question importante : les sacres ?

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Claude le Liseur
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Re: question importante : les sacres ?

Message par Claude le Liseur » sam. 10 sept. 2011 11:18

Claude le Liseur a écrit :
Selon Emile Derminghem, La Petite Eglise dans les Hautes-Alpes, de 1801 à nos jours. Les Illuminés de Gap et les Patarons du Champsaur extrait du Bulletin de la Société d'Etudes des Hautes- Alpes (n° 49-1957), il restait encore en 1941, six Patarons, tous parents et tous célibataires.

On peut donc considérer que le groupe s'est éteint peu après la deuxième Guerre mondiale, une quarantaine d'années après les Enfarinés du Cantal, et ce alors qu'il avait dû représenter jusqu'à 10% de la population du Champsaur.

J'ai voulu en avoir le coeur net. J'ai profité d'un jour férié pour descendre dans le département des Hautes-Alpes, qui est tout de même moins éloigné de mon lieu de travail que les Deux-Sèvres. Le guide Michelin indiquait que la chapelle des Patarons était conservée dans le cadre de l'écomusée du Champsaur. Alors, je suis allé à Pont-du-Fossé dans le Champsaur et je me suis recueilli dans la chapelle qui est très bien entretenue dans ce cadre. A l'entrée, un panneau indiquait que le dernier Pataron, le dernier anticoncordataire du Champsaur est mort en 1974. Vu qu'ils n'étaient plus que six en 1941, je n'aurais jamais pensé que le dernier avait tenu jusqu'en 1974.

1911 - Soumission des Enfarinés de Cassianouze en Auvergne
1931 - Mort de la dernière Enfarinée du Rouergue
1974 - Mort du dernier Pataron du Dauphiné

Olivier
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Re: question importante : les sacres ?

Message par Olivier » sam. 10 sept. 2011 16:42

Il me semble qu'il y a encore des familles de la petite église qui sont insérées dans la vie économique locale. J'ai lu un livre dessus.

Claude le Liseur
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Re: question importante : les sacres ?

Message par Claude le Liseur » sam. 10 sept. 2011 17:33

Olivier a écrit :Il me semble qu'il y a encore des familles de la petite église qui sont insérées dans la vie économique locale. J'ai lu un livre dessus.
A Lyon et en Poitou certes (les "Blancs" de Bourgogne semblent surtout agriculteurs), mais ailleurs?

Toute référence est la bienvenue, car le sujet m'intéresse beaucoup.

Olivier
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Re: question importante : les sacres ?

Message par Olivier » sam. 10 sept. 2011 18:08

Claude le Liseur a écrit :
Olivier a écrit :Il me semble qu'il y a encore des familles de la petite église qui sont insérées dans la vie économique locale. J'ai lu un livre dessus.
A Lyon et en Poitou certes (les "Blancs" de Bourgogne semblent surtout agriculteurs), mais ailleurs?

Toute référence est la bienvenue, car le sujet m'intéresse beaucoup.
Guy Janssen, La Petite Église en 30 questions

Un copain catholique m'a dit que les évêques post concordataires sont valides car fait selon la tradition.

Claude le Liseur
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Re: question importante : les sacres ?

Message par Claude le Liseur » dim. 21 juil. 2013 1:21

La divine Providence m'a enfin donné la semaine de vacances dont j'avais besoin pour pouvoir enfin passer par Courlay, la "Rome de la dissidence", alors que nous cheminions avec ma femme de Maulévrier à Poitiers.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que la Petite Eglise des Deux-Sèvres tient à la discrétion. Dans une certaine mesure, les anticoncordataires sont à la France ce que les Vieux-Croyants sont à la Russie. Mais, autant la présence des Vieux-Croyants est visible au cimetière de Rogojskoe à Moscou, qui est leur centre spirituel, avec cathédrale, librairie bien fournie et magasin d'artisanat, autant le voyageur pourra traverser Courlay sans même soupçonner l'existence des anticoncordataires. Il faut être particulièrement attentif pour se rendre compte que ce village est bien particulier parmi tous les villages de France, et même parmi tous les villages de l'ancienne Vendée militaire. Au centre du village, l'église paroissiale, reconstruite après avoir été incendiée par les républicains en 1793-1794, est entre les mains de l'Eglise officielle et l'on se gardera bien d'indiquer qu'au début du XIXe siècle elle appartenait à la Petite Eglise et que tout le village était en révolte contre la Papauté qui avait mis sur pied d'égalité évêques légitimes et évêques intrus. C'est le pouvoir politique - celui de Charles X bien peu reconnaissant envers les Blancs de l'Ouest, mais ne les avait-il pas déjà trahi trente ans plus tôt en ne venant pas au rendez-vous qu'il avait donné à Charette à La Tranche-sur-Mer - qui a retiré l'église paroissiale de Courlay à la Petite Eglise en 1826.

