Traduction des offices en Français

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Catherine
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Traduction des offices en Français

Message par Catherine »

(De la rubrique "soi-disant antisémitisme chez lesPères" Je reprends les messages qui nous entraînent sur un nouveau thème de discussion :les traductions des offices en Français. Antoine)

_____________________________________________________________


Antoine écrit:
Inquiétant tout de même la position de l'assemblée des évêques orthodoxes en France qui avalise la nouvelle traduction du tropaire dominical ton 1:
La pierre ayant été scellée . [par les juifs;]
le [par les juifs] a été volontairement enlevé du texte français ce qui a pour conséquence que nous n'avons plus l'unité liturgique de ce tropaire avec les originaux grecs et slavons.
Il en est de même pour les textes de la semaine sainte.
C'est une atteinte à l'historicité des faits et du personnage même du Christ.
Oui et un autre exemple :
Comme notre chapelle est dédiée à st Étienne protomartyr, nous chantons à chaque liturgie son tropaire avec les paroles d'origine :
"…tu réfutas la folie des juifs …"
Or, si vous regardez dans le Ménée son tropaire au 27 décembre, vous trouvez :
…tu confondis l'assemblée des impies…"
C'est ainsi que petit à petit, tout peut être changé en douceur…
K.

Claude le Liseur
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Message par Claude le Liseur »

Merci, Antoine, pour l'information à propos de la traduction-trahison du tropaire.

A défaut de pouvoir faire un Vatican II à l'échelle de l'Orthodoxie - trop décentralisée, trop enracinée dans la vie de certains peuples -, on essaie donc de le faire dans l'Orthodoxie française, complètement marginale à tous points de vue (effectifs squelettiques, présence d'une camarilla moderniste particulièrement active, existence de juridictions totalement coupées de leur Eglise-mère sans que n'existe plus aucune justification valable pour cette séparation). Bien sûr, comme les évêques et les fidèles des Eglises-mères en Europe centrale et orientale ne lisent pas le français, personne ne se rendra compte du tour de passe-passe.

On voit ainsi quels contours prendra la future Eglise locale dont certains cercles naguère connus pour leur francophobie se font maintenant les promoteurs.

Mais est-on bien sûr que tous les membres de cette assemblée des évêques qui ratifie les traductions comprennent eux-mêmes le français?

eliazar
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Anti Sémitisme

Message par eliazar »

Cher Claude,

Ceux qui ont accepté et rendu obligatoire dans les paroisses placées sous leur omophore l'inconcevable "Notre Père oecuménique" en langue française ont déjà répondu par avance à votre question sur les évêques (connaissent-ils ou non le français ?) !

Pour ne rien dire des prêtres, lecteurs et fidèles qui entendent le vrai "Pater Himôn" dans leur langue, et ensuite sa fausse traduction en français, sans sourciller devant la différence qui éclate alors - et sans protester pour la tromperie doctrinale.

Cela se serait passé pendant les travaux pour obtenir une traduction "oecuménique" de la Bible (?) La traduction du Pater serait l'œuvre de trois petits abbés kto, qui avaient pris sur eux (sans aucune contre-proposition de la partie orthodoxe de cette session) de faire une traduction "acceptable pour toutes les confessions". Ils ont ensuite rendu leur copie, et elle aurait été entérinée à l'unanimité par la commission.

Je ne sais si c'est bien comme cela que cela c'est passé, mais je n'ens erais pas autrement étonné. La paresse pathologique du clergé orthodoxe en France (à part quelques rarissimes exceptions, pour la plupart oeucuménisantes!) a quelque chose de tragique. S'il ne s'était pas levé des gens comme Palierne, Larchet, Ponsoye, Touraille, etc. nous ne connaîtrions encore de l'Orthodoxie et des Pères que ce que le Vatican a bien voulu filtrer.

Et la traduction du tropaire incriminée par Catherine est symptômatique : elle est vraisemblablement du P. Denis (Guillaume) que tous les orthodoxes "officiels" de France ont laissé travailler entièrement seul pendant toute sa vie - se contentant de grogner à mi-vpoix que ses traductions sont vraiment trop fantaisistes.

En gros, on peut dire que seuls les VCO se sont donné la peine de refaire les traductions de la Liturgie.

