mais quand il s'agit de l' οuσία divine par opposition aux énergies divines, la langue roumaine emploie le mot esenţă. C'est cet exemple qui m'a poussé à expliquer à Pascal-Yannick la phrase que vous avez traduite en utilisant "essence" à la place de "substance" pour l'aider à voir la différence entre les sens du mot substance selon que l'on se place dans le contexte de la vie orthodoxe ou dans celui des catégories aristotéliciennes ou scolastiques (dont je me soucie aussi peu que vous).

Pour l'icône du Ier concile de Nicée, je crois que le personnage à qui saint Spyridon le Thaumaturge prouva la réalité de la Trinité par le miracle de la brique était l'hérésiarque Arius et non un philosophe païen.

Antoine
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Message par Antoine » jeu. 10 août 2006 9:28

Jean-Louis Palierne a écrit :Il y a quelques jours Claude nous a montré une icône moderne représentant les 318 Pères du Concile de Nicée. Conformément à la Tradition, l’iconographe n’a pas oublié de montrer au premier plan la scène fameuse où saint Épiphane de Chypre — un homme très simple qu’on nous montre affublé d’un chapeau du berger — confondit les sophismes d’un philosophe païen — figuré sur l’icône portant le grand manteau sombre des philosophes — qui raillait cette Trinité chrétienne tri-une et consubstantielle. Épiphane prit un petit objet de terre cuite et le serra dans sa main. De l’argile tomba à terre, de l’eau coula et une flamme jaillit. Épiphane rouvrit sa main et la terre cuite réapparut. Le Dieu tri-un n’avait pas eu honte de prendre des réalités substantielles comme exemples pour prouver la réalité tri-une de la Substance divine.
Lecteur Claude a écrit :Pour l'icône du Ier concile de Nicée, je crois que le personnage à qui saint Spyridon le Thaumaturge prouva la réalité de la Trinité par le miracle de la brique était l'hérésiarque Arius et non un philosophe païen.
Le texte ci-dessous relatant « le miracle de la tuile » est extrait de la vie de Saint Spyridon le Thaumaturge par Saint Syméon le Métaphraste.
Traduit du Grec par Sœur Svetlana Marchal
Eidté par le monastère Du pantocrator,Aghios Athanasios, Corfou, Grèce. 1998
Nous reproduisons les pages 21 à 24:

