Filioque : deux approches (d'après Mgr Kallistos)

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Antoine
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Message par Antoine » mar. 22 nov. 2005 12:06

N’y a-t-il pas tout de même une extraordinaire inversion des rôles quand un évêque, privé arbitrairement de son titre, se retrouve dans le rôle de surveillé, lui que l’Eglise a placé dans le rôle de surveillant (c’est en effet le sens du mot grec episcopos) ? Quel est ce « nous » qui se pose en instance d’arbitrage en sein de l’Eglise ?
Wladimir, le "nous" employé dans l'expression "nous l'aurions attaqué pour hérésie" est un nous de politesse qui atténue le "je". Une simple tournure littéraire. Il ne faut pas y chercher un pronom qui cacherait une structure quelconque. Je l'emploie dans beaucoup de mes messages; c'est un vieux restant d'un éducation scolaire dans laquelle les professeurs nous enseignaient que l'emploi du "je" est incorrect. Une tournure un peu vieillotte en somme. Rien de plus. je ne n'appartiens à aucune autre entité que l'Eglise orthodoxe, aucune association , aucune organisation. Je n'ai pas lancé de mouvement comme d'autres auront lancé en leur temps l'énigmatique et secrète confrérie sainte Sophia par exemple. Je n'appartiens non plus à aucune obédience maçonnique au contraire de beaucoup d'oecuménistes et modernistes de tout poil, adversaires de l'Eglise, qu'ils soient simples fidèles, prêtres ou évêques. Et vous Wladimir?

Pour le titre vous me faites sourire. J'appelle K.Ware par son nom d'écrivain car je parle d'un de ces livres et je ne m'adresse pas directement au liturge en Eglise. Et de plus rien ne m'oblige à respecter une convention sociale et à lui donner du "Monseigneur". Souvent je dis l'évêque untel. Quand je parle de Basile ou de Grégoire de Naziance, vous n'exigez pas que je les appelle Monseigneur.

Ceci précisé, je suis certain que je n'aurais pas été le seul à exprimer une désapprobation sévère face à un abandon de la monarchie du Père et que nous aurions été plusieurs et nombreux dans le monde orthodoxe à nous insurger et à demander des comptes sur cet abandon s’il avait été clairement proposé par K. Ware.

L’évêque est Episkopos ou devrait l’être c’est un fait. Mais de par notre baptême et chrismation, nous sommes tous Rois Prêtres et prophètes. St Jean Chrysostome dira dans son commentaire de la 2ème épître aux corinthiens que « nous possédons abondamment non pas l’une ou l’autre , mais ces trois dignités ensemble ». La fonction de gardien de la foi n’est pas une fonction réservée aux seuls évêques heureusement. Et beaucoup d' évêques ont failli dans cette tâche. Il vous a déjà été répondu sur le forum à ce sujet, mais vous ne lisez pas les réponses que l'on vous fait.
A force de "rapprochements" ineptes je vois que vous êtes tombé dans les déviations de l'Eglise enseignante et de l'Eglise enseignée. Ce n'est pas une conception orthodoxe de l'Eglise.

L'Eglise Orthodoxe, pas celle du rapprochement qui perd ses racines, non, l'Eglise Orthodoxe, nous exhorte à être des « arbres de vérité ». C’est ce que le prêtre demande dans sa prière secrète lors de la bénédiction baptismale de l’eau: « Plante le comme un arbre de vérité » ça vous change de la théorie des branches n'est-ce pas? Notre texte liturgique ne connaît pas de séparation entre "tronc" et "branches". L'arbre est pris comme une totalité insécable tel l'arbre de Vie de la Genèse.


Vous écrivez:
Tant pis pour l’Eglise catholique si elle continue à tenir si fortement à cette doctrine, même si le fait est qu’elle n’insiste plus sur le caractère obligatoire du filioque, mais seulement sur la reconnaissance de celui-ci par les orthodoxes, ce qui est tout de même une évolution.
Vous vous moquez du monde! Ce que vous écrivez est encore pire. Autrefois l’Eglise papale professait une erreur en y croyant après avoir feint d'y croire; aujourd'hui elle feint de n'y croire plus et demande à ce que les orthodoxes la reconnaissent?! Vous voulez qu'on avalise la feinte de la croyance ou la croyance de la feinte?
Si l’Evolution est que l’Eglise orthodoxe reconnaisse le filioque alors il deviendra de facto obligatoire et les interprétations intra-trinitaires de la double procession éternelle seront justifiées.

Je n’ai pas vu que les catholiques romains ne rendaient plus obligatoire le filioque et l’avaient supprimé de leur credo ou de leur formule liturgiques. Ce n’est pas parce qu’ils récitent dans de grandes démonstrations œcuméniques le symbole de Nicée sans filioque qu’ils l’abandonnent pour autant . C’est une simple façade. Car derrière il y a surtout un refus de considérer que ce filioque est bel et bien une hérésie. Il est considéré comme une explicitation. Et je vous ai déjà repondu sur votre notion erronée de « théologoumenon ». Jamais les tenants du filioque ne l’ont considéré comme une expression concernant l’Economie de la Trinité lorsqu’ils l’ont inséré dans le credo. On veut aujourd’hui nous faire croire qu’il a une autre signification que celle de la procession éternelle. St Maxime avait déjà donné des orientations sur une acceptation du filioque dans le cadre de l’Economie Trinitaire. Mais ce ne sont pas ces orientations là qui ont été retenues par la papauté lors de son insertion dans le symbole de la foi puis développées et soutenues tout au long des siècles. Il faut donc s’en tenir à cette insertion et à ce qui en a théologiquement décidé. Ce que Saint Photios a combattu ce n’est pas une vision d’un filioque qui signifierait l’envoie dans le monde de l’Esprit du Père par le Fils. Il est regrettable qu’aujourd’hui un K.Ware cherche à redonner de la vérité au « principaliter » augustinien et cherche à redonner par la même un sens orthodoxe « intra trinitaire » au filioque. Il est regrettable qu’au nom d’une idéologie de l’œcuménisme il en soit arrivé à minimiser cette hérésie. C’est une "ânerie" ne vous en déplaise, une ânerie doublée d’une grande lâcheté. Lâcheté vis à vis des contemporains et lâcheté vis à vis de tous les grands saints qui ont confessé la Vérité de la foi.
De plus je n’ai pas vu que l’Eglise catholique romaine ait supprimé sa formule doxologique liturgique « du Père par le Fils dans l’unité du Saint Esprit ». Si cette formule n’est pas une hérésie qu’est-ce que c’est ? Il serait temps que là aussi on donne une interprétation orthodoxe de cette formulation n’est-ce pas…

Il n’ y a rien de nouveau dans ce que les théologiens que vous citez écrivent sur le filioque sauf quand ils se mettent au service de l’idéologie oecuméniste. Rien. Tout sur cette hérésie a déjà été dit par l’Eglise heureusement. Et le discours d’un Père Placide n’est certainement pas plus rigoureux et plus dépassionné que le discours des saints qui l’ont précédé. Il est curieux que vous cherchiez toujours vos références chez les modernes et jamais chez Photios, Marc d’Ephèse, Grégoire Palamas, St maxime, St Basile, Grégoire de Naziance etc…C’est sans doute parce que vous ne trouverez pas de soutien à votre œcuménisme chez les Pères.
L’effort de rapprochement est un impératif qui découle de notre conception de l’Eglise et de notre foi. Le reste est entre les mains de Dieu.
Voilà le genre de mièvreries banales et insipides qui me font vomir.
« Le reste est entre les mains de Dieu » ne veut rien dire d’autre qu’une espèce de fatalisme déguisé. Dans le domaine des relations avec les hétérodoxes, il n’y a pas «d’effort de rapprochement » à faire. C’est bien ce que je reprocherais à beaucoup de nos théologiens et de nos évêques aujourd’hui. Il y a à proclamer les vérités de la foi et de cette proclamation s’ensuivra un rapprochement ou non. Beaucoup comme vous mettent hélas le «rapprochement » en objectif premier et font passer la foi en second lieu au détriment des vérités dogmatiques. L’Eglise n’a pas mission de rapprochement mais de conversion. L’Eglise doit se convertir elle même en permanence à sa propre foi et doit y convertir les autres. Il s’agit d’enseigner les nations et non pas de faire des efforts de rapprochements. Elle se doit de garder intact le dépôt de la foi et de ne pas galvauder la Révélation au nom de votre bouillasse moderniste de "rapprochement". L'Eglise connait l'unité; elle ne connait ni l'union ni le rapprochement. Cette unité ne se fait pas sur du compromis ou toute autre cuisine dogmatque indigeste.
En revanche, en opposant aux faux dogmes romains la Vérité, non seulement vous restez dans cette Vérité mais vous avez des chances qu’elle soit reconnue comme telle.
A quoi bon changer de vérité si elle n’est que relative ? L’Esprit souffle pour amener les hommes à cette Vérité qu’est le Christ. Si vous la dénaturer vous entravez toute synergie entre Dieu et les hommes.

Dans un « rapprochement » avec l’Eglise catholique Romaine vous êtes perdant d’avance. Vous qui aimez citer Jean-Louis Palierne c’est le moment de lire son message posté le Lun 21 Nov 2005 17h:49 à la rubrique COE :
Pour moi l’Église catholique n’est pas vraiment digne du nom d’Église. Je l’appelle ainsi et je lui donne même une majuscule parce que je n’aime pas que la discussion dérive hors des limites de la correction, mais sur le fond, je ne crois pas que ce soit une organisation digne de respect. Elle a trop industrialisé la manipulation et l’illusion. En tant que structure je crois qu’il est absolument nécessaire de s’en méfier. J’ai beaucoup de peine quand je vois que certains de nos frères orthodoxes (il s’agit presque uniquement d’orthodoxes de souche, qui n’ont pas connu la présence catholique dans leur entourage familial) parler de “rapprochement” de la part des responsables de l’Église catholique.
Dernière modification par Antoine le mer. 23 nov. 2005 1:08, modifié 6 fois.

eliazar
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Filioque : deux...