PS – Je veux dire : sans modifier le texte initial par leur traduction.
Naturellement, je le répète, il y a quelques rares exceptions, celle du P. Boris (Bobrinskoï) par exemple…

Antoine
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Message par Antoine »

Eliazar,
Pour le notre Père ils ont bougé. Voici la nouvelle traduction.
Elle a été officialisée dans la nouvelle traduction de la liturgie de St Basile parue en mars 2003.
Notre Père qui es aux cieux, que ton Nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel; donne-nous aujourd’hui notre pain essentiel ; remets-nous nos dettes, comme nous aussi les remettons à nos débiteurs ; et ne nous laisse pas entrer dans l’épreuve, mais délivre-nous du Malin.
Cette traduction a été faite par la commission de traduction de la Fraternité orthodoxe et reprise par par la commission liturgique de l'assemblée des évêques orthodoxes en france, puis ratifiée et bénie par la dite assemblée. (il y a bien sûr la participation active de votre cher P. Boris (Bobrinskoï) si cela peut vous rassurer.)

Voilà comment ça fonctionne. Et il y a plein d'offices qui ont déjà été revus. Si ça vous intéresse je vous transfère tout ce qui a dejà été fait.

eliazar
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Traduction en français

Message par eliazar »

Merci, Antoine l'inépuisable!

Mais inutile de m'envoyer l'état actuel des révisions, car je ne m'implique plus du tout dans ma paroisse serbe "Contaminée"... (ceci explique s'il en était vraiment besoin ma réponse laconique de ce jour, concernant les matthéistes).

Par contre, quand ils se décideront à en faire un volume complet, je tâcherai de l'acheter pour m'y reporter en cas de besoin : réflexe d'ancien libraire et goût de la doc !

Catherine
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Notre Père

Message par Catherine »

Méfiez-vous des "matthéistes", Éliazar ! Ils disent un "Notre Père" qui n'est pas celui d'Antoine :
Notre Père qui es aux cieux, que ton Nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta Volonté soit faite sur la terre comme au ciel; donne-nous aujourd’hui notre pain substantiel, et remets-nous nos dettes, comme nous remettons à nos débiteurs; et ne soumets pas à la tentation, mais délivre-nous du Malin.
Et puis, ils n'ont qu'un prêtre. [/b]
K.

Antoine
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Message par Antoine »

Je trouve qu'essentiel est plus proche de "epiousion" que substantiel.
Substantiel a des relents de scolastique et de "transsubstantiation". Mais essentiel contient le risque d'être compris comme signifiant "très important " ou qqch de ce genre là. Suressentiel n'a pas été retenu. Et le super substantiel de St jérôme non plus.

Pour les dettes aucune différence.

"Ne soumets pas à la tentation" est très mauvais . Dieu ne tente personne dit l'épître de st Jacques.

Il serait bon que les matthéistes changent leur traduction.
Mais vous avez raison, il faudra peut-être effectivement attendre qu'ils aient un deuxième prêtre...

Catherine
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méchancetés

Message par Catherine »

J'en étais sûre, Antoine, et d'ailleurs, je l'ai cité justement pour vous retenir dans votre pétaudière patriarcale, car je sais que vous préférez y rester; c'est trop ennuyeux chez nous, il n'y a pas d'hérésie…
Enfin, nous sommes des descendants de saint Maxime le Confesseur, qui a dit :
"Nous ne proférons pas seulement des mots sans signification, mais avec des mots nous signifions un sens. Pour cela j'ai trouvé souvent que les sts. pères font des concessions sur des mots, mais jamais sur le sens. Car le mystère de notre salut ne consiste pas en syllabes, mais dans les choses visées et les réalités. Les pères ont fait la première chose parce qu'ils méditaient la paix ; la deuxième pour fortifier les âmes par la vérité".

On ne peut pas traduire "epiousion" de façon satisfaisante, car le français a dégénéré depuis le schisme. Il pourrait se regénérer grâce à l'orthodoxie, bien sûr, mais peut-être que la fin du monde arrivera avant que la France redevienne orthodoxe.
Substantiel a des relents de scolastique et de "transsubstantiation".
Bien sûr, vous voyez partout du "papiste". Il faut oublier son passé quand on est orthodoxe.
Et le super substantiel de St jérôme non plus.
C'est saint Jérôme qui a dit "quotidien", à mon avis, enfin : "quotidianum", puisqu'il causait même moins le French que les matthéistes.
Pour les dettes aucune différence.
Sauf que le français laisse à désirer.
"Ne nous soumets pas à la tentation" est très mauvais . Dieu ne tente personne dit l'épître de st Jacques.
C'est vous qui êtes mauvais. Cela ne veut pas dire que Dieu tente. Et le mot grec dit pire (mi isenenkis imas), comme le latin d'ailleurs : "ne nos inducas" (ne nous induis pas).
Il serait bon que les matthéistes changent leur traduction.
Mais vous avez raison, il faudra peut-être effectivement attendre qu'ils aient un deuxième prêtre...
On peut toujours en faire ordonner un autre. Mais ce ne sera toujours pas un Français.
K.

