L'enfer non-définitif

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Claude le Liseur
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le Fleuve de Feu, 12e partie

Message par Claude le Liseur » dim. 11 déc. 2005 18:25

Suite du texte d'Alexandre Kalomiros sur l'Enfer.

XII

Plusieurs diront : «Les saintes Ecritures ne parlent-elles pas de la colère de Dieu ? Dieu n'a-t-Il pas dit qu'Il nous pardonnerait ou nous punirait ? N'est-il pas écrit qu'Il ''récompense ceux qui Le cherchent avec empressement (30) ? N'a-t-il pas dit que la vengeance Lui appartient et qu'Il vengera le mal qui nous est fait ? N'est-il pas écrit qu'il est terrible de tomber entre les mains du Dieu vivant(31) ?>
Dans son homélie intitulée "Que Dieu n'est pas la cause des maux", saint Basile le Grand écrit : «Certains pourraient dire : si Dieu n'est pas responsable des choses mauvaises, pourquoi est-il écrit dans le livre d'Isaïe "Je suis Celui qui a fabriqué la lumière et qui a fait les ténèbres, qui fait la paix et qui crée les maux' (Is. 45, 7). Et encore : 'Du Seigneur descendirent des malheurs sur les portes de Jérusalem' (Mi. 1, 12). Et : 'Il n'y a pas, dans la cité, un malheur que le Seigneur n'ait pas fait' (Am. 3, 6). Et dans la grande Ode de Moïse : "Voyez, Je suis et il n'y a pas d'autre dieu que Moi. Je ferai périr et Je ferai vivre ; Je frapperai et Je guérirai" (DL 32, 39). Celui qui comprend le sens profond des Ecritures ne peut rien tirer de ces citations qui autorise à accuser Dieu d'être cause et créateur des maux, car Celui qui a dit : "Je suis Celui qui fabrique la lumière et qui fait l'obscurité' se révèle par là le grand auteur de l'Univers et non le créateur de quelque mal... 'Il crée les maux' signifie qu'Il les arrange et les améliore de sorte qu'ils cessent d'être des maux pour prendre la nature du bien(32)">.
Comme le dit saint Isaac le Syrien : «Très souvent, les Saintes Ecritures disent des choses et usent d'expressions qu'il ne faut pas prendre au sens littéral... les spirituels le comprennent(33)».
Dans le même traité, saint Basile explique la présence de ces expressions dans les Ecritures : «C'est que la crainte édifie les plus simples(34)», et cela est vrai non seulement des simples, mais de nous tous. Depuis notre chute, nous devons craindre pour faire quoi que ce soit de profitable et quelque bien à nous et aux autres. Les Pères disent que pour comprendre les Ecritures, nous devons songer à leur objet qui est de nous sauver et de nous amener peu à peu à la connaissance de notre Dieu Créateur et de notre misère.
La même Sainte Ecriture, cependant, nous découvre ailleurs avec plus de précision le vrai responsable des maux. Chez Jérémie (2,17,19), nous lisons : «Cela ne t'arrive-t-il pas parce que tu m'as abandonné ? dit le Seigneur Ton Dieu... Ton infidélité te châtiera et ta méchanceté te confondra ; sache et vois qu'il est amer pour toi de m'abandonner, dit le Seigneur Ton Dieu>.
Les Saintes Ecritures parlent notre langue, celle que nous comprenons dans notre condition déchue. Comme le dit saint Grégoire le Théologien : «Selon notre propre compréhension, nous avons pris les noms de nos attributs pour désigner ceux de Dieu(35)». Saint Jean Damascène explique aussi que dans les Ecritures, ce qui «est dit de Dieu comme s'Il avait un corps est dit de manière symbolique... (cela renferme) quelque sens caché, qui nous enseigne les choses qui dépassent notre nature au moyen de choses qui correspondent à notre nature(36)».

Claude le Liseur
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le Fleuve de Feu, 13e partie

Message par Claude le Liseur » dim. 11 déc. 2005 18:29

Suite du texte d'Alexandre Kalomiros sur l'Enfer.

XIII

Dieu nous impose toutefois certains châtiments, ou plutôt Il permet au diable de nous infliger certains maux, mais ce sont des punitions pédagogiques.
Ces châtiments visent notre correction pendant cette vie ou au moins celle des autres qui tireront une leçon de notre exemple et s'amenderont. par la crainte. Il y aura aussi des châtiments qui ne visent pas à corriger qui que soit, mais simplement à mettre fin au mal en mettant fin à ceux qui le propagent, pour sauver la terre de la corruption perpétuelle et de la destruction totale ; tel fut le cas lors du déluge au temps de Noé et lors de la destruction de Sodome(37).
Tous ces châtiments valent pour la corruption de la vie présente ; ils ne vont pas au-delà. Ils ont pour but de corriger et de changer en mieux ce qui peut l'être encore dans ce monde soumis au changement. Après la Résurrection générale, il n'y aura plus de changement. L'éternité et l'incorruptibilité sont les propriétés de ce qui ne change pas ; il n'y aura donc absolument aucune transformation, mais seulement l'épanouissement dans l'état que les êtres libres auront librement choisi, épanouissement éternel et infini n'impliquant aucune modification, aucun changement de direction, ni aucun retour en arrière. Le monde qui nous entoure est soumis au changement parce qu'il est corruptible. Les Nouveaux Cieux et la Nouvelle Terre que le Christ suscitera lors de Son second Avènement seront incorruptibles et ne changeront donc pas. Il n'y aura pas de correction dans ce Monde Nouveau ni, par conséquent, de châtiment pédagogique. Toute punition imposée par Dieu dans ce Monde nouveau de la Résurrection serait donc clairement et indubitablement un acte de vengeance, inopportun et motivé par la haine, sans motif valable ni bonne intention.
Si nous considérons l'enfer comme un châtiment de Dieu, nous devons admettre qu'il s'agit d'une punition insensée, à moins que Dieu ne soit infiniment mauvais.
Comme l'affirme saint Isaac le Syrien : «Celui qui inflige des châtiments pédagogiques pour guérir châtie par amour, mais celui qui cherche à se venger est dépourvu d'amour. Dieu punit avec amour, non pour Se défendre - loin de là - mais pour guérir Son image, et Son courroux ne dure pas longtemps. Cette voie de l'amour est la voie droite qui ne se transforme pas, par passion, en moyen de défense. Un homme qui est juste et sage, est comme Dieu en ce qu'Il ne châtie jamais pour se venger en infligeant le mal, mais seulement pour corriger le coupable ou pour inspirer une crainte salutaire aux autres(38)».
Nous voyons donc que Dieu châtie tant qu'il y a espoir d'amélioration. Il n'y aura aucun châtiment après la Résurrection générale. L'enfer n'est pas une punition de Dieu, mais une auto-condamnation. Comme le dit saint Basile : «Les maux de l'enfer ne sont pas causés par Dieu mais par nous(39)».