Il faut se rendre au bureau de tabac pour se rendre compte que Courlay n'est pas un village comme les autres: au milieu des livres que l'on s'attend à trouver dans n'importe quel bureau de tabac de France, ou de Suisse romande, ou de Wallonie, un livre sur la Petite Eglise (Pierre Dane, Les Dissidents du Bocage, Editions du Petit-Pavé, Saint-Jean-de-Mauvrets 2004, 147 pages).

Le buraliste accepte de m'indiquer le chemin vers la chapelle des anticoncordataires, mais je le sens réticent à en dire plus; "on n'y entre pas si facilement". Sa réaction pourrait aussi bien être celle d'un habitant du village qui se serait "changé" et qui ne voudrait plus aborder le sujet que celle d'un anticoncordataire qui ne veut pas qu'on vienne déranger une communauté qui a subi tant de persécutions (j'ai connu les mêmes réticences chez les Vieux-Croyants à Moscou et chez leurs cousins lipovènes à Galati).

J'ai fini par trouver la "chapelle" des "dissidents". En fait de chapelle au milieu des bois, c'est une église paroissiale, bien plus grande que la plupart des églises orthodoxes en Europe occidentale, et elle est plutôt entourée d'ateliers et de petites usines que de forêts. Il faut dire que cette partie du département des Deux-Sèvres, le Bocage bressuirais, joua un rôle très important dans l'histoire de la Vendée militaire: c'est à Bressuire qu'éclata la première insurrection avortée en août 1792, c'est à Châtillon-sur-Sèvre, actuel Mauléon, que siégeait le Conseil supérieur, embryon de contre-gouvernement royaliste au printemps 1793. Comme dans toute l'ancienne Vendée militaire, que ce soit aux Herbiers (Vendée) ou à Cholet (Maine-et-Loire), on sent que les habitants, depuis le passage des colonnes infernales, savent qu'ils n'ont plus rien à attendre de l'Etat central et qu'ils ont préféré se prendre en mains plutôt que de mourir la bouche ouverte en attendant des subventions qui ne viendront jamais. L'activité artisanale et industrielle de ces villages contraste avec la léthargie que je constaterai plus au sud, dans des communes dont le destin n'a pas basculé à jamais un certain jour de mars 1793 - il y a 220 ans, mais comme si c'était hier.

Donc, une église bien visible, mais sans rien qui indique qu'elle est le centre spirituel des anticoncordataires de l'ouest de la France. Différence frappante avec les Vieux-Croyants de Moscou dont l'activité éditoriale m'avait frappé: pas de librairie, pas de magasin religieux, rien de visible. Le refus du prosélytisme poussé jusqu'à l'invisibilité (presque la réalisation du rêve de nos orthodoxes phylétistes-oecuménistes: on ne rejoint la Petite Eglise que par le mariage).

Je feuillette le livre de Pierre Dane. Un cahier de photographies montre que, pour celui qui a le temps de chercher, il y a dans la région bien des pierres tombales et bien des plaques commémoratives qui rappellent tel ou tel épisode de l'épopée de la Petite Eglise - y compris les monuments d'auto-glorification de l'Eglise officielle célébrant le "retour" de telle ou telle paroisse de dissidents. Je reviendrai sur tel ou tel épisode riche d'enseignements aussi pour nous, les orthodoxes, qui sommes aussi faibles et disséminés en Europe occidentale, mais ne manifestons guère la fermeté d'âme des anticoncordataires du Bocage.