Antoine
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Message par Antoine »

Bon allez Katherine, je ne réponds pas à vos provocations, juste quelques remarques sur le Notre Père :

1) C’est bien Jérôme qui a traduit par supersubstantialem.

2) Substantiel n’a rien à voir avec le papisme. Il faut simplement distinguer entre Substance, essence, nature Hypostase.
Epiousion n’apparaît qu’une seule fois dans l’Evangile et c’est justement dans le notre Père. Alors on a "super substantiel" ou "super essentiel". Le préfixe "super" n’est pas génial. On peut finir par se tromper d’essence.
"Ousia" a aussi plusieurs sens, dont le sens d'essence. Mais comme "substance" a été récupéré en français par la scolastisque puis par la philosophie cartésienne (rappelez vous le morceau de cire de votre terminale) je préfère l’adjectif qui se rapporte à Essence. Le slavon a trouvé "na souch nyi": " qui donne à être", donc "essence" dont l’adjectif est "essentiel". Mais le risque est que l’on comprenne "important, primordial".
on a essayé aussi suressentiel. Il faut trancher . "essentiel" me semble un choix meilleur que "substantiel". Je n’aime pas employer "substance" pour "substance divine" car c’est l’adjectif "divine" qui départage alors que dans "essence divine" l’essence et le divin sont identiques, sont une seule et même chose.


3) Pour les dettes :
Comme nous remettons à nos débiteurs. Pourquoi enlever le "les" de «comme nous les remettons à » "Remettre" est un verbe transitif. Veut-on par là exprimer une attitude générale, et tenter d’universaliser le verbe en le rendant intransitif? Lui supprimer son objet pour polariser l’attention sur l’acte en soi? On fait en tout cas volontairement ou non une faute de grammaire.
«Comme nous aussi les remettons à nos débiteurs» On devrait avoir « comme nous aussi nous les remettons à» mais le redoublement du nous n’est pas indispensable. Par exemple on conjugue : lui aussi viendra, ou vous aussi êtes de la fête, eux aussi seront invités,. Avec nous la tournure est un peu archaïque mais grammaticalement correcte.

4) «Ne nous soumets pas à la tentation»

C’est là que la divergence est importante .
-Si on veut dire que celui qui soumet et celui qui tente ne sont pas les mêmes personnes, on devra conclure que dans la proposition : «l’inquisition soumet à la question» l’inquisition n’est pas responsable des tortures. C’est bien et ça s’appelle du révisionisme.

-Si on veut dire que dans le combat livré à la tentation Dieu ne nous laisse pas tomber dans la soumission du vaincu alors il faut franchement énoncer « ne laisse pas la tentation nous soumettre »
Et je persiste à dire que «ne nous soumets pas à la tentation» est contraire à l’Epître de Jacques.

A priori j’aurais préféré qu’ils traduisent «ne nous laisse pas entrer dans la tentation» plutôt que dans «l’épreuve». Un commentaire devrait justifier ce choix. Il sortira bientôt m'a-t-on dit. En attendant c’est mieux que «ne nous soumets pas à l’épreuve» ou pire «à la tentation» Mais Katherine va nous commenter ce choix dans sa réponse. A ce propos connaissez-vous l’analyse qu’en a faite Carmignac ?

5) Quant au deuxième prêtre matthéiste peu importe qu’il ne soit pas Français du moment qu’il parle notre langue, crée une deuxième paroisse, et révise cette traduction du "Notre Père".