***

Commentaire:

Deux citations patristiques dans ce seul paragraphe d'un auteur qu'on nous a présenté comme incapable d'appuyer son argumentation sur les Pères.

Et bien sûr, quand saint Basile le Grand écrit que "les maux de l'enfer ne sont pas causés par Dieu, mais par nous", il s'agit d'une idée personnelle d'Alexandre Kalomiros, qu'aucun Père n'a jamais écrite, et dans laquelle on ne retrouve pas la marque de la Tradition.
Et si vous ne croyez pas celle-là, on vous en fera bien gober une autre!

Claude le Liseur
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le Fleuve de Feu, 14e partie

Message par Claude le Liseur » dim. 11 déc. 2005 18:30

Suite du texte d'Alexandre Kalomiros sur l'Enfer.

XIV

Certains pourront toutefois insister et dire que les Ecritures et les Pères parlent toujours de Dieu comme du Grand Juge qui récompensera ceux qui Lui ont obéi et punira les désobéissants au Jour du Jugement (2 Tim., 4, 6-8). Comment devons-nous comprendre ce jugement si nous interprétons les paroles de Dieu dans un sens divin plutôt qu'humain ? Qu'en est-il du jugement de Dieu ?
Dieu est la Vérité et la Lumière. Le jugement de Dieu n'est rien d'autre que notre entrée en contact avec la vérité et la lumière. Au Jour du Jugement, au Second Avènement, tous les hommes paraîtront à nu devant la lumière pénétrante de la vérité. Les livres seront ouverts. Que sont ces «livres» ? Ce sont nos cœurs. Nos cœurs seront ouverts par la lumière pénétrante de Dieu, et ce qu'ils renferment sera révélé. Les cœurs qui renferment l'amour de Dieu se réjouiront à la vue de Sa lumière. Au contraire, ceux dont les cœurs renferment la haine de Dieu souffriront en recevant dans leurs cœurs ouverts cette lumière pénétrante de la vérité qu'ils auront détestée toute leur vie.
Ce ne sera donc pas une décision de Dieu, une récompense ou une punition de Sa part, qui différenciera les hommes, mais ce qu'il y aura dans le cœur de chacun ; ce que nos cœurs ont renfermé pendant toute notre vie sera révélé au jour du Jugement. Si cette révélation comporte une récompense ou une punition - et tel est le cas - cela ne viendra pas de Dieu mais de l'amour ou de la haine qui règne dans notre cœur. Qui dit amour dit béatitude et qui dit haine dit désespoir, amertume, peine, affliction, méchanceté, agitation, confusion, obscurité et toutes les autres conditions intérieures qui composent l'enfer (1 Cor., 4, 6).
La lumière de la Vérité, l'Energie divine, la grâce de Dieu, que la corruption présente n'empêchera plus d'atteindre les hommes sans entraves au jour du Jugement, sera la même pour tous. Il n'y aura aucune distinction. La différence se trouvera tout entière dans ceux qui reçoivent et non dans Celui qui donne. Le soleil brille sans distinction sur les yeux sains et sur les yeux malades. L’œil sain apprécie la lumière qui lui permet de voir la beauté qui l'entoure. Ceux dont l’œil est malade au contraire ressentent de la douleur, sont blessés, souffrent et veulent se dérober à cette même lumière qui apporte tant de joie à ceux qui ont les yeux en bon état.
Mais, hélas, il ne sera plus possible d'échapper à la lumière de Dieu. Ce l'était pendant cette vie, mais dans la nouvelle Création de la Résurrection, Dieu sera partout et en tout. Sa lumière et Son amour embrasseront tout. Nul endroit ne sera caché de Dieu comme c'est le cas pendant notre vie corrompue dans le royaume du prince de ce monde(40). Le diable sera dépouillé de son royaume lors de la Résurrection générale et Dieu reprendra possession de Sa création(41). L'Amour enveloppera tout de son feu sacré qui jaillira comme un fleuve du trône de Dieu pour irriguer le paradis. Mais ce même fleuve d'Amour suffoquera et brûlera ceux qui ont la haine dans le cœur.
«Car notre Dieu est un feu consumant» (Héb. 12, 29). Le feu qui purifie l'or, consume le bois. Les métaux précieux y brillent comme le soleil, les déchets y brûlent avec une fumée noire. Tous sont dans le même feu de l'Amour. Certains y brillent, d'autres deviennent noirs et sombres. Dans la même fournaise, l'acier brille comme le soleil et l'argile noircit et devient dur comme la pierre.
La différence est dans l'homme, non en Dieu. Elle provient du libre choix de l'homme, que Dieu respecte absolument. Le jugement de Dieu est la révélation de ce qu'il y a réellement dans l'homme.

Claude le Liseur
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le Fleuve de Feu, 15e partie

Message par Claude le Liseur » dim. 11 déc. 2005 18:32

Suite du texte d'Alexandre Kalomiros sur l'Enfer.

XV

Saint Macaire écrit : «Comme le royaume des ténèbres et le péché sont cachés dans l'âme jusqu'au Jour de la Résurrection, où le corps même des pécheurs sera couvert des ténèbres maintenant cachées dans leur âme, de même le Royaume de la lumière et l'Image Céleste, Jésus Christ, illuminent dès maintenant l'âme en secret et règnent dans l'âme des saints, mais sont cachés aux yeux des hommes... jusqu'au Jour de la Résurrection ; mais alors le corps aussi sera recouvert et glorifié par la lumière du Seigneur qui existe dès à présent dans l'âme de l'homme (dans cette vie terrestre), de sorte que le corps lui-même régnera avec l'âme qui déjà reçoit le Royaume du Christ, repose et resplendit de la lumière éternelle(42)».
Saint Syméon le Nouveau Théologien dit que ce n'est pas ce qu'un homme fait qui compte pour la vie éternelle, mais ce qu'il est, s'il ressemble ou non à Jésus Christ notre Seigneur. Il écrit : «Dans la vie future, on ne regarde pas si le chrétien a renoncé au monde entier pour l'amour du Christ ou s'il a distribué tous ses biens aux pauvres, ou s'il a jeûné ou veillé et prié, ou s'il a pleuré et gémi sur ses péchés, ou s'il a fait tout autre bien en cette vie, mais on regarde attentivement s'il a quelque ressemblance avec Jésus Christ, comme un fils avec son père».

Claude le Liseur
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le Feluve de Feu, 16e partie

Message par Claude le Liseur » dim. 11 déc. 2005 18:33

Suite du texte d'Alexandre Kalomiros sur l'Enfer.