Message par eliazar » mar. 22 nov. 2005 16:55

Cher Wladimir,

Comme vient de l'écrire Antoine :
"Il est regrettable qu’aujourd’hui un K.Ware cherche à redonner de la vérité au « principaliter » augustinien et cherche à redonner par la même un sens orthodoxe « intra trinitaire » au filioque. Il est regrettable qu’au nom d’une idéologie de l’œcuménisme il en soit arrivé à minimiser cette hérésie. C’est une "ânerie" ne vous en déplaise, une ânerie doublée d’une grande lâcheté. Lâcheté vis à vis des contemporains et lâcheté vis à vis de tous les grands saints qui ont confessé la Vérité de la foi."
Je fais totalement miennes les explications (non seulement si fermes, mais encore si solidement appuyées sur la doctrine orthodoxe la plus constante) que viennent de se donner la peine de vous donner (de nous donner, par la même occasion) tant Claude, que Jean-Louis, qu'Antoine et qu'Anne-Geneviève - à qui vous reprochez même non pas d'avoir tort, mais d'
"... / ... évoquer certaines matières sans au moins un minimum de précaution de langage et de sérénité"
Avouez que dans une discussion aussi élevée (il ne s'agit en somme de rien moins que de savoir si nous croyons à la Sainte Tri-Unité de notre Dieu, dans les termes de et en accord avec l'Église Orthodoxe!!! c'est à dire si nous choisissons d'être orthodoxes ou hétérodoxes...) lui reprocher de ne pas prendre assez de précautions langagières pour affirmer sa Foi, c'est vraiment un comble d'ineptie. On se croirait parfois à l'heure du thé chez la douairière, bien calés dans une bergère moelleuse, entre Trissotin et l'Abbé Muche.

L'évêque Kallistos ne mérite aucun respect épiscopal lorsqu'il refuse (au moins implicitement) de défendre (et d'illustrer par son savoir théologique) la Foi des Pères, c'est à dire la Foi de l'Eglise.Car Kallistos Ware n'a été fait Évêque que pour défendre, et illustrer dans tout son discours, et jusqu'au péril de sa liberté, voire de sa vie, la Foi de l'Église - et pas pour jouer au Congrès de Vienne, entre diplomates, avec les gens bien en place, à la tête de communautés religieuses non orthodoxes - même si elles tiennent le haut du pavé, catholiques romains en France, anglicans en Angleterre, etc...

Je crois, ne vous en déplaise, cher Wladimir, que nous avons tous le devoir d'affirmer - ici, et ailleurs, et partout - que Kallistos est (au moins en ceci) un évêque dangereux. Ce n'est pas là faire preuve d'intolérance, ni d'intégrisme. Ou nous sommes un Forum Orthodoxe, ou nous sommes un média intermédiaire entre orthodoxie, catholicisme, protestantisme et tutti quanti. Ou nous réagissons en fonction de notre Foi orthodoxe, ou nous choisissons de ne plus être orthodoxes qu'en surface; et en attendant mieux ?

Antoine parle d'une "grande lâcheté vis à vis des contemporains" et en même temps "lâcheté vis à vis de tous les grands saints qui ont confessé la Vérité" jusqu'à la mort, souvent.

Je trouve qu'Antoine tombe ici dans une grande mollesse vis-à-vis de celui par qui le scandale arrive. Non que je me permette de juger le moine Kallistos, certainement très aimé de Dieu puisqu'Il l'a conduit jusqu'à lui confier la défense du troupeau. Mais l'évêque Kallistos, lui, ne manifeste pas seulement une lâcheté vis à vis des contemporaines qui le lisent ... mais essentiellement vis à vis des brebis que le Seigneur lui a explicitement confiées. Que doit-on dire, de quelle modération langagière doit-on user, et dans quelle "sérénité" intérieure doit-on se cantonner pour accepter de ne rien faire et de continuer à tourner ses regards vers l'horizon... lorsque le berger lui-même pousse ses brebis à chercher à tout prix à "s'entendre avec" ... les loups ?

Ce ne sont pas les contemporains de Kallistos qui courent le plus grand danger : après tout, ils n'ont qu'à ne pas le lire en bêlant, mais avec les yeux ouverts - et ils verront vite, avec l'aide de l'Esprit qui n'en est jamais avare, ce qui crève littéralement les yeux : que cet évêque orthodoxe espère, souhaite, appelle de ses voeux et attend un arrangement avec l'erreur. Et qu'en cela il n'est plus un Évêque orthodoxe.

Mais ce sont les âmes que le Christ a rappelées à Lui au prix de sa kénose et de sa mort, ces âmes vivantes que son Maître lui a confiées comme à un berger fidèle, qu'il est en train d'envoyer dans le précipice. Et en cela, sa lâcheté est bien plus grande, car elle est en même temps une trahison de son Maître qui lui a au contraire confié la tâche de défendre et d'augmenter leur vie. Alors que par cette trahison déguisée en bavardage doucereux, il les pousse doucement à quitter la bergerie et partir à l'aventure, dans la direction de la mort.

Wladimir, comment pouvez-vous ne pas trembler intérieurement en soutenant, vous qui êtes dans l'Église, cet effort malsain, anti-Église, d'un intellectuel revêtu de l'habit monacal, doté de toute la puissance du charisme épiscopal, et qui met cette puissance et cette sainteté au service des loups qui attendent à la porte de la bergerie les brebis qu'il va leur envoyer ?

Croyez-vous que nous (je veux dire ici : n'importe qui a été baptisé et partage encore la Foi de l'Église, malgré les péchés de sa vie personnelle) puissions assiter à cela sans crier au loup ? Et ne croyez-vous pas, comme nous, que si la voix et les paroles d'Anne Geneviève ou d'Antoine ou de... ou de ... ne sont ni assez mélodieuses ni assez châtrées pour vous agréer, l'important est qu'elles aussi crient au loup avant qu'il soit trop tard ?
Dernière modification par eliazar le mar. 22 nov. 2005 18:04, modifié 2 fois.
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GIORGOS
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Message par GIORGOS » mar. 22 nov. 2005 19:53

Lecteur Claude a écrit :
il ne me semble pas avoir trouvé dans aucun de vos messages autre chose qu'une critique constante de ce forum et la répétition de votre programme, sans argumentation et avec beaucoup de jugements de valeur sur vos interlocuteurs. Tout le travail qui est fait sur ce forum en matière d'hagiologie, d'iconographie, de traduction, vous laisse visiblement totalement indifférent. Permettez-moi alors de vous dire que la polémique dans laquelle vous vous êtes engagé contre plusieurs membres de ce forum me laisse à mon tour totalement indifférent, et ce pour une simple raison: l'art est difficile, la critique est facile.
Bien que le Forum est ouvert a tous les hommes de bonne volonté quelles que soient ses préférences religieuses, il n’est pas un Club des Débats scolaire.
Le fin du Forum est d’être un lieu de convergence des orthodoxes, pour les orthodoxes et pour tous ceux lesquels ont de la soif spirituelle et désirent apprendre sur la Sainte Orthodoxie.
Et aux chercheurs on recommande, une fois encore, l’utilisation de la fonction « rechercher ».
Mais, s’il y a quelque chose que distingue l’Orthodoxie de toutes ses contrefaçons religieuses, c’est le refus de l’imagination appliquée aux domaines de la Foi et le correspondant rigueur de l’expression dogmatique.
Il n y a pas de lieu pour les petits contes « théologiques », pour les fausses demandes et surtout pour la faute d’attention aux réponses que ont été faites avec beaucoup de temps et, pourquoi ne pas le dire, d’amour pour le prochain. Tous les animateurs du Forum travaillent pour pouvoir vivre, et s’ils font l’effort de répondre une et autre fois, ces précieuses heures de labour spirituel ils les déposent aux pieds de la Sainte Mère de Dieu.
Poser des nouvelles demandes sans pour autant prêter attention aux réponses précédentes faites ou faire des affirmations gratuites, ce n’est pas ni courtois, ni chrétien, ni même propre à qui a plus de douze années.

Notre ami Antoine l’a dit en passant, peut être sans se donner compte lui même de l’ énorme et définitive vérité qu’il proférait :
Vous vous moquez du monde!
Faveur de ne venir pas au Forum pour le faire.
Giorgos
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Anne Geneviève
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Message par Anne Geneviève » ven. 25 nov. 2005 20:18

En ce qui me concerne, qu’il soit bien clair que je ne juge pas la personne de Kallistos Ware que je n’ai jamais eu l’occasion de rencontrer, ni sa façon de pratiquer l’épiscopat au quotidien, n’étant pas de sa juridiction. Tout ce que je peux connaître, ce sont les écrits qu’il a publiés, donc mis sur la place publique. J’ai lu de lui des choses intéressantes et aussi des choses douteuses. Je suis prête à le dire dans les deux cas.
A propos du filioque, « ânerie » était effectivement une erreur langagière que les ânes, j’espère, voudront bien me pardonner. Ma pensée réelle était à la fois plus verte et plus théologique – mais j’ai édulcoré ma phrase pour qu’on ne puisse me reprocher un écart à la courtoisie de mise sur le forum. Ce n’était pas encore assez adouci ? Désolée mais je ne sais pas écrire avec de la confiture au bout de la plume ni parler avec une langue de bois. Il me semble avoir lu dans les Evangiles : « Que ton oui soit oui, que ton non soit non. » Mais depuis que j’ai pris ce commandement au sérieux et que j’essaie de m’y tenir, j’ai l’impression d’être devenue du poil à gratter, comme si nos contemporains ne supportaient plus que les choses soient dites clairement, sans haine aucune mais sans enrober la pilule.
Sérénité ? Mais qui vous dit que je ne suis pas sereine au fond de mon cœur ? Vous confondez la défense ferme d’un principe de foi avec une agitation de l’âme ? Rien à voir.