Catherine
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pas si simple que cela

Message par Catherine »

Je suis partiellement d'accord avec vous et je ne relève pas non plus vos provocations ou plutôt votre défi.
Je n'ai pas non plus envie de discuter avec qui que ce soit sur la question : j'ai quelques idées moi-même, mais, ne me sentant pas à la hauteur, je ne veux même pas les faire connaître.
Autrement, sachez que chez les matthéistes en France, on vit dans la dynamique du provisoire pour ce genre de problème.
On sait que ce n'est pas parfait, comme d'ailleurs les paroles françaises des prières de tous les offices seraient à revoir, sans parler des chants liturgiques, pour lesquels on attend, par exemple, l'apparition d'un saint qui soit à la fois musicien, français et connaissant bien le grec.
On attend, oui… cher Antoine, sachant que sans cela, ce ne sera jamais parfait.
Dernière modification par Catherine le dim. 17 août 2003 10:17, modifié 1 fois.
K.

Antoine
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Message par Antoine »

Autrement, sachez que chez les matthéistes en France, on vit dans la dynamique du provisoire pour ce genre de problème.
Ce n'est pas un problème spécifique aux matthéistes mais à l'évolution de la langue. Une traduction est toujours provisoire ou alors il faut fixer la langue, en faire une langue liturgique (comme le slavon ) et garder ainsi dans l'ignorance les fidèles qui ne comprennent plus rien.

Les matthéistes sont en si petit nombre qu'ils n'offrent pas de publications théologiques et que la mise en français des textes est loin d'être leur prorité. S'ils sont ignorés c'est aussi à cause de cela.
Quand j'attendais votre commentaire ce n'était pas un défi. Mais si vous pensez que votre silence sert votre cause libre à vous...

Catherine
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À Antoine

Message par Catherine »

Certes, la priorité des matthéistes est de travailler au salut de leur âme et d'aider les autres à le trouver.

Qu'ils n'offrent pas de publications théologiques est faux, mais ils préfèrent éditer des valeurs sûres et surtout de la théologie pratique, dont les fidèles ont besoin en premier lieu, que de publier des élucubrations intellectuelles non inspirées, qui ne servent pas directement le but de la vie chrétienne.

"La connaissance enfle" — dit l'Apôtre et notre but primordial est de "nous humilier sous la Main puissante du Seigneur", puisque "Dieu résiste aux orgueilleux et Il fait grâce aux humbles" (je pense que toutes ces citations sont du même Apôtre).
Il y a déjà pratiquement tout ce qui est utile au salut de l'âme dans l'immense littérature ascétique parue ailleurs.

Ce qui se publie chez nous sert aussi cette fin-là, la seule prioritaire pour un orthodoxe.

Pour la mise en français des textes, je crois avoir bien expliqué le problème (???).

Mais cela soulève un sujet, que j'ai envie de traiter depuis longtemps, sans savoir ni par où commencer, ni comment l'exposer sans blesser les consciences fragiles des néo-calendaristes. Merci de m'en avoir donné l'occasion, le "prétexte". Je tâcherai de ne blesser personne.

Vous dites bien souvent que nous avons la même foi, les mêmes dogmes, que le calendrier ne devrait pas nous séparer etc.… et je sais que vous avez raison, mais aussi que la position des matthéistes est pourtant parfaitement correcte et vraie.

Notre Église est régie par un tout autre esprit que celui (ou ceux) qui règne(nt) dans vos patriarcats.
Si nous sommes à l'opposé exact de ce que déplore abba Pambo dans sa prophétie (et que j'ai mis en gras pour cette raison), vous, dans vos patriarcats, en êtes assez proches, me semble-t-il.
Vous (pas vous personnellement, Antoine, mais vous autres nouveau-calendaristes dans l'ensemble) vous occupez davantage de l'exactitude astronomique, linguistique, littérale, scientifique, artistique et que sais-je… ou plutôt vous vous en préoccupez un peu trop à notre gré, tandis que (ou parce que ?) le sens et l'esprit véritables de la sainte Tradition ne vous sont pas toujours clairs.
Et j'ai cité plusieurs fois saint Maxime au sujet des mots et de leur sens, mais je ne sais pas si je me suis fait comprendre.
Un bon exemple de ce que je veux dire serait peut-être celui de notre litige autour du terme "péché originel".
Nous usons bien de ce terme (d'ailleurs vous n'avez pas lu, je crois, ma dernière information à ce sujet, — mon post du 4 août dans la rubrique "Sacerdoce des femmes" — que pourtant vous m'aviez demandée expressément) sans que personne pense le moins du monde à des erreurs kto que vous aviez évoquées.
Chez nous, tout le monde a une notion ORTHODOXE du sens de ce terme et l'unité spirituelle de nos fidèles est tellement forte grâce à l'Esprit saint que des mots comme "substantiel" dans Notre Père, ou d'autres termes imprécis ou impropres dans les textes liturgiques ne choquent ni ne trompent personne.
La Grâce révèle le vrai sens des Écritures, et souvent même le texte à quelqu'un qui ne les a jamais lues.
Cela ne veut pas dire qu'une certaine exactitude ne soit pas préférable et nous y tendons aussi, mais sans impatience et sans prétention perfectionniste.
Nous avons corrigé déjà — avec plus ou moins de bonheur — un grand nombre de termes impropres qui risquaient de défigurer carrément la Vérité et induire les fidèles en erreurs dogmatiques.
Mais la Promesse du Christ : "L'Esprit saint vous enseignera toutes choses" est une réalité puissante et sensible dans notre Église.
Aucun de nous n'est infaillible, mais tendant à l'humilité, étant attentif aux souffles de l'Esprit et demandant conseil, en toute obéissance, à un père spirituel sûr, fiable et expérimenté, on finit par trouver que l'on peut progresser dans la compréhension théologique utilement, sans trop s'attarder à chercher des termes parfaitement propres et exacts à chaque notion, ce qui nous ferait détourner du vrai travail du chrétien, qui sont la prière et la purification de nos péchés en vue du salut.