Alors que Constantin le Grand était empereur de Rome et premier empereur chrétien, que Paulin et Julien étaient consuls, eut lieu en 325 à Nicée le fameux concile des Saints Pères. Ce concile avait pour but de déposer Arius, qui, avec impiété, appelait le Fils de Dieu une créature, et de proclamer que le Fils était de même nature (homoousios) que le Père. Les premiers et les plus connus à soutenir le blasphème étaient Eusèbe de Nicomédie, Maris, évêque de Chalcédoine, et Théognis, évêque de Nicée. Avec le fanatique Arius à leur tête, ces créatures perverses proclamèrent le dogme que le Fils de Dieu est une créature. Ceux qui combattaient pour la foi orthodoxe, ceux qui se distinguaient par leurs paroles et leur vie, étaient le Grand Alexandre, simple prêtre, mais représentant du bienheureuxème édition Patriarche Mitrophane, absent pour cause de maladie, et le célèbre Athanase, diacre de l'Église d'Alexandrie, qui allait devenir l'ornement du trône épiscopal. Aussi étaient-ils fortement jalousés. Car s'ils ne se distinguaient pas des autres par le rang ecclésiastique, ils étaient plus puissants qu'eux par la parole de la foi. Parmi eux se trouvait également le Grand Spyridon, dont la vie et la Grâce divine reposant en lui firent plus pour convaincre que l'habile rhétorique, les puissants raisonnements et l'éloquence des autres. Selon la volonté de l'empereur, des philosophes assistaient au concile et faisaient étalage de leur savoir avec arrogance. Ils étaient bien formés dans l'art de la rhétorique sophiste. L'un d'eux, célèbre orateur, possédait une force irrésistible de persuasion. Il conversait avec les évêques et soutenait fortement Arius. Il plaidait avec insistance en sa faveur si bien que plusieurs, désirant voir laquelle des parties adverses l'emporterait, étaient poussés à l'écouter. Il n'existait pas d'objection difficile que son habileté rhétorique ne puisse lever aisément! Et si son apologie débouchait sur l'impasse, il s'esquivait comme une anguille au moyen d'arguments insidieux et d'artifices de langage. Il y avait donc concurrence entre la vérité et l'art rhétorique.
Ceux qui défendaient la vérité avec des arguments loyaux attaquaient le sophiste, mais lui utilisait comme armes les équivoques de langage, les arguments insidieux et les artifices trompeurs, et il pensait l'emporter ainsi. Afin que ce ne soient pas les mots qui finalement l'emportent, mais le Christ et la Vérité, la victoire «passa au-dessus» des lettrés et «s'arrêta» sur le simple Spyridon. Dès que le Saint, qui ne connaissait que «le Christ, et le Christ crucifié» (lCo2,2), comme dit l'Apôtre Paul, vit le philosophe s'échauffer avec ses sophismes, parler d'une façon insultante du Christ et s'efforcer de dénigrer les dogmes orthodoxes, il l'approcha et demanda à lui parler. Mais les pieux Orthodoxes, qui connaissaient les manières simples du Saint et savaient qu'il ignorait la culture grecque, l'empêchaient de se présenter pour s'opposer au sophiste. Saint Spyridon, toute-fois, ne se laissa pas arrêter, car il savait que la Sagesse d'En-Haut est supérieure à la sagesse humaine et éphémère; il s'approcha donc du sophiste et lui dit: «Au Nom de Jésus-Christ, sois attentif à mes paroles, philosophe, et écoute ce que je veux te dire!». Le sophiste lui répondit: «Parle et je t'écouterai!». Spyridon dit alors: «II existe un seul Dieu, Créateur du ciel et de la terre. Il créa les Puissances célestes, façonna l'homme à partir de la glaise et créa simultanément toutes les choses visibles et invisibles. Par Son Verbe et Son Esprit furent créés le ciel et la terre, s'écoula la mer, s'étendit le firmament, naquirent les animaux, fut façonné l'homme, la plus merveilleuse de Ses créatures. Tous les astres furent créés, le soleil et la lune, la nuit, le jour et tout le reste. Nous savons donc que le Verbe est le Fils de Dieu et Dieu Lui-même. Nous croyons que, pour nous, Il naquit de la Vierge, fut crucifié et enseveli. II ressuscita ensuite et nous ressuscita avec Lui, nous accordant la vie incorruptible et immortelle. Nous affirmons qu'Il reviendra pour juger tous les hommes et examiner sévèrement nos propres oeuvres, paroles et pensées. Il est de même nature (homoousios) que le Père, égal en dignité, et règne avec Lui. N'es-tu pas d'accord, ô philosophe?», demanda-t-il.
II nous faut relater ici le célèbre miracle de la tuile. A-près ces paroles, le Saint prit une tuile dans sa main gauche et la serra. Et miracle! Une flamme s'éleva aussitôt en l'air, de l'eau se déversa à terre et l'argile de la tuile resta entre les mains du Saint, symbolisant de cette façon la Trinité vivifiante et indivisible. Tous en restèrent éblouis. Le philosophe sembla ne plus être le même homme, ne plus posséder le même cerveau ni la même langue, lui qui savait si bien s'opposer et disputer. Il demeura comme stupéfait, son âme fut remplie de surprise et sa voix s'éteignit. Après un temps de silence, il ne put que dire: «Je suis du même avis!». Le Saint lui dit alors: «En avant donc, si tu es d'accord avec moi, ne sois pas en désaccord par tes oeuvres! Puisque tu sais qui est le Dieu qui a créé toutes choses, lève-toi et viens à l'église confesser le symbole de la foi orthodoxe».
A ces paroles, le philosophe revint à la vraie foi et, s'adressant à ses disciples et aux autres auditeurs, il dit: «Jusqu'à présent, nous combattions en paroles et je l'emportais par mon habile rhétorique. Mais puisqu'une force divine qui m'était opposée a manifesté une puissance indicible et mystique par les simples paroles de l'évêque Spyridon, je n'ai pas honte d'avouer que j'ai été vaincu. Je conseillerais donc avec joie à moi-même comme aux autres — à moins qu'ils soient pervers et veuillent altérer la Vérité — de croire au Christ et de suivre ce saint Vieillard, dont les paroles humaines ne sont rien d'autre que les Paroles de Dieu.»
Imaginez la honte des Ariens à ces paroles et la joie mêlée de fierté des Orthodoxes! La victoire des Orthodoxes fut si éclatante et la défaite des hérétiques si cuisante que presque tous embrassèrent la foi orthodoxe. Seuls six évêques restèrent du côté d'Arius pour devenir la part du diable, le père du mensonge, qui est depuis les origines l'ennemi implacable de la vérité.
Après cette condamnation manifeste des hérétiques, les évêques rentrèrent chez eux, tout joyeux de la victoire et pleins d'admiration devant le miracle, rendant grâces à Dieu des prodiges qu'ils avaient vus et de la défaite d'Arius. Frappé par le miracle, l'empereur lui-même honora grandement le Saint et le raccompagna en lui demandant de prier pour lui.

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » jeu. 10 août 2006 10:16

Je demande humblement pardon à saint Spyridon et à saint Épiphane (bien postérieur) pour avoir déshabillé Pierre pour habller Paul. Je devrais vérifier mes références avant de taper sur le ckavier. Par contre je crois que le personnage à qui s’oppose saint Spyridon est bien un sophiste païen, comme le montre son costume caractéristique des philosophes de l’époque. C’est donc celui qui était venu prêter le secours de son art sophistiqué à son compère Arius (qui effectivement recherchait à donner du christianisme un visage conforme aux exigences rationnelles des sophistes).

Sur la gauche de l’icône, je suppose que le jeune diacre secrétaire de séance n’est autre que le diacre que saint Alexandre d’Alexandrie avait amené avec lui, c’est-à-dire saint Athanase qui lui succèdera. Prut-on lire son nom sur l'original ?

On remarquera que sur cet icône représentant le Ier concile œcuménique, de Nicée, l'empereur Constantin se tient au premier rang, bien qu'il fût alors encore païen. C'est en effet lui qui avait xonvoqué le Concile. Il en est de même sur toutes les icônes canoniques des Conciles œcuméniques.
Jean-Louis Palierne
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Irène
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Message par Irène » jeu. 10 août 2006 16:57

Cher Jean Louis, je vous confirme que, sur l'original, le diacre représenté sur l'icône est bien saint Athanase.

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