Venons-en aux chiffres, puisque j'ai déjà cité, sur le présent fil, ceux de Collinon en 1959, de Janssen en 1999 et de Callebat et Chantin en 2003. Les chiffres de Dane en 2004 sont intéressants et me semblent les mieux étayés. Selon lui (in Les Dissidents du Bocage, p. 80), on comptait au début du XIXe siècle 70'000 "dissidents" dans toute la France, dont 27'000 pour le Poitou et 25'000 pour le Lyonnais (chiffres proches de ceux de Janssen). Vers 1820, il restait 20'000 anticoncordataires dans le Bocage bressuirais. C'est du déclin rapide des anticoncordataires au XIXe siècle qu'est né le mythe de la disparition prochaine de la "dissidence" et du triomphe de la Papauté: or, si la petite Eglise ne comptait plus que 3'560 fidèles dans les Deux-Sèvres en 1865, elle en conservait 3'000 en 2004 (Dane, op. cit., p. 92). Pas mal pour une communauté qu'on donnait pour "complètement éteinte" en 1871 (Dane, op. cit., p. 115). Le dernier ralliement important à l'Eglise officielle remonte à 1965 lorsque 130 "dissidents" acceptèrent de recevoir les sacrements des mains du clergé officiel (Dane, op. cit., p. 107). Certes, il arrive encore que - pression sociale ou montée de l'indifférence religieuse -, un anticoncordataire "se change", mais il arrive aussi que des fidèles de l'Eglise officielle rejoignent la Petite Eglise en cas de mariage.
Depuis plus d'un siècle, c'est plus la dispersion géographique que la diminution des effectifs qui mine l'influence de la Petite Eglise. Ainsi, à Courlay, commune entièrement anticoncordataire jusqu'en 1826, il n'y avait plus en 1851 que 1'200 "dissidents" sur 2'000 habitants, et ils auraient été 900 sur 2'700 habitants en 2004 (Dane, op. cit., p. 117): mais, à la lecture de ces chiffres, on devine bien que la diminution du poids des anticoncordataires dans la population du village tient moins à leur déclin démographique qu'à des migrations qui ont amené à Courlay des gens de l'extérieur et qui ont conduit des habitants de Courlay à vivre ailleurs: selon Dane, il y a des retraités anticoncordataires de Courlay qui habitent à Bressuire et aux Sables-d'Olonne.

Ainsi, ce village semblable à des milliers d'autres, qui ne contient aucun monument remarquable, nous donne une grande leçon de résistance spirituelle en nous montrant comment, pendant deux siècles, une communauté attachée à sa foi peut survivre envers et contre tout - et que cela aurait-il donné si les anticoncordataires avaient ne serait-ce que publié des livres pour défendre et propager leur cause. Puissions-nous avoir la même grandeur d'âme que les anticoncordataires, mais puissions-nous aussi retrouver l'esprit missionnaire qui leur a manqué, afin de baptiser les nations au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit (Mt 28.19).

Nikolas
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Re: question importante : les sacres ?

Message par Nikolas » lun. 22 juil. 2013 17:53

Merci à vous, cher Claude, de ce petit compte-rendu.
Dommage que nous n'ayons pas eu l'occasion de nous croisé à l'église orthodoxe de Poitiers, lors de votre passage dans la région cela aurait été sympathique.
J'espère au moins que vous avez pu aller vénérer le tombeau de ste Radegonde, et de ces saintes compagnes Agnès et Disciole et de vous incliner devant les reliques du grand saint Hilaire.

Claude le Liseur
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Re: question importante : les sacres ?

Message par Claude le Liseur » lun. 22 juil. 2013 18:56

Nikolas a écrit :Merci à vous, cher Claude, de ce petit compte-rendu.
Dommage que nous n'ayons pas eu l'occasion de nous croisé à l'église orthodoxe de Poitiers, lors de votre passage dans la région cela aurait été sympathique.
J'espère au moins que vous avez pu aller vénérer le tombeau de ste Radegonde, et de ces saintes compagnes Agnès et Disciole et de vous incliner devant les reliques du grand saint Hilaire.
J'aurais certes bien aimé vous croiser, mais mon passage dans la région de Poitiers a duré un après-midi... L'église orthodoxe de Poitiers est-elle ouverte le mardi ? Désolé alors de ne même pas l'avoir espéré, à force de ne rencontrer, en Europe occidentale, que des églises orthodoxes fermées les jours ouvrés - sauf quelques églises de monastères. (Et ça devient aussi la norme pour les églises des autres confessions: la "chapelle" anticoncordataire de Courlay était, bien entendu, fermée quand nous avons traversé le village).

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Re: question importante : les sacres ?

Message par Nikolas » mar. 23 juil. 2013 18:22

Un mardi l'église était fermé. Elle est ouverte le mercredi, samedi après midi, Dimanche, mais en Juillet - Août ça se complique. Cela est dût à l'éloignement des fidèles, et en premier lieu du prêtre, dont aucun n'habitent à proximité pour se permettre de laisser l'église ouverte.

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