XVI

Saint Pierre Damascène écrit : «Nous ne recevons pas tous également les bienfaits du Seigneur ; mais certains, recevant le feu de Dieu, c'est-à-dire Sa parole, se rendent, par leur effort, tendres de cœur comme la cire d'abeille alors que d'autres, par négligence, durcissent comme l'argile, et deviennent de pierre. Si nous ne le recevons pas également, ce n'est pas qu'Il contraigne quiconque. Le soleil envoie ses rayons et illumine le monde entier, et celui qui veut le voir est aussi vu de lui, alors que celui qui ne le veut pas n'y est pas forcé : personne n'est responsable de la privation de la lumière sauf celui qui refuse de la recevoir. Dieu a créé le soleil et l’œil. L'homme est libre de recevoir la lumière du soleil ou non. Il en va de même ici. Dieu répand sur tous les rayons de la lumière de la connaissance, mais il nous donne aussi, avec la connaissance, l’œil de la foi. Ainsi, celui qui veut recevoir solidement la connaissance par la foi, la garde en mémoire par ses oeuvres, et Dieu lui donne aussi plus d'empressement, de connaissance et de force(43)».

***
Commentaire:

Naturellement, pour être dans le vent ("idéal de feuille morte", écrivait feu Gustave Thibon), nous devons comprendre que la phrase de saint Pierre Damascène est une idée personnelle d'Alexandre Kalomiros dans laquelle on ne retrouve pas la marque de la Tradition. Et refrain!

Claude le Liseur
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le Fleuve de Feu, 17e partie

Message par Claude le Liseur » dim. 11 déc. 2005 18:37

Suite du texte d'Alexandre Kalomiros sur l'Enfer.

XVII

Je pense que nous comprenons maintenant ce que sont véritablement l'enfer éternel et le paradis éternel, et qui est le vrai responsable de la différence.
Dans l'icône du Second Avènement, nous voyons notre Seigneur Jésus Christ assis sur un trône. A sa droite se trouvent Ses amis, les bienheureux qui ont vécu par Son amour. A sa gauche sont Ses ennemis, tous ceux qui ont passé leur vie à Le haïr, même s'ils semblaient pieux et respectueux. Entre les deux, jaillissant du trône du Christ, un fleuve de feu vient vers nous. Qu'est ce fleuve de feu ? Est-ce un instrument de torture ? Est-ce une énergie de vengeance venant de Dieu pour vaincre Ses ennemis ?
Non, rien de tel ! Ce fleuve de feu est «le fleuve qui sortit d'Eden pour arroser le paradis» d'autrefois (Gen., 2, 10). C'est le fleuve de la grâce de Dieu qui a irrigué les saints de Dieu depuis les origines. En un mot, c'est l'effusion de l'amour de Dieu pour Ses créatures. L'amour est feu, comme le sait quiconque aime. Dieu est Amour, donc Feu. Le feu consume tous ceux qui ne sont pas feu eux-mêmes, et fait briller et resplendir tous ceux qui sont feu (Héb. 12, 29).
Dieu est souvent apparu comme feu : à Abraham, à Moïse dans le buisson ardent, au peuple d'Israël qu'Il a guidé dans le désert comme une colonne de feu durant la nuit et comme une nuée lumineuse durant le jour, lorsqu'il couvrait le tabernacle de Sa gloire (Ex. 40 : 34, 38), et lorsqu'il fit pleuvoir le feu sur le mont Sinaï. Dieu Se révéla comme feu lors de la Transfiguration, et Il dit qu'Il était venu «apporter le feu sur la terre» (Luc, 12, 49), c'est-à-dire l'amour, puisque selon saint Jean Climaque : «L'amour est la source du feu(44)».
L'écrivain grec Photios Kontoglou a dit quelque part que «la Foi est un feu qui réchauffe le cœur. Le Saint Esprit est descendu sur les Apôtres sous forme de langues de feu. Lorsque le Seigneur se révéla aux deux disciples, ceux-ci dirent 'Notre cœur ne brûlait-il pas en nous, pendant qu'Il nous parlait en chemin ?" Le Christ compare la foi à un 'cierge qui brûle'. Saint Jean le Précurseur dit dans sa prédication que le Christ baptisera les hommes 'dans le Saint Esprit et dans le feu'. Et le Seigneur a dit : 'Je suis venu jeter le feu sur la terre, et qu'ai-je à désirer, si ce n'est qu'il s'allume ?' Le caractère le plus tangible de la foi est la chaleur ; c'est pourquoi l'on parle de foi ardente, de foi fervente. Le signe assuré de l'incroyance est la froideur.
Voulez-vous savoir discerner si un homme a la foi ou non ? Si la chaleur se dégage de lui - de ses yeux, de ses paroles, de ses attitudes - soyez sûr qu'il a la foi dans son cœur. Si cependant vous sentez le froid se dégager de tout son être, cela signifie qu'il n'a pas la foi, quoi qu'il dise. Il peut s'agenouiller, baisser la tête humblement, proférer toutes sortes de préceptes moraux avec une voix humble, mais tout ceci respirera une brise glaciale qui vous engourdira par sa froideur(45)».
Saint Isaac le Syrien écrit que «le Paradis est l'amour de Dieu, qui renferme le bonheur de toutes les béatitudes» et que «l'arbre de vie est l'amour de Dieu» (Homélie 72).
«Ne vous y trompez pas, dit saint Syméon le Nouveau Théologien, Dieu est feu et, lorsqu'Il est venu dans le monde et s'est fait homme, Il a apporté le feu sur la terre, comme Il le dit Lui-même ; ce feu tourne à la recherche de matériaux - c'est-à-dire une bonne disposition et une bonne intention pour s'y loger et l'embraser ; chez ceux qu'il embrase, ce feu devient une haute flamme qui monte au ciel... cette flamme commence par nous purifier entièrement de la souillure de nos passions, puis elle se fait, pour nous, nourriture et boisson, lumière et joie, et nous fait devenir lumière nous-même puisque nous participons à Sa lumière» (Discours 78).
Dieu est un feu d'amour, et Il l'est pour les bons comme pour les méchants. Il y a toutefois une grande différence dans la façon dont les êtres reçoivent ce feu aimant. Saint Basile dit que «l'épée de feu fut placée à la porte du paradis pour garder l'approche de l'arbre de vie ; elle était terrible et brûlante pour les infidèles, mais douce et accessible pour les fidèles, leur apportant la lumière du jour(46)». Le même feu d'amour apporte la clarté à ceux qui répondent à l'amour par l'amour et brûle ceux qui répondent par la haine.
Le Paradis et l'enfer sont le même et unique Fleuve de Dieu, un feu d'amour qui embrasse et enveloppe tout de la même volonté bienveillante, sans différence ni discrimination. La même eau vivifiante est vie éternelle pour les fidèles et mort éternelle pour les infidèles ; elle est l'élément vital des premiers et l'instrument de suffocation éternelle des seconds ; le paradis des uns et l'enfer des autres. Ne vous étonnez pas. Le fils qui aime son père est heureux dans ses bras, alors que l'accolade aimante du père sera un tourment pour son fils qui ne l'aime pas. C'est aussi pourquoi ceux qui nous détestent ressentent comme des charbons ardents sur leurs têtes l'amour que nous leur portons.
Saint Isaac le Syrien dit que «ceux qui souffrent en enfer souffrent d'être fouettés par l'amour... Il est tout à fait erroné de penser que les pécheurs en enfer sont privés de l'amour de Dieu.
L'amour est un enfant de la connaissance de la vérité, et est indubitablement donné à tous de la même façon. Mais la puissance de l'amour agit de deux façons : il tourmente les pécheurs alors qu'il fait les délices de ceux qui ont vécu en accord avec lui» (Homélie 84). Dieu est amour. Si nous croyons vraiment à cette vérité, nous savons que Dieu ne déteste jamais, ne punit jamais, ne se venge jamais. Comme le dit l'abba Ammonas : «L'amour ne déteste personne, ne fait de reproche à personne, ne condamne personne, ne fait de peine à personne, n'exècre personne, ni les fidèles ni les infidèles, ni les étrangers ni les pécheurs ni les fornicateurs, ni les impurs, mais ce sont précisément les pécheurs, les faibles et les négligents qu'il aime davantage, pour lesquels il ressent de la peine, s'attriste et se lamente, et il a plus de sympathie pour les méchants et les pécheurs que pour les bons imitant le Christ qui a appelé les pécheurs et a mangé et bu avec eux. Pour cette raison, nous montrant ce qu'est le véritable amour, Il nous a enseigné «devenez bons et miséricordieux comme votre Père qui est aux cieux», et comme Il fait pleuvoir sur les bons et les mauvais et fait lever le soleil sur les justes et les injustes, ainsi fait celui qui aime vraiment, qui a compassion et qui prie pour tous».