En ce qui concerne l’Eglise romaine, j’en parle par expérience. Je suis née dedans, comme beaucoup ici. J’en ai claqué les portes à 17 ans parce que je ne supportais plus ses contradictions avec les Evangiles. J’avais le sentiment que le Dieu révélé par le Christ à ses disciples et le Dieu enseigné par Rome n’étaient pas les mêmes, ce qui me semblait tout de même grave. A l’époque, je n’avais pas d’autre certitude, je ne savais même pas si ces images de Dieu n’étaient pas fausses toutes les deux mais je savais au moins qu’elles étaient incompatibles. Le « Dieu offensé » prêché par Rome se montrant un affreux sadique, si c’était le vrai, le seul honneur qui serait resté à l’homme aurait été de lui cracher lucidement dessus en acceptant les conséquences. Par bonheur, au bout de quelques années, je me suis aperçue que le vrai, c’était l’autre, celui que révélait le Christ, celui des Béatitudes et du dernier enseignement avant la Cène, celui vers qui mon cœur n’avait cessé de pencher. Ouf ! Et comment je m’en suis aperçue ? Parce qu’il existait encore une Eglise pour le proclamer et en vivre, même si tous ses membres n’étaient pas parfaits : l’Eglise orthodoxe. Re – ouf !
Le mot hérésie, je l’emploie mais sans en faire un fromage. En tant qu’historienne, je vois bien comment, lors des grands débats qui ont permis de clarifier la christologie, des gens ont pu errer avec sincérité, combien la frontière entre vérité (ou la moins mauvaise formulation possible en langage humain de ce qui le dépasse) et erreur (ou formulation dangereuse à terme pour la vie spirituelle) pouvait paraître floue aux contemporains, d’où la multiplication des formules et des tentatives vaines pour concilier la chèvre et le chou. Pour le dire plus clairement, l’anathème qui rejette une formule dangereuse ne signifie pas la damnation de celui qui l’a émise – Dieu seul sonde les reins et les cœurs. Cela signifie seulement qu’elle est incompatible avec l’enseignement du Christ, la tradition de l’Eglise, et que donc ceux qui la professent ne peuvent s’en réclamer. Mais avant l’anathème que seul peut prononcer un concile, il y a toujours eu débat et débat très ferme. Rien de nouveau aujourd’hui.
Que des empereurs soucieux de la « foi de l’empire » et mus par une vision totalitaire aient rajouté leur grain de sel par des persécutions, une fois celle des hérétiques, plus souvent celle des orthodoxes, c’est déplorable mais n’engage pas l’Eglise qui n’en demandait pas tant.
Une seule hérésie sort de ce schéma et c’est justement le filioque. Elle n’a pas d’auteur. Les documents qui l’attribuent à un concile de Tolède du VIIe siècle sont douteux. Elle se répand on ne sait par quelles voies en occident. Pas un seul concile local d’occident ne soulève le lièvre. Et brusquement à l’époque de Charlemagne, on la retrouve dans le credo. Après coup, on remonte à Augustin ou Tertullien, mais entre Augustin et le grand Charles, ce sont 4 siècles de hiatus ou d’inondation par les caves. Est-ce que vous voyez l’anomalie ? Arius prêche un Christ créature – quelques mois plus tard, tous les évêques disputent de la question, tant et si bien que l’empereur convoque le concile de Nicée pour remettre de l’ordre dans la maison. Nestorius sépare les deux natures du Christ – immédiatement, on trouve dix, vingt, cent voix pour traiter le sujet. Filioque ? Rien, personne ne le brandit, le débat ne s’engage pas avant qu’il apparaisse dans le credo, il avance en rampant. Comme un serpent.
Et après, ce n’est pas un débat qui s’engage, ce sont des soubresauts désespérés pour retrouver une ecclésiologie juste, désespérés mais toujours à côté de la plaque. On a tout remis en cause : l’ordre moral (Goliards), la hiérarchie contraignante et la richesse du clergé (Goliards, Vaudois, Franciscains marginaux, Réforme), les dérives liturgiques (Jean Hus), l’ignorance du peuple (Wyclif), le centralisme romain (Gallicans, Anglicans), l’absolutisme papal (conciles de Pise, de Constance et de Bâle), l’infaillibilité papale (Petite Eglise), j’en oublie sans doute. A chaque fois, on a omis de remettre en cause le filioque, c’est même la seule chose qu’on n’ait pas remis en question et, à chaque fois, plantage. Et ça n’interpelle personne ?
Falsification des textes : c’est bien grâce à la philologie et aux méthodes de critique textuelle qu’on s’en est aperçu. Mais en général, ça ne sort pas de la Sorbonne, ça se publie chez des éditeurs universitaires à petit tirage du genre Honoré Champion et ce n’est que très peu répercuté en dehors des cercles universitaires, alors que cela aurait du faire tiquer tous les théologiens et même au delà de l’Eglise orthodoxe. Les protestants n’ont pas remis en cause le filioque à l’époque de la Réforme mais auraient du être alertés par une falsification des documents, eux pour qui l’écrit a tant d’importance. Eh bien non. Silence radio universel. Petits fours chez la douairière, comme dit Eliazar.
Je rajoute encore une autre impertinence, l’accord des gouvernements des pays à majorité filioquiste, aujourd’hui, tandis qu’on prend le thé entre gentlemen au COE, pour « contenir » et abattre ou soumettre les pays à majorité orthodoxe. Souvenez-vous des déchaînements anti-serbes dans Le Monde ou Libération, des discours mi-chèvre mi-chou sur la Roumanie ou la Bulgarie, de la critique systématique contre Poutine. En 1999, sur les ondes de France-Info, un journaliste recevait un politologue américain dont je n’ai pas noté le nom et lui demandait s’il ne craignait pas que la Russie, par solidarité orthodoxe, soutienne la Serbie. Et le politologue de répondre : « L’orthodoxie ? Elle aura disparu en l’an 2000 ! » C’était une annonce quelque peu prématurée mais bien révélatrice. Le su-sucre de l’œcuménisme d’une main, le bâton des missiles air-sol de l’autre, mais ce ne sont pas les relents du communisme que certains veulent abattre. C’est bien l’orthodoxie, explicitement.
Alors je veux bien prier pour nos ennemis et même essayer de les aimer, mais pas leur donner raison, pas leur donner des armes contre l’Eglise du Christ.
"Viens, Lumière sans crépuscule, viens, Esprit Saint qui veut sauver tous..."

GIORGOS
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NOTES DU TRAVAIL DE J-CL. LARCHET

Message par GIORGOS » dim. 27 nov. 2005 16:37

Vu que notre ami Stéphanopoulos se trouve silencieux malgré les messages envoyés, je poste ici provisoirement, les notes manquantes du travail de J-Cl. Larchet en attendant que Stephan à son retour les introduira dans son lieu.


Ou peut être le fera l’un des modérateurs du Forum.

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133. La signification «économique» de ce passage est honnêtement reconnue par Th. Camelot qui se montre pourtant un fervent partisan de la doctrine latine du Filioque («La tradition latine sur la procession du Saint-Espnt "a Filio" ou "ab utroque"», p.185).

134. Αlias Serm., 62 (LXXV), 3, SC 74, p. 146-147.

135. Serm., 62 (LXXV), 3, SC 74, p. 146-147.

136. Cette distinction se retrouve très nettement dans le sermon suivant οu Léon écrit: «le cinquantième jour après la résurrection du Seigneur, le dixième après son ascension, le Saint-Esprit promis et espéré fut répandu sur les disciples du Christ. [...] Que les dons divins se répandent donc dans tous les cœurs» (Serm., 63 (LXXVI), 1 SC 74, p. 149). Voir aussi ibίd., 4, p. 151: «Les bienheureux apôtres eux-mêmes, avant la Passion du Seigneur n'étaient pas privés du Saint-Esprit, pas plus que la puissance de cette vertu n'était absente des oeuvres du Sauveur».

137. Voir aussi Serm., 63 (LXXVI), 1, SC 74, p. 149: «L'immuable divinité de cette bienheureuse Trinité est une dans sa substance, indivisée dans son action (ίndίvisa in opere), unanime dans sa volonté, pareille dans sa puissance, égale dans sa gloire». Cf ίbid., 3,p.151.

138. «Ex eo quod» indique très clairement l'essence ou ce qui s'y rapporte, et non pas les personnes comme voudrait le laisser supposer le traducteur de l'édition des Souτces chrétίennes, dans l'intention probable de favoriser un interprétation filioquiste, en traduisant inexactement: «à partir de ce qυi est le Père et le Fils» (loc. cit.,p. 146).