Je ne trouve donc absolument pas utile pour notre cause que je fasse un commentaire qui ne soit pas inspiré et où je risque de dire un tas de grosses bêtises.

Certes, nos publications ne paraissent pas aux "Sources chrétiennes" ou dans d'autres éditions prestigieuses (nous n'en avons pas les moyens), mais tout le monde peut trouver, sur le site des matthéistes : http://perso.club-internet.fr/orthodoxie/, notre bulletin "Orthodoxie", des trésors patristiques et autres que nous avons publiés virtuellement et aussi sous forme de livres, confectionnés, selon nos moyens limités, de manière artisanale (la couture et la reliure sont entièrement faites par nos soins) : ils sont vraiment utiles à l'âme chrétienne, même si certains les dédaignent à cause de leur apparence extérieure, qui laisse à désirer.

Mais le Christ, le Roi de l'Univers, n'est-Il pas né dans une pauvre grotte ?
Il y en a eu pourtant qui Lui avaient rendu hommage comme au Dieu tout-puissant.

Vous dites à propos du provisoire:
Ce n'est pas un problème spécifique aux matthéistes mais à l'évolution de la langue. Une traduction est toujours provisoire ou alors il faut fixer la langue, en faire une langue liturgique (comme le slavon ) et garder ainsi dans l'ignorance les fidèles qui ne comprennent plus rien.
C'est une question semblable, mais je n'y ai pas trouvé de réponse.
Je sais seulement que les matthéistes grecs ne sont pas en faveur de traduire systématiquement en grec moderne tout ce qui a été écrit dans le grec du NT.
Mais, dans certaines paroisses matthéistes de Grèce, on apprend le grec liturgique aux enfants, car en effet, les fidèles commencent à ne plus le comprendre.
Je pense que c'est une bonne solution. Si l'on veut, on peut.
Pour le français, c'est une toute autre question, comme je l'ai expliqué, je crois.
À ce propos connaissez-vous l’analyse qu’en a faite Carmignac ?
Non, et je ne sais même pas qui c'est, mais je l'attends de pied ferme.
Excusez-moi, j'ai déjà trop bavardé.
K.

Catherine
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"Ne nous soumets pas à la tentation" ?

Message par Catherine »

J'attends toujours la réponse d'Antoine à mon post précédent, qui déborde largement — il est vrai — les problèmes techniques de traduction, mais une pensée m'est venue — sans réflexion préalable — cette nuit, dans un état de demi-sommeil, au sujet de notre litige concernant la traduction de Notre Père.
J'ignore si elle est juste — étant dans une mauvaise passe spirituelle, je n'arrive pas à en juger — mais j'espère qu'elle ne contient pas de grosses bêtises.
Je vais essayer de la formuler par écrit, de façon simple et succincte, ce qui ne me sera pas facile…
Pour une fois que je me résigne à travailler, "Niçoise dans l'âme" que je suis… cela mérite un peu de votre patience, s.v.p.
Merci.
K.