***

Commentaire:

Bien sûr, ici, nous sommes priés de gober que saint Basile le Grand (IVe siècle) et saint Isaac le Syrien (VIIe siècle) étaient entièrement dirigés par leur hostilité envers le catholicisme romain qui apparaîtrait au XIe siècle. C'est gentil de nous faire ces mises en garde, mais il faudrait d'abord pour se réconcilier avec l'algèbre et la chronologie: le IVe siècle, ça se passe avant le XIe. Et refrain!

Claude le Liseur
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le Fleuve de Feu, 18e et dernière partie

Message par Claude le Liseur » dim. 11 déc. 2005 18:38

Suite et fin du texte d'Alexandre Kalomiros sur l'Enfer.

XVIII

Quiconque est perplexe et ne comprend pas comment l'amour de Dieu peut rendre quelqu'un affreusement misérable, le faire souffrir et le brûler comme une flamme devrait songer au frère aîné de l'enfant prodigue. N'était-il pas dans la maison de son père ? Tout ce qui s'y trouvait ne lui appartenait-il pas ? N'était-il pas aimé par son père ? Son père ne l'avait-il pas invité, supplié de se joindre au festin joyeux ? Qu'est-ce qui le rendait misérable et le brûlait d'amertume et de haine ? Qui lui avait refusé quoi que ce fût ? Pourquoi ne s'est-il pas réjoui du retour de son frère ? Pourquoi n'avait-il pas d'amour, ni pour son père ni pour son frère ? N'était-ce pas à cause de sa mauvaise humeur intérieure ? N'était-ce pas pour cela qu'il restait en enfer ? Et qu'était cet enfer ? Etait-ce un endroit à part ? Y avait-il quelque instrument de torture ? Ne continuait-il pas à vivre dans la maison de son père ? Qu'est-ce qui le séparait (le la joie qui régnait dans la maison, sinon sa haine et son amertume ? Est-ce que son père ou même son frère, avaient cessé de l'aimer ? N'était-ce pas précisément cet amour qui endurcissait son cœur toujours davantage ? N'était-ce pas la joie qui l'attristait ? Son cœur ne brûlait-il pas de haine, haine pour son père et pour son frère, pour l'amour de son père envers son frère et pour l'amour de son frère envers son père ? C'est là l'enfer : la négation de l'amour ; la haine en réponse à l'amour ; l'amertume à la vue de la joie innocente ; être entouré d'amour et avoir de la haine en son cœur.
Telle est la condition éternelle de tous les damnés. Ils sont tous tendrement aimés. Ils sont tous invités au joyeux festin. Ils vivent tous dans le Royaume de Dieu, dans la nouvelle terre et les nouveaux cieux. Personne ne les chasse. Même s'ils voulaient s'en aller, ils ne pourraient s'enfuir de la nouvelle création de Dieu ni se cacher du tendre amour du Dieu partout présent. Leur seul choix serait peut-être de s'éloigner de leurs frères et de chercher un isolement amer, mais ils ne pourront se soustraire à Dieu et à Son amour, ce qui est d'autant plus terrible que dans cette vie éternelle, dans cette nouvelle création, Dieu sera tout pour Ses créatures.
Comme le dit saint Grégoire de Nysse : «Dans la vie présente, nous avons des liens avec plusieurs choses, comme le temps, l'air, le lieu, la nourriture et la boisson, le vêtement, la lumière du soleil, la lumière des lampes et d'autres nécessités de la vie dont aucune n'est Dieu malgré leur nombre ; l'état de béatitude dans lequel nous espérons ne comporte aucune de ces choses, mais l'Etre divin sera tout et tiendra lieu de tout pour nous, Se distribuant Lui-même proportionnellement à chaque besoin de cette existence. Il est clair aussi selon les saintes Ecritures que Dieu devient pour ceux qui le méritent, lieu, maison, vêtement, nourriture, boisson, lumière, richesse, royaume et tout ce qu'on peut imaginer qui contribue au bonheur de la vie(47)».
Dans la nouvelle vie éternelle, Dieu sera tout pour Ses créatures, non seulement pour les bons mais aussi pour les méchants, non seulement pour ceux qui l'aiment mais aussi pour ceux qui le haïssent. Mais comment celui qui hait Dieu pourra-t-il supporter de tout recevoir des mains de Celui qu'il déteste ? Quel tourment éternel ce sera, quel feu éternel, quels grincements de dents !