139. Ce que reconnaît J. - Μ. Garrigυes , «Procession et ekporèse du Saint-Esprit», p. 356.

140. Citons à titτe d'exemple cette remarque caractéristique que lorsque le Christ soufflait sur ses Apôtres en leur disant «Recevez l'Esprit Saint", «Ιl montrait ouvertement ce qu'il donnait par Sa spiration dans le secret de la vie divine» (Cont. Μax., XIV, 1, PL 42, 770).

141. «Clarification», p. 944.

142. De Τrin., IV, 9,12, PL 42, 896.

143. Ibid., VI, 5, 7, PL 42, 928.

144. Serm., LXXI, 12, 18, PL 38, 454.

145. Ibid., 20, 33, PL 38, 463-464.

146. «Clarification» p. 945b, note 11.

147. Capίta physica, XXXVI, PG 150, 1144D-1145A.

148. Vοir le commentaire détaillé de cette formule palamite par Mgr Αmphilοchiοs Radονitch , «Saint Grégoire Palamas et la doctrine du Fίlioque», Le Messager orthodoxe, 110, 1989, p. 76-79.

149. Voir J . Rοmanidis , Franks, Romans, Feudalism and Doctrine, Brookline, 1981, p. 60-98.

150. Voir parmi les textes les plus connus: De Τrin., V, 14, PL 42, 921; XV 17, 29 PL 42, 1081; 26,47, PL 42, 1094-1095; Tract. ίn Ιο., XCIX, 8, PL 35, 1890 ; 67, PL 35, 1888-1889; Contr. Μax., II, ΧIV, 1, PL 42, 770-771.

151. Voiτ notamment J. Rοmanidis , Franks, Romans, Feudalism and Doctrίne, p. 60-98.

152. Introduction à Oeuvres de saint Augustin, 15, La Trinité, Paris 1955, p. 22.

153. Texte cité à la note 37.

154. «Clarification», p. 943a.

155. Maxίme le Confesseur, médiateur entre l'Orient et Ι'Οccident, Chapitre 1: «La question du Fίlιoque».

156. Profession de foi traditionnellement envoyée par le pape et les patriarches à leurs pairs lors de leur élection.

157. Th. Pol., Χ = Lettre à Marin de Chypre, PG 91, 136ΑΒ.

158. Voir notre étude: Maxίme le confesseur, médiateur entre l Orient et Ι'Occident, chapitre 2: «La question du Filioque».

159. Ibίd.

160. Comme le remarque le Ρ. Ρlacide Deseille , «Saint Augustin et le Filioque», Messager de l exarchat du Patriarche russe en Europe occidentale, 109-112, 1982, p. 68-69.

161. Ad Ιo. diac., PL 129, 560-56lΑ.

162. Th. Ροl., Χ, PG 91, 136Β.
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Giorgos
SEÑOR JESUCRISTO, HIJO DE DIOS, TEN PIEDAD DE MÍ PECADOR.

Wladimir
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Message par Wladimir » dim. 27 nov. 2005 22:02

L'étude de Jean-Claude Larchet est également consultable (avec un certain nombres d'autres ouvrages dans différentes langues) sur le site grec MYRIOBIBLOS:
http://www.myriobiblos.gr/texts/french/larchet.html
Obsecro autem vos fratres per nomen Domini nostri Jesu Christi ut id ipsum dicatis omnes et non sint in vobis scismata, sitis autem perfecti in eodem sensu et in eadem sententia (1Cor I,10)

morozov
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Message par morozov » dim. 27 nov. 2005 22:59

Super, merci.

Sophie

Wladimir
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Message par Wladimir » mar. 29 nov. 2005 0:59

Cher lecteur Claude,

Vous me reprochez de réagir et d’exprimer un désaccord. Comment puis-je ne pas le faire quand je suis interpellé par un forum qui se dit orthodoxe, que je trouve par ailleurs souvent de bonne tenue intellectuelle, mais qui expose des vues que je n’ai jamais rencontrées dans la tradition que j’ai reçue ou que j’ai pu rencontrer ailleurs ? Le souci de l’unité ne nous commande-t-il pas d’éclaircir notre différend et de rapprocher les positions ? Par ailleurs vous vous plaignez beaucoup de l’acrimonie des réactions aux interventions des auteurs du forum, mais ces dernières se font elles-mêmes volontiers agressives, s’en vantent et n’hésitent pas à tourner en ridicule la « mièvrerie », la « confiture » et la « guimauve ». N’y a-t-il pas un peu d’inconséquence ? Le franc-parler serait-il le privilège de quelques uns ?

Ma première intervention a été pour corriger une appréciation polémique et injuste du philosophe religieux V.Soloviev. Je ne prétends pas avoir dominé entièrement mon agressivité, mais je crois que la suite de la discussion et les réponses mêmes des membres de ce forum donnent plutôt à penser que j’avais raison, sinon dans tout ce que j’ai dit, du moins d’être intervenu. Je crois à l’unité de l’Eglise dans la vérité et dans la rigueur (y compris pour la question du filioque), mais par delà les différences de sensibilités et les oppositions de personnes. Je crois, sans pouvoir bien l’expliquer (mais aussi si c’était explicable l’Eglise ne serait-elle pas une société humaine comme une autre ?) que l’unité de l’Eglise est la source et le critère de cette vérité, et non un dépôt littéral, qu’il s’agirait seulement de transmettre avec une exactitude de notaire. Le depositum fidei, que possède l’Eglise et seulement l’Eglise (et un groupe dissident, aussi orthodoxe fût-il ou crût-il être, en serait coupé : on peut emporter les formules, mais non l’Esprit qui les dicte), est un dépôt vivant, non pas certes informulable, mais inépuisable, toujours le même et toujours en élaboration, ce qui fait que citer un moderne ou citer un ancien revient au même dans la mesure où l’un est l’autre expriment la même foi de l’Eglise.

C’est donc dans ce même but d’éclaircissement et de témoignage, que je suis intervenu non pas tant sur la question du filioque, mais de l’attitude générale à avoir envers les frères chrétiens séparés, ainsi qu’à l’intérieur de l’Eglise. Je voudrais m’insurger avec force contre la valorisation, non pas de la franchise et de la liberté de parole (parrêsia παρρησια, mot employé pour qualifier aussi bien la manière dont le chrétien s'adresse à Dieu, que celle avec laquelle il parle de l'Evangile aux hommes, ni tout à fait « confiance » ou « assurance », ni tout à fait « audace », en tout cas tout le contraire de « zizanie »), mais de la violence verbale et de l’insulte comme argument théologique, ce qui à mon avis, et je crois suivre là-dessus Saint-Paul et Saint Cyprien, n’a pas sa place à l’Eglise. N’est-il pas temps aussi que les responsables de forums qui s’affichent comme orthodoxes et engagent donc d’une certaine façon la responsabilité de l’Orthodoxie, réfléchissent à la déontologie qui devrait être la leur et aux moyens d’allier la nécessaire liberté avec la responsabilité. Il est bien beau de se défouler anonymement sur la hiérarchie. Mais a-t-on oublié que la Tradition de l’Eglise veut qu’on ne fasse rien sans son évêque. S’agirait-il d’une vieillerie périmée ?

Je n’aime pas particulièrement citer Saint Cyprien dans la traduction de Pierre de Labriolle, mais je n’en ai pas trouvé d’autre sur internet (et est-il vraiment important que le site soit « paliohimérologite » ?). Elle me paraît belle néanmoins, même si on voudrait parfois quelle collât d’avantage au texte (comme pour l’expression tenere unitatem, littéralement « tenir l’unité », plus forte me semble-t-il que simplement « s’attacher à l’unité »), en tout cas meilleure que celle que je ferais avec le latin rouillé qui est le mien. Saint Cyprien, comme l’ensemble de la tradition patristique fait de l’unité la condition et la source de l’orthodoxie et non le contraire. Il me semble que les contre-exemples avancés ici ne donnent pas tort à l’évêque martyr de Carthage. Les ariens ne voulaient pas accepter la doctrine de l’Eglise et sont logiquement partis. L’unité était déjà rompue. De même, l’Eglise romaine, n’acceptait-elle plus l’ecclésiologie traditionnelle des Eglises d’Orient et elle s’est séparée d’elles, perdant ainsi le critère de vérité qu’elle avait en demeurant au sein de l’Eglise. Les griefs que se sont adressées mutuellement les Eglises étaient multiples, mais l’unité et la volonté de rester ensemble n’était plus là pour leur permettre de trouver ensemble le chemin de la vérité. L’erreur à elle seule ne fait pas l’hérésie, mais le choix de l’erreur contre le consensus de l’Eglise, contre ce qui est et a été la foi de l’Eglise partout et toujours.

Je répète ma position : parler de la Sainte Trinité l’insulte et le sarcasme à la bouche, dans une atmosphère de scandale et d’agitation, est un blasphème. C’est vraiment pousser très loin le fétichisme de la lettre, que de croire que les formules dogmatiques sont autre chose que des béquilles pour approcher la divinité dans la prière et la paix du cœur. Je vois là les éléments d’une dangereuse illusion spirituelle. Pour le reste l’étude de Jean-Claude Larchet, qui permet aussi de mieux comprendre le résumé plus succinct de l’évêque Kallistos (au demeurant fort clair et parfaitement orthodoxe) a de quoi, si on la lit attentivement, apaiser les esprits.

Deux points encore, si vous le permettez.
Lecteur Claude a écrit :Je ne vois pas au nom de quelles prétentions totalitaire ou impérialiste nous viendrions imposer aux catholiques romains une interprétation orthodoxe du Filioque.
Ce que vous osez appeler totalitarisme et impérialisme ici est simplement l’unité de l’Eglise !