Catherine
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Pour une traduction orthodoxe… (?) de “Notre Père”

Message par Catherine »

Voici un petit essai d'explication de ce que j'en pense :

Il est incontestable que le sens littéral du grec “Mi isenenkis imas is pirasmon” (je prie les hellénistes de ne pas sauter au plafond : j’écris phonétiquement comme cela se prononce par les Grecs d’aujourd’hui !), de même que celui du latin “Ne nos inducas in tentationem” n’est rien d’autre que
“Ne nous induis pas en tentation”, et il serait parfaitement oiseux d’en chercher un autre sens.
Mais : une telle traduction littérale laisserait supposer en effet que c’est directement Dieu qui nous pousse (fait entrer) dans la tentation, voire que c’est Lui-même qui nous tente, ce qui serait une absurdité.
Antoine aurait bien raison de citer l’apôtre saint Jacques :
Que personne, lorsqu'il est tenté, ne dise : C'est Dieu qui me tente. Car Dieu ne peut être tenté par le mal, et il ne tente Lui-même personne. Chacun est tenté quand il est attiré et amorcé par sa propre convoitise. (Jaq 1,13)
Alors comment faire face à un tel dilemme ?
Traduire littéralement, quitte à contredire les paroles apostoliques, ou trouver une expression qui ne suive pas le sens littéral, mais qui soit à la fois juste et acceptable à notre entendement ?

Dans les saintes Écritures, nous trouvons, bien des fois, des expressions semblables, qui paraissent prêter à Dieu, pour ainsi dire, de “mauvaises intentions” à notre égard.

Exemples :

Moïse, parlant au peuple juif sans intelligence :
Mais, jusqu'à ce jour, Dieu ne vous a pas donné un cœur pour comprendre, des yeux pour voir, des oreilles pour entendre. (De 29,4)
,

Job qui, dans l’épreuve, réprimande sa femme :
Quoi ! nous recevons de Dieu le bien, et nous ne recevrions pas aussi le mal! (Jb 2,10)
,

saint Jean le Théologien citant le prophète Isaïe :
Aussi ne pouvaient-ils croire, parce qu'Isaïe a dit encore : Il a aveuglé leurs yeux; et il a endurci leur coeur, de peur qu'ils ne voient des yeux, qu'ils ne comprennent du coeur, qu'ils ne se convertissent, et que je ne les guérisse. (Jn 12,39-40)
,

En cherchant un peu, j’en trouverais beaucoup d’autres exemples, mais pour le moment, j’ai cité seulement ce qui m’est venu à l’esprit sans chercher.
On peut supposer que dans l’Orient antique, il existait une telle façon de parler, mais qu’il ne fallait pas la prendre à la lettre (cette explication devrait être chère à ceux qui aiment s’exprimer au deuxième degré… voire… ???).
Cette idée serait corroborée aussi par l’exemple d’un auteur comme saint Ephrem le Syrien (IV s.), qui, dans sa prière si connue et si chérie par les orthodoxes, dit par exemple (et c’est la traduction littérale, du moins de la version grecque !) :
Seigneur et Maître de ma vie, ne me donne pas l’esprit d’oisiveté …”
Comment penser que Dieu veuille donner l’esprit d’oisiveté aux chrétiens, Lui qui, depuis la chute de nos premiers-parents, nous a commandé de travailler;
lorsque nous savons que :
Voici, Il ne sommeille ni ne dort, Celui qui garde Israël. (Ps 121,4),
que Jésus Christ affirme :
Mon Père agit jusqu'à présent; Moi aussi, J'agis. (Jn 5,17),
que saint Paul nous enjoint de la part du Seigneur, en s’adressant aux Thessaloniciens :
Si quelqu'un ne veut pas travailler, qu'il ne mange pas non plus.( 2Th 3,10)
,

et que les pères attestent, au sujet de la part de Dieu dans la lutte ascétique :
C’est Dieu qui travaille… (et l’homme qui transpire)
Il s’agirait donc ici du même genre d’expression que dans les Écritures. Dieu paraît être conçu comme auteur du mal, alors que son rôle est de le laisser agir — quels qu’en soient les auteurs : hommes ou anges déchus — dans notre monde régi par le prince des ténèbres et ce dans des limites dont Il est seul Juge.

Le mal, sous forme de tentantions et d’épreuves, nous arrive donc par la Permission de Dieu, comme l’affirment les pères, et non par sa Volonté expresse.

Alors, soit on traduit littéralement ou de façon équivalente à la traduction littérale et on assortit la traduction d’une catéchèse, soit on trouve une expression qui couvre la réalité spirituelle.