Allez-vous en loin de moi, vous les maudits,
dans le feu intérieur et éternel de la haine,
dit le Seigneur,
car j'ai eu soif de votre amour et vous ne Me l'avez pas donné,
j'ai eu faim de votre béatitude et vous ne Me l'avez pas offerte,
J'étais en prison dans Ma nature humaine
et vous ne m'avez pas visité dans Mon Eglise.
Vous êtes libres d'aller où votre malice le désire,
loin de moi,
dans la haine torturante de vos cœurs,
étrangère à Mon cœur aimant qui n'a de haine pour personne.
Libre à vous de quitter l'Amour pour l'enfer éternel de la haine,
inconnu de moi et de ceux qui sont avec Moi,
mais qui a été préparé par la liberté pour le diable,
du jour où J'ai formé mes créatures libres et raisonnables.
Mais où que vous alliez
dans la ténèbre de vos cœurs pleins de haine,
Mon amour vous suivra comme un fleuve de feu,
car quel que soit le choix de votre cœur,
vous êtes et vous resterez éternellement
Mes enfants.
Amen.

(Traduit par Hélène Pignot)

Claude le Liseur
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le Fleuve de Feu, notes de bas de page

Message par Claude le Liseur » dim. 11 déc. 2005 18:46

NdL: Dans le texte de Kalomiros publié dans la Lumière du Thabor, les notes sont en bas de page. Devant la difficulté de respecter cette présentation sur le forum, toutes les notes sont regroupées ici, dans un paragraphe final.


Notes


1) «Le mal, c'est de devenir étranger à Dieu», saint Basile, Que Dieu n'est pas la cause des maux, 7, PG 31. «A tous ceux qui s'écartent de Lui volontairement, Dieu inflige la séparation qu'ils ont choisie. Or la séparation d'avec Dieu, c'est la mort», saint Irénée de Lyon, Contre les Hérésies, 5, 27, 2. «En se détournant des biens éternels pour s'incliner, sur le conseil du diable, vers les choses corruptibles, les hommes ont d'eux-mêmes causé pour eux la corruption de la mort», saint Athanase le Grand, Sur l'Incantation du Verbe, 5, PG 25, 104-105.

2). «Il est donc vraiment insensé, privé de raison et d'intelligence, celui qui dit que Dieu n'existe pas. Proche, et ne lui cédant pas en folie, est celui qui dit que Dieu est l'auteur des maux. J'estime, en effet, que les deux péchés se valent, puisque l'un comme l'autre renient le Bon ; le premier, en lui refusant complètement l'existence, le second en posant qu'Il n'est pas bon. Car s'Il est la cause des maux, il est évident qu'Il n'est pas bon. De sorte que dans l'un et l'autre cas, on renie Dieu» (saint Basile, op.cit.).

3). «Mais on pourrait dire : Bien, Adam a fait un faux pas, et ayant méprisé le commandement divin, a été condamné à la corruption et à la mort ; mais comment, ensuite, la multitude a-t-elle été constituée pécheresse à cause de lui ? En quoi ses fautes nous regardent-elles ? Et comment même peut-il se faire que nous qui n'étions pas nés, nous ayons été condamnés avec lui, quoique Dieu dise : Les pères ne mourront pas pour leurs enfants, ni les enfants pour leurs pères, mais l'âme qui aura péché, c'est elle qui mourra (Deut. 24, 16) ? N'est-ce pas l'âme qui a péché qui doit mourir ? Mais nous sommes devenus pécheurs par la désobéissance d'Adam de la façon suivante. Il avait été créé, en effet, pour la vie et l'incorruptibilité, mais son mode de vie était aussi celui qui convenait à un saint dans le paradis des délices, son esprit était sans cesse et tout entier dans la contemplation des choses divines, son corps reposait dans le calme et la tranquillité, sans l'attaque du moindre plaisir honteux ; car le trouble des mouvements déplacés n'était pas en lui. Mais quand il fut tombé sous le péché, et qu'il eut glissé vers la corruption, de là les plaisirs impurs s'introduisirent dans la nature de la chair, et la loi de la férocité s'éleva dans nos membres. La nature est tombée malade du péché, à cause de la désobéissance d'un seul, j'ai nommé Adam ; c'est ainsi que beaucoup ont été constitués pécheurs, non qu'ils aient participé à la transgression d'Adam, car ils n'existaient pas encore, mais parce qu'ils sont de cette nature, qui est tombée sous la loi du péché... la nature humaine est devenue infirme en Adam par la désobéissance, devenant corruptible, et les passions ont ainsi pénétré en elle», saint Cyrille d'Alexandrie, Commentaire sur l'Epître aux Romains, PG 74, 788-789. «Cependant, si, Adam ayant péché, ses descendants ont été constitués pécheurs à cause de cela, ils ne méritent aucun châtiment. Car ce n'est pas d 'eux-mêmes qu'ils sont devenus pécheurs. Ainsi donc, le terme de pécheurs est employé ici pour mortels. Car la mort est le salaire du péché. C'est pourquoi, la nature du protoplaste étant devenue mortelle, ceux qui partagent la nature du premier père sont aussi devenus, en lui, participants de la mortalité», Euthyme Zigabène, Explication de l'Epître aux Romains, 5,19.

4) Matt. 20, 13.

5) Saint Isaac le Syrien, Homélies Ascétiques, 60.

6) Luc 6, 35. Citation de la même homélie de saint Isaac.

7) «Dieu a tant aimé le monde qu'Il a livré son Fils unique à la mort pour lui. Non qu'Il ne pût nous délivrer par un autre moyen, mais Il nous a manifestement enseigné par là son amour infini. Et dans la mort de Son Fils unique Il nous a rapproché de Lui. Que s'Il avait eu plus précieux que Lui, Il nous l'aurait donné, afin de racheter notre race à ce prix. Et dans son amour immense, Il n' a pas jugé bon de contraindre notre liberté, quoiqu'Il le pût, mais Il veut que ce soit par l'amour librement consenti que nous nous approchions de Lui», saint Isaac le Syrien, Homélies Ascétiques, 81.

8) «Si nous perdons courage, ne cessons pas de méditer sur le commandement du Seigneur à Pierre, de pardonner soixante dix—sept fois sept fois au pécheur. Car ce qu'Il a commandé à autrui, combien plus Il l'accomplira Lui—même !», saint Jean Climaque, L'Echelle Sainte, Echelon 26, 31.

9) «Le sage et juste ressemble à Dieu : il ne châtie jamais le prochain pour se défendre contre sa malice, mais afin de le corriger, ou d'inspirer de la crainte à autrui», saint Isaac, Ibid., Homélie 73. «C'est un grand bienfait que Dieu a donné à l'homme en ne le laissant pas persister dans le péché pour l'éternité», Théophile d'Antioche, A Autolycus, 2, 26.