Lecteur Claude a écrit :Puisque vous aimez citer saint Cyprien de Carthage dans la traduction de Labriolle que l'on trouve sur le site Internet du hiéromoine paléohimérologite Cassien (Braun), je pense que ce passage-ci n'aura pas échappé à votre sagacité:
"Écoutons l'avertissement que l'Esprit saint nous donne par la bouche de l'Apôtre : "Il faut qu'il y ait des hérésies, afin qu'on reconnaisse ceux qui parmi vous sont vraiment surs" (1 Cor 11,19). C'est donc ainsi que les fidèles se font reconnaître, que les gens sans foi sont découverts; que dès ici-bas, avant même le jour du jugement, s'opère une discrimination entre les justes et les injustes et que la paille est séparée du froment."
Dans ce passage cité par Saint Cyprien, Paul ne parle pas d’hérésies (αιρεσεις) au sens que ce mot a pris par la suite, mais de divisions internes (σχισματα) entre participants au même repas du Seigneur. Ce même Paul qui a appelé les Corinthiens à l’unité et leur a demandé de ne pas avoir de divisions entre eux (c’est le passage que j’ai mis dans ma « signature ») fait ici une concession en accordant qu’il est sans doute utile que des divergences (αιρεσεις) aient lieu dans l’assemblée afin que les plus éprouvés (δοκιμοι) l’emportent. Saint Cyprien, si l’on fait attention au contrexte de la lettre, ne parle pas d’hérésies au sens où ce mot sera employé par la suite, mais simplement au sens de « divisions ». Sur tout ce passage il n’est pas inutile de lire le commentaire de Saint Jean Chrysostome. Quand bien même, dit Saint Jean (qui écrit à une époque où les mots « schisme » et « hérésie » avaient pris le sens qu’ils ont aujourd’hui) , c’est d’hérésies dogmatiques qu’il s’agirait, l’apôtre aurait dit vrai en ce sens que les hérésies sont inévitables, mais non pas souhaitables. (voir Homélie 27 sur l’épître aux Corinthiens,
http://www.livres-mystiques.com/partieT ... /1co27.htm)
Toute cette homélie de Saint Jean vaudrait la peine d’être citée pour ce qu’elle nous y dit sur l’Eglise et son unité et tout particulièrement sur le caractère pédagogique du langage qu’on doit y tenir.
Obsecro autem vos fratres per nomen Domini nostri Jesu Christi ut id ipsum dicatis omnes et non sint in vobis scismata, sitis autem perfecti in eodem sensu et in eadem sententia (1Cor I,10)

Antoine
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Message par Antoine » mar. 29 nov. 2005 3:40

Saint Cyprien, comme l’ensemble de la tradition patristique fait de l’unité la condition et la source de l’orthodoxie et non le contraire. Il me semble que les contre-exemples avancés ici ne donnent pas tort à l’évêque martyr de Carthage.
Vous faites bien de le signaler et il me semble effectivement qu'un évêque comme K Ware devrait s'en souvenir et respecter l'unité de l'Eglise justement sur la condamnation du filioque.
L'unité de l'Eglise est une unité fondée sur la foi et sa proclamation. C'est l'unité dans la foi qui fait l'Eglise. Vous avez une facheuse tendance à toujours vouloir séparer unité et vérité de la foi.
Et lorsqu'un évêque dévie de la foi commune de ses pères je ne vois pas ce qui pourrait nous empêcher de signaler notre désaccord , ni au nom de quoi nous devrions nous taire. D'autres l'on fait avant nous tout au long de la vie de l'Eglise. Beaucoup l’ont fait par la publication de livres. Le forum permet de discuter de ces choses. Que cette liberté vous dérange nous nous en sommes aperçu. . Reprochez vous à Wladimir Lossky d’avoir oser publié ses ouvrages ? Ou à Jean-Louis Palierne d’avoir traduit les siens ?
Quant à l'attitude générale à avoir avec les hétérodoxes elle est d'abord de leur présenter la vérité dogmatique et non pas d'organiser du flirt ecclésiastique à tout va dans le mépris de cette unité que vous revendiquez tant. Il ne s'agit pas « d'exactitude de notaire » mais d’un dépôt vivant et ce qui se développe aujourd’hui ne saurait être en contradiction avec la Tradition.
je suis interpellé par un forum qui se dit orthodoxe, que je trouve par ailleurs souvent de bonne tenue intellectuelle, mais qui expose des vues que je n’ai jamais rencontrées dans la tradition que j’ai reçue ou que j’ai pu rencontrer ailleurs ?
Je ne sais pas de quoi vous parlez. Mais vous avez raison de lancer ce genre d’accusation il en restera toujours quelque chose… Je n’ai encore pas lu sur le forum de positions dogmatiques non orthodoxes qui n’aient été combattues. Par ailleurs les intervenants écrivent sous leur propre responsabilité comme vous le faites vous même. Si vous n’avez rien de moins en tout cas vous n’avez rien de plus qu’eux. Vous êtes un pseudo sur un forum.

Je crois à l’unité de l’Eglise dans la vérité et dans la rigueur
Je n’ai pas encore vu cette rigueur dogmatique chez vous. D’ailleurs vous poursuivez :

Je crois, sans pouvoir bien l’expliquer que l’unité de l’Eglise est la source et le critère de cette vérité,
Non la source de cette vérité c’est le Christ et l’Esprit saint. C’est la Vérité qui est le garant de l’unité de l’Eglise parce que la Vérité est le Christ pierre angulaire de l’édifice. Lorsque l’Eglise s’unit sur autre chose , alors vous avez un St Maxime pour défendre la vérité jusqu’au martyre, envers et contre tous, patriarche et empereur inclus, et ramener l’Eglise au bercail de la vérité. L’unité de l’Eglise ne peut se manifester que dans et par la proclamation de la vérité de la foi.
Mais vous avez vous une conception très militaire de la hiérarchie ecclésiastique.


C’est donc dans ce même but d’éclaircissement et de témoignage, que je suis intervenu non pas tant sur la question du filioque, mais de l’attitude générale à avoir envers les frères chrétiens séparés, ainsi qu’à l’intérieur de l’Eglise.
Vous voulez dicter l’attitude à avoir envers les hétérodoxes justement à propos de cette hérésie du filioque en recommandant à tous de bien vouloir examiner ce que cette hérésie contiendrait d’orthodoxe. Car dès qu’il s’agit d’hétérodoxes , comme par hasard c’est toujours pour prendre en compte « leur » vérité hérétique avec bienveillance. Jamais pour leur dire catégoriquement : non, le filioque est une hérésie condamnée par l’Eglise dans son unité. Et de plus vous être prêt à utiliser n’importe quel argument fallacieux du type : les ktos abandonnent le filioque aujourd’hui etc…

Je voudrais m’insurger avec force contre la valorisation, non pas de la franchise et de la liberté de parole ,mais de la violence verbale et de l’insulte comme argument théologique,
Insurgez vous, ça détend. Je n’ai pas vu sur le forum que la violence verbale servait d’argument théologique. Mais il est vrai que je n’ai pas vu non plus d’argument théologique dans ce que vous nous exposez. Sans doute recevez vous comme violence les arguments théologiques qui vous sont développés et contre lesquels vous n’avez à opposer que votre doctrine de rapprochement avec les hétérodoxes, ce qui est un peu léger effectivement.

N’est-il pas temps aussi que les responsables de forums qui s’affichent comme orthodoxes et engagent donc d’une certaine façon la responsabilité de l’Orthodoxie, réfléchissent à la déontologie qui devrait être la leur et aux moyens d’allier la nécessaire liberté avec la responsabilité. Il est bien beau de se défouler anonymement sur la hiérarchie. Mais a-t-on oublié que la Tradition de l’Eglise veut qu’on ne fasse rien sans son évêque. S’agirait-il d’une vieillerie périmée ?
Ah il est vrai qu’on n’a encore jamais réfléchi à cela. On vous attendait. Vos petites leçons de morale et de charité forment la panoplie habituelle des oecuménistes.
En revanche ce qui se profile toujours chez vous c’est cette soumission névrotique à l’évêque. Vous voulez instaurer une imprimatur orthodoxe ?
Vous vous affichez aussi comme orthodoxe et vous avez tenu les propos que vous vouliez sur le filioque. Avez vous auparavant mesuré la responsabilité que vous preniez à vous opposer à l’unité dogmatique de l’Eglise ? Avant d’écrire avez-vous demandé l’autorisation à votre évêque ? Le forum n'est qu' un lieu de débat, pas un concile !
L’OLTR a-t-elle demandé l’autorisation aux évêques d’exister avant de publier ses statuts et de faire un site ?Les prêtres qui en font partie ont-ils la bénédiction de leur évêque ? Le Père Boris a-t-il demandé l’autorisation à son évêque avant de rempiler à St Serge ? Les évêques eux même sur le sol de France donnent-ils une image d’unité ? etc…La liste pourrait être longue. Ce forum n’est qu’un forum. Et il faut l’estimer pour ce qu’il est :ni plus ni moins. Un peu plus de transparence dans le monde ecclésiastique serait-il si dangereux que cela pour l’Eglise ? Le fait de savoir qui dit quoi , qui fait quoi est-il si néfaste pour l’Eglise ? La praxis actuelle du clergé est-elle donc si peu orthodoxe que d’aucuns craignent qu’on la dévoile sur un forum?