La traduction “Ne nous soumets pas à la tentation” opte, à mon sens pour la première solution, et les matthéistes l’assortissent en effet d’une catéchèse.
Une des premières chose que nous apprenons concernant Dieu, c’est qu’Il n’est pas l’Auteur du mal, mais qu’Il permet que nous soyons tentés et éprouvés, en vue de notre purification et de notre affermissement dans la foi. En effet, nous “laisser entrer”, ou en d’autres mots : “nous soumettre” à la tentation, c’est “nous éprouver” (peut-être un peu trop fort à notre gré ?) pour qu’Il voie, pour que nos actes Lui démontrent, (car Il connaît nos intentions, mais elles ne suffisent pas comme preuves), si nous L’aimons, comme Il nous le commande, de tout notre cœur, de toute notre âme, de toute notre pensée, et de toute notre force. (cf. Mc 12,30)
J’espère que j’ai dit à peu près tout l’essentiel de la pensée qui m’est venue cette nuit et que c’était compréhensible. Je crois que, pris en ce sens spirituel, presque toutes les traductions se valent.
Si maintenant, après ce petit travail digne de mes années de collégienne, vous me dites que quelqu’un d’autre a déjà dit la même chose, ne tenez aucun compte de ce message, tant pis. Heureusement il ne m’a pas coûté trop de peine, sauf pour l'éditer.
K.

Jean-Louis Palierne
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Message par Jean-Louis Palierne »

Tout à fait d’accord avec Antoine sur sa critique de la traduction de “peirasmon” par “tentation”. Il me parait bien que la traduction par “épreuve” est celle qui s’impose.

Mais pour “epiousion” il me semble indispensable de parler de "substance". En effet nous sommes certainement tous d’accord pour traduire le mot “homo-ousion” qui se trouve dans le Symbole de Nicée-Constantinople par “con-substantiel”. Ce n’était pas évident, et la question a jadis été débattue lorsque certains Latins pensaient pouvoir utiliser leur mot “sub-stantia” pour traduire l’”hypo-stasis” des Grecs, ce qui prouve du moins qu’ils avaient conscience du parallélisme archaïque des racines indo-européennes présentes tant en grec qu’en latin. (C’est à dessein, et pour la clarté de la discussion, que j’abuse de tirets séparatifs).

Mais les Grecs ont fini par s’apercevoir et réussi à faire remarquer aux Latins que leur “sub-stantia”” désignait une réalité sans forme propre que se partagent des individus différents, alors que pour eux Grecs l’”hypo-stasis” désignait chaque sujet porteur de la réalité commune. Trois Hypostases communient donc dans une Divinité commune, ce qui s’exprime par l’usage du terme “homo-ousion” (c’est le seul mot que le Symbole n’ait pas emprunté à l’Écriture sainte). C’est donc ce néologisme que les Latins ont dû traduire par “con-substantiel”, ce qui leur interdisait de traduire “hypo-stase” par “sub-stantia”, malgré l’étymologie. (Quelqu’un peut-il m’indiquer les références que j’ai perdues de cette discussion entre Grecs et Latins sur la traduction du grec “hypostasis” ?).

Mais si nous devons respecter ce néologisme latin, fabriqué à l’époque de la latinité orthodoxe par nos pères dans la foi, alors nous devons aussi traduire le terme “épi-ousion” du “Notre Père” en utilisant encore un dérivé du mot “substance”.

Reste le problème que pose la traduction du préfixe “épi”. Ici la discussion est plus ouverte. On peut dire “sur-substantiel”, mais il est assez cocasse de juxtaposer et d’additionner “sur-” et “sub-”, qui sont a priori aussi opposés que le plus et le moins. On peut proposer “hyper-”, mais n’importe quel helléniste sursautera à l’idée de traduire “épi” par “hyper”. À mon avis, la meilleure traduction serait d’utiliser “pro-” qui indique en français un projet, une destination, “au bénéfice de” -- et c’est bien ainsi je crois qu’il faut commprendre ici le préfixe grec “épi-”.. Mais je crois qu’il est plus simple de ne pas mettre de préfixe, car le mot substantiel s’entend en français non seulement de ce qu’on nous offre quelque chose qui “a” de la substance, mais aussi “qui est destiné à” la substance de celui à qui on l’offre, sans qu’on ait besoin pour cela d’un préfixe précis.

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Jean-Louis Palierne
palierne@noos.fr

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