10) «Dieu vit tout ce qu'il avait fait, et voici, c'était très bon» (Gen. 1, 31). «Dieu a tout créé dans la meilleure condition possible, mais la race perdue des démons a utilisé les êtres qui sont dans le monde pour faire le mal, et c'est à eux, et non au Dieu parfait, qu'il faut attribuer la racine de la malice... L'aménagement du monde est bon, c'est le comportement de ceux qui s'y trouvent qui est mauvais», Tatien, Discours aux Païens, 17, 19. «Rien de mauvais n'est venu de Dieu à l'origine, mais tout était bon et très bon», Théophile d'Antioche, A Autolycos, 2, 17. «II n'est rien de ce qui est, qui ne participe au Beau et au Bon», saint Denys l'Aréopagite, Des Noms Divins, PG 3, 704. «Quoique les raisons particulières des choses réglées par l'économie divine nous échappent, il faut que ce dogme du moins soit fermement établi dans notre âme, qu'aucun mal ne vient du Bon», saint Basile, Que Dieu n'est pas la cause des maux. «Il n'appartient pas à Dieu, en effet, de susciter le contre-nature... Dieu, étant parfaitement bon, ne fait éternellement que du bien», Athénagore, Supplique au sujet des chrétiens, 26.


11) Voir aussi saint Isaac le Syrien, Sozomena Askitika - Athènes, 1871, PP. 95-96.

12) Littéralement, «logiques>, ou verbitiés, à l'image du Logos, du Verbe de Dieu.

13) «C'est ainsi que le diable est méchant : il n'a pas une nature opposée au bien, mais il doit sa malice à son libre choix», saint Basile, Ibid. «Tout ce que l'homme fait, les biens comme les maux, c'est à lui-même qu'il les fait», saint Antoine le Grand, Philocalie, 1, 121.

14) «Dieu n'a pas fait la mort, et Il ne prend pas plaisir à la ruine des vivants ; Il a créé toutes choses pour qu'elles soient; les créatures du monde sont salutaires, en elles il n'est aucun poison de mort, et le séjour des morts ne règne pas sur la terre» (Sagesse de Salomon, 1,13-14). «Oui, Dieu a créé l'homme pour l'incorruptibilité, et il en fait une image de sa propre singularité ; c'est par l'envie du diable que la mort est entrée dans le monde» (Sagesse de Salomon, 2, 23-24).

15) «Celui qui a été fait à l'image de Dieu, une fois que l'Esprit plus puissant s'est séparé de lui, devient mortel», Tatien, Discours aux Païens.

16) Saint Basile, op. laud., Pt3 31, 345.

17) Saint Irénée de Lyon, Contre les Hérésies, 5, 27, 2. Cf 5, 28, 1.

18) Philocalie, 2, p. 27.

19) Saint Grégoire Palamas, Cent cinquante chapitres physiques, théologiques, éthiques et pratiques, PG 150, 1157-1160. Nouvelle édition, avec traduction anglaise : Saint Gregory Palamas, The One Hundred and Fifty Chapters, edited and translated by R.E.Sinkewicz, Pontif.Instit. of Mediaeval Studies, Studies and Texts 83, Toronto, 1988.

20) Théophile d'Antioche, A Autolycus, 2, 25. Saint Jean Damascène donne le même enseignement : «Ce n'est pas le bois qui enfante la mort ; car Dieu n'a pas fait la mort ; mais c'est la désobéissance qui attire la mort», Homélie sur le Samedi Saint, 10, PG 96, 612 a.

21) «Et qu'est-ce qu'un cœur miséricordieux ? C'est un cœur qui brûle pour toute la création, pour les hommes et pour les oiseaux et pour les animaux et pour les démons, et pour toute créature. De leur souvenir et de leur contemplation ses yeux fondent en larmes. A cause de la grandeur et de la force de cette compassion, qui lui étreint le cœur, et à cause de sa grande patience son cœur se fait tout petit et il ne peut supporter ni d'entendre ni de voir le moindre dommage ou le moindre chagrin survenir dans la création. Pour cette raison, à toute heure, il prie avec larmes, aussi bien pour les animaux, et pour les ennemis de la vérité, et pour ceux qui lui font du mal, afin que Dieu les garde et les prenne tous également en pitié, il prie même pour la race des reptiles, à cause de sa grande miséricorde qui bouillonne dans son cœur d'une façon démesurée, à la ressemblance de Dieu», Isaac le Syrien, Homélies, 81.

22) Philocalie, chapitre 150. «Ce n'est pas Dieu qui hait, c'est nous, car Dieu n'éprouve jamais de haine», dit saint Jean Chrysostome

23). «Nous croyons en un seul Dieu, un seul principe sans commencement, incréé, inengendré, indestructible et immortel, éternel, infini, illimité, infiniment fort, simple, sans composition, incorporel, sans écoulement, impassible, immuable, inaltérable, invisible, source de bonté et de justice, lumière intellective, inaccessible, force incommensurable, mesurée seulement par sa volonté - car tout ce qu'Il veut, Il le peut - créatrice de toutes les créatures visibles et invisibles, qui contient et conserve toutes choses, providence de tout, qui domine, gouverne et règne sur tout d'un règne immortel et sans fin, sans rien qui lui soit opposé, remplissant tout, que rien n'enveloppe, mais qui plutôt enveloppe elle-même tout l'univers, le maintient et le dépasse ; qui repose purement sur toutes les essences comme sur un char, qui est au-dessus de tout et transcende toute essence, étant suressentielle et surpassant tout, plus que Dieu, plus que bonne, plus que pleine, délimitant toutes les autorités et tous les ordres, et logée au-dessus de tout ordre et de toute autorité, par-delà l'essence, la vie, la raison et la pensée ; lumière en soi, bonté en soi, vie en soi, essence en soi en tant qu'elle ne tient l'être de rien d'autre ni n'a rien des choses qui sont, mais qu'elle est source, pour elles, de leur être : source de la vie des vivants, de la raison chez ceux qui participent à la raison, et cause pour tous de tous les biens ; connaissant toute chose avant qu'elle ne soit. Substance unique, unique divinité, unique puissance, une seule volonté, une seule énergie, principe unique, efficience unique, seigneurie une, un seul règne, - puissance qui est reconnue et adorée d'une seule adoration dans Trois Hypostases parfaites, objet de foi et de culte pour toute la création verbifiée, unies sans confusion et distinguées sans séparation, ô paradoxe ; nous croyons dans le Père, le Fils et le Saint Esprit ; en eux nous avons aussi été baptisés ; car tel est l'ordre de baptiser que le Seigneur a donné à ses disciples : «Les baptisant, dit-Il, au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit», saint Jean Damascène, Exposition de la Foi Orthodoxe, 1, 8.