Je répète ma position : parler de la Sainte Trinité l’insulte et le sarcasme à la bouche, dans une atmosphère de scandale et d’agitation, est un blasphème. C’est vraiment pousser très loin le fétichisme de la lettre, que de croire que les formules dogmatiques sont autre chose que des béquilles pour approcher la divinité dans la prière et la paix du cœur. Je vois là les éléments d’une dangereuse illusion spirituelle.
Ce qui est un blasphème c’est de travestir le credo et de faire dire à St Jean 15,26 que l’Esprit de vérité procède aussi du Fils.
Il est dommage que vous pensiez que l’Evangile de Jean est un béquille. Ce que je trouve être une béquille bien vermoulue c’est votre unionisme. Mais libre à vous. Après tout vous êtes un orthodoxe qui s’exprime sur le forum avec la bénédiction préalable de son évêque, ce qui sans doute vous investit de cette clairvoyance relative à notre illusion spirituelle
Nous ne vous sommes que plus reconnaissant de votre participation.

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur » mar. 29 nov. 2005 10:08

Wladimir a écrit : Comment puis-je ne pas le faire quand je suis interpellé par un forum qui se dit orthodoxe,
La formule est magnifique et ô combien révélatrice. Vous m'autorisez à vous l'emprunter? Ce qui est beau, c'est que comme toute logomachie, on peut la ressortir en toute circonstance. "X qui se dit évêque", "Y qui se dit procureur général", "W qui se dit professeur de syriaque", "le parti qui se dit socialiste", "la revue qui se dit orthodoxe", etc., etc. Je suis interpellé par ce forum doué de parole. Qui a parlé de sarcasme?

Wladimir a écrit :N’est-il pas temps aussi que les responsables de forums qui s’affichent comme orthodoxes
Décidément, vous tenez beaucoup à la formule. Toujours très révélateur. Vous permettez aussi qu'on vous l'emprunte? "A, qui s'affiche comme médecin", "Y qui s'affiche comme président du parti Z", etc. Qui a parlé d'insulte? A moins qu'il ne faille vous présenter les certificats de baptême? Et au nom de quelle autorité?
Wladimir a écrit :Je n’aime pas particulièrement citer Saint Cyprien dans la traduction de Pierre de Labriolle, mais je n’en ai pas trouvé d’autre sur internet (et est-il vraiment important que le site soit « paliohimérologite » ?).
Et oui, mais pour ma part, j'aime à citer mes sources. Et à rendre hommage au travail que le hiéromoine Cassien (Braun), dont les fidèles n'aiment par ailleurs guère ce forum, fait en faveur de l'Internet orthodoxe.

Wladimir a écrit :Deux points encore, si vous le permettez.
Lecteur Claude a écrit :Je ne vois pas au nom de quelles prétentions totalitaire ou impérialiste nous viendrions imposer aux catholiques romains une interprétation orthodoxe du Filioque.
Ce que vous osez appeler totalitarisme et impérialisme ici est simplement l’unité de l’Eglise !
D'abord, votre phrase ne me paraît pas logique. L'Eglise est unie et vous devez sincèrement vous demander si ce n'est pas plutôt vous qui portez atteinte à l'unité de l'Eglise en voulant absolument lui imposer le Filioque et une Trinité qui ne correspond pas à celle qui a été révélée à l'Eglise. Il est évident que votre volonté d'imposer le Filioque n'aboutira qu'à des troubles et à des divisions au sein de l'Eglise jusqu'à présent unie, unie autour du dépôt reçue de Notre Seigneur Jésus-Christ et qui fait partie de son expérience vivante jusqu'à ce jour. Il est probable que la plupart des fidèles orthodoxes préféreront garder la foi reçue des Apôtres et continuer à vivre l'amour de la Trinité plutôt que d'adopter le Filioque. Il y aura donc rupture de l'unité. Donc, vous plaidez contre vous-même. Et pourtant, nemo tenetur prodere seipsum ! A moins que vous ne fassiez allusion à une autre unité.
Une unité de l'Eglise conçue comme une administration humaine, une unité qui serait un but en soi, une unité de l'Eglise sans Dieu. Je ne vois pas quel sens a l'Eglise en dehors de Dieu, mais vous me l'expliquerez bien à un moment ou l'autre.
Les catholiques romains ont une doctrine très développée sur le Filioque qui est un des éléments caractéristiques de leur religion. Cette doctrine aboutit à une Trinité dont l'Eglise confesse qu'elle n'est pas celle de la Révélation.
Certains apologètes catholiques romains (et plus rarement protestants, car il existe certaines franges du protestantisme qui ont renoncé au Filioque, tandis que d'autres protestants y sont au contraire fort attachés) de notre temps voient même dans le Filioque le fondement de la civilisation de l'Europe occidentale. Vous pourriez au moins prendre en compte leur opinion avant de la balayer d'un revers de main, et vous verriez l'importance que cette question revêt à leurs yeux.
Si l'on a le moindre souci de la liberté de consience et de croyance, il est évident que l'on doit laisser aux catholiques romains leur doctrine du Filioque, tout en leur expliquant, car dire la vérité est le premier amour que nous devons à notre prochain, pourquoi nous pensons que le Filioque est une véritable maladie spirituelle, une maladie de l'âme qui l'éloigne du chemin de la déification.
Libre ensuite à ceux qui le veulent de rejoindre l'Eglise orthodoxe - car nous vivons, je vous le signale, dans des sociétés où il est encore possible de changer de religion, et cette liberté, mes aïeux l'ont obtenue à un très grand prix. Mais libre aussi à ceux qui le veulent de rester catholiques romains en connaissance de cause, et en gardant le très complet et volumineux enseignement développé au fil des siècles par le catholicisme romain sur la doctrine du Filioque.
Et libre aussi à ceux des orthodoxes qui seraient plus séduits par la Trinité filioquiste que par la Trinité révélée de quitter l'Orthodoxie et de se convertir au catholicisme romain, à l'exemple de votre héros Soloviev dont vous nous avez expliqué qu'il a été la cause de votre arrivée sur ce forum. Je préfère mille fois plus qu'un orthodoxe qui doute des enseignements de l'Eglise et qui est séduit par ceux de la Papauté se fasse catholique romain et soit ainsi en accord avec sa conscience plutôt que de rester un orthodoxe malheureux.
Mais vous comprenez aussi qu'il y a quand même une divergence irréductible entre votre point de vue et le mien. Vous intervenez sur ce forum pour glorifier Soloviev qui a quitté l'Orthodoxie pour le catholicisme romain et, d'un autre côté, vous êtes très dur envers saint Photios ou saint Marc d'Ephèse et autres "faucons" qui ont été des colonnes et des luminaires de l'Eglise. Vous devez aussi comprendre que c'est un point de vue auquel je ne peux me rallier, et que je ne pense pas non plus que le but d'un forum "qui se dit orthodoxe", pour reprendre votre qualification élégante, soit de servir à la glorification de Soloviev et du Filioque et au dénigrement des saints de l'Eglise.
Et puis, qu'est-ce que cette idée de vouloir que l'ECAR garde le Filioque - adjonction illégitime au Credo jamais acceptée par l'Eglise orthodoxe - tout en abandonnant son propre enseignement sur ce point? Une Eglise catholique romaine qui, pour n'être plus catholique romaine puisqu'elle renierait son propre dogme, développé jusque dans ses dernières conséquences au fil des siècles par tant de ses théologiens et de ses mystiques, ne deviendrait pas orthodoxe pour autant? Tout cela au nom de l'unité?
Et en effet, le projet d'une Eglise unique, sans doctrine commune, qui n'aurait plus pour but de servir Dieu devenu une préoccupation secondaire puisque cette Eglise n'aurait même pas d'expérience partagée de la divinité trinitaire, ce projet qui me semble simplement la transposition d'une idéologie politique sur le plan religieux, me fait froid dans le dos. Cette unité-là me semble plutôt celle de la caserne que celle des libres enfants de Dieu. Donc, au risque de vous offusquer, j'"ose" et je re-ose, car je suis encore un libre citoyen d'un pays libre, le serviteur inutile d'une Eglise libre dans un Etat libre, l'enfant d'une Eglise qui a pour seul chef le Christ, et n'ai pas d'ordres à recevoir de vous: oui, cette religion de caserne, je la trouve totalitaire et impérialiste.
"ll fut un temps où l'Orient et l'Occident préféraient être séparés dans la vérité qu'unis dans l'erreur." (Bernard Le Caro)

Mais bon, je vais quand même vous dire ce qui me fait de la peine dans tout cela. C'est de voir que quand une personne que nous ne connaissons pas, en qui nous voyons simplement un être humain comme nous, bref notre prochain, débarque et nous pose une question aussi fondamentale que celle de Louis (pourquoi un Dieu qui aime ses créatures tolère-t-il un enfer éternel), ce sont les méchants "faucons", les "s'affichant comme orthodoxes" pour reprendre votre expression raffinée, qui se mettent en quatre pour essayer de lui répondre, tandis que la gentille "colombe" que vous êtes n'apparaît jamais sur ce forum que pour mener une polémique aussi violente que lassante (et d'ailleurs, vous ne nous avez toujours pas donné le moindre argument pour nous expliquer pourquoi vous trouvez le Filioque si intéressant ou pourquoi nous devrions nous soumettre comme des automates à une dictature épiscopale même quand nos évêques ont des formulations malheureuses, ce qui peut leur arriver comme à tout un chacun).

Alors, au risque de vous offusquer encore une fois: il est mille fois plus intéressant pour moi d'essayer d'expliquer à Louis - que je ne connais pas, mais qui se pose la question que toute personne doit se poser à un moment ou à un autre - le pourquoi de l'Enfer que de répondre sans cesse à vos attaques. Et je vous dirai même que si nous avons été un certain nombre de personnes, depuis bientôt trois ans et demi, à prendre sur notre temps de loisir pour faire des traductions, pour effectuer des recherches, pour essayer de répondre à des questions, pour saisir des textes, pour écrire un synaxaire que nous espérons presque complet, c'est pour la grande joie de pouvoir rendre service à des gens que nous ne connaissons pas plus que Louis et qui ont des questions aussi importantes que celle qu'a posée Louis. En revanche, devoir répondre à votre énième offensive contre le forum " se disant orthodoxe", à votre énième attaque contre les personnes des participants à ce forum "s'affichant comme orthodoxes" qui ont l'heur de vous déplaire parce qu'ils s'en tiennent à ce que dit l'Evangile et ce qu'enseigne l'Eglise et à votre énième exposé en faveur du Filioque, je dois vous le dire, ce n'est pas une joie. De mon côté, j'ai toujours recherché la paix qui est le bien le plus précieux, et je n'aurais jamais participé à ce forum s'il n'y avait eu que des attaques incessantes comme les vôtres. Et hélas, il y en a beaucoup. Mais ne vous inquiétez pas, ces attaques viennent aussi du côté des paléohimérologites, matthéistes en particulier.

Mais, Dieu merci, il y a parfois le rayon de lumière d'un inconnu qui vient poser une question, exposer un problème qui parfois peut le faire souffrir (et je sais d'expérience que la question que Louis a posée peut être une source réelle de souffrance), et il y a parfois le rayon de lumière d'aider cet inconnu à cheminer et à se délivrer en lui expliquant tout simplement ce que nous répond la Tradition orthodoxe des hommes qui ont porté Dieu dans leur coeur, et c'est ce rayon de lumière qui aide à supporter toutes les vaines polémiques déclenchées par les idéologies délétères de ce monde qui passe.

Sur ce, j'ai dit tout ce que j'avais à dire, et veuillez m'excuser, mais j'ai beaucoup de travail qui m'attend.

Anne Geneviève
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Message par Anne Geneviève » sam. 24 déc. 2005 18:01

A propos du Filioque. En m’intéressant à Césaire d’Arles et à l’augustinisme, je tombe dans mon bon vieux Dictionnaire des conciles de 1764 sur un concile local fort oublié, celui de Gentilly en 767. je cite la notule en entier :
Il y eut, dans ce Concile, des Légats du pape Paul & des Grecs. Ceux-ci agitèrent avec les Légats la question, si le S.Esprit procède du Fils comme du Père. Ils reprochèrent aux Latins d’avoir ajouté au concile de Constantinople le mot Filioque. Il y fut aussi parlé des Images : mais on ne fait point ce qui y fut décidé.
Oui, oui, c’est bien Gentilly près de Paris. Claude aurait-il des infos plus complètes sur ce concile, ou Jean Louis, ou quelqu'un d'autre ?
"Viens, Lumière sans crépuscule, viens, Esprit Saint qui veut sauver tous..."

Antoine
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Message par Antoine » dim. 25 déc. 2005 3:29

On a discuté de deux points importants au concile de Gentilly de 767: Le culte des icônes et le filioque.
Il semble que les actes de ce concile aient été détruits sous Charlemagne car ils étaient contraires aux doctrines filioquistes et iconoclastes que les Francs voulaient propager.

Voici ce qu’écrit Cyriaque Lampryllos dans son livre «la mystification fatale» publié aux éditions l’Age d’Homme, Lausanne, 1987, (p 25 et 71)


§ VI. — Expansion de cette erreur [le filioque]; concile de For Julien.
Des Espagnes et de la Gaule Narbonnaise la nouveauté se répandit peu à peu dans le Nord des Gaules, où elle rencontra cependant de nombreux contradicteurs. Elle tâcha même de pénétrer en Italie, où elle trouva une opposition décidée. Ce fut alors que ses adhérents dans les Gaules se mirent à discuter pour en prouver l'orthodoxie, soutenir la nécessité de son admission et la convenance de son addition. Quelques-uns ont prétendu que c'était Photius, patriarche de Constantinople, qui, le premier, avait mis cette question en avant pour s'en servir comme d'une récrimination dans ses démêlés avec Nicolas Ie` de Rome. Ceci est faux. Photius annonça son avènement à Nicolas en l'an 867, et déjà un siècle tout juste auparavant, en l'an 767, cette question avait été agitée dans le concile de Gentilly assemblé au sujet du culte des images, et auquel assistaient aussi les légats de l'empereur de Constantinople. (Fleury, 1. 43, ch. 43). Il y a des indices que cette addition y fut réprouvée. Pour ne pas interrompre ma narration, je renvoie à l'appendice A.



APPENDICE A (page 71)
Concile de Gentilly

Une dizaine de chroniqueurs, cités par Zernicavius, disent que dans le concile de Gentilly assemblé par le roi Pepin, en l'an 767, et auquel ont pris part les apocrisiaires de l'empereur Constantin IV, on a examiné deux questions : l'une qui regardait la sainte Trinité, et l'autre le culte des images. Seul Adon archevêque de Vienne dit dans sa chronique : « Et si le Saint-Esprit procède du Fils de même que du Père ». Zernicavius que j'abrège, fait à ce sujet l'observation suivante' : « S'il en était ainsi, pourquoi les légats envoyés en 809 par Charlemagne au pape Léon III, au lieu de faire mention de ce concile, se contentent-ils de dire que cette question, jadis soulevée avec grand bruit, a été examinée avec une extrême diligence, s'est ensuite assoupie et a été dernièrement soulevée. » Pourquoi, ajoute Zernicavius, se taisent-ils sur l'événement important de ce concile ? et il en conclut qu'il y a eu interpolation dans le texte d'Adon, pour montrer que les discussions sur cette question avaient cours en Occident, antérieurement à l'époque de Charlemagne. Quant à moi, je crois que le texte d'Adon est génuine, cet archevêque, qui a fleuri un siècle après le concile de Gentilly, a voulu apprendre à ses contemporains, en quoi consistait cette question de la Procession. La raison que donne Zernicavius pour appuyer son accusation est sans fondement ; et lors même que ces mots auraient été ajoutés postérieurement au texte d'Adon, cette addition n'aurait pas été faite dans le but coupable d'égarer l'opinion, mais au contraire de la guider, dans une question non de doctrine mais de fait.

Lorsque les légats de Charlemagne disaient, que la procession e filio avait été de nouveau soulevée, ils ne devaient assurément pas entendre ces dernières années de leur mission à Rome en 809, mais bien l'époque du concile de Gentilly. Si ces légats ne savaient rien de précis sur ce concile, cela provenait de ce que les actes en étaient dès lors perdus. Plus d'une centaine d'actes de conciles d'une moindre importance célébrés en Occident nous ont été conservés, pourquoi donc ceux-ci ont-ils disparu ? Qui a pu les détruire à si courte échéance, qu'une quarantaine d'années après la célébration de ce concile, on n'en savait rien à la cour de Charlemagne ? Is fecit cui prodest.

Anne Geneviève
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Message par Anne Geneviève » ven. 30 déc. 2005 17:19

Comme je crois l’avoir déjà dit, à ma grande surprise, j’ai trouvé le filioque dans une formule doxologique développée à la fin d’un discours de Victrice de Rouen lors de la réception solennelle de reliques. Je dis discours car ce texte est plus long qu’une homélie mais, destiné à la proclamation orale, ne peut pas non plus s’appeler traité. Il écrit texto : Spiritus ex patre filioque. Comme Victrice est mort en 407, l’apparition du filioque n’est pas toute jeune quand l’affaire éclate vraiment sous Charlemagne. Victrice est contemporain d’Augustin et de Prosper, leur aîné mais leur contemporain, et nous sommes encore ramenés à cette querelle théologique des Gaules et sans doute même de tout l’occident que l’on a tenté tardivement de gommer mais dont il reste des indices. On a cessé de recopier des actes de conciles comme Valence ou Gentilly, falsifié des textes importants comme la Vulgate mais je suis persuadée qu’en grattant dans les textes réputés secondaires du IVe au VIIe siècle, on en trouverait l’écho et on pourrait peut-être reconstituer ce que furent vraiment les soucis théologiques de nos pères qu’on nous présente toujours comme peu intéressés par la théologie dogmatique contrairement aux Grecs. Je subodorais depuis longtemps que c’était un mensonge mais, grâce à nos discussions, je vois de mieux en mieux l’ampleur de ce qui a été mis sous le boisseau. Enfin quoi, Irénée de Lyon était théologien, Hilaire de Poitiers et les évêques des Gaules qui soutinrent Athanase et furent les artisans de la reconnaissance du concile de Nicée étaient théologiens et brusquement, à la génération suivante, il n’y aurait plus dans les Gaules que des curés de campagne mal éduqués incapables d’aligner deux phrases de théologie ? On se moque de qui, là ?
On parle très peu, en général, dans les crises qui ont suivi le concile de Nicée, des hérésies apparues dans la foulée de l’arianisme à propos de l’Esprit Saint. Mais un filioque surgi avant 407 pourrait se rattacher à certaines écoles pneumatomaques subordonnant hiérarchiquement l’Esprit au Père et au Fils, lui donnant le 3e rang dans la Trinité. Les plus connus sont certes Aèce et Eunome, ariens radicaux réfutés par saint Basile le Grand dans son Traité sur le Saint Esprit. Mais il existe un second groupe, celui des Tropiques égyptiens qui argumentaient à partir de « l’absence d’une mention explicite de la divinité de l’Esprit dans la Bible », selon l’expression de Panagiotis Christou*. Or on sait les liens étroits entre les Gaules et Alexandrie. Le troisième connu, vers 359-60, en plein dans les dates qui nous intéressent avec Victrice, est celui des disciples de l’évêque Macédonius de Constantinople, qui refusaient la divinité de l’Esprit Saint tout en reconnaissant celle du Fils.
On (les historiens kto et ceux de leurs confrères qu’ils ont influencé) nous a dit que le filioque fut une formule développée contre l’arianisme ou contre les pneumatomaques pour affirmer la divinité de l’Esprit Saint. Mouais. Formule très malheureuse en ce cas, puis qu’elle induit une forme de subordinationnisme tout à fait pneumatomaque ! A ma honte, quand je l’ai découvert chez Victrice, je me suis laissée convaincre un temps de ce qu’il l’avait écrit contre l’arianisme sans voir les conséquences, au lieu de suivre ma première réaction qui était : « Mon Dieu, mais ça remonte aussi loin, cette affaire ? Mais il faut creuser ça, c’est trop grave ! »
On nous dit aussi que les Goths et les Burgondes étaient ariens ou, plus exactement, eusébiens parce que, par hasard et par malheur, leur apôtre Witiza était eusébien. Et des barbares, n’est-ce pas, ça gobe ce qu’on leur raconte sans comprendre les nuances. Alors comment explique-t-on la présence auprès du roi burgonde arien Gondebaud d’une princesse, sa nièce Clotilde, parfaitement orthodoxe ?