24) «II a créé sans matière» (Saint Jean Chrysostome, PG 59, 308).

25) Exposition de la Foi Orthodoxe, I, 14.

26). «L'âme séparée du corps ne peut faire ni bien ni mal. Les visions que certains obtiennent sur ceux de l'au-delà, c'est Dieu qui les montre, dans son économie bienfaisante. Exactement comme la lyre, s'il n'y a personne pour en jouer, demeure silencieuse et sans action, ainsi l'âme et le corps, disjoints l'un de l'autre, n'ont plus aucune faculté d'agir» (Athanase le Grand).

27) «Chaque chose est un corps selon sa nature propre : l'ange, l'âme, le démon. Si subtils soient-ils, il n'en reste pas moins que, dans leur hypostase, leur caractère, leur aspect, ce sont des corps, subtils assurément selon la qualité de leur nature», saint Macaire d'Egypte, Homélies spirituelles, 4.

28) «Sortons et allons voir dans les sépulcres que l'homme n'est qu'ossements décharnés, nourriture des vers, odeur fétide», Grand Euchologe, édition Asteros, p. 415. «Comme la lumière, au déclin du soir, disparaît mais ne périt pas, ainsi l'homme : jeté au tombeau comme à l'horizon du couchant, il y sera gardé jusqu'à l'aurore de la Résurrection», dit saint Jean Chrysostome.

29). «Celui donc qui blâme le Créateur de ne nous avoir pas fait impeccables par nature, ne fait rien d'autre que préférer à la nature raisonnable celle des êtres sans raison», saint Basile le Grand, op. laud.

30) Héb. 11, 6 ; voir aussi Héb. 10, 35.

31)Héb. 10, 26-31 : «Car, si nous péchons volontairement après avoir reçu la connaissance de la vérité, il ne reste plus de sacrifice pour les péchés, mais une attente terrible du jugement et de l'ardeur d'un feu qui dévorera les rebelles. Celui qui a violé la loi de Moïse meurt sans miséricorde, sur la déposition de deux ou de trois témoins ; de quel pire châtiment pensez-vous que sera jugé digne celui qui aura foulé aux pieds le Fils de Dieu, qui aura tenu pour profane le sang de l'alliance, par lequel il a été sanctifié, et qui aura outragé l'Esprit de la grâce ? Car nous connaissons celui qui a dit : A moi la vengeance, à moi la rétribution ! et encore : Le Seigneur jugera son peuple. C'est une chose terrible que de tomber entre les mains du Dieu vivant».

32) Saint Basile, op. laud.

33) Saint Isaac le Syrien, Homélies ascétiques, 83, p. 317.

34) Saint Basile le Grand, op. cit.

35) Cinquième Discours Théologique, 22, PG 36, 157.

36) Exposé de la Foi Orthodoxe, 1, 11.

37). «Les famines, les sécheresses et les pluies torrentielles sont une certaine forme de châtiments collectifs des cités et des peuples, qui répriment la démesure du mal. De même donc que le médecin fait du bien, quand même il inflige au corps fatigues et souffrances -c'est la maladie qu'il combat, non le malade-, ainsi Dieu est bon qui, par des châtiments particuliers, pourvoit au salut général... Le mal proprement dit, c'est le péché. C'est lui qui mérite surtout de s'appeler ainsi, et il dépend de notre libre choix», saint Basile, op. cit.

38) Saint Isaac, Homélie 73.

39) Saint Basile le Grand, op. cit.

40) «Le diable est devenu le prince de la matière» (Athénagore, Supplique, 24, 25). «Ils réduisirent le genre humain en esclavage à leur profit et semèrent toute la méchanceté. De là vient que poètes et mythologistes, ignorant les anges et les démons qui en sont venus, attribuèrent à Dieu même les faits survenus aux hommes, aux femmes, aux villes et aux nations, qu'ils avaient rassemblés par écrit», saint Justin, Seconde Apologie, 5, 3-5.

41)«Le Fils de Dieu a paru afin de détruire les oeuvres du diable», 1 Jn 3, 8.

42) Saint Macaire d'Egypte, Homélies Spirituelles, 2.

43). Philocalie, vol. 3, p. 8.

44) L'Echelle Sainte, 3ème échelon, 18.

45) Photios Kontoglou, «Calendriers Ecclésiastiques», Orthodoxos Typos, Athènes, 1er janvier 1971.

46). Saint Basile le Grand, Homélie, 13, 2, Exhortation pour le saint baptême, PG 31, 428 et 95, 1272.

47). De l'âme et de la Résurrection. Voici ce que dit saint Jean Chrysostome : «C'est Moi, qui suis ton père, moi ton frère, moi ton époux, moi ta maison, ta nourriture, c'est moi, moi ton vêtement, moi ta racine, moi ta fondation. Tout ce que tu veux, je le suis. Tu n'as plus besoin de rien. Je ferai tout. Car je suis venu pour servir et non pour être servi. Me voici également à la fois ami, membre, tête, frère, sœur et mère. Je suis tout. Tu n'as qu'une chose à faire, m'aimer. Me voici pauvre pour toi, pour toi vagabond, sur la Croix pour toi, pour toi dans le tombeau. En haut, je siège pour toi avec le Père. En bas, je suis descendu pour toi, envoyé par le Père. Tu es tout pour moi : frère, cohéritier, ami, membre même. Que désires-tu de plus ?», saint Jean Chrysostome, Homélies sur saint Matthieu, 76, 5, PG 58, 700.

***

Commentaire:

"Je ne suis pas d'accord avec ce que vous écrivez, mais je me battrai pour que vous puissiez l'écrire." (Voltaire)

Je ne prétends pas qu'Alexandre Kalomiros parlait "au nom de l'Eglise orthodoxe" et je me demande d'ailleurs bien qui pouvait le faire.

Je pense juste que ce texte est particulièrement beau et libérateur et qu'il méritait de parvenir à la connaissance des lecteurs connus ou inconnus de ce forum.

Et surtout, je pars du principe que les gens qui nous font l'honneur de fréquenter ce forum sont de libres enfants de Dieu, des personnes assez grandes pour déterminer par elles-mêmes ce qu'elles ont le droit de lire, sans devoir en demander la permission à qui s'arroge le pouvoir de censure.

Je laisse ainsi chacun juge, en son âme et conscience, de sentir s'il trouve ou non, dans ce que saint Basile le Grand, saint Pierre Damascène, saint Isaac le Syrien, saint Syméon le Nouveau Théologien nous racontent de leur expérience spirituelle, la "marque de la Tradition". Mais que chacun décide librement, en son âme et conscience, et pour que chacun ait la faculté de se prononcer, encore faut-il qu'on lui donne aussi la liberté de lire.