*Panagiotis Christou, L’enseignement de saint Basile sur le Saint Esprit, 1975. Texte traduit sur le site de Myriobiblos :
www.myriobiblos.gr/texts/french/
"Viens, Lumière sans crépuscule, viens, Esprit Saint qui veut sauver tous..."

Anne Geneviève
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Message par Anne Geneviève » sam. 08 avr. 2006 17:54

je fais remonter ce fil, pas pour la polémique autour de Kallistos Ware mais pour la question de fond sur le filioque, à la suite de ma découverte d'un texte sur le web

Wulfila, évangélisateur des Goths, sa foi selon son disciple Auxence. Ce texte, selon Jim Marchand de l’université de Pennsylvanie qui le publie sur le web (http://ccat.sas.upenn.edu/jod/texts/auxentius.htm) , aurait été composé par Auxence lors de sa controverse avec Ambroise, aux alentours de l’an 400.
Un seul vrai Dieu, le père du Christ, selon l’enseignement donné par le Christ lui-même […] : seul vrai Dieu, seul inengendré, sans commencement, sans fin, sempiternel, élevé, sublime, supérieur, auteur du plus haut, plus élevé que toute excellence, meilleur que toute bonté, sans borne, sans capacité, invisible, immense, immortel, incorruptible, incommunicable, de substance incorporelle, non composé, simple, sans changement, sans division, sans mouvement, sans manque, inaccessible, insécable, sans règne, incréé, non fait, parfait et issant de sa singularité, incomparablement meilleur et plus grand que tout ; qui, comme il était seul, sans division ni diminution de sa divinité, mais afin de montrer sa bonté et sa puissance par sa seule volonté et son seul pouvoir, plus impassible qu’impassible, plus incorruptible qu’incorruptible et plus immobile qu’immobile, créa et engendra, fit et fonda Dieu monogène.
Outre qu’on ne fait pas plus arien, cette vision de Dieu me fait penser irrésistiblement au sphaïros de Parménide. Et surtout à ce que Pascal appelait le Dieu « des philosophes et des savants ». Sauf qu’il ne le décrit pas sphérique et qu’il semble plutôt illimité à la manière de l’atman du Vedanta.
Mais il est intéressant de voir que l’arianisme soi-disant modéré se révèle dans ce texte être l’arianisme tout court et que ce dernier, qui implique une forme de subordinationisme, puisque « ce Dieu second et auteur de tout » – il s’agit donc d’un démiurge – est « du père et après le père et pour le père et vers la gloire du père », s’appuie sur la vision de Parménide. D’un tel Dieu abstrait, il ne peut évidemment émaner que des créatures dans une échelle de moindre perfection.
Mais si Auxence, d’après Wulfila, considère le Christ comme un Dieu second auquel s’applique le nom de seigneur ou de maître (dominus), il n’en va pas de même de l’Esprit Saint, « fait du père par le fils ; ni premier ni second mais du premier par le second institué au troisième rang ; ni inengendré ni monogène mais de l’inengendré par le monogène créé au troisième rang » ; que « l’on ne peut nommer ni Dieu ni seigneur » mais « de Dieu par le seigneur » : « ni auteur ni créateur mais illuminateur et sanctificateur […] ministre du Christ et dispensateur de la grâce… » Auxence justifie la création de l’Esprit Saint « du père par le fils » par deux citations, une de l’Evangile de Jean et l’autre de l’apôtre Paul : « un Dieu père de qui tout provient et un seigneur Jésus Christ par qui tout a été fait ».
Ainsi, loin d’être une formule anti-arienne, le filioque apparaît à travers ce texte d’Auxence comme un surgeon évident de la souche arienne.
Tout aussi intéressant est l’éloge qu’Auxence fait de Wulfila qu’il compare au roi David, ainsi qu’à Joseph en Egypte. Sans parler du temps de l’empereur Constance, où Wulfila, nouveau Moïse qui délivre son peuple de Pharaon amène ses Goths dans l’empire. Plus une allusion à Elisée. Tout est puisé dans l’AT. Il semble y avoir une judaïsation au moins comme modèle.
Notons l’appui constant sur la Sainte Ecriture. On n’est pas loin non plus de la sola scriptura revendiquée par la réforme.
"Viens, Lumière sans crépuscule, viens, Esprit Saint qui veut sauver tous..."

Anne Geneviève
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Message par Anne Geneviève » lun. 10 avr. 2006 17:53

Pour ceux qui lisent l’anglais, j’aimerais signaler un remarquable article de Thomas Ross Valentine sur le filioque. http://www.geocities.com/trvalentine/or ... ioque.html
Valentine est orthodoxe, il a même son adresse mail sur orthodox.com. De quelle juridiction ? Je n’en sais rien et je m’en balance.
Article remarquable, disais-je. Presque un essai. Trop long pour que je le traduise. Je me contenterai d’en résumer l’essentiel. Après un rappel historique et l’analyse de la phrase clé en grec, Jean 15, 26, son second chapitre décortique l’apparition du filioque chez Augustin.
Pour lui, Augustin est d’abord un néoplatonicien ; de nombreux passages de son œuvre montrent qu’il a lu les Ennéades de Plotin dans la traduction latine de Marius Victorinus. Rappelons que la philosophie de Plotin, très proche des Upanishad (peut-être encore plus que de Platon), tend à ramener toutes choses à un unique principe qu’il nomme l’Un, source de tout. Ce qui caractérise l’Un, c’est qu’il est simple – indivisible, sans distinction de parties. De lui émanent les êtres, le premier étant la Pensée, de laquelle émane à son tour l’Ame du monde, etc.
Valentine fait remarquer que l’arianisme est plotinien : « Il identifie le Père avec l’Un, le Fils/Logos avec la Pensée et l’Esprit Saint avec l’Ame du Monde. » Augustin, tout aussi plotinien, s’acharne à démontrer que Père, Fils et Saint Esprit, s’équivalent tous en l’Un. « Augustin montre le Père, le Fils et le Saint Esprit comme existant en une Unité d’être, de volonté, d’activité, de pensée, etc., nommée Divinité, qui est virtuellement une quatrième personne. Il va si loin qu’il se réfère à ‘la personne de la Sainte Trinité’ [De la Trinité 2.10.8] ! » tout en gardant le principe de simplicité, lequel « amène Augustin à subordonner les personnes aux attributs et les attributs à l’essence ». La confusion est même explicite entre attributs et personnes, et Valentine en donne plusieurs exemples par des citations.
Le filioque lui même vient de cette difficulté introduite par la rigoureuse simplicité divine. Valentine qualifie de « brillant » le raisonnement d’Augustin ; ce n’est pas le terme que j’aurais employé, j’ai plutôt le sentiment d’une usine à gaz ! Mais citons ce brillant exposé : « Il faut admettre que le Père et le Fils sont l’Origine de l’Esprit saint, non deux Origines ; mais comme le Père et le Fils sont un Dieu et un Créateur, et un Seigneur relativement à la créature, ainsi ils sont une Origine relativement à l’Esprit Saint. Mais le Père, le Fils et le Saint Esprit sont une Origine au regard de la créature, comme aussi un Créateur et un Dieu.[De la Trinité 5.14.15] »
Valentine pose la question évidente : pourquoi s’arrêter à trois dans cette série néoplatonicienne ? Réponse : parce que la révélation divine s’arrête à trois. Mais Augustin s’en tire par un nouveau « brillant » raisonnement, faire de l’Esprit Saint la source de l’unité entre le Père et le Fils parce qu’il serait l’amour entre Père et Fils. Toujours la confusion entre personnes et attributs, remarque Valentine.
Incise de ma part : il ne manque que le mot « spire (d’amour) » pour avoir la théologie trinitaire des Chartreux.
Valentine remarque que si l’amour entre Père et Fils établit une nouvelle personne, il n’y a pas de raison d’arrêter la série qui pourrait se continuer à l’infini. Augustin rejette comme absurde mais sans le justifier.
Cet appui plotinien sur la « divine simplicité » tend à gommer dans la théologie occidentale (catholique romaine et protestante) la distinction des trois personnes et à ramener une forme de sabellianisme.
A suivre.
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