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Anne Geneviève
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Message par Anne Geneviève » dim. 11 déc. 2005 19:44

Merci de ce travail, vraiment merci, d'autant que nous savons combien le temps vous est précieux.
"Viens, Lumière sans crépuscule, viens, Esprit Saint qui veut sauver tous..."

GIORGOS
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Message par GIORGOS » dim. 11 déc. 2005 21:02

Cher Lecteur Claude,
Merci par la publication de ce beau texte d’Alexandre Kalomiros, si “libérateur » pour la conscience de l'homme occidental comme vous le dites !
Giorgos
SEÑOR JESUCRISTO, HIJO DE DIOS, TEN PIEDAD DE MÍ PECADOR.

Louis
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Message par Louis » mer. 14 déc. 2005 19:46

Chers amis

Je n'ai trouvé qu'une seule phrase dans les évangiles qui puisse servir d'argument à la damnation éternelle:

Mt 12, 32 - Qui parlera contre l'Esprit-Saint ne sera pardonné ni en ce monde, ni en celui à venir.

Ne possédant que des bibles protestante et catholique, pourriez-vous me donner la version orthodoxe de cette citation? Merci

(traduction grèque peut-être plus fidèle dans la bible orthodoxe)
+Louis

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne » mer. 14 déc. 2005 21:10

Il n’y a malheureusement pas de Bible orthodoxe. Voici ce que je traduis sur le grec :

Et si quelqu’un dit une parole contre le Fils de l’homme, cela lui sera remis, mais si quelqu’un dit une parole contre l’Esprit saint, cela ne lui sera pas remis, ni dans siècle présent, ni dans le siècle à venir.

Quand un homme est beptisé au nom du Père, et du Fils, et du Saint Esprit, il est baptisé pour la rémission de ses péchés et pour la vie éternelle. Ensuite il reçoit le Saint Chrême (la Chrismation, et non la confirmation, comme disent les catholiques) comme sceau des dons du Saint Esprit, ce qui porte son Baptême à l'accomplissement.

Mais avant son Baptême, alors qu’il était simplement un homme dans l’état déchu où nous a plongés le péché des Ancêtres, il n’a pu rencontrer que le Fils de l’homme, sans savoir qu’il est le Fils unique et Verbe de Dieu, mais croyant qu’il n’est qu’un homme parmi les autres. Dans cet état il se peut qu’il ait parlé “contre le Fils de l’homme”. Cette parole stupide ne lui sera pas imputée à péché.

Mais du jour où il a cru, où il a été baptisé dans la Résurrection du Christ et où il a reçu le sceau de l’Esprit qui accomplit et parfait sans cesse son salut, s’il parle mal du Seigneur, cela devient un blasphème et un suicide spirituel. Il est des hommes qui ont commis un tel blasphème.

Malheur à cet homme par qui le Fils de l’homme est livré ! Mieux eût valu pour cet homme qu’il ne fût pas né, cet homme-là ! (Matthieu 12:34)

Ce qui est une autre parole du Seigneur sur l’Enfer. Et il ne faut pas oublier la parabole du pauvre Lazare et du mauvais riche.

Dieu respecte la liberté de l’homme. Par miséricorde pour les fils d’Adam porteurs d’une nature corrompue, il nous a accordé ce temps présent, éphémère et transitoire, pour que l’homme gagne sa vie en faisant le bon choix.

La mort est l’instant ou nous scellons le choix que nous avons construit par toute notre vie. L’amour de Dieu ne cesse pas pour les hommes qui se sont murés dans un refus définitif, mais ils se sont installés dans un refus éternel qui fait que cet amour les brûle.
Jean-Louis Palierne
paliernejl@wanadoo.fr

Louis
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Message par Louis » mer. 14 déc. 2005 22:21

Merci Jean-Louis pour votre traduction!

Et vous répondez très justement à ma question. Mais j'ai encore du mal à comprendre ce qu'est concrètement ce blasphème contre l'Esprit Saint qui mériterait un séjour éternel en enfer.
+Louis

Antoine
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Message par Antoine » jeu. 15 déc. 2005 10:39

Le blasphème contre l'Esprit est le refus de la miséricorde divine; penser qu'il puisse y avoir un péché impardonnable et donc que le mal est plus fort que que l'amour de Dieu. Ce refus de la miséricorde divine place la personne en enfer car la miséricorde ne peut pas ne pas s'appliquer. La personne se place dans cet état infernal du fait de son refus et non pas du fait de l'absence de miséricorde. L'enfer est une création de l'homme pas de Dieu.
Saint Isaac le Syrien écrit que "le péché est une goutte d'eau dans l'océan de la miséricorde divine."
Accepter la miséricorde de Dieu est une attitude difficile qui requiert une grande humilité. Il faut s'y exercer dès cette vie par le repentir et ne pas avoir "peur du vent": Lorsque St Pierre marche sur les eaux, il se noie dans cet océan. En regardant le Christ il est sauvé de cette noyade.


Matthieu 14, 22-32 (http://www.info-bible.org/lsg/INDEX.html)

14.22
Aussitôt après, il obligea les disciples à monter dans la barque et à passer avant lui de l'autre côté, pendant qu'il renverrait la foule. Quand il l'eut renvoyée, il monta sur la montagne, pour prier à l'écart; et, comme le soir était venu, il était là seul. La barque, déjà au milieu de la mer, était battue par les flots; car le vent était contraire. A la quatrième veille de la nuit, Jésus alla vers eux, marchant sur la mer. Quand les disciples le virent marcher sur la mer, ils furent troublés, et dirent: C'est un fantôme! Et, dans leur frayeur, ils poussèrent des cris. Jésus leur dit aussitôt: Rassurez-vous, c'est moi; n'ayez pas peur! Pierre lui répondit: Seigneur, si c'est toi, ordonne que j'aille vers toi sur les eaux. Et il dit: Viens! Pierre sortit de la barque, et marcha sur les eaux, pour aller vers Jésus. Mais, voyant que le vent était fort, il eut peur; et, comme il commençait à enfoncer, il s'écria: Seigneur, sauve-moi! Aussitôt Jésus étendit la main, le saisit, et lui dit: Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté? Et ils montèrent dans la barque, et le vent cessa.


"Garde ton âme en enfer et ne désespère" pas dira le Christ à St Silouane.


(Nous avons déjà traité ce sujet du péché contre l'Esprit sur le forum.)
Dernière modification par Antoine le ven. 16 déc. 2005 0:31, modifié 2 fois.

Louis
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Message par Louis » jeu. 15 déc. 2005 22:46

Ne pas croire à un enfer éternel est-ce un blasphème contre l'Esprit-Saint?
+Louis

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